JJ1V
avait eu vingt-deux maris; Jésus- Christ reprochait à la Samaritaine d'en avoir eu cinq. Est-ce à tort que ce divin Sauveur a retranché un principe de lubricité aussi affreux ?
Dès que lo divorce est une fois admisses causes qui le font juger légitime se multiplient de jour en jour, et les argumentations par analogie ne Unissent plus. La stérilité d'une femme, l'incompatibilité prétendue des caractères, le plus léger soupçon d'inlidélité, une infirmité habituelle, la longue absence de l'un des époux, un crime déshonoranteommis par l'un ou par l'autre, etc., il n'en fallait pas tant chez les Romains pour autoriser un mari à répudier sa femme ; rien ne peut plus arrêter la licence, dès qu'elle est une fois introduite. De même que la facilité de faire divorce pour cause d'adultère, a multiplié ce crime chez nos voisins, ainsi, les autres crimes deviendraient plus communs, s'ils pouvaient produire le même effet.
Aussi David Hume, philosophe anglais, dans ses Essais moraux et politiques, t. 1, vingt-deuxième Essai, après avoir allégué toutes les raisons par lesquelles on voudrait autoriser le divorce, y en oppose de plus solides. Premièrement, dit-il, lorsque les parents se séparent, que deviendront les enfants? faut-il les abandonner aux soins d'une marâtre; et au lieu des tendresses maternelles, leur faire essuyer toute l'indifférence d'une étrangère, toute la haine d'une ennemie? Ces inconvénients se font assez sentir parmi nous, lorsqu'une femme qui a des enfants vient à mourir, et que leur père en prend une seconde. Faut-il laisser aux caprices des parents le pouvoir de rendre leur postérité malheureuse?
En second lieu, quoique le cœur humain désire naturellement la liberté et déteste toute contrainte, il lui est cependant tout aussi naturel de céder à la nécessité, et de renoncer à une inclination qu'il ne peut satisfaire. La passiou folle et capricieuse de l'amour veut la liberté, sans doute; mais l'amitié, plus sage et plus calme, n'est jamais plus forte que quand un grand intérêt ou la nécessité en a formé le lien : or, lequel de ces deux
DIV
sentiments doit dominer dans le mariage? le premier ne peut pas durer longtemps ; le second, s'il est sincère, se fortifie avec les années.
En troisième lieu, rien n'est plus difficile que de confondre l'intérêt de deux personnes, à moins que leur union ne soit indissoluble ; dès que les intérêts peinent se séparer, il en naîtra des disputes el des jalousies continuelles. Quel attachement peut prendre une épouse pour une famille dans laquelle elle n'esl pas sure de demeurer toujours? In mariage sujet à être dissous, ne peut pas plus contribuer à la félicité des familles ai à la pureté des mœurs,qu'un concubinage habituel. ,
Ajoutons que le privilège de faire divorce ne serait que pour les grands et pour les riches, pour ceux qui n'ont déjà que trop de facilité d'ailleurs de secouer le joug des bienséances^ de braver toutes les lois; le peuple n'en a pas besoin el il sérail tenté rarement d'en profiter. Cetabus ne servirait qu'à favoriser le Mer, ri ,i couvrir d'opprobre la vertu. Il faudrait, sans doute, le consentement ment des deux conjoints ; celui qui serait assez vertueux pour ne pas le donner, serait exposé à une persécution continuelle de la part de l'autre.
C'esl tout l'effet que produit déjà parmi nous la facilité des séparations.
Quand on a lu l'histoire avec réflexion, el que l'on connaît lesdivers usages des peuples anciens et modernes, l'on est indigné de la contianceavec laquelle nos dissertateurs téméraires osenl écrire que la permission du divorce remédierait en grande partie à la corruption des mœurs, et qu'elle inspirerait aux époux plus de retenue; l'expérience prouve précisément le contraire. Us disent qu'il y a de la cruauté à forcer deux époux, qui se baissent et se niéprisentjà demeurer ensemble jusqu'à la mort, dans le chagrin et la discorde. Mais c'est leur crime de se haïr et de se mépriser; s'ils n'étaient pas vicieux et bien résolus de ne se corriger jamais, ils appreni Iraient à s'estimer et a s'aimer.
Aussi, en quel temps s'uvise-t-on
DIV
de déclamer et d'écrire contre l'indissolubilité do mariage? c'est lorsque les mœurs d'une nation sont portées au plus haut degré de la dépravation ; alors les mariages sont nécessairement malheureux, parce que deux caractères vicieux ne peuvent pas se supporter longtemps. On ne peut plus souffrir aucun joug, on veut la liberté (c'est-à-dire l'indépendance, lalicence, le libertinage) ; comme si les deux sexes, également corrompus, étaient capables d'user sagement de la libellé : c'est justement alors qu'il leur faut des entraves et des chainesi Si, semblables aux Homains, ils ne peuvent plus supporter ni leurs vices, ni leurs remèdes, qu'ils se corrigent, et tout le mal sera réparé.
BiinoiER.
DIVORCE (le) DEVANT LA LOI CIVILE. (Thêol. mut. $r;i<n. social.
égl. et état.) — Dans la société moderne, et devant les tendances qu'elle manifeste avec tant d'unanimité, vers une séparation de plus en plus complète de l'ordre civil et de l'ordre religieux, nous croyons que desarticles comme celui de Bergier, qu'on vient délire, ou l'on ne pose pas la distinction entre la loi religieuse de conscience et l'ordre civil, ne conviennent pins. Ce à quoi le moraliste doit viser, c'est à faire prévaloir dans la politique et l'économie sociale, l'idée de ne gêner en rien la liberté religieuse, et pour être admis par les hommes d'étal dans l'exposé de ces visées, il est nécessaire de ne point demander cette liberté pour un culte seul, mais de la demander, au point de vue civil, pour tous les cultes, non pas reconnus par la loi, mais existants ou a naître; c'est la que conduit avec évidence la logique du nouveau système politique accepté par la civilisation.
La vérité religieuse aura, de par cette logique, sa liberté entière, et l'erreur religieuse aura aussi la sienne; la loue du mouvement rend impossible, ce nous semble, toute prétention d'un culle en particulier à des préférences et à des protections taisant exception dans le droit commun.
Ce principe étant établi sur les faits dont nous sommes les témoins, à
DIV
quelles conséquences nous conduira la logique par rapport au mariage et au divorce?
Les législations religieuses des divers cultes ne sont point identiques; il y en a qui admettent le divorce, comme il y en a qui ne l'admettent pas. La société schismatique grecque, par exemple, interprète la parole de Jésus-Christ, « excepté dnns le cas d'adultère » nisi obfornicationem, dans le sens du divorce véritable qui serait autorisé par l'Evangile pour ce cas-là ; plusieurs sociétés protestantes l'interprètent de même et étendent leur interprétation à beaucoup d'autres cas qui, d'après elles, lui sont semblables par les raisons sur lesquelles ils s'appuient. Il y a des religions qui admettent même la polygamie ou qui la tolèrent comme la 'tolérait la religion mosaïque, ad durit htm cor/lis selon la parole de Jésus-Christ. Que fera la société civile devant toutes ces divergences, pour laisser à tout culte toute sa liberté?
j Nous ne voyons qu'un moyen :
c'est qu'elle proscrive, d'une part, ce qui est contraire, dans tout culte, à l'ordre et à la vie sociale, à la morale universelle et de droit commun; mais qu'en dehors de ce cercle, elle ne se mêle du mariage et de tout ce qui le concerne que pour en régler les effets civils.
Or, ce principe posé, la logique nous permet d'être clairs et nous rend torts.
La polygamie sera proscrite et poursuivie par les lois civiles, comme une atteinte à la morale universelle, et aux droits de la femme qui, dans le mariage, sont égaux à ceux du mari. La polygamie est la constitution même en esclavage d'une moitié du genre humain. Ici il n'y a pas de liberté religieuse qui tienne devant la loi civile ; que l'islamite ou le mormon vienne, en jios pays civilisés comme on ne l'est pas encore dans les leurs, établir des harems et des seraits, notre police ne le leur permettra pas ; elle en ouvrira les portes aux malheureuses qui n'ont pas encore compris ni goûté la liberté de la mère et de l'épouse, punira le sultan qui les y aura enfermées, et le
ÛIV
punira plus encore s'il s'est permis de donner pour gardiens à ses sultanes des hommes qu'il, aura mutilés. Il n'y a d'eunuques légitimes, que ceux dont a parlé Jésus-Christ, qui le sont moralement et librement.
Nous disons pflus : s'il se formait aujourd'hui une grande croisade des nations civilisées contre toutes celles qui souffrent chez elles la polygamie, les harems, et les eunuques, pour leur imposer par la force l'observation d'une loi de la nature, qu'elles méconnaissent, et voler au secours des victimes pour les émanciper, nous applaudirions à la levée de boucliers, en leur disant qu'elles ne font que remplir un devoir analogue à celui qui porta l'Amérique du Nord à se lever contre les Etats du Sud pour leur imposer l'affranchissement de leurs esclaves. Ce cas est un de ceux dans lesquels, ainsi que l'a dit Pie IX dans son syllabus, on ne doit ni proclamer, ni observer le principe de uon-intervention, mais dans lesquels, au contraire, l'intervention est un devoir de fraternité.
Mais, eu sera-t-il de même du dworce? Non; la question n'est pas aussi claire devant la morale universelle, à moins pourtant que l'on n'entende par le divorce un droit dans le mari seulement, dans le genre de celui qu'avait laissé Moïse à l'époux, ad duritium cordis, comme l'a dit Jésus-Christ, de donner, de sa propre et unique autorité, un libelle à l'épouse, par suite duquel celle-ci devait se retirer de la maison conjugale pour foire place à une autre. Un tel droit nous parait aussi contraire à l'égalité dans le mariage, et aux droits de l'épouse et plus encore de la mère, que la polygamie elle-même, et nous disons d'une pareille consécration de la tyrannie d'un sexe sur l'autre ce que nous avons dit de la polygamie. Mais on peut concevoir un divorce qui se fasse de l'accord des deux, comme on le pratique, croyonsnous du moins, dans la société schismatique grecque et dans les sociétés hérétiques protestantes , dans lequel sont conservés et respectés les droits de l'épouse et de la mère comme ceux du père et de l'époux ;
DIV
et c'est de celui-là seul que nous entendons parler, quand nous disons que la question ne nous parait pas assez évidente pour que la loi civile soit tenue de L'empêcher dans les cultes de son territoire qui l'autorisent, ("est pourquoi nous ne voyons sur ce point, comme sur Ions les autres qui concernent le mariage, de devoir pour elle que celui de laisser tous les cultes libres; et c'est dans cette visée que nous lui tracerions sa ligne comme il suit :
Le mariage sera réglé, dans ses conditions de conscience, tant pour son indissolubilité que pour ses empêchements, par chaque culte comme ce culle le déduira de >a dogmatique; la loi civile n'y interviendra en rien, soit pour forcer soit pour empêcher les ministres du culte de le bénir; sur celle matière elle n'aura ni yeux ni oreilles ; mais ceux qui tiendront .1 ce que leur mariage produise des effets civils par rapport a la légitimité civile des entants, par rapport ;\ leurs intérêts d'héritage, et. par rapport aux droits légaux des époux entre eus sur leurs biens respectifs ou communs, conclueront devant le magistrat civil un contrat d'association conjugale dont les clauses seront protégées par Laforce publique dans leur exécution comme le sont les clauses de tous les contrats. S'il v a divorce, ce sera affaire de culte, ou de conscience particulière, et, dans ce cas, les personnes déjà mariées qui se présenteront devant le magistrat civil pour signer un nouveau traité d'association conjugale, seront seulement obligéesde respecter, dans Leur nouveau contrat, les obligations prises par elles, soit vis-à-vis l'une de l'autre, soit vis-à-vis de leurs entants, lorsqu'elles conclurent le premier, Tout le reste sera affaire de culte et de conscience ; dans tout le reste, la religion sera souveraine, et jouira de la plus complète Liberté,
Nous ne voyons pas d'autre moyen, dans la civilisation moderne, qu'il faut bien prendre telle qu'elle se présente, de ravir à l'Etat toute ingérence tyrannique dans le domaine religieux, et de conserver à celui-ci son entière indépendance. Le Nom.
DOC
DLUGOSSUS (Jean), en polonais DLL'Gl, qui signifie longus, d'où on l'appelle aussi LONGIN. (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce chanoine de Cracovie, né à Hrzcznik en 1415, fondateur d'un couvent de Cisterciens et d'une multitude de bonnes œuvres, mort en I i80 après avoir tini par accepter sur toutes sortes d'instances l'évèché de Reusch-Lemberg et avant d'être sacré, eslleplusancienhistorien de la Pologne.
« Au milieu de ses nombreuses occupations, dit M. Stemmer, il protégea les sciences, non-seulement en venant en aide à de pauvres étudiants, mais en s'adounant à l'étude avec ferveur, autant que le lui permettait sa vie active. On lui doit une Histoire de la Pologne, Historia Polonica, qui va jusqu'à l'année de sa mort, et qui fut publiée à lv ipzig en 1711. Il fut en outre l'auteur des ouvrages suivants:
Vitse episcop. Plocens. ; Historia episcop. Eccles. Wratislaviens., de 0ti6 à L477, qu'on trouve dana Sommersbergii Script, rer. Sites., t. II, Vil a S.
Stanislai, non imprimés; VitaB. Ewnigundis; Vitm quanmdam Sometor.
PoJonor. Hwngarorumque : Chorogr.
regni Polonix; Libri inventarii proventuum Eccles. Gracov.; Fandlim,wrma etclinodia nobititatis Polon. »
Le Nom.
DOCÈTES, hérétiques du premier et du second siècle de l'Eglise, qui enseignaient que le Fils de Dieu n'avait eu qu'une chair apparente ; qu'il était né, avait souffert, était mort seulement en apparence. C'est ce que siguilie leur nom, dérivé du grec Soxsu, je semble, je parois.
Ce nom général de docêtes a été donné à plusieurs sectes, aux disciples de Simon, de Ménandre, de Saturnin, de Basilide, de Carpocrate, de Valcntin , etc . , parce que tous donnaient dans la même erreur, quoiqu'ils fussent divisés d'ailleurs sur plusieurs points de doctrine. Tous prenaient aussi le nom de gnostiqiws, savants ou illuminés, parce qu'ils se croyaient pluséclairés que le commun des' fidèles. Ils se flattaient d'avoir trouvé un moyen de concilier ce qui est dit de Jésus-Christ, par les apô-
DOC
très, avec le respect dû à la Divinité, en soutenant que les humiliations, les souffrances, la mort du Fils de Dieu, n'avaient été qu'apparentes.
C'est pour les réfuter que saint Jean dans son Evangile et dans ses Epîtres, saint Ignace et saint Polycarpe dans leurs lettres, établissent . avec tant de soin la vérité du mystère de l'incarnation, laréalité de la chair et du sang de Jésus-Christ. « Nous » vous annonçons, dit saint Jean aux » fidèles, ce que nous avons vu et » entendu, ce que nous avons con- » considéré attentivement , ce que » nos mains ont touché au sujet du » Verbe vivant. » I. Joan., ch. i, f 1.
Ce témoignage ne pouvait pas être suspect, ce n'était point une illusion.
Saint Irénée les réfute de même, par les termes de corps, de chair, de sany, dont les apôtres se servent continuellement en parlant du Fils de DieH fait homme ; par sa généalogie, crus saint Matthieu et saint Luc nous ont donnée, et parce que Jésus- Christ a été un homme semblable aux autres hommes en toutes choses , excepté le péché. Autrement, dit-il, Jésus-Christ ne pourrait être appelé homme, ni Fils de l'homme : ce serait en vain, et pour nous tromper, qu'il aurait pris à l'extérieur tous les signes et les caractères de l'humanité; il ne serait pas vrai qu'il nous a rachetés, qu'il est notre Sauveur, s'il n'avait pas réellement souffert; il ne serait pas celui qui a été prédit par les prophètes, mais un imposteur; nous ne pourrions plus espérer la résurrection de notre chair, nous ne recevrions pas, dans l'eucharistie, sa chair et son sang, etc. Adv. hœr., 1. 3, c. 22; 1. 4, c. 18; 1. S,c. 2, etc.
Cette erreur fut renouvelée, dans le sixième siècle, par quelques eutvchiens ou monophysites, qui soutenaient que le corps de Jésus-Christ était incorruptible et inaccessible aux souffrances : on les nomme docètes, aphtartodoeèks, phcmtasimtes, etc.
Si l'on veut y l'aire attention, cette erreur, commune aux hérétiques les plus anciens, est une preuve invincible de la sincérité des apôtres, et de la certitude de leur témoignage. Aucun de ces sectaires n'a osé accuser
DOC
les apôtres d'en avoir imposé, ils sont convenus que ces témoins vénérables ont vu, entendu, touché Jésus- Christ, comme ils le disent, soit avant, soit après sa résurrection ; mais ils prétendent que Dieu leur a fait illusion, et a trompé leurs sens. Ils ont préféré de mettre la supercherie sur le compte de Dieu même, plutôt que de l'attribuer aux apôtres ; et cela pour n'être pas forcés d'admettre que le Fils de Dieu a pu se faire homme, naître d'une femme, souffrir et mourir.
Les incrédules oseront-ils encore nous dire que les actions de Jésus- Christ n'ont été crues que par des ignorants séduits et prévenus? Tous ces hérétiques, qui se paraient du nom de gnostii/ues, ou de docteurs éclairés, n'étaient pas séduits par les apôtres, puisqu'ils se prétendaient plus habiles et plus clairvoyants qu'eux; ils n'avaient aucun intérêt commun avec les apôtres, puisqu'ils leur étaient opposés, et que les apôtres les regardaient comme des séducteurs et des antechrists : c'est le nom qu'ils leur donnent. II. .Juan., ji 7 .
Ces disputeurs étaient à portée de trouver, dans la Judée et ailleurs, des témoignages contraires à celui des apôtres, si ceux-ci en avaient imposé. L'aveu que les premiers ont fait de l'apparence des événements publiés par le^ apôtres, en prouve invinciblement la réalité. Nous sommes très-bien fondés à juger que Dieu a permis cette multitude d'hérésies qui ont afiligé l'Eglise naissante, pour rendre plus incontestables les faits annoncés par les apôtres.
Voyez Cnostiques.
Nous apprenons encore, des anciens Pères, que les docètes avaient des mœurs très-corrompues ; leur doctrine même en est une preuve. Comme les souffrances du Fils de Dieu nous sont proposées pour modèle dans l'Evangile, il était naturel que des hommes qui voulaient se livrer à la volupté sans remords et sans scrupule, enseignassent que le Fils de Dieu n'avait souffert qu'en apparence. Mais les apôtres ne l'ont pas entendu ainsi : « Jésus-Christ, dit saint Pierre » aux fidèles, a soutfert pour nous, » et vous a laissé un exemple, afin
DOC
noc
» que vous suiviez ses Iraccs. »
I. Pétri, c. 2, f 21. Ainsi, de tout temps, la vraie source de l'incrédulité a été la corruption du cœur.
Beausobre, dans son Histoire du manichéisme, 1. 2, c. 4, a beaucoup parlé des doeétes, et a voulu tirer de leurs erreurs plusieurs arguments contre la doctrine de l'Eglise. « Re- » marquons, dit-il, que ces anciens » hérétiques défendaient leur erreur » par les mêmes témoignages de » l'Ecriture, et par les mêmes raisons » dont on s'est servi, dans les siècles » suivants, pour défendre la présence » réelle du corps de Jésus-Christ dans » l'eucharistie.» En effet, pour prouver (pie le corps de Jésus-Christ n'était pas réel, mais apparent , les docétSS alléguaient, les passages de l'Evangile, dans lesquels il est dit que Jésus-Christ marchait sur les eaux, qu'il disparut aux yeux des deux disciples d'Emmaùs, qu'il se trouva au milieu de ses disciples assemblés, les portes de la maison étant fermées ; et l'on se sert de ces mêmes passages pour prouver que h' corps de Jé-ais-CIn ist
peut èhe réellement dans l'eucharistie, sans avoir la solidité, la pesanteur, l'impénétrabilité des autres corps.
Si tel avait été, continue Beausobre, le sentiment de l'Eglise, les docêtes auraient pu en tirer une objection invincible ; ils auraient dit à leurs adversaires : « Tout ce qui sub- » siste, sans aucune propriété du » corps humain, ne peut pas être un » corps humain : or, vous convenez » que le corps de Jésus-Christ est » dans l'eucharistie, sans aucune des » propriétés du corps humain ; donc » ce n'est plus un corps humain. »
Il nous parait que les Pérès n'auraient pas été fort embarrassés de répondre à cet aigu ment redoutable; ils auraient dit : Tout ce qui subsiste sans aucune propriété sensible ou insensible du corps humain, n'est plus un corps humain : soit. Or, le corps de Jésus-Christ, dépouillé des propriétés sensibles d'un corps humain dans l'eucharistie, en conserve néanmoins les propriétés insensibles, donc c'est un corps humain, sinon dans son état naturel, du moins dans un état surnaturel et miraculeux.
Les docètes, dit encore Beausobre' auraient insisté ; ils auraient représenté qu'il n'y a pas plus d'absurdité à supposer que Jésus-Christ, pendant le cours de son ministère, a paru être ce qu'il n'était pas. qu'à soutenir que dans l'eucharistie il a toutes les apparences du pain et du vin, sans être ni l'un ni l'autre. A quoi pensaient donc les Pères? En cherchant dans l'eucharistie un argument contre les doeétes, ils se jetaient dans le feu pour éviter la fumée..
Nous répondons pour les Pères, que si nous croyons la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, pendant que nous rejetons l'opinioD des docètes, ce n'est pas parce que l'un est moins absurde ou moins impossible à Dieu que l'autre; mais c'est, I" parce que la présence réelle est formellement enseignée dans l'Ecriture sainte, au lieu que l'opinion des doeétes y est formellement réprouvée.
2° Parce que le dogme de la présence réelle n'entraîne point les conséquences fausses et in i] des qui s'ensuivraient de l'opinion des doeétes touchant le corps apparent et fantastique de Jésus-! ;hrist.
Les Pères pensaient donc très-bien, lorsqu'ils disaient que si la chair de Jésus-Christ n'était qu'apparente, nous ne recevrions pas, dans l'eucharistie, sa chair et son sang. Saint Irénée, liv. 4, c. 18, nlim 34, n° 5; liv. 8, c. 2, n° 2, etc., etils n'avaient pas peur des arguments de Beausobre.
Mais n'est-ce pas lui qui se jette dans le feu, pour éviter la fumée? Il voudrait nous persuader que, du temps des docètes, l'Eglise ne croyait pas la présence réelle, et il allègue pour preuve un raisonnement des Pères qui serait absurde, si ce dogme n'avait pas été la croyance commune de l'Eglise : on ne peut pas pousser plus loin l'aveuglement systématique.
Bergier.
DOCTEUR, homme qui enseigne, ou qui a commission d'enseigner en public. Suivant saint Paul, l Cor., c.
12, y 28, « c'est Dieu qui a établi » dans l'Eglise les uns apôtres, les au- » très prophètes, les uns docteurs, les ■ autres doués du pouvoir d'opérer
DOC
» des miracles ; mais il n'a pas accordé » ces dons à tous. » Il le répète, Ephes., c. 4, f ii. « Jé=us-Christ, » dit-il, a établi les uns apôtres, les » autres prophètes, les uns évangé- » listes, les autres pasteurs et doc- » teurs, pour perfectionner les saints, » pour exercer le ministère, pour » édifier le corps de Jésus-Christ, » jusqu'à ce que nous parvenions » tous à l'unité de la foi et de lacon- » naissance du Fils de Dieu;.... afin » que nous ne soyons pas chance- » lants comme des enfants, et emporo tés à tout vent de. doctrine. » De ces paroles nous tirons deux ou trois conséquences importantes.
1° Il n'est pas vrai que tout homme, qui se sent ou se croit capable d'enseigner, ait le droit et le pouvoir de le faire, comme le prétendent la plupart des protestants. Ils ont été forcés de le soutenir ainsi, lorsqu'on leur a demandé qui avait donné la mission pour enseigner, et le caractère de docteur aux prétendus réformateurs, dont la plupart ont été ou des laïques ou de simples particuliers. Mosheim, qui a senti les inconvénients de la prétention des protestants, est convenu qu'elle est mal fondée; il a prouvé que, même dans l'origine du Christianisme, personne ne s'est érigé en docteur, en évangéliste ou en prédicateur, que ceux qui étaient députés ou avoués par les apôtres, par les pasteurs, ou par les Eglises chrétiennes : il a répondu à tous les faits par lesquels les autres protestants ont voulu faire voir le contraire; il a même ajouté qu'agir autrement ce serait le moyen de nourrir le fanatisme, et de mettre la confusion dans l'Eglise, puisque souvent les hommes les plus ignorants et les plus insensés se croient les plus capables de régenter les autres. Instit. Hist. christ., 2 e part. ,c. 2, § 18. Mais il n'a pas satisfait à l'argument terrible que l'on tire de là contre les fondateurs de la réforme.
2° Puisqu'en établissant des pasteurs et des docteurs, le dessein de Jésus-Christ a été de perfectionner et d'achever son propre ouvrage, d'édifier son Eglise, d'y maintenir l'unité de la foi, ce divin maître serait le
DOC
plus malhabile et le plus imprudent de tous les fondateurs, s'il avait laissé introduire dans son Eglise, immédiatement après les apôtres, des pasteurs et des docteurs tels que les protestants et Mosheim lui-même ont coutume de les représenter, les uns ignorants et très-peu propres à enseigner les fidèles, les autres philosophes entêtés qui ont mêlé à la doctrine chrétienne les visions des Orientaux, les opinions judaïques ou païennes ; les autres des ambitieux, qui n'ont travaillé qu'à se donner, sur le troupeau de Jésus- Christ, une autorité et une domination que ce divin législateur leur avait défendue, etc. On ne peut pas lui faire une plus grande injure que de supposer qu'il a ainsi oublié et négligé son Eglise pendant quinze siècles entiers; et qu'enfin, réveillé de son sommeil au seizième, il a suscité des réformateurs pour réparer le mal qu'il avait laissé faire : on sait comment ils ont réussi.
3° Il nous a prescrit la manière de distinguer les vrais d'avec les faux prophètes, les docteurs légitimes d'avec les usurpateurs de cette fonction :
« Vous les connaîtrez, dit-il, parleurs » fruits. » Matth., c. 7, f 16. Il avait établi les pasteurs et les docteurs pour nous conduire à l'unité de la foi; cette unité se maintient en etl'etdans l'Eglise catholique; les docteurs, aussi bien que les simples fidèles, sont soumis à l'enseignement commun et général de l'Eglise universelle, aucun ne se croit permis de s'en écarter. Les docteurs protestants n'ont voulu dépendre de personne, ne suivre que leurs propres lumières ; quiconque s'est cru capable d'enseigner, en a usurpé le droit, et quand il a réussi à se faire un nombre de prosélytes, il a formé une société particulière et a dit anathème à ceux qui n'ont pas voulu se ranger à son parti.
4° Saint Paul réunit le caractère de docteur à celui de pasteur, pour nous apprendre que la fonction d'enseigner appartient essentiellement aux pasteurs de l'Eglise, que c'est une partie de leur mission; aussi l'apôtre, après avoir instruit Timothée, et l'avoir établi pasteur d'une Eglise, lui recommande de'ne confier le dépôt de
DOC
la doctrine qu'à des hommes fidèles, et qui seront capables d'enseigner les autres. II Tim., c. 2. Il n'est donc pas vrai que les pasteurs de l'Eglise catholique aient été des usurpateurs injustes, lorsqu'ils se sont attribué le droit d'enseigner, et de juger du mérite de ceux qui pouvaient exercer cette fonction, et qu'ils ont réprouvé L'enseignement des hérétiques de tous les siècles.
Behgier.
DOCTEUR [Théol. hist. dign.) — La dignité de docteur dans la liturgie est conférée par le souverain Pontife comme celle de Bienheureux et de Saint; mais en dehors de cette qualification officielle, le titre de docteur a été fort employé dans le moyen âge par la voix publique des sociétés lettrées, et l'on ajoutait même, pour les docteurs célèbres, une qualification plus spéciale qui particularisait leur talent. C'est ainsi que saint Thomas d'Aqriin était il est encore appelé doclor angelicus , le docteur angélique, Ruysbrock, doctor extaticus, te docteur extatique ; saint Bernard, aoetor mdli/luus, le docteur qui distille le miel; Alexandre de Haies, doctor irrefragabilis, le docteur irréfragable; Durand de Saint-Pourcain, doctorresohdixsimus , le docteur très-résolu; saint lionaventure, doctor seraphicus, le docteur séraphiqne ; Guillaume Occam , doctor singularis , le docteur singulier; Henri de Gand, doctor solemnis, le docteur solennel ; Duns Scot, doctor subtilis, le docteur subtil ; Raymond Lulle, doctor illuminatus, le docteur illuminé, etc. Le Noir.