VICES SOCIAUX
« Les vices qu'elle constate sont à l'inlini, quand on les prend sous leurs travestissements grossièrement visibles; mais on peut les réduire tous à un seul, en les étudiant dans leur germe; et ce vice est la violation organisée de l'égalité dans l'échange^ ou l'usure.
« L'usure consiste dans un contrat injuste et frauduleux, toléré ou non toléré par la loi, que le faible se voit obligé «l'accepter par la nécessité de sa position, et qui a pour effet de faire passer, dans les mains du fort, une partie des fruits du travail du faible; d'où résulte une accumulation constante des capitaux de la société, c'est-à-dire de tous les fruits du travail passé et présent, dans l'avoir des uns, et, par suite, une aggravation progressive de la misère des autres.
<c L'usure se reproduit sous mille formes, qui reviennent presque toutes au prêt d'instruments de travail en nature ou en numéraire, dans des conditions telles que le prêteur reçoive beaucoup plus que ce qui lui revient à titre de valeur intrinsèque de l'objet, ou des quatre indenimilés qu'admet la justice. Maisons, terres, usines, métiers, animaux , instruments quelconques, ou argent pour en acheter, sont prêtés à des hommes, qui s'en serviront pour produire, moyennant, soit une somme annuelle détermi-
née, soit ce qui restera de leur produit en sus d'un salaire convenu, mais de sorte que ni la détérioration par l'usage, ni le travail cessant ni le travail existant, ni l'assurance ne leur donnent droit au montant tout entier de cette somme annuelle ou de ce surplus du salaire.
« Ce n'est pas la détérioration qui donne ce droit, puisqu'on exige à part, en général, l'indemnité qui s'y rapporte, en exigeant, après le temps convenu, la reddition de l'objet tel qu'il a été livré, ou, sinon, avec indemnité réglée par experts.
« Ce n'est pas le travail cessant, puisqu'on général, on ne se prive pas, en prêtant, d'un instrument de travail qu'on aurait, soi-même, mis en exploitation, et que cette raison ne donnerait droit au prêta intérêt que de ce qu'un homme ou une association d'hommes pourrait exploiter. — Il ne faut pas omettre que nous avons admis, comme raison justiticative de la conscience pratique individuelle, le luxe cessant fondé sur les usages reçus. —
« Ce n'est pas le travail existant, puisqu'on général, on ne se livre, dans sun métier de prêteur, à aucun travail utile à la société et méritant salaire.
« Ce n'est pas enfin l'assurance, puisque, dans une partie des contrats, elle est à la charge de l'emprunteur et que, dans les autres, les chances de perte sont si faibles qu'elle ne donnerait lieu qu'à une indemnité ou prime presque inappréciable.
« Nous n'entrerons pas dans plus de détails. Que le lecteur fasse maintenant ses calculs, il nous suftit d'avoir posé les données.
« Disons cependant, en deux mots, ce qui résulte de ce vice. La société se compose de trois couches: la couche supérieure qui n'est que prêteuse; la couche moyenne, qui est prêteuse d'une part "et emprunteuse de l'autre ; et la couche inférieure, la plus nombreuse , qui n'est qu'emprunteuse. Or, il résulte du système usuraire, que la production de la couche inférieure, qui forme la classe travailleuse, lui est, en grande partie,
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soutirée ; que la couche moyenne est sucée d'une part et suce de l'autre, ce qui ne fait compensation que dans le tout juste. milieu ; et enlin qu'il y a accumulation au profit de la couche supérieure. C'est ainsi que se maintiennent et vont en s'aggravant la misère et l'opulence. Si la providence ne donnaità quelques-uns de la classe intérieure des talents et des chances d'une force à lutter contre l'impossible , et ne permettait que l'opulence transformât souvent la sagesse naturelle en folie et en prodigalité, on verrait, en peu d'années, tous les capitaux se fixer dans un si petit nombre de mains que la société se lèverait horrifiée d'elle-même.
« Tel est le vice qui met sans cesse en si grand travail la science économique.