‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 56 sur 96 · MOYENS · texte numérisé non relu

MOYENS

- Quels sont les moyens qu'elle propose ?

« Nous n'en connaissons que deux :

une législation contre l'usure, qui ne gêne en rien la liberté des contrats légitimes; et une vaste banque mutualiste d'assurances et de circulation, ayant des succursales sur tous les points du territoire, destinée à écraser l'usure par la concurrence. M. Chevé, en qui la foi catbolique et le généreux caractère ajoutent beaucoup à l'autorité du talent, a proposé et soutenu le premier de ces moyens, mais non pas, malheureusement, sans des erreursde détails et d'application. Proudhon en qui le vide absolu à l'endroit de la pierre fondamentale, le fatras philosophique, etpar là-même, l'assujettissement d'esprit à une critique trop minutieusement raisonnée des faits accomplis, infirment considérablement la puissance du penseur et de l'écrivain, a presque été l'utopiste du second; etÉmile de Girardin s'en est fait le théoricien plus pratique, principalement en ce qui concerne la question de l'impôt que ce pubjiciste propose de transformer en assurance sur un plan qui lui méritera les souvenirs de la postérité. Son projet de banque d'assurance contre le non paiement des effets de com-

merce, banque dont la signature donnerait aux billets lavaleur ducomptant, est aussi très-ingénieux et aurait des résultats, bien qu'il ne saisisse qu'un angle de la question, parce qu'au fond tout le problème est dans tout ce qui n'est-pas à côté du problème.

« La législation contre l'usure devrait être conçue de manière à paralyser toute stipulation usuraire sans attaquerles droits aux quatre indemnités que nous avons reconnues légitimes, toutes les fois que ces droits seraient établis. Elle devrait, en même temps, rendre impossible le monopole dans lequel pourraient se constituer les associations heureuses, aussi bien que les particuliers ; c'est elle qui garantirait la libre concurrence de chacun en empêchant les abus, et en ôtant à la force le moyen d'écraser la faiblesse. Il y aurait, nécessairement, pour que ce but fùtatteint, des stipulations d'échanges et des contrats d'association qui seraient prohibés et poursuivis, soit comme usuraires , soit comme devant engendrer des monopoles tyranniques. Liberté illimitée, mais dans les limites de la justice et du respect des droits d'autrui.

« La banque mutualiste de circulation et d'assurance reposerait sur les bases : 1 ° du prêt gratuit moyennant garantie proportionnelle à l'emprunt; 2° de la prime d'assurance proportionnelle au risque du capital assuré ; 3° d'un fonds de roulement fourni par cotisation générale ; 4° d'une retenue proportionnelle faite sur ceux qui en profiteraient jusqu'à concurrencedu montantdesfrais d'administration. Elle renfermerait plusieurs sections; la section de l'assurance de protection de la force publique contre les atteintes intérieures à la liberté, à la propriété, à la vie, à l'honneur, etc.; la section de l'assurance de protection delà même force contre les invasions de l'étranger ; la section d'assurance d'emprunt, sans intérêts, d'instrumentsde travail moyennant garantie quelconque pourvu qu'elle fût hon,ne; la section d'assurance contre les accidents destructeurs; la section d'assurance contre le non-paiement des effets de

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commerce; la section d'assurance contre la misère involontaire, la vieillesse etc., et on pourrait ajouter plusieurs autres sections, si cela plaisaitàlanation, telles que les assurances contre les-frais des travaux publics, de l'instruction primaire, des divers cultes, etc.

« Tels sont les moyens proposés par la science,

« II. Interrogeons maintenant le chistianisme.

« Pour comprendre L'harmonie des principes posés par la science économique sur l'échange avec la morale chrétienne, il suffit d'ouvrir les traités de théologie de tous les docteurs orthodoxes. On y trouve établi el développé dans les plus grands détails le principe de {'égalité dans l'échange connue règle absolue de justice, et aussi ceux qui consistent à reconnaître comme justes les quatre Indemnités; celles de détériorât ion et de rétribution y sonl expliquées sous les mêmes ternies ; celle de tra> ail cessanl \ prend le nom de lucrum cessons, et celle d'assurance y est consacrée explicitement dans plusieurs de ses applications relatives aux contrats aléatoires, et implicitement quant au prêt, dans les règles tbéologiques tirées du jus in >■<■ du nu '"I r< m, el du n s pi i it domino. Si, au premier abord, on croyait y voir des règles contraire-.

au neuvième principe, c'est-à-dire supposant une distinction entre les biens fongibles et les autres biens, on se convaincrait bientôt que la contradiction n'est que dans les apparences, vu que, les biens fongibles étant prêtés, depuis longtemps, avec des clauses exprimées on sous-çntendues qui mettent l'assurance à la charge de l'emprunteur, pendant que les autres biens sont prêtés, en général, dans la condition contraire, les théologiens, au lieu de baser lentdistinction sur la nature du contrat, l'ont basée sur l'espèce des biens objets du prêt.

« Il en est de même du vice constaté par la science économique. L'usure a été condamnée par la révélation depuis Moïse jusqu'à nous, en même temps que quelques philosophes la condamnaient également

aux simples lumières de la raison- Lorsque la République juive se fut reconstituée après le décret de Cyrus qui rendait les Israélites à leur patrie, et i[uc Néhémias revintde la cour de Babylone exercer une inlluence si bienfaisante sur les assemblées, il y eut une convocation nationale, pour aviser aux moyens d'arrêter la misère qui obligeait le peuple à des plaintes amères : « Notre chair n'est-elle pas » semblable à celle des riches? Pour- » quoi sommes-nous réduits à cette » nécessité qui nous force même de » vendre nos enfants pour nous proo curer quelques ressources? » et Néhémias, voyant que le mal venait de ce qu'où n observait plus les prescriptions de la loi contre l'intérêt du capital, l'usage en ayant cessé durant la captivité chez les Assyriens, leur lit un discours dont le résumé est dans la déclaration suivante : « La » cause du mal c'est que vous faites » l'usure. » Et il lit voter par l'assemblée, non-seulement la renonciation à cet usage, niais encore l'abolition des dettes contractées par suite do l'usure et la reddition gratuite des objets mis engage II E&dras v). On sait que Jésus-Christ a détendu l'usure ; prêtez, a-fc-il dit, sans en rieit espérer ; et que l'Eglise n'a jamais cessé, dans ses conciles et par tous ses orateurs, de foudroyer l'usure comme un des plus grands maux de la société ; elle n'a jamais rien cédé du principe général et absolu qui dit qu'en tout état de cause, ce qu'on perçoit, vi mutui, en vertu seulement du prêt, est un vol. S'il y a des tolérances en pratique, relativement à l'intérêt légal, ce ne sont pas des concessions sur le principe, mais uniquement des appréciations sages de cas de conscience individuels qui obligent à admettre, en excuse, la nécessité où se trouve le citoj en d'une cité oii l'usure est consacrée, de faire comme les autres pour ne pas se trouver dans une position avoir son bien soutiré de toutes parts, sans pouvoir opposerdes compensations à son avantage, dette condamnation solennelle et persistante de l'usure par le Christianisme est le germe de l'organisation économique de l'avenir.

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« Enfin quant aux menons que la science propose, on les trouve encore en germe dans la révélation.

« Celui de la 1 législation contre l'usure est déjà mis enjeu, dans l'ordre sacré, depuis quatre mille ans; c'est ce qui résulte de ce que nous venons de dire. Moïse, dans son code théocratique, porte la défense de prêter quelque cliose que ce soit, moyennant intérêt, et il ajoute que tant que sa loi sera rigoureusement observée, il n'y aura pas de pauvres parmi son peuple ; c'est, en effet, ce que constate l'histoire; la misère ne vient que quand on se relâche dans l'observation de la loi, et alors les prophètes tels que David (ps. xiv ) et Ezéchiel (xvm, s'élèvent contre le vice qu'ils voient naître et faire des ravages. La législation ecclésiastique est purement religieuse, mais eu plus d'un point elle âevrail servir de modèle à la législation civile, et celui-là est au premier rang.

«Le deuxième moyen consiste dans a ne organisation qui rende nécessaire l'application de la loi par une concurrence écrasante faite aux usuriers, et qui amène les résultats désirés en paralysant, à tout moment, les effets de la rapacité du fort en appauvrissement du taible ; or, nous le trouvons encore en germe et dans l'organisation mosaïque et dans celle de la primitive Eglise. Moïse, pour ne pas manquer son but, prenait les grandes mesures etne craignait pas d'enchainerla liberté, lorsqu'il nepouvait faire autrement C'est ainsi qu'il en usa dans l'institution du jubilé. Il rendit toutes lesfortunes territoriales, résultant d'un égal partage entre les familles, inaliénables pourplus de cinquante ans. Comme les familles pullulent à peuprès également, en moyenne, si l'on prend des périodes indéfinies, c'était établir l'égalité des biens parle mode opposé à tout autre qui aurait eu pour résultat de nouveaux nivellements périodiques ou continus, avec cette seule différence que son institutionlui offrait plus de garanties d'exécution. C'est le plus grand trait de génie que présente l'histoire des législateurs. Maisqu'cst-ce|au fond que cette mesure, sinon une orga-

nisation d'assurance pour tout emprunt gratuit ? En vendant ses biens ou enles engageant pour des capitaux dont on avait besoin, on était sûr de les reprendre intacts au bout de cinquante ans et de se trouver, après ce terme, libéré de toute dette ; c'était le partage primitif qui recommençait comme le premier jour. On avait fait, durant la période, des échanges d'usage contre usage, mais jamais d'usage contre propriété réelle, ce qui produisait un résultat assez semblable à celui que produirait l'institution d'assurance dont nous avons parlé lequel consisterait à provoquer une circulation énorme par échange de capitaux contre capitaux, et à empêcher, en même temps, l'achat de rentes indéfinies avec des capitaux. Moïse fixa la propriété après répartissement originaire équitable ; c'était faire, par l'extrême opposé, ce que ferait une constitution qui mobiliserait réellement la propriété, en rendant l'usure impossible, et en forçant chacun de vivre sur son capital, avec cette différence, néanmoins, que, selon l'idée moderne, un capital acquis pourrait être entretenu ou augmenté par des productions continues soitmatérielles soit^ intellectuelles, soit morales, tandis que, selon la loi mosaïque, il y avait nécessairement rentrée de toute acquisition territoriale au bout de cinquante ans dans les mains des famillesprimitivement propriétaires. La seconde méthode nous parait beaucoup plus juste en théorie, parce qu'elle respecte davantage le travail, la propriété, la liberté, tous les droits, et qu'elle pousse d'avantage à la production, mais nous n'oserions dire, au point de vue pratique, qu'après avoir essayé de divers systèmes, la société ne se verra pas forcée d'en revenir à l'idée mosaïque, comme plus susceptible d'être sauvegardée dans son application, et plus simple à organiser.

La primitive Eglise respecta la liberté individuelle dans son communisme de charité; entrait qui voulait dans l'association, venait qui le voulait bien déposer son capital dans la caisse commune; la condition n'était pas exigée pour être chrétien ; mais qu'était-ce que cette communauté si-

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non une organisation d'assurance entre chrétiens contre le besoin? La caisse commune était là, non pas seulement pour subvenir aux nécessités de l'infirme et de l'incapable, mais surtout pour fournir gratuitement l'instrument de travail à celui qui ne demandait que cela pour pouvoir travailler; il est vrai que c'était aller beaucoup plus loin que la caisse d'assurance dont nous avons parlé, par cette raison que tuute la garantie exigée pour le prêt gratuit, était la profession de fui et de pratique chrétienne; la perfection de la société faisait de cette garantie une garantie solide, ce qui n'a plus lieu; il y avait aussi, de plus, la communauté de consommation, ce qui ne peut se reproduire qu'en petit, comme dans le couvent chrétien : il y avait enfinl'absencc deproportionnalilé,par le dévouement libre du riche qui donnait beaucoup plus et ne relirait pas des avantages plus grands ; c'était, en résultat, l'égalité de salaire, mesure très-charitable quand on s'y soumet librement, mais injustice monstrueuse rroandelle estobligatoire. Quoiqu'il en soit, toujours est-il que l'idée génératrice de la banque d'assurance était là. »

;' harmonies DELA RAISON ET DE LA FOI.

Art. sociales ( sciences )p. 1554.

Le Nom

ECHANGE (le libre) DES PRODUITS ET DES IDÉES. (Théol. mixt. scien.

social.) — Nous écrivions, en I806, dans nos harmonies de la raiso.n et de la. foi, le petit article suivant sur le libre échange international :

« La science judicieuse, et véritablement science, — nous entendons par là celle qui ne s'arrête pas aux faits accomplis, et qui s'appesantit sur ce qui doit être dans l'hypothèse des obstacles disparus --professe le principe du libre-échange ; et déjà plus d'une grande nation s'est lancée dans cette voie. La protection est la précaution du législateur pour le développement du peuple-enfant; mais elle devient sans raison et engendre mille atteintes à la liberté dès que le peuple parvient à l'âge viril ; la concurrence absolue et V échange libre de tous les produits sont alors le moyen

du bien-être et du grand progrès ; jusques-là ce ne sont que les langes du berceau.

« Or, le Christianisme se retrouve encore ici le premier sur la brèche; outre que nous voyons les plus grands hommes, tels que Fénélon, ne rien comprendre aux prohibitions et aux ceintures de douanes, assimiler le peuple, dans cet état, à des familles que la loi séquestrerait les unes des autres par une sorte de régime cellulaire, nou^ trouvons, dans les efforts triomphants de la propagande chrétienne, malgré les barrières élevées par les gouvernements contre Y échange et la circulation des idées, le germe et le modèle de la libre circulation des produits matériels; car toute liberté est dans toute liberté.

« Nous savons cependant que des défenseurs maladroits de la religion du Christ, après avoir demandé pour elle le libre-échange, quand elle avait besoin de lutter contre toutes les protections contraires, demandent pour elle, dès qu'elle devient puissante, la protection dont elle a su se passer dans sa faiblesse même ; mais leur parole n'est pas parole de l'évangile.

Quand un peuple a atteint l'âge de raison, ni ses idées ni ses produits ne doivent être protégés; la protection est un service de traître, ou de maître imbécile. » (harmonies de la raison et de la foi, Art. sociales (Sciences), p. 1368) .

Depuis que ces quelqueslignes furent écrites, ont paru la bulle quanta cura de 1804 avec le Syllabus, et ladéliuitiondu concile'du Vatican (1870). Ces décisions nouvelles de l'autorité romaine obligent-elles l'auteur d'un livre orthodoxe à corriger les idées de liberté d'un tel article ou d'autres semblables ?

En vertu des principes que nous avons posés dans nuire dissertation préliminaire sur le concile du Vatican, nous pouvons, d'abord, écarter plusieurs points.

Il s'agissait, à la fois, dans notre entrefilet, du libre-échange des produits du travail matériel et du libre-échange des idées, de nations à nations. Quant aux produits matériels, il est évident que la question est parfaitement en dehors de la condition de compétence

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de l'autorité religieuse déclarée par le concile : de fide vel moribus. Ni la foi ni la morale catholiques ne sont intéressées aux questions de douanes, ou de libre passage, entre nations, des produits commerciaux , indifférents aux doctrines et qui, par conséquent, ne sont pas des livres. L'évidence est là qui, de prime-abord, tranche le problème. Donc sur ce premier point, pas de difficulté.

Quant aux idées, mot qui implique les livres, il convient encore de distinguer entre les idées de science pure, d'art pur ou de pure industrie, et les idées de dogmatique ou de morale religieuse ; et nous devons dire des premières ce que nous venons de dire des produits; elles sont exclues, par leur définition même, des objets do l'inl'aillibité ecclésiastique et pontificale.

Restent donc seulement, pour être l'objet de la question posée, les idérs exprimées par la parole oupar les écrits, plus ou moins propagandistes de telle ou telle doctrine religieuse, soit considérée dans ses dogmes, soit considérée dans sa morale.

C'est là-dessus que nous entrons dans le vif.

Or, nous devons encore, sur ce point, faire une distinction : il peut s'agir de l'Église ; il peut s'agir de l'Etat.

S'il s'agit de l'Eglise, il est clair qu'il serait contraire à sa logique d'admettre le libre échange. Sa dogmatique et sa morale sont la vérité; il n'y a qu'une vérité; donc tout ce qui est contraire à sa dogmatique et à sa morale, est erreur ; donc ce serait, pour elle, abdiquer sa propre essence, renoncer à son autorité et à sa foi, que de tolérer l'introduction chez elle, de ce qui, en niant sa dogmatique et sa morale, la nie ellemême. L'Eglise ne saurait donc être tolérante sous ce rapport, et ne pas proscrire, par ses lois religieuses, tout ce qui représente un culte contraire au sien.

Toute religion agit, logiquement, en cela, comme lareligion catholique, sous peine de s'annihiler elle-même, et de se neutraliser par son propre fait. Aussi voyons-nous, dans le pré-

sent comme dans le passé, toutes les religions proscrire dogmatiquement et disciplinairement, les propagandes contraires à leur orthodoxie. Serait-il raisonnable de prétendre que l'Église catholique dût travailler elle-même à sa propre ruine^plutèt que les cultes infidèles, les cultes hérétiques ou les cultes schismatiques ? On ne peut pas plus reprocher aux êtres moraux qu'aux êtres physiques de veiller- à leur propre conservation, de se maintenir vivants, t

Là donc ne saurait être encore la difficulté.

Mais il peut s'agir de l'état considéré seul relativement à l'ordre humain qu'il est chargé d'entretenir.Or, une distinction est encore à faire :

que dira à l'Etat toute église officielle?

et que fera l'Etat pour le plus grand bonheur temporel, le seul dont il soit chargé, de tous ses sujets?

Sur la première question, la réponse est toujours la même. L'Eglise catholique et toute Église officielle tiendra aux États le même langage qu'aux particuliers. Irait-elle dire aux individus : professez le culte que vous voudrez professer, n'en professez aucun, si vous voulez n'enprofesser aucun! Mais ce serait signer son abdication, son arrêt de mort que de tenir un pareil langage ; et de le dire aux Etats, ne serait-ce pas commettre la même inconséquence contre sa propre logique, le même suicide contre sa propre vie? elle leur dira :

Moi seule, je suis la vérité, la voie et la vie; moi seule ai droit à vos protections, et j'ai ce droit sans cesse à l'exclusion de toutes mes rivales; si je me suis contentée d'une liberté égale pour tous lorsque j'étais nouvelle venue dans votre enceinte, c'est que je ne pouvais demander davantage ; il m'a bien fallu parfois endurer vos persécutions! Mais aujourd'hui qu'il m'est permis d'élever plus haut la voix/ je demande à être reconnue et proclamée par vous comme religion d'Etat, et la seule, parce que, seule, je suis la vérité.

Exiger de l'Eglise un autre langage, devant les Etats comme devant les individus, ce serait exiger qu'elle se donnât elle-même le coup de la mort.

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Aussi n'a-t-on jamais obtenu d'autre réponse de Yex cathedra pontitieal ou conciliaire ; et lesyllabus de 1 864 est-il venu dire, après Grégoire XVI et Pie IX, par ses propositions5Se,77 e , 7N°, et 79° :

« Non, moi Église, je ne dois pits être séparée de l'Etat, ni l'État séparé de l'Eglise. » (prop. 55 e .)

« Oui, la religion catholique doit, dans notre époque comme dans les époques précédentes, être considérée comme l'unique religion de L'Etat à l'exclusion de tous les autres cultes. »

(prop. 77 e .)

» Non, je ne puis pas louer les pays catholiques, où la loi a pourvu à ce qui' lesétrangers qui s'y rendent, y jouissent de l'exercice public de leurs cultes respectifs. » (prop. 78 e .)

» Oui la liberté civile de tous les cultes et le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes Mules de pensées et d'opinions, contribuent a corrompre les esprits et 1rs mœurs des peuples, etàpropager La peste de l'indifferentisme. » (jifip- 79 e .

Et vous n'obtiendrez jamais non seulementdel'Eglise catholique, mais de toute Eglise devenue puissante, un autre langage, parce qu'encore une fois, d'en tenir un autre serait de sa part proclamer implicitement toutes les religions également bonnes, et s'avouer pouvoir n'être pas la vérité religieuse.

Venons enfin à la dernière question : que feront les États pour le [dus grand bien-être temporel de leurs peuples, à titre d'Etats purs, auxquels s'adressent à la fois plusieurs Eglises en la manière que nous venons de le dire, et qui n'ont point, par l'essence même de leur autorité, le privilège de Yex cathedra pontifical pour dire à leurs sujets : Voilà celle qui ne ment pas.

C'est ici qu'est la vraie question.

Or, nous croyons pouvoir répondre, en suivant bien rigoureusement la logique que nous avons exposée dans notre dissertation préliminaire, que cette question peut être soutenue n'être pas une question de foi ni de morale religieuse, et partant se trouver en dehors de la compétence ec-

clésiastique à titre de question de politique pure, comme il y en a de science pure, d'esthétique pure, d'économique pure, de philosophie pure, d'histoire pure, etc.

Nous ne disons pas que la thèse opposée ne puisse être soutenue catnoliquement, nous disons seulement qu'à titre de théologien écrivant ce livre, nous n'oserions pas la soutenir, et, par conséquent, condamner comme se mettant en dehors du giron catholique ceux qui parleraient comme on parle dans ce qui nous reste à citer d'un autre article de nos Harmonies, toujours avec soumission du présent ouvrage à l'autorité romaine, si elle y trouve quelque chose à reprendre :

« Il s'agit de savoir si une société humaine, un état, à titre d'état, peut proscrire un prosélytisme religieux.

« Observons d'abord que, d'après ce qui vient d'être établi (1), il ne s'agit pas d'un prosélytisme d'immoralité contraire aux vérités de droit naturel reconnues par le genre bumain tout entier, et dont la violation mènerait à la désorganisation de l'univers social. Un tel posélytisme peut et doit être proscrit.

« Il ne s'agit que des divers cultes dans ce qu'ils ont de spécial, dans les déductions qui les différencient et dont un seulement, lorsque ces déductions sont véritablement contradictoires entre elles, peut posséder celles qui sont réellement logiques.

« Nous venons de reconnaître, comme vérité de raison et de catholicisme, que la société civile n'est pas juge de ces déductions, de ces différences.

« Donc elle ne peut proscrire un culte pour en protéger un autre', proscrire le prosélytisme de l'un pour favoriser l'extension d'un autre.

« La conséquence est rigoureuse.

Sortez, en effet, si vous le pouvez, du dilemme suivant :

« Ou elle s'attribuera le droit de faire la vérité religieuse, de la construire ; ou elle s'attribuera celui de

(1). On a établi, daQS ce qui précède, qu'il existe des vérités morales reconnues par tons les peuples, il >at le mépris réduit en actes, tels que l'assassinat, le vol, le viol, la calomnie etc., doit être poursuivi par les lois.

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la déclarer, de prononcer entre ce qui est erreur et ce qui est vérité en religion , ou elle déclinera toute compétence sur cotte matière.

« Si elle s'attribue le premier droit, elle est athée dans toute la force du mot; elle nie l'absolu, l'éternel; elle se fait Dieu, plus que Dieu, car Dieu ne fait pas la vérité, ne se faisant pas lui-même ; elle tombe dans la plus manifeste des contradictions, dans la plus profonde des absurdités ; et, en même temps, elle se coupe la gorge eu donnant à ebaoun de ses membres le droit qu'elle s'attribue.

«Si elle s'adjuge celui de déclarer la vérité religieuse, elle est logique dans sa conduite, en protégeant le culte qu'elle déclare être la vérité et en persécutant tous les autres. Mais la revendication par elle d'un pareil droit est, devant la théologie catholique, uni- usurpation et une tyrannie; nous l'avons reconnu (1). On'prouverait qu'il en est de même dcvjnt la raison.

« Si enfin elle se déclare incompétente sur le prononcé du jugement, elle sera logiquement obligée de ne proscrire aucun culte pour ne pas s'exposer ,i proscrire le bon; elle sera obligée, au contraire, de garantir à tous la même liberté, et d'assister, comme une puissance neutre, à leurs luttes pacifiques sur le terrain de l'argumentation et des bonnes œuvres, certaine, d'ailleurs, que la vraie religion triomphera toujours, si elle est absolument libre de ses mouvements sur l'arène, aussi bien que ses rivales.

^ « Votre dilemme, nous dira-t-on, n'est pas logique, il néglige une hypothèse ; celle où la puissance religieuse établie par le Christ est là parlant haut et décidant ce qui est l'erreur, ce qui est la vérité, par conséquent, ce qui est à protéger, ce qui est à proscrire.

« Nous répondons que notre dilemme est logique, et que c'est l'objection qui ne l'est pas.

(I) Il a été prouvé précédemment que la vérité religieuse, comme la vérité philosophique, scientifique et artistique, est en dehors des droits déclaratifs de la société civile constituée en gouvernement.

« L'hypothèse qu'on veut intercaler suppose la question relativement à la puissance civile, en tant que puissance civile; celle-ci, par son essence même, n'a aucun droit de décider quelle église est la véritable ; elle ne peut donc savoir à laquelle s'adresser, laquelle écouter pour persécuter avec connaissance de cause. Dire qu'elle s'adressera à une en particulier, c'est lui supposer une compétence de choix qu'elle n'a pas. Dire qu'elle s'adressera à toutes, c'est la lancer dans l'absurde et le contradictoire. Dire enfin qu'elle fermera les yeux sur toutes pour n'en protéger aucune, ou, ce qui revient au même, qu'elle ouvrira les yeux sur toutes pour les protéger toutes également, est le seul parti qui reste à prendre.

« Considérez le monde, beaucoup de sociétés civiles ont leur religion, leur église particulière, elles consulteront naturellement la leur, et il s'en suivra que l'extension de la vérité religieuse sera réduite aux chances des combats de la force brutale, à la merci des gros bataillons. Si la vérité réelle se trouve protégée par quelques Etats, elle sera persécutée par d'autres, et votre principe, outre qu'il aboutira logiquement à concéder à la puissance civile un droit de juger qu'elle n'a pas, fera germer sans cesse la plus affreuse des anarchies sociales, celle qui a pour aliment les haines de religion.

« Ce n'est pas tout: ce sera, ditesvous , l'Eglise véritable , l'autorité compétente qui désignera ce qui esta proscrire; maispourcela ilfaudra que cette autorité se prête à cette manœuvre, et nous retombons dans la dernière de nos propositions sur la puissance religieuse, par laquelle nous avons démontré, l'Evangile à la main, que défense a été faite par le Ch»ist à son église, non-seulement de persécuter par elle-même, mais encore d'appeler la vengeance matérielle des Etats contre ses ennemis, de la conseiller, de l'approuver, de l'accueillir (1).

(1) L'auteur pense avoir démontré, dans une proposition précédente, celte thèse par l'Évangile et par la tradition.

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« Elle n'ordonnera pas, dira-t-on, l'emploi du glaive, elle désignera seulement ce qui est erreur, ce qui est vérité, et la puissance politique fera le reste, de son propre mouvement, gardant sur soi toute la responsabilité.

« Mais outre que notre première raison fondamentale de l'incompétence de l'autorité civile pour décider quelle est la véritable Eglise, conserve toute sa force ; outre mie l'Eglise, n'ayant jamais tout délini, devrait être consultée sur chacune des questions nouvelles en particulier, avant que la proscription n'eût lieu et que, si elle se prêtait à ce manège, un esprit de bonne foi ne verrait pas une grande différence entre se mettre ainsi au service des gouvernements pour leur dire où frapper et prendre elle-même l'initiative, si ce n'est une sorte de lâcheté et d'hypocrisie; on doit conclure des défenses faites à l'Eglise par Jésus-Christ, de l'esprit qu'il a manifesté et communiqué à ses apôtres, des enseignements et de la pratique des plus grands hommes qu'ail enfantés 1 Evangile, enfin de la manière d'agir de l'Eglise en général dans les premiers siècles, et encore maintenant si on la juge avec impartialité, et non sur tel ou tel détail, que l'Eglise devra, en pareil cas, nuiiseulement ne pas se prêter à la persécution, mais encore la condamner et fermer sa porte aux persécuteurs comme saint Ambroise à Théodose.

« On voit que le cercle est fermé, que, de quelque côté qu'on se tourne, la persécution pour motif de religion est impossible en droit; et que le devoir essentiel des gouvernements est de laisser la vérité religieuse se développer librement par sa propre vertu comme la philosophie, la science et l'art.

« On dira peut-être encore : nous accordons que pour motif de foi, la persécution religieuse soit toujours illégitime et illicite ; mais en est-il de même quand elle est pratiquée comme mesure d'ordre public ?

« Oh ! raison satanique et impie !

il s'ensuivrait que les Césars auraient agi dans leur droit et accompli un devoir en martyrisant nos pères qui

semaient, dans leur empire, une doctrine et des idées incompatibles avec l'ordre social alors régnant, des idées qui devaient un jour, comme le prévoyait Julien, bouleverser cet ordrede fond en comble ; il s'ensuivrait que les empereurs de la Russie, de la Turquie, de la Chine, du Japon, auraient usé d'undroiten empêchant, de force, l'idée catholique de pénétrer dans leurs Etats parce qu'elle était bien, en toute conscience, un principe de mort pour l'organisation moscovite, mahométane, mandarine et japonaise.

« Non; l'ordre religieux est supérrieur à l'ordre civil, aussi bien cjue les rodresphilosophique, scientifique, artistique, industriel. L'ordre civil doit encourir les malheurs qui peuvent résulter de l'influence d'une vérité quelconque de ces ordres divers. Son devoir est de mourir résigné comme un condamné de la justice quand il ne peut vivre en harmonie avec eux.

11 doit, sa nature l'y oblige, laisser la vérité s'étendre d'elle-même, et, quand elle triomphe, se métamorphoser au plus vite pour se mettre en accord avec. elle. Telles sont les éventualités nécessaires de sa constitution ; il faut qu'il les subisse, de bon ou de mauvais gré, comme dos conséquences absolues de la hiérarchie des choses.

(harmonies de la raison et de la foi p. 946).

Nous croyons que cette thèse du libre échange ou de la libre circulation des idées, religieuses et autres, comme de celle des produits, en tant qu'isolée de la mission ecclésiastique, et appliquée uniquement aux diplomates et gouvernants de f'ordre humain, peut encore être soutenue depuis le Syllabus, et le peut mieux que jamais depuis le concile du Vatican, par un catholique ; attendu que son objet, ainsi réduitet dégagé, peut très-bien, ce nous semble, être considéré comme n'appartenant pointa la classe des objets qui doivent être qualifiés de fide vel moribw, et être ravi, par ce biais, aux compétences vaticanes de Yex cathedra.

Si nous nous trompons, dans notre appréciation de la rigueur catholique, on nous corrigera : mais si l'on nous corrige sur ce point on se mettra

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en opposition avec le mouvement universel de la politique moderne, que nous aurions à cœur de ne pas voir qualifierpar la théologie de mou-

f vement anticatholique, quant il met loyalement et sincèrement en réserve

L ce principe , toujours rappelé par I Pie IX dans les pièces officielles qui

! ont rapport à cette matière, que son libéralisme soit purifié de tout virus

I consistant à attribuer à l'état civil quelque droit d'ingérence dans l'ordre religieux. V. liuerté de consciente. Le Noir.

ECHAHD (Jacques) (thêol.hist. bioij.

et bibliog.) — Ce savant dominicain, auteur de l'ouvrage intitulé Scriptores ordinis Prsedicatorum, naquit à Rouen en 1644, et mourut en 1724. « Ce fut dit M. Schrôdl, le Père Jac. Quiétif frui rassembla la plupart des matériaux nécessaires à l'ouvrage qui vient d'être mentionné. Il consiste en deux vol. in-folio, dont le premier parut en 1710, le second en 1721, à Paris, sous le nom de ces deux Pères, et fait l'histoire de tous les Frères prêcheurs qui, depuis l'origine de l'ordre, ont composé un livre quelconque. Ce travail consciencieux, dont les jugements sont sains, la critique sage, qui est écrit en bon latin, et qui embrasse toute l'histoire littéraire de l'ordre, quoique de temps à autre il manque un nom important, obtint un grand succès dans le monde savant lors de son apparition, et il a conservé une grande autorité. »

Le .Noir.

ECK. (Jean) [Théol. hist. biog. et bibliog). — Ce premier et grand adversaire des réformateurs duxvi e siècle naquit à Eck, en Souabe, l'an i486, et mourut à Ingolstad,en 1543.

Il se nommait réellement Jean Mayer.

Professeur de théologie pendant trente deux ans à Ingolstad, il se rendit très célèbre pas ses conférences publiques avecleschefsdelaréforme,étantd'une grande habileté dans la discussion.

Voici ce que dit M. Schrôdl de sa vie active et de ses écrits :

« Les tentatives faites pour introduire furtivemefit le nouvel Evangile dans l'université d'Ingolstadtn'avaient

pas manqué. Arsace Seehofer, entre autres, qui était un des professeurs de belles-lettres et de philosophie de cette université, avait agi dans ce sens, et déterminé par ses menées Eck à écrire un livre contre lui. Eue femme intrigante et enthousiaste , éprise des innovations de Luther, Argula de Grumbach, adressa, en faveur de Seehofer et du luthéranisme, diverses lettres aux ducs de Bavière et aux magistrats d'Ingolstadt, et provoqua toute la faculté de théologie et Eck à une conférence religieuse. Eck répondit en envoyant à la présomptueuse polémiste uu rouet et une quenouille. 11 s'efforçait, de concert avec d'autres savants, parmi lesquels se distinguait le chancelier Léonard i'Eck, de maintenir la foi catholique en Bavière, et les ducs de Bavière, tout dévoués à la cause de l'Église, recouraient, dans toutes les affaires religieuses, aux lumières, aux conseils et au concours d'Eck...

« En 1 i>37 Eck lit paraître à Ingolstadt sa traduction allemande de la sainte Ecriture, entreprise à la demande des princes de Bavière, pour être opposée à la version de Luther, strictement défendue dans le pays. En 1350 il en publia une nouvelle édition améliorée. Mais bientôt son influence s'étendit plus au loin...

« En 11118, Eck convint, à Augsbourg, avec Luther, que l'année suivante ils auraient une conférence publique avec Carlostadt à Leipzig. Eck obtint une autorisation du Pape pour cette solennelle discussion .comme on le voit dans sa remarquable lettre au cardinal Contarini (1). La conférence dura depuis le '27 juin jusqu'au 10 juillet. Carlostadt et Luther entrèrent personnellement en lice contre lui.

La victoire resta ouvertement au docteur Eck, qui démontra la relation des erreurs des Ilussites avec celles de Luther, lequel ne se cachait plus pour nier l'institution divine de la primauté du Pape et l'autorité canonique de l'épitre de S. Jacques. Cette conférence eut pour résultat de gagner à jamais à la cause de l'Église George, duede Saxe, d'ouvrir les yeux

(1) RxynaM, Annal., ann. KJ40, a. 6.

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à beaucoup de catholiques ébranlée et éblouis jusqu'alors, et, comme Huss et les Ilussitcs étaient alors fort décriés dans toute l'Allemagne, c'en eût été fait de la tentative de Luther si on n'avait pas manqué le vrai moment, ainsi mie Eck s'en plaint dans sa lettre à Contarini, et si tant est qu'on eût pu jamais y remédier.

Eck, appelé par le pape LénnX(l), se rendit à Home en l. : i'J(), remit au Saint-Père son nouvel écrit sur la primauté de S. Pierre, le rendit attentif aux dangers qui menaçaient l'Église d'Allemagne, et obtint une bulle qui rejetait quarante et une propositions de Luther et menaçait l'auteur de l'excommunication dans le cas où il ne se rétracterait pas. lin outre le Pape donna à Eck la qualité de nonce apostolique, le chargea de publier et de faire exécuter la bulle ; mais Eck rencontra partout, en Allemagne, de nombreux obstacles à l'accomplissement de sa mission, même de la part de certains évêques, qui voyaient tranquillement de mauvais prêtres et de méchants moines, engraissés de la substance de l'Église et des pauvres, ravir au peuple sa foi et ses espérances

« Aux occupations publiques Eck joignait des voyages fréquents, une correspondance multipliée et suivie, et la composition de divers écrits qui défendaient la foi et réfutaient les nouvelles erreurs. On distingue parmi ces nombreux travaux ses Srrmons, son livre delà Primauté, ses Loti communes, ses Lettres, ses Relations des Conférences religieuses. C'est ainsi que le nom à'Ech devint célèbre dans l'Allemagne et dans toute la catholicité. L'empereur et le Pape le consultaient dans toutes les affaires concernant la religion. Paul III le chargea de travaux préparatoires pour le concile universel qui allait se réunir.

11 rendit aussi de vrais services à la Suisse catholique dans le colloque religieux de Baden, en 1526, où il se trouva en face d'( N.'colampade, et dans plusieurs écrits adressés aux confédérés contre Zwingle. Les évèques de Danemark eux-mêmes eu-

(I) Voy. la Lettre d'Eck à Contarini.

rent recours à Ech, en l'invitant, ainsi que Cochlffius, à venir au secours de la religion catholique chancelante dans ce royaume. Lorsqu'on 1325£cA se rendit dans les Pays-Bas et en Angleterre, Henri VIII le reçut avec de.

grands honneurs.

« Les partisans du nouvel évangile reprochaient à l'infatigable adversaire qu'ils retrouvaient partout d'aimer les disputes, d'être orgueilleux, plein de jactance, trivial, buveur, débauché et avare ; mais des satires sans vérité, des médisances sans preuves, répandues dans le monde par ceux qui entouraient d'une auréole de sainteté l'auteur des Propos de table, ne peuvent porter atteinte au caractère d'Eck et ne sont qu'une démonstration de plus de son activité, de son talent et de son influence. En effet, sauf la philologie, Eck égalait en tout et surpassait en beaucoup de choses le savoir des réformateurs. Sans s'inquiéter des attaques incessantes et calomnieuses de ses adversaires, Eck, dédaignant les hautes charges et les dignités qui lui étaient offertes ou auxquelles il aurait pu facilement parvenir, voua sa vie entière à la défense de la vérité catholique. Toujours probe, franc, loyal, souvent âpre et dur, parfois jovial ; ne ménageant pas plus ses amis en faute que ses ennemis ; blâmant avec vigueur les désordres et les abus de l'hglise catholique; éloigné de toute superstition, de toute exagération dans l'appréciation des bonnes œuvres, il insista toute sa vie, en respectant la substance de la foi catholique, sur la nécessité d'une véritable réforme de l'Église dans son chef et ses membres. » Le Nom

ECKHART (maître), ou AIKART, EYCART, ECCARD, ECHART, EK- IIAHD. (Tlirol. hist. biog. et bibliog.) Ce célèbre scolastique, aux doctrines étranges, mais plus étranges peutêtre par l'expression que par le fond, naquit, en Saxe dit-on, dans la seconde moitié du XIII siècle, fut professeur à Paris, devint docteur en théologie à Rome sous Boniface VIII, puis provincial des Dominicains Saxons, et ne fut l'objet d'une condam-

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nation papale qu'après sa mort qui arriva avant 1329, date de la bulle qui le condamna. Voici ce que dit M. Schrôdl de ce mystique chrétien qui rappelle assez bien, doctrinalement, les mystiques du bouddhisme et du brahmanisme.

« Trithémius (I) le dépeint comme un homme très-versé dans la connaissance de l'Écriture et de la philosophie aristotélicienne, éloquent, d'un esprit subtil, profond et rare, toutes les fois qu'il reste dans la voie catholique, mais trop souvent entaché d'erreurs, par suite d'une extrême condescendance pour la philosophie, et, contre l'habitude des théologiens, introduisant partout une nouvelle terminologie à son usage.

« Les erreurs H'Eckhart, avant d'avoir été portées devant le pape Jean XXII, a^ aienl été l'objet d'une enquête de la part de Henri, archevêque de Cologne (1305—1323). L'aflaire fut ensuite soumise au jugement du Saint-Siège, examinée par de nombreux docteurs, par les cardinaux, et en dernier heu par le Pape lui-même, et il résulta de cette double instruction et des propres aveux d'Eckhart qu'il avait prêché, écrit, enseigné maintes propositionshérétiques quant à l'expression et au sens, d'autres prépositions malsonnantes, téméraires, suspectes d'hérésie, quoiqu'elles pussent avoir un sens catholique moyennant les explications et les additions nécessaires, cwn multis v.rpositionibus et suppletionibus (2). 11 y avait en tout vingt-six ou vingt-huit articles condamnés, dont dix-sept étaient désignés comme hérétiques, les autres malsonnants, téméraires et suspects d'hérésie. Le point capital de ces erreurs était un mysticisme exagéré qui aboutissait au panthéisme et au quiétisme, annulait, à force d'explications allégoriques de l'Écriture et des dogmes, toute différence entre Dieu et l'homme, le créateur et la créature, le Christ et le Chrétien régénéré, le bien et le mal, et pla-

(1) fie Script, ceci. u. 337.

(2) Bulle de condamnation des hérésies d'Eckhart, dans Ravuald, Annal., ad ann. 1329, et dans Hartzheim, Conciles allemands, Cologne, 1761, t. IV, p. 631, etc.

çait la plus haute perfection de l'Ame dans le renoncement complet au bien, à Dieu et à la vie éternelle, et dans une absorption absolue de la volonté humaine par la volonté divine. Ainsi parmi les propositions condamnées on lit les suivantes :

« Nous serons totalement changés et transformés en Dieu, de la même manière que, dans le Sacrement, le pain est transformé au corps du Christ.

— Ce que l'Ecriture sainte dit du Christ se vérifie complètement dans chaque homme voué au bien et à Dieu. Ce qui est propre à la nature divine est propre à l'homme juste et divin, qui tait ce que Dieu fait, qui a créé avec Dieu le ciel et la terre, qui avec lui a engendré le Verbe éternel, et sans lequel Dieu ne saurait rien créer. — Celui qui ne recherche en rien l'honneur, l'intérêt, la dévotion, Iasaintetê, la récompense, le royaume céleste, et qui renonce à tout ce qui est terrestre, celui-là adore Dieu. = Puisque Dieu a voulu d'une certaine façon que j'aie péché, je ne voudrais pas ne pas avoir péché, et c'est en cela que consiste le vrai repentir, etc. »

Eckhart fut le premier qui se servit de la langue vulgaire, qui était pour lui la langue allemande, pour expliquer la métaphysique et la théologie.

La bulle qui le comdamna après sa mort, constate que Eckhart, avant de mourir , avait soumis tous ses écrits au siège apostolique.

Trithémius donne une longue nomenclature des écrits et discours A' Eckhart, mais il n'en a été imprimé jusques dans ces derniers temps que des fragments. Pfeiffer, l'éditeur des mystiques allemands du .V1V°. siècle, devait, il y a une quinzaine d'années, publier, les œuvres de cet homme célèbre , publication intéressante et curieuse ; nous ne savons s'il l'a fait. Le Nom.

ECKHART (Jean-George) (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Cet historiographe célèbre naquit à lluingen en 1674, publia de bonne heure îles poésies latines et allemandes, se livra à une étude approfondie des classiques, de la diplomatique et de l'histoire, fut le secrétaire de Leibnitz

de i (»08 à 1702, publia, en collaboration avec lui, le journal mensuel dos livres nouveaux, obtint par lui la chaire d'histoire d'Ilelmstadt, fut nommé en 171 k historiographe du duché de Brunswick, puis, en 1716, après la mort du célèbre philosophe, conseiller aulique et bibliothécaire de Hanovre. Enfin en 1724, il quitta cette ville et embrassa le catholicisme à Cologne. Voici l'épitaphe qu'on lit dans la préface de ses commentaires de liilms Francis orientalis : « Quelque mépris cm'Eckhart eut dans sa jeunesse pour la foi catholique, il devint évident à ses yeux, par Uûe étude assidue de l'histoire, que la foi catholique est la foi véritable. » Il mourut à Wurzbourg en 1730.

« Ses nombreux ouvrages, dit M. Schrôdl, obtinrent l'admiration de ses contemporains. Le Pape, l'empereur, les rois et les princes le comblèrent, d'honneurs; l'empereur l'ennoblit; il était en correspondance avec toute l'Europe savante. On tri une un catalogue de ses écrits dans Iselin, Lexique des Savants ; nous y distinguons : Corpus historicorum medii sévi, t. II, Lipsiœ, 1723; Commentarii de rébus Francis orientalis et episcopatus Wirceburgensis, t. II, Wirce- Durgi, 1729. » Le Nom.

ÉCLAIR (l') FIXÉ A L'ETAT SI'IIK- ROIDAL. [Thêol. mixt. scien. vhys.) — Il n'est personne qui n'ait entendu raconter qu'on avait vu le tonnerre entrer dans une pièce sous la forme d'un globe de feu, se promener, paraître chercher quelque chose, puis sortir parfois soit par la cheminée soit autrement, soit même en traversant les murailles, et d'autres fois éclater avec une détonation lerrible

qui laissait après elle des effets étranges, tels que tous les clous d'un soulier fondus sans que le, cuir fût endommagé, ou des catastrophes telles que la mort foudroyante d'un individu. On a toujours raconté de ces sortes de choses dans le public, et les physiciens, avec leur théorie des deux fluides, des attractions et des répulsions, des substances conductrices et de la recombinaison en fluide neutre au moyen d'une décharge à travers

les corps non conducteurs, ont expliqué tant bien que mal, mais trèsingénieusement, il fautle reconnaître, la plupart de ces merveilleux effets.

Mais ce dont il n'ont pas même présenté une explication bonne ou mauvaise, c'est cette sorte de lixation de l'éclair en un globe lumineux précédant plus ou moins longtemps la détonation. Cependant le fait est avéré et même assez commun. Dernièrement encore un rapport lu à l'Académie des sciences constatait un phénomène tout pareil récemmentarrivé. .

La personne avait vu elle-même le globe de feu ; il était de la grosseur d'une orange, s'était promené dans toute la pièce, avait flairé les pieds du témoin qui s'était bien gardé de toucher ,'i celte sorte de bombe naturelle, et, en iin de compte, après un temps très-notable, était allô éclater vers la cheminée avec une épouvantable explosion, mais heureusement cette fois n'avait fait de mal à personne. Au reste, citons un petit article sommaire, sous le titre tonnerre nouveau, parlequel M. Victor Meunier, très-connu comme vulgarisateur scientilique, -,\ résumé les faits récents à' éclairs globulaires :

u Les physiciens distinguent trois classes d'éclairs dont une, ï éclair en boule, a depuis si peu de temps fixé leur attention, que la place qui lui est faite dans la notice d'Arago sur le tonnerre est un des traits caractéristiques de cette notice (1).

« Un simple fait d'observation, bien choisi, dira mieux que toute autre chose de quoi il s'agit:

{I) Les deux mitre» espèces d'éclfirs sont les éclairs sinueux ou eu zig-zag, et les éclairs en masse qui consistent dans nnu illumination générale un iiel ; il est probable qn*» les seconda, parmi lesgaell il faut ranger ce qu'on appelle les éclairs île chaleur, ne différent des premiers que parce que les images on l'état dt. ciel cachent le point de départ de l'éclair. Le professeur Hichmain, faisant à Saint-Pétersbourg, en 1753, (les expériences sur l'électricité de l'atmosphère, avec une barre de fer très-lnmte, comme Franklin avec ses cerfs-volants, fût tué par une étincelle que le graveur qui l'assistait vit et dit avoir la forme d'une boule. Ces sortes d'éclairs qui tombent du ciel comme des b nies de feu, grosses à peu près comme de belles orange-, et rebondissent à terre avant d'éclater comme des balles élastiques, sont connus depuis trés-lonytLMiips, mais non expliqués.

La Noir.

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« Au troisième étage d'une maison située rue Saint-Jacques, un tailleur assis devant sa table achevait de prendre son repas, quand, un assez fort coup de tonnerre ayant retenti, le paravent qui fermait la cheminée s'abattit, et un globe de feu gros commela tète d'un enfant entra tout doucement daus la chambre et s'y promena lentement, à une petite distance du parquet qui était carrelé.

D'api es la relation que nous avons sous les yeux, cet inquiétant visiteur était plutôt « brillant et lumineux que chaud et enflammé. »

• Le témoin n'éprouva aucune sensation de chaleur. Le globe s'approcha de ses pieds comme un chat qui veut se frotter aux jambes et resta là quelques secondes. Penché en avant, il l'examinait attentivement , évitant avec soin son contact. Enfin, le météore s'éleva verticalement, et l'observateur dut se renverser sur sa chaise pour n'être pas touché au visage. A la hauteur d'un mètre, le globe s allongea un peu, se dirigea obliquement \ers un trou percé dans la cheminée et recouvert d'une feuille de papier, détacha cepapier sans l'endommager, remonta lentement la cheminée et, arrivé au sommet, éclata avec un fracas terrible.

« Tel est le tonnerre ou plutôt Yéclair en boule. Forme sphéiique,, lenteur des mouvements (au lieu de cette vitesse proverbiale de l'éclair), absence de chaleur, indifférence pour les conducteurs métalliques, une sorte de répulsion pour la surface îles corps voisins : tels sont les caractères de ce genre d'éclairs. Voilà, il faut en convenir, une foudre d'une nature bien particulière. Nous n'en connaissons cependant pas encore toutes les singularités, comme on le voit par une lettre que l'Académie Vient de recevoir de M. Emile Prudent, lettre relative àun violent orage quia éclaté à Troyes le 26 du mois dernier.

« Jusqu'ici, tous les cas de foudre globulaire enregistrés se sont terminés, comme le précédent, par une « explosion épouvantable » . Ils avaient ceci de commun avec ces projectiles ci'eux qui nous sont devenus

si familiers: une première détonation en annonçait l'arrivée, une autre détonnation en annonçait la lin. Or, dans cet orage du 2(i, où les éclairs en boule, ordinairement rares, ont justement été fréquents, tous ces éclairs se sont éteints silencieusement.

« C'est d'abord un globe de feu de la grosseur d'une orange qui, après un coupdfttonnerrecomparable pour la violence à la décharge simultanée de plusieurs pièces d'artillerie, entre dans un magasin, le parcourt, en sort, y rentre de nouveau, et enfin disparaît sans bruit, mais non sans laisser de traces ; car le dessin d'un store qui s'était trouvé sur son passage se trouve imprimé, avec toute la finesse d'une œuvre photographique, sur le plafond du magasin.

« C'est ensuite un autre globe dont l'apparition, observée par deux jeunes gens qui se trouvaient sur une terrasse, suivit, comme daus le cas précédent, un formidable coup de tonnerre ; violemment repoussés, non blessés par la décharge, ces jeunes gens purent voirie globe cheminer lentement, puis éclater sans bruit en projetant autour de lui une abondante pluie de feu.

« Citons encore un globe qui parcourut une rue de la ville en se tenant à peu de distance du sol. Ce globe , qui s'était annoncé aussi bruyamment que les autres, disparut non moins discrètement qu'eux.

« Ces faits suffisent. M. Dumas a remarqué à cette occasion que les cas de foudre globulaire paraissent être cette année plus communs qu'à l'ordinaire. Le département de la planche a été particulièrement favorisé, si faveur il y a.

« N'est-il pas bien curieux que cette classe d'éclairs n'ait fixé que depuis si peu de temps l'attention des physiciens et qu'il ait fallu venir jusqu'au 26 juillet dernier pourlui reconnaître le caractère sur lequel on vient d'insister. Est-ce l'observation qui a été tardive ou le phénomène qui est récent ? »

Nous avons qualifié le phénomène dont il est question d'éclair fixé àl'état sphéroldal ; en voici la raison :

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Une foule de faits natmels, durit les uns sont inexpliqués et dont les autres peuvent admettre des explications directes plus ou moins satisfaisantes, qui pourraient peut être aider à les expliquer tous, ont pour caractère commun lasphéroïdicitédu corps sur lequel porte le phénomène. Les astres ont tous une forme plus ou moins exactement sphéroïdale; les gouttes di! pluie et de rosée sontsphériques; les liquides, si on descend à leurs éléments, se composent de sphères microscopiques, et il en est de même des solides et des gaz; les cellules des tissus organiques, végétaux et animaux, seraient exactement sphériqucs ou ellipsoïdales, si le tassement des unes contre les autres ne les rendait polyédriques comme les alvéoles des abeilles; non-seulement les œufs des oiseaux et des reptiles sont sphériques, mais tous les germes du règne animal et du règne végétal oui celle forme ; si un Injurie entre en ébullition,cesonl desglobules de vapeur qui se forment dans la masse et qui s'en échappent ; m l'on décompose l'eau par la pile, ce soûl des globules d'hydrogène et des globules d'oxygène qui vont à chacun des pôles ; les bolides, avant qu'il ne détonnent et s'anéantissent, sont sphériques ; les étoiles niantes paraissent l'être aussi; les

feuxi[ Saint-Elme, également, avant qu'ils ne s'allongent pour s'évanouir:

si l'on jette de l eau sur un fer trèschaud, cette eau prend la forme de gouttelettes arrondies qui roulent sur la surface avant de se vaporiser et qui semblent lutter, sous cette forme, contre le calorique ardent, phénomène inexpliqué jusqu'à ce jour aussi bien que IV rliiir qui nous a conduits à rappeler tous ces faits des corps à l'état sphéroidal. Nous pourrions en énumérer beaucoup d'autres; tout est spliérique dans la nature et l'est d'autant plus que l'on s'élève plus haut vers les sphères célestes ou qu'on descend plus lias vers les éléments des êtres matériels.

Devant l'éclair fixé à l'état sphéroidal, qui a été décrit, n'y aurait-il pas lieu île rappeler toutes ces choses, et en particulier l'état sphéroidal des gouttelettes d'eau sur le fer rouge ?

La boule lumineuse ne serait-elle point une sorte de bouteille de Leyde naturelle dont l'enveloppe serait formée par une couche de gaz isolante, autour de laquelle se ferait une recomposition lenle d'une portion des tluides comme à la pointe d'un paratonnerre; et la gouttelette d'eau sur le fer chaud ne serait-elle pas, elle-même, un petit corps électrique dont l'électrisation serait produite par la chaleur?

Mais sans essayer de rendre compte d'une manière directe et scientifique des phénomènes en particulier, allons immédiatement à une cause générale plus profonde. L'état sphéiroïdalestun fait général qui trouve sa raison d'être dans l'attraction newtonnienne ; qu'il s'agisse de solides, de liquides ou de gaz, qu'il s'agisse de grands corps ou de petits, qu'il s'agisse même de matières pondérables ou de lluides impondérables, cette attraction les porte à concentrer leurs éléments autour d'un centre et à former le sphéroïde, l'ellipsoïde, ou quelque variante de ces figures.

Et cette attraction n'est elle-même qu'un phénomène qui naît d'une loi plus générale encore, laquelle embrasse les êtres moraux comme les êtres physiques. C'est un instinct de concentration en soi, de personnification, que Dieu a mis dans toute créature; le corps se forme en sphère, se concentre, se ramasse en lui-même par une tendance que l'on appellera si l'on veut l'affinité moléculaire ou l'attraction selon qu'il sera grand ou petit, mais qui n'est, au fond, qu'un instinct comme celui du limaçonde se retirer dans sa coquille, comme celuidu hérisson de s'enrouler dans sa cuirasse,comme celui de la famille humaine de former cercle autour de son père, comme celui de toutes les créatures de former le grand chœur autour de l'être primitif et suprême.

Tout est soumis aux mêmes lois générales; et la première de ces lois, c'est la loi de l'amour qui fait tous les groupes, les agglomère autour de centres communs, et qui est attraction aveugle chez certains êtres, végétationchez d'autres, vie chez d'autres, âme intelligente chez d'autres, et chez tous instinct venu de Dieu. Le Nom.

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ÉCLECTIQUES, philosophes du troisième et du quatrième siècle de l'Eglise, ainsi nommés du grec éxTvs'yw, je choisis, parce qu'ils choisissaient les opinions qui leur paraissaient les meilleures dans les différentes sectes de philosophie, sans s'attacher à aucune école ; ils furent aussi nommés nouveaux platoniciens , parce qu'ils suivaient en beaucoup de choses les sentiments de Platon. Plotin, Porphyre, Jamblique, Maxime, Eunape, l'empereur Julien, etc., étaient de ce nombre. Tous furent ennemis du Christianisme, et la plupart employèrent leur crédit à souffler le feu de la persécution contre les chrétiens.

Le tableau d'imagination que nos littérateurs modernes ont tracé de cette Becte, les impostures qu'ils y ont mêlées, les calomnies qu'ils ont hasardées a cette occasion contre les Pères de l'Eglise, ont été solidement réfutées dans ['Histoire critique de l'Eclectisme, en 2 volumes wi-12, qui a paru en I 7,'iii.

11 ne nous parait pas fort nécessaire d'examiner en détail tout ce que Mosheim, dans son Histoire chrétienne, 2° siècle, S 26, et Brucker, dans son Hist. cri t. île la philos., tome 2, ont dit du célèbre Ammonius Saccas, qui passe pour avoir été le fondateur de la philosophie éclectique dans l'école d'Alexandrie. Ce philosophe a-t-il été constamment attaché au Christianisme ou déserteur de la foi ; chrétien à l'extériei r, et païen, dans le cœur ? Y a-t-il eu deux Ammonius, l'un chrétien et l'autre païen, que l'on a confondus? A-t-il enseigné tout ce que ses disciples ont écrit dans la suite, ou ont-ils changé sa doctrine en plusieurs choses? A-t-il puisé ses dogmes chez les Orientaux, ou dans les écrits des philosophes grecs?

Toutes ces questions ne nous paraissent pas aussi importantes qu'à ces deux savants critiques protestants ; et, malgré toute leur érudition, ils n'ont rassemblé sur tout cela que des conjectures. Nous ferons même voir qu'ils les ont poussées trop loin, lorsqu'ils ont voulu prouver que la philosophie éclectique où le nouveau platonisme, introduit dans l'Eglise par les Pères, a changé en plusieurs

choses la doctrine et la morale des apôtres ; c'est une calomnie que Mosheim s'est attaché à prouver dans sa dissertation De turbata per recentiores platonicos Ecclesia, mais que nous aurons soin de réfuter. Voyez Platonisme et Pères de l'Eglise.

Il semble que Dieu ait permisles égarements des éclectiques pour couvrir de confusion les partisans de la philosophie incrédule. On ne peut pas s'empêcher de faire à ce» sujet plusieurs remarques importantes, en lisant l'histoire que Brucker en a faite, et que nos littérateurs ont travestie.

1° Loin de vouloir adopter le dogme de l'unité de Dieu, enseigné et professé par les chrétiens, les électiques lirenttout leur possible pour l'étouffer, pour fonder le polythéisme et 1 idolâtrie sur des raisonnements philosophiques, pour accréditer le système de Platon. A la vérité, ils admirent un Dieu suprême, duquel tous les esprits étaient sortis par émanation, mais ils prétendirent que ce Dieu, plongé dans une oisiveté absolue, avait laissé à des génies ou esprits inférieurs, le soin de former et de gouverner le inonde ; que c'était à eux que le culte devait être adressé, et non au Dieu suprême. Or, de quoi sert un Dieu sans providence, qui ne se mêle de rien, et auquel nous n'avons point de culte à rendre ? Par là nous voyons la fausseté de ce qui a été soutenu par plusieurs philosophes modernes, savoir, que le culte rendu aux dieux inférieurs se rapportait au Dieu suprême.

2° Brucker fait voir que les éclectitiques avaient joint la théologie du paganisme à la philosophie, par un motif d'ambition et d'intérêt, pour s'attribuer tout le crédit et tous les avantages que procuraient l'une et l'autre. La première source de leur haine contre le Christianisme fut la jalousie ; les chrétiens mettaient au grand jour l'absurdité du système des éclectiques, la fausseté de leurs raisonnements, la ruse de leur conduite ; comment ceux-ci le leur auraient-ils pardonné ? Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient excité, tant qu'ils ont pu, la cruauté des persécuteurs;

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saint Justin fut livré au supplice sur les accusations d'un philosophe nommé Crescent, qui en voulait aussi à Taticn, Tatiani Ornt., n" 19. Lactance se plaint de la haine de deux philosophes de son temps, qu'il ne nomme pas, mais que l'on croit être Porphyre et Hiéroclès. In.st.diri.il. ,\. .'i,c. 2.

3° Pour venir à bout de leurs projets, ils n'épargnèrent ni les fourberies ni le mensonge. Comme ils ne pouvaient nier les miracles de Jésus- Christ, ils les attribuèrent à la théurgie ou à la magie, dont ils faisaient eux-mêmes profession. Ils dirent que Jésus avait été un philosophe théurgiste qui pensait comme eux, mais que les chrétiens avaient défiguré et changé sa doctrine. Ils attribuèrent des miracles à Pythagore, à Apollonius de Tyane, à Plotin ; ils se vantèrent d'en faire eux-mêmes par la théurgie. On sait jusqu'à quel excès Julien s'entêta de cet art odieux, et à quels sacrilic.es abominables cette erreur donna lieu. Les apologistes inèmes de l'éclectisme n'ont pas osé en disconvenir.

4° Ces philosophes usèrent du même artilice pour effacer l'impression que pouvaient faire les vertus de Jésin- Chiist et de ses disciples .- ils attribuèrent des vertus héroïques aux philosophes qui les avaient précédés, et s'efforcèrent de persuader que c'étaient des saints. Ils supposèrent de faux ouvrages sous les noms d'Hermès, d'Orphée, de Zoroastre, etc., et y mirent leur doctrine, atin de faire croire qu'elle était fort ancienne et qu'elle avait été suivie par les plus grands hommes de l'antiquité.

5° Comme la morale pure et sublime du Christianisme suhj liguait les esprits et gagnait les cœurs, les éclectiques tirent parade de la morale austère des stoïciens, et la vantèrent dans leurs ouvrages. De là les livres de Porphyre suri' abstinence, oùl'on croit entendre parler un solitaire de la ïhébaïde, la Vie de Pythagore par Jamhlique, les Commentaires de Simplicius sur Epictéte, d'Hiéroclès sur les vers dores, etc. Voyez Brucker, Hist. de la Philos., tom. 2, p. 370, 380, tome G, Appendix, pag. 361.

Ceux qui voudront faire le parallèle

de la conduite des éclectiques avec celle de nos philosophes modernes, y trouveront une ressemblance parfaite.

Si l'on excepte les faux miracles et la magie, dont ces derniers n'ont pas fait usage, ils n'ont négligé aucun des autres moyens de séduction. Quand on n'a pas lu l'histoire, on s'imagine que le Christianisme n'a jamais essuyé des attaques aussi terribles qu'aujourd'hui : l'on se trompe; ce que nous voyons n'est que la répétition de ce qui s'est passé au quatrième siècle de l'Eglise.

fi° Plusieurs d'entre les philosophes qui embrassrèent le Christianisme, ne le firent p'as de bonne foi ; ils y portèrent leur caractère fourbe etleur esprit faux. Ils voulurent accommoder la croyance chrétienne avec leurs systèmes de philosophie. Les savants ont remarqué que les éons des valentiniens et des différentes branches de gnostiques, n'étaient rien autre chose que les intelligences ou génies forgés par les platoniciens ou les éclectiques.

Nous n'avouerons pas néanmoins ce que prétendent Brucker, Mosheim et d'autres critiques protestants, qui paraissent trop enclins à favoriser [es sociniens. Ils disent que les éclectiques, même sincèrement convertis, tels que saint Justin Athénagore, Ilermias, Origène, saint Clément d'Alexandrie, etc., ont porté leurs idées philosophiques dansla théologie chrétienne. Jusqu'à présent, nous ne voyons pas quel dogme de Véelectisme a passé dans notre symbole, nous voyons au contraire les Pères, dont nous venons de parler, très-attentifs à réfuter les philosophes, sans faire plus de grâce aux platoniciens qu'aux autres.

Quand il serait vrai que toutes les erreurs attribuées à Origène sont nées de la philosophie éclectique, que s'ensuivrait-il? Ces erreurs n'ont jamais fait partie delà théologie chrétienne, puisqu'elles ont été réfutées et condamnées. Les trouve-t-on dans les écrits des autres Pères qui ont vécu du temps d'Origène, ou immédiatement après lui?

Lorsque Brucker veut nous persuader que la manière dont Origène a

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conçu le mystère de la Sainte-Trinité, et ce qu'il dit du Verbe éternel, est emprunté du platonisme, tome 3, p.

446, il montre une teinture de socinianisme qui ne lui fait pas honneur.

Une lui restait plus qu'à dire, comme les incrédules, que le premier chapitre de l'Evangile selon saint Jean a été fait par un platonicien.

Quelque-uns de ces critiques se sont bornés à soutenir que les Pères ont emprunté du paganisme plusieurs de nos cérémonies; c'est une autre imagination que nous avons soin de réfuter en traitant de chacun de ces rites en particulier ; nous prétendons au contraire que ces cérémonies ont élé sagement instituées pour servir de préservatif aux fidèles contre les superstitions du paganisme.

Enfin d'autres ont pensé, avec plus de vraisemblance, que les éclectiques s'appliquèrent à imiter plu sieurs rites de notre religion, et à rapprocher, tant qu'ils le pouvaient, le paganisme du Christianisme. Comment trouver le vrai au milieu de tant conjectures opposées?

Nous n'approuvons pas davantage ce que dit Hrucker des Pères de l'Eglise en général, qu'ils n'ont pas été exempts de l'esprit fourbe des éclectiques, et qu'ils ont cru, comme eux, qu'il était permis d'employer le mensonge et les fraudes pieuses, pour servir utilement la religion, tom. 2, p. 389. C'est une calomnie hasardée sans preuve. Est-on bien sûr que les ouvrages apocryphes et supposés , qui ont paru dans les quatre ou cinq premiers siècles, ont été forgés par des Pères de l'Eglise, et non par des écrivains sans aveu ? Ils sont presque tous marqués au coin de l'hérésie ; donc ils n'ont pas été faits par les Pères, mais par des hérétiques.

Il est fâcheux que dans les discussions, même purement littéraires, et qui ne tiennent ni à la théologie ni à la religion, les auteurs protestants laissent toujours percer leur prévention contre les Pères de l'Eglise, et semblent affecter de fournir des armes aux incrédules.

Au mot Platonisme, nous achèverons de justifier les Pères, et nous ferons voir qu'ils n'ont été ni plato-

niciens, ni éclectiques (1). Voy. Economie et Fraude pieuse.

Bergier.

ECLECTISME ANCIEN (l'j {Théol.

hist. ijenér.) — Nous croyons devoir citer, en contrepartie de l'article de Bergierqui précède, les passages suivants de celui de M. Holzherr, Eclectisme, dans le Dict. encyclop. de la theol. cath. trad. par I. Goschler:

« I. Lorsque le Christianisme parut, la philosophie grecque avait depuis longtemps atteint son apogée dans Platon et Aristote, et le génie hellénique s'était sous ce rapport com-

(I) B'rgier a une mauvaise tendance, que nous avons déjà relevée et qui se manifeste trop souvent pour que nous puissions la relevé;' toujours. Cette tendance se rattache a ce que M. Gousset prétendait reconnaître en lui, à L époque où il soutenait avec ardeur la logique du sens- commun île Lamennais. No s avons vu qu'il comptait Bergier parmi eux qui avaient préludé à ce système sntiphilosopliiquc, il aurait pu ajouter à son nom celui du savant Huer, t'évoque d'A vranches, qui niait comme Lamennais la valeur de la raison et de la philosophie, mais pour reporter le critérium radical, non point sur le témoi\'n.ge des hommes, mais sur la révélation divine. L'un ne vaut pas mieux que l'autre, comme système de logique générale, contre le scepticisme. La tendance dangereuse dont nous parlons consiste à vouloir toujours retirer aux Pères de l'Egli-e leur platonisme, ce qui signifie leur philosophie, pour n'en faire que des ihénlogiens purs. Est-ce qu'il n'est pas clair que saint Clément d'Alexandrie, par exeinjile, est un platonic en éclectique, dans le meilleur sens de ces deux mots, du commencement à la lin de ses stromates? est-ce que saint Angus'in n'est pas un vrai platonicien dans mille endroits de ses livres, et, entre autres, dans le passage de ses confes-ious où il dit longuement ce qu'il aiat trouvé chez les philosophes avant même que l'Evangile ne le lui arprlt, et ce qu'il n'y avait point trouvé avant que l'Evangile ne le lui révélât ? La première partie est précisément tout ce qui est dans 1 Evangile selon saint J an, chap, I, concernant Dieu et le Verbe et, jiartant, la Trinité. Ce passage, qui fait de saint Augnstin un platonicien si incontestable, se lit dans le livre vu des confesdons chan. 9 et 10. Saint Augustin s'y résume lui-même dans cette phrase : n J'y ai trouvé (dans le platonisme), non sous les mêmes termes, mais en réalité, tout ce que Jean enseigne au commencement de son évangile sur la splendeur du Verbe, et ce qu'ensùgne Paul de on égalité avec le Père, w

Ce n'est pas sans raison que M. de Maistre a dit, sans tenir compte des assertions de Huet et de Bartrier, que la doctrine de Platon fut la préface humaine du Christianisme.

Nous verrons comment Bergier justifiera, au mot platonisme, l'assertion qu'il émet ici.

A le bien prendre, il n'est pas étonnant que Bergier ait, dans l'origine, fdt si bon ménage avec Diderot: s m genre de tbéologisme, ennemi de la philosophie, ne pouvait mieux convenir a ce profond ennemi du chris! anisine.

Le Noir.

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plétcment épuisé: il ne pouvait plus rien produire d'original ; on en était venu à réunir les différents systèmes, à concilier surtout le platonisme et l'aristotélisme, et [a philosophie prit à cette époque un caractère exclusivement éclectique. Les rapports de L'Orient etde "Occident mêlèrent à la philosophie grecque la théosophie orientale, et Alexandrie devint le centre du syncrétisme philosophique et religieux. Fonder une sagesse vraiment universelle, unissant tous les systèmes particuliers, nationaux, philosophiques et religieux, telle était l'ambition caractéiisque de la philosophie de cette époque. Un des premiers fruits de cette tendance fut la philosophie religieuse de Philon le Juif, d'Alexandrie ( à peu près vers le temps du Christ). Les éléments de son système sonl le judaïsme, le dualisme de Zoroastre, la doctrine cabalistique de l'émanation et la philosophie éclectique de son temps.

Lorsque le Christianisme, entrant en contact avec la civilisation gréco-romaine, sentit la nécessité de démontrer que la foi qu'il réclamait était une foi raisonnable, les apologistes se servirent île l'éclectisme philosophique de l'époque, dont h' platonisme était la base, pour justifier la doctrine chrétienne, eu parlant de ce principe qu'aucun système, pas même le platonisme, ne contient toute la vérité, mais qu'il se trouve dans tous les systèmes des fragments de vérité dont on peut et doit former la vraie philosophie. Ils adoptaient liai' conséquent tout ce que' la philosophie grecque offrait de semblable ou d'analogue en apparence aux dogmes chrétiens, sans toutefois chercher un rapport intime et nécessaire entre les propositions philosophiques accueillies par eux. Ils s'attachaient spécialement aux idées et aux expressions fie Philon, parce que son système lui-même se rattachait par beaucoup de points aux idées chrétiennes et semblait former une sorte de pont entre le judaïsme, le paganisme et la foi chrétienne...

«Ainsi nous voyons le premier philosophe chrétien, S. Justin Martyr, exprimer ce rapport des différents

systèmes philosophiques avec le Christianisme d'une manière que reconnut et adopta dans la suite la spéculation chrétienne. «Les idées de Platon, dit S. Justin, et celles des autres philosophes ne sont pas absolument différentes de celles du Christ, mais elles ne sont pas non plus absoment semblables. » 11 considère la philosophie comme ayant une haute valeur; non pas que tel ou tel système soit la vérité : la vérité consiste à choisir dans tous ce qu'ils ont de vrai. Il penche pour le platonisme et tient Platon pour le premier des philosophes, mais il vante en même temps la morale st.oique, admet la doctrine stolco-philonienne du aô-'o; 7-cp;j.axtxôc, et trouve U-i bases de la Révélation dans les systèmes de philosophie les plus divers.

« Athénagore, dans son Apologie, considère la philosophie comme une école préparatoire à la vérité, et se sert avec beaucoup d'habileté des démonstrations . platouico-aristotéliciennes pour établir le dogme delà résurrection (1), tandis que, dans sa Uptrfzii iwpl Xpwrvtavûv(2j,il applique assez imprudemment à la Trinité les idées phxloniennes de l'émanation.

«Théophile, dans son Libri WladAntylocum, a une prédilection marquée pour la philosophie platonicienne tandis que Tatien, Bermias et l'écrit, intitulé napavsTtxfc wpôî* EXXiyvon; (dans Justin), se déclarent contre toute application de la philosophie au Christianisme. L'adversaire le plus ardent de la philosophie et en général de la science païenne fut Tertulien, qui toutefois se vit lui-même obligé, dans sa lutte contre l'hérésie gnostique et les philosophes païens, de descendre dans cette arène et de se servir des armes de la philosophie contre les adversaires du Christianisme.

« L'école çatéchétique d'Alexandrie s'efforça, à partir de Pantène, d'élever la foi chrétienne à l'étatde science et de fonder une foi scientifique, è-ïr'.TTT|;j.ov!xr 1 xiortç, alin de rencontrer la philosophie religieuse des gnostiques sur leur propre terrain, de lui

(i) De Résurrections.

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opposer une gnose véritable, de démontrer en même temps aux païens lettrés la raison du Christianisme et de faciliter par là leur conversion.

Elle employa à cette fin la philosophie, qu'il fallait, -pensait-elle, choisir dans tous les systèmes, pour établir que la vraie philosophie est une avec le Christianisme et faire du dogme chrétien un système vraiment scientifique.

«Le premier représentant remarquable de cette école est Clément d'Alexandrie, qui fait un usage très-fréquent de la philosophie éclectique dans ses ouvrages, et cherche ses preuves dans tous les systèmes, sans qu'il soit parvenu cependant à former de tous ces matériaux une unité forte et systématique. Il exprime sa tendance éclectique en ces ternies: « J'appelle philosophie, non la doctrine stoïcienne, ou platonicienne, ou épicurienne, ou aristotélicienne, mai le choix de tout ce qui se trouve de bon dans chacun de ces systèmes, Ttâv xi ixXtwtuuSv ; c'est là ce quej'appelle la vraie philosophie (1). » II emprunte à Philon l'usage qu'il faides idées stoïciennes et la prédilection qu'il a pour ce qui est mystique.

« Origine, le plus illustre représentant de l'école d'Alexandiie, alla bien plus loin dans l'emploi systématique de la philosophie grecque.

11 eut pour but, dans son livre itcpl dpywv de concilier les vérités constatée^ par la philosophie avec les vérités révélées de la doctrine chrétienne, de faire de la foi une idée, et do la doctrine de la foi une science de la religion. D'ordinaire on lui reproche un platonisme exagéré et l'importation des idées philosophiques dans le pur domaine du Christianisme. Si on ne peut nier ce dernier point on ne peut, quant au premier, attribuer exclusivement à la philosophie platonicienne d'avoir exercé une influence fâcheuse sur ce docteur; car Origène, tout en ayant une. prédilection marquée pour Platon, dans lequel il trouve même le dogme de la Trinité, est fidèle à l'esprit de son temps, rend homma-

(I) Strom., 1, p. 279.

ge à Y éclectisme, se sert de tous les systèmes, et ce que son enseignement a de spécial dépend, dans ses points capitaux, autant du stoïcisme et de Paristotélicisme que de la philosophie platonicienne. Ainsi, pour donner quelque exemple de son éclectisme, il expose l'immanence de Dieu en ce monde dans le sens et avec les termes des stoïciens, de la manière suivante: «Dieu est la substance qui pénètre le monde entier, Sî-faEiv ; il l'anime comme l'Ame raisonnable anime le corps; il en est le cœur, la raison dominante , r^e^ovixov, raison présente en tout homme et en toutes choses, répandue dans tout l'univers, oujj.iîapexTEivojievovf'l).»

11 associe l'idée de l'unité immuable de Dieu, de la monade (pov&i, d'à près Platon), avec la notion de l'é nergie aristotélicienne, tvépytix (2J et attribue l'une au Père, l'autre au Fils. Le Fils de Dieu est pour lui (3), d'après une conception platonicienne, l'idée des idées, le monde intelligible, ou d'après la manière de voir des stoïciens, la raison, ~K6yos, qui comprend tout rapport rationnel en lui, conception dont Philon s'est également servi, mais qu'Origène ne prend pas tout à fait dans le même Sens. L'idée de liberté humaine, telle qu'Origène la développe (4), la différence entre a=iç, fûm;, <\iuyr t ,etc, etc., se rattachent étroitement à la doctrine stoïque. La matière est pour lui, d'après Aristote, sans qualité et toutefois soumise à toutes les modifications, sujette à tous les changements, capable de recevoir toutes les propriétés. 11 remonte, pour fonder sa doctrine particulière de la résurrection, à la doctrine stoïcienne des \6yoi oropjjiaTixoi et les transforme en son sens particulier (5). Il s'etforce d'ailleurs de concilier les idées philosophiques entre elles d'abord, puis les idées philosophiques avec la doctrine chrétienne ; et en ce point il est bien plus indépendant de Philon que ses prédécesseurs. Quoiqu'on retrouve

(1) Coof. in Joli., II, 29 ; ibvl., VI, 15.

(2) De Princ., 1, 2, 12.

(3) Contra Cels., V, 39.

(4\ De Princ, III, 1, 2, 3, 4 sq.

(5) Contra Cels., V, 20, 13.

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chez lui l'écho des idées philoniennes et que l'importation des notions philosophiques dans le domaine du Christianisme l'ait entraîné dans diverses erreurs, il faut bien distinguer le sens général de sa doctrine, qui, en définitive, est réellement chrétien, de l'esprit exagéré d'accommodation qui lui fait accepter sans une suffisante critique les idées et les locutions de la philosophie, différence qu'il faut faire en général pour toute la philosophie des premiers Pères.

De nombreux adversaires s'élevèrent contre Origène et son mélange de philosophie et de Christianisme. Ces adversaires, Méthode, évèquedeTyr, par exemple, tournaient contre Origène les attaques des stoïciens à l'égard de Platon. La philosophie stoïque, dont on trouve déjà des traces dans Philon, était du reste moins en crédit chez les philosophes chrétiens, à cause de son panthéisme prononcé, surtout depuis que l'antitrinitaire Sabellius s'était servi, pour expliquer la Trinité, de la doctrine stolque, et disait avec elle que la vertu de Dieu s'étend à travers toute la création, èx-sîvjcrOï'. pour se recueille de nouveau en même temps, tsuirzéXk&aQat., et recommencer à s'épandre.

«Jusqu'alors les docteurs, pour jus.

tiiier les dogmes chrétiens, avaient employé surtout le platonisme mêlé à des éléments aristotéliciens et stolques; mais, Lorsqu'au quatrième siècle la controverse origéniste se fut vivement engagée, tout ce qu'on appelait platonisme tomba en discrédit ; la philosophie aristotélicienne et dialectique prirent le dessus. En même temps le néo-platonisme, né beaucoup plus tôt, commença à exercer son influence sur la spéculation chrétienne.

« Les éléments de ce prétendu platonisme restauré se trouvaient déjà dans Philon : c'était la théosophie orientale d'un Être suprême, compris d'une façon tout à fait abstraite, n'ayant aucun rapport avec le temps ni l'espace. De cet Être nait par émanation ou rayonnement une seconde vertu hypostatique, nommée Nous, voûç, qui est médiateur entre Dieu et la matière éternelle, étant à la fois

principe idéal et principe réel de ce monde. Ce panthéisme dualiste d'un Etre suprême, d'une matière éternelle et d'une vertu divine médiatrice se révélant dans la formation du monde, se glissa dans le dogme chrétien de la Trinité par l'hérésie arienne et ses rejetons.

«Tandis queles Néo-Platoniciens refusent à l'Être suprême toute détermination et prétendent qu'il ne se manifeste que par la production des idées hypostatiques, qui vont eu se dégradant et se détériorant de la première à la dernière, les Ariens et leurs alliés les semi-Ariens et les Macédoniens transplantaient cette idée dans le Christianisme, soutenaient l'infériorité du Fils et celle du Saint-Esprit, et cherchaient à défendre cette doctrine par les armes de la dialectique aristotélicienne, alors remise en honneur. On reconnaît principalement l'influence des idées néoplatoniciennes dans. l'Arien Eunomius, le plus habile dialecticien de la secte, qui rejetait tous les attributs qu'on assigne ordinairement à Dieu.

«Les docteurs orthodexes se garantissaient de ces erreurs en n'admettant pas cette intervention absolue et sans condition des notions philosophiques pour expliquer uu mystère, et montraient comment l'hérésie spéculative nait de cette manie de faire entrer les dogmes de la foi dans les catégories et les formules de la philosophie. A la suite de ces luttes contre l'hérésie ou s'efforça de soustraire de plus en plus aux influences de l'ancienne philosophie, et de le distinguer de tout élément étranger, le dogme, qu'on avait bien développé et justifié à l'aide de la philosophie, mais qu'on avait trop souvent aussi altéré par l'abus de cette science.

Dès lors on s'appliqua à fonder pour l'avenir une philosophie propre, une philosophie vraiment chrétienne, qui, libre des influences de tel ou tel système exclusif, exposât l'accord de la vérité révélée et de la raison.

«Saint Augustin (430) esquissa d'une manière large et grandiose cette philosophie nouvelle. Autrefois attaché au grossier dualisme des Manichéens, il arriva, par l'étude des

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écrits des Néo-Platoniciens, à une

transformation complète de sa pensée scientifique. Il dit lui-même que ce fut par cette école qu'il parvint à l'Evangile. Comme autrefois Synésius, il conçut le néo-platonisme au pointde vue et dans l'esprit du Christianisme, et, dans ses premiers écrit», il met cette doctrine presque au niveau de la doctrine chrétienne, et pense y trouver non-seulement le dogme de la Trinité, mais encore la plupart des autres dogmes : Paacis mutatis verbis et sentenliis Christiani fièrent ( 1 ). Il revint, dans le cours de son développement intellectuel et à la suite de ses lattes contre les Donatistes et les Pélagieus, de la profonde estime qu'il avait pour les Néo-Platoniciens, dont il n'avait pas encore entièrement compris les intention-, rétracta beaucoup de ses premières assertions, et, dans plusieurs écrits de La dernière période de sa vie, il envisagea la philosophie chrétienne comme une doctrine médiatrice entre la foi et la science, de telle façon qu'on peut le considérer comme le précurseur et le fondateur de la scolastique. Il part de cette pensée théorique, que la vérité n'est ni audessous, ni à côté, mais au-dessus de l'esprit humain, et bien plus par- Ci ite que lui. « Dieu est la vérité et s'est comme tel révélé à la raison humaine. La foi précède la science, dont elle est la base, mais c'est par et dans la science que la foi parvient à son développement nécessaire. »

!.e caractère de cette philosophie chrétienne, telle que l'esquisse saint Augustin, est éclectique, en prenant le motdans le meilleursens,en ce qu'elle comprend tous les systèmes philosophiques, aussi bien dans leurs égareînentsquedansleur résultats positifs, comme autant de témoignages de la nécessité et de la vérité de la Ilévélation divine, et considère la part que l'esprit humain a jamais eue à travers les siècles dans la découverte et la démonstration de la vérité, et ceux de ses travaux qui, à la lumière de la Révélation, ont pu se maintenir, comme autant de moyens par lesquels

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elle a concouru au but que se propose la vraie philosophie, savoir, de démontrer dans leur unité la sagesse divine et la sagesse humaine.

« Lorsque les grandes controverses au sujet des hérésies eurent cessé dans les Églises d'Orient et d'Occident, la spéculation théologique tomba peu à peu et sa décadence devint presque complète dans l'Église grecque. On se servit pendant longtemps principalement de la Logique d'Aristote pour développer, diviser, exposer systématiquement la doctrine de la foi, et le crédit du Stagirite resta prédominant chez les Grecs.

« Les écrits du faux Denys l'Aréopagite, qui transformèrent les idées du néo-platonisme et en tirent une théologie chrétienne mystico-spéculative, furent un phénomène particulier qui n'eut pas de rapport avec l'état général de la science philosophique et religieuse.

« S. Jean Damascéne allia la théologie mystico-spéculative à la dialectique aristotélicienne (dans la l ro partie de sa ilT.yn ao(?ïaç), et donna par là, ainsi que par l'emploi de la forme syllogistiquc dans l'exposition des dogmes chrétiens (3 e partie, SxSom?,) le modèle de la scolastique et de la mystique du moyen âge.

« En Occident ce fut Boèce qui, par ses Commentaires, lit connaître la Logique d'Aristote au moyen âge, tandis que Cassiodove, dans son livre des Srpt Arts libéraux (1), donna la règle des études scientifiques.

« IL La Scolastique. Après la décadence de la domination. romaine les peuples germaniques devinrent les principaux représentants de la civilisation et de la science chrétiennes. Le nouvel âge qui s'ouvrait ne connaissait guère que par de faibles fragments l'ancienne littérature philosophique. Ces fragments étaient des extraits défectueux des écrits logiques d'Aristote, traduits en latin par Boëce, et quelques compendium insigniiiants sur la logique et les écrits attribués à S. Augustiu, de Dialectica et de Categoriis. Cette connaissance imparfaite de l'ancienne philosophie

(I) De <>era Jieliy-, 7.

(i) De VU Discipl. liber.

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rendit d'autant plus remarquable, au neuvième siècle , l'apparition d'un homme qui s'élevant bien au-dessus de son temps, brilla comme un météore au milieu des ténèbres générales.

« Jean Scoz Erigêne fait preuve, dans le plus important de ses ouvrages, de Natures divisione, d'une connaissance, presque inconcevable pour son temps, des écrits de Platon, d'Aristote, des Néo-Platoniciens et des philosophes chrétiens de la période des Pères. La pensée fondamentale de sa philosophie est l'unité essentielle de la religion et de la vraie philosophie.

Il comprend cette unité, de même que les" Néo-Platoniciens, comme une identité, et le développement de cette pensée première le mène fatalement au panthéisme idéalisti-comystique qui est particulier aux Néo-Platoniciens. Il cherche à associer à son néo-platonisme dominant des propositions aristotéliciennes et platoniciennnes. Sa méthode est aristotélique ; il divise, définit, démontre et ramène la multiplicité à l'unité.

« Mais le vraipére de la seolastique fut Anselme de Cantorbêry (7 1109), Son hypothèse principale, comme celle delà seolastique en général, est le caractère rationnel du dogme ; partant de là, il tend surtout à unir intimement la philosophie et la théologie.

D'après lui la vérité chrétienne, vérité absolue, comprend la philosophie comme une des phases de son développement...

« Les éléments philosophiques de la seolastique sont platonico-aristotéliciens. Au commencement on s'appuya, surtout quant au fond de la doctrine, sur Platon, parce que ses idées sont favorables à la Révélation.

Cependant on n'excluait pas Aristote, et plus, dans la suite, on apprit à connaître ses ouvrages métaphysiques et physiques, plus son influence positive et formelle grandit. On cherchait, à l'exemple de S. Augustin, à concilier les deux systèmes et à élaborer leurs idées dans le sens chrétien. Cependant l'opposition de ces deux éléments se manifesta bientôt, et cette opposition, vive, intime, opiniâtre, subsista à travers toute la

période de la seolastique et devint une question vitale pour elle. Cette question fut celle du nominalisme qui, avec Aristote, nie la réalité des idées universelles, et du réalisme qui, avec Platon, affirme leur réalité. Aristote resta le maître et le modèle de la forme systématique de la théologie seolastique. Sa méthode dialectico- syllogistique fut introduite dansla théologie surtoutparAteandre de Haies. A l'aide de cette méthode on créa des systèmes remarquables par leur sagacité syllogistique, semblables, dans leur construction gigantesque et hardie, aux proportions grandioses des cathédrales gothiques. Nous ne pouvons que citer ici les noms des scolastiques les plus remarquables, tels que, au douzième siècle, Roscelin, Abélard, Pierre Lombard, Jean de Salisbury ; au treizième, Alexandre de Haies, Albert le Grand, S. Thomas d'Aquin, S.

P«n aventure, Jean Dans Scot.

La mystique forma, sous certains rapports, une opposition à la seolastique. Négligeant le procédé dialectique, elle chercha à comprendre les mystères de la foi par Je procédé de VintuiUon, et tira ses éléments et son aliment des écrits du faux Denys l'Aréopagite. Les représentants de cette direction furent S. Bernard, Huuues et Richard de Saint-Victor, S. Boneiventure, etc.

« Le développement rigoureux du nominalisme, qui prédomina avec la philosophie aristotélicienne dans la théologie à partir de Guillaume d'Occam (f 1347), mena à la négation de l'accord essentiel de la philosophie et de la théologie, au rejet du caractère rationnel du dogme et à l'affirmation de cette proposition : u qu'une chose peut être vraie au point de vue du dogme, qui, au point de vue de la raison, est fausse ou du moins indémontrable ; » opinion qui devait nécessairement entraîner la séparation de la philosophie et de la théologie, et par con-équent la chute de la seolastique. A ces causes se joignirent la connaissance plus générale de la littérature classique depuis le commencement du quinzième siècle, la connaissance plus appro-

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fondie de l'ancienne philosophie et de l'antiquité elle-même : double connaissance qui donna au goût du temps une direction tellement différente de celle de l'âge précédent que la scolastiquc perdit tout son crédit et toute son autorité. Elle fut remplacée par un humanisme exagéré, qui plaça les œuvres de L'antiquité classique, pour le fond comme pour la l'orme, bien au-dessus des œuvres de l'esprit chrétien. On vit reparaître alors des Platoniciens, des Aristotéliciens, des Stoïciens et des Éclectiques, cherchant à ramener les esprits, non plus seulement a la philosophie, mais à la religion même de l'antiquité, et à établir un paganisme moderne... n

Le Noir.

ECLECTISME MODERNE [l')(Théol.

ini.it. et hist. philos, log.) — A partir du mouvement réformiste du xvi« siècle, on a pu constater constamment, etdans le catholicisme et en dehors du catholicisme, deux tendanphilosophico-théologiques opposées, aussi bien en Allemagne et en Angleterre qu'en France et en Italie :

La première visait à la séparation de la théologie d'avec la philosophie, et l'on voyait travailler, dans cette visée commune, les hommes les plus contraires, au point de vue religieux:

les uns, qui méritaient la qualification de philosophes antichrétiens , appartenaient au camp qui, aujourd'hui, forme la redoutable armée de l'athéisme; les autres, qui auraient mérité la qualification de catholiques antiphilosophes, appartenaient à un camp qui a pris, jusqu'à ce jour, un développement à peu près correspondant à celui que nous venons de nommer, et qui est devenu, par les Huet, les de Bonald, les Lamennais, les Ventura et les autres, ce qu'on a pu appeler tantôt les surnaturalistes, tantôt les partisans du sens commun, tantôt les traditinunalistes, et toujours les ennemis de la raison.

Au temps de la réforme protestante, les chefs de cette réforme, dont Luther et Calvin tiennent la tète, appartinrent, dans le camp religieux, à

cette tendance antiphilosophique, et allèrent aux exagérations les plus déraisonnables, en négation de. la nature au profit de la grâce; ces exagérations furent même le germe de toutes leurs hérésies. Les jansénistes ne furent, pour la plupart, que des contreforts de la même tendance ; Pascal brille parmi eux dans son siècle d'un éclat à peu près pareil à celui dont Lamennais a brillé dans le sien. Inutile de nommer leurs coopérateurs à titre de philosophes antichrétiens quand ils n'allaient pas jusqu'à l 'antithéisme.

Il n'y a, évidemment, dans ces lignes soit exclusivement chrétiennes avec négation de la raison naturelle, soit exclusivement rationalistes avec négation de la raison chrétienne, aucun éclectisme ni syncrétisme; tout y esta la séparation, à l'antagonisme, à l'antithèse.

L'autre tendance est, au contraire, éclectique ou même syncrétiste. Elle compte parmi ses plus grandes gloires les Descartes, les Leibnitz, les Malebranche, les Féuelon et les Bossuet ; du côté de la philosophie on ne peut, en Allemagne, lui rattacher Kant qu'avec beaucoup de réserves, et, en France on doit lui donner les Royer-Collard et les Cousin avec leurs disciples. Parmi les théologiens, se rangent tous ceux qui ont fait des efforts plus ou moins heureux en vue de la réconciliation de la théologie avec la philosophie et avec la science :

ce sont, en Allemagne, Dobmayer, Hermès, Baader, Drey, Sengler, Gùnther, Ivuln, Staudenmaicr, Dieriuger etc. ; ce sont, en France, de Genoude, Lacordaire, le P. Hyacinthe, le P.

Gratry, etc ; ce sont, en Italie, le P.

Peronne, Rosmini, Gioberti, et plusieurs autres.

Tous ces grands hommes, soit philosophes, soit théologiens, sont éclectiques ; ce qui leur manque, c'est de n'avoir pas assez travaillé dans la ligne syncrétiste de Leibnitz. Parlons, en particulier,de nos philosophes français qui se sont explicitement qualifiés eux-mêmes d'éclectiques.

Ces philosophes de la première moitié du six siècle et à la tète desquels brille M. Victor Cousin, quoi-

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qu'ils n'aient pas été des catholiques orthodoxes, ne doivent pas être considérés d'un mauvais œil par une raison judicieuse et franchement amie du bien. Ils ont travaillé dans la grande ligne des philosophes spiritualistes de tous les temps ; ils nous ont t'ait connaître, en France, par des traductions excellentes, ou par des éditions nouvelles, des études et des commentaires, les plus sublimes productions de l'esprit humain. C'est à cette légion de philosophes littérateurs i|ue nous devons de mieux connaître que jamais les Platon, les Aristote, les Descartes, et les Kaut. Ils ont été l'objet d'attaques fuiibondes de la part de deux camps bien opposés ; le camp des catholiques sans modération et sans philosophie, et le camp des positivistes, matérialistes et athées; et s'ils avaient réussi à maintenir les esprits dans la sérieuse étude, nous n'aurions pas la douleur de voir aujourd'hui triompher l'athéisme spéculatif et pratique.

Il est vrai que ce qui lit leur faiblesse fut l'absence d'une théorie solide et arrêtée comme en conçoivent toujours les raisons vraiment fortes.

Nous avons fait remarquer, au mot criticisme, que le mot lui-même qu'ils avaient choisi pour caractériser une méthode, plutôt, qu'une systématique qui n'existait pas, n'était cependant pasmauvais puisqu'il impliquait l'idée fondamentale d'un choix et qu'il valait mieux que celui de criticisme, qu'on veut prendre aujourd'hui. Nous aurions cependant de beaucoup préféré celui de syncrétisme, qui, en rappelant l'union des anciens Etats de la Crête contre l'ennemi commun, aurait indiqué, à la fois, le sentiment d'un besoin d'union contre les écoles naissantes du positivisme qui devaient faire plus tard tant de ravages, et une lixation de l'esprit sur un système de conciliation des philosophies qui paraissaient se contredire, quoiqu'elles fussent identiques dans leur pensée radicale et dans leur but; système dont la ligne avait été, comme nous l'avons dit , jalonnée par le grand Leibnitz, et dont Kant, quoique cartésien, n'avait guère travaillé, au tond, qu'à rompre les harmonies.

Mais, il n'y avait pas, chez nos éclectiques, cette double profondeur. Elle est encore moins, en ce moment, chez les criticistes, dont les etforts vacillants et incertains ne sauraient même être qualiliés.

Aujourd'hui, cependant, que les Auguste Comte, les Proudhon, les Littré, ont obtenu tant de succès sur les esprits lettrés dont ils favorisent la paresse, en leur conseillant l'abandon des études sérieuses et le far niente sur les édredons matériels , dans l'oubli des questions épineuses de la cause, nous verrions avec joie s'élever une école de syncrétistes sérieux qui chercheraient, précisément dans la cause elle-même, la conciliation par la généralisation, et la reconstitution des bataillDns épars du grand spiritualisme, qui sauvera l'humanité.

Mais hélas! nous sommes seul, trop faible pour être un maitre, et trop fort pour être un disciple.. Le Noir.

ÉCLIPSE. Saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, disent qu'à la mort de Jésus il se répandit des ténèbres sur toute la terre depuis la sixième heure du jour jusqu'à la neuvième, c'est-à-dire, depuis midi jusqu'à trois heures; saint Matthieu ajoute que la terre trembla, et que les rochers se fendirent. A moins que ces évangélistes n'aient été trois insensés, il n'a pas pu leur venir à l'esprit de publier un fait que tout le monde pouvait contredire, s'il n'était pas véritablement arrivé. La circonstance du tremblement de terre est encore attestée aujourd'hui par la manière dont les rochers du Calvaire sont fendus. Voyez Calvaire.

D'autre côté, Eusèbe dans sa chronique, et d'autres auteurs ecclésiastiques citent un passage de Phlégon, qui dit, dans son Histoire des Olympiades, que la quatrième année de la deux-cent deuxième olympiade, il y eut la plus grande éclipse qui fut jamais ; qu'il fut nuit à la sixième heure, et que l'on vit les étoiles ; il ajoute qu'il y eut un tremblement de terre dans la Bithynie. Ces auteurs n'ont pas douté que l'éclipsé dont parle Phlégon, n'ait été les ténèbres dont les évangélisles font mention.

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1° La date est la même; la quatrième année de la deux crut deuxième olympiade commença au solstice d'été de l'an 32 de l'ère chrétienne,

et liait au solstice d'été de l'an 33; c'est précisément l'année dans laquelle le très-grand nombre des savants placent la mort de Jésus-Christ.

2* Ces ténèbres arrivèrent à la sixième heure ou en plein midi. 3° Elles forent accompagnées d'un tremblement de terre. î" Ce fut un miracle ; il ne peut p is naturellement y avoir une éclipse centrale du soleil à la pleine lune, et, selon les tables astronomiques, il n'y a point eu d'éclipsé de soleil dans l'année dont parle Phlégon, ou dans la trente-troisième île notre ère ; mais il y en eut une le 2 i de novembre de l'an 29, à neuf heures du malin, au méridien de Paris, qui ne peut .noir rien de commun avec celle dont parle Phlégon,

Ces! donc très-mal à propos que plusieurs incrédules ont confondu ces deux éclipses, pour prouver que les élistes s'étaient trompés ou en avaient Imposé. Vainement ils ont observé qu'il n'y a pas pu avoir à'éclipse d e soleil 1 année de lamortdu Sauveur, surtout dans le temps de la paque, ou à la pleine lune de mars.

Les évangélistes ne parlent point à'éclipse naturelle, mais de ténèbres, sans en indiquer la cause. Ces ténèbres étaient miraculeuses, sans doute ; c'est aux incrédules de prouver que Dieu n'a pas pu les produire.

Origène, qui connaissait le récit de Phlégon, remarque fort judicieusement que nous n'eu avons pas besoin pour confirmer celui des évangélistes:

que les ténèbres, dont parlent ces derniers, ne se tirent probablement sentir quedansla Judée; qu'ainsi ces mots, toute la terre, ne doivent pas être pris dans la rigueur, Traduct.

38 in Matt., n° 134. . Nous en convenons. Mais il est toujours bon de faire voir que les incrédules, qui argumentent sur tout, et cherchent de toutes parts des objections contre l'histoire evangélique, raisonnent ordinairement fort mal. Voyez Ténèbres.

Bergier.

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