‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 44 sur 96 · BRU · texte numérisé non relu

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rite du roi à celle du parlement, et le réduisissent à être le simple réprésentant de la nation. Voilà ce que les rois d'Angleterre ont gagné en s'attribuant une autorité qui na leur appartenait pas. Mais depuis cette institution, les Anglais ont-ils été plus contents , plus tranquilles , plus exempts de troubles qu'auparavant?

Sans cesse ils vantent leur constitution ets.ans cesse ils déclament et murmurent.

Toute religion, disent enfin nos dissertateui's, est dans l'Etat, tout prêtre est dans la société civile, tout ecclésiastique est sujet du souverain.

Une religion qui le rendrait indépendant, ne saurait venir de Dieu, auteur de la société, de Dieu par qui les rois règru ni, de Dieu source éternelle de l'ordre.

Tout cela est vrai, et il ne s'ensuit rien. Tout ecclésiastique est dépendant du souverain, dans l'ordre civil ; comme tout autre sujet il doit être soumis à toutes les lois civiles ; il doit même prêcher l'obéissance sur ce point, et en donner l'exemple comme les apôtres. Mais, encore une fois, l'ordre civil et l'ordre religieux sont deux ordres très-différents, et le second, loin de nuire au premier, lui sert d'appui. Nos politiques anlichrétiens sont les plus ardents à soutenir crue le souverain n'a rien avoir à la religion de ses sujets, que tous ont le droit naturel de servir Dieu selon leur conscience, etc., et ils veulent que le souverain ait le droit naturel de prescrire aux ministres de la religion ce qu'ils doivent enseigner, prescrire et pratiquer. Troisième contradiction.

L'on conçoit qnc ces raisonneurs, en partant ainsi de principes faux et contradictoires, ne peuvent établir que des erreurs et des absurdités touchant les fonctions ecclésiastiques, l'enseignement des dogmes, î'adniinistration des sacrements, les peines canoniques, les biens, les immunités, la juridiction des ecclésiastiques. Nous traiterons ces divers objets chacun en son lieu, et l'on y trouvera la réponse à leurs autres objections. Voy.

Discipline, Lois ecclésiastiques, Hié ■*ahl;uie. Behgier.

DROMADAIRE (le) {Tlicol. mixt.

scien. nat.) — V. Causes finales.

DRLTDISME (le) MODERNE ou NÉO- ORIGÉNISME (Théol. mixt. philos.

p&ç/Gh. ontol.) — \\ s'est formé, vers le ►milieu de ce siècle, une école théisto-spiritualiste qui , tout étrangère qu'elle soit au giron catholique, a droit aux sympathies de tout esprit, à la fois honnête et éclairé, qui consigne l'athéisme et le matérialisme positivistes comme les véritables ennemis du genre humain. Cette école a lutté de son mieux, de concert avec les représentants de toutes les religions, contre ces ennemis communs, et grâces lui en soient rendues, malgré le peu île succès qu'elle ait obtenu dans le mouvement intellectuel qui s'est produit durant le second empire et qui a formé la fténération lettrée régnante aujourd'hui.

Elle a eu pour principales colonnes Jean Reynaud, Pierre Leroux, George Sand, Henri Martin, Pelletan, Flammarion, '.etc. Nos grands littérateurs, Lamartine et VicLor Hugo, sans devenir ses adeptes, lui ont manifesté de la bienveillance, ainsi que nos historiens Louis Blanc et Michelet.

Figuier, le vulgarisateur scientifique, s'j rattache. Elle appelle à son aide la science pour démontrer Dieu, l'immatérialité de l'âme, son immortalité et une vie future. Elle est humanitaire, à sentiments généreux et doux, pacihque dans ses luttes, et de caractère aimable. C'est principalement Henri Martin qui, en la reliant historiquement à nos ancêtres les druides, qui professaient, à ce qu'il parait, des principes philosophiques et religieux à peu près semblables, lui a vain la qualification de druidisme, et J. Regnaud, en trouvant à peu près la même doctrine dans Origène, lui a valu celle de néo-origênisme.

Elle nie, ainsi que le rappel du grand nom d'Origène suffit pour l'indiquer, l'éternité des peines, professe des vies futures ascensionnelles et à progrès indéfini, avec châtiments qui purifient et récompenses qui élèvent l'être ; ces vies se passent de. mondes en mondes, de globes célestes en globes célestes. On doit cependant

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mettre à part, sons ce rapport, Pierre Leroux qui veut que tout se passe sur la terre et qui voit dans la renaissance avec Yinnéité sans le souvenir, — • point capital sur lequel les autres se séparent de lui avec grande raison, — la condition suffisante de l'immortalité. Cette école conserve donc le souvenir dans la vie future, mais il y a de ses adeptes, tels que Flammarion , qui, malgré l'absence de ce souvenir de vies antécédentes dans la vie présente, prennent, devant les difficultés, si naturelles pourtant, d'explication de la création de l'âme, la dure résolution de la dire éternelle, comme Dieu lui-même. Du reste, la morale de celte école est la même que celle du Christianisme, auquel elle se fait gloire de se rattacher.

Nous avons dit qu'elle appelle la science ù son aide pour démontrer, non-seulement Dieu, mais l'âme, son immatérialité et même son immortalité. C'estprincipalement Flammarion qui s'est chargé de cette tâche dans ses ouvrages contemporains ainsi que dans ses conférences, qui sont tout à la fois scientifiques et philosophiques.

Quand il démontre l'immatérialité de l'âme d'une manière scientifique, par l'identité et toutes les qualités du moi qui sont exclusives de l'étendue et de la divisibilité matérielle, il ne fait que donner une tournure nouvelle aux anciennes preuves, et n'est pas nouveau ; mais il a le mérite, dans une période où la tendance est toute du côté de la science et de l'industrie, de donner àsa démonstration la couleur qui convient ; et il est d'une force invincible, dans l'hypothèse où il se place et qui est celle de la croyance commune, de la divisibilité essentielle ou à l'infini des éléments de la matière. Il est, alors, à côté de nous, et nous nous applaudissons de sa compagnie.

Quand il suppose, avec esprit, qu'au m. imentde la mort, notre âme, comme elle parait s'y essayer parfois dans certains rêve-;, s'envole en liberté et, traversant d'un trait rapide, instantanément, les espaces immenses, aille subitement se reposer, sous une forme nouvelle, avec des yeux tellement per-

fectionnés qu'ils détient tous les télescopes qui puissent être jamais inventés, sur un de ces astres dont la lumière met des centaines d'années à nous parvenir et auxquels les images de notre globe n'arriveront également que dans des centaines d'années ; et qu'il nous montre cette âme voyant de ses yeux subtils notre globe avec tout ce qui s'y passa depuis des centaines d'années, et par conséquent, parmi ces détails, sa propre naissance, puis sa propre enfance, puis sa jeunesse, puis son âge mûr et enfin sa vieillesse se succédant comme elles se sont succédées, à mesure que le rayon lumineux qui représente toutes ces choses, lui parvient dans son nouveau séjour ; alors, il nous interesse et nous amuse, et nous ne trouvons encore rien dans ses ingéniosités qui ne soit conforme à la science, comme possibilité, et que soit obligée de rejeter la saine philosophie. Mais quand il vient nous dire, dans une sorte d'effroi devant la création, que l'âme est éternelle, notre métaphysique se révolte comme devant une assertion qui est contraire à l'essence des choses, rapprochée des faits de notre existence.

Il n'est pas plus possible, en effet, qu'une multitude d'âmes, ou de monades selon l'expression de Leibnitz, soient éternelles à la fois, qu'il n'est possible d'admettre la coéternité d'une multitude d'atomes. Que disons-nous?

c'est la même absurdité; l'esprit humain n'aurait travaillé plus de deux mille ans que pour nous enfanter aujourd'hui purement et simplement un nouveau Démocrite, ou uu nouvel Épicure ! Les atomes de l'ancienne école étaient-ils essentiellement étendus et divisibles? oh! sans doute, dans cette supposition, les épicuriens ajoutaient une impossibilité de plus, une contradiction palpable; ils laissaient la difficulté des composants et n'expliquaient pas plus chaque atome qu'ils n'expliquaient le monde, ce composé d'atomes, puisque chaque atonie restait lui-même un composé.

Pour rendre raison de tout composé, il faut aller à ses éléments, et tant qu'on n'est pas arrivé à des éléments simples, qui ne soient plus que des composants sans être des composés, on

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a perdu son temps et sa peine, et l'on a dit une contradiction, en les disant à la fuis les éléments des choses, et des composés d'éléments : s'ils sont des composés, ils ne sont point les premiers éléments des choses ; ce seront leurs propres éléments qui le seront, et ceux-ci ne le seront à leur tour qu'à la condition d'être simples, d'être de pures unités. Mais qui' nous obligea croire que les génies vraiment logiciens qui soutenaient ces systèmes professassent des éléments composés, des éléments non-éljments? Ce serait leur faire peu d'honneur de penser qu'ils s'arrêtassent à une telle puérilité ; et pourquoi ne pas dire que les forts d'entre eux entendaient par atomes des éléments vrais qui ne fussent pas déjà composés, qui ne pussent être que composants, et qui n'étaient, dans leur esprit, que les monades elles-mêmes auxquelles Leibnitz n'est venu, au XVII e siècle de l'ère chrétienne, que donner un nom qui portât en lui-même la détinitiou de la chose ?

Or, le système des atomes éternels, ainsi compris, n'est autre que le système des âmes éternelles de M. Flammarion, le nêo-origéniste; et c'est ce système, vieux comme le monde philosophique, que nous réfuterons.

Voilà donc un nombre déterminé de monades ou d'unités-âmes, qui sont éternelles avec leurs natures probablement diverses, et parmi lesquelles Dieu, qui est l'éternel roi d'elles toutes, est la monade suprême, toute-puissante, infinie dans ses perfections.

Mais attribuez la nature que vous voudrez à chacune de ces âmes, dès là qu'elle est éternelle, elle est éternelle avec cette nature, et aucune des autres, pas plus celle que vous appelez Dieu que la plus imparfaite, ne pourra modifier cette nature, puisqu'elle est éternelle. Chacun dira : je suis ce que je suis de toute éternité, et tout ce que je suis étant toujours, ayant l'être de soi, en soi et par soi, ne peut être modifié ni par moi-même, ni par aucun autre, ne le peut pas plus qu'il n'est possible à aucune puissance de faire un triangle sans trois angles, ou un cercle carré. L'existence

telle que je la possède m'est essentielle comme la rQndeur est essentielle au cercle, puisqu'elle est éternelle, puisque je ne la tiens que de mon être même : quelle puissance touchera à l'essence des choses? c'est l'absolu, c'est ce qui est, et ce qui ne peut pas ne pas être, et ce qui ne peut ni commencer d'être autrement, ni cesser d'être ainsi, puisqu'il est toujours.

Lui supposer du changement, en ellemême, tout en étant éternelle, c'est se contredire ; c'est dire qu'elle est toujours et qu'elle n'est pas toujours ce qu'elle est, qu'elle est à la fois éternelle et temporelle, en même temps étant toujours et n'étant pas toujours.

Chacune de nos âmes est donc imnftiablement ce qu'elle est, si elle est éternelle; et elle est immuable en soi, par essence, en sorte que cette immutabilité lui est essentielle comme sa forme est essentielle à toute ligure de géométrie pour que cette figure appartienne à sa catégorie. Cela nous parait d'une évidence aussi incontestable que celle par laquelle nous voyons que le tout est plus grand que sa partie.

Or, sans nous élever jusqu'à des considérations a priori par lesquelles nous pourrions peut-être démontrer avec une force égale 1° que les absolus, dans le réel, sont inséparables des absolus, parce qu'ils ne forment qu'un même absolu sous tous les rapports, et qu'en conséquence l'éternité, qui est un absolu, entraine avec elle tous les autres absolus affirmatifs, l'absolu de la force, l'absolu de l'espace, l'absolu du bien, l'absolu de la perfection ou de l'inimité, etc., et l'absolu du nombre , qui est l'unité. 2° Que deux ou plusieurs absolus de cette sorte sont impossibles en tant que coéternels, parce que chacun d'eux, existant parallèlement à l'autre ou aux autres, supposerait à la fois le tout et le non-tout, le tout par son essence d'absolu, le non-tout par la supposition d'un égal qui en serait indépendant et qui serait en dehors ; sans nous élever, disons-nous à ces a priori de l'essence des choses, et nous arrêtant simplement à notre a posteriori, qui est le fait de notre être,

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aussi certain que les axiomes, nous disons :

Notre âme, notre moi ne possède aucune des conditions de cette immutabilité ; elle est, dans sa manière d'être, la mobilité même, le changement perpétuel ; elle grandit et se rapetisse dans sa conscience, dans ses facultés, dans sa connaissance, dans sa force, dans tout ce qu'elle est ; elle s'endort et elle s'éveille ; elle se surprend dans le songe vague, confus, indéterminé; elle reçoit l'idée comme par éclairs ; ellese sent illuminée subitement et retombe dans la nuit ; elle varie dans tout ce qu'elle est, elle ne se révèle à elle-même qu'avec toutes les conditions du changement.

Elle n'est donc pas, elle ne peut pas être éternelle.

Et, si elle n'est pas éternelle, elle ne peut (prêtre une créature, quia commencé d'être el qui, ayant commencé, peul admettre la manière d'être sous laquelle cll«- se révèle à elle-même par sa propre conscience.

Qu'il y ait en elle, comme le conçut Platon, un fonds éternel et divin par lequel elle existe dans l'éternité comme archétype, par lequel elle est éternelle, et sans lequel elle serait dépourvue de raison d'être et de cause, c'est ce que nous dirions avec vous, si vous ne disiez que cela, mais iMaut que, dans sa réalisation temporelle et fugitive, elle soit créature, pour être ce qu'elle est, pour être ce que nous la sentons, variable, mobile , composée d'instants qui se comptent à partir d'une naissance et jusqu'à des morts de tout degré qui ne sont toutes que des sommeils avec des, réveils plus ou moins lumineux, c'est-à-dire éclairés par un flambeau qui n'est pas elle-même.

Vciila notre âme étudiée, à la fois, empiriquement et ontologiquement ; ni pour le philosophe ni pour le savant, elle ne peut être éternelle.

Le Noir.

DIU'SES (Dorns ou Dursijeh) [Théol. mixt. scien, hist.reli. étr.).— Les Druses forment une population du mont Liban, tributaire des Turcs, qui se gouverne elle-même par ses aurions, lesquels sont nommésSc/teifa.

Ils se rattachent historiquement au grand parti primitif qui admettait une explication symbolique du Coran (Tawil par opposition au parti de l'explication littérale Tansïl). Le calife Ilakem, de la famille d'Ali, qui persécutad'abord les Juifs et les Chrétiens, les forçant de porter des marques extérieures qui faisaient d'eux la risée du peuple, puis leur laissa toute liberté, est l'objet de légendeschez les Druses, parce que ce fut de l'académie qu'il fonda au Caire que sortirent les deux fondateurs de leur religion, Mahomet fils d'Ismaël, surnommé.

Darasi, etHamsa, fils d'Ali surnommé Alhadi (le guide). Voici comment M.

Kerlé expose leur doctrine :

« Les .Drases enseignent dans leurs livres religieux que Dieu est un et unique et qu'il ne ueut être défini par des attributs qui ne conviennent qu'aux êtres créés; qu'il n'a ni commencement, ni tin ; qu'il est le créateur, le conservateur de toutes choses, le juge du monde, et que ce qu'il veut arrive. La religion des Druses s'appelle, dans son sens strict, Tauchid, c'est-à-dire reconnaissance de l'unité, et ses partisans se nomment Mowahhedun. Il faut, quand on veut comprendre Dieu, disent-ils, éviter deux voies également dangereuses:

la voie de la comparaison, Taschbih et celle de la négation, Taatil. Il ne faut pas comparer Dieu aux créatures, et lui attribuer des qualités qui ne sont que la négation des propriétés des créatures. Toute représentation de Dieu par les hommes n'est jamais que l'image de l'homme qui se ligure Dieu, comme le miroir réfléchit l'image même du spectateur. C'est pourquoi l'image qu'on représente de Dieu est différente dans chacun.

Si, disent les Druses, nous raffirmons des attributs de Dieu, ces attributs peuvent être pensés hors de Dieu, et, dès lors, existant par eux-mêmes, si on les affirme de Dieu, ils annulent l'unité de Dieu. On ne peut par conséquent pas dire de Dieu qu'il est ancien, qu'il est le premier et le dernier, qu'il a une âme ; car toutes ces qualités appartiennent aux créatures; on peut seulement dire de lui qu'il est, et rien de plus. Aussi toutes les

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dénomination i de Dieu qui paraissent dans les livres religieux des Mahométans ne se rapportent { > ; i s à Dieu même, mais aux ministres de la religion des Druses. Dieu, ajoutentils, s'est incorporé dans diverses personnes, et a fini par se révéler dan i Bakem. Sa première incarnation fat antérieure a la créai ion d'Adam. Après la création il s'incorpora dans la personne de Abu Sacharia Samami, Dai des ECarmates ; puis dans la personne de AK a : plus tard dans celle de Mahomet, Dis d'Abd Allah, dont le nom ecri I e I Malidi ; ensuite il parut avec le Nom de Moi! sous la forme d'un marchand, dans la personne de Kajem, fils et sucesseur d'Obaid Allah.

» Les Druses nomment la Divinité le Seigneur qui «i. un et unique, qui e i éternel, qui u'a ni femme, ni enfant. L'humanité participe , en Hakem , a la grandeur et à l'immutabilité de la Divinité, laquelle

s'envelopj n lui d'un voile. La

nature humaine de Hakem est intimement unie .i la nature divine; on humanité est plus ancienne que toute cho e créée i; elle es1 le proii,i\ pe de toute forme humaine. La Divinité dut se manifester sous la tonne humaine pour convaincre les hommes de l'existence de la Divinité.

Mais la nature humano-divine de Hakem, perçue par les hommes, n'est qu'une apparence; L'humanité divine de Hakem ne peut être connue par les écrits religieux des Druses. Ainsi la naissance de Hakem, en 375 de l'hégire, et son élévation au trône en 386 ne furent qu'apparentes. Le nom de Al Hakem Beamr Allah, le dominateur par l'ordre de Dieu, l'ut transformé par Hamsa en celui de Al Hakem Besatih, le dominateur par lui-même, et il le nomma encore Al Kajem, celui qui subsiste et s'élève.

«Les ministres de la religion des Druses forment diver •■ • classes ; leurs noms indiquent leur fonction. Les Cinq premiers se nomment la liaison,

l'Ame, la Parole, le Précédent, le Conséquent. Trois ministres intermédiaires se nomment, l'Application,

l'Ouverture, l'Apparition. Trois classes inférieures viennent après ceux-

là : ce sont les Appelants, les Compétents, les Rompants. Les cinq premiers ministres font partie d'un même tout, comme les cinq parties intégrantes d'un cierge allumé, qui sonl la eire, la mèche, une double flamme, le flambeau. Le cierge a une douille flamme, l'une plus grossièTe, l'autre plus subtile. La tangue de feu délicate et subtile qu'offre la partie supérieure de La flamme passe du

rouge au bleu ; tantôt elle est visible, tantôt elle disparait. Celle Pauline

subtile est l'image du premier ministre de la religion des Druses ou de la Raison, qui est Hamsa lui-même. Ce symbole de Hamsa devait l'assurer sur les tristes vicissitudes de sa vie et maintenir ses partisans dans la fidélité à sa doctrine. En effet Hamsa dut, d'après le conseil de Hakem, s'éloi-

gnerde l'Egybte, l'an 408 de L'hégire, et s'enfuir en Syrie. Ce l'ut de celle retraite qu'il donna ses ordres, qui étaient transmis au peuple des Druses.

Il est donc la flamme subtile, tantôt

visible, tantôt invisible. La raison est

la première de-, créatures ; elle reste unie à Dieu; elle est le principe de l'union. I.a raison s'était incorporée, avant l'apparition de Hamsa, dan d'autresper onnage ; Noé, Abraham,

Moïse, JéSUS, Mahomet, el Mahomet,

lils d'Ismall, l'auteur de l'interprétation symbolique, le père des lia le ni,

avaient paru comme ministres de la liaison incarnée.

L'ère des DrUSeS date de la manifestation de la raison universelle dans

la personne de Hamsa. I.a. première

année île celle ère est l'an. 408 de l'hégire. L'année suivante 409, durant laquelle la doctrine des jlriisrs

ne lit pas de progrès, est négligée par les DrUSeS, et les années 410

ci il i se rattachent immédiatement

à L'an 408, année (le la mort de Hakem, et oi'i Hamsa agit du fond de sa retraite par ses ministres. Hamsa resta jusque sa mort dans la solitude.

Les livres sacrés des lln/sr* lui donnent des noms qui indiquent la haute valeur qu'il s'attribuait. Il se nomme la Cause des causes, le Maître unique, qui instruit toute la ferre, l'Iman, qui institue et destitue à son gré les autres ministres, le Chef du

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temps, le Maître de la démonstration, et en général il porte tous les noms que les livres mahométans donnent à Dieu, y compris celui d'Allah. Personne ne peut le remplacer parce qu'il est la dernière incorporation de la raison, et c'est pourquoi il n'a pas de successeur.

« Le second ministre de la religion se nomme l'Ame (alNafs), qui apparut daus la personne d'Ismaïl, lils de Mahomet Tamimi. Ismaïl fut d'ahord un prédicateur des Bateni. L'àme est l'auxiliaire de la raison ; c'est pourquoi les livres des Druses la nomment Eve, l'aide et la première manifestation d'Adam. Ismaïl est dans son rapport avec Hamsa le produit de la raison par la force et la science.

L'âme est l'héritière de la rais. m; elle est aus>i inséparable de la raison que la lune du soleil, la largeur tl. • la longueur. La raison donne, L'âme reçoit la science de la vérité; elle et l'amadou, la raison est la pierre à feu ; elle est la femme, la raisoE est l'homme. L'Ame, incorporée dans le second ministre de la religion , avait paru antérieurement dans la personne de Mefcdad, compagnon de Mahomet, dans celle de Jean- Baptiste; elle est plus grande que lous les hommes, mais plus petite que la raison, comme Jean-Baptiste était plus petit que le Christ et plus grand que tous les autres hommes.

Us disent d'isniail qu'il reviendra dans la personne d'Élie.

« Le troisième ministre de la religion se nomme la Parole ;cette dénomination est probablement prise des livres chrétiens. La parole résulte de l'union de la raison et de l'àme, et s'est, comme celle-ci, incorporée à plusieurs reprises. Au temps de Hamsa la fonction de la parole fut d'ahord transmise à Mortada, qui mourut l'an iiis ,|,. riii'-ire. Mahomet lui succéda : c'était le fils de Wahab; Hamsa I appelle la Colonne des croyants, leur sublime Parole, le Prédicateur de la foi, dans le sens le plus strict.

« Le quatrième ministre, le Précédent, fut Salama, fils d'Abd al Wahhab. 11 correspond à la mèche dans le symbole du cierge. I] est aussi appelé l'aile droite, par opposition au ein-

quième ministre, qui est l'aile gauche. Salama porte dans les livres des Druses le nom de Mostafa, l'élu, l'ornement des croyants, la gloire dos confesseurs de l'unité de Dieu, le Précédent.

« Le cinquième ministre institué par Hamsa fut Abu '1 Hasan Ali, lils d'Ahmed Samuki. 11 composa beaucoup délivres remarquables parleur obscurité, et remplit sa charge pendant plus do vingt ans. Il obtint les noms de Splendeur de la religion, Secours des lidèles, Puissance des précédents. La lumière de la parole engendra le précédent, la lumière du précédent le conséquent, et de la lumière du conséquent naquirent la terre et les corps célestes. Ainsi les cinq premiers ministres sont plus anciens que le monde.

a Le cinquième ministre s'appelait aussi Moktana, celui dont on a pris possession, parce que Hamsa prit possession de lui et s'en servit pour faire connaître ses ordres aux Druses pendant qu'il était caché. Moktana institua au nom de Hamsa les messagers de la foi ou les ministres de la religion des trois dernières classes, qu'il envoya dans divers pays, ainsi que ceux des trois rangs "intermédiaires, dont les noms désignent la destination, savoir : l'Application , l'( Miverture, la Manifestation. Us transmettent la doctrine aux lidèles, ouvrent aux disciples les portes delà science et apparaissent comme un météore éclairant les ténèbres de la nuit. Unis aux cinq premiers ils forment les huit colonnes sur lesquelles, d'après le Coran (I), repose le trône de Dieu, qui représente symboliquement l'unité divine. Les messagers de la foi furent envoyés dans les différentes provinces. Les Appelants paraissent avoir occupé un rang plus élevé parmi les trois classes inférieures que les Compétents, et ceux-ci que les Rompants. L'Appelant est celui qui appelle les hommes à la connaissance de la religion de l'unité; le Compétent a l'autorisation de répandre la vraie religion, et le Rompant brise la méchanceté par

(1) S. ire 69, 17.

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l'annonce de la doctrine. Les deux derniers étant subordonnés à l'Appelant (Dai) et les premiers ministres n'ayant pas de successeurs, la classe des Dai est celle des ministres qui se perpétue et qui continue à agir. La classe des Compétents eut aussi la charge d'inscrire dans un registre spécial ceux qui étaient admis parmi les Druses. Les Druses sont subordonnés aux ministres de la religion.

Les âmes furent toutes créées à la fois par le Créateur après la création de la raison universelle ; leur nombre est fixe et immuable. Après la mort d'un homme, son àme passe dans un autre corps; l'àme d'un confesseur de la vraie religion prend la forme des Druses, l'aine d'un sectateur d'une autre religion prend celle d'un sectateur de cette religion. La sagesse de Dieu a arrêté que les âmes ne se souviendraient pas de leur état antérieur. 11 faut distinguer la raison de l'àme; quand la raison ne s'unit pas à l'âme, il n'y a pas de vérité dans l'homme, il n'y a qu'ignorance et immortalité. L'ignorant est ajuste titre destiné aux châtiments de Dieu.

» Les livres des Druses parlent aussi de la métempsychose et des différentes formes de l'àme. Ces formes résultent des différents degrés de la connaissance de la vraie religion et de la conduite morale. L'expiation terrestre est le progrès continu que fait une àme dans la connaissance de la vraie religion, jusqu'à ce qu'elle s'unisse à l'Iman et que la métempsychose ait atteint son terme suprême.

« Lorsque les âmes possèdent leur forme complète par l'assimilation entière des vérités, auxquelles mène la raison, elles se séparent du corps et s'unissent à l'Iman, le lieu des lumières; elles se mêlent à lui, Testent caillées en lui et attendent le moment où il reparaîtra pour le jugement, et alors elles formeront la cour de l'Iman. L'Iman est Hamsa. Au joui 1 de la résurrection le dieu Hakem se montrera sans voile, tel qu'il est, entouré des anges.

A la tète des anges sera l'Iman Hamsa, comme maître et souverain des peuples, comme Messie. Tous

s'écrieront: A notre maître appartient l'empire ! On apportera la balance et on pèsera les actions des hommes. L'Apec du Seigneur brillera et les impies seront tués. Alors se révélera au monde la religion de l'unité, seule digne de Dieu, et il se manifestera une splendeur que nul œil n'a vue, que nulle oreille n'a entendue, comme dit Moktana, 1 Coran, 2, 9.

Ceux qui seront tués par l'épée d'Hamsa reparaîtront sur la terre sous une autre forme pour expier leurs fautes antérieures.

Tous les partisans des fausses religions passeront par la mort et ressusciteront plus tard. Cette dernière opinion appartient à la doctrine la plus récente des Druses, qui distingue deux classes parmi les fidèles. La première, l'Okkal, est composée des initiés, qui savent ; la seconde, la Dschobhal, de celle des ignorants, non initiés.. Au jour du jugement la Dschobhal des ignorants sera punie comme les infidèles, parce que l'ignorance est en même temps l'immoralité et par conséquent digne de châtiment. Hakem paraîtra au jour du jugement sous la forme humaine, et chacun pourra reconnaître qu'il est Dieu. Cette forme se nomme dans les livres des Druses la forme spirituelle du jour de la résurrection.

« Outre leurs dogmes les Druses ont aussi une morale particulière ; elle promulgue sept commandements.

Le nombre sept est emprunté à l'interprétation littérale et symbolique des livres mahométans. Ces sept commandements , d'après Hamsa , sont : véracité dans les paroles, vigilance dans leur défense réciproque, renoncement à la religion du mensenge, séparation des mauvais esprits et des hommes pervers plongés dans l'erreur, reconnaissance de l'unité du Seigneur dans tous les temps, contentement dans tous les travaux et patience dans toutes les situations.

« La véracité n'est obligatoire qu'envers les frères et les sœurs, c'est-àdire les Druses. Le mensonge n'est pas défendu à l'égard des sectateurs d'une autre religion. Les Druses peuvent se dégager par un mensonge d'une dette contractée envers celui

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qui n'est pas de leur religion. Ils portent des armes pour se défendre les uns les autres ; ils doivent protéger leurs frères, prévenir leurs besoins, assister les pauvres et leur faire l'aumône. Cette loi ne les oblige pas à l'égard des sectateurs des autres religions.

« L'aumône, suivant la doctrine la plus récente, ne doit être faite qu'à la classe des intelligents, à l'Okkal ; la Dscliobal, les ignorants en sontexclus.

L'obligation de renoncer à la religion du mensonge suppose l'exclusion absolue de toute autre religion. Cependant c'est une question non résolue de savoir si les fondateurs de leur religion leur ont prescrit de reconnaître publiquement leur foi et de renoncer :i tous les usages extérieurs de la croyance mahométane, ou s'ils leur ont permis de cacher leurs véritables sentiments sons Les apparences d'une confession étrangère lorsqu'ils vivent parmi d'autres peuples.

« La doctrine des Druses plus récente autorise l'hypocrisie. Les prédicateurs ont à veiller sur le mystère qui doit envelopper la religion des Druses, Le précepte qui leur ordonne de se soumettre à la volonté de Dieu dans toutes les situations leur impose les sacrifices les plus difficiles. Outre ces sept commandements, les livres des Druses renferment d'autres prescriptions qui ont trait à leur vie civile.

Hamsa prescrit rigoureusement la pureté des mœurs et la tidélilé conjugale. Les femmes sont recommandées à la protection de leurs maris, surtout contre les séductions des infidèles. Moktana prescrit à ses disciples le renoncement aux biens de ce monde, principalement à ceux qui sont injustement acquis. Les disciples doivent étudier la sagesse, pratiquer la fidélité et la patience, éviter les vices. Les mœurs de la plupart des Druses modernes sont telles qu'on a conclu de leur manière d'être à la doctrine des fondateurs de leur religion, et qu'on leur a imputé d'avoir enseigné la morale la plus dissolue, et d'avoir autorisé les actions les plus honteuses. Il est certain que dès l'origine des imposteurs s'introduisirent parmi eux, qui propagèrent une

doctrine immorale et la perpétuèrent en secret. On compte Barasi parmi ces imposteurs.

« D'après fa doctrine actuelle, un Druse repentant peut revenir à la grâce. L'impénitent est mis au niveau des apostats et dos infidèles. Hamsa avait donné aux trois ministres des cinq premières classes une autorité pénale sur les Druses coupables. Les peines corporelles ne devaient s'appliquer que dans l'intérieur des maisons, pour les laisser ignorer aux infidèles.

Le lieu des réunions religieuses, que les raisonnables seuls fréquentent, que les ignorants négligent, s'appelle Chalva, recueillement; ou y lit des passages des livres des Druses, et, avant leur séparation, les fidèles reçoivent chacun un morceau de raisin sec ou d'un autre fruit doux. Le supérieur de la réunion est l'iman. Le signe auquel les Druses reconnaissent .qu'un étranger appartient à leur religion est la réponse à la question : La semence d'un baumier est plantée dans le cœur des fidèles, et la vérité dans la reconnaissance des premiers minisires de la religion, Hamsa et les autres. — Tout étranger reconnu pour Druse est un frère pour eux. Le nom de celui qui se fait admettre parmi eux est consigné et réservé pour le jour de la résurrection.

« Les Druses modernes adorent la figure d'un veau, qu'ils conservent précieusement dans un reliquaire et soustraient aux yeux des étrangers.

lis symbolisent l'humanité de Ilakem sous la ligure de ce veau. Les Mahométans ont très-souvent trouvé le Coran cité dans les livres des Druses.

Les Chrétiens y ont reconnu des passages de l'Évangile, la personne du Messie, de S. Jean-Baptiste et d'autres saints personnages.

« Cette méthode d'emprunter aux .Mahométans et aux Chrétiens ce qu'il y a de plus connu dans leur religion a beaucoup contribué à tromper et à attirer à leur secte Chrétiens et Mahométans; mais sous la forme qu'ils empruntent les Druses entendenttout autre chose que ce qu'ils disent. »

Il convient de bien distinguer les Druses de la secte mahométane des Rosairi, qu'on nomme aussi les Naza-

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réens ouïes Ansari ; ceux-là n'adorent point Hakcm. I) en est de même de celle des Assassins, qui ne connaissaient pas Hakem. Le Noih.

DRUSIUS (Jean). (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce savant exégète protestant des Pays-Bas, naquit en 1560, à Oudenarde dans les Flandres, d'un père qui avait sacrifié une fortune considérable pour se faire protestant tandis que sa femme était restée catholique. Il se livra surtout n l'étude des langues hébraïque et aramaïque, chose rare à cette époque, afin de mieux commenter la BiMe. Il fut en correspondance avec les hommes les plus célèbres de si m temps tels que Alting, Bèze, Buxtorf, Casaubon, Cunieus, Centilis, Lips, Montaigne, Scaliger, Sylbourg, etc. Parmi sesnombreux travaux, dont on trouve le détail dans Niceron, mentionnons les suivants :

Animadiversiomimlibri duo, inquibus, prœter dictionem Ebraicam, plurima loca Scriptural mterpretumque oeterum explicantur, emendantur, Lei-

dœ, 1585. — Ti hpi Oaf>£k\t\\x, l'a-

rallela sacra, h. e. loeorum veteris Tes-

tameuti cum iis qux in novo citwntur conjuncta commemoratio, Franek.., 1588. — Observationum sacr arum libri XVI, Franck., 1594 (cd. 2). -- Qusbs-

tioman Ebraimrum libri très, in quibus innumcra Scriptural loca e.rplicaiitur aut emendantur, Franck., L'en»

(éd. 2). — Misccllnnea locutionum $acrarum tributa in ccuturias dans, etc., Franck., 1586. — Proverbiorum classes dux, in quibus explicantur ptroverbia sacra et ex sacris orta; item Senti ntia Salomonis, etc.. Franek., 1590., — Eotpfat Eeip<ix> Sî '^e Ecclesiasticus Grxce ad exemplar Romanum, etc., Franck., 1596. — Proverbia Ben-Sirw, etc., in Latinam linguam concerto, scholiisque aut potius commenturio illusirata, Franek., 1587. — Liber Uasmonworum, qui vulgo prior Machabseorum; Grœcc, ex edit.Romana. Franek., 1000. — De Hasidseis, quorum mentio in libris Machabxorum, libellas, Franck., 1 003. — De nomme Dei Elohim, Franek., — De nomine, Dei proprio, quod Tetragrammaton vocant, Franek., 1004, — De patriarcha Tlenoek

cjusque raptu, et libro e quo Judas apostolus testimonium profert, Franek.

1015. — Veterum interpretum Grsecorum in totum V. T. fragmenta collecta, versa et notis illustrata, Arnh., 1622.

Ce dernier ouvrage, ainsi que Ad difficiliora Pentateuchi. i. e. quinque librorum Mostis Commentarius, etc., Franck., 1017, et Annotât, in loca tlifficilioralibrorum Josuse, Judieum et Samuelis, etc., Franck., 1018 ; et d'autres qui n'ont paru qu'après la mort de l'auteur.

« C'est, dit M. Welte, par tous ces ouvrages et une foule d'autres du même genre que Drusius acquit une place dès plus honorables parmi les savants protestants de son temps ; il est égal au premier d'entre eux comme exégète et critique biblique, et supérieur à la plupart par son érudition profonde et l'étendue de ses connaissances linguistiques. Richard Simon dit de lui : « Drusius doit être préféré à tous les autres, à mon avis ; car, outre qu'il était un savant hébraïsant et quai pouvait consulter lui-même les livres des Juifs, il avait lu les anciens traducteurs grecs, il s'était formé une meilleure idée de la langue sainte que les autres critiques, qui ne se sont appliqués qu'à la lecturedes rabbins ; et r<m peut ajouter qu'il avait lu aussi les ouvrages de S. Jérôme et de quelques autres Pères. En un mot Drusius est le plus savant et le plus judicieux de tous les critiques qui sont dans ce recueil (1). » Quiconque connaît les écrits de Drusius conviendra que le célèbre critique n'exagère pas. On comprend tous les éloges qui lui furent adressés, en vers et en prose, en latin, en grec et en hébreu de sioi vivant (2) et que sa mort ait été déplorée dans des poèmes élégiaques par des hommes tels que Sixtus- Amama, Artopœus, Sortorius (3). Ses travaux eussent sans doute été plus solides encore et plus fructueux si Drusius avait connu toutes les branches du tronc sémitique, ou si du moins il avait su l'arabe. Toutefois ce n'est pas là un blâme, car cette

(1) Bist. rrit. rlu A. T., I. III, c. 15.

h] Conf. Critirisacri, t. VI, p. 1325, 1492, 1596.

(3) Ibitl., t. IV.

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connaissance univerelle était rare à cette époque et n'étaitpas aussi facile à acquérir que de nos jours. »

Le Noir.

DRUTHMAR (Christian) (Thêol. hist. biog et bibliog. ) — Ce célèbre dominicain de Corïne du ix° siècle, ftat surnommé Grammaticmh cause de ses grandes connaissances philologiques. Il tit plusieurs commentaires ; le seul qui nous resté est son commentaire sur l'Evangile de S. Matthieu.

a Ce qui le distingue des autres commentateurs de son temps, ditM. Welle c'est son originalité. Contrairement à la méthode d'exégèse de cette époque, il développe surtout le sens littéral et historique, auquel subordonne le sens mystique. Il justifie sa méthode île cette façon: Studiautem plui historieum sensum loqui quam spiritualern, quia irratïonabitemihi oidt tur tpiritaalem intelligt ntiam in libro aUqw quxrm et historieum ( sic )p&mitus ti/iutnuT, eum historia funaamentum omnis intelligentiœ sit, et ipsa 'us qumrenda et amplexanda.

o Son commentaire, élaboré d'après ces principes, a conservé sa valeur et mérite encore qu'on le consulte de nos jours. SiDrutkmar s'occupe parfois de minuties grammaticales, ce qui ne l'empêche pas de faire des fautes, comme Rosenmùller le lui reproche, cela provient du degré d'intelligence de ceux auxquels i] s'adresse et du caractère général de son époque. »

Le Nom.

DUALISME od DITHÉISME. Voyez Manichéisme.

DUALISME et MONISME (Théol.

riu.rt. philos, ontol.) — Nous avons démontré brièvement, mais solidement, au mot absolu, que l'absolu est nécessaire, parce que soutenir que tout est relatif serait soutenir la plus évidente des contradictions (V. ce mot) ; or, l'absolu nécessaire, qui est éternel par là même qu'il est absolu, peut-il être deux ou multiple en un degré quelconque ?

Cette question nous a tourmenté

1 flistoria interpretationis libr.

sacr , V 164.

l'esprit toute notre vie au point de vue de la philosopbie pure ; nous le disons quelque part et, dans le passage où nous le disons, bien que nous y fassions l'aveu d'une faiblesse rationnelle qui tient à notre personne, nous ne désespérons pas d'arriver à une démonstration mathématique directe, et sans transition parl'inlini,de l'unité nécessaire de l'absolu, démonstration qui conduirait immédiatement la philosophie au monothéisme.

Nous croyons, en ce moment, avoir en pensée une base de cette démonstration. Voici cette base :

L'absolu ne peut pas être deux, ou tout autre nombre, parce que l'unité seule est absolue mathématiquement, que tout nombre esl relatif à l'unité, s'appuie sur elle, comme toute répétition s'appuie sur l'entité qu'elle répète, que l'unité, par conséquent, est le seul absolu du nombre, la seule base éternelle à laquelle tout nombre ait sa relation nécessaire,, et que tout nombre est nécessairement une création sur ce type, essentiellement un. Dire deux absolus, c'est dire deux un, ou deux qui ne feraient qu'un, ou deux substances ne faisant qu'une substance; contradiction. Parla qualité d'absolu, il faut un puisque deux-, étant la répétition d'un, est un relatif; donc dire deux absolus équivaut à dire relatif-absolu. Mais le relatifabsolu, c'est le oui et le non mis dans le même sujet en même temps et sous le même rapport.

11 est donc nécessaire que l'absolu soit un.

Si, d'ailleurs, il pouvait y avoir plus d'un absolu, ce ne serait pas deux qui en serait le nombre nécessaire ; quelle raison y a-t-il pour la limitation à deux ; on n'en voit aucune dans la nature de l'absolu, dans son idée; au contraire on voit dans l'idée de l'absolu, la nécessité de tout nombre, si l'on y met le nombre, parce que l'arrêt à un nombre déterminé, c'est le relatif; etpar conséquent la contradiction avec l'absolu. Or le tout-nombre, qui serait le nombre absolu, est invisible ; ce serait le plus grand nombre absolument; mais le plus grand nombre absolument n'existe pas, puisqu'il est de l'essence de tout nombre d'être

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susceptible d'augmentation. Ce nombre est l'absurde, le contradictoire, l'impossible.

Donc l'absolu, autre qu'un ou unique, est impossible.

Cependant l'absolu est absolument nécessaire comme être quand on a posé le relatif comme être; et dans l'hypothèse absurde du nihilisme universel, il serait encore nécessaire comme néant absolu ; donc l'absolu est nécessairement un.

On nous dira peut-être : vous appliquez à l'être en soi ce qui n'est que dans l'esprit du mathématicien par rapport aux nombres qui sont, en effel, tous relatifs à l'unité, l'unité étant mathématiquement leur absolu.

Oui nous dit que, dans l'être réel, il n'en est pas autrement, et que l'éternité de deux ou plusieurs absolus n'y soit point conforme à l'essence des choses?

D'ailleurs, dans les mathématiques, si c'est bien l'unité qui est la hase absolue de la numération, n'y a-t-il pas des unités distinctes parallèles, qui jouent chacune le rôle d'absolu par l'apport aux séries diverses de nombres que l'esprit échafaude dessus? 11 y en a autant que l'esprit eu veut mettre pour point de départ de ses opérations, comme il y a autant d'opérations qu'il en veut faire. Ne SOnt-ce pas autant d'absolus ? l'unité de l'opération A n'est pas la même que l'unité de l'opération B, etc. Chacune de ces unités est cependant l'absolu de l'opération qui est basée dessus Donc ce sont plusieurs absolus et ils sont en aussi grand nombre que le voudra la fiction mathématique.

Si donc vous soutenez que l'abstrait mathématique doit exister, prioriquement et substantiellement dans l'essence des choses, cet abstrait vous conduit, non pas à un seul absolu comme être substantiel, mais à plusieurs ; et si vous ne le soutenez pas, votre argumentation ne va plus à son but.

Nous répondons 1° qu'il est impossible que l'abstrait mathématique n'existe'pas éternellement, substantiellement et prioriquement dans l'es-

sence de l'être ; 2° que la

tipl ici-

té des unités absolues qu'on trouve dans les mathématiques, multiplicité qui est une indéflnitê, n'est qu'une révélation de l'unité absolue qui ne peut pas être multiple attendu qu'il serait contradictoire qu'elle le fût, et que les unités qu'on signale comme distinctes ne sont qu'une seule et même unité.

D'abord, il ne se peut que l'abstrait mathématique qui est une opération de l'esprit n'ait pas une réalité objective correspondante dans l'essence de l'être. Ce rêve fondé sur l'unité ne pourrait être que néant absolu, nuit absolue, s'il ne remontait pas à cette réalité comme point de départ. 11 serait alors une création en disproportion avec sa cause et avec son objet :

avec sa cause qui serait l'esprit commençant de penser ce qui est toujours sans être toujours et sans qu'il y eût quelque chose d'un qui fût toujours; tout commencement de pensée d'une telle réalité est impossible, si cette réalité n'est pas ; avec son ob- •jet, parce que d'api'és l'hypothèse, cet objet ne serait pas, il n'y a pas de proportion possible avec ce qui n'est rien. Il faut que l'unité soit pour que nous la puissions penser, ainsi que le nombre, et que les mathématiques existent.

En second lieu, toutes ces unités servant de bases aux opérations de l'esprit sontune seule et même unité, que nous considérons comme servant de base à des séries diverses, et que nous concretons relativement à ces séries, en lui donnant des noms qui n'attaquent en rien son identité une, radicale. Il en est de ces unités comme d'une cause de laquelle rayonneraient des familles distinctes; en raisonnant sur chaque famille, on arriverait àsa souche, et on lui donnerait un nom qui signi lierait père de cette souche;\mis considérant tous ces pères, on les trouverait distincts et multiples en tantque pères de plusieurs familles ; mais ils n'en seraient pas moins un seul et même père, puisqu'il n'y en aurait qu'un, souche commune de toutes les familles. Il en est ainsi de l'unité mathématique; la différence entre les unités-racines des opérations ne réside que dans la différence de

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