DESTINATION
Un quatrième sujet de dispute est ce que les jésuites ont enseigné touchant l'amour de Dieu, la probabilité, le péché philosophique, etc. Comme les jésuites ne sont plus, le procès est censé terminé. Nous nous contentons d'observer que les propositions fausses, en fait de morale, ont été condamnées, soit que des jésuites, ou d'autres, en fussent les auteurs, et que les jésuites n'ont jamais résisté à la censure avec autant d'opiniâtreté que leurs adversaires.
Le cinquième regarde les dispositions nécessaires pour participer avec fruit aux sacrements. Suivant Mosheim, les théologiens qui enseignent que ces divins mystères produisent leur elfet par leur vertu intrinsèque, ex opère operato, ne croient pas que Dieu exige la pureté de l'âme, ni un cœur épris de son amour, pour en recevoir le fruit; d'où il suit, dit le traducteur, que l'humilité, la foi et la dévotion ne contribuent en rien à l'efficacité des sacrements. Calomnie grossière : c'est ainsi que de tout temps les hérétiques ont travesti la doctrine des catholiques pour les rendre odieux. Autre chose est d'enseigner que la foi, l'humilité, la componction, la dévotion, etc., sont des dispositions absolument nécessaires pour recevoir l'effet des sacrements ; autre chose de prétendre que ces dispositions sont la cause immédiate de la grâce, et que le sacrement n'en est qu'un signe.
Cette seconde opinion est l'erreur des protestants ; la première est la doctrine des théologiens catholiques.
Voyez Sacrement.
Le sixième enfin regarde la néces-
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site et la méthode d'instruire le peuple. Il est faux d'abord qu'aucun théologien catholique ait jamais enseigné qu'il vaut mieux laisser le peuple dans l'ignorance que de l'instruire; qu'il lui suffil d'avoir une foi implicite et une obéissance aveugle aux ordres de l'Eglise. Il est taux que.
certains docteurs pensenl que toutes les traductions de la Bible en langue vulgaire sonl dangereuses et pernicieuses. En général, les traductions et les explications de l'Ecriture sainte, les catéchismes, les expositions de la fui. les livres de piété el d'instruction sont plus communs et plus répandus parmi nous que chez les protestants.
Ceux-ci prétendent qu'il leur suffit de lire la Bible, à laquelle ils n'entendent rien; ils ne savent autre chose qu'en citer au hasard des passages isolés pour étayer les erreurs de leur secte. On a condamné avec raison certains docteurs qui voulaient introduire parmi nous la même méthode, rendre les femmes e1 les ignorants aussi disputeuxs et aussi hargneux que les protestants. Voyez Ecriture sainte. Il v a plus de fui implicite el de prévention aveugle parmi ces derniers que parmi nous, puisqu'ils croienl fermement tontes les calomnies qu'il plail il leurs docteurs d'inventer pour noircir les catholiques.
En voici encore unexemple.Mosheim aflirme. avec la plus grande confiance, que les controverses, au sujet de la grâce et du libre arbitre, que Luther avait entamées, ne furent ni examinées, ni décidées par l'Eglise romaine, mais suspendues et ensevelies dans le silence par l'effd de son adresse ordinaire; qu'il la vérité elle condamna les sentiments de Luther, mais qu'elle ne donna aucune renie de foi sur les points contestés. Pour s ;i convaincre du contraire, ii suffit de jeter un coup d'oeil sur la 6 e session du concile de Trente touchanl la justification, on y verra que ce concile a non-seulement condamné les erreurs de Luther, mais qu'il a établi tons les points de doctrine contraires sur des passages de l'Ecriture sainte, et que ses décrets sur cette matière de la grâce, du libre arliilre, de la justification et de la prédestination, soûl clairs, précis,
solides, et portent avec eux la conviction.
Mais admirons la sagesse et la brillante Ionique des protestants . D'un côté, ils disent que la tolérance est le seul remède pour empêcher le mauvais effet des disputes j de l'autre, ils reprochent à l'Eglise romaine sa tolérance à supporter les disputes de ses théologiens, qui n'intéressent en rien la doctrine chrétienne, et dont la décision ne pourrait contribuer ni à l'éclaircissement de cette doctrine, ni à l'avancement de la piété el delà vertu.
Nous ne devons pas être surpris de trouver la même injustice parmi les incrédules, leurs élèves. Ce ne sont poiul les théologiens qui ont provoqué les incrédules à la dispute; ces derniers sont les agresseurs. Ils renouvellent contre la religion les arguments et les calomnies des anciens philosophes et des hérétiques de tous les siècles. Si les théologiens ne répondaient pas, on triompherait de leur silence, on dirait qu'ils se sentent confondus Lorsqu'ils répondent et qu'ils niellent au grand jour l'ignorance el la mauvaise foi de leurs adversaires, on les accuse d'être querelleurs, brouillons, jaloux, calomniateurs, etc. Cependant ils sont chargés par état d'enseigner la religion et de la détendre; ils y sont engagés par lintéiél qu'ils prennent au bien général de l'humanité ; mais qui a donné aux incrédules la charge et la commission d'attaquer la religion?
S'il n'estpas permis de prêcher la vérité pour détromper les hommes de leurs erreurs, de peur de causer des disputes, les incrédules ont très-grand tort de dogmatiser et de renouveler des questions sur lesquelles on a disputé depuis la création.
Ajoutons que les disputes et les divisions qui son! nées parmi les fidèles, du vivant même des apôtres, sont une preuve certaine qu'il n'y a point eu de collusion entre les divers partis, pour eu imposer au reste du monde, sur les faits qui servent de fondement au Christianisme.
Quant aux disputes suscitées par les hérétiques des siècles suivants, Tertullien, saint Augustin, Vincent
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de Lérinsel d'autres ont fait voir que c'a été un ma] nécessaire; qu'elles ont donné lieu d'étudier plus exactement l'Ecriture sainte et les monuments de la tradition; qu'elles mit contribué, par conséquent, à mieux expliquer la doctrine chrétienne.
Il serai! à souhaiter, sans doute, qu'il n'y eût plus de disputes ni de divers systèmes pu nui les théologiens ; qu'uniquement occupés à établir le dogme contre les hérétiques, et à développer les preuves de la religion contre les incrédules, Us supprimassent entre eux toutes les questions
problématiques'; mais cette réfor
est à peu près impossible. Les jeunes gens surtout ont besoin de la dispute comme d'un aiguillon qui les excite àl'étude; plusieurs, en s' occupant de questions inutiles, se, rendent capables de traiter îles matières plus importantes. Mais on ne saurait trop recommander la douceur el la modération a tous ceux qui s'occupent île controverse; c'est mal servir la religion que de la défendre avec les armes de l'humeur et de la passion ; il l'a ni. laisser les accusations personnelles, les sarcasmes, les traits de malignité a ses ennemis, à plus forte raison les moyens que la probité réprouve, comme les fausses citations, les fausses traductions, les passages tronqués, les ouvrages supposés, etc.