‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 43 sur 96 · DUO · texte numérisé non relu

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jil.nli's eurent formé ensemble uno société civile et nationale, certains usages, qui n'avaient point nui au bien de chaque peuplade i âparèe, ont pu devenir nuisibles à la société civile, et dès lors ont cessé d'être conformes au droit naturel. Ainsi Le mariage des frères avec leurs sœurs, qui était non-seulement permis mais nécessaire dans la famille d'Adam, a ■ é de l'être dans les générations suivantes, lorsqu'il a été utile au bien commun de former les alliances entre les différentes famille . Ainsi la polygamie, qui était utile dans Les peu plades séparées, a cessé de l'être dans les sociétés nombreuses; 1rs inconvénients qu'elle a entraînés pour lors l'uni rendue contraire au droit nature l.

Il n'a donc pas été nécessaire que Dieu dispensât les patriarches de la loi naturelle, pour leur permettre d'épouser leurs sœurs on leurs proches parentes, ou d'avoir plusieurs femmes ; dan-- les circonstances où ils l'ont fait, U n'en résultait aucun inconvénienl contraire à l'intérêt général, par ruii léquenl la loi naturelle ne le défendait pa i. \ oyi z Poltgauie.

De même certains usages ont pu être conformes s l'intérêl d'une so- ' iété nationale, el devenir ensuite contraires au bien de la société universelle et au droit des gens. Dans ces trois états si différents, Le droit respectif des deux époux, le pouvoir des pères sur les enfants, l'autorité des maîtres sur les esclaves, uni nécessairement varie; il-, nul d« in''' plus mi moins étendu , selon le besoin des sociétés.

On aura beau dire que le droit naturel est immuable, cela demande une explication. Quoique la nature humaine soit toujours essentiellement la même, ses besoins, ses intérêts, ses droits, ses mœurs, changent el sont relatifs au degré de civilisation ; la lui naturelle ne peut donc pas prescrire absolument les mêmes choses dans les différents états. Autrement les lois

'iules, pour être justes, devraient

aussi être invariables; bout changeiiienl dans ees luis serait contraire au droit naturel.

Voilà ce '[ne les philosophes ne. se

sont jamais donné lu peine de considérer; on in; doit donc pas être surpris si les anciens ont si mal raisonné

sur le droit naturel ,- il n'en est pas un seul (pu n'ait approuvé des usages qui étaient évidemment contraires. Les

modernes ne réussissent pas mieux, lorsqu'ils s'obstinent à Fermer les yeux a la lumière de la révélation.

Ce qui nous est permis, ou ne nous est pas défendu par la loi naturelle, peut nous être interdit par une loi po-

.!i\e. Comme l'état de société civile ne peut subsister sans lois positives,

Dieu, en nous destinant a. cet état, nous a imposé l'obligation d'obéir aux lins établies pour le bien commun, quoique ce i loi- gênent, en plusieurs choses, notre liberté naturelle. La raison esi que les avantages qui résultent ne L'état de société, sont pour nous un plus grand bien qu'une liberté illimitée de taire ce qui nous plaît.

faule d,. saisir ce, principes, on a dérai onné de nos jours sur [inégalité 'pu est une suite nécessaire de l'état de soi iété. Selon les maximes posées par de profonds raisonneurs, ilsemble que Dieu ail péché ,!,'• ! , création contre le droit naturel, en mettantde inégalité entre l'homme el La femme, entre le père et les enfants. Pour conduire ceiie belle murale à sa perfection, il a fallu soutenir sérieusement que l'étal de société est contraire a la nature de l'homme; qu'il est nMJns ucieiix et plus heureux dans l'état lavage, parce qu'il est alors plus

rapproché de L'état des brute w Dieu, en accordant à l'homme les

fruits et les piaules pnur nourriture, neparlapuinf de la chair des animaux ; dans le paradis terrestre, il lui défenditde touchera un fruii particulier, et Le punit pour en avoir mangé.

Après le déluge, il permit à Noé et à ses enfants la chair des animaux, mais

il leur défendit d'en manger le sang.

Gen., c 9, y .;. Quand nous ne pourrions donner aucune raison de ces défi uses positives quigêaaientla liberté naturelle de L'homme, nous ne serions pas tentés de les regarder comme des attentats commis contre ses droits.

Plusieurs déistes ont soutenu ce

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pendant que Dieu ne peut pas nous imposer des lois positives, que ces lois seraient contraires à la loi naturelle.

Ils n'ont pas vu qu'en raisonnant sur ce faux principe, il s'ensuivrait que toute loi civile est aussi un attentat contre le droit naturel. Bergier.

DROIT DES GENS. C'est ce qu'une nation peut exiger d'une autre nation, es vertu de la loi naturelle. L'état de guerre entre deux peuples ne leurôto point la qualité d'hommes; la guerre n'autorise donc pas un peuple à violer le droit général del'liumanité. Le droit d'attaque et de défense ne donne point celui de commettre des violences et des cruautés superflues, qui ne peuvent contribuer en. rien au succès de l'attaque ni de la défense. Tels sont les principes sur lesquels Dieu avait réglé le, lois militaires chez Les Juifs, Dcut., c. 20. Mais les Chananéens doivent être exten mis miséricorde. Voyez

Avant la publication de l'Evangile, le droit nature] et le droit des gens 'ont été très-mal connus: il n'est aucun des anciens législateurs, aucun des philosophes, qui n'ait établi à ce sujet des maximes injustes et fausses.

S'il arrive encore souvent aux nations chrétiennes de violer l'un ou l'autre de ces droits, c'est que les passions exaltées ne connaissent et ne respectent aucune loi; mais ce désordre est infiniment moins commun parmi nous, que chez les peuples infidèles.

Nos philosophes modernes, trèspersuades de la supériorité de leurs lumières, ont décidé que jusqu'à présent le bien général, ou l'intérêt général, n'apasété suffisamment connu, que de là sont nées toutes les erreurs dans lesquelles on est tombé en fait de morale et de politique. De là même nous concluons qu'ils le connaissent eux-mêmes très-mal, puisque personne n'a enseigné une morale ni une politique plus détestable que la leur.

Nous pensons encore que le bien général ne sera jamais mieux connu qu'il l'est, parce que les passions empêcheront toujours les hommes de voir les choses telles qu'elles sont, de distinguer leur intérêt solide et durable, d'avec leur intérêt présent et

momentané. Toute nation se regardera toujours comme le centre de l'univers, et préférera son intérêt particulier à celui du genre humain tout entier. Nous ajoutons que quand les peuples et lesgouvernementspèchent en morale et en politique, ce n'est pas ordinairement par défaut de connaissance. Un homme, placé à la tête des affaires, ne peut pas voir les objets du même œil qu'un philosophe qui rêve tranquillement dans son cabinet ; celui-ci, mis à la place du premier, ne manquerait pas, à la première occasion, de contredire les pompeuses maximes qu'il écrit. Aussi tant de livres déjà faits sur ces matières, n'ont pas encore produit beaucoup de fruit, et ceux qui se font aujourd'hui en produiront encore moins.

Les philosophes qui se flattent de réformer l'univers avec. des brochures, sont des enfants qui croient enseigner l'architecture en bâtissant des châteaux de cartes. [L'Evangile, l'Evangile!... voilà le code de morale et de politique de toutes les nations et de tous les siècles ; quiconque n'en écoute pas les leçons est incapable de profiter d'aucune autre.

Bergier.

DROIT DIVIN POSITIF. Par là on n'entend pas le droit deJKeu, ou son

souverain domaine sur les créatures :

mais les droits qu'il a donnés aux hommes les uns envers les autres par les lois positives qu'il leur a intimées, soit dans les premiers âges du monde, soit par le ministère de Moïse, soit parlabouche.de Jésus-Christ et des apôtres. Ainsi la soumission des enfants à l'égard de leurs parents, n'est pas seulement de droit naturel, elle est encore de droit divin positif, puisqu'elle est formellement commandée par cette loi: Honore ton père et ta mère, etc. Exod., c. 20, f 12 ; Deut., c. 4, f 16. L'autorité des pasteurs sur les fidèles est de droit divin, positif, ou établi par Jésus-Christ lui-même, puisqu'il a établi ses apôtres juges et conducteurs du troupeau, Matth., c.

19, f 28, etc.

Quand ou considère la multitude des erreurs dans lesquelles les philosophes et les législateurs sont tombés

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à l'égard du droit naturel, on comprend combien il a été nécessaire que Dieu le fit connaître par la révélation, et les instruisît par des lois positives. Il est donc absolument taux que celles-ci soient contraires au droit naturel, puisqu'elles tendent au contraire a. le faire mieux connaître et mieux observer. On ne niera pas, sans doute, que le polythéisme et l'idolâtrie ne soient contraires a ta loi naturelle ; où sont, parmi les sages du paganisme, ceux qui ont compris cette vérité? V. loi positive.

Bergieb.

DROIT ECCLÉSIASTIQUE OU CA- NONIQUE. De même que le droit civil

est le recueil des lois portées pat les souverains pour la police de leurs états, le droit ecclésiastique est le recueil des lois qui' les premiers pasteurs ont faites en différentes occasions pour maintenir l'ordre, la décence du culte ili\ in et. la pureté «les mœurs parmi les fidèles ; *■<■ sont les décrets des papes et des conciles qui regardent la discipline, [es maximes des saints pries, ei [es usages qui ont acquis force de loi.

Nos politiques incrédules on1 travaillé «le leur mieux a saper par le fondement tout droit ecclésiastique, en enseignant ijue les pasteurs de l'Eglise

O'ont point le droit de taire des lois,

que le pouvoir législatif, mêo □ fait

de religion, appartient exclusivement au souverain seul ; nous prouverons le contraire a l'art. LOIS ECl LÉSIAST1QUES.

S'il existe, disent-ils, un droit c<in<>mque dans l'Eglise chrétienne, c'est dans l'Ecriture sainte seule qu'il auraitdù être puisé ; toute autre source es1 fausse ou suspecte.

On sait assez quel respectées déclamateurs ont pour l'Ecriture sainte; s'ils l'avaient lue, ils \ auraient vu que Jésus-Chrisi a promis a ses apôtres de les placer sur douze sièges pour juger les douze tribus d'Israël ; que le Saint-Esprit a établi les pasteurs pour goUVt nu r l'Eglise île Dieu ; que saint Paul exhorte les évêques non-seulement à enseigner, mais à commander : que, dans le concile de Jérusalem, les apôtres ont porté des lois; que. quand le sénat des Juifs,

quijouissaitencorede l'autorité civile, leur défendit de prêcher l'Evangile, ils répondirent qu'ils devaient obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.

Quand on consulte l'histoire, on voit que pendant près de trois siècles l'Eglise chrétienne a gémi sous le joug des empereurs païens, qui en avaient juré la destruction. Elle avait besoin de lois de discipline, aussi en a-t-el le fait dans ces temps-là, et en grand nombre ; il est absurde de prétendre qu'elle devait les recevoir îles empereurs païens, etqu'elle a commis un attentat contre leurs droits, en dressantune législation.

Il est a présumer que le premier empereur qui embrassa le christianisme, connaissait les droits de la souveraineté, et qu'il était jaloux de les dbnserver: or, loin de trouver mauvais que les pasteurs lissent des lois de discipline, il les appuya souvent de son autorité, et ses successeurs ont fait de même. Julien, quoique païen et philosophe, trouva cette discipline si sage, qu'il aurait voulu l'introduire parmi les prêtres du paga-' nisme. Cent ans auparavant, Aurélien, qui n'était pas plus chrétien que lui, ne voulut pas décider à qui de vait appartenir la maison épiscopale de Paul de Samosate; il renvoya celte décision au pape et aux évoques d'Italie. Il est étonnant que des hommes, élevés dans le sein du christiauisme, entreprennent de dépouiller l'Eglise d'un pouvoir que des souverains païens et despotes ont trouvé bon de lui laisser.

Au cinquième siècle, l'Eglise tomba sous la puissance des Goths, des Bourguignons, des Vandales, qui professaient l'ananisme ; était-ce de ces souverains hérétiques qu'elle devait attendre une législation ?

Il y a plus : ces mêmes politiques, qui déclament contre les lois ecclésiastiques, voudraient que l'on accordât aux calvinistes le libre exercice de'leur religion; cependant ces sectaires ont toujours prétendu avoir le droit de régler leur propre discipline, sans consulter le souverain ; le recueil de leurs lois ecclésiastiques forme un volume entier. Nos philosophes politiques veulent donc que l'on

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rétablisse, chez les calvinistes , un abus qui leur parait monstrueux chez les catholiques. Mais peu leur importe de se contredire, pourvu qu'ils exhalent leur bile contre l'Eglise.

Selon la raison, disent-ils, selon les droits des rois et des peuples, la" jurisprudence ecclésiastique ne peut être que l'exposé des privilèges accordés aux ecclésiastiques par les souverains, représentant la nation.

Quels hommes, pour fixer les droits des rois et des peuples ! Suivant leurs avis, les souverains ne sont que les représentants de la nation, la royauté n'est qu'une simple commission, et sans doute elle est révocable à volonté. Bientôt cependant l'on nous dira : Dieu par qui les rois régnent ; ils sont donc les représentants de Dieu, et non de la nation.

Mais passons encore sur cette contradiction, ce ne sera pus la dernière.

Déjà, de la notion qu'ils nous donnent de la jurisprudence ecclésiastique, il résulte que depuis quinze cents ans les pasteurs de l'Église jouissent du privilège de faire des lois, et qu'ils l'ont exercé pendant toute cette suite de siècles; y a-t-il aujourd'hui quelque possession plus ancienne et plus respectable ? Mais c'est de Jésus-Christ que les pasteurs ont reçu ce privilège, et non des souverains ni des nations ; et en le leur donnant , Jésus-Christ a commandé aux souverains et aux peuples de leur être soumis : Obedile prsepositis vestris.

S'il est deux autorités suprêmes, continuent nos ad versa ire s, deux puissances, deux administrations qui aient leurs droits séparés, l'une fera sans cesse effort contre l'autre, il en résultera nécessairement des chocs perpétuels, des guerres civiles, l'anarchie, la tyrannie, malheurs dont l'histoire nous présente trop souvent l'affreux tableau.

Ces malheurs arriveraient, sans doute, si les deux puissances étaient de même espèce et avaient le mémo objet ; mais quelle opposition y a-til entre ce qui est à César et ce qui est à Dieu? Jésus-Christ lui-même a posé la barrière qui sépare les deux puissances ; ellesne se croiseront jamais,

lorsque l'une n'entreprendra pas de la franchir. D'ailleurs, où est le tableau des prétendus malheurs dont on nous parle ? De toutes les nations de l'univers il n'en est aucune dont les lois soient plus fixes, le gouvernement plus modéré et plus à couvert des révolutions, les souverains plus respectés, les sujets plus paisibles, que les nations chrétiennes et catholiques.

S'il y a eu des contestations autrefois entre les deux puissances, il est absurde de les appeler des guerres civiles, puisqu'il n'y a point eu de sang répandu ; elles ne seraient pas arrivées, si des politiques inquiets, mal instruits, peu religieux, semblables à ceux d'aujourd'hui, n'avaient pas travaillé à brouiller les deux puissances, afin de profiter des troubles, de satisfaire leur ambition, et de se mettre à la place de l'une des deux. Enfin, un souverain sage, vertueux, respecté et aimé de ses sujets, n'a jamais été obligé de lutter contre la puissance ecclésiastique ; l'histoire atteste que ceux qui ont été dans ce cas étaient de fort mauvais princes : il était donc de l'intérêt des peuples, que ces maîtres redoutables trouvassent une barrière à leurs volontés arbitraires.

Les ennemis de la puissance ecclésiastique trouvent bon que les empereurs de la Chine et du Japon, les souverains de la Russie et de l'Angleterre, le Pape même dans ses ttats, réunissent l'autorité civile et religieuse ; alors, disent-ils, le pouvoir n'est point divisé, l'unité essentielle de puissance est conservée.

Voilà donc les souverains renvoyés à l'école des Chinois , des Japonais, des Russes et des Anglais, pour apprendre quels sont leurs véritables droits. Mais chez les trois premières de ces nations, le souverain est despote absolu ; il en a été de même en Angleterre, lorque le souverain s'est rendu tout à la fois chef suprême de l'Etat et de l'Eglise. Y eut-il jamais autorité plus despotique que celle de Henri VIII et de la reine Elisabethes Or nos politiques modernes ne cessent de déclamer contre le despotisme, et de nous faire peur de ce monstre.

Pour l'enchaîner, il a fallu que les Anglais soumissent la double auto-

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