DUO
queles philosophes modernes veulent nous donner des êtres moraux ; c'est avec raison que la faculté de théologie de Paris a condamné leur théorie sur l'origine des idées de droit, de jutice, de devoir et d'obligation monde ; elle n'a été forgée que pour favoriser le matérialisme.
Il n'est pas besoin d'une longue discussion pour réfuter le. sentiment de Ilnblies, qui est aussi celui de Spinosa ; savoir, que tout droit est fondé uniquement sur la puissance ; que l'un est toujours en proportion de l'autre; que Dieu lui-même n'a droit de commander aux hommes que parce qu'il est. tout-puissant ; qu'ainsi l'obligation d'obéir n'est autre chose que, l'impuissance de résister. D'où il s'ensuit que si un homme était assez puissant pour subjuguer l'univers entier, il en aurait le droit, et que tout le monde serait dans l'obligation de lui obéir. Mais il s'ensuit aussi (pie tout homme qui a le pouvoir de résister impunément, en a aussi le droit, et que, dans le fond, l'obligation morale est absolument nulle, que la forci' seule régne parmi les Hommes, comme parmi les animaux.
Voyez Cudworth, Syst. intél., chap.
5, sect. o, § 'Si, et les Notes de Mosbeim.
Ces conséquences, et beaucoup d'autres qu'entrains ce système, sufiisentpour en démontrer l'absurdité, et pour en inspirer de l'horreur. Dieu n'a point créé le monde [mur faire ostentation de sa puissance, mais pour exercer sa bonté, puisqu'il n'avait besoin d'aucune créature. De même que c'est par bonté qu'il a donné l'être aux hommes, et qu'il les a faits tels qu'ils sont, c'est aussi par bonté qu'il les a destinés à. l'état de société, il n'était pas bon que l'hemme fût seul.
Gai., c. 2, y 18. Conséquemment il a fallu qu'il leur inqiosàt des lois et des obligations mutuelles, et c'est ainsi qu'il leur a donné des droits les uns à l'égard des autres ; il a ordonné, à chacun d'eux d'aider son prochain. Eccl., c. 17, y 12. Une liberté illimitée, loin d'être un avantagepour eux, ferait leur malheur et tournerait à leur destruction; David n'avait pas tort de dire : Votre loi, s* i-
gneur, est un bien pour moi. Ps. H 8, y 72. Sur cette loi éternelle sont fondées toutes les autres lois, et ce que nous nommons droit et justice.
Voyez Société.
De là résulte que le droit de commander, dont Dieu a revêtu certains hommes, est destiné, comme celui de Dieu même, à procurer le bien de la société humaine; ainsi Dieu n'a donné à aucun homme une autorité absolue, despotique, illimitée, affran.
chie de toute loi, parce que, vu les passions auxquelles tout homme est sujet, une telle autorité serait destructive de la société, et ne pourrait tourner qu'à son malheur. Quand un homme aurait le pouvoir de se la procurer, il n'en aurait pas le droit, il serait injuste et punissable de vouloir l'exercer. Mais lors même que celui qui est revêtu d'une autorité légitime abuse de son droit, il n'est permis de résister que quand ce qu'il commande est formellement contraire à la loi de Dieu; c'est alors seulement qu'il faut obéir a Dieu plutôt qu'aux hommes. Act., c 4, y 19.
Un droit absolu et illimité de résistance, rendrait l'autorité nulle, établirait, l'anarchie, et serait aussi contraire au bien de la société qu'une autorité despotique et illimitée.
Dés que l'on perd de vue ces principes, dont la vérité'est palpable, et que la raison nous dicte, aussi bien que la révélation, l'on ne peut [dus enseigner que des absurdités touchant le droit, la justice, l'autorité, le gouvernement, etc.
DKOIT NATUREL. C'est ce qu'il nous est permis de faire pour notre bien, et ce qu'il est ordonné aux autres de faire en notre faveur, parla loi générale que Dieu a imposée à tous les hommes, en les destinant à l'état de société.
Dieu avait, décidé qu'il n'est pas avantageux- à l'homme d'être seul, Gènes., c. 2, f 18 ; il avait formé deux individus, et il les unit en les bénissant par ces paroles : Croissez, multipliez, etc. Cette société naturelle et domestique est l'origine et le fondement de toutes les autres, du droit naturel dans toute son étendue.
DRO
loi
DRO
Nous convenons que le droit naturel est fondé sur la nature de l'homme, tout comme I» loi naturelle; mais si l'homme était l'ouvrage du hasard, ou de la matière aveugle, comme le prétendent tant de philosophes, que!
droit, quelle loi pourrait-on fonder sur sa nature? Tout serait nécessaire; donc rien ne serait ni hien ni mal, il n'y aurait ni droit, ni tort, ni vice, ni vertu.
Mais dès que l'homme, tel qu'il est, est l'ouvrage de Dieu, ce Créateur intelligent, sage et bon, ne s'est pas contredit lui-même, en donnant à l'homme le besoin et l'inclination de vivre en société, il lui a imposé les devoirs de l'état social, et a fondé les droits de l'homme sur la loi même qui lui prescrit ses devoirs.
La fin du droit naturel, dit très-bien Leibnitz, est le bien de ceux qui l'observent; L'objet de ce droit est tout ce qu'il importe à autrui que nous fassions, et qui est en notre puissance; la cause efficiente est la lumière, de la raison éternelle que Dieu a allumée dans nos esprits; ainsi le fondement de ce droit n'est point une volonté arbitraire de Dieu, mais une volonté dirigée par les vérités éternelles, qui sont l'objet de l'entendement divin. C'est aussi ce qu'a pensé Cicéron. Voyez Devoir.
Quelques philosophes ont défini le droit naturel, ce qui est conforme à la volonté générale de tous les hommes.
Cette définition n'est pas juste. La volonté générale est sans doute un signe certain pour connaître ce qui est ou n'est pas de droit naturel; mais ce n'est pas elle qui constitue ce droit. Toutes les volontés particulières desquelles résulte la volonté générale, ne sont justes, légitimes, capables de faire loi par leur réunion, qu'autant qu'elles sont l'expression de la volonté de Dieu. Puisque, selon les philosophes mêmes, aucun homme n'est mon supérieur par nature, et n'a aucune autorité sur moi, tous les hommes réunis n'ont d'autre pouvoir sur moi que la force, et la force ne fait pas le droit; leurs volontés réunies ne sont pas une loi pour moi, à moins que je ne les envisage comme l'organe de la volonté de Dieu, mon seul su-
périeur. Quand, par une supposition impossible, tous les hommes se réuniraient pour m' accorder un droit contraire à la volonté de Dieu, ou à la loi qu'il a portée, leur volonté générale n'aurait aucun effet, et ce prétendu droit serait absolument nul.
D'autres disent que le droit naturel est ce qui est conforme au bien général de l'humanité ; nous admettons volontiers cette notion; mais elle ne suffit pas pour que les autres hommes aient droit d'exiger quelque chose de moi; il faut qu'il y ait une loi qui m'oblige à leur rendre ce devoir, et cette loi n'aurait point de force, si elle n'était revêtue d'une sanction.
L'égalité physique n'existe point entre les hommes; l'égalité morale ne peut donc y avoir lieu qu'en vertu d'une loi. Dieu, qui est le père do tous, et qui veut le bien général de tous, n'a donné à aucun particulier le droit de se procurer son propre bien aux dépens du bien de ses semblables, ce seraient deux volontés contradictoires. Telle est l'égalité morale que Dieu a établie entre tous les hommes, et de laquelle il faut partir pour avoir des notions exactes du droit, de l'équité, de la justice.
Il est évident que le bien général de la société n'a pas pu être absolument le même dans les divers états par lesquels le genre humain a dû nécessairement passer, par conséquent le droit naturel n'a pas toujours été le même nou plus, c'est-à-dire que la loi naturelle n'a pas dû commander ou défendre les mêmes choses dans ces différentes circonstances.
Lorsque la race humaine était encore bornée à une seule famille, son intérêt était l'intérêt général ; tout ce qui contribuait au bien-être de cette famille lui était permis, puisqu'il ne pouvait nuire à personne. Lorsque plusieurs familles formèrent différentes peuplades, l'une ne pouvait légitimement procurer son bien en nuisant à celui d'une autre, parce que chacune avait un droit naturel de jouir en paix de son bien-être ; mais chacune pouvait, sans blesser la loi naturelle, se permettre ce qui ne portait aucun préjudice aux autres. Enlin, dès le moment que plusieurs peu-