RÉFLEXIONS EN
Nous écrivions cette étude, avonsnous dit, il y a vingt ans; les vingt années qui se sont écoulées depuis, forment la plus grande partie, sansdoute de notre vie intellectuelle; elles en ont ete, sans doute aussi, les plusoccupées de méditations rationnelles, de lectures évangéliques et d'observations de la nature humaine individuelle et sociale ; or, venant de la relire pour la première fois, depuis qu'elle fut publiée, ahn déjuger si elle pouvait convenir a nos lecteurs d'aujourd'hui, nous déclarons que nous n'y trouvons rien à corriger et que nous sommes convaincu, plus que jamais, de la solidité des principes qui y sont exposés; mais nous déclarons, en même temps, que plus notre expérience des hommes et des sociétés humaines va se perfectionnant, plus nous voyons se reculer, dans l'avenir, la réalisation de notre utopie. L'attente des cœurs d'espérance et d'amour, que nous étions porté à limiter alors à des siècles, nous sommesporté, aujourd'hui, à l'étendre jusqu'à des millénaires. Dieu fasse que nous nous trompions; qu'il abrège ce terme.
Mais il convient aujourd'hui d'ajouter à cette revue, qui date d'une époque où le mouvement de 1848 ne s'était pas encore éteint dans l'étouffement du despotisme impérial, quelques notes relatives à des efforts qui sont faits en ce moment pour le rallumer. Une publication sérieuse, que nous citons assez souvent, quoiqu'elle appartienne à un camp qui est à l'opposé du nôtre, nous en fournit l'occasion* : il s'agit de la Critique philosophique de MM. Renouvier et Pillon, étudiant, dans les numéros 20 et 23 de l'année 1873, l'économiste socialiste anglais John StuartMill, mort depuis quelques mois seulement, et fondateur en 1871 d'une association « dont le but, dit M. Pillon, est d'abolir, dans la propriété foncière anglaise tout ce qui est monopole; » et qui s'appelle la Land tenure reform association.
Les points capitaux que fait ressortir cette revue, dans la doctrine économique de Stuart Mill, portent sur
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plusieurs objets qui sont déjà traités d ans notre étude d'unemanière plus ou moins explicite et plus ou moins concise; cesobjets sont: l'association; lapropriété territoriale ; le loyer du capital ; l'imposition de la rente ; le droit au travail; la loi des pauvres; le principe dépopulation ; lamorale malthusienne des économistes. En faisant une critique de Stuart Mill et de son juge bienveillant M. Pillon, sur ces divers points, nous compléterons ce qui peut manquer, pour aujourd'hui, en développements, à l'étude qu'on vient de lire.
I. L'association. — « Si l'on désire, dit M. Stuart Mill, de l'esprit oublie, des sentiments généreux, ou simplement justice et égalité, l'association des intérêts et non leur isolement est l'école dans laquelle se forment ces qualités plus hautes. Le but du progrès n'est pas seulement démettre I les êtres humains dans une situation où ils puissent si' passer les uns des autres, mais de leur permettre de travailler seuls ou ensemble avec des rapports qui ne soient pas des rapports de dépendance.... Je suis convaincu que l'économie industrielle qui divise la société en deux classes, celle qui paye les salaires et ■ •elle qui les reçoit, ne doitni ne peut durer indéfiniment; je suis convaincu que la possibilité de changer ce système en un système d'union sans dépendance, de substituer l'unité d'intérêt à une hostilité organisée dépend entièrement des développements futurs du principe d'association (1). »
Nous ne citons ces paroles du grand économiste anglais que pour faire remarquer au lecteur la conformité de ses idées, sous ce rapport, au moins comme principe, avec cellesde Bûchez, Ott et Feugueray, que nous avons étudiées, et pour constater l'extension de ces idées dans les esprits. L'assosiation que Stuart Mill fonda en 1871 et qu'il a laissée vivante après sa mort, est, d'ailleurs, un fait qui s'ajoute à tant d'autres pour confirmer ce que nous disions des commence-
Il) Principes d'économie politique, 2 vol.traii. par MM. Dn»sard et CourceUe-Senenil.
ments de réalisation, de l'association buchézienne ; ces commencements ont continué de se développer dans plusieurs pays, malgré les difficultés qu'opposent d'une part les états économiques des nations, et d'autre part l'ignorance et la démoralisation des classes ouvrières.
11. La propriété territoriale. — M.' Stuart Mill établit une distinction entre la propriété territoriale et la propriété industrielle, citons quelques passages : « La terre, dit-il dans son programme delà Land tenure reform association, est l'héritage primitif du genre humain tout entier (the land is the originel inheriiance of ail munkind). L'argument ordinaire, et de beaucoup le meilleur, invoqué pour en légitimer l'appropriation par les individus, est que la possession privée fournit le plus énergique motif de faire rendre au sol le plus grand produit possible. Mais cette raison n'est valide que pour laisser au propriétaire la pleine jouissance de tout ce qu'il ajoute de valeur à la terre par son action et sa dépense personnelles. Il n'y a pas de raison semblable pour lui permettre de s'approprier un accroissement de valeur auquel il n'a contribué en rien, mais qui; lui vient du développement général de la société, c'est-à-dire du travail et de la dépense des autres — de la communauté en général, — et non de son propre travail et de ses propres sacrifiées.,, (f).
Il avait écrit dans ses Principes d'économie politique :
« Le principe essentiel de la propriété étant d'assurer à tous les individus ce qu'ils ont produit par leur travail et accumulé par leur épargne, ce principe ne peut s'appliquer à ce qui n'est pas le produit du travail, la matière première de la terre. Si la terre tirait entièrement sa puissance productive de la nature, et nullement de l'industrie, ou s'il existait quelque moyen de distinguer ce qui découle de l'une ou l'autre source, ce serait le comble de l'injustice de laisser le don de la nature accaparé par des
(1) J. Stuart Mill, Pror/rnmme of the Land tenure reform Associa/ion unth an explanatory statement (London, Longmans, 1871), p. 6 et suit.
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individus. L'usage do la terre dans l'agriculture doit sans doute, à l'époque où nous sommes, être nécessairement exclusif. Il doit être permis de récolter au même individu qui a labouré et semé ; mais la terre pourrait être occupée pendant une saison seulement, comme parmi les anciens Germains, ou partagée de nouveau périodiquement, à mesure que la population augmente, ou bien encore l'État pourrait être le propriétaire général, et les cultivateurs, les tenanciers, soumis à sa nomination par bail ou de gré à gré.
« Mais quoique la terre ne soit pas le produit de (industrie, beaucoup de ses qualités utiles sont dues à cellesci: te travail est indispensable nonseulement pour mettre en usage, mais encore, presque à un même degré, pour façonner l'instrument. Il faut souvent un travail considérable dans le commencement pour défricher la terre et La rendre propre à la culture. Dans une foule de cas, lors même qu'elle est défrichée, sa puissance productrice est entièrement le résultat du travail et de l'industrie...
La culture exige îles bâtiments et des clôtures, qui sont entièrement le produit du travail. Les fruits de celle industrie ne peuvent se recueillir ru
peu de temps. Le travail et les débours sont immédiats, le bénéfice est
reculé à quelques années, peut-être
dans un avenir illimité. Un propriétaire ne voudra pas exposer son travail et ses déboursés, si ses successeurs et lui-même n'eu retirent pas d'avantage. S'il entreprend des améliorations, il doit avoir devant lui une période de temps suffisante pour en tirer profit; et pour lui assurer en tout cas cette période de temps, on a pensé que son bail devait être perpétuel.
« Ce sont là le*, raisons qui, au point de vue économique, constituent, la justification de ,1a propriété de la terre. On voit qu'elles ne sont valides qu'autant, que le propriétaire de la terre est aussi celui qui l'améliore.
Toutes les fois que, dans un pays quelconque, le propriétaire , généralement parlant, cesse d'améliorer la terre, l'économie politique n'a rien à
dire pour défendre cette propriété, telle qu'elle y est établie. Dans aucune théorie bien entendue de la propriété, on ne s'est jamais proposé que le propriétaire de la terre ne fût qu'au simple sinécuriste résidant....
« Lorsqu'on parle du caractère sacré de la propriété, on devrait toujours se rappeler que ce caractère sacré n'appartient pas au même degré à la propriété de la terre. Aucun bomme n'a fait la terre. Elle est l'héritage primitif de l'espèce humaine tout entière. Son appropriation est entièrement une question d'utilité générale. Si la propriété privée de la terre n'est pas utile, elle est injuste.
Il n'y a aucune injustice à ce qu'un individu quelconque soit exclu de la possession de ce que d'autres ont produit; ils n'étaient pas obligés de le produire pour son usage, et il ne perd rien en ne prenant point sa part dans ce qui n'eût point existé autrement. Mais il est en quelque façon injuste qu'un homme soit venu au monde pour trouver tous les dons de la nature accaparés à l'avance sans qu'il reste de place pour le nouveau venu. Pour réconcilier les individus avec cet état de choses, si leur esprit a admis une fois qu'ils possèdent quelques droits moraux, à titre de créatures humaines, il sera toujours nécessaire de les convaincre que l'appropriation exclusive est favorable à l'espèce humaine en masse, eux inclusivement...
« La propriété de la terre est reconnue, même par les partisans les plus opiniâtres de ses droits, comme différente de toute autre, et la masse de la société ayant été déshéritée de sa part dans celte propriété, devenue le partage exclusif d'une faible minorité, on a essayé généralement de la réconcilier, au moins en théorie, avec le sentiment de la justice en s'efforçant d'y attacher des devoirs et de l'ériger en une sorte de magistrature morale ou légale. Mais si l'État est libre de traiter les possesseurs de la terre comme des fonctionnaires publics, ce n'est que faire un pas de plu a que d'avancer qu'il est libre de les écarter. Le droit des propriétaires à la possession du sol est complète-
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ment subordonné à la police générale de l'État. Le principe de propriété ae leur donne pas droit à la terre, mais ne donne droit qu'à une compensation pour toute portion de leur intérêt dans cette terre dont il peut convenir à la police de l'Etat de les priver. Leur droit à cette compensation est inaliénable.... Mais en se soumettant à cette clause conditionnelle, l'Etat a la liberté de traiter avec la propriété territoriale selon ce qui est exigé par les intérêts gêné raux de la société, même avec la faculté, s'il le faut, d'en agir avec toute la propriété comme cela a lieu pour une partie, toutes les fois qu'un billest promulgué pour la construction d'un chemin de fer ou d'une nouvelle rue...
« Je regarde presque comme un axiome que la propriété de la terre cloil être interprétée strictement, et que dans (uns les cas douteux la balauce doit pencher contre le propriétaire. L'inverse a lieu lorsqu'il s'agit de la propriété des valeurs mobilières et de toutes les choses qui sont le produit du travail. La faculté dont jouit le propriétaire d'en user et d'en exclure les autres individus doit être absolue, excepté dans les cas où il en résulterait un dommage positif pour la société. Mais, dans le cas de la terre, on ne doit accorder de droit exclusif à aucun individu, s'il n'est démontré que cette concession produit un bien positif. La possession d'un droit exclusif sur une portion de l'héritage commun , auquel les autres ne participent point, est déjà un privilège contestable. Aucune quantité existante des biens mobiliers qu'un individu peut acquérir par son travail n'empêche d'autres individus de l'acquérir par les mêmes moyens; mais par la nature même des choses, quiconque possède la terre empêche les autres d'en jouir. Le privilège ou le monopole ne peut se défendre que comme un mal nécessaire; il devient uneinjustice lorsqu'il arrive à un point où il n'est accompagné d'aucun bien qui le compense... etc. »
Ces passages du grand économistesocialiste anglais , contiennent de bonnes choses , mais n'annoncent
point dans cet esprit des idées claires ni précises ; ils sont entortillés et composés de phrases qui sont entre elles des demi-contradictions, quelquefois même des contradictions complètes. La vieille théologie de saint Thomas, flanquée de la vieille logique d'Aristote était plus carrée et valait mieux. On peut cependant en tirer la théorie suivante, qui est fausse et qui se détruit elle-même :
Le propriétaire primordial et naturel de la terre est la société, tandis que le propriétaire naturel et primordial de la propriété industrielle est l'individu qui a produit cette propriété par son travail ; la propriété territoriale individuelle ne peut donc jamais être que conditionnelle devant la société ; elle n'est concédée par la société, qui en est le propriétaire naturel, que pour l'utilité générale, et sous condition de cette utilité; elle peut toujours être grevée par la société de charges plus ou moins considérables qui ne sont que des reprises partielles de ses droits primitifs; mais tout cela n'existe pas pour la propriété industrielle , qui étant vraiment et radicalement individuelle, ne doit rien à la société.
Nous avons vu l'école de Bûchez professer la même doctrine sur l'origine de la propriété territoriale, et nous l'avons réfutée à la fois pour toutes les propriétés possibles. Sous n'aurons pas besoin d'un long examen pour faire ressortir l'inconséquence et la futilité de la distinction de l'économiste anglais, plus ou moins admise par les socialistes buchéziens qui se sont fait les vulgarisateurs français de ses théories en traduisant ses œuvres.
Prenons, d'une part, un champ avec la moisson qu'en tire, pour se nourrir, l'hiver prochain, celui qui le cultive ; c'est bien là une propriété territoriale ; prenons, d'autre part, une couverture de laine qu'a filée et tissée un ouvrier pour se couvrir, l'hiver prochain ; c'est bien là une propriété industrielle. Quelle différence y a-t-il entre l'une et l'autre propriété ? aucune à tout point de vue :
Il y a, dans le champ cultivé, le travail de la nature, qui reste la pro
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priété du la nature et qui est, comme nous l'avons dit, immédiat et médiat :
immédiat dans la matière première, l'humus, que l'auteur de la nature a fait se former par ses procédés géologiques sur le dos d'un globe ; médiat dans le talent naturel du laboureur qui l'a rendu productif. Mais n'y a-t-il pas aussi dans la couverture de laine le travail de la nature, qui reste également la propriété de la nature, etqui est aussiinimédiatetmédiat : immédiat dans la nature première, la toison, que l'auteur de la nature a fait se former, par ses procédés physiologiques, sur le dos d'un animal ; médiat dans l'activité naturelle de l'industriel qui en a fait une couverture ?
Il y a, dans le champ cultivé, le travail de la société, qui reste la propriété de la société, et qui est immédiat et médiat comme celui de Dieu :
immédiat dans la protection qu'a donnée la société au cultivateur du champ en lui prêtant sa force pour lui en garantir la conservation ; médiat dans le talent développé du laboureur quia mieux réussi qu'il n'aurait réussi s'il n'avait pas pu profiter de l'expérience de ses devanciers et des procédés inventés peu à peu par la civilisation. Mais, il y a, dans la couverture de laine, les mêmes choses exactement; cela est si clair qu'il serait fastidieux pour le lecteur de le développer.
Il y a dans le champ cultivé, le travail de l'individu, qui est bien la propriété de l'individu, et qui est immédiat et médiat encore comme celui de Dieu : immédiat dans le temps et la peine que le laboureur a dépensés sur la matière brute pour en tirer la moisson ; médiat dans le temps et la peine qu'il a dépensés pour devenir un laboureur habile.
Mais n'y a-t-il pas encore absolument les mêmes choses dans la couverture de laine à l'avantage de l'industriel qui a tondu la toison, l'a tilée et l'a tissée; et y a-t-il quelque chose de plus? Pas un iota; il n'y a de différence que dans les procédés et dans le genre d'industrie.
Enfin reste, dans l'un etdans l'autre bien, — à savoir d'une part le champ
couvert de la moisson, amélioré comme il l'estpour l'avenir, et de plu, en plus propre à produire de nouvelles moissons, et, d'autre part, la couverture, telle qu'elle est aussi, produit échangeable comme le champ et représentant comme lui une utilité pour tel ou tel — il y a, disons-nous, dans l'un et l'autre bien, l'utilité relative de l'objet réalisé et réel, laquelle sera considérée soitdaus celui qui le vendra ou le prêtera, soit dans celui qui l'achètera ou l'empruntera.
Mais jusques dans ce dernier résultat, qui résume etreprésente en lui toutes les causes précédentes, peut-on saisir la moindre différence ? Non. L'esprit de M. Stuart Mill et des collectivistes qui feront intervenir la société dans un cas et ne la feront point intervenir dans l'antre, ne pourra que se perdre dans des associations de phrases creuses, sans idées.
II faut donc mettre toutes les propriétés sur la même ligne, et raisonner sur toutes, en économie sociale, avec la même rigueur, comme nous le taisions dans notre étude critique de la théorie buchézienne, et comme nous allons le faire encore, ;'i propos de la vente et surtout du loyer du capital, terrain sur lequel c'est Proudhon qui s'approchera le plus de la vérité théologico-économique.
Auparavant nous devons dire le point délicat que M. Stuart Mill et les buchéziens paraissent oublier.
Quand le champ avec sa moisson ou simplement amélioré par le travail, et la couverture de laine avec son utilité pratique, existent à l'état d'appropriation par celui qui y a ajouté de son travail à celui de Dieu et à celui de la société, le propriétaire de ces biens peut en user, mais ne peut pas en abuser de manière à faire tort à son prochain soit individuellement pris, soit collectivement pris.
Or, il y a diverses manières d'abuser, qui toutes reviennent au vol et contre lesquelles la société se constitue, en droit radical, pour les empêcher.
C'est ici que se montre le vrai droit social. Que le propriétaire du champ prétende en rester éternellement le propriétaire en vertu d'une première
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possession, acquise, ou en vertu d'un écrit, d'un contrat, sans le faire produire le blé nécessaire à des frères qui auront faim s'iln'en produit pas, c'est là que son droit s'arrête et que la société doit intervenir soit pour le forcer à cultiverson champ, soit pour livrer le champ à d'autres qui le cultiveront. Que le même propriétaire prétende conserver éternellement le même litre, sans continuer son appropriai ion par le travail, et use de celte supercherie, qu'on a nommée l'usure, consistant à prêter le champ à la condition que celui qui le fera produire, lui donnera une partie des produits, sur le seul titre appelé vi mutai, c'est encore là que s'arrête son droit véritable, que commence l'abus, et que la société doit intervenir comme elle intervient contre le vol.
.Que le même propriétaire prétende vendre son champ dix fois plus qu'il ne \ a ut en réalité à un frère qui en un, eu se fondant sur l'utilité très-grande que ce champ procurera à son acheteur, lorsqu'il ne devrait considérer comme base du prix que l'utilité du champ relative à luimême et dont il se prive, ce qui retient en général à l'estimation juste de ce bien dans le courant ordinaire des choses, c'est encore ici que son droit s'arrête, qu'il y a abus, et que la société doit intervenir pour protéger le faible contre le fort ; c'est une usure dissimulée sous la vente ; c'est un contrat frauduleux et anti-social.
etc. etc.
Et il en est de même de la couverture de laine ainsi que de toute propriété industrielle. Que le propriétaire de cette couverture, n'en ayant pas besoin parce qu'il en a d'autres, ait le caprice de ne pas vouloir la vendre, durant l'hiver pour qu'elle serve à couvrir des gens qui meurent de froid, n'y a-t-il pas abus, et la société ne doit-elle pas intervenir, comme dans le cas du champ ?
Qu'un industriel riche ait la fantaisie d'accaparer dans un magasin toutes les couvertures d'un pays, tandis que des milliers d'hommes en ont besoin, n'y aura-t-il pas abus comme dans le cas d'un riche propriétaire qui accaparera tous les champs d'une
contrée pour les laisser en friche Et pourquoi la société s'est-elle organisée par un contrat radical, sortant de la nature même de l'homme social, si ce n'est pour veiller à sa propre vie et à la vie de tous ses membres en empêchant de telsabus?
Disons de même, sans crainte, du prêt à intérêt des capitaux soit territoriaux, soit industriels, soit argentmonnaie qui les représente tous, lorsqu'il n'y a aucun autre titre à percevoir quelque chose en sus du capital lui-même, que le fameux m mutai de la vieille théologie.
Encore une fois, aucune différence entre les biens ; l'individu et la société ont, sur tous, les mêmes droits corrélatifs, l'individu le droit d'user de ceux qu'il possède légitimement soit par appropriation laborieuse, soit par appropriation donative, soit par appropriation d'égal-échange, et la société le droit et le devoir de veiller etdeprèter sa force pourempècher qu'il en abuse, et pour garantir à chaque producteur la jouissance complète, légitime et non abusive, de son produit tout entier contre la force ou la ruse accaparantes.
III Le loyer du capital et l'imposition de la rente. — ■ Voici en quels termes M. Pillon résume le socialisme de Stuart Mill sur ces deux points et la citation qu'il donne de cet auteur à l'appui de son résumé.
« Le socialisme de Stuart Mill est fondé sur une analyse savante et profonde du revenu foncier. Il y voit deux éléments différents : l'un parfaitement juste, le loyer d'un capital; l'autre injuste, le prix d'un monopole qui résulte de la nature des choses.
Il ne confond pas, comme Proudhon, les deux éléments dans une commune réprobation. Il ne prend pas, comme Bastiat et Carey, le parti de nier le second pour légitimer, d'une manière absolue, le revenu de la terre. Il n'a aucune objection à élever contre le loyer du capital; mais il tient que l'État peut et doit atteindre le prix du monopole naturel, ce qu'on appelle ordinairement la rente. L'idée d'une taxe sur la rente foncière est exposée dans les Principes d'économie politique, à peu près dans les mêmes termes
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qun dans le manifeste de la Lnndtenure reform Association :
« Supposez, dit-il, qu'il existe une » espèce de revenu qui tende cons- » laminent à augmenter, sans effort « ni sacrifice de la part de ceux qui » en sont propriétaires; que ces pro- » priétaires composent dans la société » une classe que le cours naturel des » choses enrichit sans qu'ils fassent » rien. Dans ce cas, l'État pourrait, » sans violer les priocipes sur lesquels » la propriété privéeest établie, s'ap- » proprier la totalité ou une partie de » cet accroissement de richesse à mc- » sure qu'il se produit Ce serait, à pro- » prement parler, prendre ce qui n'apn pallient a personne ; ce serait em- » ployer, ru profil de la société, une » augmentation de richesse créée par » les cil-constances au lieu de l'aban- » donner sans travail à une classe » particulière de citoyens. Eh bien !
» c'est le cas de la rente. Le mouveo ment ordinaire d'une société dans » laquelle la richesse augmente tend » toujours à augmenter le revenu » des propriétaires, à leur donnerune » somme plus considérable et une >> proportion plus furie dans la ri- » chesse de la société, sans qu'ils « lassent pour cela ni effort, ni dé- » pense, Qss'enrichissentendormant, o en quelque sorte, sans travailler, » sans courir de risques, sans épar- » gner. Quel droit ont-ils, d'après les » principes généraux de justice so- >» ciale, a cite augmentation de for- » lune? Quel torl leur aurait-on fait » si, depuis l'origine, la société s'é- » tait réservé le droit d'imposer l'ac- » croissement spontané de. la rente » autant que l'auraient exigé les be- » soins financiers de l'État ;l .'
Le lecteur peut déjà conclure de ce que nous avons dit et démontré que nous sommes loin de penser de la théorie de Stuart Mill ce qu'en pense M. Pillon. Comme M. Stuart Mill, nous ne légitimons pourtant pas, d'une manière absolue, avec MM. BastiatetCarrey, ni le revenu indélini de la terre prêtée, ni celui de
fl) J. Stunri Mill, Principes d'économie politique, iroil. par Mil. Diuiard et Conrcelle-Seoeuii,
t. 1, p. 41 J et sinv.
la propriété industrielle également prêtée, ni, par conséquent, la rente perpétuelle qui représente ces revenus, et nous ne confondons pas, non plus, avec Proudhon, auquel il manque quelque chose, en effet, sur ces point?, tous les éléments du loyer d'un capital dans une même réprobation. Eliminons, pour nous faire comprendre, ce qu'il y a d'obscur, de mal fondé et de laux dans M. Stuart Mill.
Il résulte directement de la similitude parfaite que nous avons établie entre la propriété foncière et la propriété mobilière. — Nous disions, dans l'établissement de cette similitude 1 , propriété tetritoriale et propriété industrielle, parce que c'étaient alors les termes de M. Stuart Mill ; mais dans les propriétés industrielles, il y en a de foncières comme les territoriales, et de mobilières; et en établissant la similitude entre la plus foncière de toutes les foncières , un champ, et la plus mobilière de toutes les mobilières, sauf l'argent, une couverture de laine, non-- l'avons établie entre toutes les autres, qui diffèrent moins entre elles que ces deux-là ne pouvaient différer. — Il résulte, dis-
,je, île celle silni lit llile établie par
nous, que la société ou l'État n'a pas
plus de droits radicalement propriétoriaux à imposer le revenu de la terre ni la rente, qu'il n'en a à imposer tout le reste. Le droit d'imposition de ces objets, ou d'objets quelconques appropriés parle travail, ne peut lui venir en vertu d'un haut domaine antérieur au domaine du travailleur; il ne peut venir à l'Etat que par l'entremise de celui-ci, en vertu d'un coTttrat social, qui résulte de la nature de l'homme social, il est vrai, mais qui n'en a pas moins pour éléments constitutifs les volontés raisonnables des travailleurs de se cotiser pour établir entre eux l'ordre et la justice. Mettons donc à l'écart ce droit d'imposition de la rente; la question n'en peut servir que secondairement et comme un des détails économiques qui seront éveillés à la suite du contrat social constitutif de la société.
Mais, dira M. Stuart Mill, la rente va être un revenu tel, qu'il ira toujours
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en augmentant et enrichira la classe qui en profitera selon une progression indéfinie sans qu'elle fasse rien ; et je ne vois qu'un moyen d'arrêter cet enrichissement si facile, c'est que l'Etat y mette son veto, en l'imposant convenablement, et de plus en plus.
Oui, lui répondrai-je, il en sera ainsi d'après vus principes, puisque vous admettez chez le propriétaire le droit de louer le capital, c'est-à-dire de le prêter moyennant stipulation d'un intérêt ou d'un revenu qui ne sera motivé que par le fait seul du prêt lui-même, vi mutui ; et je conçois que, dans ce régime de l'injustice, vous ameniez comme modéramcn du vice un autre vice qui consiste dans ce commencement de communisme que vous appelez l'imposition de ta rend.', et qui se fait par l'état de plein droit, de droit direct, sans intervention d'aucune cotisation libre des associés.
Hais, remarquez donc que ce loyer du capital moyennant un intérêt ou revenu qui sera perçu en vertu du prêt seul, est le grand vice lui-même que vous ne deviez pas admettre, le grand abus du travailleur enrichi, à l'égard de ses frères encore pauvres, et que c'est ca vice qu'il s'agit, avec Proudhon, de couper par la racine, ainsi que s'y efforoent la philosophie rationnelle et la théologie chrétienne depuis le commencement du monde.
Quand ce vice sera 'détruit, on ne s'enrichira plus, comme vous le dites, sans travailler, on ne trouvera plus moyen de percevoir une partie des sueurs du pauvre, sans un titre de justice, bien clair et bien constant, à un équivalent exact; on sera dans un état social comme celui dont avait parlé saint Paul aux Thessaloniciens, et qu'il leur rappelle dans sa deuxième lettre, on ne mangera plus que si l'on travaille, soit pour le corps, soit pour la science, soit pour la morale et la religion ; Si quis non vult operari, non manducct.
C'est donc à la théorie proudhonnienne qu'il en faut revenir dans tout ce qu'elle a de conforme à la vieille théologie philosophico-chrôtienne.
Autrement vous ne ferez avec tout
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votre génie que jeter la société d'un vice dans l'autre, en essayant de la guérir; et vous ne la guérirez pas avec vos remèdes ; un oracle de nos livres sacrés a dit, il y a bien longtemps, que Dieu a fait « les sociétés guérissables», nationes fecit sanabiles; il faut conclure de cet oracle qu'il existe des remèdes par lesquels elles seront guéries. Mais ces remèdes, ce ne sont point les vôtres, qui ne font qu'alimenter la maladie, tout en calmant ses crises.
Nous avons éliminé le prétendu monopole que M Stuart Mill appelait naturel et invoquait, avec les socialistes, en faveur de l'état. Nous avons éliminé de même des droits du producteur, ou de son remplaçant, Je propriétaire par don ou par échange, le prétendu droit de percevoir quelque chose en sus du juste capital ou de son équivalent ; quereste-t-il pour le propriétaire et pour la société ?
Pour le propriétaire: 1° le droit de se faire indemniser, dans le prêt des instrumentsde travail, des détériorations que subira l'instrument prêté ; 2° le droit à une compensation équivalente au travail qu'il pourra continuer de fournir lui-même , en restant dans l'exploitation, s'il y reste; 3° le droit à une compensation équivalente à la privation qu'il pourra s'imposer à luimême en prêtant pour rendre service (iucrum cessons, damnum émergeas) ; 4° enfin le droit à une indemnité d'assurance de la chose, s'il s'en porte l'assureur. Il n'existe aucun autre titre juste sur lequel il puisse se faire un revenu, par ce qu'on appelle le loyer des capitaux, quelles que soient leur nature et leur espèce.
Or, parmi ces quatre indemnités fondées en justice, il en est deux que Proudhon , en refusant de prendre pour guide la théologie, passa sous silence, ou même rejeta de ses élucubrations; ce sont les deux dernières:
l'indemnité du Iucrum cessons ou damnum emergens, par rapport au prêteur ou au vendeur, — ces derniers mots sont essentiels, attendu que l'utilité relative à l'emprunteur n'est qu'un titre injuste, si on veut, comme nous l'avons dit, ie faire entrer dans lamesure de l'échange, bien qu'elle soit
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un motif pour le provoquer et le déterminer — et l'indemnité d'assurance, dans les sortes de prêts OU de ventes où c'est le bailleur qui se porte l'assureur devant la conscience, en répondant des aléa ou éventualités indépendantes de la faute de l'emprunteur ou de l'acheteur. Mais Proudhon, en refusant d'admettre ces deux titres comme pouvant constituer , pendant qu'ils durent, un intérêt et par conséquent an revenu, se jeta dans une injustice équivalente à celle des économistes malthusiens qui soutiennent le droit à l'intérêt pour le pur loyer du capital, vi mutui; il n'y avait entre les deux injustices que changement de personnage dans la victime; la victime de Malthus était l'ouvrier emprunteur; la victime de Proudhon était le propriétaire préteur. L'avantage, au pomtde vue du cœur, était à Proudhon, mais devant la justice rigoureuse, toute injustice en vaut une autre.
IV. Leilruit au travail, la toi dis pauvres, le principe de population et la morale malthusienne de$économistes.
— Citons d'abord M. Stuart ttill et M. Pillon son interprète.
Eu 1849, M. Stuart ttill portait, dans une revue anglaise, (1) le jugement suivant sur le décret du gouvernement provisoire par lequel l'état s'engageeit, conformément à la doctrine, entachée île communisme, de M. L.
Blanc SUT l'égalité des salaires et sur le droit au travail, « a garantir l'existence de l'ouvrier parle travail. »
« 11 est étrange que cet acte du gouvernement provisoire ait rencontré ses censeurs 1rs plus amers dans des journalistes qui ne tarissent pas sur l'excellence de la lui des pauvres d'Elisabeth; et l'on ne conçoit pas que les mêmes personnes déclarent si mauvais, pour la France, ce qu'elles approuvent si fort, relativement à l'Angleterre et à l'Irlande; car le droit au travail, c'est la loi des pauvres d'Elisabeth, et rien de plus. Secours assurés à qui ne peut travailler, travail garanti à qui le peut, tel est l'acte d'Elisabeth et telle est la promesse
(I) Westminster and Quarterly revii-w for april 1849 p. 31.
que le gouvernement provisoire est si coupahle d'avoir faite à la France !
« Non seulement le Gouvernement provisoire n'a offert rien de plus que l'icte d'Elisabeth, mais il l'a offert d'une manière et dans des conditions de beaucoup préférables. Dans le système anglais de la paroisse, la loi confère à chaque pauvre le droit de demander, pour lui-même individuellement, ou du travail ou l'assistance sans travail'. Le gouvernement provisoire n'eut pas en vue de reconnaître un semblable droil; il n'entendit pas faire l'aumône aux individus; son action ne devait s'exercer que sur le marché général du travail : son plan était de créer, là où il était manifeste que le travail manquait, la quantité d'emploi productif requise au moyen de fonds avancés par l'État, mais la question pour l'État n'était nullement de chercher du travail à A ou à B ; dans le système du gouvernement provisoire, l'État se réservait le choix des ouvriers à employer; il n'affranchissait personne de la nécessité de pourvoira sa subsistance par ses propres eiforts ; tout ce qu'il entreprenait c'était d'aviser à ce que l'emploi .
ne fit pas défaut. Inutile dédire que l'intervention du gouvernement en faveur des travailleurs considérés d'une manière collective est infiniment moins fâcheuse que cette intervention de la paroisse, qui consiste à fournir de l'emploi à tout individu bien portant qui n'aura pas été assez honnête ou assez actif pour s'en procurer luimême.
« Le droit au travail, tel que le Gouvernement provisoire le comprit, n'appelle pas les objections qu'on peut élever contre la loi des pauvres ; il soulève la plus fondamentale des objections, celle qui se rapporte au principe de la population, mais, à part cela, nul ne peut y trouver à redire. Au point de vue de quiconque ne tient pas compte du principe de la population, le droit au travail doit être la plus incontestable des vérités morales, et sa reconnaissance la plus sacrée des obligations politiques.
» Le gouvernement provisoire pensa, comme doivent penser tous ceux dont l'esprit est élevé, et le cœur
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exempt d'égoïsme, que la terre appartient, avant tout, aux êtres, humains qui l'habitent; que quiconque travaille à un objet utile doit être nourri et vêtu, avant que les hommes capables de travailler reçoivent le pain de la paresse. Ce sont là des axiomes moraux. Mais on ne saurait se diriger d'après un principe donné, abstraction faite des autres principes qui l'environnent. Le gouvernement provisoire ne prit pas garde,— et combien, parmi ses censeurs, y en a-t-il qui y aient pris garde ?— que si tout membre de la grande fam ille humaine a droit à une place au banquet que les efforts collectifs de son espèce ont préparé, il n'en résulte pas, pour chacun, le droit d'inviter à ce banquet, sans le consentement de ses frères, des convives surnuméraires.
S'il eu est qui agissent de la sorte, c'est sur la part qui leur revient que doit être prise celle îles nouveaux venus. H y a certainement assez et plus qu'il ne faut pour tous ceux qui sont nés; mais il n'y a pas et il ne saurait y avoir assez pour ceux qui peuvent naitre; et si à chaque individu qui vient au monde on reconnaissait un droit absolu à porter la main sur le fonds commun, chacun bientôt en serait réduit à n'avoir tout au plus que de quoi vivre; et, même dans ces étroites limites, les ressources ne tarderaient pas à manque!'. Ainsi donc, le droit au travail, réalisé conformément à la portée de la promesse qu'il contient, serait un présent fatal à ceux-là mêmes auxquels il s'agit de venir en aide; à moins que l'accroissement de la population ne fût arrêté dans une mesure équivalente à l'accroissemenkde la consommation.
« Le fait est que le Gouvernement provisoire avait raison, et que ceuxlà aussi ont raison, qui le condamnent. Il y a une moitié de la vérité d'un côté ,et une moitié du côté opposé. Ces deux moitiés se % rejoindront un jour. Peut-être le résultat pratique de la vérité entière seraitil que toutes les pei sonnes vivantes se garantissent, les unes aux autres, par l'intermédiaire de leur représentant commun, l'État, la pos-
sibilité de vivre en travaillant, sauf à abdiquer le droit de propager l'espèce à leur gré et sans limites ; auquel cas, riches et pauvres devraient se soumettre également aux règles prescrites par l'intérêt social. Mais avant qu'une pareille solution du problème ait cessé de paraître visionnaire, il faut qu'une révolution presque complète s'accomplisse dans les idées et les sentiments du genre humain. »
Les mêmes vues, dit M. Pillon, sur les rapports du droit au travail avec l'action fatale de ce qu'on appelle le principe de population sont fortement exprimées dans les Principes d'économie politique, et il cite les passages suivants extraits de cet ouvrage :
« Le sentiment populaire estime que c'est un devoir du riche ou de l'ttat de trouver de l'emploi pour tous les pauvres. Sil'iutluence morale de l'opinion ne détermine pas les riches à épargner sur leur consommation ce qu'il faut pour donner aux pauvres du travail et un salaire raisonnable, on suppose que \e devoirde l'État estd'y pourvoir par des taxes locales ou générales... Si ces réclamations adressées à la société pouvaient être limitées àla génération existante; s'il ne fallait obtenir qu'une accumulation forcée suffisante pour procurer un emploi durable et un ample salaire à tous les ouvriers actuellement existants, la proposition n'aurait pas de plus énergique défenseur que moi.
La société est composée principalement de ceux qui vivent du travail des mains; et si la société c'est-àdireles travailleurs prêtent leur force physique pour protéger les gens qui .jouissent du superflu, ils ont le droit de ne les protéger, et ils ne les ont jamais protégés qu'à la condition que les taxes pourvoiraient, aux dépens dece superflu, aux dépenses d'utilité publique ; or, parmi les choses d'utilité, la subsistance du peuple est assurément la première. Comme personne n'est responsable de sa naissance, il n'est point de sacrifice pécuniaire trop grand pour ceux qui possèdent^ plus que le nécessaire, lorsqu'il s'agit d'assurer à tous ceux qui existent les moyens de vivre.
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» Mais il en est autrement lorsqu'il s'agit d'exiger de ceux qui ont produit et épargné, qu'ils s'abstiennent de consommer jusqu'à ce qu'ils aient assuré la nourriture et les vêtements, non-seulement à tous ceux qui existent actuellement, mais à tous les êtres qu'il peut convenir à ceux-ci et à leurs descendants d'appeler à l'existence, La reconnaissance pratique d'une telle obligation suspendrait l'effet de tous les obstacles positifs et préventifs que rencontre la multiplication de l'espèce bumaine.
Rien n'empècberait plus la population de se développer de la manière la plus rapide ; et comme, en mettant les choses au mieux, l'accroissement naturel du capital ne serait pas plus rapide qu'auparavant, les impôts destinés à combler un déficit toujours croissant augmenteraient à pas de géant. Il faudrait donc faire effort pour obtenir du travail en échange du salaire ; mais l'expérience a montré quelle espèce d'ouvrage on pouvait attendre des ateliers ouverts par la charité publique. Lorsqu'on ne donne plus le salaire en vue de l'ouvrage, mais l'ouvrage en vue du salaire, oii peut être assuré que le travail ne vaudra pas le prix qu'il aura coûté : lorsqu'on n'a pas la faculté de congédier des journaliers, on ne peut en ohtenir du travail que par le fouet. On peut concevoir sans doute que cette objection soit négligée. Le fonds obtenu par l'impôt pourrait être répandu sur tout le marché du travail, et c'est ce que semblaient proposer ceux qui soutenaient en France le droit au travail, sans donner à aucun ouvrier sans emploi le droit de réclamer de l'ouvrage dans un lieu et auprès d'un fonctionnaire public déterminés. On conserverait ainsi le droit de renvoi quant aux individus ; seulement lorsque l'ouvrage viendrait à manquer, le gouvernement entreprendrait des travaux, en gardant, comme les entrepreneurs particuliers, le droit de choisir ses ouvriers. Mais, quelque utilement qu'ils travaillassent, les produits du travail n'augmenteraient jamais aussi vite que la population ; ce qui resterait, après
le prélèvement de la nourriture, décroîtrait en proportion du produit total et de la population. Or, l'augmentation de celle-ci croissant toujours, et l'excédant des produits décroissant en même temps, cet excédant serait bientôt réduit à rien ; les taxes pour l'entretien des pauvres absorberaient tout le revenu du pays, où il n'y aurait plus qu'une masse d'hommes payant d'une main et recevant de l'autre. Onne pourrait plus éviter l'action des obstacles que la prudence ou la mort oppose 'aux progrès de la population ; ils se feraient sentir brusquement et partout à la fois ; tout- ce qui élève l'humanité au-dessus d'un nid de fourmis ou d'une colonie de castors aurait péri dans l'intervalle (1) »
« Après cette citation M. Pillon résume comme il suit les conclusions de l'économiste anglais :
« L'État ne peut ni s'imposer le devoir ni s'attribuer la puissance de garantir du travail, avec un minimum de salaire suffisant pour les besoins de chacun, à tous les menbres présents et futurs de la cité, c'est-à-dire non-seulement à tous les les citoyens qui vivent actuellement, mais encore à tous ceux qui peuvent naître, s'il ne se reconnaît en même temps le droit ou s'il ne possède le moyen de régler le développement de "la population et de le proportionner au développement de la richesse, à l'accroissement du capital.
Une telle garantie serait illusoire; elle ne tarderait pas à se heurter à un obstacle invincible venant de la nature des choses. Le droit au travail et à l'assistance, qui n'est pas s»s devoir corrélatif, ne peut être proclamé par la loi d'une manière absolue et inconditionnelle. Nul n'est fondé à l'invoquer contre la société, s'il prétend se soustraire à l'obligation de tenir compte de l'intérêt et des ressources de la société dans les relations et Jes actes qui peuvent augmenter le nombre des citoyens. En un mot, il y a antinomie entre le
(1) J. Smart Mill, Principes d'économie politique, trad. par MM. Duasard et Courcelle-SeQBUiI, t. 1, p. 413 et suiv.
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droit au travail et le droit de multiplication indéfinie. Qniconque soutient le premier de ces droits doit renoncer au second. Que le principe du droit au travail et à l'assistance entre dans la conscience publique et dans le pacte social, rien de mieux ; s'il est bien entendu qu'on y doit faire entrer, au même titre et dans la même mesure, le principe de responsabilités et d'obligations formelles, positives, limitant le droit de multiplication indetinie (1). »
Puis M. l'illon explique comme il suit la théorie positive de son auteur:
« Nous avons fait remarquer, dans un précédent article, la position prise par Stuart Mill dans la question de la propriété et de la rente foncières , entre le socialisme anti-capitaliste de Proudhon et de Karl* Marx et l'optimisme économique de Bastiat et de < lai ej (2). Sa thèse sur Le droit au travail, aussi éloignée des négations tranchantes de l'école économiste que des déclamations et des illusions sociatt'esl pas moins digne d'attention. 11 y a intérêt, croyons-nous, à montrer d'une manière précise ce qui en fait l'originalité.
« Ou sait que Maltbus fut amené, par l'observation des conséquences de la taxe anglaise des pauvres, àrechercher la loi qui régit le développement de la population et à formuler ensuite, au nom de cette loi, contre le droit au travail et à l'assistante, le jugement négatif qui est encore aujourd'hui celui de l'école économiste. Maltbus trouvait le droit au travail et à l'assistance en vigueur dans son pays. L'acte de la quarantetroisième année du règne d'Elisabeth l'avait inscrit dans la législation anglaise, u es t dit dans cet acte que les administrateurs (overseers) des paroisses devront faire travailler les enfants que leurs parents ne pourront pas entretenir, ainsi que toutes les personnes mariées ou non mariées qui n'auront ni moyens d'existence ni
(1) On peut conclure de nos théories qu'il y a mieux à (lire et mieux à faire. Lb Noib.
(2J Nous avons jugé l'un et l'autre aussi bien que l'idée à peu près bucliézienne île Stnait Mill lorsqu'il su pose entre les deux extrêmes.
Lb Noir.
industrie ; secourir les boiteux, les infirmes, les vieillards, les aveugles et tout autre mallieureux qui sera bors d'état de travailler ; enfin mettre les enfants pauvres eu apprentissage.
La même loi leur confère le pouvoir de lever dans ce but des taxes qui devront être supportées par les habitants de la paroisse ; et, si cela ne suffît pas, par les habitants du district et même du comté. Maltbus s'éleva énergiquement contre ce système et , d'une manière générale , contre tous les systèmes de charité publique, en montrant que le vice radical de l'organisation légale de l'assistance est d'empirer le sort de ceux qui ne sont pas assistés, et de créer un plus grand nombre de pauvres. « Que signifie, dit-il, l'injonction » du statut d'Elisabeth, si ce n'est » que les fonds destinés au travail » peuvent croître à volonté, et qu'il » suflit pour cela d'un ordre du gou- » vernement, ou d'une taxe mise par » l'inspecteur. Il ne seraitpas plus dé- » raisonnable d'ordonner qu'il vienne » deux épis de blé partout où jus- » qu'ici la terre n'en a produit qu'un.
» Quand Canut défendait aux vagues « de toucherjses pieds royaux, il n'u- » surpait pas un pouvoir plus grand » sur les lois de la nature. » Et un » peu plus loin : « Dire que le » prix du travail, dans un pays, » devrait suffire à l'entretien d'une » famille, et qu'il faudrait fournir de » l'ouvrage à tous ceux qui ne de- » mandent qu'à travailler, c'est vrai- » ment dire, en d'autres termes, que » les fonds destinés au travail, dans » ce pays, sont infinis ; qu'ils ne sont » sujets à aucune variation ; que, sans » égard aux ressources du pays, ra- » pidement ou lentement progres- » sives stationnaires ou rétrogrades, « le pouvoir de donner de l'ouvrage » et de bons salaires aux classes ou- » vrières doit toujours rester exacte- » ment le même. Cette assertion con- » tredit les principes les plus simples » et les plus évidents de l'offre et de » la demande, et renferme implici- » tement cette proposition absurde » qu'un territoire limité peut nourrir » une population illimitée. »
« Un point sur lequel on n'a pas,
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il semble, suffisamment insisté, c'est que Malthus ne se borne pas à constater une antinomie insoluble entre la foi fatale qui préside à l'accroissement spontané de la population et la loi morale qui obligerait la société à assurer à chacun de ses membres la subsistance par letravail.il nie absolument cette loi morale de l'assistance mutuelle. Non-seulement la garantie du travail et d'un minimum de salaire esi, selon lui. vaine et illusoire dans une, société donl ta population n'est pas limitée ; mais elle est, en outre, immorale, contraire à l'économie de la justice divine. Ku détruisant dans le cœurde l'ouvrier, parla sécurité qu'elle lui inspire, la crainte salutaire de la misère et de la faim
pour lui et pour sa famille, ne va-l-el [e pas contre la loi providentielle qui a fait, de la misère et de la faim la punition naturelle de la multiplication imprévoyante et déréglée ? Hue parlet-on de droits et de garanties pour ceux qui peuvent manquer de travail et de pain ? Ce soni précisément ces droits et ces garanties qui font le mal. C'est dans la négation de ers droits, dans l'absence île ces garanties, dans l'insécurité du travailleur qu'il faut voir le ren ftde;car c'est là, et la seulement, qu'est te frein nécessaire de la muli iplication de l'espèce. Il faut donc Be bâter de dt ta vouer publiquement It prétendu droit drs pauvres à être entretenus aux frais de ta société. Ce sont les propres expressions de Malthus.
« A cet effet, dit-il, je proposerais » qu'il fût publié une loi portant que » I assistance des paroisses sérail re- » fusée aux enfants nés d'un mariage » contracté plus d'un an après que » cette loi aurait été promulguée. .. » Lorsque la loi aurait été publiée et
» que le public en aurait acquis une
« pleine connaissance, si quelque » homme jugeail a propos de se » marier sans avoir l'espérance de » pouvoir nourrir sa famille, je pense » qu'il devrait être laissé à lui-même » et jouir île la plus entière liberté.
» Bien qu'à mon avis un tel mariage » soit une action manifestement im- » morale, elle n'est pas du nombre » île celles que la société doive se char-
» ger de punir ou de prévenir d'une
» manière directe. I, a raison est que
» la peine qui y est attachée par les
» lois de la nature retombe inimé-
» diatement sur le coupable et que
» cet le peine est d'elle-même sévère...
» Lorsque la nature se charge de
» gouverner et de punir, ce serait une
» ambition bien folle et bien dépla-
» cée de prétendre! nous mettre à sa
» place et prendre sur nous toutl'o-
» dieux de l'exécution. Livrons donc
» cet homme coupable à la peine
» prononcée par la nature. 11 a agi
» contre la voix de la raison qui lui
» a clairement été manifestée, il ne
o peut accuser personne et doit s'en
i> prendre à lui-même, si l'action
» qu'il a commise a pour lui de fâ-
» (lieuses suites. I, 'accès et l'assis-
» tance des paroisses lui doit être
» fermé, et si la bienfaisance privée
» lui tend quelques secours, l'inté-
» rêt de l'humanité requiert impé-
» rieusenicnt que ces secours ne soient,
» point trop abondants. Il tant qu'il
>) sache que les lois de la nature,
« c'est-à-dire les lois de Lieu, l'ont
» condamné à vivre péniblement,
» pour le punir de les avoir violées ;
» qu'û ne peut exercer contre lu
>, tor.irlr aucune espèce de lirait pour
» obtenir d'elle in moindre "portion de » nourriture au-delà de ce qu'en peut » nrlu ti rsotl Irm ail ; que si lui-même » et sa famille sont mis à l'abri des » tourments de la faim, ils en sont » redevables à la pitié de quelques » âmes bienfaisantes, qui ont droit » par là même à toute sa reconnais- » sauce (I). »
« Toute cette doctrine sur le droit au travail et a l'assistance a pris et consen é dans l'école économiste l'autorité souveraine des vérités scientifiques. Elle se résume exactement dans un passage souvent cité de Malthus, souvent cité pour réduire ii l'odieux l'économie politique :
«Unhomme qui naît dans un monde » déjà occupé, si sa famille n'a » pas le moyen de le nourrir, ou si la » société n'a pas besoin de son tra- » vail, cet homme n'a pas le moindre
(1) Maithiu, Euaintr h principe dépopulation,
trait, franc;., p. 515 et suiv.
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» droit à réclamer une portion quel- » conque de nourriture. Il est réelle- » ment de trop sur la terre. Au grand » banquet de la nature, il n'y a pas de • couvert mis pour lui. La nature lui » commande de s'en aller, et ne tar- » dera pas à mettre elle-même cet » ordre à exécution. »
a A quoi le socialisme répond en formulant les propositions suivantes : 1° I, 'homme qui rient au monde n'est point usurpateur et intrus ; membre de la grande famille humaine, il s'asseoit à la-table commune: la société n'est pas maîtresse de l'accepter ou de le rejeter. Si le fait de sa naissance ne lui donne aucun droit surses semblables, il ne le constitue pas non plus comme leur esclave; 2° le droit de vivre appartient à (nus : l'existence en es! la prise de possession; le travail en e^t la condition et le moyen; 3° e'esl un crime d'accaparer des subsistances ; c'est an crime d'accaparer li- travail; 4 lorsqu'il nait un enfant, aucun des frères n'est en droit de contester au nouveau venu la participation égale dans les biens du père.
Pareillement, il n'y a pas de cadets dans une nation.
« Dans cette protestation, le socialisme est invincible. C'est au nom de l'ancienne morale, au nom du cœur humain, qu'il s'élève avec indignation contre la morale nouvelle de l'école économiste. Il faut bien remarquer que les conséquences morales tirées par Malthus du principe de population vont à écarter non-seulement toute assistance légale, mais toute charité, toute bienfaisance, même privée. La bienfaisance, disent les disciples conséquents de Malthus, quelle que soit la manière dont elle s'exerce, esttoujours anti-économique et dangereuse, parce qu'elle fait naître chez le pauvre une attente, un espoir, une sécurité contraire à la responsabilité individuelle et à la sanction naturelle de cette responsabilité. De tous les modes d'assistance, le plus vicieux est la charité légale, surtout la charité légale organisée de manière à créer un droit pour le pauvre, parce que c'est celui qui produit l'attente la plus générale et la plus fondée. Le moins mauvais est la bienfaisance particu-
lière, l'attente qui en résulte n'étant fondée que sur une simple présomption, laquelle est souvent assez faible. Entre ces deux extrèmesse placent toutes les autres formes de la bienfaisance, formes plus ou moins mauvaises, suivant qu'elles se rapprochent davantage de la charité légale ou de la charité privée, mais participant toutes, à un degré quelconque, des inconvénients attachés au principe même de la bienfaisance. Ainsi l'économie politique arrête la main généreuse prête à s'ouvrir: prenez garde d'affaiblir chez celui qui est l'objet de votre compassion le besoin et le devoir de la prévoyance ! Cette misère vers laquelle vous vous penchez a une tin providentielle ; c'est une peine attachée par la nature à la violation du premier et du plus important des devoirs. Laissez faire, laissez passer la justice de Dieu !
« Revenons à Stuart Mill. Quelques mots suffisent maintenant pour déterminer sa position dans le débat.
Comme les économistes, il professe que la nature des c'aoses renferme dans des limites fatales la garantie du travail et du salaire, que ces limites dépendent des rapports de la capitalisation etde lapopulation, et qu'aucun système socialiste ne peut offrir un débouché infini à la main-d'œuvre avec des capitaux limités. Comme les socialistes, il repousse la morale sociale de Malthus. Il soutient que la crainte de la misère et de la faim n'est pas l'unique frein possible delà multiplication de l'espèce; qu'on en peut trouver et qu'il en faut chercher un autre dans l'éducation, dans l'opinion, et dans des mesures législatives; qu'on ne doit pas conclure des justes critiques soulevées par l'acte d'Elisabeth à la négation de toute loi d'assistance; que le droit à l'assistance peut être admis en droit et en fait, sans affaiblir le principe d'activité et les elfets de la prudence.
« C'est ce qui résulte, dit-il, des recherches de la commission pour la loi des pauvres. Cette commission aprouvé complètement qu'une loi des pauvres dans laquelle le droit à l'assistance se trouvait reconnu n'était pas incompatible avec l'intérêt permanent
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des classes laborieuses et. de la postérité. Par la comparaison de faits constatés dans diverses paroisses dispersées sur toute la surface" de l'Aiiglcterre, elle a établi que le droit à l'assistance n'aurait point, sur les idées et les habitudes du peuple, les mauvais effets qu'on en redoutait, si l'assistance complète, quant au nécessaire, était accompagnée de conditions pénibles, telles qu'une diminution de la liberté et la privation de certains agréments. A cette condition, on peut affirmer désormais qu'il n'est pas nécessaire d'abandonnei' au hasard le sort d'aucun membre de la société; que la société peut et par conséquent doit garantir tous ses membres contreles dernières extrémités du besoin; enfin, que ceux qui sont hors d'état de vivre par eux-mêmes peuvent être secourus sans craindre ou éprouver de douleur physique, et qu'il suffit de restreindre leur bien-être en les soumettant à une discipline rigide. Assurément l'humanité y a gagné quelque chose qui est important déjà et qui peut le devenir davantage parles conséquences qui peuvent en résulter :
l'humanité n'a pas d'ennemis pires que ceux qui, sciemment ou sans intention, cherchent à jeter de l'odieux sur cette loi ou sur les principes qui l'ont produite (t). » Pillon.
Nous avons fini de citer; c'est à nous maintenant la parole. Selon notre métltode ordinaire dans cette revue, éliminons le faux pourne garder (pie le vrai qui a été dit et y ajoute) le vrai qui a été passé sous silence et que n'avait point oublié cependant la théologie.
« L'homme qui riait dans un monde déjà occupé, si sa famille n'a pas le moyen de le nourrir ou si la société n'a pas besoin de son travail, n'a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture. Il est réellement de trop sur la terre, au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert mis pour lui. I.a nature lui commande do s'en aller, et elle ne tardera à mettre elle-même cet ordre à exécution. »
(1) Principes d'éronorme politique, t. I, p. 416.
Quoi! c'est vous, ô ministre du saint évangile, o Maltbus, qui osez profère»
de telles paroles, et c'est vous tous, économistes chrétiens, qui les répétez, dans vos traités scientifiques, comme des axiomes ! et vous osez parler ainsi quand il y a encore sur la terre des Empereurs, des Rois, des Czars, des Shahs, des Sultans! quand il y a encore sur la terre des châteaux, des palais et des Rothschilds.
Il n'y a qu'ene morale; et cette morale est celle de Jésus-Christ, qui ne «litière de celle de tous les sages qu'en ce qu'elle est encore plus pure, plus parfaite, et plus sévère à l'égard des heureux ; cette morale, la voici : « Vous êtes tous frères et vous n'avez qu'un maître, qui est Dieu. » « Traitez vos frères comme vous voudriez qu'ils vous traitassent. » « Aimez votre prochain comme vous-mêmes, la plénitude de la loi est tout entière dans cette seule parole. » « Il n'y aplusni juif, ni grec, ni esclave, ni libre, ni homme, ni femme; vous êtes tous un dans le Christ. » Et les conséquences de cette morale faut-il vous les dire? C'est d'abord de ne rien prendre, par force ou par ruse, de ce qui est le produit, et par conséquent la propriété, d'un de vos frères: c'est de laisser à chacun d'eux la jouissance complète de son bien, fruit de son travail. C'est ensuite, à l'égard de ceux qui, ne pouvant travailler, souffrent de la faim et du froid, de partager avec eux ce que vous avez, de leur donner la part de votre morceau de pain et de votre habit, qui les empêchera de souffrir ; c'est de leur donner, si vous êtes riches, tout re qui dépasse votre nécessaire, afin qu'ils aient le leur comme vous aurez encore le vôtre; c'est que la sociéié soit charitable comme l'individu, et que, pour donner le nécessaire à tous, elle sache, au besoin, s'armer d'audace et de force pour venir au secours de ses enfants déshérités, avec ce qu'ont de trop ses enfants heureux , non pas en vertu d'un droit radical sur les produits du travailleur, mais en vertu du droit qui sort de sa fondation même d'empêcher les abus et les accaparements de ces produits par les uns aux dépens des autres,
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par les forts aux dépens des faibles.
Voilà les conséquences individuelles et sociales de la morale du Christ, c'est-à-dire de la morale môme de la raison et de la nature.
Or, devant cette morale, il n'y a science qui tienne; elle exprime le devoir; devant le devoir, il n'y a qu'à fléchir, tout lui est subordonné.
Merci à Bûchez, Ott, Feugueray, Stuart Mil!, Courcelle-Seneuil, et àia Critique philosophique de reconnaître et de proclamer cette subordination contre l'égoïsme malthusien des économistes.
Voilà pour la morale, il faut bon gré malgré, quoi qu'il en soit de la science économique, que cette science plie sous elle ; et si, comme l'explique Malthus, le principe de la population conduit à une multiplication du genre humain, disproportionnée avec la capital dation ou production, la conséquence sera, devant la rigueur absolue de ta morale, que tous s'appauvrissent, souffrent, et finissent par dépérir ensemble. Voilà les principes, avec leur logique même.
C'est la théologie qui parle ; et chaque lecteur peut juger qu'elle ne parle point ici par un Escobar. Nous sommes cependant probabiliste et trèstolérant cjuand il s'agit de juger les consciences particulières; mais il ne s'agit pas en ce moment des applications individuelles, il s'agit des règles dans leur généralité, et les règles ainsi prises, c'est-à-dire en elles-mêmes, sont des barres inflexibles.
Que dirons-nous de la loi des pauvres d'Elisabeth d'Angleterre, d'après ces principes? Nous en dirons ce qu'en a dit Stuart Mill; elle n'est qu'une mesure imparfaite, entachée de vices nombreux; elle n'est point une organisation sociale; mais au milieu du désordre économique de tous les pays et d'un pays surtout où le droit d'ainesse continue de maintenir une si grande inégalité, cette loi est l'acte d'une reine représentant la société, qui avait au moins une oreille ouverte à la morale évangélique, supérieure aux calculs de Malthus et à sa logique.
Que dirons-nous aussi du droit au
travail pris dans le sens du décret de M. L. Blanc de 1849? Nous en dirons encore ce qu'en a dit Stuart Mill. C'est un désordre à tendance communiste comme la loi anglaise des pauvres, mais qui, dans la multitude des autres désordres, se présente comme un remède transitoire, inspiré par la môme morale, devant laquelle se taisent les raisonnements de la science, tant que la science elle-même n'aura pas amené l'ordre véritable selon lequel la parole de saint Paul aura son application organique sociale , par l'abolition du loyer pur et simple des capitaux. Nous sommes, le lecteur l'a vu, le plus éloigné qu'il soit possible, par toutes nos tendances libérales et autres, de ce cpii vise à exagérer les droits de l'état ; nous ne sommes pas communiste, nous sommMf6u contraire, individualiste par principe, puisque nous faisons consister toute fa réforme après laquelle nous aspirons, dans l'individualisation même de la propriété, fruit du travail ; nous ne reconnaissons dans la société d'autre droit et d'autre devoir que celui d'user de la force publique pour empêcher les abus d'accaparement d'une part, et se montrer charitable, d'autre part, comme l'individu, a l'égard de ceux qui ne peuvent pas produire ; mais avant qu'on en soit venu là, blâmerons-nous des mesures qui, dans l'ordre futur, seraient des tyrannies, etqui, dans le désordre d'aujourd'hui, sont des moyens d'atténuer les maux? Non, quelque contraires qu'elles soient à la théorie.
Enfin, que dirons-nous du principe de population des économistes ?
Ce principe est vrai ; il est irréfutable. La population croit de sa nature dans une proportion qui n'est pas eu harmonie avec l'accroissement des richesses, et qui doit fatalement conduire le genre humain à un appauvrissement relatif universel, après un très long temps ; mais il y a deux réponses que présente la théologie et dont ne veulent pas s'occuper les économistes , précisément parce qu'elles sont théologiques et chrétiennes.
Et, d'abord, leur dirais-je, vous raisonnez sur cette hypothèse que le
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monde présent doit être éternel; et c'est cette supposition même qui fait t mte la force de votre argument.
Dites avec la théologie que ce monde aura une lin, dites-le avec toutes les sciences comme nous l'avons dit dans notre article avenir du monde terrestre, et tous vos calculs s'évanouissent.
One dis-je ? Votre principe de population devient lui-même un des arguments scientifiques qui mènent àla démonstration d'une lin nécessaire.
Que la justice et l'égalité s'établissent par la morale de la fraternité, San3 que la liberté soit compromise, et le monde ira régulièrement à l'accomplissement de ses destinées dans les universelles harmonies; puis quand la logique des choses dira que la tin doit venir, cette fin elle-même se réalisera, nous ne savons comment, sous l'influx de l'éternelle sagesse Il y a, dans l'avenir, un point calculé où. la persistance de ce qui est ne pouvant plus s'accorder avec les conditions de la vie, le monde présent sera remplacé, pour l'homme, par un autre monde, donl les conditions vitales seront différentes. C'est ce que le christianisme a nommé la phase de la résurrection des corps en un état glorieux, dont nous ne pouvons nous faire une idée, niais dans lequel il y aura fixation du genre humain total, passé et existant, dans un ordre de choses qui n'aura plus aucune ressemblance avec l'ordre.
économique du passé, dont toutes les ressources seront épuisées.
Voilà la solution de la difficulté malthusienne du principe dépopulation; il n'y en a pas d'autre.
Mais une bien longue vie peut se développer encore (V. avenir do monde terrestre), et durant ce développement, il faut, en vertu de la sagesse créatrice, qtic l'ordre s'établisse selon la justice et la charité; et pour lui donner le temps de s'établir, il y aura un remède à l'excès de développement du genre humain, un remède moral, que le Christ n'a pas oublié non plus, qui fera reculer le moment fatal. Ce remède a son principe dans le sentiment chrétien de la perfection individuelle à laquelle nul n'est tenu, mais vers laquelle toute âme aspire,
et il consistera, comme il a déjà consisté, dans la virginité et le célibat librement supportés par dévouement pur. Les vierges chrétiennes ne cesseront de donner, en remplacement des populations nouvelles, qui peutêtre seraient de trop sur la terre et précipiteraient la lin du règne humain, des populations de vertus, qui prolongeront ce règne.
A ce contre-poids s'ajoutera, comme moyen secondaire, la modération de plus en plus grande dans la précocité des mariages ; et l'humanité aura le temps de réaliser l'utopie évangélique, avant que la multiplication des hommes ait dépassé la multiplication des produits nécessaires à la vie de tous, chacun jouissant de toute son œuvre, et ouvrant son cœur à la fraternité, pour y faire participer encore, d'une manière bénévole, tant particulière que publique, ceux de ses frères qui ne pourront rien produire.
l'CRITURE (l'j et le progrès religieux. (Thêol. mixt. philos, mor.
social, art.) — Nous écrivions, il y a vingt-deux ans, dans nos harmonies, l'article suivant : Nous ne voyons, on ce qui est de notre appréciation particulière, rien à y corriger. Nous devons seulement faire observer que tout ce qui y est dit de la liberté de l'écriture ou des livres, ne doit être entendu que relativement à la contrainte par coaction ou emploi de la force matérielle, et relativement au gouvernement civil ; car il est évident que tout culte a le droit de défendre sa dogmatique et sa morale par des lois de conscience prohibitives portées contre les livres et les auteurs qui s'élèvent contre cette dogmatique et cette morale.
« Nous entendons, dans cet article, par écriture tout livre qui ne doit pas être classé dans la catégorie de ceux que nous appelons poétiques (Voy.
poésie).
« Les livres de celte espèce s'occupent de religion, de philosophie, de science, d'histoire, de littérature, d'art, d'industrie, ou de critique quelconque. Nous ne devons en parler, ici, qu'en général et au point de vue ar-
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tistique, dans leur rapport avec le progrès religieux. Nous montrons l'intime liaison de cette richesse humaine avec la religion, et le service naturel qu'elles se rendent l'une à l'autre, dans tous nos articles sur l'art et la littérature; nous nous arrêterons, dans celui-ci, comme nous le faisons à l'égard de l'éloquence parlée au mot éloquence, à l'idée capitale de la liberté de l'écriture que nous tenons pour nécessaire a.u progrès religieux, et pour devoir être, un jour, dans son établissement définitif, un des ell'ets de ce progrès lui-même.
« Les principaux genres à'Ecritvrc sont la thèse logique, l'exposé scientifique, dogmatique, ou moral, le discours écrit, l'étude critique, la narration desl'ails, la description des choses, et la méditation mystique lorsqu'elle ne rentre pas dans ce que iinu- comprenons sous le mot poésie,
i C'est l'écriture qui conserve aux générations le capital intellectuel amassé par les générations précédentes ; elle fcit participer tous les âges au banquet de l'humanité passée ; elle le fait, surtout, et le fera de plus en plus, depuis la grande' invention de l'imprimerie. Autrefois que de peines pour conserveries travaux de l'écrivain ! les copistes ne pouvaient arriver qu'adonner au monde quelques exemplaires qui couraient de terribles chances dans les accidents sociaux; ces exemplaires ne pouvaient être lns que par un petit nombre de lettrés; les masses des peuples n'en savaient pas le nom. Combien de trésors sont tombés dans l'oubli, ont été la proie des flammes, et ont disparu par le manque de publication suffisante ! mais depuis l'imprimerie rien de tout cela n'est à craindre, nos descendants profiteront de tous les fruits de nos travaux.
« Telle est aujourd'hui la situation de l'écriture devant l'humanité. Il est évident que cette force est appelée à jouer un rôle immense sur ses destinées humaines et divines, religieuses et morales, sociales et individuelles.
La religion, de son côté, tient, du Christ, une mission spéciale sous le même rapport ; il faut, pour le bien
du monde, que ces deux forces s'harmonisent, dans leurs tendances, et poussent au progrès du bien : voilà ce qu'il est nécessaire de désirer pour être honnête et chrétien tout ensemble. Dans quelles conditions s'harmoniseront-elles de la sorte, et rempliront-elles le mieux leur mission ? la question est là.
« 11 ne s'agit pas de rêver l'absolumenl parfait ; ce parfait n'est pas de notre monde ; il s'agit seulement de trouver ce qui produira le plus de bien etle moins de mal. Or nous concluons, après examen sérieux, impartial, approfondi, à la liberté complète et réciproque, de la religion et de l'écriture.
« Si Y écriture est entravée, censurée, limitée par une puissance quelconque, l'art de l'écrivain n'a point ses ébats; il manque d'air, d'espace, pour le mouvement de ses idées ; or l'art est un oiseau sauvage qui ne chante pas en prison; c'est à peine s'il y pousse le faible cri de la douleur. 11 ne se lance, ne se remue, ne compose et n'improvise que dans la liberté de la solitude ou de la mêlée, du silence ou du bruit. Réglementer ses élans, c'est toujours l'asservir à des caprices qui ne sont pas les siens; il ne peut, non plus, travailler d'office. Soumettre l'art au régime d'une caserne, c'est lui dire : Tais-toi ; et alors il se tait toujours, à moins qu'il ne se fasse déserteur ou félon ; le seul mot de consigne le rend paralytique. C'est avec ce naturel fantasque que Dieu a créé l'art; insensés qui voulez l'asservir à des lois, et qui le boudez pour le mutisme qu'il vous donne en réponse, dites à Dieu de réformer son œuvre ! donnez donc dos leçons à Philomèle, un diapason aux tempêtes, une règle aux cascades, donnez aux brisements de l'Océan des conseils de prudence! L'art est le frère de la nature ; il en a le caractère et l'humeur; il n'est fécond qu'avec la liberté.
« Mais s'il en est ainsi de l'art de l'écrivain comme de tous les arts, il arrivera, dès qu'il n'aura plus son mouvenwmf libre, que l'activité humaine, cessera d'occuper avec lui ses loisirs, et se jettera du côté des satisfactions matérielles ; elle le mettra en
oubli; on verra la nation se passionner pour les choses vaines, et courir, comme une folle, à sa décadence.
Plus de productions sérieuses, plus de lectures graves ; le plaisir, les fêtes, les salons somptueux, les vêtements d'or et de soie seront l'objet exclusif des préoccupations du riche ; les spéculations plus ou moins entachées d'improbité se multiplieront sans mesure dans la classe moyenne; et les couches intimes de la société, surchargées de misères, vivront dans une dégradation croissante jusqu'à ce que l'excès, devenu intolérable, cherche son remède et le trouve dans la violence qui détruit tout avant de tout ressusciter.
« Lareligion pourrait-elle gagnera ce dépérissement de ['écriture, à cet accroissement du sensualisme en haut, de la misère en bas, qui se fait proportionnellement à l'inclinaison de l'art et du goût des choses intellectuelles dont l'art s'occupe? personne ne pourrait le soutenir. Lareligion s'occupe aussi des choses intellectuelles, et quand l'homme cesse de les cultiver en tant qu'artiste, il ne les cultivera pas longtemps à titre de chrétien. Le matérialisme ne diffère pas de luimême; il ne se partage pas non plus; votre activité se porte -t-elie du côté des jouissances du corps, elle quitte, d'autant, la voie qui mène à celle de l'âme; et c'est en vain qu'elle se flatterait de pouvoir dévier de cette voie sous un rapport, en la conservant sous un autre. Dans la classe des lettrés on perd le sentiment religieux, en perdant le goût de l'étude et des livres; c'est un phénomène de tous les instants ; et dans la classe des illettrés, on perd la piété, par l'obligation où l'on se trouve d'un travail excessif, par l'oppression de la misère, ou par la passion du gain matériel ; c'est encore un fait que personne n'ignore.
Ce que l'on observe dans l'individu, se reproduit, en grand, dans la société.
« Quand la religion chrétienne trouve un peuple sauvage et qu'elle le convertit à sa foi, elle lui donne en même temps le goût des livres ; elle a besoin d'attirer son esprit vers les objets immatériels dont les livres s'occupent,
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quels que soient, d'ailleurs, ces objets, pour développer en lui le caractère religieux ; elle sent qu'il lui serait impossible d'atteindre son but sans user de ce moyen. Quand elle trouve une nation où les préjugés sont déjà ébranlés par un commencement de travail intellectuel, où V écriture et la lecture sont vulgarisées, où les âmes pensent et réfléchissent, où s'est développé jusqu'à un certain point le goût du beau, elle travaille avec un succès rapide à l'amélioration de l'état religieux de cette nation, elle y trouve de l'écho, dès le début de ses efforts, et il ne se passera pas longtemps avant que le Christianisme y ait fondé sa demeure. C'est ce qui eut lieu dans l'empire romain et ce qui, joint à la direction surnaturelle de Dieu, explique la métamorphose subite de l'humanité de cette époque. Les langues latine et grecque étaient populaires; on écrivait beaucoup, on lisait beaucoup, on s'occupait d'art ; la discussion put s'ouvrir, malgré les tyrans, et le fruit de la discussion fut la conversion de l'univafs.
« Il est bien vrai que la moitié du genre humain se composait d'esclaves abrutis, et que le Christianisme fit d'abord plus de progrès dans ces basfonds de la société qu'il n'en faisait dans l'aristocratie des lettres; mais d'abord on aurait tort de croire que tous les esclaves fussent sevrés de toute participation aux œuvres de de l'esprit; les Térence, les Epictète et plusieurs autres, sortis de la classe des esclaves, le prouvent ôloquemment, et il suffisait de quelques chefs influents pour entraîner le troupeau.
Au reste le Christianisme a mille cordes à son arc, et le jeu de l'une n'empêche pas celui de l'autre; il rendait meilleur le sort des esclaves; il leur fournissait des moyens d'affranchissement, il les proclamait les égaux de leurs maîtres devant la nature et devant le Christ; il leur donnait le même rang dans les agapes ; il leur faisait sentir, en un mot, la transformation qui allait se faire peu à peu dans le monde, à leur sujet ; voilà ce qui combattait puissamment pour lui dans les classes infimes. Cependant s'il n'avait pas
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été de son essence de tirer profit do la discussion et du rayonnement littéraire dansles rangs supérieurs, il n'aurait point agi avec le même succès, et son succès n'aurait point été solide; les deux causes réunies tirent, humainement parlant, son triomphe ; or, il faut toujours mélanger l'humain au divin dansées sortes de phénomènes, car Dieu, en agissant dans l'humanité, n'y agit par sans elle. 11 en est des grandes transformations sociales , comme îles conversions individuelles; la grâce surnaturelle et l'activité naturelle sont inséparablement unies.
Enfin, quand la religion chrétienne trouve des nations élevées à un certain degré de civilisation, mais dans lesquelles l'écriture etla lecture sont le monopole d'un très-petit nombre, par l'effet de la nature même de (a langue qui présente des diffii tsidérables, elle éprouve
de- peines infinies à pénétrer, à se faire comprendre et à s'établir; la Chine est un exemple, aussi frappant qu'immense, de ce fait humain ; nulle part les livres ne sont plus nombreux ; mais la masse n'en peut profiter, parsuite de ladifliculté énorme qu'on éprouve à les comprendre ; les lettrés n'en peuvent, eux-mêmes, expliquer que de faibles parties après un travail de la vie entière; delà point de discussion ouverte, point de lutle intellectuelle, enracinement des préjugés, perpétuité de l'ignorance, stagnation du goût, et, avec ces résultats, celui de l'absence de progrès religieux, au moins rapide, vers le Christianisme. Si des missionnaires, admirables de dévouement, font des efforts surhumains et réussissent dans une certaine mesure parmi les classes misérables, ce progrès, en n'atteignant pas suffisamment les hautes régions, les régions de la science, ne se soutient que par la parole du prêtre catholique, et s'éteint peu à peu quand cette parole manque. Tant que l'écriture et la lecture ne se seront pas popularisées dans l'Asie, le Christianisme n'y aura point conquis le sceptre universel. Son mouvement et sa consolidation sont inséparables de la vulgarisation des livres et du goût des arts.
«Nous venons de faire comprendre, eh même temps, que si l'autorité politique empêche les explosions de l'êei /turc, l'impression etla circulation des livres, en s'attribuant la faculté de les juger, ses manœuvres deviendront l'obstacle au progrès religieux; car, de quelque part que cet obstacle vienne, les résultats sont les mêmes; entre le cas où la langue s'oppose par sa nature aux rayonnements littéraires, eteeluioù le gouvernement s'y oppose, nous ne voyons que la différence du malheur au crime. Le mandarinat chinois, par exemple, en exerçant la censure sur les livres, et assujettissant leur circulation à de lourds impôts, surtout dans les pays tributaires, n'est autre chose qu'une organisation satanique en vue de maintenir l'ignorance et, par suite, le statu quo des idées religieuses. C'est au milieu des éclairs et des foudres de la discussion écrite et parlée que la religion s'illumine, s'approfondit, se démontre, se comprend, se purifie, se développe, et se popularise; c'estaumilieu des luttes de l'écriture et de la parole que la religion vraie déploie , autour de son front, l'auréole, visible pour les masses, qui doit lui conquérir le monde.
« On fera toujours l'objection officielle : ne vaut-il pas mieux réglementer l'écriture que de laisser les mauvais livres courir pêle-mêle avec les bons? et l'on y répondra toujours, avec raison, parles deux observations suivantes : donner à une force quelconque le droit de distinguer le bien du mal, enfaitde discussions écrites, et de protéger l'un contre l'autre, s'est se jeter dans le cercle vicieux du juge se jugeant lui-même, et tout réduire au droit du plus fort; c'est livrer l'humanité aux pures caprices d'une tète, ou de quelques tètes. En second lieu, est-il vrai que les livres mauvais ne soient qu'un malheur pour la société? ne doit-on pas soutenir, au contraire, que leur existence est préférable pour le triomphe du bien?
C'est ce que nous prétendons formellement, d'accord, en cela, avec le Christ qui a dit que les scandales sont utiles.
« En effet, ou les livres mauvais
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devant la vérité religieuse le seront aussi devant l'art ; ou ils seront beaux et bons au point de vue artistique , étant mauvais au point de vue religieux. Dans le premier cas, l'art les renie ; ils deviennent le rebut méprisé des hommes de goût, et la religion gagne en dignité et en respect ce que perdent ses ennemis; les malheurs individuels que causent ces sortes de livres pendant un temps ne sont rien comparativement à l'honneur que la religion en retire et au bien général qu'en tin de compte ils déterminent.
Dans le second cas, ces livres sont de nature à nuire directement à la religion, mais ils ne font encore que la servir en fin de compte. D'un côté ils servent l'art, et, en mettant à découvert de nouveaux rameaux des forces qu'il recèle, préparent des armes pour la vérité , d'autre part; ils aiguillonnent les talents bien intentionnés, les inspirent, les mettent en jeu, et les poussent à produire ce dont ils ne se seraient pas même crus capables.
« Rien n'est perdu pour le bien de ce qui se découvre dans le domaine du beau, comme dans celui du vrai.
L'art du logicien exposé par le païen Aristote et développé, soit théoriquement soit pratiquement, par ses disciples aussi bien ennemis qu'amis du Christianisme, est-il resté inutile '/c'est avec cet art que saintjThomas aproduit sa grande œuvre, et que s'est formée toute la théologie catholique; dire que cette théologie , lillo en Jpartie de la logique d'Aristote, n'est pas une des richesses chrétiennes les plus considérables, serait, à nos yeux, une sorte de blasphème. Il en est de même de tous les autres arts relatifs à l'écriture.
Celui du discours écrit, dont les Démosthène, les Cicéron, et, après eux, leurs imitateurs dans lesrangsde nos adversaires, sont les patriarches, est devenu une des armes les plus foudroyantes contre le paganisme dans les mains de Tertullien et des autres pères de l'Eglise. L'art de l'historien, unis à découvert par les païens et par tous nos ennemis depuis dix-huit siècles, est devenu, à mesure qu'il a progressé ous'est répandu, une ressource dont nous profitons dans l'intérêt du Christianisme, et dont profitera tout
l'avenir ; ainsi de tout le reste. Voilà comment rien de beau ne peut être produit qui ne devienne, tôt ou tard un élément précieux dout la vérité' fera son armure.
« Arrière donc ceux qui veulent éteindre ou modérer le développement de l'écriture ! De quelque côté que nous l'envisagions, nous arrivons à conclure que si l'on veut, de bonne foi, servir la religion, il n'y a qu'à prendre le parti facile de lui laisser toute sa liberté, et de l'abandonner à la concurrence.
« La religion, de son côté, provoque et protège le progrès de l'écriture. Ellle lui fournit des modèles admirables dans ses livres sacrés et dans toute la série d'oeuvres éloquentesdont ces livres tiennent la tète. Elle demande, non pas toujours par la bouche de ses avocats, car il y en a qui sont insensés et qui lui sont plus à charge que ses accusateurs, mais par toute lèvre qu'inspire une âme généreuse, sage, intelligente et véritablement convaincue, elle demande la liberté de mouvement, sur l'arène commune de la discussion écrite, pour ses rivales nomme pour elle, et pour ses amis comme pour ses ennemis.
Elle excite, encourage, aiguillonne les talents ; elle se livre d'elle-même à l'examen de qui veut l'étudier; elle déroule ses titres au grand jour, les éparpille et délie l'univers d'y trouver rien à reprendre; c'est-elle qui met les esprits en ébullition, qui donne l'essor aux imaginations, qui électrise les plumes. Repassez son histoire, vous trouvez que sa venue est partout le signal de l'agitation intellectuelle, des batailles de la parole et de celles de l'écriture. Avant son invasion européenne, c'était le silence et la nuit; à peine s'est-elle montrée, tout s'anime, les génies fourmillent, les livres se multiplient, chacun prend part à la controverse, la discussion s'intronise dans le monde pour y régner jusqu'à la fin. Le jour où se rétablirait le premier calme serait celui d'une éclipse de la lumière. Il est de sa destinée de traverser les âges entourée des fulminantes explosions de l'esprit, et des ébullitions artistiques.
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« Qui veut la paix n'est pas chrétien, s'il entend par la guerre autre chose que le croisement des lames d'acier rouges de sang humain ; car le Christ a voulu toutes les guerres, excepté celle-là. Gardons ce lot du Seigneur; bénissons-le, et, pour le conserver, réclamons toujours la liberté pour nos adversaires avant de la demander pour nous-mêmes. »
(UARMONIKS Col. 387). L.E NulR.
ÉCRITURE HÉBRAÏQUE, {Théol.
hist. scien. philol.) M. Schegg, dans le DiC*. encyclop. de la Théol. cuth.
traduit de l'allemand par I. ("".osciller, a donné une étude sommaire de l'écriture hébraïque , dont quelques extraits pourront servir d'introduction à l'article suivant de Bergier sur l'Ecriture sainte.
u i ,i Langue suppose l'écriture, et n'est parvenue à un haut degré de perfection que là où l'écriture est devenue, par ses signes, un interprète parfait de la langue. Le chinois en estime preuve frappante. Humboldt, Langlès, Abel Rémusat et Neumann expliquent le caractère strictement monosyllabique de la langue des Chinois par celui de leur écriture. « L'art d'écrire, dit Neumann, fut en usage dès l'origine dans l'empire chinois.
Dans la plus ancienne écriture chaque mot a sa ligure OU son symbole qui l'emprisonne et le prive de tout moyen de se modifier et de se lier à d'autres ligures. Aussi la langue chinoise est la seule dans laquelle chaque mot a conservé sou sens primitif et n'a jamais été altéré ni changé par des mots analogues... Comme il était impossible de conserver dans sa mémoire une prodigieuse quantité de formes symboliques, on eut la pensée de les diviser, comme les botanistes distinguent les plantes, par des caractères communs à toute une classe de symboles, et de renvoyer le lecteur à un vocabulaire expliquant lasignitication et la prononciation de tous
les mots de la classe indiquée »
Le principe sur lequel repose toute écriture est l'association des idées :
le signe, la forme, le caractère écrit, dessiné ou peint, doit réveiller les mêmes pensées, correspondant aux
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mêmes signes, dans tous ceux qui les voient.
« Suivantque ces signes se forment d'une manière naturelle, artificielle (conventionnelle) ou mixte, il y a trois principales sortes d'écritures : l'écriture figurative , dite kyriologique, Vécriture symbolique, et l'écriture, artificielle dite phonétique.
« Les premiers essais d'écriture ' sont ceux de l'écriture kyriologique, dont l'antiquité nous a conservéaussi peu de traces que de la peinture ellemême. On ne la trouve que chez les sauvages.
L'écriture symbolique forme le second degré, avec plus ou moins de traces du passage au troisième degré ; elle s'est conservée dans les hiéroglyphes, dans l'écriture chinoise, et même dans notre écriture phonétique, dans les chiffres arabes, les signes astronomiques et arithmétiques , rt d'autres signes symboliques généralement adoptés (comme -j- pour défunt, * pour anonyme, etc.).
« Enfin le dernier degré, le plus élevé, est l'écriture phonétique ; elle seule répond à toutesles exigences.
Mais elle se distingue srjessentiellement des deux autres espèces que beaucoup d'auteurs nient leurs rapports ; car l'écriture phonétique n'agit pas immédiatement sur l'intelligence ; elle ne réveille aucune image; son action se restreint au son, par la combinaison des éléments de la voix dont se compose la langue, de telle sorte que celui qui connaît la langue (le mot d'après le son articulé) comprend ce qui est écrit.
« II est certain qu'il y a un abîme entre l'écriture hiéroglyphique et l'écriture phonétique; cependant nous ne pensons pas que leurs origines soient sans analogie et absolument indépendantes l'une de l'autre ; car, abstraction faite de ce que leur développement, toujours simultané et graduel, a fait, dans la jeunesse de l'humanité , des progrès rapides , qui,, toutefois n'ont pas laissé de lacunes, et n'ont jamais procédé par sauts, nous pouvons encore trouver des traces du passage d'une de ces écritures à l'autre. Ivopp a démontré, dans l'écriture chinoise, la transition de l'ècri-
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ture kyriologique à ['écritim hiéroglyphique, et, dans l'écriture japonaise (1), la transition de V écriture hiéroglyphique à l'écriture phonétique, du signe au son ; enfin le passage de l'écriture phonético-symbolique à l'ccritwc pnonético-alphabétique se montre dans l'écriture sémitique. L'écriture symbolique est déjà un grand progrés sur l'écriture kyriologique ; elle réduit le sens à ses éléments (2). De là un parvint à attacher un certain son au même signe.
Ce son fut peu à peu transporté aux éléments du son dont se composent 1rs mots et facilement lixéà des signes déterminés de l'écriture symbolique ; car rien n'était plus facile que de représenter le cercle étroit de sons se répétant par un cercle aussi restreint designescorrespondants, par exemple de mettre le B, signe de la maison (Beth), pour le son lî ; le V, signe de ta houe [Vav), pour le son V, etc.
« Le développement ultérieur de l'écriture, proportionné au degré particulier de culture de chaque peuple, u'e>t que la variation illimitée, mais jamais essentielle, du même principe.
Des traces certaines des relations des caractères de l'écriture sémitique avec l'écriture symbolique se montrent dans les noms et la suite des lettres plus que dans leur configuration ; car nos pi us anciens monuments d'écriture sémitique, dans les monnaies et les inscriptions lapidaires, ne remontent pas au delà du troisième siècle avant Jésus-Christ ; ils sont par conséquent de mille ans plus jeunes qur l'écriture alphabétique sémitique elle-même, etne permettent pas de rien conclure sur la forme première de ses caractères .
Comment reconnait-on dans l'érrititrr
(t) L'écriture fut introduite, dans le Japon, sous lu regnedu seizième Juin Ozinten-o, par Volnm, do la famille des Han. Les caractères étaient chinois: mais, comme ce système De s'adapte pas bien a la langue japonais- 1 , au hilîti -me sîêclo après Jêsus- Christ on inventa les caractères syllabigues, gui sont une abréviation des symboles chinois. — Prichard , Hist natur. du Genre humain, III, 2, p. 607, 508.
(2) Les formes pi'aminaticales pluriel il s noms , mode, temps, personne des verbes, forme de beaucoup de verbes et d'adjectifs, sont remplaces dans les langues syt!abii]ues par la position minutieusement exacte des mots.
cursiye allemande les lettres onciales romaines, dont cependant il est démontré historiquement qu'elle est, née, et cela dans une période relativement peu éloignée de nous ? On peut tirer quelques conclusions assez importantes des noms, des signes et de la valeur des lettres hébraïques, et de leur comparaison avec les caractères sémitiques plus anciens [écritures numismatiques, samaritaines et judaïques), et on peut consulter à cet égard le tableau, qui se trouve page 8 de la Grammaire de la langue hébraïque de Gésénius (l).
« La ressemblance de la ligure de certaines lettres avec la signilication du nom (l vav, houe ; n tet, serpent ; 3 kaph, main creuse ; J? ain, œil ; f schin, dent) est encore reconnaissable, bien plus, visible, et dans un plus grand nombre de caractères, si on les compare aux plus anciennes formes alphabétiques des a itres dialectes sémitiques (phénicien, palmyrien, zabique, koufique), tels qu'ils se trouvent dans Kopp (2).
« Cependant nous n'attachons pas une trop grande valeur à cette observation. Les noms et la série des lettres sont bien plus significatifs. Ces noms et cette série sont de la plus haute antiquité. L'alphabet grec présente la même série et la même nomenclature. La série de ces lettres n'est pas le résultat d'une loi interne ; ce ne sont pas les lettres du même organe ou du même ordre qui se suivent ; leur succession est en partie purement accidentelle, en partie le résultat d'une certaine ressemblance et analogie des noms, par exemple y, S, p, *), u,
c'est-à-dire œil, bouche, oreille, tête, dent. Tout cela n'avait pas de sens pour les Grecs : ils ne comprenaient pas ces noms ; si donc ils conservèrent néanmoins l'ordre de la nomenclature, il fallait que cet ordre fût parfaitement arrêté et usuel avant eux. Les noms des lettres sont sémitiques, et appartiennent, s'il s'agit d'idiome, à l'aramaïque (3), et non à l'hébraïque ou au phénicien;
(t) Lehrqebxnb' der hebraischen Sprache.
jï) II, 377-398.
(3) L'aramaïque est le même que le babylonien.
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yy et in seuls sont homogènes à l'hébreu ; I"P3, t ;, 1 sont purement aramaïques. D'autres formes, "iiiff, nS.S', nS"i, S?23, DE) remontent au premier temps du développement de la langue, car on y trouve encore les formes nominales les plus courtes et les plus simples, tandis qu'il y a des formes plus développées partout ailleurs, à quelque degré qu'on poursuive la langue sémitique et aussi haut qu'on remonte.
« Nous pouvons donc considérer comme des faits historiques constatés : 1° que la patrie de l'écriture alphabétique est au foyer de la plus ancienne civilisation, à Itabylone, et non en Egypte et en Phénicie ; 2° que l'invention en remonte bien au delà des temps mosaïques, puisque Cadmus, qui est censé avoir apporté l'écriture aux Grecs, était contemporain de Moïse.
« Nuire première proposition, prise à la rigueur, ne se rapporterait qu'à des races sémitiques et à celles qui en reçurent évidemment leur civilisation; et, en elfet, ies anciens auteurs font de Babylone, ou, comme ils disent habituellement, de l'Assyrie ou delà Syrie, le siège primitif de l'écriture alphabétique en général. Pline dit (1) :
Litteras semper arbitrer Assyrias fuisse; Diodore (2) : «Oti Siîpoi ;jJv eûperal ypiaaixuv z'.-l ; Eusèbe (3) : E'.al Si o" E'jpouç •(rji'xnx-x st'.voï,t3c; Xéyou?'. — pti-
to-jç ; et enlin la seule vue démontre que tous les alphabets se sont formés de l'alphabet sémitique.
« L'origine sémitique de l'antique écriture persique est admise comme certaine par tous les savants qui ont fait des études paléograpniques (Bayer, de Sacy, Gésénins, Kopp), qu'on la fasse venir immédiatement du syriaque ou du phénicien. Les monuments persiques postérieurs au temps des Sassanides présentent plus évidemment encore le caractère sémitique : on peutcomparerles alphabets de Nakscbi Rustam et de Kirmanschah, et le témoignage formel