ECLIPSE (L") ET LE TREMBLE
MENT DE TERRE de Phlkcon, de
Thallus, des annales de Rome, bt
DES ANNALES CHINOISES. [Théol. miXt.
scien. kist.) — Après l'article de Bergier qu'on vient de lire, nous voui Irions pouvoir donner une dissertation scientifique, complètement impartiale comme tout ce que nous faisons nous-môme, sur les faits dont cet article est un sommaire très-clair et très-bien fait; mais le temps et les éléments nécessaires nous manquent pour établir une telle dissertation.
Nous n'avons que l'étude du père Dominique de Colonia, de la compagnie de Jésus, qui est dans le même sens que le sommaire de Bergier et plus affirmative encore, sinon plus démonstrative; nous citerons en entier cette étude, regrettant de ne point en avoir quelque autre, dans un sens opposé, qui nous aurait mis à même de faire une critique sérieuse de science pure tant historique qu'astronomique, comme il semblerait qu'Origène en avait fait une, laquelle, d'après ce qu'en dit Bergier, l'aurait porté à ne pas tenir autant au témoignage de Phlégon que le père de Colonia.
« Les prodiges arrives à la mort de Jésus-Christ, autorisés par les Olympiades de Phlégon ; par les histoires syriaques de Thallus ; par les archives et les registres de l'Empire romain, etc.
« Pour forcer les esprits les plus indociles à reconnaître la vérité de notre religion, il me parait qu'une voie des plus sûres et des plus courtes serait de leur faire bien sentir la vérité des prodiges éclatants qui accompagnèrent la mort de Jésus-Christ; puisque ces prodiges autorisent visiblement sa divinité, et sont par conséquent, uhe preuve incontestable de la vérité de cette même religion dont il est l'auteur et le consommateur.
« Parmi cette foule de prodiges qui illustrèrent la mort ignominieuse du Sauveur, tout le monde sait que les deux plus universels furent les ténèbres épaisses qui obscurcirent soudainement le ciel, et le tremblement qui arriva dans ce même temps. Ce
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sont là les deux grands prodiges que je cherche à bien établir ici, non par l'autorité de l'Evangile, ou de nos auteurs ecclésiastiques, dont il n'est nullement question dans cet ouvrage, mais uniquement par le témoignage de ce qu'il y a de plus illustre, de plus avéré et de plus authentique parmi les auteurs païens et parmi les monuments du paganisme. Or, il me parait que les autorités que je. mets ici en œuvre, sont d'un caractère à ne pouvoir être démenties, et ([ue le libertinage le plus lier ne pourra s'inscrire en faux, sans achever de se décréditer lui-même.
« Le premier et le principal auteur dont je parle dans cette dissertation, c'est le célèbre Phlégon, si connu et si estimé des savants par son histoire des Olympiades et par ses autres ouvrages qui sont remplis de l'érudition la pins choisie, et dont les fragments considérables qui nous restent nous feront toujours regretter la perte irréparable. Pour mettre d'abord le lecteur sur les voies, commençons par dire quel homme était ce Phlégon dont les saints Pères ont tant parlé, et qu'on ne saurait trop bien taire connaître pour l'intérêt de la religion.
«Phlégon, surnommé Trallien, du lieu de sa naissance, qui était la ville de Tralles dans l'Asie, florissait à Rome vers le milieu du second siècle.
11 y passa la meilleure partie de sa vie auprès de l'empereur Adrien, et il était un de ces savants et célèbres affranchis, que ce prince, qui aimait les lettres et qui était savant luimême, avait soin d'entretenir auprès de sa personne, pour s'instruire par leurs lumières et pour mettre leur conversation et leur étude à profit.
« Ce que nous savons de plus de Phlégon, c'est que c'était un fort bel esprit, et un savant du premier ordre, mais un savant d'un goût exquis, qui avait su allier une grande érudition à la politesse de la première cour de l'univers, et qui par là s'était fort distingué parmi les gens de lettres dont cette cour était composée.
« Entre les savants qui brillaient le plus dans eette même cour, il y en a plusieurs dont les ouvraces ou les
noms sont venus jusqu'à nous. Les principaux que nous connaissions sont le célèbre stoïcien Epictète, si connu par son manuel; son disciple Arrien, surnommé le nouveau Xénophon ; le fameux sophiste Phavorin, giulois de naissance et né dans la ville d'Arles ; le philosophe Héliodore ; l'historien Florus; et les sophistes Polemon, et Denis de Milet.
« Il fallait bien que Phlégon se distinguât fort au milieu de cette troupe de gens de lettres, puisque l'empereur Adrien, qui aimait la gloire, et. peut-être jusqu'à l'excès, ayant lui-même composé les mémoires de sa vie, crut qu'il n'y avait pas de plus infaillible secret pour les faire lire avec plaisir, que de les faire paraître sous le nom de son affranchi Phlégon. C'est un fait singulier que nous apprenons de Dion et surtout de Spartien dans la vie de cet empereur (1). Ce fut Phlégon sur lequel Adrien jeta les yeux pour accréditer ses mémoires, et pour faire mieux goûter les louanges qu'il s'y donnait adroitement.
« § 1 er Ouvrages de Phlégon. — Cette haute réputation de Phlégon était en partie le fruit de plusieurs excellents ouvrages écrits en grec (car c'était là sa langue naturelle), et en particulier de trois ouvrages assez singuliers, dont il nous reste encore aujourd'hui des fragments considérables que Meursius a pris soin de recueillir, et d'illustrer par des notes.
« Le plus remarquable de ces trois ouvrages était la célèbre histoire des Olympiades, adressée à Alcibiade, capitaine des gardes d'Adrien, laquelle, à proprement parler, n'était autre chose qu'une manière d'annales, ou de chronique assez détaillée, qui était divisée en seize livres, et qui contenait l'histoire des événements mémorables arrivés dans tout l'univers, durant l'espace de plus de neuf cents ans, c'est-à-dire, depuis l'établissemens, ou plutôt depuis le renouvellement des Olympiades sous Iphitus, jusqu'à la cent trente-huitième année
(1) Famé eelebris Adrianus tam cnpidni fuit ut libros vit» scriptos a se, libertis suis htteratis dederi». Nam Phleçnn^s libri Adrtani esse dicuntnr.
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de Jésus-Christ, qui se trouve dans l'Olympiade deux cent vingt neuvième.
« Pour connaître le caractère de cet important ouvrage, on n'a qu'à jeter les yeux sur la cent soixante dix-septième Olympiade que Photius nous a conservée dans sa Bibliothèque. On pourra juger par quelques é\ ênements singuliers qu'il y marque, tels que sont par «exemple la naissance de Virgile, les neuf cent dix mille âmes dont on lit le dénombrement dans la ville de Rome; la défaite de Mithridate et de Tigrane par Luculle ; la conquête de la Sicile par liéjellus; on pourra, dis-je, juger par cet échantillon de quelle utilité serait cette chronique, pour éclaircir l'histoire profane et même l'ecclésiastique, si nous l'avions tout entière, ou si nous avions du moins les cent soixante dix-sept premières olympiades qu'on avait encore dans le neuvième siècle, et que Photius avait lues, comme il nous l'assure luimême.
« Le second ouvrage de Phlégon est son histoire des choses extraordinaires ou des merveilles, divisée en trente-cinq chapitres, dont le commencement et la meilleure partie nous manquent ; et son troisième ouvrage entin, est un traité sur les personnes qui ont vécu longtemps, c'est-à-dire, comme il l'explique dans le titre même, une manière d'histoire ou plutôt de dénombrement des personnes qui ont vécu plus de cent ans. Tout ce qui nous reste de ces trois curieux ouvrages se trouve heureusement dans les huitième et neuvième volumes des antiquités grecques, où le savant M. Gronovins a pris soin de les insérer, pour conserver à la postérité ces morceaux précieux.
« C'est dans l'histoire des Olympiades que Phlégon, tout païen qu'il était, rend, sans le vouloir, à la divinité de Jésus-Christ et à la vérité de notre religion, deux ou trois magnifiques et invincibles témoignages qu'on ne saurait trop relever.
« § II. — Trois témoignages de Phlégon. — En premier lieu il y reconnaît de bonne foi, et il y atteste que
Jésus-Christ a été un vrai prophète; qu'il a connn l'avenir, qu'il l'a prédit, et que toutes ses prédictions ont été accomplies de point en point.
« Le second fait que nous apprenons par le témoignage exprès de ces mêmes Olympiades, n'est guère moins digne de remarque. C'est que les prédictions que l'apôtre saint Pierre avait faites aux Juifs sur leur ruine prochaine et sur celle de Jérusalem, avaient été toutes exactement vérifiées par l'événement, et que cet événement devait être regardé comme l'effet d'une force majeure et d'une volonté divine. Origène (1) qui écrivait dans un siècle où cette chronique de Phlégon était tout entière, et entre les mains de toutes sortes de personnes, ne manqua pas de se prévaloir de cette autorité pour réfuter les calomnies de Celse et pour prouver la divinilé de Jésus-Christ contre lesimpiétés de eet épicurien.
« Nous aurons occasion "de placer ailleurs un fait historique, qui se trouvait dans ces mêmes Olympiades, et qu'Eusèbe ne rapporte que d'après Phlégon; c'est que Pilate, accablé de disgrâces, devint lui-même son bourreau, et se tua de désespoir après avoir langui quelque temps dans le lieu de son exil. C'était la ville de Lyon sur le Rhône, où l'empereur Caligula l'avait relégué.
« Mais le monument le plus illustre que les annales de Phlégon nous fournissent pour autoriser notre religion, c'est ce qui y est fidèlement et clairement rapporté sur les ténèbres miraculeuses qui couvrirent la face de la terre au temps de la mort du Sauveur. Nous avons les propres paroles de Phlégon dans leur langue originale qui était la langue grecque ; et les Pères de l'Eglise qui en pénétrèrent d'abord les favorables conséquences, ne cessaient point de les citer et de les inculquer aux Païens, dans le temps que le livre de cet affranchi était entre les mains de tout le monde.
« Cet historien exact étant arrivé à la deux cent deuxième Olympiade,
M) Orig.rontraCelsum, lib. II, page 80, èdit' Spenrer.
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dit en termes exprès que la quatrième et dernière année de cette Olympiade qui fut, comme l'on sait, la dix-huitième année de l'Empire de Tibère, et celle de la mort de Jésus-Christ, le soleil, à l'heure de midi, fut entièrement obscurci par une éclipse la plus grande et la plus extraordinaire qui fût jamais arrivée, que les ténèbres furent si épaisses que l'on voyait les étoiles dans le milieu du jour, et il ajoute que cette éclipse lui, accompagnée d'un grand tremblement de terre qui renversa plusieurs édifices de la ville de Nicôe en Bithynie. Voici les propres termes de notre auteur, traduits littéralement de l'original grec (1) que je mets ici avec la traduction latine (2) d'Eusèbe et de saint Jérôme, alin qu'on puisse les confronter avec notre traduction. La quatrième année de la deux cent deuxième ( Hympiade, il y eut une éclipse{3) de soleil la plus grande qu'on eût encoreyue. Il s'éleva à la sixième heure du jour une nuit si sombre que les étoiles paraissaient dans le ciel, et un grand tremblement de terre renversa plusieurs maisons de la ville de Nicée, en Bithynie.
« Personne n'ignore aujourd'hui que les Romains partageant le jour en douze heures, la sixième heure se trouvait être le milieu du jour, et par conséquent l'heure de midi dont il est question.
a Les saints Pères ont su tirer de ces paroles remarquables tout l'avantage qu'on en doit tirer pour l'avantage de notre religion, et ils ont démontré visiblement dans leurs apologétiques et dans leurs autres ouvrages, que cette éclipse rapportée par Phlé-
(1) TÛTetapTÛ ïtïi Sionuwoo-fc, 8eut£paî
ôXutj.T:iàSo; èvéveto IxXewpK r^iov [ieyîçT; tûv èyvua|j.ÉV(.)v xpOTôpov. Kott vûlj ûpa
SXTT) TT,s T,|J.Épai; EYÉVETO UJÇE X21 dtçépaî Èv
dupavû tsstvT)Vai; azia\xoa te [iéyaç xâxa BiSuvfav yev(Jfl8VOî Ta T.olli Ntxàta; xa.
TEçpE'^aTO. Pliler/. Olymp. 202.
(2) Quarto antem aonn ilucentosimœ secuuilœ OlympiadÏB, mai;na et excellons inter omnes qna? ente para acriderant defeetio solis facta. Dies bon sexta ilain teiieurosam noctem versus, ut stellœ in cœio viste sint, terrœqae motus in Bithynia Nicrea? itrbis multas codes subverterit. Hi^ronym. et Euseh. in Chronico, pageîM, tom, t. Etlit. Vrnet. 1818.
(3) Voltaire, t. 21, p. 446 e( 521. Édit. de Le fèvre.
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gon, ou pour parler plus exactement, que cette soudaine cessation de lumière en plein midi n'est autre et ne peut être autre que l'éclipsé surnaturelle arrivée à la mort du Sauveur, puisque de l'aveu unanime de tous les astronomes romains et grecs, et de l'aveu de tous les astronomes de tout l'univers, il n'y a point eu, et il n'a point pu y avoir d'éclipsé naturelle durant tout le cours de cette dix-huitième année de l'Empire de Tibère, el qu'il faut par conséquent de toute nécessité que ces ténèbres ou cette éclipse en question soient des ténèbres et une éclipse surnaturelles, puisqu'elle arriva au temps de la pleine lune, et qu'elle dérangea absolument le système de l'univers, et cette preuve de la vérité de notre religion a toujours paru si forte, que ni Porphire, ni Julien, ni nos autres ennemis n'ont jamais eu un seul mot à répliquer là-dessus.
« § III. — Prévarication de Bodin.
—Après un témoignage si précis etdes expressions si claires et si (formelles, j'ai peine à comprendre quel pouvait ê1 re l'esprit de vertige qui saisit un de nos auteurs du siècle passé, lorsqu'il entreprit de changer absolument le texte de Phlégon, pour dérober à notrefreligion ce témoignage éclatant de la divinité de Jésus-Christ.
« Je parle du fameux Bodin, si connu des gens de lettres par ses six livres de la république, par sa mêthodepour la connaissance de l'histoire, et par ses autres ouvrages pleins de beaucoup d'érudition, mais éternellement llétri dans l'esprit de toutes les personnes raisonnables parle détestable livre qu'il composa en latin et en forme de dialogues, De abditis rerum sublimium arcanis, c'êst-à-dire, Des secrets mystères des choses supérieures ; et qui, pour n'avoir jamais été imprimé, que je sache, n'a pas laissé d'avoir grand cours, et d'empoisonner aujourd'hui plus que jamais une inlinité de personnes.
« C'est dans ces pestiliens dialogues que cet homme grossièrement malin a osé avancer sans fondement, sans preuve, sans garant, sans nulle apparence de vérité que l'éclipsé extraordinaire dont Phlégon parle dans
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ses chroniques, est marquée par cet auteur, non pas dans la quatrième année de la deux cent deuxième Olympiade, comme nous l'avons dit, amrae personne n'en disconvient, maisdans la quatrième année de l'Ohmpiade deux cent dixième et dans lé signe des poissons, quoique Phlégon, en rapportant ce fait, n'ait jamais dit une seule parole ni du ligne des poissons, ni de l'Olympiade deux cent dixième.
« 11 fallait que Hodin, sous un front baptisé, cachât des sentiments encore bien judaïques, pour Joser ainsi imposer au public dans un fait de cette conséquence, après avoir, dans ces mème> dialogues, disputé à la mère de Dieu la qualité de Vierge après son enfantement, et après avoir traité d'apocryphes les deux premiers chapitres de l'Evangile de s. Luc, parce qu'il 3 trouva la divinité de Jésus- Christ marquée trop clairement.
i. | IV. — Le saint martyr Lucien prouve aux païens ces ténèbres miraouleuses par k témoignage île leurs propre* annales. — Mais voyonsjdans le détail quel usage les Pères des premiers siècles ont fait de cetargument invincible que les païens nous fournissent eux-mêmes, pour les combattre par leurs propres armes.
« Ce fut par ce témoignage que le saint prêtre et martyr de Nicomédie Lucien, si célèbre par sa rare doctrine, par sa piété et par sa constance, fit publiquement triompher la vérité et couvrit les païens 'de confusion, lorsque étant interrogé publiquement sur la religion par le juge, après lui avoir rendu compte de sa créance, il ajouta, en élevant sa voix, ces mémiirablesparoles rapportées par Ruffin: (1) Sivous refusez, lui dit-il, devous en rapporter àmon témoignage sur la divinité île Jésus-Christ, vous n'avez qu'à consulter vos annules et qu'à creuser dans vos fastes et dans vos propres archives] vous y trouverez que du temps de Pilote, et dans le temps que le Sauveur du monde fut crucifié, le soleil disparut et ''univers fut enseveli dans les ténèbres en plein midi.
Requihite in amnalibus vestius; in-
(1) Bat. eccl., Ub. IX, c. 6
venietis TEMPomni-s Pilati, Christo
PATIENTE, l'UGATO SOLE, INTEHRUPTUll rENEBRIS mi'.M.
« Ce témoignage lit d'autant plus d'impression sur les Païens, que ce grand homme également versé dans les lettres divines et humaines, n'était pas d'un caractère à avancer en l'air et sur de fausses traditions un (ail de cette conséquence. L'application infatigable que ce saint martyr eut toute sa vie à s'instruire à fond dans toute sorte de littérature grecque et romaine, nous répond assez des soins qu'il se donna pour fouiller dans lesarchives île Home et des provinces, i't pour approfondir le fait important dont il était question.
« Mais pour connaître exactement quel homme était ce Lucien, dont le témoignage s'accorde si bien avec.
celui des Olympiades de Phlégon, on n'a qu'à jeter les yeux sur le magnifique éloge qu'en font saint Jean Chrysostome dans sa 40° Homélie du tome [•», et saint Athanase dans la Synopse qu'on lui attribue communément.
On le verra dépeint dans ces deux ouvrages comme un philosophe des plus profonds, comme un orateur des plus parfaits, comme un des plus grands défenseurs de notre religion, dont il prononça publiquement une excellente apologie en présence de ses Juges ; enfin comme un homme si intelligent dans la science des écritures et si consommé dans l'érudition sacrée, grecque et hébraïque, qu'il corrigea la version grecque des Septante, en y ajoutant des astérisques et des obèles, comme Origène avait fait avant lui, et qu'il fut auteur de cette célèbre version vulgate qui eut cours en Orient dans les quatrième et cinquième siècles, et qu'on appelait communément la version de Lucien.
« Ce fut pour se prévaloir de la haute réputation de ce saint martyr et pour colorer leurs erreurs que les Ariens et en particulier Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée et Maris de Calcédoine osèrent se vanter d'être les fidèles disciples et de suivre les sentiments de Lucien. Mais les grandes louanges que lui ont données les SS. Pères qui vivaient dans
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son siècle même, sa merveilleuse constance dans les supplices et dans la mort qu'il endura pour la confession du nom de Jésus-Christ, et pardessus tout l'autorité et le suffrage de l'Eglise qui l'honore comme un saint martyr, tout cela certainement suffit pour détruire les vaines prétentions des semi-Ariens, et pour nous convaincre que le saint martyr. Lucien a été encore plus illustre par sa foi que par son éloquence et par son admirable érudition.
« S V. — Tertullien confirme le prodige des ténèbre» par les archives de l'empire. — Dans le temps que le saint martyr Lucien endura la mort pour Jésus-Christ, il y avait déjà près d'un siècle que Tertullien avait employé contre les Païens cette même preuve des ténèbres miraculeuses dont il s'agit ici, et il avait su la placer admirablement bien dans l'ouvrage ]c plus éloquent qu'il ait jamais écrit. C'est «Luis ce célèbre apologétique q'nil composa avec tant de force pour les chrétiens contre les gentils, et qu'il adressa aux magistrats de Rome sous l'empire ci dans l'absence de Sévère, à ce que l'on croit plus communément.
« Tertullien ramène dans cet apologétique le prodigieux obscurcissement du soleil durant l'empire de Tibère : il en parle comme d'un des plus grands, des plus authentiques et des plus extraordinaires événements qui soit jamais arrivé dans l'univers; il le donne hautement pour un prodige connu de toute la terre, il l'appelle un l'ait publie et avéré, dont ils conservent la tradition constante dans leurs annales. Dans le milieu fin jour, dit-il, et dans letemps que le soleil était au milieu de sa course, la lumière disparut soudainement.... ee grand événement de l'univers se trouve marqué dans vos Archives. (I)
" Et qui pourra s'imaginer que Tertullien se fut jamais avisé déparier de ce prodige, avec un si grand air de confiance, et de l'autoriser par le témoignage des archives et des re-
(1 ) Kodpm mnmento rîies, meHitim nrbeni panante sole, Bnbfiucta <st... enm mnmli oaatifn relatum ia arehivis vestrjg liatietis. Ter. Apol. c. 21.
gistres publics, si, pour le démentir et pour couvrir de confusion tous les chrétiens avec lui, il n'avait fallu que produire ces mêmes archives, ces mêmes annales, et ces mêmes registres qu'il attestait!
« § VI. — Origéne prouve par Phléyon le prodige des ténèbres et du tremblement de terre. — Cinquante ans après Tertullien, Origéne, dans ces livres admirables qu'il publia sur la fin de sa vie contre l'épicurien Celse, (V et qu'on regarde avec justice comme le plus parfait de ses ouvrages, ne manqua pas de prouver invinciblement la divinité du Sauveur par les prodiges des ténèbres et du tremblement de terre qui se firent sentir à sa mort -ous l'empire de Tibère; et c'est Phlégon qu'il cite comme garant de ce fait extraordinaire et comme un garant que les Païens ne pouvaient récuser, puisqu'il était de la même religion qu'eux, et que ses chroniques étaient alors lues de tout le monde.
« Je pourrais donner un nouveau jour à cette preuve en ajoutant ici ce qu'Ongène rapporte ailleurs (2) sur ce double prodige attesté par les chroniques de ce même auteur païen.
Mais il me parait qu'après ce qu'il en a dit contre Celse, il n'y a plus rien à répliquer sur cette autorité.
« § VII. — Ce même prodige prouvé par Thallus, historien paten. — Mais il ne faut pas s'imaginer que' Phlégon soit l'unique écrivain du paganisme par le témoignage duquel nous puissions autoriser les ténèbres miraculeuses qni illustrèrent la mort du Sauveur. Outre cette autorité jointe au témoignage irréfragable des archives et des registres publics de Rome et des provinces, les Pères parlent de divers auteurs païens qui ont remarqué cet événement.
«Un de ceux que nous connaissons encore c'est Thallus, auteur grec, qui vivait dès le premier siècle de l'Église, et qui écrivit fort exactement lis histoires syriaques avec Castor, que Vossius croit avec beaucoup de fondement avoir été fils de ce même Castor,
(i) Orig. liv. 11. contrn Chum.
(2) Tract. XXX V, in Math.
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si fameux par les invectives que Cicéron fit contre lui, pour avoir osé accuser le roi Déjotare, son grandpère devant Jules-César.
« Ce Thaï! us, encore plus ancien que Phlégon, marque expressément, dans le troisième livre de ses histoires syriaques, les ténèbres soudaines qui obscurcirent la terre en plein midi la dix-huitième année de l'empire de Tibère, et les Pères, dans leurs apologies pour notre religion, ont eut soin la plupart de joindre le témoignage de Thallus à celui de Phlégon, et de soutenir l'un par l'autre : et c'est ce qu'ont fait en particulier Mi nu tius Félix, dans son Octavius; Tertullicn, dans son Apologétique ; saint Justin dans son exhortation aux Gentils; Lactance et quelques autres.
«S VIII. — Juif Africain cite le double ténwignage de Phlégon et de Thallus. — Mais l'auteur ecclésiastique qui a le mieux fait valoir ce double témoignage de Phlégon et de Thallus, et qui en parle le plus expressément, c'est Julius Africanus, auteur d'un excellent ouvrage de chronologie qui renferme en cinq livres une histoire abrégée, mais exacte, de tous les temps, c'est-à-dire, depuis la création du monde jusques à l'empire d'Élagabale, sous qui Africain vivait, et auquel même il fut député, par les habitants d'Emmaus, ou Nicopolis, sa patrie, pour obteni r le rétablissement de cette ville, comme il l'obtint en effet.
« Ce grand homme qui est le premier et le plus ancien historien qu'aient eu les Chrétiens, ne s'engagea dans cet ouvrage chronologique que pour avoir occasion d'y faire bien sentir d'une part l'antiquité de la vraie religion, qui subsistait dans tous les temps par une|tradition immémoriale, etdel'autrela nouveauté desdivinités fabuleuses du Paganisme, et l'origine méprisable de leur vaine m}'thologie.
Ce fut dans cette vue que, ramassant de toutes parts avec soin tous les événements et tous les traits qui pouvaient servir à son dessein, il les inséra dans la chronologie et il y inséra singulièrement les ténèbres universelles qui consternèrent le monde au temps de la passion de J.-C, et la mention expresse qu'en font Phlégon
et Tballus, l'un dans ses Olympiades et l'autre dans le troisième livre de ses histoires syriaques.
« La perle qu'on a faite depuis longtemps de cet ouvrage chronologique de Jule Africain ne peut assez se regretter. Mais nos plus habiles critiques sont fort persuadés qu'il se trouve presque tout entier dans la chronique d'Eusèbe, qui n'a presque fait que le transcrire, comme Cedrenus et le Syncelle l'ont aussi faitaprès lui. Et c'est Eusôbe en particulier qui nous a conservé ce précieux morceau d'histoire dans lequel Africain établit c'airement et invinciblement la divinité de l'Homme-Dieu, par le témoignage unanime de Phlégon et de Tballus.
« SIX. — Le témoignage dePhlégonet de Thallus (1) autorisé parles actespublics et les registres de Rome. — A ces deux éclatantes preuves que le paganisme lui-même nous offre pour autoriser les événements miraculeux arrivés à la mort du Sauveur, n'oublions pas de joindre la troisième du même genre que nous avons déjà touchée, mais que nous ne saurions trop inculquer et trop faire sentir, puisqu'elle est encore et plus magnifique et plus décisive, étant tirée des actes publics et des archives mêmes, et des registres de l'empire qui font foi de ce prodige.
« C'est à ces annales publiques (2) et à ces monuments incontestables que le célèbre martyr d'Antioche, le prêtre Lucien, dont nous avons déjà parlé, renvoyait, comme nous l'avons dit, ses Juges, quand il disait avec tant de confiance : interrogez vos annales, CO.NSULITE ANNALES VES'IROS, et
vous trouverez que du temps de Pilate, à la mort du Sauveur, le soleil disparut, et des ténèbres soudaines s'élevèrent en plein midi. Lnvenietis Pilati iempo-
BIBUS, DUM PATERETl'R CHRISTUS, HEIllA DIE FL'GATUM SOLEM ET INTERRUPTU1I
diem. C'est sur le même ton que parlait Tertullien, lorsqu'il renvoyait les Gentils à ces mêmes registres publics, pour s'assurer de la vérité de l'événement prodigieux dont leurs annales
fi) Voltnire, fO" e ^.paqp 42C.
(2j Enseiius, Huf/inus, liistor. Eccl., L 9., cnp.
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étaient dépositaires (1). Eum mundi ca-
SDM RELATUM IN ARCHIVIS VESTRIS HA-
betis. Un esprit raisonnable peut-il demander une preuve plus frappante, plus lumineuse et moins suspecte que celle que nous présente dans ses archives et dans ses annales publiques Rome la païenne, et dans le temps qu'elle était encore le centre même du paganisme ?
« C'est ce triple et unanime témoignage des registres de l'Empire, des histoires syriaques de Thallus et des Olympiades, ou de la chronique de Phlégon, qui frappèrent si vivement un des plus savants et des plus judicieux critiques du seizième siècle, c'est le célèbre Onuphrius, qu'il est allé jusques à dire qu'après les témoignages évangéliques et divins, il ne connaissait point de témoignage humain plus avéré, plus éclatant et plus incontestable que celui de Phlégon. sur les ténèbres qui étonnèrent l'univers à la mort de Jésus-Christ.
« L'attention que les l'ères de l'Église, et en particulier Tertullien, Origène, .Iule Africain, le saint martyr Lucien et saint Jérôme ont eue à relever et à faire valoir ces trois arguments tirés du paganisme ; la manière dont ils les ont mis en O'uvre et le jour qu'ils leur ont donné, ont paru à plusieurs grands hommes formerune manière de traditiondes plus respectables ; et le savant père Petau a cru pouvoir assurer que les anciens Pères (qui avaient eu occasion de parler de ce fait) avaient unanimement prononcé que l'éclipsé marquée par Phlégon était la même qui arriva à la mort du Sauveur.
« § X. — L'époque des ténèbres arrivées à la mort de Je sus-Christ, marques dans l'ancienne astronomie chinoise. — ■ Je ne dois point oublier ici un fait digne d'une attention particulière et qui mériterait bien d'être approfondi pour l'honneur de notre religion : c'est qu'on trouve des preuves bien marquées et des monuments de ces ténèbres prodigieuses jusque dans l'empire de la Chine, situé à la dernière extrémité de l'univers. Les Chinois, grands observateurs des asti) Apol.,cap. 21 .
très, comme tout le monde sait, et infiniment exacts à conserver la mémoire et à fixer l'époque de tous les grands éxénements, ont eu grand soin de marquer dans leurs anciens fastes, que sous le règne de leur sage roi Quam-Vuti, il y eut, dans le mois d'avril, une éclipse de soleil qui fut totale, et qui étonna fort ce prince, parce que, disent-ils, elle arriva contre le cours régulier de la nature, et qu'elle mit en désordre leurs astronomes, leurs tribunaux, et dérangea absolument toutes leurs observations ; et l'époque qu'ils donnent à cet événement extraordinaire, répond précisément à la quatrième année de la deux cent deuxième Olympiade et à la dix-huitième année du règne de l'empereur Tibère. 11 n'est personne qui ignore ce que l'Evangile (1) nous apprend en termes si exprès et si clairs, que le Sauveur du monde commença à prêcher la quinzième année de l'empire de Tibère. Nous savons qu'il prêcha trois ans entiers, qu'il célébra quatre piques avec ses disciples et qu'au bout de ce tempslà il endura la mort pour nous. Ce fut donc la dix- huitième année de l'empire de Tibère qu'arriva cette mort, et ainsi tout cadre, l'année et le mois de l'éclipsé, sa totalité et le dérangement du système et du cours ordinaire des astres.
« Ce fait mémorable se trouve marqué dans l'histoire de la Chine d'Adrien Greslon. Les pères Couplet, Intorceta et Rougemont en ont aussi parlé dans leur Confucius, et il en est aussi fait mention dans la Démonstration Evangélique de l'illustre et savant monsieur Huet, ancien évêque d'Avranche.
« § XI . — Pourquoi on ne place point ici le témoignage de saint Denis, l'aréopagite (2). — Avant que de finir un article où j'ai prétendu recueillir tout ce que les autres païens ont jamais dit de favorable aux prodiges arrivés à la mort de Jésus-Christ, il semble que je ne devrais pas négliger un témoignage des plus illustres, et qui parait d'abord devoir lui seul orner
(1) Anno quinto decimo imperii Tiberii Cxsaris. (î) Voltaire, tome Î4, page Ï99 et 419.
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cette matière, mieux que tout ce que j'ai pu rapporter là-dessus. C'est le témoignage de saint Denis l'aréopagite, ce fameux sage de la gentilité, qui, n'étant encore âgé que de vingtcinq ans, et quinze années avant qu'il eût été converti par l'apôtre saint Paul dans la ville d'Athènes, fit, à ce qu'on prétend, un aveu célèbre de la divinité du Sauveur, à la vue des grands prodiges qui éclatèrent à sa mort.
« Rien de plus magnifique que ce qu'on trouve là-dessus dans les écrits qui portent à leur tête le nom de saint Denis l'aréopagite, et ce que racontent à cette occasion la plupart de nos auteurs ecclésiastiques sur la foi de ces mêmes écrits.
«Us disent que dans le temps que le Sauveur du monde souffrait la mort pour notre salut, Denis l'aréopagite se trouvait en Egypte, dans la ville d'Héliopolis ou du soleil, avec son ami le, sophiste Apollophane, et qu'il fut si fort frappé des ténèbres soudaines qui obscurcirent le soleil, qu'il prononça, en s'ôcriant, ces paroles aujourd'hui si connues : Ou Dieu souffre, ou il compatit à celui qui souffre (\).
«Je sais que de fort grands hommes et de très-habiles critiques ne révoquent nullement ce fait en doute ; qu'ils le donnent pour incontestable, et qu'ils l'appuient môme par des raisons qui peuvent paraître d'abord également plausibles et solides. Telle est, par exemple, la tradition de plus de onze siècles, et l'autorité de plusieurs Pères de l'Eglise, parmi les quels on compte saint Cyrille, saint Ephrem, saint Maxime, saint Sophone, et Juvénal, patriarche de Jérusalem. Mais, quoiqu'on ne puisse assez respecter le sentiment de ces grands hommes, surtout quand il favorise la religion, il me paraît cependant que je démentirais absolument la la bonne foi et la sincérité dont je fais profession dans cet ouvrage, si j'osais mêler à des faits très-certains et tout à fait incontestables le fait
Ânt Deus patitnr aut nnm patiente dolet.
d'Héliopolis, qui est pour le moins douteux, et qui ne pourrait servir qu'à gâter ou à rendre suspects les trois témoignagnes irréfragables des Olympiades, ou chronique de Phlégon des histoires syriaques" de Thallus, et des archives de la ville et de l'empire de Rome.
« Note sur le passage de Phlégon. — Je crois devoir avertir ici que quelques critiques se sont fait, comme il arrive presque toujours, un système singulier sur ce passage de Phlégon.
Ils ont prétendu que l'éclipsé dont il parle ne doit pas être ces mêmes ténèbres qui se firent sentir à la mort de Jésus-Christ ; et la grande raison qu'ils en apportent, c'est que Phlégon ne dit point que cette éclipse soit arrivée dans la pleine lune, comme il aurait dû faire, disent-ils, s'il avait voulu parler des ténèbres qui accompagnèrent la Passion du Sauveur.
«Mais sans entrer ici dans des discussions critiques qui ne conviennent pas à mon dessein, il vaut mieux trancher la difficulté par une raison invincible, et qui saute aux yeux :
c'est qu'il faut absolument que l'éclipse marquée par Phlégon dans ses chroniques soit l'éclipsé surnaturelle ou pour parler plus juste, les ténèbres miraculeuses qui survinrent en plein midi à la mort de Jésus-Christ, puisque durant tout le cours de cette dix-huitième année de l'empire de Tibère, qui fut celle de la Passion, il n'y eut point, et il ne put point y avoir d'éclipsé naturelle, et que d'ailleurs une éclipse naturelle ne saurait produire des ténèbres sensibles durant l'espace de trois heures, comme le fit celle dont nous parlons.
« Que si 'on me demande : d'où vient donc que Phlégon n'a pas remarqué que cette éclipse dont il parle était arrivée dans le temps que la lune en son plein était en opposition avec le soleil, et que par conséquent cette éclipse ne pouvait pas être naturelle ? A cela je réponds que Phlégon put ne pas faire attention à cette règle d'astronomie ; ou peut-être même qu'il l'ignorait, toute triviale qu'elle est ; car qui dit historien ne dit pas toujours astro-
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nome ; ou peut-être enfin que quand il écrivit ses Olympiades, un siècle après ce prodige, il n'était pas à portée d'avoir des tables astronomiques pour faire toutes ces supputations.
« Mais la raison qui me parait la plus simple et la plus naturelle, c'est que cet affranchi, qui, par le rang qu'il tenait auprès de l'Empereur, était à portée de consulter les archives publiques toutes les fois qu'il lui plaisait, y lut et y copia simplement l'événement extraordinaire dont il est ici question, et ne songea pas a y ajouter la circonstance de la pleine lune, qu'il n'y trouva point (1). » (La religion chrétienne autorisée par le témoignage des anciens auteurs païens.
2 édit. reeur par M. l'abbé Labouderie.
Paris, Gauthier frères, 1820. )
On peut conclure de cette étude du P. de Colonia : 1° que l'authenticité du passage de Phlégon ne peut être raisonnablement contestée à cause des citations nombreuses des anciens Pères dont ce passage a été l'objet; 2° que, la grande éclipse de Phlégon accompagnée du tremblement de terre enBithyme étant placée la 4° année de la 202 e olympiade à la sixième heure qui était l'heure de midi, cette éclipse se rapporte bien, sauf le mois et le jour qui ne sont point indiqués, à la date de la mort de Jésus-Christ, qui eut lieu, d'après toutes les probabilités, ainsi que le croit M. Renan luimême, le vendredi 14 du mois de Nisan, de l'an 33 de notre ère; 3° que, s'il est vrai, comme cela est admis et comme nous devons l'admettre sans avoir pu le constater, que dans cette année aucune éclipse du soleil ne fut possible, en vertu des calculs astronomiques, il faut bien reconnaître qvie ce ne fut point une éclipse ordinaire lors même que ce n'eût pas été un jour de pleine lune, ce dont Phlégon ne parle pas, mais plutôt un obscurcissement du soleil dans le genre de quelques-uns dont parle M. de Humboldt qui laissèrent voir des étoiles en plein jour, sans qu'il y eût aucune éclipse astronomique,
(i) On peu! oonSlilter, sur Phlêunn et Tliallns, le Discours sur l'histoire universelle de Bossnet, page 99, éJit. de Leb 1,
et sans qu'on en ait pu découvrir la cause; 4" que la description de Phlégon ne saurait convenir à un oragemonstre, dans le genre des orages grandioses des tropiques, parce que, dans ce cas, les ténèbres étant causées par les nuages, on ne pourrait pas plus voir des étoiles que le soleil lui-même. î>° Enfin que les autres témoignages, celui de Thaï lus cité par beaucoup de Pères, celui des annales de Rome auxquelles renvoient saint Lucien, Tertullien.Jule Africain, etc., celui même des annales de la Chine, quoique beaucoup plus problématique, sont des confirmatur.
Mais, nous le répétons, il reste dans tout cela des questions de science astronomique et d'histoire que nous voudrions pouvoir étudier par nousmême et que nous sommes obligé, pour aujourd'hui, de laisser dormir faute des documents et du temps nécessaires.
Le Noir.
ÉCOLE. « Les savants, dit un pro- » phète, brilleront comme la lumière » du ciel, et ceux qui enseignent la » vertu à la multitude jouiront d'une » gloire éternelle. »D(m.,c 12, jh 3.
Jésus-Christ dit de même que celui qui pratiquera sa doctrine et l'enseignera, sera grand dans le royaume des cieux. Maftft., c. ci, jM9.
Le dernier ordre qu'il a donné à ses apôtres a été d'enseigner toutes les nations. Matth., c. 28, f 19. Saint Paul regarde le talent d'enseigner comme un don de Dieu. Rom., c. 12,
Aussi n'est-il aucune religion qui ait inspiré à ses sectateurs autant de zèle que le Christianisme pour l'instruction des ignorants, aucune qui ait produit un aussi grand nombre de savants ; excepté les nations chrétiennes, presque toutes les autres sont encore ignorantes et barbares; celles qui ont eu le malheur de renoncer au Christianisme sont retombées promptement dans la barbarie. Quand notre religion n'aurait point d'autre marque de vérité, celle-là devrait suffire pour nous la rendre chère.
Nous avons des preuves que, dès le premier siècle, saint Jean l'évangéliste
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établit à Ephèse une école dans laquelle il instruisait des jeunes gens ; saint Polycarpe, qui avait été son disciple dans sa jeunesse, imita son exemple dans l'église de Smyrne ; et nous ne pouvons pas douter que les plus saints évoques n'aient fait de même. Mosheim, Inst. Hist. Christ., sœc. 1, '2 part., c. 3, § 1 1.
Comme la fonction d'enseigner leur était principalement conliée, nous voyons, dès le second et le troisième siècle, des ùcok'S et des bibliothèques placées à côté des églises cathédrales.
L'école d'Alexandrie fut célèbre par les grands hommes qui l'occupèrent ; Socrale parle de celle de Constantinople, dans laquelle l'empereur Julien avait été instruit. Bingham cite deux canons du sixième concile, général de Constantinople, qui ordonnent d'établir des écoles gratuites, même dans les villages, et recommandent aux prêtres (Ten prendre soin. Or. ceci., 1. 8, c, 7, § 12, tom, 3, p. 273. Outre la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, les historiens ecclésiastiques citent celles de Césarée, de Constantine en Numidie, d'Ilippone et de Home.
Celle de Constantinople contenait plus de cent mille volumes: elle avait été fondée par Constantin et augmentée par Théodose le Jeune ; elle fut malheureusement incendiée sous le règne de Basilisque et de Zenon.
lbid.
Lorsque les peuples du Nord eurent dévasté l'Europe et détruit presque tous les monuments des sciences, les ecclésiastiques et les moines travaillèrent à en recueillir les restes et à les conserver; il y eut toujours dans les églises cathédrales et dans les monastères, des écoles pour l'instruction de la jeunesse ; c'est là que furent élevés plusieurs enfants de nos rois. Au sixième siècle, un concile de Vaisons et un de Narbonne ordonnèrent aux curés de vaquer à l'instruction des jeunes gens, surtout de ceux qui étaient destinés à la cléricature.
Au huitième, un concile de Cloveshow, en Angleterre, imposa aux évoques la même obligation. Sur la tin de ce même siècle, Charlemagne fonda l'université de Paris. Au neuvième, Alfred le Grand, roi d'Angle-
terre, aussi pieux que sage, établit celle d'Oxford. Au douzième, Louis le Gros favorisa l'établisement de plusieurs écoles, et le goût pour les études fut le premier fruit de la liberté qu'il accorda aux serfs. Le troisième concile de Latran, tenu l'an 1179, ordonna aux évèques d'y veiller, et d'en faire un des principaux objets de leur sollicitude. Dès lors il s'est formé plusieurs congrégations de l'un et de l'autre sexe qui se, sont consacrés à cette œuvre de charité, à enseigner non-seulement les hautes sciences, mais les premiers éléments des lettres et de la religion.
Le célèbre Gerson, chancelier de l'Eglise de Paris, ne dédaignait pas cette fonction ; aujourd'hui lechantre de cette Eglise est encore chargé de l'inspection sur les petites écoles.
Il a fallu toute la malignité des incrédules pour rendre suspect et odieux ce courage des ministres de la religion. C'est disent-ils, l'effet d'un caractère inquiet, de l'ambition qu'ont les prêtres d'amener tout le monde à leur façon de penser, de la vanité et du désir de se rendre importants, etc.; pourquoi ne serait-ce pas plutôt l'effet des leçons de Jésus-Christ et de l'esprit de charité qu'inspire le Christianisme ? Si toute espèce de zèle pour l'ensignement est suspect, nous voudrions savoir quelle est l'origine de l'empressement des incrédules de notre siècle a s'ériger en précepteurs du genrejhumain. Des leçons aussi mauvaises que les leurs ne peuvent pas venir d'une source bien pure ; dès que l'on cessera de leur prodiguer l'encens, leur zèle ne tardera pas de se ralentir. Mais si la religion ne commençait pas par donner aux hommes les premières instructions de l'enfance, où les philosophes trouveraient-ils des disciples ?
Bergikr.
ÉCOLES DE CHARITÉ. Il n'estpeutêtre point de ville dans le royaume dans laquelle on n'ait établi des écoles de charité pour les deux sexes, et surtout pour les biles. Dans la seule ville de Paris, le nombre de ces établissements est immense. Outre les maisons des Ursulines, des religieuses
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de la Congrégation, des sœurs de la Charité, on connaît les communautés de Saint Anne, de Sainte-Agnès, de Sainte-Marguerite, de Sainte-Marthe, de Sainte-Geneviève, de l'Enfant Jésus, les Mathurmes ou filles de la Sainte- Trinité, les filles de la Croix, de la Providence, etc. Il en est de même partout ailleurs. Dans plusieurs diocè.-es il y a des^ congrégations particulières formées ponr aller rendre ce service dans les paroisses de la campagne. L'on nous permettra de remarquer que cejn'est ni laphilosophie, ni la politii|UP, mais la religion qui a fondé et qui maintient ces' établissements utiles. Bergikh.
ÉCOLESJCHRÉTIENNES. Les Frères
des écoles chrétiennes, appelés vulgaivemenlignonmtinsou Frères deSaint- Yon, sont une congrégation de séculiers, instituée à Reims en 1659, par M. de la Salle, chanoine de la cathédrale, pour l'instruction gratuite; des petits garçons. Leur cher-lieu est la maisim de Saint-Yon, située à Rouen dans le faubourg de Saint-Séver; ils ont des établissements dans plusieurs provinces du royaume, et ne font que des vœux simples. Il leur est détendu, par leur institut, d'enseigner autre chose que les principes de la religion et les premiers éléments des lettres.
Dans notre siècle philosophe, on a poussé le fanatisme jusqu'à écrire qu'il faut se délier de ces gens-là; que c'est un corps qui peut devenir redoutable (I). Bergier.
Voici ce que disait de cet institut, i 1 y a quinze ans, P. Charles de S.Aloys :
« La fondation du respectable de la Salle est devenue un institut considérable dont le supérieur général réside
à Paris. Il a huit assistants, d'après le nombre des'provinces ; il compte deux cent mille élèves en France, en Belgique, en Sardaigne, dans les Etats Romains et dans l'Amérique du nord - . On peut citer parmi les principales résidences des Frères : Paris, où il y a cent Pères en activité ; Lyon, Bruxelles, qui ont trois mille élèves; Rome, qui en a douze cents ; Toulon, qui en a huit cents. La congrégation comptait, il y aune quinzaine d'années, deux mille cinquante membres,! et elle en gagne tous les jours. »
Mais beaucoup d'autres congrégations, tant d'hommes que de femmes, pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, se sont développées depuis l'époque où écrivait Bergier : nous donnons plus loin, dans un articleà part, la nomenclature qu'en donnait, il y a quinze ans, l'auteur que nous venons dé citer.
Quand nous entendons, tout à l'entour de nous, les uns crier si fort contre l'éducation congréganiste, les autres s'élever de même contre l'éducation laïque, nous disons ennous-mème:
quel aveuglement ! On se plaint avec raison du peu de progrès de l'instruction dans notre patrie; que l'on célèbre donc à la fois toutes les éducations et qu'on leur donne à toutes non-seulement la liberté complète, mais de l'argent pour faciliter leur réussite; y en aura-t-il jamais trop? Chacun choisira celle qu'il voudra, et l'extension de l'instruction qui en résultera sera toujours un bien. Le Noir.
ÉCOLES PIES. Il y a en Italie un ordre religieux consacré à l'éducation de la jeunesse, que l'on nomme les clers réguliers de écoles pies. Il ont eu pour fondateur Joseph Calzana, gen-
(1 ) Depuis cette observation de Bergier, beaucoup de révolutions ont passé sur nous; la fureur contre le genre d'enseignement primaire des Frères des ÉcolesClirétierines n'a fait que s'accroître ; elle a eu des paroxismes terribles; cependant jusqu'à présent, elle- n'a pu détruire leur popularité surtout parmi les lucres; les Frères iguorantins ont vaincu toutes les concurrences, et aujourd'hui encore on peut dire qu'ils sont les maîtres de l'éducation de l'enfance.
Nous ne voyons que quatre principes bons à suivre par les états, sur cette question de l'enseignement : 1° considérer comme nu crime social dans es parents l'inconcovable apathie qui les fait né-
gliger de faire apprendre à lire et à écrire à leurs enfants, et punir ce crime assez sévèrement pour qu'il en résulte une extension générale de l'instruction par le fait des parents eux-mêmes; 2o laisser la liberté complète du choix des maities tant aux parents, pour les maitres particuliers, qu'aux municipalités pour les écoles communales; 3o laisser la liberté complète à toir le monde d'enseigner sans aucunes conditions . mais en veillant à ce que l'enseignement public ne soit pas contraire à la morale universelle ; 4° faire touslesfrais nécessaires pour la gratuité d'éedes publiques, et pour la rétribution très-convenable des instituteurs en laissant le choix de ces instituteurs aux municipalités. Le Noir.
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tilhomme aragonais, mort en odeur de sainteté, le 15 août 10i8. Ils formèrent d'abord une congrégation de prêtres, qui fut approuvée par le pape Paul V en 1647 ; Grégoire XV î'érigea en ordre religieux quatre ans après. Ils s'obligent, par un quatrième vœu, à travailler à l'instruction des enfants, surtout à celle des pauvres. Bergier.
ECOLES (Frères et Sœurs des) i Théol. hist. ordr. rel. et assos.) — Nous complétons et actualisons Bergier sur cette matière, en donnant, comme nous le promettons plus baut, la liste qu'établissait, il y aune quinzaine d'années, P. Charles de S.Aloys, des congrégations modernes d'hommes et. de femmes qui se vouent à l'éducation de l'enfance et de la jeunesse.
n 1 Congrégations d'hommes.
« l« Frères des écoles chrétiennes. — Voyez plus haut.
« 2» Frères des écoles de M. de Lamennais. Cette congrégation, fondée vers 1820, en Bretagne, par M. de La- Mennais, est tout à fait analogue à la précédente. Elle a son siège principal à Ploérmel. Elle est répandue dans presque toute la France et s'est étendue jusque dans les possessions françaises d'Afrique et des Indes Occidentales. Elle compte 600 membres, dirigeant 200 écoles et 20,000 enfants.
« 3° Frères des Écoles. Fondés par les frères Baillard en 1837, dont le siège est à Sion-Vaudemont, entre Nancy et Toul.
« 4° Frères des Écoles de Chaminade.
Fondés à Bordeaux , ayant 5 écoles dans Bordeaux même, 4 résidences dans le diocèse et quelques-unes dans celui de Strasbourg.
a 5° Frères des Ecoles du Pmj, qui, entre autres écoles, d'après le numéro de mai et juin 1852 des Annales de la Propagation de la Foi, dirigent des établissements d'enfants à Mobile , dans le nord de l'Amérique.
« 6° Frères des Ecoles de Bice, répandus en Angleterre et en Irlande, ayant des résidences à Madras, dans les Indes-Orientales, à Calcutta, Sid-
neyton. Il y a dix ans, ils avaient à Dublin seul 10 écoles et 1,500 enfants.
Ils se sont propagés dans beaucoup de villes et donnent l'instruction à des milliers d'enfants.
« 7° Les Frères des Écoles de l'Amer iqueduNord. En 184-2 la congrégation des Frères comptait 33 membres ; son noviciat est à Baltimore.
« Outre ces congrégations, dont le nom indique la destination, il y en a d'autres qui ont le même but, sans que leur nom l'annonce tout d'abord; ce sont:
« 8" Les Frères de la Sainte-Famille; congrégation née à Belley, autorisée parle saint-Siège en 1841, dont le but est de secourir les curés dans les villes et à la campagne, en faisant remplir par des Frères les charges d'instituteurs primaires et de catéchistes, de chantres et de sacristains.
« 9° Les Frères de Saint-Joseph ou Joséphites.
« 10° Les Frères de Marie ou Maristes, nés en 1810 à Lyon, comptant 820 membres, dirigeant 150 écoles, 21,605 enfants.
« 11° Les instituteurs de la jeunesse chrétienne dans l'empire turc , en Chine et en Abyssinie, Frères lais de la congrégation des Prêtres des Missions ou Lazaristes (1), qui, d'après les Annales de 1850, avaient à Galata et Péra 600 clercs , à Santorin et Naxos 50, à Smyrne plus de 300, à Damas 450, à Alexandrie, 300.
<i D'après M. Guizot la France est un des pays du monde qui possède le plus de congrégations enseignantes.
Elle compte, dit-il, plus de 25 congrégations d'hommes voués à Penseignemeut du peuple, qui entretiennent 7,590 écoles.
« II Congrégations de femmes.
« 1° La congrégation des Pauvres Sœurs des Ecoles, de Bavière, fondée en 1834 par deux amis dévoués de la jeunesse, Sébastien Job, aumônier et confesseur de l'impératrice d'Autriche, et Michel Wittmann, nommé à l'évèché de Ratisbonne. Le berceau de la congrégation est Neunbourg
(1) Voy. Lazaristes.
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vor ilem Waldr, dans le diocèse de Ratisbonne. Elle s'établit, sous la protection du roi Louis, à Munich, où elle reçut comme résidence principale le couvent des Clarisses aux deux Anges. De là. elle s'est répandue dans les principales villes de lia\ ière. D'autres diocèses d'Allemagne ont également adopté les Sœurs pour l'éducation des jeunes tilles. En I8t7 Baltimore devint la seconde résidence principale des Sœurs, qui y établirent un noviciat, une maison-mère, el gagnèrent, d'année en année, des membres, des écoles et des enfants. D'après l'Annuaire de l'archevêché de Munich de !8o2 la congrégation comptait, au commencement de cette année, 13 résidences habitées par 278 religieuses; 34 di; ces résidences appartiennent à la Bavière, 4à l'Allemagne, qui sont:
Rottenbourg en Wurtemberg, Bre lan en Silésie, llirseliau en Bohême, et Breda en Westphalie; en Amérique:
Buffalo , Marienstadt , Milwaukie , Pittsbourg et Baltimore,
« 2° Les Sœurs des Ecoles de Ruillesur-Loire, dans le diocèse du Mans.
Le fondateur de cette congrégation
fut le respectable curé de H ni Ile, l'abbé Dujardin, qui créa également dans s, i paroiise des Krères des Ecoles appelés Frères de Saint-Joseph. En I8li la congrégation comptait 209 membres partagés entre 57 résidences, soignant :>7 écoles dans 12 diocèses.
« 3° Sœurs des Ecoles de Rouen, ayant à peu près autant de membres que la congrégatii n précédente, mais se bornant au diocèse.
« Il y a encore une foule de congrégations de Sœurs des écoles qui n'en portent pas le nom et que nous citerons ici, car elles n'auraient pas d'autre place dans notre Dictionnaire.
Telles sont :
o 1° Les Sœurs de Saint-André ou Sœurs de la Croix; fondées en 1806 par l'abbé André-Hubert Fournet, dont la résidence principale est la Suye, dans le diocèse de Poitiers.
« 2° Les Sœurs de Sainte-Christine, qui soignent les écoles et les malades ; maison-mère, Metz.
« 3° Les Dames anglaises (1), fon-
dées par Marie Ward, ayant des mai sons en Angleterre, en Irlande, en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, en Hongrie, comptant 1,000 membres.
« Les Filles de Notre-Dame, fondées en Belgique par Marie-Louise-Françoise Bliu de Bourdon, ayant leur siège principal à Namur, répandues dans toute la Belgique, et ayant des colonies à Cincinnati et dans les parages de l'Orégon dans l'Amérique du .Nord.
« 'o" Les Filles du bon Sauveur, fondées par Anne Leroy, à Caen.
« 0° Les Sœurs de la Visitation, en Irlande, fondées par l'Irlandaise Hano Nagle, dont la principale résidence est Cork.
« 7° Les Sœurs de la Visitation, fondées par Ste Françoise de Chantai (I;, comptant 108 maisons répandues en Amérique et au Liban.
« 8° et !l° Deux congrégations de Dames du sacré Cœur de Jésus : l'une fondée en France, dont la maisonmère est à Paris, répandue en Amérique, ayant 3 résidences à Rome, comptant en somme 60 maisons, 2,000 membres; —l'autre, fondée par Anne Brunetti, de Venise, ayant une maison à Vérone.
« 10° Les Filles du sacré Cœur de Marie, résidence .Niort, dans le diocèse de Poitiers.
« 11° Les Sœurs de Saint-Ignace, à Manille et dans plusieurs localités des îles Philippines.
« 12° Les Pieuses Maîtresses de Jésus, à Rome et dans quelques autres grandes villes d'Italie.
« 13° Les Joséphites ou Sœurs de Saint-Joseph, ayant plusieurs congrégations, dont la principale est celle de Cluny, dans le diocèse d'Autun.
Elles se sont répandues au loin, à Tunis, à Jérusalem, à Trébizonde, à Visagapatam, à Larnack, dans l'Ile de Chypre.
« 14° Les Sœurs de la Doctrine chrétienneàe Nancy, répanduesjusqu'auj; rivages septentrionaux d'Afrique. En France seulement, en 1844, elles étaient 400, élevant 13,000 enfants.
« 15°, 16°, 17° Trois congrégations
(1) Voy. Ward (Marie).
(I) Vor. VniTATiox (Sœurs de h).
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de Sœurs de Notre-Dame de Lorette :
l'une en France; l'autre aux États- Unis, fondée par un prêtre belge, l'abbé Nerinkx ; la troisième en Irlande.
« 18° Les Sœurs de Sainte-Marthe, dans le midi de la France, soignant les malades et élevant les petites iilles pauvres.
« 19° Les Dames de Saint-Maw , ayant leur principale résidence à Paris, rue Saint-Maur Saint-Germain, n° 80, et en outre soixante-dix à quatre-vingts établissements.
« 20° Les Dames de Saint-Michel, également établies à Paris, ayant pour mission principale l'éducation des jeunes tilles repenties.
«21° Les Sœurs de Notre-Dame, résidant à Paris.
« 22° Les Dames de Nevcrs, chargées de plus de deux cents écoles.
« 23° Les Sœurs de Voblation de Varie, répandues en Irlande, en Belgique, en Pologne, surtout en France, elles dirigent plus de six cents écoles et orphelinats. Résidence principale, Bourg-Saint-Andéol, au diocèse de Viviers.
« 24° Les Dames de l'Union, fondées par l'abbé Debrabant, à Douai, dans le diocèse de Cambrai.
« 25" Les Sœurs de la Providence, répandues en France et en Amérique.
« 26° Les Sœurs de la Nativité; résidence à Valence.
« 27° Les Filles de la Sagesse, qui s'occupent aussi du soin des malades.
Congrégation très-considérable, dont la maison principale est à Saint-Laurent-sur-Sèvre, au diocèse de Luçon.
• « 28° Les Sœurs de l'enfant Jésus, fondées, quelques années avant 1850, à Aix-la-Chapelle, où elles ont quatre cents élèves; des résidences à Cologne, à Bonn, à Dusseldorf.
« 29° Les Sœurs de la Miséricorde; maison principale à Castres. Répandues jusqu'en Guinée.
« 30° Les Sœurs de Notre-Dame de Sion, fondées à Paris par le R. P. Ratisbonne pour la conversion des Juifs et l'éducation des jeunes catéchumènes. Cette congrégation, autorisée par Mgr l'archevêque de Paris et encouragée par trois brefs de S. S.
Pie IX, en date du 15 janvier 1847,
du 2 janvier et du 7 avril 1851, compte déjà deux cents membres ; elle a deux maisons à Paris; une à Grandbourg, dans le diocèse de Versailles; une à Constantinople, qui a plus de deux cents élèves, et une autre à Jérusalem, où le fondateur fait bâtir un couvent sur l'emplacement même de la maison de Ponce Pilate, dont il a acquis en 1858 la seule arcade qui subsiste encore.
« Les congrégations de femmes qui se vouent soit à la vie contemplative, soit aux soins des malades, des insensés, des filles repenties, ont presque toutes des écoles où elles donnent gratuitement l'enseignement aux enfants pauvres; telles sont les Ursulines, les Clarisses, les Dominicaines, les Sœurs du Bon-Pasteur, qui ont des maisons à Paris, Rome, Turin, au Caire, en Amérique ; les Sœurs de Saint-Vincent de Paul, qui portent simplement le nom de Sœurs de Charité. D'après les Annales de la Propagation de la Foi de 1850, les maisons des Sœurs de la Miséricorde, à Constantinople, réunissaient chaque jour 715 jeunes filles qu'elles instruisaient gratuitement ; elles avaient de plus un internat de 160 jeunes élèves et de 50 orphelins. Les Sœurs de la Miséricorde ont encore 300 jeunes filles dans leur école de Smyrne, et autant à Alexandrie, en Egypte. Ce sont les trois seules écoles de filles chrétiennes en Turquie. Nous trouvons les mêmes résultats dans le diocèse de Louisville, dans l'Amérique du Nord.
D'après les Annales de 1851, il y a 130 élèves à Nazareth, 90 à Louisville, 60 à Morganfield, 42 à Lexington, et de même en d'autres endroits.
La France seule compte 85 congrégations de femmes vouées à l'instruction du peuple, dirigeant 8,308 écoles, qui, ajoutées aux 7,590 écoles dirigées par les congrégations d'hommes, forment un total de 15,890 écoles comprenant plus de 980,000 enfants. » Le Nom.
ÉCOLES DE THÉOLOGIE. Sous ce terme l'on n'entend pas seulement le lieu où des professeurs enseignent la théologie dans une université ou dans un séminaire, mais les théologiens
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qui se réunissent à enseigner les mêmes opinions : dans ce dernier sens, les disciples de saint Thomas et ceux de Scot forment deux écoles différentes. Quelquefois parl'ecote, on entend les scolastiques. Voy. ce terme.
Dans la primitive Eglise, les écoles de théologie étaient la maison de l'évoque, c'était lui-même qui expliquait à ses prêtres et à ses clercs l'Ecriture sainte et la religion. Quelques evêques se déchargèrent de ce soin, et le confièrent à des prêtres instruits ; c'est ainsi que, dès le second siècle, Pantène, saint Clément d'Alexandrie, et ensuite Origène, furent chargés d'enseigner. De là sont venues, dans les églises cathédrales, les dignités de théologal et d'êcolàtre.
Jusqu'au douzième siècle ces écoles ont subsisté dans les cathédrales et dans les monastères, alors parurent les scolastiques. Pierre Lombard, Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure, Scot, etc., tirent des leçons publiques; les papes et les rois fondèrent des chaires particulières, et attachèrent des privilèges aux fonctions de professeurs de théologie.
Dans l'université de Paris, outre les écoles des réguliers agrégés à la faculté de théologie, il y a deux écoles célèbres, celle de Sorbonne et celle de Navarre. Autrefois l'une et l'autre n'avaient point de professeurs fixes et permanents. Ceux qui se préparaient à la licence, y expliquaient l'Ecriture sainte, les Sentences de Pierre Lombard, ou la Somme de saint Thomas. Ce n'a été qu'au renouvellement des lettres, sous le rèt<ne de François 1 er , que les écoles de théologie ont pris la forme qu'elles ont encore aujourd'hui. Laprcmière chaire dethéologie de Navarre n'a été fondée que sous Henri III, et fut occupée par le fameux René Benoit, depuis curé de Saint-Eustache. On sait que, depuis cinquante ans surtout, les professeurs se sont beaucoup plus attachés à la théologie positive qu'à la scolastique. Ds dictent des traités sur l'Ecriture sainte, sur la morale, sur la controverse, les expliquent à leurs auditeurs, les interrogent et les font argumenter sur les différentes questions.
Dans quelques universités étrangères, surtout en Flandre, comme à Louvain et à Douai, l'on suit encore l'ancienne méthode. Le professeur lit un livre de l'Ecriture, ou la Somme de saint Thomas, ou le Maître des sentences, et fait de vive voix un commentaire sur ce texte. C'est ainsi que Jansénius, Estius et Sylvius ont enseigné. Les commentaires du premier sur les Evangiles, ceux du second sur les quatre livres des Sentences, sur les Epitres de saint Paul, etc. ; ceux de Sylvius, sur la Somme de saint Thomas, ne sont autre chose que leurs explications recueillies, que.
l'on a fait imprimer.
Les écoles de théologie de la Minerve et du collège de la Sapience à Rome, celles de Salamanque et d'Alcala en Espagne, sont célèbres parmi les catholiques. Les protestants ont eu autrefois relies de Saumur et de Sedan; celles de Genève, de Leyde, d'Oxford, de Cambridge, ont encore aujourd'hui beaucoup de réputation parmi eux. Voyez Théologie. Bebgieh.
ÉCOLES (hautes) DES JUIFS. (Théol.
mixt. et scien. hist. écol. cél.) — Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant à lire une étude intéressante de M. Thalhofer sur cette matière peu connue ; nous tirons cette étude du Dict. eneyel. de lathéol. cath.
« Les anciens Hébreux attachaient un grand prix à l'éducation des enfants ;mais ils n'avaient pas plus que les autres peuples ( les Perses exceptés) ce qu'on appelle des écoles élémentaires ou primaires. Ce ne fut qu'après la captivité de Babylone, et probablement sous l'influence des Perses, qu'ils créèrent de ces sortes d'écoles. Il parait aussi qu'avant la captivité ils n'eurent pas d'écoles scientifiques, à moins qu'on ne veuille considérer comme telles les écoles des prophètes. Mais, les renseignements sur cette institution toute spéciale sont trop rares et trop obscurs pour qu'on soit autorisé à comprendre, avec les rabbins, les mots DW33H 133, (t) dans le sens postérieur et
(I) IV Bois, 2, 3, et alias.
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strict de tUfflAn,
les lieux où les iils des prophètes demeuraient en commun (lj, précisément des TQ CTTÎ2", ou académies
dans le sens de celles qui furent fondées plus tard en Palestine et en Habylonie (2).
• Il n'est pas sans vraisemblance que pendant toute la durée de la royauté hébraïque il y eut des écoles de prophètes, et que les prophètes eurent, pendant l'exil et après cette époque, un cercle de disciples autour d'eux. Il put y avoir aussi des disciples des prophètes parmi les hommes de la grande synagogue. « Ce fut des prophètes, est-il dit, Virke Aboth, [,
que la doctrine orale, îlTlp, fut transmise aui hommes de la grande synagogue: .i ce qui vent dire que ceuxci furent mis en possession non-seulement de |,i vérité pai -l'intermédiaire des prophètes, mais encore de la Révélation non écrite.
« Au retour de la captivité, l'activité intellectuelle des Juifs fut surtout reproductive et conservatrice ; elle s'occupa de recueillir, d'arrêter, de coordonner, de justifier, et d'accommoder les traditions écrites et orales.
« La période des Soferim, qui commence avec Esdras et se termine à Simon le Juste, est entourée de grandes obscurités, et nous n'avons aucun renseignement positif sur les écoles savantes de celte époque; mais on conclut qu'il y en eut de ce qu'on peut démontrer (3) que, dès la période des Soferim, on faisait des leçons dans les synagogues pour expliquer les passages qu'on lisait les jours de sabbat.
Ces leçons supposaient une intelligence approfondie des saintes Écritures et une connaissance exacte des traditions orales, par conséquent, de Yètude, Les hommes qui s'occupaient de scruter et d'expliquer la sainte iiible, ainsi que de transmettre et de
et à voir, dans commenter savamment la tradition
se nommaient Soferim,
ypaUixaTE"?.
C'étaient dessavants, qui connaissaient l'une etl'autre. Ils attiraient des élèves autour d'eux, et leur faisaient des leçons, le plus souvent dans les synagogues. C'est dans la période des Soferim ( à laquelle appartiennent les plus anciennes prières, par exemple, n-|UÏ rUïJUJ qu'il faut chercher les germes delà Midmsch (interprétation), qui s'est agrandie à l'infini, et par laquelle l'esprit actif des Hébreux cherchait non-seulement à comprendre la lettre de l'Écriture, mais encore à rattacher à la lettre toutes les prescriptions traditionnelles, Hulachu, rtjbn, ou à les en déduire ; à voir tout, dans la lumière de la sainte Ecriture, d'après le principe: « Tourne et retourne la Bible, car tout y est (1). »
« A la grande synagogue succéda plus tard le sanhédrin, ou plutôt celle-là se transforma en c^lui-ci. Ce sanhédrin était, dans tous les cas, depuis plus d'un siècle avant J.-C, le tribunal suprême pour les affaires judiciaires comme pour les affaires religieuses, et non-seulement l'interprète authentique de la loi écrite, mais encore l'autorité dépositaire de la tradition orale. On comprend qu'on exigeait un savoir particulier de la part des membres du sanhédrin ( la connaissance de soixante-dix langues) (2).
On demandait aux membres du petit sanhédrin d'abord la sagesse, et ceux-là seuls qui avaient été déclarés capables par la semkha ( qui se donnait soit par l'imposition des mains, soit de vive voix par les mots : « Tu es gradué et tu as l'autorisation de juger) (3), » pouvaient faire partie d'un sanhédrin. Cette déclaration de capacité supposait une connaissance approfondie de l'Écriture et de la tradition, et tous les maîtres {rabbï) autorisés parlasemicha pouvaient donner cette instruction (i), qu'ils fussent
(1) 1 Rois. 19, 18, 20,24. IV Rois, 2, 3, 5 ; 4, 38; 6,1. (1) Abnlh, 5, 24.
(2j Dans IV Rois, 22,14, njTi'TS pris du chai- [*) lV '!/ •> snr ce nombre mystique, Ehmiann,
. Documents pnur seroir à l'histoire des écoles
déen el du syriaque pour désigner une maison juiuM , Prague, 1846, p. 18. d'érole. Coul. Vitrioga, de Synag. vit., p. 13) Sanhédrin, fol. 13,6.
3 5D - (4). Ce litre était dé
(3) Conf. Zuiii, le Culte des Juifs. lel et de Sckammai
déjà utsité du temps de Hil-
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simplement des docteurs de la loi ou des membres d'un sanhédrin. Comme les docteurs les plus célèbres faisaient en tout temps partie du grand sanhédrin qui siégeait à Jérusalem, c'est là naturellement qu'il y avait le plus de disciples. Cependant les rabbins (vo[io8i8et(TxaV>L) domiciliés ailleurs enseignaient aussi, soit dans les synagogues, soit dans leurs maisons (1).
Les maîtres les plus célèbres de Jérusalem avaient probablement un local spécial pour donner leur enseignement et soutenir leurs savantes discussions ; ce n'est qu'en admettant ce fait qu'on comprend comment, à
côté du Nasi, p rPS ttNO, on pouvait nommer un ruiri W, c'est-àdire un chef d'école, rector magnifiais. On ne peu', en aucun cas identifier, même pour le temps antérieur à la ruine de Jérusalem, na^C' et r>TTrUD (2). Il est probable que, le plus souvent, le Nasi remplissait en
même temps la fonction d'un rQ'W 1 "I dans Jérusalem. Mais, si le Nasi n'était pas un savant remarquable et n'était par conséquent pas apte à être le président du collège des docteurs, un autre pouvaitètre 1 "\ (Bosch IeSùMhah).
Les leçons, du moins les leçons solennelles, étaient faites par les docteurs en présence du collège des docteurs réunis sous la présidence du Bosch Ieschibah (3). Les docteurs, même celui qui professait, étaient assis (d'où
la dénomination de rU"»iS'> "I. c'est-àdire chef de la session, président de l'assemblée) (4). Les élèves qui d'abord étaient debout finirent aussi par écouter assis (5).
«Mais chaque docteur avait des élèves
attachés à sa personne, auquel il donnait des leçons particulières. On ne comprendrait pas sans cela comment, n.algré l'unique Rosch Ieschibah, il pourrait être question de plusieurs écoles dans Jérusalem.
Les docteurs enseignaient de mémoire ; « car, dit Maimonides dans sa
(1) Vitriola, I, c. 145 sq.
(2) Voy. Selden, et contre lui Vitringa.
(3) BeracUoth, fol. 27, b.
(4) Vitriola, 142.
(5) Ibid., 170 sq.
préface de Jab Chasakah, depuis les jours de Moïse jusqu'à notre maître Jéhuda le Saint, il n'a pas été fait un livre qu'on aurait publiquement enseigné en vue de la loi orale ; mais, à toutes les époques, le chef de la justice ou le docteur de la loi a rédigé
par lui seul (nbao anriD , rouleaux secrets) les enseignements qu'il a reçus d'un maître, afin de s'en souvenir plus facilement ; puis il les a enseignés à son tour de vive voix. De même chaque élève écrivait, suivant sa capacité, et pour lui, ce qu'il avait appris de l'explication de l'Écriture et de la Halacha. C'est dans cet état que les choses demeurèrent jusqu'à notre saint docteur. » Les élèves avaient le droit de faire des questions publiques (1), ce qui excitait les débats les plus vifs ; du reste, ils devaient le plus profond respect aux maîtres:
«Car, était-il dit, tu dois craindre ton maitre comme Dieu ("2), » et: « Qui murmure contre son maitre murmure contre la Divinité (3). »
((L'enseignement était probablement donné gratuitement, et la plupart du temps lés docteurs exerçaient une industrie ou un métier.
« Les envahissements de plus en plus prononcés de l'hellénisme, au temps des derniers Asmonéens, et l'opposition des Sadducéens eurent une fâcheuse influence sur les écoles. Le peuple haïssait également l'hellénisme et le sadducéisme ; aussi ceux qui, en qualité de savants pharisiens ( les Sadducéens n'avaient pas d'écoles formelles ), s'opposaient à l'une et à d'autre de ces doctrines, devaient acquérir un crédit de plus en plus grand auprès du peuple, qui suivait les opinions pharisaïques.
• En effet, les docteurs pharisiens jouissaient d'infiniment plus de considération que les prêtres, ce qui faisait rechercher la science pharisaïque et amenait beaucoup d'élèves aux hautes écoles. Cependant nous pouvons tenir pour certain que tous les savants pharisiens ne se prononcèrent pas également et ne purent pas se
(2) Jboth,i, 12.
(3) Sanhédrin, loi. U0,fl.
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prononcer absolument contre l'influence de l'hellénisme.
Ce fut peu de temps avant Jésus- Christ, sous l'inlluence de la philosophie égypto-grecque, et peut-être de la philosophie persieo-magique que se développa la Cabale; elle ressortait d'ailleurs de la nature même du judaïsme. Il est plus que vraisemblable qu'il y eut, pour les dogmes du Penlateuque comme pour la loi, une tradition orale, datant du temps de Moïse, transmise et développée parles Prophètes. Il faut admettre qu'une tradition de ce genre existait aussi par rapport aux institutions, aux actes et aux nombres évidemment symboliques et typiques du culte mosaïque ( min iSl , c'est-à-dire mystères de la loi, chez les Talmudistes).
Quoique l'activité des Soferim et des Thanalm, qui leur succédèrent, s'appliquât surtout à la tradition de laHalaeha ( celle-ci se nomme cabbala,
îTnp) chez les Talmudistes), il est
cependant présumable que parmi les docteurs les uns ou les autres s'occupèrent aussi de la tradition dogmatico-mystique( c'est celle-ci seulement qui depuis le douzième siècle se
nomme cabbala, nSlp, m' è\oyi,v). Il
se pouvait en même temps que l'un ou l'autre fût le plus orthodoxe des pharisiens et la plus célèbre des docteurs de la loi, comme le furent plus tard Jochanan ben Sakai, Eliézer ben Hyrcan, Akiba, Simon ben Jochai, etc., et dès lors nous comprenons que le ïalmud, malgré sa tendance et son esprit tout dilférent, ne condamna pas la cabale.
« Sous l'influence de la philosophie quelques docteurs développèrent peu à peu la tradition dogmatico-mystique sur Dieu, sa nature, ses attributs, ses rapports avec le monde, sur l'origine du monde, le sens des nombres et des lettres qui le ligurent, et ce fut aussi le cas, mais sur une plus large échelle, de la tradition de la Halacha. On ne peut dire exactement jusqu'où et en combien de temps la cabbale se développa de cette façon avant l'ère chrétienne ; les sources nécessaires manquent. Il est certain
seulement que la cabbale existait peu de temps avant J.-C, et que la plus ancienne cabbale s'était déjà occupée, en s'appuyant sur Ézéchiel, 1, et Isaïe, b (raDiQ ni£?!TQ) , de Dieu, du rapport du Créateur à la créature
(rvt'N-a nit-ira) (i).
A mesure que le Sanhédrin perdit son influence, comme autorité judiciaire, sous les derniers Asmonéens et surtout sous Hérode le Grand et les Romains, ses membres s'appliquèrent avec plus d'ardeur à la partie dogmatique de leurs attributions, et le Sanhédrin obtint une plus grande considération comme centre religieux de la nation. Mécontents de la situation politique qu'ils déploraient, et qui ne pouvait plus leur donner ni consolation, ni confiance, les meilleurs esprits s'adonnèrent entièrement à l'élude de la loi. Ce fut sous Hérode le Grand que vécurent les célèbres docteurs Hillel et Schammaî.
Ils étouffèrent presque complètement le sadducéisme et réveillèrent à un haut degré l'intérêt de la jeunesse studieuse en faveur des discussions de la loi. Hillel (Maijnus), émigré de Babylone, avait été un des disciples les plus zélés de Schemaja et d'Abtalion ; il se fit remarquer autant par sa douceur, son désintéressement (2) et sa modération, que par son savoir, qui l'éleva et le maintint pendant quarante ans aux fonctions de président du Sanhédrin et de la haute école (3). On le place à côté d'Esdras et on le considère comme le restaurateur de la loi (orale) (4). La Mischna adopta presque toujours son avis dans les choses litigieuses. Parmi les quatre-vingts élèves qui fréquentèrent son école, le plus solide fut Jonathan ben Ussiel (targumiste), et le célèbre Jochanan ben Sakai fut, dit-on, le moindre d'entre eux, quoiqu'il eût embrassé tout le domaine de l'érudition judaïque.
« Sehanamai, qui était IHITS 3N à côté de Hillel, parait aussi être sorti
[l)llfîschna chag ., f. H, 6, 13, a, 14, 6. Cf. Sncea, fol. 28, a ; puni- les restrictions, Chag.. 2,1.
(2) Aàolh, 1, 13.
(3) Pesa.-h, toi. 66.
(4) Sanhédrin, fol. 11, a Succa, fol .20, a.
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de l'école de Schemaja et d'Abtaliou.
Il était vif et vigoureux.
« Hillel et Sciiammai étaient d'accord dans tout ce qui était de Halacha traditionnelle et universellement reçue (1) ; ils se séparaient, et leurs disciples se divisèrent encore plus, sur certains points litigieux, surtout sur des questions de rituel (2).
« Gamaliel l'ancien (7ptn), nommé
aussi Rabban, pi, savant généralement estimé qui fut le maître de saint Paul, avait à la suite de grands troubles politiques dans Jérusalem, transféré le siège du Sanhédrin à Jumnia (njn 1 ); d'autres disent que cette translation fut opérée par Jochanan ben Sakai. Toujours est-il que, les plus solides docteurs se trouvant parmi les synédristes émigrés, Jamnia devint la haute école la plus célèbre, et resta telle jusqu'à ce que Tibériade lu: disputa plus tard le premier rang.
« On cite Onhélos comme un des plus illustres disciples de Gamaliel.
La dignité de Nasi avait passé de Gamaliel à son tils Simon, qui perdit la vie lors de la ruine de Jérusalem. Si le Talmuddit vrai (3), Titus épargna, grâce à l'intervention du prudent Jochanan ben Sakai, non-seulement la famille de Simon, mais tous les savants de Jamnia, où Jochanan remplit les fonctions de Nasi et de Hosch leschiba jusqu'au moment où le fils de Simon, Gamaliel le jeune, put s'en charger.
« A partir de la ruine de Jérusalem les yeux de tous les Juifs, qui peu à peu se retrouvèrent nombreux en Palestine, furent dirigés vers Jamnia, où siégait l'autorité suprême interprète et unique dépositaire do la loi, .
le Sanhédrin, présidé par un rejeton de r 'avid, un descendant de Hillel, savoir Gamaliel le jeune, et où les rabbins arrachés à la mort expliquaient la loi et l'enseignaient aux disciples désireux de la connaître. Le Nasi, nommé patriarche par les Romains, était la suprême autorité légis-
(1) Maioiouiiles, Préf. à Seder ieraim, fol.
(2) Jerwchalmi Schabb, fol. 33.
Ci) Gittin, fol. 59, b.
lative pour tous les Juifs, le premier
des docteurs (ï ï), et le chef souverain du culte (N17D UNI).
« Malheureusement Gamaliel, sous l'administration duquel l'école de Jamnia avait pris de la plus grande activité, lit trop peser son autorité, même dans les choses doctrinales, arrêta l'expansion de la pensée et la liberté des opinions qui avait régné sous Jochanan. A la même époque que Gamaliel deux autres docteurs enseignaient à Jamnia : c'étaient Élièser ben Hyrcan (cabbalistel, que Jochanan appelait le Sage et que la postérité surnomma le Grand; puis le vieux R. Dosa ben Archinas, et enfin le lier R. Akiba. Ces deux docteurs, aspirant à une plus grande indépendance, fondèrent plus tard des écoles spéciales : Éliéserà Lydda, où il fut banni et où il mourut, et où enseignait également R. Tarphon ou Tri/phon (l'adversaire de Justin?); R. Josuô à Pékiin, et R. Akiba à Béni Brak (p*a ija), deux villes de Judée.
C'est à Akiba, qui eut, dit-on, 2i,000 disciples, et qui devint le chef de l'école de Lydda après la mort d'Éliéser, qu'on attribue la rédaction de la Mischna M) Il était cabbaliste, c'est lui qui, suivant la tradition, rédigea le livre Jezirah.
« Toutes ces écoles souffrirent beaucoup de la rigueur des édits de Trajan et d'Adrien contre les Juifs, et de toutes les calamités qui sous ces empereurs accablèrent les synagogues de Palestine redevenues florissantes.
Les maîtres, plus particulièrement persécutés, durent prendre la fuite :
Akiba se réfugia à Nisibis et à Nahardéa; des centaines de rabbins furent mis à mort, et les hautes écoles, qu'on regardait, non sans motif, comme des pépinières habituelles de révolutions politiques, furent menacées d'un coup mortel par la rigoureuse défense de communiquer désormais la sémicha, c'est-à-dire d'imposer les mains, à de nouveaux docteurs. Toutefois le coup ne porta pas, car R. Juda ben Baba, martyrisé
(I) Zodz p. 49 : SsUTlpUfflÇ TQÛ 'AlU&X, d»ns Épiphaue.
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135 ans après Jésus-Christ, consacrait encore, peu avant sa mort, en plein champ, par la sémicha, cinq de ses disciples, et prenait ainsi des mesures pour garantir la conservation de la race des docteurs autorisés. Plus les Romains persécutaient les savants, dont plusieurs (Akiba, Chanina ben Théradion) souffrirent avec intrépidité d'affreux supplices, plus la considération de ces docteurs augmentait aux yeux du peuple.
« Vers la lin du règne d'Adrien les Juifs respectaient dans ce petit nombre de docteurs, institués par la sémicha, les vrais dépositaires du judaïsme orthodoxe, les colonnes de la synagogue ébranlée, et ils n'avaient pas de désir plus vif que de les voir se réunir do nouveau, ouvrir leurs écoles, et de travailler ainsi au maintien de la foi. ('.'est ce qui arriva en elfet; ces cinq docteurs furent: R.
Joséien Khalefta, l'auteur principal du Scdrr {ilam rabba Jéhuda ben [liai (qui se servait d'un tonneau qu'il avait fabriqué de ses mains connue d'une chairej ; Simon ben Jochai ( les éléments du Sohar sont de lui) ; R.
Elasar et Néhèmie, auxquels s'adjoignit le spirituel et libéral R. Méir, promu au doctorat par Akiba. On enseignait à Jamnia, outre la Halachaet la Hagada, les sciences profanes dans leurs rapports avec la science sacrée.
« L'école de Jamnia florissait depuis peu lorsque des leçons passionnées et hostiles au paganisme de R.
Simon ben Jochai causèrent sa ruine.
Simon ne put échapper à la mort que par la fuite ; R. José fut banni à Sepphoris, où il enseigna plus tard, et jéhuda, fatigué de la surveillance incessantedes Romains, abandonna l'école de Jamnia. Il est probable que R. Méir était déjà alors à Babylone.
« Sous le règne plus doux de Marc- Aurèle les Juifs de Palestine furent plus heureux. L'autorité synédrale, qui depuis la ruine de Bether était comme anéantie, se releva puissamment, et le Nasi put reprendre ouvertement ses fonctions. Ce Nasi (Simon ben Iji.unaliel, selon d'autres Jéhuda le Saint) transféra, à ce qu'il parait, le siège du Sanhédrin à Tibériade, alors ilorissant, et les savants les plus
considérables, quelques-uns émigrés de Jamnia, se réunirent autour de lui et attirèrent un grand nombre d'auditeurs. Ce que Jérusalem avait été autrefois pour toute la nation, Tibériade le devint, et cette ville resta longtemps un centre religieux et scientifique. L'école de Tibériade atteignit son apogée sous Jéhuda le Saint, nommé absolument Rabbi (le maître par excellence) (de 14o à 21 5).
Il avait entendu ses illustres prédécesseurs et s'était fidèlement approprié leurs principes. Sa piété, sa bienfaisance et sa douceur l'avaient rendu célèbre et cher à tout le monde, et l'on comprend facilement l'autorité qu'obtint la collection qu il lit des traditions orales parvenues jusqu'à lui, et qui fut généralement acceptée par les Juifs. Cette collection, que jéhuda ne lit, à ce qu'il semble, que pour les biens de son enseignement, qui se répandit ensuite par écrit, se nomme Mischna (I). Elle porte ce nom parce qu'elle renferme la loi
transmise oralement (rvj Sî73.tï !"lTn) (2), laquelle complète et explique la loi écrite, et, par conséquent, parait comme la seconde loi par rapport à celle-là, (njï: - , chald. N3J1, d'où le
IV^nn des Babyloniens; Swrfpumc),
Les docteurs des siècles précédents, qui avaient transmis eten partie établi l'autorité des propositions dogmatiques consignées dans la Mischna, se nomment Thanaim (□'ton), hébr.
Schonim, hommes qui paraissent comme les dépositaires, les transmetteurs autorisés de la seconde loi.
Simon le Juste est le premier et Jéhuda le dernier de ceux qui sont expressément désignés comme Thanaim.
« La Mischna, qui fut achevée par les élèves de Jéhuda obtint bientôt parmi les Juifs d'Orient et d'Occident une autorité |canonique et devint le centre d'unité du judaïsme. C'est d'après elle qu'on décida dans la pratique; les docteurs des hautes écoles
{[) Cf. Eraeh et Grnber. 1. II, snct. 27, p. 47, 48. Cieiznach, Dnracbe, Kaddorot , p. 258. Contre ces auteurs, Rappoput. Voy . Talmud.
(JJScU.bb, fol. 31, b.
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n'eurent plus désormais que la mission d'expliquer ce code du judaïsme, et reçurent par ce motif le nom de Amoraïm, DWIIDN (1), (naissance
du Boraitha et du Thosephta, peu après la mort du Jéhuda).
« Mais la Mischna, ayant obtenu un crédit presque supérieur à celui du Pentateuque, les docteurs se restreignirent, comme nous venons de le dire, à l'expliquer, et entravèrent ainsi le développement libre et scientifique du judai me.
« Après la mort de Rnbhi (à Sepphorisj l'école de Tibériade commença à déchoir. Les successeurs de Rabbi (Gamalkl III Jéhuia Nésia, Hillel (2), etc.) conservèrent encore pendant quelque temps la dignité de Nasi, mais ils n'étaient plus les chefs des écoles et n'avaient presque pas d'autorité sur elles.
« La Halacha était close et rédigée, et la sémicha se transmettant plus facilement, les savants de Palestine purent sans peine fonder des écoles particulières. Un des plus célèbres docteurs de Tibériade, après le milieu du troisième siècle, fut R. Jochanan; il jouissait d'une telle considération qu'on lui attribua plus tard faussement la rédaction du Jéruschalmi, Après sa mort ['école de Tibériade souffritplus encore desévénements politiques (la guerre des Perses) que de l'essor que prirent les écoles de Babylone, où se rendirent non-seulement les maîtres les plus fameux de la Palestine, mais la masse des élèves. Cependant les docteurs de Palestine (H. Adda) rendirent encore un grand service sous Hillel, l'avantdernier Nasi, parla composition d'un calendrier lixe, et surtout par la rédaction des leçons faites sur la Miscbna par les écoles de Palestine. Ces commentaires de la Mischna se nomment le Talmud de Jérusalem (Talmud Jéruschalmi, Gémara des Occidentaux), et ont été probablement rédigés à Tibériade vers la lin du quatrième siècle (300 ans après la ruine de Jérusalem) (3). Au commencement du
(1) Zilnz.p. 338.
(2) Voy. Eruch et Gniber, I, c, p. 48, 49, sur l'obscurité de cette descendance.
(3, Muimonides.
cinquième siècle la dignité de Nasi disparut, et avec elle tomba le dernier vestige de l'autorité religieuse de Tibériade. Il n'était plus question depuis longtemps de la sémicha.
«A partir de cette époque il faut porter son regard vers les Juifs dispersés sur les bords de l'Euphrate et du Tigre, descendant des anciens exilés d'Assyrie et de Babylone. Ceuxci avaient eu, non-seulement depuis les Parthes, mais dès la domination des anciens Perses, un chef temporel particulier (au point de vue religieux ils étaient unis à Jérusalem) ; ce
chef portait le titre de nSan UNI ou
NniSa Ù.'N1, c'est-à-dire prince des
exilés, et son autorité fut plus ou moins étendue suivant les époques.
11 est tout à fait vraisemblable que les Babyloniens eurent de hautes écoles quelque temps avant le Christ ( 1) ; cependant elles n'eurent pas grande réputation avant la ruine du Jérusalem. Ce ne fut que sous la domination des nouveaux Persans, sous le règne des Sassanides (220-637), favorable aux Juifs, que les écoles babyloniennes prirent leur essor; et d'abord à Nahardéa, où enseignait, avant le milieu du troisième siècle, H. Samuel, surnommé Arioch. Il suivait la Mischna de Rabbi, qu'il avait apportée de Palestine (il était élève de Rabbi); et c'est ainsi que les écoles babyloniennes, émancipées du joug des écoles de Palestine, dont elles avaient dépendu jusqu'alors, restèrent néanmoins d'accord avec cellesci dans tout ce qui était essentiellement judaïque.
« Vers le même temps à peu près Abba Aricha, plus ordinairement Rab (désignation babylonienne du rabbi ; en place de Rab ils disaient aussi Mar), fonda une école à Sora (Mata-Méchasia). Il était aussi disciple de Rabbi, avait obtenu la sémicha à Tibériade et jouissait d'une grande considération parmi les savants de Palestine.
Malgré la vivacité de son caractère son école était très-fréquentée. Après la mort de Rab ses disciples passèrent à
(I) Orient, 1846, o. 52. Lutterbeck, Idées doym. du JS'ouv, Test ., I,p. 105, 166.
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Samuel, et ce ne fut qu'une vingtaine ou trentaine d'années après que R.
Hona II releva ['école de Sora, au point que huit cents étudiants pouvaient être nourris aux frais de ['institution.
« Vers Le même temps un disciple d'Abba, Jéhuda bar Jécheshel, ouvrit une école à Pumbéditha, dans le voisinage de l'arabique El Jabar. Cette école surpassa plus tard toutes les autres, aussi bien celles de Sora et de Nahardéa que celles moins connues de Mahusa et de Néresch. Elle dut cet élan aux fameux docteurs Rabba (R.
Abba, 301-322;, Joseph [bar Chija) l'Aveugle, surnommé par eupliémie Tinj UD , le Clairvoyant, et à cause de sa connaissance delà tradition 1J1D (chef de l'école, de 322 a 3211), et'enfin Abaje et Uaba. A partir du milieu du quatrième siècle Nahardéa et ensuite Sura reparaissenl a l'avant-scène, Sora surtout, lorsque R. Aseheen devint le chef (370 . C'es( sous lui que fut rédigé le Talmud de Babylone auquel, vers 500, R. José mit la main pour le polir et l'achever (\). Dès le commencement du sixième siècle les docteurs de la loi n'osaient plus contredire le Talmud; ils considérèrent la tradition comme absolument close, et ne se reconnurent plus capables de donner des interprétations faisant autorité.
Ils ne poposaient plus que leur opinion, K13D, et furent par cette raison
appelés Sêboraim (DWQD) (2). Ils s'en
tinrent au Talmud de Babylone, à peu près comme autrefois les Soférim à la Bible. Sous le règne, peu favorable aux Juifs, de Yezdedgerd II (3), puis sous celui de Firouz et de Cabad, les écoles babyloniennes déchurent considérablement (il y eut une interruption de soixante-treize ans). A peine entend-on parler de l'une ou de l'autre. A partir du milieu du sixième siècle les jeunes Babyloniens revinrent fréquenter Vécole de Tibériade, qui s'était relevée, et où Mur Sutra, qui avait fui Babylone (vers 520), avait, dit-on, rétabli la sémicha (4).
(!) On y inséra encore pins tard quelques parties, (î) Cunf. J„st, Hist. des Juifs, t. IX, Suppl., p.
(3) Joat, Suppl., p. 279.
(4) Ibid., p. 340.
« Ce ne fut que sous Hormisdas (579- 591) et Chosroôs II (591-628) que les écoles de Babylone refleurirent. En 589 Mar Honaii ouvrit Vécole de Sora; celle de Pumbéditha s'éleva avec celle de Sora au premier rang, sous la domination des Arabes, en somme favorable aux Juifs.
« Les chefs de l'école S'ITS T de
Sora et de Pumbéditha reparurent alors, avec le Resch g'lutha, entouré lui-même d'une haute considération, et continuèrent le tribunal suprême desjuifs de l'empire persan; ils eurent l'autorité législative, et le Resch g'lutha, désormais élu, consacré par l'imposition des mains, eut le pouvoir exécutif. Le chef de Vécole de Sora était entouré d'une espèce de sanhédrin, et les cas les plus difficiles étaient portés devant son forum. Il portait le
titre de Gaon, pxa (illustre, magnifique, Illustris) ; celui de Pumbéditha ne portait que le titre de Rabban. On désigne ordinairement la période de 589 à 1040 comme celle des Géonim.
« Le caractère prédominant de la science des Géonim était celui de la Halacha; mais on ne peut méconnaître que , dans la seconde moitié de cette période, la philosophie arabe exerça, de même que le caraïsme, une grande influence sur les savants rabbiniques. Jusqu'à la dernière période que nous venons d'indiquer les Juifs n'avaient pas une science libre et indépendante; l'activité individuelle, la raison personnelle étaient complètement effacées par la tradition halachienne et hagadienne, et une exégèse scientifique était devenue presque impossible. Versle milieu du huitième siècle s'élevèrent les Caraïtes. L'opposition des Caraïtes et l'interprétation traditionnellede laMidraschhalachienne et hagadienne durent conduire peu à peu aune exégèse directe et à des études grammaticales d'autant plus indispensables que les nouveaux rapports des Juifs avec les peuples au milieu desquels ils vivaient rendaient nécessaires les versions arabes et les explications philologiques de la Bible et du Talmud. Une exposition de la foi et de la morale faite comme au ha-
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sard et par simple agrégation ne pouvait plus Bufttre en face dos Arabes spéculatifs, notamment des Motasalen rationalistes. Il fallait une exposition systématique du judaïsme, surtout une véritable théorie de ses dogmes.
Le grand Baadia Gaon (né en 892 à Fajum, en Egypte, -|- 942 Gaon àSora) tint compte de tous ces besoins, qui s'étaient déjà prononcés cent ans avant lui, et qui furent également
[tris en considération par les savants
de cette époque; malheureusement il nous est parvenu fort peu d'ouvrages de la période des géonim et les renseignements sur les maîtres ne sont
pas très clairs (l)
« Les derniers savants célèbres parmi les Babyloniens furent R, Schérira, Gaon, el son lils Uni, tous deux talmudistes rigoureux et ardents adversaires du pnilosophisme. Schérira était devenu chef de V école de Pumbéditha en 968. Sora semble ne pas
avoir eu île chef à celte époque, OU n'en avoir eu que l'ombre; r.irSrhé-
rira, quoique de Pumbéditha, était Gaon, et, comme H n'y avait pas de
llcsch g'lutha en fonction, il était devenu sous tous les rapports le rentre
(les Juifs babyloniens. On le calomnia près des ralliés, il résigna le gaonat entre les mains de son lils liai, eteut une lin tragique.
(i 11. Uni exerça le gaonat pendant quarante an - ; il fui le dernier Gaon et inoiirui en 1036. Le califal était en pleine décadence; sa ruine précipita
les Juifs de leur splendeur, et lit Cesser la connexion des rm/rs bahv-
loniennes avec les Juifs d'Afrique, d'Espagne, etc., etc. Les Babyloniens
eUX-memes lurent opprimés et paralysés dans leur zèle pour l'étude ;
et C'est ainsi qu'il advint qu'après la mort de liai V école de Puiulied i llia
tomba, et qu'avec elle s'éteignit le dernier loyer du judal me dans les anciennes résidences Qorissautes d'Israël.
« Désormais nous devons nous reporter vers l'Occident. Jetons pourtant encore un regard sur les écoles de Palestine, qui, comme nous l'avons
M) Joie, Suppl., p. 858.
dit, avaient repris un nouvel essor, au milieu du vr siècle.
« Os écoles de Tibériade, durèrent pendant toute la période géonieniu et même au delà (Aben-Esra dispute à Tibériade avec les Massorètes), elle s'occupèrent beaucoup de l'Écriture sainte et de la Midrasch. Les ftuitsds cette activité furent la Massore (1), qui fut peu à peu achevée après la sizième siècle, [2) ainsi que les nombreuses explications bagadiennes th, l'Écriture, telles que B'reschit rabba, Echa rabbati, Vajikra rabba, l'ancienne Pesikta, Boraitha de RabW Éliéser (les Juifs de l'Asie Mineure (3), de la Grèce et de l'Italie (4), de pendaient des écoles palestiniennes; les Juifs d'Afrique et d'Espagne, des écoles babyloniennes).
« La science judaïque s'étendit en Occident avec, l'islamisme, en partie de la Palestine, en partie de la Babylonie, et y pénétra de lionne heure; on en a des preuves du neuvième et du dixième siècle (5). Nous rencontrons d'abord des savants en Italie (Elésarha Kalir), puis en France, en Allemagne, où, peu après la clôture de la période géonienne, on fait déjà de nombreuses bagadas. Ce fut en Espagne, leSéfaraddes rabbins (tisd), que l'érudition judaïque se déploya dans >a luxuriante richesse. Les Juifs
espagnols avaient salué avec joie la
domination des Moslémites (71 Ij, et, en effet, le califat des premiers Om miades les mit dans la situation la plus favorable. Durant cette période l'islamisme exerça sur la direction scientifique des Juifs une plus grande influence que sur ceux de Babylone, qui étaient également entrés en contact très-immédiat avec. lui.
« Les Juifs de l'Espagne mauresque
S'adonnèrent avec une ardeur extrême à la poésie, àla médecine et à la philosophie, qui étaient en grande prédilection chez les Arabes. Ils fréquen
(1) Voy, Znnz, «t, il'ini n vis contraire, Iïjhi" !"■.:■ . lh-,1 de la Révélation bibl., p. 3GB.
(ï) Il Doua parait plua probable que U àfassora na ramootfl qn'an [Xe Bièole ; main noua déclÎDom nui in aoinpétanoe pour prononcer sur nno toile ijun.tioji. La Nom.
(3) roof. l'mivr. P$ritka rnhbnti.
(4) Conf, lanchuma fêlamdenUi (R) Zuni, p. 310 ut 300.
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térent sans aucune répugnance les académies des Moslémites, à Cordoue, Tolède, etc. (Maimonides eut pour maîtres lbn Tophail et Ibn Roschd (A verrous). La science spécialement judaïque aurait certainement disparu peu à peu si des écoles juives, dans lesquelles on s'adonnait à l'étude du Talmud, ne s'étaient bientôt élevées à côté de celles des Arabes. Nous trouvons une de ces hautes écoles ou de ces académies, à la lin du dixième siècle, à Cordoue : R. Moise (vendu comme esclave à Cordoue) l'avait fondée ; mais au bout de vingt à trente ans elle eut une triste fin. Nous en trouvons une autre, créée à Grenade par R. Samuel Levi Hannajid, quiétait très-fréquentée. Eu I08i> les Moravides amenèrent d'Afrique le célèbre et strict rabbaniste Isaac Alfasi (c'està-dire de Fez), qui enseigna pendant quelque temps, devant un grand concours d'auditeurs, à Séville et à Cordoue, mais qui, poursuivi par la jalousie, s'établit à Lucéna dans le royaume de Cordoue), où déjà R.
Isaac lbn Giath ( f 1080) avait ouvert une école qui fleurit jusqu'en 1148.
Alfasi f I 103) éclipsa tous les rabbins de son temps. Son Halachoth, compendium du Talmud, obtint une autorité légale, beaucoup de commentateurs, et futjextrêmement répandu (I).
Vers le milieu du douzième siècle fleurirent R. Jéyu da Hallevi, le plus grand de ses disciples, lbn Esra, babituellementappelé Abenesra. Le premier, célèbre comme talmudiste et comme poète (le livre Cusari, Cosri, véritable dogmatique du judaïsme, sous forme de dialogue, est de lui), fut tué par un coup de pied de cheval, devant les murs de Jérusalem.- Le second (né àTolède), appelé le Grand, l'Étonnant, le Sage, resta peu de temps dans les différentes chaires qu'il occupa en Espagne (2).
« Les écoles judaïques de l'Espagne maure souffrirent beaucoup sous le zéloti:-me des Almohades (de I liJO).
Ceux-ci contraignirent les savants les plus distingués d'entre les Juifs , Abraham ben Chija, Juda ben Bar-
il) Znnj, p. 474.
(2, 1 Yoy. ses savants voyage
silai, Tibbon, Kimchi, lbn Esra, Juda Hallevi, etc., à s'exiler. Ces docteurs se rendirent la plupart dans l'Espagne chrétienne, où, à cette époque, nous rencontrons de savantes écoles juives à Tolède. Saragosse, Girone (en Aragon), Huessa (en Catalogne) ; quelques-uns, comme Maimonides et son savant disciple Joseph lbn Aknin, se rendirent en Afrique ; le dernier passa plus tard (vers 1100) en Syrie, où il mourut.
« L'activité scientifique des Juifs hispano-mauresques est un des points culminants du développement intellectuel du judaïsme. Jamais et nulle part les Juifs ne montrèrent un goût si prononcé et si manifeste pour les sciences profanes, notamment pour la philosophie, qu'à cette époque ; jamais ils ne scrutèrent plus impartialement et avec moins de préjugés l'Écriture et le Talmud; jamais ilsne les interprétèrent avec plus de sagacité et de raison. Ce mouvement devint en même temps un danger pour la partie positive du judaïsme. La Bible et la tradition furent mises au niveau d'une simple vérité de raison, enveloppée d'images et de mythes.
Les Juifs de la France septentrionale comme ceux du Midi, d'ailleurs peu en rapport avec les Juifs du Nord, comprirent le danger que suscita la célèbre controverse sur le livre de Maimonide More Nebuchim. Les Juifs de France s'élevèrent alors, avec un zèle qui serait inconcevable hors de ces conditions, contre le grand parti des arabisants et contre le héros du parti, Maimonides, qui, en effet, avait, par l'ouvrage précité, introduit le rationalisme le plus prononcé dans le judaïsme. Les Juifs de l'Espagne mauresque, Jéhuda Chajug,JonaIbn Gannack, Abgenesra, Kimchi, ont rendu d'immortels services à la grammaire, à la lexicographie hébraïque et à l'exégèse grammatico-historique qui en dépend. Leur renommée poétique est universellement connue.
« Le sort des Juifs, dans les royaumes chrétiens d'Espagne, fut, du moins jusqu'à la tin du quatorzième siècle, très-heureux , sous certains rapports, presque trop heureux (car ils eurent une influence nuisible sur
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les grands et obligèrent les Papes à donner des avertissements à cet égard). Les Juifs d'Espagne étaient riches et savants, et leur science était, comme celle des Juifs de l'Espagne maure, sous l'influence prédominante, quoique non immédiate, des Arabes. Les Juifs de l'Espagne chrétienne transmirent aussi aux Juifs de la France méridionale ce mouvement scientifique et une direction d'esprit plus libre, et les mirent en rapport avec la science arabe, surtout depuis le moment où les Juifs provençaux {Jchudu Ibn Tibbon, Jéhuda al Charisi, etc.), s'adonnèrent avec zèle à la traduction des écrits arabes.
Il suffira que nous nommions ici ceux des maîtres qui furent les plus célèbres parmi les savants docteurs de l'Espagne chréienne du quatorzième siècle. Ce furent : à Tolède, Abraham ben David Hallevi ou plutôt ben Dior, après le milieu du douzième siècle; Juda Alfachar, au commencement du treizième, et Ascher ben Jéchiel (son fils Jacob, auteurde l'Arbasurim), au commencement du quatorzième; à Barcelone, Abraham Ibn ChUdai, vers le milieu du treizième, et le fameux Ibn Adderette, au commencement du quatorzième; à Girone, K.
Moise Nachmanides [Rambcm dispute, en 1260, dans Barcelone), surnommé le Saint (f à Hébron), un des défenseurs les plus modérés de Maimonides.
« Les Juifs du Portugal eurent une destinée assez semblable à celle des Juifs d'Espagne; ils furent, comme ceux-ci, dans une situation florissante jusqu'à la fin du quatorzième siècle. A dater de cette époque les temps devinrent mauvais pour eux et leurs coreligionnaires d'Espagne; leurs écoles souffrirent, sans tomber toutefois, car nous trouvons des noms célèbres, tels que ceux d'Albo et à'Abarbanel, durant cette période, qui se termine par l'expulsion de tous les Juifs d'Espagne (1492) et de Portugal (1194).
« Les Juifs chassés de ces deux royaumes se réfugièrent pour la plupart en Italie, en Allemagne, en Turquie, d'autres dans le nord de l'Afrique et en Palestine.
« Parmi ces exilés on distingue Abraham Zachuth, maître dans Saragosse ; il écrivit à Tunis son livre bien connu, Juchasin, qui est une histoire des Juifs. Les Juifs d'Afrique restèrent pendant des siècles en rapport scientifique très-intime avec ceux d'Espagne. Avant le milieu du dixième siècle (vers 930) Juda ben Karisch composa, dans le nord de l'Afrique, le premier lexique de la langue hébraïque, et Adonim Hallevi, de Fez, entra en lutte avec Saadia Gaon.' Vers la lin de ce siècle les deux savants Schemarja et Huschiel, tombés aux mains des corsaires, avaient fondé des écoles en Afrique, l'une à Kahira (le vieux Caire), l'autre à Kairovan (Tunis). A Huschiel succéda son fils Hananel, quieutpour collègue Nissim (en correspondance avec Hai ; composa une clef arabe du Talmud) dans la direction de l'école de Kairovan. Cette école, de môme que celle de Kahira, ne parait pas être restée longtemps en renom. Beaucoup d'Africains allèrent en Espagne pour s'y instruire et y faire fortune. Ce fut Maimonides qui jeta sur Vécolede Kahira (Tostat) le grand éclat qu'elle conserva dans la postérité (le plus connu de ses successeurs fut son îils Abraham).
« Dans le midi de la France la situation poliLique des Juifs fut en général moins brillante qu'en Espagne, mais incomparablement plus favorable que dans le nord de la France.
Ceux-là, au point de vue scientifique, se distinguent très-nettement de ceux-ci. Ces derniers avaient adopté dans leurs écoles le caractère sérieux et strictement positif des écoles babyloniennes, tandis que les écoles du Midi, par suite de l'immense influence que l'Espagne exerça sur elles, se distinguaient par un mouvement plus libre et une tolérance universelle dans les choses purement scientifiques. Cependant, à la suite de leur commerce avec les Juifs du nord de la France, les savants du Midi adoptèrent de plus en plus leur direction, et celle-ci devint plus tard également prédominante en Allemagne. L' Ecriture et le Talmud étaient les objets uniques de l'activité intel-
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loctuelle des Juifs français du Nord ; ils ne s'inquiétaient absolument que du sens littéral, sans exercer aucune critique ni fonder aucune théorie sur la teneur même de la lettre. C'est dans cet esprit qu'enseigna, dans la première moitié du onzième siècle, à Metz ou àTroyes, R. Gcrschom, surnommé ['Ancien et la lumière des exilés. Le coryphée de cette direction est R. Salotnon lien Jizchak (Raschi), qui enseignait publiquement, dans la seconde moitié du onzième siècle, à Troyes, où longtemps après lui se conserva une école célèbre. Les commentaires bibliques et talmudiqnes de Raschi sont les produits les plus heureux de Vécole du Nord et l'expression la plus lidèle de leur esprit.
Il y avait. (1rs écoles savantes juives à Sens, Orléans, Soissons, etc. On connaît une foule de rabbins savants de ces écoles. Il est facile de comprendre combien elles souffrirent par suite de l'expulsion desJJuifs sous Philippe- Auguste (11821 et plus tard sous Louis VIII et Louis IX.
« Toutefois la sentence qui condamna le Talmud au fed, sous S. Louis (1254), n'arrêta pas l'étude du Talmud et sembla, au contraire, rallumer le zèle des Juifs à cet égard. Les Juifs du midi de la France obtinrent, vers le milieu du treizième siècle, une situation civile infiniment plus libre, comme nous l'avons déjà dit.
Ils eurent les écoles les plus florissantes, telle que celle de Narbonne, où enseignait, avant la fin du onzième siècle, comme hagadiste (1) et talmudiste, le fameux R. Moïse Iladdarschan, et où, un peu plus tard, les célèbres Kimchi attirèrent de nombreux élèves autour d'eux ; telles les écoles de Montpellier, de Marseille (Juda ben Barsillai) fI050), de Toulouse, de Nîmes, etc. C'est à Marseille que vécut aussi, à ce qu'il parait, pendant quelque temps. R. Juda ben Salomon, benAlchofni, surnommé Alcharisi. Né dans l'Espagne arabe, il acquit de la réputation par son habile traduction hébraïque des Makamen de Hariri, et plus encore par
(1) 7.imz, p. 2S7
son Tachkemoni ({), imitation des Makamen (nouvelles) de Hariri. Il mourut'avant 1 235 en Orient,où ilavait séjourné en divers endroits. A la suite des mesures violentes que Philippe IV (1 306 et 1 31 1 )décréta contre lesJuifs de son royaume, plusieurs de leurs écoles tombèrent et ne purent plus se relever. Ces Juifs rappelés plus tard restèrent, au point de vue de la science et de la religion, tout à fait sous l'influence des Juifs d'Espagne.
« En Allemagne les Juifs, fort nombreux, furent dans une très-heureuse situation sous les Carlovingiens.
Nous trouvons, vers la fin du neuvième siècle, des maîtres célèbres à Reims, à Mayencc, où, à la demande du roi de France, s'établit une famille considérable de savants lucquois (2) dont les descendants se distinguèrent par leur savoir pendant plus de deux cents ans. Leur situation politique demeura bonne jusqu'à la fin du onzième siècle ; elle fut, sauf quelques persécutions partielles, supportable jusqu'à la fin du quatorzième, et il en fut de môme des Juifs de Hongrie, de Bohême, de Moravie.
« L'activité scientifique des Juifs de l'Empire fut assez prononcée et trèsindépendante, jusque dans le douzième siècle, et à partir de là, surtout depuis le treizième, plus exclusive. Durant la première période ils se maintinrent à peu près au niveau de la culture des Juifs du nord de la France ; ils composaient des Hagadal, celles-ci le plus souvent sous une forme poétique. C'est probablement au sud de l'Allemagne qu'appartient ce Simcon Haddurschan (R.
Siméon Kara ?) qui, au commencement du treizième siècle, composa le Jalkut Schimoni, trésor des plus anciens Midraschim (3). Nous voyons une série non interrompue de maîtres remarquables dans les écoles de Mayence (Meschulam le Grand, Eliéser le Grand, Tobie ben Eliéser lladdarschan, Eliéser ben Nathan), de Worms (Isaac Levi, maître de Raschi, Ickuthiel, etc.), de Ratisbonne (Jéhuda le Pieux ;
(1) Il Bois, 23.
(î) Zimz, p. 365.
(3y Zudz, p. 595.
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c'est de son école qu'est le Sépher Chusidim), de Spire \Moise ben Ickutiel), sans parler dos écoles de Metz, Mulhouse, Rothenbourg et Vienne.
» Dès ipie les ouvrages de Racbi eurent paru les Juifs allemands s'y attachèrent presque exclusivement, se contentant de les commenter et d'en commenter les commenlaires. En même temps une cabale dégénérée prévalut parmi eux; les circonstances politiques s'assombrirent , et ainsi s'explique comment, dès le quatorzième siècle, l'étude do la Halacha, se transformant en de minutieuses discussions, en de niaises subtilités, lit de plus en plus tomber les écoles, et comment finalement la plupart des rabbins ne furent plus que do rudes casuistes ou de fanatiques piétistes, qui lançaient volontiers l'anathème tout autour d'eux. (Il faut excepter les hommes tels que Méîr ben Baruch, au quatorzième siècle, et Isserlein, en 1460 : introduction du titre de Horénu, au quinzième siècle.)
« Les Juifs d'Italie, surtout ceux do Midi, l'emportèrent à ions égards et de beaucoup sur les Juifs allemands.
Dès le temps des Céoniin Hari était
un des in\ ers de la -rien, ejudalque, et les écoles de Home, dOtrante , étaient connues même à Babylone.
Un de leurs plus anciens et des plus célèbres poètes, Kalir, appartient aux Juifs d'Italie. C'est d'Italie, comme nous l'avons dit, que la science judaïque passa en Allemagne, La proximité de l'Espagne, de la Provence et de l'Afrique septentrionale, exercèrent une heureuse influence sur la direction scientifique des Juifs italiens, et la rendit plus libre, moins exclusive que celle des Allemands.
« Ils ne s'occupaient pas seulement de la Halacha [Sepher hammizwoth de Moïse de Coucy; v. 1236) et de la Hagada, mais ils cultivèrent aussi avec succès la grammaire et la lexicographie (Arucb de Nathan ben Jéchiel, à Home, v. 1106; Salomon Parchon, H. Immanuel et d'autres), l'exégèse littérale (Jésaja de Trani, dans le douzième siècle), même la philosophie.
« Los Juifs d'Italie du seizième et du dix-septième siècle liront preuve
de la plus haute culture; un grand nombre de savants espagnols et portugais et quelques Allemands avaient émigré en Italie. Padoue était un de principaux sièges de la science judaïque à cette époque; Rome, Mantoue, Bologne et Venise avaient d'importantes écoles. Nous ne citerons parmi les nombreux savants d'Italie do ce temps que quelques noms : à Padoue, Êlie Cretensis (ciel Medigo, v. 1400)!
professeur de philosophie ; Abraham de Balmes, de Lecce (f 1523), adonné à la Halacha, et le fameux grammairien Elias Lévita, qui vécut plus tard S Rome et en Allemagne. A Rome llorissait la famille des Seforno (surtout Obadia, f 1350); le lexicographe Pomis (IS87, dédié à Sixte V), etc., etc. ; Asarja de Rossi, de Ferrare, qui s'occupa d'histoire ancienne et de chronologie; Gédalja Ibn Jahjah, auteur de l'histoire (peu sûre) Sclurfschelet Hakkabala, 1587, et Abrarn ben David Portaleone, que ses recherches archéologiques ont rendu célèbre (dans Schilte Haggiborim, 1612). On connaît trop bien les services rendus au texte biblique par les travaux des Juifs italiens Elie Lévita, Ibn Chajim, de Tunis, Salomon Norzi, de Mantoue, pour qu'il soit nécessaire d'en parler ici (1).
« Les rabbins allemands des seizième et dix-septième siècles n'arrivèrent pas au même degré de culture intellectuelle que les Italiens; ils furent, bientôt dans la fâcheuse dépendance des écoles polonaises.
« La Pologne, où les Juifs s'établirent de bonne heure, et en grand nombre au moyen âge, avait, à ce qu'il paraît, reçu do Prague, vers la lin du quinzième et au commencement du seizième siècle, de hautes écoles judaïques. Les plus célèbres, qui se conservèrent, malgré de nombreuses perturbations, à travers les siècles , furent celles de Cracovie (Moisc lsseties, 1540-1570), de Lemberg et de Lublin (H. Schecfma et Josué Falk). La littérature des rabbins polonais, qui ne sort guère de la Halacha ot do la Hagada, est grossière, et prouve que les Polonais, à peu
(I) Voy. Bible (édition* da la).
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d'exceptions près, manquaient d'une instruction solide et générale. La méthode des écoles polonaises était trèsdéfectueuse; on y négligeait l'hébreu et le polonais; l'unique élément des écoles était le stérile pilpid (c'està-dire poivre); ils appelaient ainsi une dialectique particulière, inventée {larJacqucs Falk if 1530). L'allemand judaïque (R. Jacob benlsaac) « Zeena iirena, » né au seizième siècle et répandu généralement parmi les Juifs allemands et polonais, est un triste témoignage de leur culture intellectuelle à cette époque. Les Juifs de Bohême et de Moravie n'étaient pas plus avancés que les Polonais. Leurs principales écoles étaient celles de Prague [Lœw ben Bezalel; le grand rabbi, Ephraim Lentschulz, f 1619 ; au commencement du dix-huitième siècle li'u iil Oppenheimer, qui fonda l,i célèbre bibliothèque transférée depuis 18'iO à Oxford..)
i Les hautes écoles juives d'Allemagne, depuis que beaucoup de rabbinats avaient été occupés par des Polonais, avaient adopté l'organisation et la direction des écoles de Pologne.
C'étaient, dans le sens le plus strict, des écoles talmndistes, dans lesquelles on n'étudiait aucune science profane ; on ne s'occupait pas même de la Bible; on ne se préoccupait que du Talmud, sur lequel on disputait depuis le commencement de l'année jusqu'à la tin. Étudier les langues classiques était presque une hérésie.
On voit combien les Juifs allemands étaient dépourvus de science profane et de critique scientifique dans leurs meilleurs ouvrages littéraires, dont nous ne nommerons comme exemple que le livre très-répandu de R. David Ganz, Zemach David. Les écoles talmudiques les plus célèbres d'Allemagne à cette époque étaient celles de Francfort (R. Horwitz, R. Ncphtali Herz], de Worms [Moïse Luria), de Metz, Hambourg et Furth.
« Les Juifs émigrés dans les Pays- Bas depuis 1003 étaient bien supérieurs aux Juifs d'Allemagne ; ils étaient en majeure partie venus de la péninsule pyrénéenne, quelquesuns de France, d'Allemagne et de Pologne.
« Quoique tenant rigoureusement au Talmud, les Portugais établis en Hollande (les Allemands et les Polonais en restèrent séparés) joignirent à l'étude du Talmud les sciences profanes, principalement l'étude des langues.
« Vingt ou trente ans après leur établissement florissait à Amsterdam Vécole à laquelle Spinosa dut son instruction judaïque. Vers la lin du dixseptième et au commencement du dix-huitième siècle, le mouvement scientitique fut également paralysé parmi les Portugais du Nord.
i' Chassés en 1200 des Pays-Bas, un certain nombre de Juifs s'étaient réfugiés en Angleterre; mais ils ne parvinrent jamais à quelque importance scientifique, pas plus durant la période qui nous occupe, que dans les périodes précédentes.
« I/histoire des Juifs de l'ancien empire de Byzance, quoique assez nombreux, est à peu près nulle ; elle ne prend de l'intérêt qu'à partir du moment où ils tombèrent sous la domination des Turcs. Les persécutions et le bannissement dont ils étaient l'objet en Europe les poussèrent en masse vers l'Orient. Une foule de Juifs espagnols, français, italiens, allemands, hongrois, émigrèrent en Turquie, surtout dans la Turquie d'Europe, où ils conservèrent leur culte national (synagogues des vieux Ci ces, des Castillans, des Aragonais, des Allemands, des Napolitains, etc.) et leurs écoles, et jouirent d'un repos durable, qui ne fut que momentanément interrompu, dans quelques localités, par le caprice des pachas et du peuple. Une riche littérature nous prouve quelle activité intellectuelle régna parmi les Juifs de Turquie.
Toutefois, ici comme ailleurs, le judaïsme ne pouvait plus rien produire de nouveau.
« Les écoles les plus fameuses de la Turquie d'Europe furent, à dater de la fin du quinzième siècle, celles de Constantinople (R. Moïse Kapsoli et son rival, Élie ben Abraham) et de Salonique; cette dernière était le rendez-vous des savants espagnols.
En Palestine ce fut Sefad qui, au commencement du seizième siècle,
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devint une seconde Jérusalem pour les Juifs; sa haute école, la plus célèbre de toutes pendant un siècle, était fréquentée par des élèves venus de la moitié de l'univers. Une série de docteurs considérables, la plupart étrangers, rélevèrent à ce degré de splendeur. Les plus connus furent :
Bérab (-j- 1 541 ; conflit avec Chabib au sujet de la sémiclia) ; ses élèves Moïse de Trani (f 1580), le tahnudiste Jos.
Karo (-J- 1575), et les cabbalistes connus Moïse Corduero (-f- 1570) et Isaac Luria (-j- 1572). Karo a fait époque dans l'histoire de la Halacha par son Schulchan arueh, livre concis à la façon de Maimonides et composé d'après l'Arba turim de Jacob bon Ascher, que nous avons nommé plus haut.
« Il y avait aussi au seizième et au dix-septième siècle de hautes écoles à Jérusalem (R. Jacob Chabib, Obadja Bartenora) (-j- v. 1510), Lonsano le grammairien; à Tibériade au seizième et au dix-septième ; à Damas, Hébron et Haleb; mais elles ne parvinrent pas à une grande renommée.
« Si l'on jette un coup d'œil sur l'ensemble du judaïsme au commencement du dix-huitième siècle, et si on le compare au judaïsme de la période géonienne et hispano-maure, on ne peut méconnaître l'immobilité intellectuelle dans laquelle il tomba.
« Les Juifs allemands estiment, comme le créateur d'une nouvelle vie parmi eux, Mcnddsohn, qu'ils appellent le troisième Moïse.
« Mendelsohn naquit en 1729 àDessau et mourut en 1786 à lîerlin. Il n'entre pas dans notre pensée de diminuer en rien le mérite de ce savant, qui a rendu aux Juifs l'immense service d'introduire le haut allemand parmi eux, par sa traduction du Pentateuque, de perfectionner l'étude et li connaissance de la langue hébraïque, et de faire tomber peu à peu l'allemand judaïque et sa mortelle platitude ; mais il faut bien que nous ajoutions qu'il devint le principal promoteur du rationalisme encyclopédique des Juifs allemands, qu'il provoqua immédiatement la lutte entre le rationalisme et l'orthodoxie (rabbinisme), lutte qui dure encore, et qui, si les calculs humains ne
trompent pas, devra se terminer par la ruine complète du judaïsme orthodoxe et devenir le principe de la conversion des Juifs annoncée par Osée (1) et de la plénitude des temps dont parle saint Paul (2). Toutefois cet avenir ne parait pas prochain.
« Les réformateurs juifs les plus éminents parmi les Allemands ont bien vite reconnu le danger du rationalisme, et ils ont déclaré qu'il fallait garder intact le Talmud et son étude, conserver les anciennes prières de la synagogue en langue hébraïque. Seulement en place du Piutim ils ont introduit dans le culte le chant en langue allemande avec accompagnement d'orgue, le silence et l'ordre qui manquaient dans ces vieilles synagogues, et en général une décence inconnue il y a vingt-cinq ans, etc.
Mais en même temps ils insistent pour que les rabbins aient une instruction solide et classique, qu'ils abolissent dans les écoles l'usage de l'allemand judaïque, qu'ils prêchent régulièrement dans les synagogues, toutes mesures dignes de louanges.
Les lois émanées du gouvernement, en Autriche, en Bavière, en Wurtemberg, en Bade, ont déjà réalisé maintes réformes utiles et ont surtout pourvu à l'établissement et aux progrès des écoles élémentaires juives.
Plusieurs États allemands exigent légalement de ceux qui veulent devenir rabbins qu'ils aient achevé leurs études dans un gymnase, qu'ils aient terminé leur cours de philosophie (naturellement dans des établissements chrétiens) et qu'ils aient une connaissance suffisante du Talmud, Jusqu'à ce jour il n'y a pas d'écoles talmudiques bien organisées en Allemagne. Les Juifs allemands ont, dans les derniers temps, exprimé le vœu, qu'on comprend facilement, de voir fonder dans les universités allemandes, à côté des facultés de théologie catholiques et protestantes, des facultés de théologie judaïques.
« En France, les rabbins, formés la plupart en Allemagne ou à Metz, sont nommés par les consistoires et
(\)Osée, 3, 5.
(S) Rom., Il,
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rétribués par le budget de l'État.
• En Italie il y a depuis près de trente ans un séminaire rabbinique, CoUegium rabbinicum, à Padoue. Livourne, un des principaux sièges de judaïsme, a aussi une bonne école.
* La situation intellectuelle des Juifs n'a pas notablement changé, depuis des siècles, en Turquie, en Palestine, en Afrique. La Pologne et la Russie, qui possèdent un certain nombre de rabbins savants, ont à peine adopté un commencement de réforme ; elle y est surtout entravée par le fanatisme du chasidaïsme, qui est fort répandu.
« C'est la cabbale, la bonne, bien entendu, qui oll're le plus de points de rapprochements entre le judaïsme et le Christianisme. Nous avons indiqué plus haut ses commencements ; nous terminons par elle.
« La cabbale, fut cultivée durant la période talmudique, à laquelle appartiennent certainement maints écrits cabbalistiques qui remontent plus haut que le neuvième siècle, aussi bien (i) que durant la période géonienne. Saadia commenta le livre Jézirah. L'apogée de cette cabbale se trouve du onzième au treizième siècle, en Espagne, en Provence, dans l'Allemagne méridionale, en Italie, en Afrique; c'est au treizième siècle, on le sait, que le Sohar reçut sa forme actuelle. Malheureusement plus lard la cabbale dégénéra beaucoup. Ses spéculations sur Maasch B'reschith durent nécessairement l'amener à s'occuper des éléments et des forces occultes de la nature, de leurs rapports vivants avec l'homme, et ce fut l'origine dos théories de magie et d'astrologie qui, notamment au seizième et au dix-septième siècle, jouèrent un grand rôle dans la prétendue cabbale pratique et dans l'art cabbalistique {kéméotk) des feuilles qui garantissent contre les maladies, contre les intluences démoniaques.
« Ce côté pratique de la cabbale, la grande influence qu'elle exerça sur le culte — prières contre les forces nuisibles, contre les dénions etprières aux bons anges, — sur les idées re-
( I I Zuaz est d'un aÙ3 contraire.
hgieuses, et par conséquent sur les mœurs du peuple, la hrent tomber en discrédit chez une partie des rabbins. On ne peut nier que cette cabbale dégénérée a exercé une très-nuisible action sur le développement libre, et scientifique des Juifs en Allemagne, en Pologne, en Turquie et en Palestine, et a entravé le mouvement de l'exégèse grammatico-historique, l'étude de la grammaire et de la philosopliic.
«Des études cabbalistiquespoussées jusqu'à l'exagération firent un fanatique et un fondateur de secte de Schabbathai Zewi. Né en 162o à Sinvrne, il donnait à dix-huitans des explications publiques sur le Sohar ; plus tard il se fit, de bonne foi, ce semble, passer pour le Messie, trouva beaucoup de partisans en Europe et • ■il Asie , embrassa l'islamisme, et mourut prisonnier des Turcs en 1(177.
La secte de Schabbathai estimait le Sohar autant que la Bible, et elle n'est pas éteinte encore de nos jours.
«Le mysticisme, qui s'appuyait complètement sur le Sohar, atteignit son apogée dans deux sectesnées du schabbathaïsme. L'une étaitcelle des Frankistes, fondée par un Polonais, nommé Franck (f 1791) ; elle n'a plus que des partisans secrets, qui extérieurement se font passer pour Chrétiens. L'autre, celle des Chasidéms, fut fondée, vers le milieu du siècle dernier, par Israël haut schem tob (appelés aussi Beschtérianiens, des premières lettres a:]), et a conservé jusqu'à nos jours des milliers de partisans en Pologne et en Russie. Les Chasidéens, grossiers quiétistes, considèrent le chef de leur communauté, qu'ils nomment Zadik, comme le.
médiateur quasi tout-puissant entre eux et Dieu ; c'est une altération visible de l'idée de l'Homme-Dieu.
« Si dans le courant du dernier siècle, une partie des Juifs, entrés dans la voie du rationalisme et rejetant toute autorité, tombèrent, par une inévitable conséquence, dans l'incrédulité, l'histoire de la cabbale nous démontre, d'autre part, qu'une mystique non réglée par les dogmes aboutit presque tout aussi infailli-
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blement à la plus grossière superstition.» , Le Nom.
ÉCONOME. On appela ainsi, au quatrième et au cinquième siècle, les administrateurs des biens de l'Eglise.
Dans les siècles précédents, ces biens étaient entièrement à la disposition des évoques; mais comme ce soin leur était fort à charge, et leur dérobait une partie du temps qu'ils devaient donner aux fonctions de leur ministère, ils cherchèrent à s'en délivrer. Saint Augustin offrit plus d'une fois de rendre les fonds que ?on Eglise possédait; mais son peuple ne voulut jamais les recevoir.
Possidius, invita S. August., cap. 21.
Saint Jean Chrysostome reprochait aux chrétiens, que, par leur avarice et leur négligence à secourir les pauvres, ils avaient contraint les évoques de faire aux églises des revenus assurés, et de quitter la prière, l'instruction et les autres occupations saintes, pour s'occuper des soins qui ne convenaient qu'à des receveurs et à des fermiers. Ho/». 85. in Matt., c. 27, f 10. Ainsi, de même qui' les apôtres s'étaient déchargés sur les diacres du soin de distribuer les aumônes, les évèqnes coudèrent l' administration des biens de l'Eglise aux archidiacres, et ensuite à des économes qui devaient en rendre compte au clergé.
Quelques évèques furent même accusés d'avoir laissé par négligence, ou par défaut d'intelligence, dépérir les biens de leur Eglise; ce fut une nouvelle raison qui engagea les Pères du concile de Chalcédoinc à ordonner que chaque évèquc choisirait, parmi ses clercs, un économe, pour lui remettrel'administration des biens de l'Eglise, parce que les archidiacres étaient assez occupés d'ailleurs, etqu'il était à propos de mettre le sacerdoce à couvert de tout soupçon. L'élection de ces économes se faisait à la pluralité des suffrages du clergé. Bingham, Orig. eccl.,l. 3, c. 12. Eleurv, Mœurs des chrétiens, § 30.
Cette discipline prouve évidemment qu'en général les évèques de ces temps-lîi n'étaient pas fort attachés à leur temporel ; que c'est injustement
qu'on les accuse d'avoir cherché, dans tous les siècles, à l'augmenter par toutes sortes de moyens. Voyez Bénéfices. Bergier.
ÉCONOMIE, gouvernement. L'on se sert quelquefois de ce terme pour désigner la manière dont il a plu à Dieu de gouverner les hommes dans l'affaire du salut ; dans ce sens, l'on distingue l'ancienne économie, qui avait lieu sous la loi de Moïse, d'avec la nouvelle, qui a été établie par Jésus-Christ; il est employé par saint Paul, Eph., c. 1, y 10, etc. Plus communément l'Apôtre s'en sert pour exprimer le gouvernement de l'Eglise confié aux pasteurs. Coloss., c. 1, f 2S, etc. Il est ordinairement rendu dans la vulgate par dispensatio. Il suffit d'en sentir l'énergie, pourcomprendre que le ministère des pasteurs ne se borne pas simplement à enseigner ou à prêcher, et qu'il n'est permis à personne de l'exercer sans une mission spéciale de Dieu.
Quelquefois les anciens Pères de l'Eglise ont usé du terme d'économie dans une signification très-différente, dumoinslesprolestants le prétendent ainsi. Ils disent que les platoniciens et les pythagoriciens avaient pour maxime qu'il étaitpermis de tromper, et même d'user de mensonge, lorsque cela était avantageux à la piété et à la vérité; que les Juifs, établis en Egypte, apprirent d'eux cette maxime, et que les chrétiens l'adoptèrent. Conséquemtnent, au second siècle, ils attribuèrent faussement à des personnages respectables une grande quantité de livres dont on a reconnu la supposition dans la suite ; au troisième les docteurs chrétiens, qui avaient été élevés dans les écoles des rhéteurs et des sophistes, employèrent hardiment l'art des subterfuges, qu'ils avaient appris de leurs maîtres, en faveur du christianisme; et uniquement occupés du soin de vaincre leurs ennemis ils se mirent peu en peine des moyens qu'il employaient pour remporter la victoire ; on nomme cette méthode parler par économie, et elle fut généralement adoptée, à cause du goût que l'on avait pour la rhétorique et la fausse subtilité.
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Daillé parait être le premier qui a intenté cette accusation contre les Pères, De vero usti Patrum, 1. d ,
r. li ; elle a été répétée par vingt autres protestants, et nos incrédules modernes n'ont eu garde de la négliger; un des plus célèbres en a fait un long chapitre, et a lancé contre les Pères des sarcasmes sanglants.
Avant de triompher, il aurait fallu examiner si elle est fondée sur de fortes preuves. Daillé ne l'appuie que sur un passage de saint, Jérôme, duquel il force le sens ; il n'en a cité aucun dans lequel les Pères se soient servis de l'expression parler par économie; nous ignorons sur quel, fonuement l'on prétend qu'elle était, pour ainsi dire, consacrée parmi ces respectables écrivains.
Saint Jérôme, dans sa lettre 30 à Pammachius, dit : « qu'autre chose est » de disputer, et autre chose d'ens'ei- » gner. Iians la dispute, le discours » est vague; celui qui répond à un ■> adversaire propose tantôt une chose » et tantôt une autre; il argumente » comme il lui plaît; il avance une » proposition et en prouve une autre; » il montre, comme on dit, du pain, ■) et tient une pierre. Dans le discours ■> dogmatique, au contraire, il faut se ■ montrer à front découvert, et agir » avec la plus grande candeur; mais » autre chose est de chercher, autre cho- » se de décider; dans un decescasil est » question de combattre, dans l'autre
» d'enseigner » Après avoir cité
l'exemple des philosophes, il dit : «Ori- » gène, Méthodius, Eusèbe, Appolli- » naire, ont beaucoup écrit contre » Celse et Porphyre ; voyez par » quels arguments, par quels problè- » mes captieux ils renversent les ruses » du démon; comme souvent ils sont » forcés de dire, non ce qu'ils pen- • sent, mais ce qui est néesssaire, » contre ce que sou tiennent les païens.
» Je ne parle point des auteurs latins, » de Tertullien, de Cvprien, de Minu- « tius, de Victorin, d'Hilaire, de Lac- » tance, de peur que je ne paraisse ac- » cuser les autres, plutôt que me dé- » fendre moi-même. » Op., t. 4, 2° part., col. 23ii.
S'ensuit-il de là que, suivant le sentiment de saint Jérôme, ces Pères ont
usé de faude, de monsenge, d'équivo ques alfectées, de restrictions mentales, pour tromper leurs adversaires ?
Aliud loqui, aliud agere; loqui, non quod scntiitnt, sed quod necesse est, expression dont on abuse, signifient ne pas dire ce que l'on pense, et non dire le contraire de ce que l'on pense. Or, nous soutenons que les Pères, en disputant contre les païens, ont pu ne pas dire ce qu'ils pensaient, c'est-àdire ne pas exposer la croyance chrétienne, parce que ce n'était pas le lieu, mais se servir des opinions régnantes parmi les païens, pour prouver à leur adversaire qu'il -raisonnait mal, qu'il avait tort de faire un crime aux chrétiens d'une opinion suivie par lui-même ou par le commun des païens. Ils ont pu, sans fraude, avancer une proposition, dans le dessein d'en prouver une autre, par un circuit auquel leur adversaire ne s'attendait pas. Ils ont pu, pour abréger la dispute, passer sur quelques propositions fausses, sans les relever, afin de faire à leur antagoniste un argument plus direct et plus propre à lui fermer la bouche. Ils ont pu, en un mot, se servir de tout ce que l'on nomme argument personnel, ou ad hominem, pour lui montrer qu'il avait tort. Ces arguments n'instruisent point un adversaire de ce qu'il faut penser ou croire, ils lui montrent seulement qu'il est mauvais raisonneur. Voilà ce qu'ont fait les Pères, et c'est tout ce que saint Jérôme a voulu dire. Nous examinerons de nouveau cette accusation, au mot Fhau de pieuse,
Or, nous demandons aux protestants s'ils ont jamais fait scrupule de se servir contre nous de ces ruses de guerre; nous n'aurions rien à leur reprocher, s'ils s'étaieut bornés là. Mais citer des passages faux, tronqués ou altérés; des livres dont nous reconnaissons aussi bien qu'eux la supposition, et dont personne ne soutient l'authenticité ; des auteurs obscurs ou inconnus, comme si ç'avaient été les oracles de l'Eglise, donner une tournure odieuse à tous nos dogmes, et leur prêter un sens qu'ils n'ont jamais eu ; rejeter tous les monuments qui incommodent, sans s'embarrasser si c'est justement ou injustement? attribuer des
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intentions noires aux écrivains les plus respectables, lorsqu'ils peuvent en avoir eu de très-innocentes, etc. :
voilà ce qu'ont fait de tout temps les protestants, et ils ne prouveront jamais que les Pères en ont agi de même.
Quant aux suppositions de livres apocryphes dont on accuse les Pères, c'est une calomnie. Mosheim lui-même est forcé de convenir que la plupart de ces ouvrages apocryphes furent la production de L'esprit fertile des gnostiques; mais je ue saurais assurer, ditil, que les vrais chrétiens aient été entièrement exempts de ce reproche.
Hi*t. ecclés., 2 e siècle, 2 r ' part., e. 3, S 15. S'il ne peut pas l'assurer, en estce assez pour supposer qu'ils eu ont été réellement coupables? Origène, au troisième siècle, chargeai! de ce crime les hérétiques, et non les vrais chrétiens; il était plus à portée de savoir la vérité que les protestants du 10 e et du I.S 1, siècle.
Nous convenons que les Pères ont cité plus d'une fois ces livres apocryphes, mais alors on les regardait comme vrais; 1rs Pères, sans examiner la question, on1 suivi l'erreur commune, mais ils n'en sont pas les auteurs.
C'est d'ailleurs un entêtement ridicule, de supposer que toutes ces suppositions soni des fraudes pieuses; une erreur et une fraude ne sont pas la même chose. 11 y a eu plusieurs auteurs nommés Clément; on ne sait pas lequel est celui qui a écrit les Récognitions les Clémentines; quelques écrivains mal instruits ont imaginé que c'était saint Clément de Rome, ils l'outainsi supposent on l'acru d'abord; est-il bien certain que les premiers qui l'ont assuré l'ont fait malicieusement et dans le dessein de tromper?
De même plusieurs auteurs des premiers siècles,, ni porté le nom de lknis; l'un d'entre eux composa, au cinquième siècle, les livres de la Hiérarchie : on se persuada que c'était saint Denis l'aréopagite, et cette erreur a duré longtemps; mais il n'est pasprouvé que, dans l'origine, c'a été une fraude. Les protestants ne disconviennent pas aujourd'hui que leurs réformateurs ne soient tombés dans plusieurs erreurs : si nous soutenions
qu'ils l'ont fait malicieusement, on nous accablerait d'injures. Voî/ez APO- CRYPHES. BeRGIER.
ECONOMIE SOCIALE (l'I ET LA THEOLOGIE CHRÉTIENNE. (Théol. mixt. scien. social, écon.) — L'economu: politique, mieux nommée économie sociale, passe pour être une science nouvelle ; cela est vrai si on la considère dans son organisme méthodique, ses statistiques, ses principes théoriques en tant qu'appliqués et développés ex professo, en un mot dans l'ensemble îles thèses et des observations qui donne aux sciences modernes leur physionomie de spécialité scientifique ; mais cela est faux, si on la considère dans sa substance même, car à ce point de vue, elle existait dans la théologie chrétienne, et elle en formait une partie intégrante, toute disséminée qu'elle fut dans ses traités de la justice, du droit, des contrats, du décalogue et spécialement dans tous les développements que cette théologie a donnés des paroles par lesquelles le Christ a défendu le prêt à intérêt, ou l'usure, et par lesquelles saint Paul, tirant carrément La conséquence logique, déclara digne, en justice, de mourir de faim, sous La loi chrétienne, celui qui, le pouvant, ne travaillerait pas. Ces paroles sont les suivantes : Mutuum date, nihil inde sperantes, « Prêtez sans en rien espérer, » Luc, vi, 35; Volenti mutuaria te ne avertaris, « ne refusez pas celui qui veut emprunter de vous, » Matth. v, 42 ; Siquis non vult operari, nec manducet,a Siquelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange point, » il Thcss. ni, 10. Ces oracles renferment toute l'économie sociale, et les déductions qu'en liraient l'Eglise et les théologiens étaient déjà des développements de cette science, avant qu'elle fût créée.
Nous publiâmes, il y a vingt ans, une étude assez originale qui, sans avoir, pour but spécial, de le démontrer, le faisait pourtant suffisamment comprendre à un chrétien de bonne foi; cette étude portait pour titre :
REVUE CRITIQUE D'ÉCONOMIE SOCIALE, et
prenait pour son point de mire principal l'école de Bûchez, comme tenant
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tin certain milieu entre les exagérations des économistes proprement dits et les exagérations des vrais communistes; elle parut dans un journal intitulé La Presse religieuse et fut terminée dans un autre journal qui fut la continuation du précédent et qui s'appela l'Européen. Nous allons la reproduire in extenso dans ce dictionnaire; elle résume tant do choses qu'on peut la considérer comme un véritable traité sommaire d'économie sociale. Nous y ajouterons quelques considérations motivées par des publications subséquentes, mais qui n'étaient pas sans y être dès lors implicitement prévues.
Lisons, d'abord, notre revue critique, telle (pie nous la donnâmes en 1853-1884.