‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 25 sur 96 · DOMESTICATION DES FORCES · texte numérisé non relu

DOMESTICATION DES FORCES

(Théol. mixt. scien. et indust.) — Voulez-vous travailler avec succès, dans tous les ordres à votre édification et à votre progrès, mettez-vous d'accord avec Dieu. Cherchez d'abord à pénétrer ses plans, ses desseins, son but; ce que vous en découvrirez constituera votre science; puis mettez votre travail, soit dans l'ordre moral, soit dans l'ordre matériel, en harmonie avec cette science et vous réussirez ; car vous vous serez faits les collaborateurs de Dieu même. Comment, alors, ne réussiriez-vous pas ?

Vous avez la force des choses pour compagne de vos travaux ; vous avez pour vous les principes ; vous avez Dieu, qui est la substance éternelle des principes éternels; vous avez, par là même, la foi véritable et solide qui ne se trompe pas ; vous asservirez toutes lespuissances, vous dompterez tous les monstres, vous aplanirez toutes les montagnes, vous assujettirez le tonnerre, vous domestiquerez les volcans. Mais si vous mettez votre travail en antithèse avec Dieu, si, pour parler comme la théologie, vous vous révoltez contre sa volonté qui n'est autre que la volonté des principes et de la certitude éternelle, vous construisez à l'envers, vous organisez le mal, qui est la désorganisation, et vous irez à la grande déroute de toutes les forces de votre être, vous renouvellerez l'histoire des Titans et de Satan, vous reculerez au lieu d'avancer, et en lin de compte vous serez foudroyés.

C'est en vertu de cette règle qui domine tout parce qu'elle est éternelle et universelle, que nous faisions, en 1857, l'article suivant sur ce que nous appelions la domestication deS //cures. Noascherchionsdans la nature, qui est une manifestation de Dieu, ce qui nous paraissait être le mieux en conformité avec ses plans, pour amener les cours d'eau à nous servir le mieux possible dans leurs rapports avec l'agriculture.

« Il existe, dans les idées humai-

nes, une idée générale dont nous tirons le théorème suivant:

« Pour obtenir de la nature tout ce » qui est, chez elle, en puissance, il » faut se mettre en paix avec elle, » non en guerre, et, pour cela, la » travailler selon ses intentions ; et, » pour cela encore, l'étudier sans » cesse par l'observation jointe à la » science théorique, afin de mettre » nos travaux \raimenten harmonie » avec ses tendances. »

« Ce principe est vrai dans tous les ordres : il est vrai dans l'ordre moral, à. commencer par l'éducation de l'enfant; il est vrai dans l'ordre industriel de la production, en commençant par l'agriculture, qui est la première des industries, et aujourd'hui nous allons en faire une application, qui en sera une preuve nouvelle, à ce que nous pourrions appeler l'éducation on la domestication des fleuves. Ce sont des sujets sauvages, puissants, terribles, aux grandes colères, aux immenses désastres, qu'il s'agit d'apprivoiser, pour faire tourner leurs forces à notre avantage ; ces forces bien dirigées seront pour nous des sources de vie aussi fécondes qu'elles sont, mal dirigées et surtout violentées comme elles le sont d'ordinaire, des instruments considérables de destruction^de malheurs et de mort.

« Pour bien expliquer notre idée, nous répondrons aux deux questions suivantes:

« 1° Que faut-il étudier et connaître, relativement aux fleuves et aux rivières, dans le but de les soumettre avec leurs vallées, à des travaux utiles et intelligents?

« 2° Quel est le svstème à suivre dans ces travaux pour arriver au meilleur résultat.

« I. — Il s'agit d'une science des plus compliquées, à laquelle on n'a guère pensé que dans ces derniers temps, et qui commence néanmoins à faire des progrès.

Il faut savoir d'abord l'espèce de cours d'eau sur les bords duquel on est établi ; car il y en a de plusieurs sortes.

« Les uns sont des torrents, soit roulant toujours leurs flots rapides,

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soit laissant Icuis lits à sec durant une saison. En général, ces torrents n'ont qu'un trajet tirs-court; 20 kilomètres sont déjà une assez grande longueur. Leur pente est souvent énorme ; elle peut être, en général, de 20 centimètres par mètre, et le bas de la montagne où linit le torrent est ordinairement r.n delta incliné, formé de sable, vase, cailloux, toui bières, elc.

« D'autres sont changeants. Ceuxlà paraissent divaguer dans la vallée, se jetant ici et là, de droite et de gauche, à intervalles plus ou moins éloignés; ils se creusent des lit-; nouveaux après qu'ils ont rempli les anciens, et quand un les considère pendant de longues durées, ils apparaissent à l'observateur comme une des images les plus expressives du caprice et de la fantaisie. Il nous souvient avoir lu ou entendu dire

que le Niémen es1 un fleuve de celte espèce, qui s'ennuie dans sou lit comme un enfant malade, etse jette sans ir>so d'un liane sur l'autre avant d'aller se perdre dans la mer.

« D'autres, -.m- varier de la sorte leur ligne de voyage, sont, à fond mobile. Ils remuent sans cesse les sables sur lesquels ils roulent; font, défont et refont leur lit comme s'ils ne s'y trouvaient jamais à l'aise; montrent ça ef»là des b;mrs à fleur d'eau qu'ils détruisent bientôt ; construisent des îles nouvelles dont quelques-unes durent assez longtemps, en démolissent d'antres ; creusent ici des trous, remplissent ailleurs ceux qu'ils avaient creusés ; enfin n'ont lien de fixe dans leur profondeur, et forcent constamment les pilotes qui naviguent sur leurs eaux à changer de direction et de manœuvre. La Loire et le Rhône appartiennent à cette classe, bien qu'en ui\ degré peu considérable.

» Il y a, enfin, les fleuves réguliers tels que la Seine et la Tamise, qui sont calmes, lents, sages, conservent le même lit, en paraissent toujours satisfaits, etse contentent à peu près des mêmes profondeurs, sauf les crues et les décrues générales, dont nous parlerons.

« Il faut connaître, en second lieu,

l'espèce de lit dans lequel coule un fleuve, quant à sa largeur relative à la masse d'eau qu'il charrie, ou peut charrier dans une longeur donnée.

Les uns sont à bacs très-larges, et il est évident qu'alors les inondations seront tardives ; d'autres descendent dans un étroit encaissement, qui se remplira presque simultanément aux pluies, et. donnera lieu à des crues instantanées foudroyantes.

« La longueur du cours n'est pas moins àconsidérer. S'il est très-long il sera facile de s'organiser pour prévenir les riverains les plus exposés des ascensions, qui sont alors toujours progressives, selon l'éloignemenf plus ou moins grand des premières sources ; tandis que, s'il est court, une telle organisation sera plus difficile. On peut citer parmi les fleuves les plus longs le Mississipi; cet admirable cours d'eau, sorte de mer allongée, s'étend et serpente, avec la noble régularité du temps, le long d'une immense et riche vallée de 65S0 kilomètres de longueur, large en proportion, et capable, de nourrir une population comme celle de toute l'Europe.

« Il faul connaître encore le senre de sources qui alimentent un llcuve ou une rivière. 11 y en a qui doivent leur existence à une source unique :

tels sont le Loiret, si court et si uros en proportion de sa longueur, qui sort tout formé de sa source; la fontaine de Vaucluse qui se divise en sept branches, au pied même de la montagne d'où elle sort. D'autres ont pour pères des lacs qui, se gonflant et se vidant, soit à époque régulière, soit, irrégulièrement, déterminent tantôt les débordements, tantôt ces abaissements qu'on appelle, dans leur maximum, lesétioges. Le Nil, dont les inondations sont si régulières et si précieuses pour l'Egypte, parait avoir pour origine une source-lac ; on le soupçonne du moins, et on le saura peut-être enfin dans notre siècle, grâce aux entreprises que l'on forme, en ce moment même, pour résoudre la question de la naissance de ce fleuve, restée aussi célèbre que mystérieuse depuis Hérodote. (Depuis 1837, le D r Livingston a exploré les

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sources du Nil et ?u a donné la description.) 11 y en a aussi dont les sources sont les neiges des montagnes, toujours fondantes à une certaine hauteur, selon le climat et la saison et surtout les glaciers ; ces amas de neige qui se convertissent en glace forment des masses qui descendent sans cesse avec lenteur, et finissent par se fondre et former des cours d'eau. Enfin d'autres résultent d'une multitude de petits ruisseaux directement alimentés par les pluies, lesquels s'unissent successivement pour former des rivières de plus en plus considérables.

« Ou conçoit l'influence que doivent exercer ces divers modes de sources sur les crues ou les décrues des eaux. Par exemple, si le fleuve s'alimente à des neiges ou des glaces, c'est en été que ses eaux deviendront le plus hautes, en hiver qu'elles seront le plus basses ; s'il s'alimente de ruisseaux formés par les pluies, ce sera le phénomène inverse, puisqu'il pleut davantage en hiver qu'en été. La Saône et le Khône présentent, à ce sujet, une combinaison curieuse et très-avantageuse pour la navigation de Lyon à la mer ; la Saône, qui vient des Vosges en se formant de ruisseaux ordinaires, fournit l'eau pendant l'hiver; le Rhône, qui descend des glaciers des Alpes, la fournit pendant l'été : l'une est au plus haut quand l'autre est au plus bas ; et de cette manière, de Lyon à la Camargue, le Rhône est navigable en toutes saisons, (.'est de plus une circonstance heureuse pour préserver généralement le pays d'inondations qui reviendraient chaque année.

" La nature du sol environnant doit être également étudiée. Ce sol peut être perméable ou imperméable et les précautions à prendre seront t les - différentes dans l'un et l'autre cas. C'est ainsi qu'à Avignon, que l'on avait, avec raison, entourée de murailles propres à soutenir l'eau tout alentour, on a vu en 1856, avant môme qu'aucune brèche eût été pratiquée par le torrent déebainé, l'eau entier dans la ville, portes fermées, en y formant des sources jaillissantes qui venaient soulever les parquets

et chasser les habitants de leurs salons. Le plus souvent, quand on oppose à cet élément une barrière, il trouve moyen de s'en ouvrir une autre, et finit par avoir raison. Il fallait cependant, dans ce dernier cas, que le sol fût perméable ; mais peut-être que, s'il en eût été autrement, la force du torrent eût gagné en proportion, aurait brisé les murailles, et aurait fait un dégât beaucoup plus considérable, vu qu'on n'aurait pas eu letemps d'être averti etde s'y attendre, comme nous l'expliquerons un peu plus loin.

« 11 faut étudier avec le même soin la vitesse du courant, le volume d'eau qu'il débite, et ses variations moyennes sous ce rapport. Les phénomènes sont d'une diversité infinie. La vitesse du Rhône est effrayante ; ce fleuve emporte, par seconde, un tronçon de sa masse liquide de la longueur de 4 mètres ; il débile, quand il est à l'étiage, 230 mètres cubes seulement de son eau par seconde, et, danssescrues ordinaires, fiOO mètres cubes dans le même temps. La Loire, à Roanne, n'en débite quand elle est le plus basse que 7 mètres cubes par seconde, et quand elle est le plus haute, elle atteint 4 000 mètres cubes dans le même temps. Fiez-vous à des rivières aussi capricieuses !

« Le Rhin pourrait trahir également ses riverains ;il est, en moyenne, à 2 mètres au-dessus de son étiage , c'est assez pour indiquer sa puissance.

« Mais c'est peu que nos fleuves près de ceux d'Asie, d'Amérique, et même près du Nil. Ce dernier roule 6 millions de mètres cubes d'eau par seconde, ceux d'Asie infiniment davantage, et le Mississipi 68 millions par seconde en temps ordinaire.

« Au reste, les petites rivières sont souvent plus dangereuses que les grandes, de même que celles-ci sont souvent plus dangereusesque l'Océan.

La Durance, le Gardon, l'Ardèche, ont trop prouvé leur force : on a vu, par exemple, cette dernière faire passer plus d'eau à Joyeuse en vingtquatre heures que la Seine n'en fait passer à Paris pendant une année,

« Il faut encore étudier les bassins hydrographiques, c'est-à-dire les étendues de pays qui fournissent

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leurs eaux à tel ou tel fleuve, et voir avec soin si le canal d'écoulement est suffisant pour toutes les éventualités. C'est la Gironde qui, chez nous, a le plus grand bassin; la Saône vient ensuite ; et ce sont de bien petits bassins, si on les compare a ceux des grands fleuves. Celui de l'Amazone est de 206 millions d'hectares, à peu prés un quart de nuire Europe totale.

« Indiquons enfin, parmi les nombreuses circonstances sur lesquelles il faut demander à la science des renseignements, avant de se livrer aux divers travaux dans l'exploitation des vallées, les habitudes des vents selon les saisons, de quel côté ils souillent aux temps des crues, les propriétés du sol en production, ce qu'il pousse le plus naturellement, la conformation de sa surface, les variations de la température, les directions des cours d'eau, etc. ; il n'y a pas de détail qui ne puisse être d'une grande utilité, l'nur en donner un dernier exemple, si le fleuve va du sud an nord, il est exposé à se Ironver, dans certains hivers, encombré par des barrages de glaces vers son embouchure, arrêté ainsi cl forcé de se répandre, dans snii COUTS supérieur, sur le pajs environnant. C'est ce qui est arrivé pour la Lena, qui coule vers le septentrion, et ce qui est arrivé en 1754 et en 1799 pour le Rhin qui se trouve dans le même cas. En 182!), on se \it encore obligé, à Strasbourg, de briser les glaces à coups de canon, et cela arrive assez souvent.

« Nous avons jeté un rapide aperçu sur ce qu'il est utile que l'homme sache avant de soumettre les cours d'eau et leurs vallées à des travaux en vue d'un avenir productif et assuré. 11 nous reste a indiquer, de la même manière, le système qui nous parait le seul bon pour arriver à ce que nous avons osé nommer en commençant l'éducation ou la domestication des fleuves

« II. Quel est le système à suivre dans les travaux sur les fleuves et leurs vallées, pour arriver au résultat le plus productif et le plus à couvert des chances de désastres?

« Nous répondons court : Il faut les traiter comme des animaux sauvages qu'on assujettit à l'état domestique, les domestirjuc?-.

« Que fait-on quand on réalise la conquête d'un animal encore sauvage ?

Essaye-t-on de changer son espèce?

de remplacer ses forces et ses propriétés par d'autres propriétés et d'autres forces? de lui donner de nouveaux instincts ? de le transcréer, enfin, dans une autre nature, en lui' communiquant des caractères essentiels qu'il n'avait pas, et en détruisant ceux qu'il avait? Fait-on du chien un agneau, de la poule un canard ? Non ; on modifie et adoucit seulement sa nature, en la laissant ce qu'elle est, et on trouve moyen de faire tourner au profit de l'homme les vertus dont elle est douée, par la solution d'un problème d'harmonie :

celui de la découverte des usages auxquels l'animal est propre, de ceux de nos besoins qui sont en rapport avec ces usages, et de l'équation des uns avec les autres.

Or, qu'a-t-on fait jusqu'alors à l'égard des neuves? Précisément l'inverse. On a voulu les tranformer, les violenter, le- plier de force à nos caprices bien plutôt encore qu'à nos besoins. Si une rivière a dans sa nature de varier son lit, on a entrepris de l'en corriger et de se rendre ce lit invariable ; si elle aime se promener lentement dans une large voie, on a voulu, au moyen de digues parallèles, laforcerde se précipiter entassée dans un canal étroit; si elle s'empare d'une étendue de pays où elle se met à l'aise à certaines époques, on la lui prend, tandis qu'elle sommeille, on s'j établit, on lui barre le passage, et on lui dit : • Tu n'y reviendras plus. » Si (die s'ajoute des bras, des espèces d'anastomoses, pour écouler son trop-plein, on les lui coupe, comme on l'a fait pour le Rhin, à certaines époques. Souvent les riverains de droite et de gauche se disputent les bords, en mordant de force sur le fleuve, et comme aucun ne veut céder, il faut que le fleuve se rétrécisse entre les deux voisins, contrairement à sa nature.

« Le Rhin, entre autres, est depuis

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longtemps dans cette lutte entre deux ennemis opposés : la France et le grand-duché de Bade ; ce dernier le repoussait avec des levées de murailles ; nous le repoussions, à notre tour, avec des terrasses très-habilement faites au moyen de longues fascines qu'on coupait par millions dans les bois environnants. Il reprenait ailleurs : on le repoussait de nouveau ; en tin de compte, nous perdions plutôt que nous ne gagnions, et les deux pays tirent un traité pour déterminer la ligne médiane du lleuve; mais depuis, c'est toujours la même lutte pour le maintenir dans le plus étroit espace, au moyen de digues parallèles dont l'entretien fait beaucoup d'honneur aux ingénieurs.

Aussitôt qu'il jette un courant rapide contre une rive, et qu'on s'aperçoit qu'il va l'envahir, les terrassements, les trous à fascines, les dépenses recommencent sur une grande échelle; c'est la guerre éternelle de l'homme contre l'eau, et, en même temps, entre l'homme et l'homme.

« Il en est de même presque partout, dans les pays civilisés, sur les fleuves et les rivières.

« Voilà donc comme on a travaillé jusqu'alors, et, de temps en temps, l'eau a pris ses revanches ; elle a eu ses accès de fureur, a tout brisé et a fait perdre quelquefois, en un jour, les travaux d'un siècle. On a recommencé dans la même voie; le passé n'a pas servi à nous instruire ; chaque fois que l'orage est apaisé, on semble croire qu'il ne reviendra pas ; on dort, tranquille derrière les digues qu'on a réparées ; mais l'avenir est devant nous, l'avenir qui nourrit ses colères dans son impénétrable nuit !

« Les inondations de 18a6 ont cependant laissé des impressions, et l'on imagine toutes sortes de moyens préventifs. Disons quelques mots de ces moyens.

L'un a dit qu'il faudrait renforcer les digues parallèles, en faire de gigantesques en largeur et en hauteur, dans lesquelles en encaisserait le cours d'eau; doubler, tripler celles qui existent; mais la puissance de l'homme est limitée, et celle des éléments ne l'est pas. Quant il s'agit

d'une différence de quelques mètres, comme celle où peut arriver la force humaine dans des travaux de ce genre, ce n'est rien contre les éventualités des ascensions diluviennes, qui tiennent à tant de causes combinées; plus on aura rendu l'obstacle considérable, plus le ravage sera grand lorsqu'il sera vaincu; et si la digue n'est pas brisée, il se produira souvent des surgeons, comme nous l'avons raconté pour Avignon en 18o0. D'ailleurs, il n'y a plus aujourd'hui qu'un concert unanime, parmi ceux qui traitent sérieusement ces questions, pour avouer que le système des levées parallèles est pernicieux, et ne peut qu'empirer le mal de plus en plus.

« Un autre dira qu'il faut remplacer ces digues parallèles par des digues perpendiculaires au cours du fleuve, établies do distance en distance, ou ajouter de celles-ci aux premières. Ce système est de beaucoup préférable au précédent ; on le lui a substitué, dans la Suisse, depuis déjà longtemps, sur l'Aar et d'autres rivières, et l'on s'en trouve mieux. Ces digues forment, dans leurs intervalles, des sortes de chambres qui servent comme de réserves pour le trop-plein; et comme il y en a dans toute la longueur, la multitude des chambres qui se colmatent, c'est-àdire qui se garnissent de gazon, de racines, de toutes sortes de végétations, boiseu°es ou autres, selon les terrains, disperse l'inondation et en ^ue la violence. Ce monde se rapproche un peu de notre idée fondamentale ; il est moins que le premier une guerre à force ouverte; il cède quelque chose, et il amoindrit le mal; mais il n'est encore qu'un remède après coup, qui n'empêchera pas tous les désastres.

« Un autre imagine des retenues d'eau artificielles plus ou moins rapprochées des sources et le long des montagnes, à l'imitation de certaines retenues naturelles. Le lac de Cenève est un exemple remarquable de ces retenues pratiquées par la nature même; il garde une partie des eaux qui descendent des Alpes, et ne les laisse s'échapper dans le Rhô ne

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par la gorge où il les lai déverse, qu'avec une modération qui épargne des inondations subites qui se répéteraient sans cesse. Mais que fera l'art en comparaison de ces travaux de la nature ? Le lac de Genève a une superficie de 000,000 mètres carrés; c'est grâce à cette grande étendue de son réservoir qu'il produit des effets importants. Ce que nous ferons aura beau Qousparaître prodigieux et nous donner des peines infinies, ce ne sera qu'un jeu d'enfants en comparaison.

« L'Egypte avait fait cependant, dans un but à peu près semblable, sou lac Mœris; niais le terrain s'y prêtait, et encore était-ce une des merveilles du monde. Si l'idée est bonne et applicable quelquefois, ce ne sera que très-rarement. On ne peut nier que ce moyen ne puisse servir contre la foule des neige-' et les pluies des montagnes. — Nous disons des montagnes avec intention, vu que' celles des lieux plus bas, ainsi qu'on l'a observé eu Bresse, sont bien plus considérables et plus fréquentes. — On a appliqué ce moyen en Espagne, car M. de Verneuil y a mi de ces retenues, et il en a signalé un autre inconvénient qui n'est pas moins ù considérer : c'est le travail énorme d'entretien qu'elles demandent, par suite des curages que rendent nécessaires les sables el les vases dont elles se remplissent, par suite des ravinages des terrasses de soutien, et par suite d'autres causes encore. Le lac de Genève lui* même diminue un peu chaque année par les alluvions; mais il est si grand qu'il fera longtemps son service, et il n'en est pas ainsi de nos lacs artificiels.

« Va autre propose d'organiser le long des rivières des services actifs et permanents de curage, quand elles ont l'habitude d'ensabler leur lit, pour leur maintenir un canal spacieux.

Ce travail est bon assurément, et il s'exécute, autant que possible', depuis longtemps; mais c'est encore un petit moyen auquel l'homme dépense un temps énorme sans arriver à grand résultat, même sur les rivières de la dimension de la Loire. On sait dé-

jà par expérience que c'est lutte contre plus fort que soi.

« Un autre propose d'enchaîner le fleuve, ce qui rappelle un peu les fureurs d'un roi fou contre l'Océan. Le mot est pris à la lettre : il s'agirait d'établir des retenues llottantes construites en madriers et chaînes de métal qui, espacées convenablement, ralentiraient insensiblement la marche des eaux lorsqu'elles monteraient à une hauteur donnée. Le plan est très-bien conçu, indiqué avec précision, savamment calculé ; mais nous croyons inutile de nous y arrêter en ce qui concerne la question présente.

Les ingénieurs du Lot imaginent une ruse non moins singulière : mettre l'eau aux arrêts dans des trous lorsqu'elle monte trop haut. Ces trous doivent être pratiqués à l'avance, d'intervalle en intervalle, le long de la rivière, à partir des environs de la source, et être, bien entendu, d'une profondeur et d'une dimension proportionnelles à l'importance du fleuve. Mais quels trous faudrait-il pour un cours d'eau considérable? et quels travaux pour les curer, les entretenir? c'esl encore à peu près l'enfant dont parle la légende, qui voulait charrier l'Océan dans le creux de sa main.

« Enfin une précaution, plus en rapport avec la grandeur du phénomène, a été discutée et a fait fortune depuis les dernières inondations : c'est le reboisement des montagnes.

11 est certain que la nudité des lieux où se forment les courants liquides facilite les inondations subites. Les bois, les racines, les herbes, les gazons, arrêtent l'eau, et souvent un nombre d'heures de retard suffit à donner aux rivières le temps de se vider suffisamment pour qu'il n'y ait pas débordement considérable. On a même, à ce propos, exprimé des craintes pour l'avenir sur les drainages, en disant qu'ils rendent Jes écoulements plus rapides ; mais ce serait plutôt l'inverse à notre avis :

les tuyaux de drainage maintiennent la terre dans un état constant de perméabilité, qui lui permet de boire l'eau qui tourne au lieu de la laisser courir sur sa surface; et le temps

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qui est ensuite nécessaire à son écoulement par ces tuyaux empêche les crues d'êtres subites. Nous tenons, au moins, cet effet pour probable.

L'expérience prononcera plus tard; mais le drainage restera, à tout événement, comme chose trop utile.

« Que dire du reboisement? Il faut avouer d'abord qu'on a eu tort de déboiser; on a ainsi mangé son fonds bien plutôt que son revenu, sous tous les rapports, et, de plus, on a rendu laide uni: belle nature, en substituant à la variété des forets, des taillis, des rochers et des sommets nus, la monotonie de la calvitie, de la sécheresse, de l'aridité et de la mort. Mais que faire maintenant sur des montagnes immenses, telles que les Alpes, qui sont presque partout déboisées, qui n'ont pas déterre, qui ne présentent plus que de la roche sèche et dure ?

Quand on peut reboiser, iluefautpas manquer de le faire ; ce moyen rentre dans autre pensée générale ; il suffit même souvent, quand il y a de la terre, d'enclore la propriété et d'empêcher, les moutons d'y aller brouter les jeunes pousses, de les garantir surtout contre les chèvres qui ne laissent pousser absolument rien. C'est l'inconvénient des Alpes françaises; des milliers de moutons y viennent tous les étés, en sortes de caravanes, jusque de la Camargue, et y mettent tout ;'; nu, sauf quelques petits arbustes misérables qu'ils y laissent encore el que les chèvres n'y laissent pas. Voilà pour le reboisement : faire ce qu'on peut pour reboiser, nuis, avant tout, ne pas déboiser.

« Venons maintenant directement à l'application de l'idée que nous avons formulée en commençant, laquelle est à la fois très-antique et très-moderne ; très-antique car ce fut celle qui dirigea les anciens Egyptiens dansleur exploitation si heureuse de la vallée du Nil; très-moderne, car plus d'un savant y revient aujourd'hui, et nous pouvons citer l'hydrographe M. Martins, connu pour la justesse de ses appréciations. Le système qui va en découler est plus facile à suivre dans un pays nouveau que dans un pays depuis longtemps travaillé en sens inverse par la civilisation :

aussi ne repoussons - nous pas les palliatifs dont nous avons parlé ; ce sont des remèdes provisoires dont les effets reviennent à des atermoiements ; mais il faudrait en même temps défaire peu à peu ce qu'on a fait, et faire ce qu'on n'a pas fait. 11 ne faut pas croire que les Egyptiens eurent tout à coup le plan qu'ils ont exécuté, ils n'y arrivèrent qu'avec de longs siècles. Faisons au moins comme eux.

« Nous réduisons le système dont il s'agit aux deux points suivants :

« 1° Quand on connaît bien le lleuve et toutes les circonstances qui y sont relatives, dont nous avons donné un aperçu dans le premier chapitre, arranger La vallée pour le lleuve et non, comme on a fait, le lleuve pour la vallée.

« Cette vallée est son empire ; elle lui appartient, il en est le dominateur tout - puissant ; vous ne l'empêcherez pas d'3" régner : mettez donc en harmonie votre exploitation de cette vallée avec sa propre nature; livrez-la, s'il le faut, à ses inondations ; faites qu'elles soient périodiques ; rendez-les modérées et obéissantes en multipliant les bras du fleuve et ses embouchures ; rendezles bienfaisantes pour vous en modifiant votre culture en espèce de produits et en méthode, de telle sorte que vous les désiriez au lieu de les craindre. Vous mettrez ainsi le fleuve en association de travail avec vousmême; vous serez en paix avec lui et ferez tourner ses forces à votre avantage.

« Plus d'un pays a déjà manifesté cet instinct : dans la Camargue, par exemple, les habitants aiment beaucoup les inondations, pourvu qu'ils en soient prévenus; or, nous allons dire un mot de cette condition. Dans cette hypothèse des inondations apprivoisées, qui sera sans doute la plus générale, on s'établira comme en Egypte ; les villages seront sur les tertres au lieu d'être dans les basfonds ; on pratiquera des chaussés d'un village à l'autre, s'il en est besoin: on les entourera de murs, comme le sont déjà, en vue de débordement, Avignon et Aiguës-Mortes. On ne

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craindra plus rien, et ce qui était fléau deviendra bienfait et richesse; car des inondations, dans un pays organisé pour les recevoir, fument la terre, font pousser les végétaux et sont une source d'avantages de toute espèce. On le sait bien sur le bord des fleuves : à Avignon, par exemple, on a remarqué qu'après le débordement tout ce qu'on ressème pousse si bien que, même dans l'étal présent des choses, Oïl regagne en partie ce qui a été détruit.

« Le grand point est de tout arranger pour que les eaux s'épandent convenablement et se retirent de même, sans rien détruire et sans nuire aux habitations, et aussi pour que, s'épandant de la sorte aux époques périodiques en rapport avec la nature du fleuve, le reste, en fait de culture,}- soit approprié. Ce sont des travaux d'un genre opposé à ceux qu'on a faits généralement en Europe.

« 2° Un second point très-utile pour éviter les surprises, et qui complète le système, c'est l'organisation d'une télégraphie destinée à donner tous les avertissements d'après lesquels on fera jouer à temps les moyens préparés , soit pour faciliter" les écoulements, suit pour les modérer selon les besoins, les saisons, les abondances d'eau ou les sécheresses, etc.

« Rien ne sera plus simple, à l'avenir, avec les télégraphes électriques. Déjà on a senti les bienfaits de cette précaution. On avait organisé, sur le Rhône une correspondance hydrométrique qui a fonctionné pendant dix ans, simplement par la poste aux lettres; en 1856, le maire d'Avignon fut averti par la dépèche trentesix heures à l'avance, que la Saune montait ; ce temps suffit pour sauver les huiles et presque toutes les provisions, avant que l'eau vint rompre la muraille' et tout envahir.

« 11 faudrait aussi despluviomètres établis de distance en distance, qui feraient savoir, par la télégraphie, les quantités de pluie tombées sur toule la ligne. Rien de plus simple.

Un pluviomètre coûte 8 francs à établir, et peut être surveillé par le curé, l'instituteur ou toute autre personne.

« Mais nous laissons les détails,

pour mettre lin à un article déjà long, et nous concluons en recommandant à nos contemporains, ainsi qu'à nos descendants, l'exemple des anciens Egyptiens dans les travaux d'irrigation dont ils ont couvert la vallée du Nil, pour mettre à profil les débordements de ce grand fleuve, qui, de sa nature, n'était pas moins terrible qu'un autre, ainsi qu'il le prouvait, si l'on en croit la tradition antique, au temps d'Osiris, de manière à ce qu'on ne dût l'oublier jamais.

« C'est ainsi que l'homme aura vraiment fait la conquête des fleuves, qu'il les aura domptés, — pardon, lecteur, de l'étrange expression, — en les domestiquant. » (Scien. p. tous.) Le Noir.

| DOMINATION. Jésus-Christ, dans l'Evangile, a défendu à ses apôtres l'esprit de domination. « Vous savez,

» leur dit-il, que les princes des na- » tions exercent l'empire sur elles, » et que les plus grands jouissent du « pouvoir. Il n'en sera pas de même » entre vous; mais il faut que celui » qui veut être le premier et le plus » grand, soit le serviteur des autres.»

Matt, C. 20, y 23. Saint Pierre recommande aux pasteurs de ne point dominer sur le clergé, mais d'être en foutes choses les modèles du troupeau.

I Pétri, cap. 5, f 3. De là les ennemis de la hiérarchie, les calvinistes, les sociniens. les indépendants, ont conclu que Jésus-Christ avait défendu, non-seulement toute inégalité entre les ministres de l'Eglise, mais toute prééminence à l'égard des simples fii lé les; que l'autorité, dont les pasteurs, sont revêtus dans l'Eglise catholique, est une usurpation de leur part.

Mais n'y a-t-il point de différence entre une autorité douce etpaternelle, et une domination impérieuse, armée de menaces et de châtiments? Jésus- Christ voulait réprimer l'ambition de deux apôtres, qui pensaient que leur maître allait établir sur la terre un royaume temporel, et qui demandaient d'y occuper les premières places; i] leur fait sentir leur erreur.

Loin d'établir l'anarchie dans son Eglise, il promet à ses apôtres qu'ils

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seront assis sur douze sièges pour juger les douze tribus d'Israël. Malt., c. 19, f 28. Il leur attribue donc une autorité.

Saint Paul, en instruisant Timotbéc des devoirs d'un évèque, lui suppose de même une prééminence et une autorité sur les prêtres et sur les simples fidèles, puisqu'il lui prescrit l'usage qu'il eu doit faire, et la manière dont il doit l'exercer. Il dit que les pasteurs sont dignes d'un double honneur, I Tim., c. 5, f 17. Il leur adresse à tous cette leçon: «Veillez » sur vous-mêmes, et sur tout le trou- » peau sur lequel le Saint-Esprit vous » a établis éeéques ou surveillants, » pour gouverner l'Eglise de Dieu, » qu'il s'est acquise par son sang. »

Act., c. 20, f 18. Peut-on gouverner sans avoir un degré d'autorité? Il dit à tous les fidèles: « Obéissez èfvos » préposés, i mi à vos pasteurs, et sou- » mette/.- vous à eux, parce qu'ils « veillent sur vos âmes, comme étant » chargés d'en rendre compte, etc.»

llubr., c. 13, f 17. Ils ne pourraient rendre compte de rien s'ils n'avaient point d'autorité pour se faire obéir.

Aucune société ne peut subsister sans subordination ; il faut donc nécessairement que les uns commandent et que les antres obéissent. En généra], c'est une morale pernicieuse et une mauvaise politique, que de chercher a. rendre odieuse toute espèce d'autorité : les hommes ne sont déjà que trop portés à en secouer le joug; elle ne leur est jamais plus nécessaire que quand tout le monde veut disserter pour en rechercher l'origine, pour en fixer les bornes, poury mettre des entraves. Il en faut une dans l'ordre civil ; on ne peut pas s'en passer dans uue société religieuse : toutes deux doivent se réunir et se prêter la main pour mettre un frein à la licence, dans un siècle raisonneur et très-corrompu.

Ajoutons que les sages, qui, malheureusement, sont le petit nombre, jugent qu'il est plus aisé d'obéir que de commander. Il n'est point de plus dur esclavage que celui des dignités les plus éminentes, et dans un sens la maxime de Jésus-Christ se vérifie toujours, que les plus grands sont

les serviteurs, et souvent les esclaves de leurs inférieurs. Beiigier.

DOMINATIONS, anges du premier ordre de la seconde hiérarchie. Ils sont ainsi nommés, parce qu'on leur attribue une espèce d'autorité sur les anges inférieurs.

Saint Paul, Ephes., c. i, f 20, dit que Dieu, en plaçant Jésus-Christ à sa droite dans le ciel, l'a établi sur toute principauté, toute puissance, toute vertu céleste, toute domination, et sur tout nom qui est prononcé dans le siècle présent et dans le siècle futur. Il dit, Coloss., c. 1, f 1G, qu'en Jésus-Christ et par lui tout a été créé dans le ciel et sur la terre, les choses visibles et invisibles, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, que tout subsiste en lui. Ees Pères de l'Eglise et les interprètes ont jugé que cela doit s'entendre des divers chœurs des anges. Si, en général, Dieu nous a révélé peu de chose sur la distribution, le rang, les fonctions de ces esprits bienheureux, c'est qu'il ne nous est pas nécessaire d'en savoir davantage.

Bergikr.

DOMINICAIN, ordre religieux, dont les membres sont appelésenplusieurs endroits frèrt * prêcheurs, et en France plus communément jacobins, parce que leur premier couvent de Paris fut bâti dans la rue Saint-Jacques, oii il subsiste encore aujourd'hui.

Les dominicains ont tiré leur nom de leur fondateur saint Dominique de Gusman, gentilhomme espagnol, né l'an 1170, à Calaruéga, bourg du diocèse d'Osma, dans la vieille Castille.

Il fut d'abord chanoine et archidiacre d'Osnnr. Il vint en France pour combattre les albigeois, quifaisaicntbcaucoup de bruit en Languedoc, il prêcha contre eux avec zèle et avec succès, et en convertit un très-grand nombre. Ce fut là qu'il jeta les" fondements de son ordre, qui fut approuvé, l'an 121 U, par Innocent III, et continué l'année suivante par Honorius ou Honoré III, sous la règle de saint Augustin et sous des constitutions particulières; ce pontife le nomme l'ordre des frères prêcheurs.

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Plusieurs incrédules, copistes des protestants, ont déclamé contre saint Dominique de la manière la plus indécente, llsl'ont peint comme un prédicateur fougueux et fanatique, qui préféra d'i mployer contre les hérétiques le bras séculier plutôt que la persuasion ; qui fut l'auteur de la guerre que l'on lit aux albigeois, et des cruautés dont elle fut accompagnée ; qui, pour perpétuer dans l'Eglise le zèle persécuteur, suggéra le tribunal de l'inquisition.

La vérité est que saint Dominique n'employa jamais, contre les albigeois, que les sermons, les conférences, la ebarité et la patience. En arrivant dans cette mission, il représenta aux abbés de Citeaux qui y travaillaient, que le seul moyen d'y réussir était d'imiter la douceur, le zèle et la pauvreté des apôtres : il leur persuada de renvoyer leurs équipages et leurs domestiques, et leur donna l'exemple de la charité .apostolique.

Il n'eut aucune paît à la guerre que l'on lit aux albigeois. Os hérétiques l'avaient eux-mêmes provoquée, en prenant les armes sous la protection des comtes de Toulouse, de Foix, de Comminges, et de Bêarn, en chassant les évêques, les prêtres et les moines; en pillant et eu détruisant les monastères et les églises, et en répandant le sang des catholiques. Saint Dominique prêcha contre les excès que commirent h 3 croisés, aussi bien que contre les cruautés des albigeois.

L'inquisition avait été résolue avant qu'il put y avoir part, puisque l'on en rapporte l'origine au concile de Vérone, tenu l'an 1184. Elle fut établie, non pour forcer les hérétiques à quitter leurs erreurs, mais pour découvrir et punir leurs crimes.

Jamais saint Dominique, ni les autres missionnaires, n'ont jugé qu'il fallait punir l'erreur connue un forfait ; mais les séditions, le pillage, les meurtres commis par les hérétiques ne sont pas des erreurs.

On trouvera la preuve de tous ces faits dans les Vies des Pères et des Martyrs, tome 7, page 106 et suiv.

Le premier couvent des domini-

cains en France fut fondé à Toulouse par l'évèque de cette ville, et par le comte Simon de Montfort : deux ans après, ces religieux eurent une maison à Paris, près de celle de l'évèque et ensuite leur couvent de la rue Saint-Jacques. Ils furent reçus de bonne heure dans l'université de Paris.

Saint Dominique ne donna d'abord à ses religieux que l'habit de chanoines réguliers; savoir, une soutane noire et un rochet : mais, en 1210, il le changea en celui que les jacobins portent encore aujourd'hui. Cet habit consiste en une robe, un scapulairc et un capuce blanc, pour l'intérieur de la maison ; et une chape noire avec un chaperon de même couleur, pour sortir au dehors.

Cet ordre est répandu par toute la terre ; il a quarante provinces, sous un général qui réside à Rome, et douze congrégations particulières de réformés, gouvernées par des vicaires généraux. Il a donné à l'Eglise un grand nombre de saints, Irois papes, plus do soixante cardinaux, plusieurs patriarches, six cents archevêques, plus de mille évoques, des légats, des nonces, des maîtres du sacré palais, à compter depuis saint Dominique, qui le premier a exercé cette fonction. La théologie, la chaire, les missions, la direction des consciences et la littérature, ont assez fait connaître leurs talents. Us tiennent pour la doctrine de saint Thomas, opposée a. celle de Scot et de quelques autres théologiens plus modernes :

ce qui leur a fait donner dans l'école le nom de thomistes. Ils ont été autrefois inquisiteurs en France, et il y a toujours à Toulouse un de leurs religieux revêtu de ce titre, mais sans fonction. Us l'exercent dans dilférents pays où est établi le tribunal de l'inquisition.

Les dominicains n'observent plus les constitutions de saint Dominique dans la grande rigueur; mais en 1650, le père Le Quien, né à Paris en HiOl, vint à bout, après beaucoup d'opposition de la part de son ordre, d'établir en Provence une congrégation de dominicains réformés, qui ont repris l'étroite obser' ance de la

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règle de saint Dominique; elle ne possède que six couvents, .situés en Provence et dans le conitat d'Avignon. Voyetl'Hist. des Ordres monast., t. 3, p. 229.

Les pères Quelif et Eehard ont donné en 1711) et 1721, la bibliothèque des écrivains de leur ordre, en deux volumes in-folio. Cet ouvrage passe pour l'un des plus savants et des mieux faits qu'il y ait en ce genre.

Jamais les prolestants ne pardonneront à saint Dominique le zèle dont il fut animé pour la conversion des hérétiques, ni à ses religieux les fonctions d'inquisiteurs et leur attachement au Saint-Siège. Ils disent que les dominicains et les fransciscains contribuèrent, plus que personne, à entretenir les peuples dans une superstition grossière, et dans une lui aveugle à l'autorité des Papes; qui' par reconnaissance ceux-ci les comblèrent de privilèges contraires a la discipline ecclésiastique et à la juridiction des évacues ; que cet abus causa dans l'Eglise du trouble et des désordres. Ils affectent de rappeler le souvenir des contestations que les dominicains soutinrent, en 1228, contre l'université de Paris, au sujet des chaires de théologie, et qui exercèrent la plume de Guillaume de Saint-Amour; contre les fransciscains, touchant la prééminence de leur ordre; contre les évèques, à cause de l'abus qu'ils faisaient de leurs privilèges : contre l'université, en 1 384, au sujet de l'Immaculée Conception; enfin, contre les jésuites, en 1602 et les années suivantes, touchant l'efficacité de la grâce. Les incrédules de notre siècle, plagiaires serviles, ont répété les invectives des protestants; on dirait, à les entendre, que ces moines ont mis l'Eglise en combustion.

La vérité est que ce furent des guerres de plume, renfermées dans la poussière des écoles, et qui se terminèrent à faire des livres; que le bruit n'en était pas entendu chez les autres nations. Nous convenons que lesmoines ont souvent poussé trop loin leurs prétentions contre le clergé séculier, et que c'était une atteinte donnée à la discipline; mais cet abus

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n'a pas duré, et il ne subsiste plus nulle part. Les protestants exagèrent le mal, afin de persuader aux ignorants la nécessité qu'il y avait, au seizième siècle, de réformer l'Eglise; mais leur prétendue réforme, loin d'apaiser les disputes, en a fait naître de^ beaucoup plus sanglantes. Les apôtres du nouvel Evangile se sont encore moins accordés que les moines, et ont porté beaucoup plus loin la révolte contre les pasteurs de l'Eglise.

Ilsont publié et répété plus d'une fois l'histoire d'une fourberie qu'ils prétendent avoir été commise en 1509, par les dominicains de Uerne.

C'est un mélange de profanation, d'impiété, do cruauté et de malice diabolique; mais la multitude de circonstances incroyables dont on charge cette narration, fait présumer que c'est une des fables inventées par les ennemis des moines, pour les rendre odieux. Ils en ont tant forgé de semblables, que l'on ne peut plus ajouter foi à aucune. Quand le fait dont nous parlons serait vrai, il s'ensuivrait seulement que l'an 1509, il s'est trouvé quatre scélérats parmi les dominicains de Berne ; ils portèrent la peine de leurs forfaits, puisque, selon la même histoire, ils furent brûlés vifs. On punissait donc les moines coupables et déréglés, avant que les réformateurs eussent paru. C'est encore une injustice de donner à conclure de là que l'ordre entier de ces religieux était composé en grande partie de pareils sujets. Voyez la Traduction française d<- l'Histoireeeclês. de Mosheim, t. 4, p. 20.

Bebgier.

DOMINICAINES, religieuses de l'ordre de saint Dominique. Ou les croit plus anciennes de quelques années que les dominicains ; car saint Dominique avait fondé à Prouilles, en 1208, une congrégation de religieuses. Les dominicaines ont été réformées par sainte Catherine de Sienne.

A Paris, les filles de Saint-Thomas, rue Vivienne, et les filles de la Croix, rue de Charonne, sont de cet ordre.

Il y a aussi un tiers-ordre de dominicains et de dominicaines, qui

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forme en plusieurs endroits des congrégations soumises à certaines règles de dévotion. Voyez Tiers-Ordre.

Bergier.

DOMINICAL, Un concile d'Auxerre, tenu en 578, ordonne que les femmes communient avec leur dominical; quelques-uns pensent que c'était un voile dont les femmes se couvraient la tête. Il y a encore îles paroisses en Picardie e1 ailleurs, où les personnes du sexe n'entrent jamais à l'Eglise qu'avec un voile sur la tête. D'autres croient, avec plus de vraisemblance, que c'était un linge «in mouchoir dans lequel on recevait le corps de Notre-Seigneur, e1 on le conservait dans le temps des persécutions, pour pouvoir communier à la maison; usage dont parle Tertullien, dans sun livre ad Uxorem. Le dominical dont il est. question dans le concile d'Auxerre, pouvaitjêtre une espèce de nappe de communion que les femme portaient a l'Eglise, lorsqu'elles voulaient faire li urs dévotions.

Bergier.

DOMINICALE, ee1 le nom que l'on adonné anciennemenl dans l'Eglise aux leçons qui étaienl lues et expliquées tous les dimanches, el que l'on tirait, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, mais particulièremenl des évangiles et desépîtres des apôtres : ces explications étaient autrement nommées homélies, Dans les premiers siècles de l'Eglise, on commença d'y lire publiquement et par ordre les livres entiers de l'Ecriture sainte, comme nous l'apprenons de

saint Justin, martyr; d'Origène dans l'homélie le sur Josué ; de Socrate, liv. 5; de l'Hist. ecclésiast., et d'Isidore, de l'office ecclés. ; ce qui a duré longtemps, comme on peut le voir aussi dans le décret de Gratien, dist.

l. r i, canon Sanctarom. Ecoles. Depuis, on prit peu à peu la coutume de tirer de l'Ecriture des textes et des passages particuliers pour les expliquer aux tètes de Noël, de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte, parce qu'ils s'accommodaient mieux au sujet de ces grands mystères, que la lecture ordinaire, dont on interrom-

pait la suite durant ces jours-là : ce qui se voit dans saint Augustin, sur lu 'première i ipitre de saint Jean, au commencement. Dans la suite, on en lit autant les jours des tètes des saints, et enfin tous les dimanches de l'année, auxquels, selon les temps, on appliquait ces texles ou leçons, qui, pour celte raison, furent appelées dominicales. Cetordredesleçons dominicales, tel qu'on le voit aujourd'hui, est at- Iriliué par quelques-uns à Alcuin, précepteur de Charlemagne; et par d'autres, à Paul, diacre, mais sans autre fondement que, parce qu'il a accommodé certaines homélies des Pères ;i ces passages, qu'on avait tirés de l'Ecriture; d'où l'on peut juger que cette distribution est plus ancienne. Saint Augustin, de Temp, Serm. 256; Saint Grégoire, lib. adoecund., et le vénérable Bède, Atting.

l rod.Theol., /oc. 2.

De là, il a passé en usage de dire qu'un prédicateur prêche la dominir ral\ quand il fait chaque dimanche on sermon dans une église ou paroisse.

On appelle aussi dominicale, un recueil de sermons sur les évangiles de tons les dimanches de l'année.

Dans plusieurs chapitres, OÙ il y a nn théologal, celui-ci est ebargé de prêcher ou de faire prêcher tous les dimanches. Bergier.

DOMINIQUE (Saint). [Théol. hist.

biog. ). V. — dominicain-. Nousajouterons à l'article biographique de Bergier trop concis les détails suivants donnés par M. Hurler dans son étude SAINT DOMINIQUE ET LES DOMINICAINS.

i Saint Dominique naquit en 1170, à Calarhoga ou Calahorra, dans Je royaume de Valence et le diocèse d'Osma. 11 était d'une famille honorable, mais non, comme on l'a cru longtemps, de la race des Guzman.

Elevé par un de ses oncles, il fut destiné à l'état ecclésiastique et donna de bonne heure des preuves de l'esprit chrétien qui l'animait. Se trouvant à l'université de Valence, il vendit ses livres dans un moment de grande famine pour soutenir les pauvres. Une autre fois il allait se vendre lui-même pour remettre à une mère désolée, dont le lils était

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prisonnier des Sarrasins, l'argent nécessaire au rachat de son entant.

Reçu membre du chapitre d'Osma en IlOo, il s'appliqua à propager le même esprit de dévouement èvangéliquc parmi les chanoines ses collègues, en même temps qu'il parcourait la province pour prêcher et encourager le peuple dans sa lidélilé à l'Eglise, Au retour d'un voyage qu'il avait fait dans le Nord avec son evêque, il passa par Montpellier au moment où les Cisterciens allaient entreprendre nue croisade contre les Albigeois. Il comprit à quelles conditions une pareille entreprise pouvait réussir. 11 fit accueillir la proposition de parcourir le paysàpied,d'upposer partout aux calomnies des ennemis de l'Eglise lasimplicité, la charité,

et Surtout une parole de dort nue et

de foi, et le résultai démontra qu'il avait eu raison. S. Dominique, voyant que beaucoup de parents, uniquement poui ses par la misère, abandonnaient leurs tilles an \ hérétiques, créa, sous lis auspices de Foulque, évoque de Toulouse, une maison de refuge pour ces malheureuses dans le village de Prouille, Il l'inaugura le 27 décembre 1206; neuf des jeunes tilles qui y entrèrent immédiatement avaient été converties par le saiid fondateur. Prouille devint ainsi comme le berceau de l'ordre des Dominicains.

« Raymond, comte de Toulouse, ayant fait assassiner Pierre de Castelnau, courageux missionnaire qui qui lui avait parle avec une hardiesse toute chrétienne, Innocent III chargea S.Dominique de remplacer Pierre et de prêcher la foi dans le sud de la France. Le saint prédicateur agit sur les uns par sa parole, sur les autres par sou exemple, tour à tour honni et écouté, et souvent consolé par le retour îles uns de l'endurcissement des autres. On lui olfiil alors l'évèchéile Béziers; il le refusa, afin de pouvoir sans partage se vouer à l'œuvre qu'il regardait comme sa mission spéciale. Deux riches habitants de Toulouse lui firent, présent en 1213 d'une maison et s'attachèrent à lui ; bientôt quatre autres jeunes hommes de bonne volonté se joignirent

à eux et se consacrèrent comme eux a.

ramener les hérétiques par la prédication. S. Dominique pressentit alors combien une société permanente, qui annoncerait la vérité catholique dans ces contrées, rendrait de services à l'Eglise, et toutes ses pensées se tournèrent vers la création d'une société de ce genre. Il se rendit avec son évoque h Home, à l'époque du quatrième concile de Latran, pour obtenir l'assentiment du Pape au projet qu'il avait conçu. Innocent l'approuva, en imposant au fondateur de la nouvelle société l'obligation de choisir sa règle parmi celles des ordres déjà apprennes, conformément au treizième canon décrété par le concile qui venait de se clore. S. I)ominique, ayant consulté ses compagnons, choisit la règle attribuée à S. Augustin, y ajouta quelques dispositions tirées de la règle de S. Norbert, et modifia légèrement le costume. Le lnii que les membres de la nouvelle société ne devaient jamais perdredevue était «de travailler infatigablement à l'amélioration spirituelle de leur prochain. » llonorius ayant, sur ces entrefaites, succédé au pape Innocent III, S. Dominique fit un second voyage à Home pour demander de nouveau la confirmation de. sa société déjà approuvée. Elle lui fut facilement accordée, dans l'espoir, disait le Pape, « que les Pères deviendraient les vrai- flambeaux de la foi dans le monde. » llonorius ajouta aux devoirs ordinaires des sociétés religieuses la stricte obligation poulies nouveaux moines de prêcher la parole, de Dieu, ce qui leur lit donner le nom exclusif de l'ordre des Frères prêcheurs. Le jour de l'Assomption de l'an 1217, S. Domun/uc réunit dans sa chère église de Prouille ses seize premiers compagnons, dont il envoya immédiatement quatre en Espagne et sept à Paris, où ils fondèrent leur première maison. Cette maison, où l'on hébergeait les pèlerins qui partaient pour Saint-Jacques de Compostelle, lit donner aux Dominicains qui l'habitaient le nom f plus tard si tristement fameux) de Jacobins. S. Dominique lui-même se rendit, l'année suivante, en Espagne,

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et fondit sa première maison do Dominicains espagnols à Séville. L'ordre nouveau se répandit avec une étonnante rapidité dans tontes les parties de la Chrétienté, quoique des travaux incessants fussent l'obligation stricte, la pauvreté le sort assuré des initiés. En effet, à la première réunion générale de l'ordre, qui eut lieu à Bologne en 1220, saiid. Dominique déchira devant les yeux de l'évèque un acte de donation fait en faveur de son ordre, et arrêta en principe « que les Dominicains n'accepteraient jamais aucune propriété. » Dés ['année suivante l'ordre comptait soixante COUVents, divisés en huit provinces; ces provinces étaient placées chacune sous un provincial, et toutes dirigées parun supérieur général, assisté de quelques-uns des frères les plus éprouvés qu'on nomma plus lard définiteurs.

« Dés i[uc S. Dominique pensa avoir consolidé son ordre, il prit la résolution, pour accomplir sa vocation jusqu'au bout, de se rendre parmi les Caïmans M); mais Dieu en avait ordonne autrement. Après la clôture de l'assemblée générale, qui avait élu provincial général le frère Jordan de Saxe, S. Dominique se rendità Venise et à l,i lin de juillet a Bologne. Il y tomba malade et perdit rapidement ses forces. A la vue de sa lin prochaine, il parla mu 1 dernière lois à -es novices, leur recomii landa la crainte de Dieu, la charité chrétienne, la persévérance dans l'observation de la régie; puis, les recommandante la protection divine, il dit adieu a ses frères, et ses dernières paroles furent :

« Soyez charitables, restez humides, n'abandonnez pas la pauvreté volontaire. Il se lit alors déposer à terre

SUI' la Cendre, dans le costume de l'ordre, les reins entourés d'une ceinture de ter, reçut h' corps de son Sauveur, cl exhala sa sainte âme le 4

(t) Cumane ou Coioans, r*es et Polortzes, peuples du la Sai'matie européenne, provenant probablement i l'une tribu d'Alains. Au treizième siècle la plus çramle partie d'entre enx passa en Bougrie, dont les rois leur concédèrent îles terres pour prix des services qu'il* avaient rendus dans la iruerre, et en récompense de leur conversion au Christianisme.

août vers midi, jour auquel l'Eglise l'ait mémoire de ce grand saint. Sa canonisation lut proclamée le ^juillet 1234 par le papeGrégoire IX, qui l'avaitparticulièrementeonnu. On enleva en 1233, tle la tombe où on leS avait déposées, ses précieuses reliques, et on les conserva dans un cercueil de bois de mélèse. En 1473 on lui éleva le somptueux monument qui décote l'église des Dominicains de Bologne.

« S. Dominique s'exprimait toujours simplement, et sa parole produisait une profonde impression. Comme on lut demandait d'où il tirait la matière inépuisable de ses sermons, il répondit : « Du livre de l'amour; il a des enseignements sur lotîtes choses. »

Convaincu que Ta connaissance approfondie de l'Écriture peut seule garantir le succès de la prédication, il portait toujours avec lui l'Evangile selon S. Matthieu et les Epitres de S. Paul, et recommandait à ses frères de ne pas se lasser de scruter les Ecritures. Il avait réduit sa vie matérielle au plus strict, nécessaire; les jours île jeune, les austérités redoublaient; on ne le vit jamais avoir un moment d'impatience. Personne n'était plus aimable et plus prévenant que lui. Le frère Jordan, qui l'avait intimement connu, disait de lui ; « Il consacrai! la joie au malin, réservait les firmes pour le soir, vouait le jour au prochain et la nuit à Dieu, convaincu qu'il était que Dieu a desliné le jour aux œuvres de miséricorde, la nuil aux actions de grâce. »

« On a prétendu, sans preuves, qu'il était l'auteur de deux écrits sur les Albigeois ; on ne les a pas encore découverts. On lui attribué faussement d'autres ouvrages. Plusieurs de ses contemporains oui Inissé des détails sur sa vie. En tète de ces biographes si; trouve le provincial de l'ordre, Jordan, qui écrivit sa vie avant sa canonisation ; bientôt après parurent les biographies de Pierre Ferrandi en Espagne, Barthélémy de Trente, Angélique de Bologne, Constant d'Oviédo; plus tard vint Théodore d'Apolda, et ses récits ont déjà un caractère de légende. Le dernier biographe de S. Dominique est le H. P. Lacordaire,

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restaurateur de l'ordre des Frères jirêclieurs enFrance(l) (Paris, 1841, in-8°). » Le Nom.

DOMINIQUIN (Zamphéri dit le).

(Théol. hist. biog. et iruv. d'art.) — Ce célèbre peintre italien, un des élèves les plus éminents de l'école des Carraches, naquit à Bologne en 1 58 1 et ■mourut en f 641 , tenant de Grégoire XV le titre et la charge de premier architecte du palais pontifical. Ses camarades l'appelaient le bceufk cause de sa laideur. Ce fut la religion qui lui inspira un de ses plus grands chefs-d'œuvre, la Communion de saint Jérôme. Le réalisme de ce coKps de vieillard est inimitable; l'expression de foi et de piété tremblante et spirituellement affamée de cette vieille tête est unique. Le Nom.

DOMIN1S (Marc-Antoine de). (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Né en 1566, de la famille Théobaldi de Plaisance, il til ses études chez les Jésuites et entra, d'après le P. Besselius, dans leur société, mais s'en fit exclure. D'après son ami Iîonalini, il fut détourné d'y entrer par le cardinal Aldobrandini. Il devint, jeune encore, évèque de Segni, et deux ans après archevêque de Spolatro (4602). Tout primat de Dalmatie qu'il fût, il affichait des nouveautés religieuses, et Paul V le manda à Rome. Pendant le voyagé il fut impressionné par deux Anglais qui lui soutinrent qu'on peut se sauver dans tous les cultes chrétiens, et le froid accueil du Pape le lit s'engager encore davantage dans des opinions plus que hardies. Il fut accusé devant l'inquisition; une enquête fut faite, et il fut laissé libre.

Mais, ne se croyant pas en sûreté en Italie, il alla en Angleterre, et en 1616, se fit anglican par une profession solennelle dans saint Paul de Londres.

C'est lui qui fit alors imprimer avec une préface très-vive de sa façon , l'histoire du concile de Trente dont Paul Sarpi lui avait remis le manuscrit. Il lança aussi contre le Pape un libelle intitulé: De republica ecclesiastica contra primatum Papse. « Il y loue

(1) Voy. Lacordaibe.

encore, dit M. Fritz, le célibat tout en voulant qu'on laisse au clergé le choix entre le célibat et le mariage ; ne reconnaît de sacrements que le Baptême et l'Eucharistie; déclare la confession auriculaire inutile; nomme la Messe, le Purgatoire et l'invocation des saints, des inventions humaines.»

Dominis fut célébré par les protestants et fêté à la cour; mais un peu plus tard, il ressentit des remords, et encouragé par ses amis au nombre desquels était le cardinal Ludovic, devenu Grégoire XV, il manifesta l'intention de rentrer dans l'Eglise catholique. On chercha à le retenir à Londres; mais il s'enfuit secrètement et retourna à Rome en 1622.

« A peine, reprend M. Fritz, y eutil achevé son temps de pénitence qu'il donna de nouveaux sujets d'appréhension, fut accusé d'hérésie au tribunal de l'Inquisition, et se lit emprisonner , sous le pontificat d'Urbain VIII. Il mourut empoisonné, dit-on, avant la fin de son procès ( 1 622), qu'on termina toutefois. Le jugement fut prononcé sur son cadavre, qui fut traîné à travers les rues de Rome (21 décembre), brûlé par le bourreau, et dont les cendres furent jetées dans le Tibre. »

Dominis avait fait éditer à Venise en 1611, un ouvrage de science intitulé :

De radiis in vitris perspectivis et iride dans lequel on trouve, pour la première fois, un essai d'explication de l'arc-en-ciel qui repose sur les vrais principes ; Descartes accepta ces principes, et donnal'explication complète.

Voici le portrait que le P. Martin Becanus a laissé de Dominis : Unum est te ne qne Catholicum esse, neqite Lutlxeranum, neque Calvinistum , sed ab omnibus dissentire, et novum doctrines symbolum, partira ex aliorum scriptis, partim ex tuo cerebro, consarcinasse. Altcrum, duplici spiritu ad scribendum impulsum te esse, altero odii in pontificem, altero amoris proprix excellentise et cupiditatis . »

Le Noir.

DONATI (Alexandre). {Théol. hist. biog, cl bibliog.) — Ce jésuite naquit à Sienne en 1584 et mourut à Rome en 1640. Il écrivait bien en prose et

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