‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 63 sur 96 · ECRIVAINS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

ECRIVAINS ECCLÉSIASTIQUES

Outre les Pères de l'Église des six ou sept premiers siècles, il est un grand nombre d'auteurs qui ont traité des matières théologiques dans les siècles postérieurs ; il y en a eu dans tous les temps. Quoiqu'ils n'aient pas autant d'autorité que les Pères, ils prouvent cependant la continuité de la tradition, et l'uniformité de la croyance de l'Eglise dans les différents siècles.

Saint Jérôme a fait un catalogue des Pères et des écrivains ecclésiastiques qui avaient vécu jusqu'à son temps; Photius, au neuvième siècle, donna une bibliothèque, ou une liste et des extraits de tous les auteurs qu'il avait lus au nombre de deux cent quatrevingts. Cet ouvrage est d'autant plus précieux, qu'une bonne partie des écrits dont il parle sont perdus.

Parmi les modernes, Tillemont, Dupin, Cave, dom Ceillier, bénédictin, ont travaillé à nous faire connaître les auteurs ecclésiastiques, à distinguer les ouvrages authentiques d'avec ceux qui sont supposés ou douteux. Cette partie de la critique est aujourd'hui beaucoup plus éclaircie qu'elle ne l'était dans les siècles passés, surtout depuis les belles éditions que l'on a données des Pères et des écrivains ecclésiastiques.

Les travaux immenses qu'il a fallu entreprendre pour arriver au point où nous sommes, démontrent que les théologiens catholiques ont toujours procédé de bonne foi, que leur intention ne fut jamais de fonder la doctrine sur des titres faux ou douteux. Ceux qui ont écrit dans les bas siècles peuvent avoir manqué de défiance et de sagacité ; ils citaient avec

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sécurité des pièces qui passaient pour authentiques, et contre lesquelles ou ne formait aucun soupçon. Avant l'invention de l'imprimerie, avant la formation des grandes et riches bibliothèques, il n'était pas aisé de confronter les auteurs, d'examiner les manuscrits, de discerner ce qui est ou n'est pas de tel siècle, etc. Il ne faut pas faire un crime à ceux qui nous ont précédés, de n'avoir pas eu 1rs mêmes secours que nous.

On ne peut pas nier (pue les protestants n'aient contribué beaucoup ii perfectionner ce genre d'érudition; mais les motifs de leurs travaux n'étaient pas assez purs pour nous inspirer de la reconnaissance. Ils ont commencé par rejeter tout ce qui les incommodait , ils ont attaqué personnellement tous les auteurs qui leur étaient, contraires. Mauvaise méthode.

Kn fin de cause, leurs soupçons, leur défiance, leurs censures, leurs reproches, sont retombés non-seulement sur les Pères les plus anciens, mais sur les écrivains sacrés. Il a fallu travaille: a tout conserver, parce qu'ils voulaienl tout détruire. Bkrgier.

ECTHÈSE. imposition ou profession de foi. Voyez Monothélites.

ÉDELMANN Uean-Chrétien) [TMol.

lit*!, biog. i f bibliog.) — Ce rationaliste protestant du dix-huitième siècle, naquit a Weissenfels eu 16&8 et mourut pauvre à Berlin, après avoir longtemps erré en Allemagne, soutenu par ses amis, en 17li7.

« Du talent sans instruction solide, dit son biographe du Dict. ennje. de la théol. cath., beaucoup d'activité sans tenue, une instabilité incessante en face du dogmatisme roide et des rigueurs du régime ecclésiastique de sa confession, nous expliquent sa destinée... 11 demeura quelque temps auprès de Zinzendorf, et n'en attaqua que plus amèrement le piétisme des Hernhuter dans son livre intitulé « le Christ et Bélial, 1741. » Il s'adjoignit aux séparatistes et traduisit pour la version de la Bible de Berlebourg la seconde Épitre à Timothée, celles à Tite et à Philémon. Il s'arrêta a Hambourg, puis à Berlin, où il vécut dans l'obscurité, soutenu par ses

amis. Ses éciits n'ont plus de valeuer Ce sont en partie des opuscules de circonstance. Malgré la vanité et la grossièreté de l'auteur, son style n'est pas sans agrément. Il n'est pas question de système chez Édelmann; c'est un déiste, dans le sens le plus vulgaire.

« Ses principaux ouvrages, ceux qui excitèrent le plus d'attention, furent ses Innocentes Vérités, 15 morceaux, 1735-1743, et Moïse à visage découvert, 3 vol. Il ouvrit la série des adversaires du Christianisme au dixhuitième siècle en Allemagne. »

Le Noir.

ÉDEN. Voyez Paradis.

EDESSE (école d') Thcol. hist. écol.) — ■ Edesse, aujourd'hui Orfah, fut une des villes où la foi chrétienne et la science se développèrent le plus tôt ; on y traduisit la Bible dans le n° siècle, Bardesanes et Harmonius son lils y représentèrent une période brillante de la littérature ecclésiastique.

Mais ce fut surtout par son école que cette ville, se rendit célèbre. Voici ce qu'en dit M. Kônig dans son article historique sur Edesse.

« L'institution des établissements scientiliques suivit de près l'introduction du Christianisme à Edesse. D'après le biographe Alexandre Acœmelas (1), on y créa de très-bonne heure des établissements destinés à répandre la langue syriaque. Les princes et les autres personuages distingués des provinces environnantes y envoyaient leurs lils. L'enseignement avait pour but la culture générale de l'esprit, mais il portait principalement sur l'interprétation des saintes Ecritures. Ce fut sans doute à un établissement de ce genre que Bardesanes dut son éducation scientifique.

« Les écoles furent en pleine prospérité dans la période suivante. Lin de leurs plus fervents disciples fut le savantprètre et martyr Lucien (f 3 1 1 ), qui est loué par Sozomène (2) Eusèbe d'Émèse sortit aussi d'une école d'£dessc (3), et la plus célèbre de toutes

(1) Act. SS. Bolland. ad diem 15 /an. — Cité comme authentique pur Asséinuiii, I, i!04.

(i) t/i i. eccl., III, P.

(3) Sourate, Bist. ceci., II, 9; 111, 6.

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ces écoles fut celle que fonda.S. Ëphrem.

le Syrien.

« Ephrem enseignait la langue syriaque à l'école de Nisibis. Les Perses s'étant emparés de la ville et ayant renversé son établissement (338), Ephrem se rendit à Êdesse et y fonda une nouvelle école qui dura longtemps après sa mort, tandis que des institutions analogues, telles que celles d'Antioche et l'école persique d'Édesse, tombèrent, à la suite des controverses des Nestorieas et des Eutycbiens (I). Ephrem séjourna à Edesse à une époque qui était devenue très-favorable à la foi et à la science de cette ville, grâce aux efforts des évoques Aitallahas, Abraham (dont Ephrem écrivit la biographie) et Barsès. Les rapports d'amitié qui lièrent Ephrem à ces hommes savants et pieux contribuèrent beaucoup aux progrès et à la prospérité de son école ; elle se fortifia dételle manière que même la persécution de Sapor, si fatale à l'Eglise d'Édesse, ne put la renverser. L'établissement d'Éphrem était privé, comme celui d'Antioche ; il n'était pas entretenu par l'évêque.

L'instruction, suivant le système de toutes les écoles chrétiennes savantes de l'époque, avait pour but le développement général de l'intelligence, en l'appliquant spécialement à la connaissance de la théologie (2), comme on le voit dans les notices que S. Jérôme (3) nous a laissées sur la marche de l'enseignement en général.

« Ephrem est le premier exegète de sa nation ; avant lui il n'est pas question d'interprétationde l'Écriture dans la littérature syriaque. Il fonda en même temps un nouveau système d'exégèse; il chercha à concilier les méthodes d'interprétation dominantes jusqu'alors, la méthode allégorique d'Alexandrie et la méthode hïstoricogrammaticale d'Antioche. Egalement éloigné des exagérations de l'une et de l'autre, il tâcha de former un système moyen en conciliant l'interprétation historique et l'interprétation allégorique. Cette méthode

(1) Assémani, Ul, p. H, 37, 924, d'après un récit de Ben Attil>.

(2) Assémani, If, 170.

(3) Epi-it.adLxtam Je institutione infantulz.

exegetique fut développée dans son

école, qui devint offimna novse S S interpretandi rationis (1). Les frac' ments des exégètes syriaques conser" ves par Assémani témoignent de la fidélité avec laquelle ils gardèrent le principe professé par leur maître cttouôV, rr,v iûtoû natëtumv ÇïiXiio-avreç (%\ Ils marchèrent encore d'une autre' façon sur ses traces : ils remirent en honneur et en valeur, par leur érudition l'orthodoxie attaquée et presque vaincue dans cettepartie de la Mésopotamie par les Nestoriens et par les monopbysites. Les plus distingués d'entre eux furent Abbas, Zénobe, Maran Siméon et Abraham (3).

« Plus tard on cite parmi les maîtres de l'école d'Ephrem : Isaac le Grand (f 460), prêtre d'Antioche (4) ; Jacques Sarugensis, vers 503, et surtout Jacques d'Edesse, vers la tin du septième siècle, estimé comme exégète, interpres (5).' Sous lui l'école d'Édesse rendit des services en cultivant et conservant dans sa pureté la langue syriaque. Il s'y forma beaucoup de grammairiens, et le dialecte d'Édesse devint le dialecte modèle, comme l'avait été autrefois celui de Palmyre (6).

« Il faut bien distinguer des établissements dont nous venons de parler l'école persique, schola Persica ; elle llorissait surtout au temps d'Éphrem. Elle était destinée à l'éducation des sujets chrétiens des rois de l'erse et servait de pépinière au clergé persique. Les autres écoles d'Edesse étaient publiques ; les élèves non chrétiens pouvaient les fréquenter, et l'on rapporte que Rabulas convertit beaucoup de ses auditeurs païens (7). L'école persique devint malheureusement le foyer principal du nestoriarisme de ces contrées; c'est pourquoi, sous l'empereur Théodose, Rabulas obtint qu'on en renvoyât les maîtres (441). Parmi ceux-ci "on connaît principalement Maanès, tra-

(l)Lengerke, de Ephvxmi Syri arte hermeneutien, Regim. l'i-uss., 1831, p. 92.

(2) Soiom., 111, 16.

(3) Sozom., 1. e. Assémani, 1, 38, 165, 168,463 a).

(4) Assémnoi, I, 122.

(5) Lengerke, ht. 96 et 97. Assémani, I 470, 283, 290.

(6) HolFoiano, Gramm. Syriaca, p. 25 sq.

(7) Assémani, I, 204.

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ducteur des écrits de Théodore de Mopsueste en syriaque ; son sort fut partagé par Narsès Garbana [leprotus), Barsumas, Acace, etc., etc. Ils s'enfuirent à Nisibis. Narbès y érigea une école qui devint bientôt fameuse.

Maanés parvint plus tard, grâce à son érudition, à l'épiscopat (1). Ibas succéda à [tabulas sur le siège d'Édesse (436), et l'école reprit sous lui un nouvel essor ; mais sa situation devint d'autant plus triste sous les successeurs d'Ibas, résolument hostiles au nestoriarisme. Nonnus, successeur immédiat d'Ibas, ne parvint pas encore ,i la détruire complètement; ce ne fut ((lie sous l'évèque Cyrus et le règne de l'empereur Zenon que cette ruine fut accomplie, en 489. L'école tut fermée, «; ti Nsotopiou xai 8eo5ûpou mpaSiSoSsa BiSaaxaWav (2), et à sa place nu bâtit une église nominiS. Marias Dei genitricis (3). Les renseignemenls sur la fermeture de l'école persique varient beaucoup. Bar-llébrams la place au temps de la première dispersion des maîtres, sous l'évèque [tabulas; d'autres (4) mettent les deux événements au temps deZénon.

Assémani (5) admet deux dispersions des maîtres persiques, et place celle de Maanès et de ses collègues sous Rabulas, parce que, d'après les renseignements unanimes de tous les historiens orientaux, jacobites et nestoriens, Maanès parvint à usurper l'évèché de Séleucie sous Théodose et Yezdegerd. »

Aujourd'hui Orfah est le siège d'un évèque arménien. On y compte encore 50, 000 habitantsdont 500 juifs, 2, 01)0 chrétiens et tout le reste musulman. On y voit quinze mosquées.

Le Noir.

EDITEURS lies) ET LES AUTEURS DU XIX e SIECLE. (Thèol. mixt. art. <t litttT.) — ■ .Nous parlons souvent de la décadence de la littérature en cette seconde moitié de notre xix° siècle ; nous la croyons, en eifet, profonde

(1) Assémani, I, 352; III, 64.

(2) Tuéo.I., leot. Il, p. ;,26, éd. Val.

(3) Assémani, I, 203, 201, d'après la LjUre do Siméon B< j lh-ArsaniKnsis.

(4) Theodor. Lector, et Chron. Bdess.

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