EAU EMPLOYÉE H\NS LES CÉHÉMONIES
DEHEUGION. Un si' ntiment de gratitude a porté les hommes à taire à Dieu l'offrande de leurs aliments et de leur boisson, comme un hommage de soumission et de reconnaissance; de là est né l'usage de taire des libations dans les sacrifices, ou de répandre de Veau sur les victimes. Lorsque l'on sut faire du vin et d'autres liqueurs, on
(t) Voyez, au mot ac.es cosmologiques, notre xplieatiou du C6 verset de la Genèse.
Le Noir.
en répandit au lieu d'eau, et l'on en Ut des libations.
L'auteur de Y Antiquité dévoilée par ses usages a cru que ces effusions d'eau étaient un signe commémoratif du déluge universel : c'est une imagination sans fondement. Il fallait de l'eau pour laver les victimes, comme il fallait du feu pour les con sumer; on n'en mangeaitpas la chair sans boire : l'eau n'avait pas plus de rapport au déluge que le feu à l'embrasement de Sodome.
Il est dit, 1 Reg., c. 7, y i>, qu'à l'invitation de Samuel, les Israélites s'assemblèrent, à Maspha, qu'ils puisèrent et répandirent Veau devant le Seigneur, et jeûnèrent tout le jour pour expier leurs fautes. Celaparaitsiguifier qu'ils portèrent la rigueur du jeûne jusqu'à s'abstenir de toute boisson, et que pour y obliger tout le monde, ils épuisèrent les puits etles citernes de Maspha.
Nous voyons, par plusieurs exemples, que les jours de jeûne solennel, les Juifs s'abstenaient de boire aussi bien que de manger. Esdras, 1. 1, c'.
U», y (i; Esth., c4, y 16 ; Joan., c.
;i, y 7. Il ne s'ensuit donc pasque les Juifs crurent expier leur idolâtrie en versant des cruches d'eau, comme quelques incrédules ont trouvé bonde l imaginer.
Behuier.
EAU BÉNITE. C'est une coutume très-ancienne dans l'Eglise catholique de bénir, par des prières, des exorcismes et des cérémonies, de l'eau dont elle l'ait une aspersion sur les fidèles, et sur les choses qui sont à leur usage. Par cette bénédiction, l'Eglise demande à Dieu de purifier du péché ceux qui s'en serviront, d'écarter d'euv les embùchesde l'ennemi du salut et les fléaux de ce monde.
Dans les Constitutions apostoliques, rédigées sur la fin du quatrième siècle, l'eau bénite est appelée un moyen d'expier le péché et de mettre en fuite le démon. Le père Le Brun , Explic. des cérém., tom. 1, pag. 76, a prouvé, par le témoignage des anciens Pères, que l'usage de l'eau bénite est de tradition apostolique, et il a été conservé chez les Orientaux,
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séparés de l'Eglise romaine depuis plus de douze cents ans.
On l'ajugé nécessaire, surtout dans les premiers siècles, lorsque la magie, les sortilèges et les autres superstitions du paganisme, avaient fasciné tous les esprits; un chrétien, qui se servait d'eau bénite et sanctifiée par l'Eglise, faisait profession, par ce signe même, de renoncer à toutes ces absurdités, et de les rejeter comme injurieuses à Dieu. Nous ne concevons pas comment les protestants et leurs copistes peuvent appeler superstitieux un usage destiné à bannir les superstitions païennes.
Dans toutes les religions, l'on a compris que, pour rendre notre culte agréable à Dieu, il faut nous purifier du péché par des sentiments de componction, puisque Dieu a promis de pardonner au pécheur lorsqu'il se repentirait. Or, se reconnaître coupable, sentir le besoin que l'on a d'être purifié, et en faire l'aveu, est déjà un commencement de pénitence. Le témoigner par le signe extérieur de purification, afin d'exciter en nous Je regret d'avoir péché et le désir de nous corriger, est donc une pratique religieuse, utile et louable; et c'est la leçon que l'Eglise fait aux fidèles en bénissant de Veau, afin qu'ils s'en servent dans ce dessein.
Conséqueninient l'usage de faire sur soi-même une aspersion d'eau bénite en entrant dans l'église, a été observé dès les premiers siècles. Eusèbe, llis. ecclés., 1. 10, c. 4, dit que Paulin lit placer à l'entrée de. l'église de Tyr, une fontaine, symbole d' expiation sacrée. Saint Jean Chrysostome reprend ceux qui, en entrant dans l'église, lavent, leurs mains et non leurs cœurs, Hom. 71, in Joan.
Synésius, epist. 121, parle d'une eau lustrale placée à l'entrée des temples, et dit que c'est pour les expiations de la ville.
Bingham et d'autres protestants prétendent que cette ablution pratiquée par les anciens, n'était point une purification, mais une cérémonie indifférente, ou tout au plus un signe extérieur de la pureté de l'âme avec laquelle il fallait entrer dans le temple du Seigneur ; ils soutiennent
que l'usage actuel de l'eau bénite est un abus, une corruption de l'ancien usage, une superstition du paganisme, renouvelée par l'Eglise romaine.
Etrange manière de raisonner !
Pratiquer un signe extérieur de purification, afin' de nous souvenir de la pureté d'âme que nous devons avoir pour honorer Dieu, est-ce une cérémonie indifférente ? Si elle eût été superstitieuse, les anciens Pères l'auraient blâmée. Un chrétien qui se persuaderait que l'eau seule peut le purifier, serait un insensé ; l'Eglise, en faisant l'aspersion de L'eau bénite, met a la bouche des tidèles ces paroles du psaume B0 : « Vous ferez sur » moi, Seigneur, une aspersion, et » je serai purifié : vous me laverez » vous-même, et vous me rendrez » blanc comme la neige. » C'est donc de Dieu, et non de l'eau que nous devons attendre la pureté d'âme, et c'est pour la lui demander que nous employons le signe extérieur qui la représente.
Les païens avaient un vase d'eau lustrale à l'entrée de leurs temples, nous le savons ; cette pratique n'était pas mauvaise en elle-même, mais elle était mal appliquée : ils imaginaient que cette eau par elle-même les purifiait, sans qu'il fût besoin de se repentir et de changer de vie : ils étaient dans l'erreur. Si un chrétien pensait comme eux, il aurait tort aussi bien qu'eux. Les Juifs avaient aussi une eau d'expiation, dont il est parlé, Num., c. 10; ils en faisaient des aspersions, et il ne s'ensuit rien.
L'eau bénite n'a pas plus de relation au paganisme et au judaïsme qu'à la religion des Noachides. Jacob, prêt à offrir un sacrifice à Dieu, dit à ses gens : Purifiez-vous, et changez d'habits. Gen., c. 35, f 2. Dans tous les temps et chez tous les peuples, les ablutions religieuses ont été en usage ; pourquoi l'Eglise chrétienne auraitelle supprimé un rit aussi ancien que le monde ? S'il fallait bannir tout ce qui a été pratiqué par les païens, il faudrait retrancher tout culte extérieur, ne plus se mettre à genoux, s'incliner, se prosterner, parce qu'ils ont fait tout cela devant leurs idoles.
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Pendant les Rogations, l'on bénit Veau des puits, des citernes, des fontaines, des rivières, en priant Dieu d'en rendre l'usage salutaire aux fidèles.
Dans l'Histoire de l'Académie des Inscriptions, tom. 0, m- 12, p. 4, il y a l'extrait d'un savant mémoire sur le culte que les païens rendaient aux eaux, à la mer, aux fleuves, aux fontaines, sur les divinités qu'ils avaient forgées pour y présider, sur les raisons naturelles ou imaginaires qui avaient fait naître ce culte, sur les superstitions et les abus dont il était accompagné. Quand on y fait réflexion, l'on conçoit que la bénédiction des eaux , faite par l'Eglise , était très-propre à convaincre les fidèles que cet élément n'est ni une divinité, ni le séjour des prétendus dieux inventés par les païens ; que Dieu l'a créé pour l'utilité des hommes, et que c'est à lui seul qu'il faut en consacrer l'usage. Mais les réformateurs, très-mal instruits de l'antiquité, et des raisons qu'a eues l'Eglise d'instituer ses cérémonies, ont pris aveuglément pour des restes du paganisme les pratiques établies exprès pour déraciner toutes les idées et toutes les erreurs des païens. Aujourd'hui leurs successeurs, moins ignorants, devraient se souvenir qu'an quatrième siècle, qui est l'époque à laquelle ils fixent la naissance de la plupart de nos rites, les philosophes faisaient, tous leurs efforts pour soutenir l'idolâtrie chancelante, pour en justifier les notions et les usager, pour en pallier l'absurdité ; c'était donc le moment de prendre toutes les précautions possibles, et de multiplier les leçons, pour prémunir les peuples contre le piège qu'on leur tendait.
Heausobre n'a donc fait que se rendre ridicule, lorsqu'il a dit que cette sanctification de Veau est une cérémonie superstitieuse, fondée sur deux erreurs : la première, que les mauvais esprits infestent les éléments, et qu'il faut les en chasser par l'exorcisme; la seconde que le Saint-Esprit, appelé par la prière, descend dans l'eau, et la pénètre d'une vertu divine et sanctifiante. Je voudrais, dit-
il, pour l'honneur des orthodoxes, que l'on trouvât cette pratique dans des actes certains et incontestables. Histoire du manichéisme, 1. 2, c. i; §3.
Il ne tenait qu'à lui de le voir dans saint Paul. I Tim., c. 4, f 4, cet apôtre dit, en parlant des aliments, que toute créature est bonne, qu'elle est sanctifiée par la parole de Dieu et par la prière. Saint Paul a-t-il cru que sans cela les aliments étaient infestés par les mauvais esprits ? Ephes., c. 5, f 25, il dit que Jésus-Christ s'est livré pour son Eglise, afin de la sanctifier, en la purifiant par un baptême d'eau et par la parole de vie. Voilà donc une eau qui a une vertu divine et sanctifiante, et ce n'est pas une superstition de le croire.
Nous avouons que le peuple ignorant et grossier, toujours prêt à tout pervertir, a souvent fait un usage superstitieux de l'eau bénite : mais Thiers lui-même, qui a traité cette matière avec exactitude, a remarqué que certains usages, regardés comme superstitieux par des critiques trop sévères, ne le sont pas en effet. Traité des superstitions, tom. 2, 1. 1, c. 2, n. 6.
D'ailleurs si l'on opine à retrancher toutes les pratiques dont il est possible d'abuser, c'est comme si l'on voulait bannir tous les aliments dont l'abus peut causer des maladies. Voyez Superstition. Brrgier.
EAU DU BA.PTÈME. Dans l'Eglise romaine, la bénédiction de l'eau solennelle est celle des fonts baptismaux, qui se fait la veille de. Pâques et de la Pentecôte. L'Eglise demande à Dieu de faire descendre sur cette eau la puissance du Saint-Esprit, de la rendre féconde, de lui donner la vertu de régénérer les fidèles. C'est une profession de foi des effets que produit le baptême. La formule de cette bénédiction se trouve dans les Constitutions apostoliques, liv. 7, c. 43, et elle est conforme à celle dout on se sert encore aujourd'hui. Tertullien et saint Cyprien en parlent déjà au troisième siècle. Bingham a cité leurs paroles et celles de plusieurs autres Pères. Orig. ecclés., tom. 4, liv. If, c. 19. Il n'a pas osé traiter de supers-
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