‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 54 sur 96 · PRINCIPES · texte numérisé non relu

PRINCIPES

premieb principe : — Comme la liberté du travail et la propriété des fruits au profil du travailleur nont les deux conditions de justice relatives à la production, de même, l'égalité est la grande condition de justice de tout échange, où il n'y a pas don gratuit.

— Quels que soient les biens échangés, biens en nature, ou en représentation numéraire, biens considérés dans leur substance, ou dans leur usage .biens positifs ou biens négatifs, biens matériels ou simples avantages, biens présents ou biens futurs, biens certains ou chances hasardeuses, etc., etc., il y a vol, fraude, injustice, lorsque, sans qu'il y ait don, l'égalité n'est pas conservée entre ce qui est donné et ce qui est reçu.

« Second principe — Dans la vente et dans le prêt, l'utilité que l'acheteur ou l'emprunteur retirera delà chose n'entre pour rien dans l'estimation de sa valeur; mais l'utilité dont le vendeur ou leprctcur se prive lui-même en vendant ou en pré tant, entre dans l'estimation de lavahiir. — Si l'utilité relativeau preneur,, laquelle provoque les échanges dans la société, pouvait entrer, devant la justice, connue élément du prix des choses, il s'en suivrait qu'un homme pourrait vendre ou prêter à un autre qui meurt de faim, le repas qui lui rendra la vie, moyennant une rétribution aussi élevée qu'il le voudrait, puisqu'il n'y a pas de bien matériel qui vaille la vie. Au contraire, il est

(i) Voyez phoduction.

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très-juste que celui qui vend ou qui prête reçoive de l'acheteur uu de l'emprunteur l'équivalent de ce dont il se trouve privé par le fait de la vente ou du prêt. Le service qu'il rend ne doit lui porter aucun préjudice, et l'utilité, qu'il abandonne pour le rendre, doit lui être pleinement indemnisée.

« Troisième principe. — Il y a deit.r espèces d'utilité des choses ; celle qui résulte de la nature, et qui consiste dans le travail productif dont la chose sera l'instrument pour celui qui la possède; et celle qui peut résulter dis coutomes reçues. La première appelle taujours une indemnité proportionnelle au profit de criai qui s'en frire pour vendre oupréttr. ta seconaepeut légitimer en pratique lis indemnités fondées sur elle, dans une société mal organisée, mais nesaurait légitimer l'organisation elU même. — Supposons un pays où l'usure est pratiquée par tout le monde; chaque citoyen n'y fera, en faisant comme tout le monde, que pratiquer le système de la compensation ; c'est ainsi que, quand l'esclavage était un usage universel, on ne pouvait condamner le particulier qui avait des esclaves. Mais, comme cette sorte d'utilité est un désordre en soi, qui en enfante des multitudes d'autres, et doit disparaître dans la société utopique de la justice, nous devons la mettre de côté, et ne réserver que celle qui est fondée sur le travail légitime. On peut appeler l'indemnité à laquelle clledonnedroitdanslavente et le prêt, indemnité du travail cessant, pour la distinguer de l'indemnité de la production cessante, qui embrasserait les deux utilités.

« Quatrième principe. — Quand, pour prêter ou vendre, un individu occupe son temps, afin de tenir boutique ouverte à la société, ce tempjs doit lui être payé. — Autre indemnité juste qu'on peut appeler indemnité de salaire, ou de rétribution, ou de travail existant.

« Cinquième principe. — Lorsque, dans le prêt, l'objet prêté se détériore par l'usage de l'emprunteur, il y a lieu, au p/ofit du préteur, à une indemnité de détérioration. — C'est évident.

« Sixième principe. — Il y a deux manières de prêter ; ou le prêteur assure l'objet à l'emprunteur dételle sorte, que, si cet objet périt entre les mains de ce dernier, ce sera le prêteur r/ui guidera la perte à son compte ; c'est ce qui a lieu dans les prêts qui tombent sous l'adage: Res peritdomino, le prêteur étant désigné par le mot dominus ; ou bien, l'emprunteur se porte assureur de l'objet, comme dans le prêt d'argent en usage ; dans ce cas, si l'objet prêté se trouve perdu, c'est l'emprunteur qui subit la perte, et il doit le rendre comme s' Un 'avait pas été perdu; or l'assurance vaut un prix proportionnel à la valeur assurée, et aux chances de perte. — Si c'est l'emprunteur qui assure, il doit être payé de son assurance et de son dépôt ; mais comme il jouit, pendant tout le temps de l'emprunt, de la possession de l'objet, tandis que l'autre en est privé durant ce temps-là, il est payé de son assurance par cette possession, et l'autre la paie par la privation de sa chose, abstraction faite des autres motifs à indemnité , de sorte qu'alors, l'égalité est établie par la nature même du prêt. Si c'est le prêteur qui assure, en gardant à sa charge les chances de perte, bien que l'autre ait la possession de son objet, illui est dû, en justice, une indemnité d'assurance.

« Septième principe. — Tout ce qui est perçu, a moins de don, en sus de ces quatre indemnités, et de la valeur intrinsèque de l'objet qui consiste, dans la vente, en la tradition présente d'une valeur égale, et, dans le prêt , en la reddition simple du même objet uu d'une valeur égale, est un vol.

« Huitième prinxipe. — La valeur intrinsèque des objets échangeables résulte du plus ou du moins d'utilité économique absolue qu'y ont mis de soi te travail de Dieu, le travail de la société et le travail de l'individu. — Dans Véchange, le travail de Dieu et le travail de la société se trouvent en circulation, se payant sans cesse euxmêmes, puisqu'ils sont dans tous les objets, et le travail de l'individu est payé aussi par un travail correspondant. Malgré cela, il peut arriver que les éléments s'équilibrent autrement que chacun à chacun.

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« Neuvième principe. — Tout ce qui précède s'applique également au numéraire et aux biens naturels, puisque le numéraire en est la représentation, et qu'avec lui on se procure, par l'achat, des biens semblables et ayant la même valeur — Ce qui est une violation des lois de la justice dans les prêts d'argent et des choses qui se dépensent, en sera une, également, dans les prêts de biens fonds, pourvu que les conditions relatives à toutes les circonstances que nous avons exposées soient en parfaite identité.

Tels sont les principes les plus importants sur lesquels se fonde la science économique la plus pure devant la philosophie sociale.

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