‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 65 sur 96 · V. EADMER · texte numérisé non relu

V. EADMER

EDMOND (Saint). (Théol. hist. bioy.

et bibliog.) — Fils d'un marchand d'Abington dans la Berkshire, Edmond étudia à Paris les mathématiques et la théologie et il enseigna à Oxford, de 1219 à 1226, la philosophie d'Aristote. Le chapitre de Cantorbérv l'élut contre son gré archevêque de cette ville. Sous le roi Henri III. Edmond fut obligé de fuir en France ; il y mourutle lli novembre 1242, à Soissy, où le chapitre lui avait offert un asile.

Le pape Innocent IV le canonisa en 1 2 i-7 .

Outre ses Constitutions, dont Wilkins a donné la meilleure édition, nous avons d'Edmond un traité sous le titre de Spéculum Ecclesim imprimé dans le 13" vol. de la Bibliothèque des Pères. La Bibliothèque Bodléienne possède les manuscrits suivants* de S. Edmond: Dur prières en latin ; un Traité des sept Péchés capitaux et dis dix Commandements, eu français ; une Explication abrégée d* s sept Sacrem nts.

Le noir.

ÉDUCATION. Les philsoophes de

notre siècle ont souvent déclamé contre l'usage de donner aux enfants une éducation chrétienne, de leur enseigner la religion de la même manière qu'on leur apprend les lois, les mœnrs, les usages de la société civile.

11 s'ensuit de là, disent-ils, que c'est par hasard si un homme est plutôt chrétien que juif, mahométan ou païen : sa religion n'est point le résultat d'un choix libre et réfléchi :

prévenu de préjugés religieux dès l'enfance, il n'aura pas dans la suite la liberté d'esprit ni le désintéressement nécessaire pour juger avec impartialité si la religion est vraie ou fausse.

A ces réflexions, nous répondons :

1° que c'est aussi par hasard si un homme reçoit dans l'enfance de bonnes leçons, de bons exemples, de

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bonnes mœurs, des idées justes sur les lois et les usages de la société, ou des impressions toutes contraires.

S'ensuit-il qu'on ne doit lui donner dans l'enfance aucune notion de toutes ces choses, le laisser croître et grandir comme le petit d'un animal?

2° Un enfant, élevé sans aucune idée religieuse, serait aussi incapable de se forger, dans la suite, une religion vraie, que l'enfant d'un sauvage l'est de se faire un système de lois, d'usages civils, de mœurs, conforme à la droite raison. Nos philosophes peuvent-ils citer un seul exemple du contraire?

3° Il est faux qu'un homme, élevé dans une religion quelconque, n'ait pas, dans la suite de sa vie, la liberté suffisante pour en examiner les principes et les preuves ; le contraire est démontré par l'exemple de tous ceux qui, dans un âge mûr, changent de religion, ou qui, après avoir été élevés dans le Christianisme, tombent dans l'irréligion. Ou l'examen qu'ils prétendent avoir fait de leur religion a été libre et impartial, ou il ne l'a pas été : s'il l'a été, leur objection est fausse ; s'il ne l'a pas été, leur incrédulité ne prouve rien : ilsjugent aussi mal de Yéducalion qu'ils ont jugé de la religion.

4° Un incrédule, s'il était sincère, conviendrait qu'il l'est devenu par hasard, ou plutôt par une curiosité criminelle. Si, au lieu de lire les ouvrages des ennemis de la religion, il avait consulté ceux de ses défenseurs, il aurait persévéré dans la croyance chrétienne, comme ont fait ceux qui ont pris cette précaution.

Mais il a voulu voir les productions célèbres de nos philosophes, il a été, séduit par leur éloquence, et surtout par leur ton impérieux ; les passions ont fait le reste. Il est déiste, athée, matérialiste ou pyrrhonien , selon qu'il est tombé, par cas fortuit, sur des livres de déisme ou d'athéisme.

Il lui est donc arrivé ce que Cicéron reprochait déjà aux anciens philosophes, qui étaient stoïciens, épicuriens ou académiciens, selon que le goût, le hasard, les conseils d'un ami, les avaient conduits dans les écoles de Zenon, d'Epicure nu de Carnéade.

Ceux qui seront assez insensés pour ne donner à leurs enfants aucune éducation religieuse, auront certainement lieu de s'en repentir ; et malheureusement la société recevra le contre-coup de leur démence.

Mais nos censeurs philosophes ont principalement exhalé leur bile contre les instituteurs chargés, par état et par choix, de V éducation de la jeunesse. Dans tous les pays, disent-ils, l'instruction du peuple est abandonnée aux ministres de la religion, bien plus occupés d'éblouir les esprits par des fables, par des merveilles, des mystères, des pratiques, que de former les cœurs par les préceptes d'une morale humaine et naturelle. Bien loin d'avoir la volonté et la capacité de développer la raison humaine, ils n'ont pour objet que de la combattre, pour la soumettre à leur autorité. Le prêtre ne connaît rien de plus important que d'inspirer à ses élèves un respect aveugle pour ses propres idées; il les forme pour une autre vie, pour les dieux, ou plutôt pour lui-même ; il leur défend de s'attacher à leurs semblables, de rechercher leur estime, de s'applaudir du bien qu'ils font. Il ne-leur prêche que des vertus qui n'ont rien de commun avec la vie sociale ; il se garde bien de leur inspirer l'amour des sciences utiles, le désir d'examiner les choses. Incapable de connaître lui-même la vraie nature de l'homme, il ignore l'usage que l'on peut faire des passions, et les moyens de les faire servir à l'utilité publique. L'éducation sacerdotale ne semble avoir pour but que d'avilir les hommes, de leur ôter toute énergie, d'empêcher leur raison d'éclore, d'en faire des membres inutiles de la société. Au sortir des mains de ses instituteurs, un jeune homme ne sait ni ce qu'il est, ni s'il a une patrie, ni ce qu'il doit faire pour elle. Toute sa morale consiste à croire fermement ce qu'il ne comprend pas ; il croit en avoir rempli tous les devoirs, lorsqu'il a satisfait à des pratiques machinales auxquelles il est habitué. Syst. social.

3 e part. chap. 9.

Voilà une éloquente déclamation, examinons-la de sang-froid. 1° iNous n'en relèverons pas l'impiété; il nous

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suflit d'attester la notoriété publique, pour démontrer la fausseté de toutes ces accusations. Malgré l'imperfection vraie ou prétendue des leçons qui se donnent dans les collèges, malgré la brièveté du temps que l'on y passe ordinairement, l'on en voit encore sortir tous les jours des jeunes gens qui ont au moins une première teinture de littérature, de physique, de mathématiques, d'histoire naturelle et civile, île géographie : sciences très-utiles, s'il en fut jamais, et trèscapables de développer la raison. Il est faux qu'on ne leur donne aucune leçon d équité, d'humanité, de générosité, de modération, d'amour pour leurs parents, pour leur famille, pour La patrie, vertus très- nécessaires; et ces semences produiraient plus de fruit, si le ton généra] île nos mœurs, empoisonnées par les philosophes, n'étouffait pas promptement le germe de toutes les affections sociales. Il est faux que l'on n'emploie point le fond d'amour-propre naturel à tous les jeunes gens, pour exciter en eux l'émulation et l'envie de se distinguer parmi leurs égaux, par conséquent le désir de s'en faire estimer et respecter. 11 est faux que les instituteurs publics en inspirant à leurs élèves des principes de religion, puissent avoir l'intention de les former pour euxmêmes, puisque ce sont souvent des étrangers qu'ils ne reverront peut-être jamais, et que c'est, de tous les services que l'on peut rendre à la société, celui pour lequel il y a le moins de reconnaissance à espérer.

2° Puisque l'éducation publique est en si mauvaises mains, pourquoi le zèle dont nos philosophes sont embrasés pour le bien de l'humanité, ne leur a-t-il pas encore inspiré le coulage de se consacrer à cette importante fonction, et le désir de prouver, par de brillants succès, la supériorité de leurs lumières et de leurs talents?

N'est-ce pas parce que la religion seule est capable de donner du goût pour un travail aussi diflicile, aussi ingrat et aussi rebutant? Pourquoi, du moins, ces éloquents réformateurs n'ont-ils rien dit pour démontrer l'injustice et l'absurdité du préjugé commun, qui fait envisager la pédagogie

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comme un métier vil et méprisable?

Ce n'est certainement pas là un moyen fort propre à y engager les hommes les plus capables d'y réussir.

A la vérité, comme les philosophes se flattent de gouverner l'univers par des brochures, ils ont publié des plans d'éducation nationale, philosophique , patriotique , scientifique ; qu'ont-ils opéré? Rien. Les hommes instruits par l'expérience, ont vu que ces plans merveilleux étaient impraticables, ou n'étaient propres qu'à former des fats et des libertins ; et ceux qui ont voulu en faire l'essai ont été forcés de les abandonner. Aussi V éducation n'a jamais été plus mauvaise que depuis que les philosophes se sout mêlés d'en discourir, et le nombie des ignorants présomptueux n'a jamais été plus grand, que depuis que l'on a flatté les jeunes gens de la folle ambition de tout apprendre à la lois.

Il y a parmi nous un vice essentiel d'éducation qui ne dépend point des instituteurs, mais des parents; on a la fureur d'abréger le temps de l'enfance, au lieu qu'il faudrait le prolonger. Autrefois un jeune homme de dix-huitans étaitencore censé enfant, et demeurait sous la férule de ses maîtres ; aujourd'hui on veut qu'il soit homme fait à quinze ans, et jouisse de sa liberté. Dès le plus bas âge, on se llatto de conduire par la raison des enfants, qui ne sont encore que des machines; on surcharge leur mémoire, et l'on affaisse des organes encore trop tendres par des connaissances prématurées ; ces petits prodiges de six ans, sur lesquels on voit les sots s'extasier, ne sont, dans le fond, que des champignons avortés ; à quinze ils seront ou à peu près imbéciles, ou dégoûtés de rien apprendre, parce qu'ils croiront déjà tout savoir.

3° L'on sait avec quelle fureur les ennemis des prêtres ont déclamé contre la société d'hommes qui se dévouaient par religion à l'éducation de la jeunesse, avec quelle ardeur ils en ont désiré la destruction, avec quelle insolence il y ont applaudi. Aujourd'hui l'on éprouve combien il est diflicile de la remplacer. Le gou-

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versement a été fatigué par la multitude de plaintes et de mémoires qui lui ont été adressés à ce sujet, et l'on s'occupe encore assez vainement à trouver les moyens de remplir le vide que les proscrits ont laissé. Jamais l'occasion ne fut si belle, pour les philosophes, de développer leur génie fécond en ressources, et ils n'en ont encore indiqué aucune. Un moment suffît pour détruire, il faut des siècles pour édifier.

4° Il nous parait, que les hommes du siècle passé valaient , pour le moins, ceux du siècle présent ; ils avaient cependant été instruits par des prêtres, par ceux même que l'on a le plus amèrement, condamnés, et selon la méthode qui parait si défectueuse à nos philosophes. Le grand Condé avait été élevé au collège de Bourges, et il voulut que son fils, le duc d Enghien, fût élevé de même au collège de Namur, Il connaissait par expérience, dit son historien, le prix et les avantages de l'éducation publique ; il attribuait l'ignorance, la faiblesse, le stupide orgueil de la plupart des grands, ;'t celte éducation solitaire, oii ils ne voient souvent que des esclaves dans ceux qui les servent.

et des courtisans dans ceux qui les instruisent (I). Un incrédule anglais convient que l'irréligion est née en Angleterre de l'éducation négligée, surtout parmi les gens de distinction.

Fable des Abeilles, tom. 4, p. 203.

5° Dans leurs livres, nos philosophes ont pris le contre-pied des prêtres ; ils ont enseigné aux jeunes gens qu'il n'y a point de Dieu ni d'autre vie, que la religion est une fable, que l'homme n'est qu'un animal, que toute la morale consiste à rechercher le plaisir et à fuir la douleur. Ce cours à' éducation est bientôt fait, il ne faut ni collèges, ni institu-

(1) Cotte observation a été faite par tous les i lnlosnpties moralistes de tons les temps qui se sont occupés de l'éducation et de l'enseignement. Mais plus les s ciétés avancent dans ]a voio démocratique, plus elle est vraie et nécessaire à appliquer pour le bien de tous et de l'enfant lui-même. Notre témoignage sur ce point de moralo générale a d'autant plus de poids que nous avons été pendant vingt ans précept' ur particulier, imitant Fénelon du mieux que nous avons pu et n'ayant jamais eu qu'à nous fi-licier de nos élèves, que nous avons aimés et aimons encore comme nous-même. Le Nom.

teurs pour s'y rendre habile ; aussi nos jeunes libertins en ont bientôt su autant que leurs maîtres, et tous les jours nous voyons éclore les fruits de de cette morale humaine, naturelle, philosophique, ou plutôt animale' plus digne des étables d'Epicure que d'une école &' éducation [{).

6° Nos réformateurs modernes n'ont pas été moins éloquents à décrier l'éducation que reçoivent les lilles dans les couvents de religieuses. De quoi sert en effet la religion aux femmes? C'est aux hommes mariés de nous peindre la bonheur dont ils jouissent dans la société des épouses élevées selon les maximes de la nouvelle philosophie. Pour peu que l'on consulte la chronique scandaleuse, on voit aisément d'où vient la multitude des mariages désunis et malheureux.

On ne pourrait peut-être pas citer un seul philosophe qui se soit dévoué, par son zèle du bien public, à l'instruction des ignorants. Jésus-Christ n'a dit qu'un mot : Allez enseigner toutes les nations; dès ce moment une multitude de personnes des deux sexes se sont consacrées par religion à ce soin pénible, et ont choisi, par préférence, les enfants des pauvres.

Rougissez, philosophes, d'avoir osé prêter des motifs odieux à une charité aussi héroïque. Voyez Lettres, Sciences, Écoles, etc. Bergier.

EDUCATION DE L'ENFANCE (11 PAR LE JEU, ou LES JARDINS D'ENFANTS. (Theol. mixt. scien.

pèdag.) — La question de l'éducation du premier âge est une question toujours vivante dans une société civilisée ; elle est d'ailleurs susceptible

(1) Bergier est bien injuste et bien violent quand il parle des philosophes} au moins devrait-il dire vos atlu'PS, ce qui sigifierait ceux qui peuvent se dire philosophes, mais qui ne le sont pas. Non, il affecte, quand il en a l'occasion, de confoudre la bonne philosophie avec la mauvaise, comme s'il n'y en avait que de' la mauvaise. Platon et Socrate ne trouvent pas grâce devant lui, et il lave, avec grand soin , les pères de l'Eglise de leur platonisme. Ce n'est pointpar cette méthode, qu'on a beaucoup trop pratiquée de nos jours, que l'on peut attirer à soi ies esprits lettrés ; aussi le règne de l'athéisme s'est-il, sous nos yeux mêmes, propagé d'une manière si effrayante, à mesure que l'on s'attaquait avec plus de violence à la philosophie. Lk Noir.

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dV'tre résolue très-diversenient. Nous ornes, M y a une vingtaine d'années, une petite étude d'un système allemand qui était venu à notre connaissance par une dame de la société de Berlin qui l'exposait dans son salon avec une éloquence entraînante.

Nous donnerons ici celte étude comme une chose assez originale qui doit intéresser nos lecteurs, et avec laquelle ne peut que sympathiser la théologie, puisque la pédagogie fut toujours un objet de ses préoccupations,ainsi que vient encore de le manifester Bergier par son article':

« \. Voici une idée qui devrait, ce me semble, être mise en application, tant elle est simple, facile a réaliser et féconde en résultats utiles sur l'enfance, par conséquent sur l'humanité, au triple point de vue de l'hygiène physique, de L'hyhiène mode l'hygiène intellectuelle.

« Lfi premier besoin des jeunes enfants, c'esl le grand air, le mouvement, l'exercice, le jeu ; et ce besoin e^t, pour eux, de tous les jours, de toutes les saisons. Dans les grandes villes et surtout à Paris, ils sont, pour la plupart, condamnés à une sorte d'emprisonnement que chacun de nous déplore; l'espace, l'atmosphère, le soleil leur manquent; quoi de plus triste que cette immobilité forcée, cet étouffement continuel qu'endurent les rejetons de tant de familles qui ne sont pas assez riches pour leur procurer la promenade quotidienne et les jeux convenables I Delà, en partie, ces générations chétives par le corps,atrophiées par l'esprit, vicieuses par le cœur, dont abondent nos cités.

" ll\ a les salles d'asile et quelques gymnases particuliers, créations excelde ces derniers temps, nobles aspirations du progrès social en ce qui concerne les soins de la première enfance; mais là encore, les enfants sont plus ou moins entassés, enfermés immobilisés, plus ou moins soumis a une discipline de contrainte par les nécessités mêmes du genre d'établisemenl et îles méthodes passées en habitude. D'ailleurs, les salles d'asile ne servent guère qu'aux familles les plus pauvres, et les entrées des gym-

ases particuliers coûtent cher.

i Voici ce que Pou pourrait, ce que l'on devrait faire pour tous :

« Réserver, dans les jardins, squares, boulevards, places libres, terrains communs, promenades publiques, des espaces pour les enfants; entourer ces espaces de légères défenses ; les couvrir, en partie, de chalets qui serviraient d'abri pour les mauvais temps; et organiser dans ces parcs, comme nous allons essayer de le faire comprendre, des jeux enfantins auxquels les enfants du quartier iraient prendre part quelques heures chaque jour.

«L'administration publique pourrait n'avoir que l'autorisation et la place à donner. Les familles elles-mêmes se cotiseraient pour le reste; ou bien encore les frais de ces établissements philanthropiques seraient couverts au moyen d'une rétribution de droit d'entrée. La partie la plus considérable de la dépense devrait consister a.

entretenir quelques directrices qui remplaceraient, au besoin, les mères ou les bonnes.

« Puisqu'on fait tant de travaux pour l'hygiène publique, tant d'innovations pour l'agrément et l'utilité des grandes personnes, comment oublier l'enfance, cette classe de la société la plus intéressante et sur laquelle reposent toutes les espérances?

« Mais voici le pointcapital de notre idée :

« II. Il ne suffirait pas d'un espace réservé et de surveillantes pour présider aux récréations, faire la police qui convient au jeune âge; il faudrait aussi qu'on suivît une méthode de jeux et d'exercices appropriés au développement du corps, du cœur et de l'esprit, combinés en vue d'éveiller insensiblement les germes des forces, des épanouissements, des fructifications de la jeunesse et de l'âge mûr. Il faudrait un système complet de gymnastique enfantine qui eût pour effet de faire retirer aux enfants tout le prolit possible des heures qu'ils passeraient dans ces sortes de jardins, tout en les occupant à leur plus grande joie.

« Mais cette gymnastique existet-elle? a-t-elle été conçue, mise en

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système? a-t-elle été formulée de manière à pouvoir entrer dans la pratique commune? car si elle ne faisait qu'apparaître à quelques esprits dans le vague d'une pensée, le plus difficile pesterait à faire, et nos propositions de réalisation pratique de gymnases de l'enfance seraient prématurées.

« Or, nous pouvons répondre avec assurance que la méthode existe, non point, sans doute, à l'état de perfection et de plénitude que le progrés lui réserve, mais aussi positive et aussi praticable que le sont les rudiments de toutes les sriences, les régies élémentaires des métiers et des arts.

« Un homme l'a conçue en plan régulier, en a posé les hases, les détails mêmes, et es1 allé jusqu'à la montrer à ses compatriotes en réalisation pratique; il l'a appliquée dans des établissements qui existent et qui se multiplient. Il ne reste donc à cette méthode qu'à progresser, à se perfectionner, a s'épanouir de mieux en mieux, comme toutes les choses humaines, et il ne lui manque, che/. nous Français, que de la publicité.

« L'homme qui a rendu à l'humanité le service immense de former en système méthodique la gymnastique de l'enfant, de faire la théorie rationnelle du jeu en tant qu'appliqué au premier développement intégral de notre être, d'organiser enfin ['éducation du premier âge en la graduant proportionnellement au développement naturel à partir du berceau, est un philosophe allemand, Frœbel, auteur d'un ouvrage ayant pour litre :

de l'Éducation de l'homme, et mort il y a quelques années, après s'être imposé tous les sacrifices pour jeter les premières semences de la grande réforme qu'il avait conçue , et avoir donné à sa patrie l'exemple touchant d'un grand esprit s'ahaissant à la taille des plus petits pour travailler au bonheur de l'humanité, en la prenant à son point de départ.

« Nous esquisserons, en la transformant selon nos idées, cette gymnastique enfantine, qui serait mise en pratique dans ce que Frœbel a appelé les Jardins d'enfants, et que nous ap-

pelerions volontiers les Gymnases ou les Lycées de l'enfance.

« III. On peut, selon nous, ramener ces moyens à trois catégories de jeux et d'exercices qui sont, tous, hygiéniques pour le corps, éducatifs pour le cœur, et instructifs pour l'intelligence. Ce sontlesjenxde mouvement, les jeux de repos et les jeux de préparation proprement dits à l'étude et à l'atelier.

« On pourrait aussi les classer selon leurconvenancepour les troispériodes du premier âge, qui sont la période du berceau, jusqu'à environ deux ans, la période du jeu proprement dit, de deux à cinq ans, et la période du travail dans ses premiers essais, qui succède à laprécédente et conduit a l'âge de sept ou huit ans.

« Mais il y a toujours, dans chacune de ces phases et dans les exercices qui leur conviennent, quelque chose des deux autres, en sorte que notre première classification, en échappant aux convenances fondées sur la progression des années, nous parait ouvrir une voie plus facile pour donner une idée vraie et assez complète de la méthode, sans entrer dans des développements que nous voulons éviter.

« IV. Nous signalerons, comme distinguant principalement la catégorie des jeux de mouvement, les exercices de la boîte à joujoux que Frœbel appelle le premier don, et d'autres exercices enfantins très-variés, très-ingénieux et très-jolis qu'il expose assez en détail, dans son livre intitulé : Les Causeries de la mère.

« Les six dons de Frœbel sont, tous, des boîtes qui contiennent des jouets dont l'emploi est approprié à la direction, à l'excitation et au développement des forces de la nature, forces bonnes par elles-mêmes, mais qui peuvent devenir et deviennent trop souvent instruments du mal.

Frœbel pose ce principe, que l'enfant au berceau est un foyer de puissances en germe, qui n'implique en soi aucune activité mauvaise, et qui ne fait qu'acquérir, se donner ou recevoir , par suite d'inintelligentes directions et d'oppositions à sa pousse naturelle, cette activité du mal. Nous

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sommes de son avis, en ce sens que la génération ne peut transmettre aucune viciosité morale positive en activité, mais seulement des imperfections relatives, des infériorités en force dans le bien; mais pour ceux qui penseraient autrement, il y aurait raison de plus de considérer comme d'une importance capitale cette éducation, par le jouet, commencée dès le maillot, et progressivement suivie selon les modifications que l'âge apporte dans la nature. S'il yajtendance au mal, retournons-la vers le bien ; s'il y a tendance au bien, ne l'égarons pas, fortifions-la, ouvrons- lu il 'espace, fournissons-lui matière et instrument d'action,

« Le premier de ces six dons n'est autre chose que six balles molles, élastiques, présentant aux yeux les

trois cou] "s primaires et les trois

couleurs secondaires, — le bleu n'y

est représenté que par le bleu indigo, — afin de leur offrir, comme point de compaaaison, des tons lumineux harmoniques, plutôt que des tons discordants ; on fera de même pour l'oreille et les autres sens. La balle est le premier joujou offert au nourrisson, parce qu'elle présente la forme sphérique, forme la pins simple, se ressemblant à elle-même sous tous ses aspects, forme dont on peut tirer le plus riche parti pour l'exercice du regard, des muscles de la main, du toucher, pour l'éveil, en un mot, des principales puissances de l'organisme dès les premiers mois qui suivent la naissance. Par des mouvements de toute espèce, dont la théorie est formulée, et que l'instinct, le tact, l'inspiration, le jugement des mères ou des directrices sont appelés à varier de mille façons, la balle devient un premier instrument d'éducation, de travail et d'émission de la vie, en même temps que de distraction et de plaisir.

" Les jeux plus spécialement gymnastiques, indiqués dans les Causeries de la mère ne peuvent être expliqués et bien compris que par des exposés complets ou par le spectacle même de leur mise en scène. Il y a, par exemple, le jeu des pilons du moulin, pour le tout petit enfant ; la mère, ou

la bonne, le fait sauter et danser sur un coussin de manière que ses pieds imitent le*mouvement des pilons pendant qu'elle chante un couplet enfantin dans le genre du suivant :

Tefl petits pieds battent sans fÎD, Mou doux eufant, le blanc coussin, Comme les pilnns du moulin Qui battent la graine île lin, Nous donnant l'buile qui pétille An fond de la lampe qui brille Quand la mère, pendant la nuit, Près de l'enEdUt veille sans bruit.

o Le mouvement est une gymnastique des jambes et l'air chanté une gymnastique de l'oreille qui a pour but d'éveiller en-elle, dès le principe, le sentiment de l'harmonie des sons.

« Frœbel a soin d'accompagner beaucoup de ses jeux, ceux de la balle dont nous avons parlé, comme ceux dont nous parlons en ce moment et plusieurs des autres, de petites chansons qu'il a lui-même composées dans sa langue.

« Le jeu des pilons se modifie naturellement pour les enfants plus grands, en ce que ce sont eux, alors, qui chantent et s'agitent en mesure.

11 en est de même des autres.

« A celui qui, oubliant dans son orgueil d'adulte, ce qu'il fut jadis aux portes de la vie, traiterait ces petites choses de niaiseries puérites, nous demanderions, pour toute réponse, si l'enfance elle-même est une niaiserie? Or, ces petites choses sont aux productions de l'âge mûr ce que l'enfance est à l'homme.

« Il y a une foule de récréations de cette espèce : la girouette, destinée à l'exercice des muscles du bras et de la main, le nid d'oiseau, le faucheur, le coucher, le semeur, les couronnes, le colombier, etc.. Toutes sont de petites scènes ayant leur poésie enfantine, toutes sont deslmagos en action d'épisodes réels de la nature et de l'humanité; c'est la vie entière réduite aux proportions de l'enfant et mise en petits drames dans le cadre de ses jeux. Toutes impliquent, en même temps, une gymnastique de telle partie du corps, de tel sens, et sont accompagnées de moralités rendues sensibles, qui font épanouir, dans l'intelligence de, l'enfant, sans

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qu'il on ait, conscience, les intuitions innées, qu'elle recèle, des vérités premières «et de l'éternelle cause; dans son cœur l'amour des créatures et de leur père commun; dans toute son âme, la perception, le sentiment, la passion du bien, du vrai, du juste et du beau. On profitera, par exemple, de la girouette agitée par le vent sans que le vent soit vu, pour lui ouvrir un premier aperçu des choses invisibles et de l'existence de Dieu, dès qu'il sera assez grand pour eu être frappé, ou plutôt pour sentir s'aviver en lui, quelque peu, le germe d'intuition qu'il en a.

« Et tous ces exercices se font, durant les premières années de la vie, autant que possible, au grand air, au sein de la nature, dont chaque détail devient une leçon; ils se font non-seulement entre l'enfant et ceux qui le dirigent, mais aussi en commun, entre les citoyens du jardin d'enfants, de cette société embryonnaire qui est, déjà, pour chacun des petits personnages qui la composent, un apprentissage de la vie sociale, de ce drame réel de l'homme où il faudra bien qu'il joue son rôle.

« On peut, d'ailleurs, ajouter à ces récréations utiles pour le corps et pour L'âme, celles d'une gymnastique plus ordinaire comme nouvelle source de diversion e1 de variété. Les jeux de Frœbel amusent beaucoup les enfants, mais sous ce rapport l'abondance n'est jamais trop grande pour l'activité dévorante du premier âge; et la théorie de ce philosophe n'est point exclusive; elle admet tout ce qui peut concourir à une application

plus parfaite de sa pensée fondamentale : développement libre et sans

violence, mais avec direction, des facultés du corps aussi bien que de

celles du cœur ei de l'intelligence,

« V. Les jeux de la seconde catégorie, que nous (plaidions de jeux de repos et qui s'exécutent sur une table, ont pour instruments des jouets géométriques, dont les boites forment les cinq dons que, nous allons décrire.

« Le deuxième don consiste en trois solides : la boule dure, le cube et le cylindre. Une multitude de po-

sitions, d'aspects, de mouvements et de comparaisons de ces trois objets engendrent des jeux instructifs dont la pratique est soumise à la loi de> contrastes et de l'harmonie. Celui qui la raisonne y trouve la logique de la thèse, de l'antithèse et de la synthèse. Etsicecôté savant de l'exercice n'est formellement aperçu ni senti par l'enfant, il n'en provoque pas moins, par sa seule présence, d'une manière inconsciente, dans son esprit, son jugement, son cœur, l'idée et le sentiment de la règle, de l'ordre, des concordances, de l'harmonie des choses.

« Le chant, gymnastique de l'ouïe et de la voix, continue d'animer, d'égayer, d'entourer de sa mélodieuse auréole un grand nombre de ces jeux ; et ils sont, d'ailleurs, combinés de manière à appeler l'attention des sens sur les propriétés des objets matériels, et celle de l'esprit sur leurs distinctions numériques, sur les nombres, atin d'impliquer un premier point de départ aux vrais exercices des mesures, des comparaisons et du calcul.

« Le troisième don est une autre boite géométrique contenant un grand cube divisé en huit cubes égaux ; avec ces cubes s'exécutent des jeux, déjà compliqués, de numération et de construction. L'enfant s'amuse à combiner, en suivant la loi des contrastes qui lui a été insinuée, une multitude de formes, telles que murs, colonnes, puits, églises, ponts, allées, escaliers, ruines, etc., et dans l'exécution de ces images d'objets usuels, leçons enfantines, rapprochements, historiettes, moralités qui se tirent naturellement du sujet même. Avec ces cubes, se réalisent aussi, selon la même règle générale, des formes mathématiques et des formes artistiques, hases pratiques des sciences et clés arts, dont la théorie raisonnée sera, plus tard, présentée au jeune homme.

« Le quatrième don est encore un grand cube, mais divisé en huit briques. Cette division nouvelle donne naissance à de nouvelles combinaisons, d'où sortent des représentations d'objets usuels d'un autre ordre, des

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formes mathématiques et des formes artistiques d'un autre caractère. Quant à la loi des formations et transformations, elle est toujours la môme: les figures, d'après cette loi, s'engendrent les unes les autres; et si, après avoir choisi telle clef, on la suit régulièrement, on est enfin ramené, par la série des métamorphoses, à la forme d'où l'on était parti; c'est ce qui explique le nom de loi spkérique que Frœbel lui a quelquefois donné.

« Le cinquième don est le cube composé de vingt-sept petits cubes :

les combinaisons se multiplient, les constructions s'élargissent, les applications de la loi d'harmonie se compliquent, les formes usuelles , les Formes artistiques, les formes mathématiques deviennent une science eu application. Déjà se font, d'une manière concrète et parlanteaui yeux, les call nls des carrés et de leurs racines. Entre autres théorèmes de géométrie, celui du carré de l'hypoténuse es! ingénieusement mis en pratique et démontré aux yeux avec une facilité charmante. L'enfant qui aura été familiarisé avec ces constructions, destructions, modifications déformes, apprendra, plus tard, sans la moindre peine, cette partie de l'arithmétique et cellequi lui correspond dans la géométrie.

« Enfin, le sixième don est, encore le cube, divisé en vingt-sept briques:

combinaisons nouvelles, et, parmi ces combinaisons, viennent celles dessurfaces qui amènent la pratique élémentaire d'une grande partie de la géométrie ; les plus importants des principes qu'elle démontre sont rendus visibles et sont concrètement établis dans des réalisations et transformations de figures. Le sixième don réserve d'ailleurs, comme les autres, une ample part à l'art et à l'industrie, dans des constructions de formes artistiques et de formes usuelles.

« Quel avantage ne résultera pas un jour, pour le jeune homme, de ces exercices du premier âge, dans l'étude raisonnée des sciences, l'apprentissage des métiers, la culture des arts !

« On a remarqué que Frœbel a suivi la marche inverse de celle que

suit la géométrie savante ; il a présenté d'abord les solides, puis les solides divisés; ensuite les surfaces sont devenues l'objet de ses jeux ; et nous allons le voir tout-à-1'heure aborder les combinaisons pratiques de la ligne et des points; c'est qu'il a vu la nature en agir de même ; elle jette à l'observation première des sens les objets entiers sous leurs trois dimensions ; et ce n'est qu'à l'aide d'un commencement d'abstraction de l'esprit que peuvent être conçus et même traités pratiquement les surfaces , les lignes et les points.

« On pourrait croire peut-être, à l'apparence toute géométrique des six dons de Frœbel, que ses jeux auraient pour tendance et pour résultat de faire, des enfants, de petits mathématiciens, ce qui signilierait de petites intelligences-machines; mais qu'on se garde bien d'un tel soupçon : avec ces boules, ces cylindres, ces cubes, ces briques, cesplanchettes, ils doivent créer, toujours, comme on l'a vu, des formes artistiques et des formes industrielles; leur activité est poussée dans cette direction aussi bien que dans l'autre ; l'industrie avec son objet qui est l'utile, l'art avec son objet qui est le beau, ne sont jamais omis; pas plus que la religion avec son objet qui est le bien moral. Le sentiment, inné dans l'être humain, du beau poétique et du beau religieux, double bien-être de l'âme, comme le beau industriel est le bien-être du corps, trouve, dans ces jeux, son aliment et sa culture, autant que laraison mathématique, si ce n'est davantage.

« D'ailleurs, le principe radical de toute la méthode est celui de la liberté laissée à la nature, avec surveillance pour la direction de ses vertus, pour la modération de ses écarts , principe auquel Frœbel a donné cette formule : développement progressif de l'activité libre et spontanée. En vertu de cette règle, l'enfant est toujours conduit, dans l'usage qu'il fait des jouets géométriques, à produire par son propre labeur, à inventer à sa guise, à détruire pour construire, parce qu'il n'y a pas construction sans destruction de quelque

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chose, à chercher des résultats , à tout faire pour trouver un nouveau qui soit de son cru, à créer. C'est même la première fois, disons-le en passant, qu'une méthode pédagogique ait posé formellement celte hase de l'éducation pratique du génie, qui est cependant une des premières facultés à cultiver, qui est le don de Dieu par lequel nous lui ressemblons le plus. Or, la poésie, l'imagination, la sensibilité, sont les compagnes inséparables du pénie, disons ses inspiratrices d'une part, ses ouvrières de l'autre; et jamais l'âme OÙ elles veillent, s'agitent , régnent , ne si; laissera enserrer, ni ne rampera, esclave , dans l'étroit positivisme du calcul et de la mesure ; elle n'en gardera que ce ([ni doit lui lester pour l'éanilibre normal de ses puissances et de leurs développements.

« VI. Les derniers dons ont déjà pris un caractère assez prononcé de préparation a l'étude et à l'atelier.

Mais voici les jeux de préparai ion proprement dite formant la troisième et dernière série.

« lies boites mathématiques destinées plus spécialement que les précédentes à l'exercice du calcul, aux combinaisons îles formes, aux mesures des quantités ; île petites lattes avec lesquelles s'exécutent, selon la loi des contrastes et de la symétrie, d'autres formes encore, d'autres calculs et d'autres mesurâmes ; de petits Initiais pour représenter les lignes, en créer nulle combinaisons, mille assemblages, et pratiquer de nouveaux exercices de nu- ' mération; voilà les instruments par lesquels s'ouvre la troisième catégorie des jeux. Déjà, avec les petits bâtons sont apprises, d'une manière exclusivement pratique, les quatre règles de l'arithmétique ; et celles des fractions sont rendues sensibles par d'ingénieuses dispositions d'allumettes brisées ou réunies en i'aiseeaux.

« Puis viennent le modelage, avec de la terre glaise, de la cire, ou toute autre matière molle, initiation première aux arts plastiques ; et les ouvrages en puis ramollis dans l'eau, images des points, avec lesquels les

n ouprin-

nourris-

enfants exercent leurs instincts, feintaient de création dans mille inventions, mille fantaisies. Car blions, dans aucun détail, le cipe de l'activité spontanée tons les forces naturelles sons-les, aiguillonnons leur initiative que, si souvent, écrasent, paralyseél les systèmes généralement pratiqués.

Une de sujets amollis, efféminé».

privés d'énergie, de volonté, de caractère, de toute passion, de tout feu ^m\ par les petits soins, les perpétuelles contraintes, les entourages, les peurs sans raison, les impositions d'idées convenues, les assujettissements capricieux, les tyrannies sentimentales dont ils ont été l'objet de la part des mères !... voilà le moule, tu y entreras : retournons le problème ; donnons à la nature l'espace, et sur le pied faisons la chaussure.

« C'est pour atteindre le mèmebut qu'aux jeux qui précèdent est adjointe une nouvelle série d'occupations consistant dans des constructions d'ouvrages en papier, en cuir, en étoile, en paille, etc., que les enfants imaginent et réalisent selon les inspirations de leur génie naissant, pour en faire ce qu'ils veulent, les conserver, se les donner les uns aux autres, les donner à leurs parents, à leur bienfaiteurs, à ceux pour lesquels ils sentent naître, en eux, des affections spéciales. L'enfant qui ne tient à rien de ce qu'il fait, qui ne voit dans ce qu'il produit qu'une feuille volante, ne s'est donné aucune peine pour le produire, n'a rien engendré de bon, et a perdu son temps; il ne sera jamais, dans le monde, qu'une individualité sans sigiulic;tion, traînant le haillon ou la soie.

>■ Ces occupations sont le tissar/e, avec des bandes de papier ; les enfants de trois ans peuvent commencer de se livrer à cet exercice ; le pliage, dont nous regrettons de ne pouvoir indiquer les combinaisons amusantes pour représenter les formes usuelles et artistiques ; l'entrelacement, qui a pour but particulier d'habituer à l'économie par l'utilisation des rognures et de tous les débris des autres ouvrages ; le découpage, qui

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i pour objet la formation des figures géométriques, les inventions libres et les imitations de la nature, de l'art et de l'industrie ; le piquage, préparation à lacouture et à la gravure, exercice de l'œil et de la main ; enfin le dessin linéaire sur l'ardoise rayée.

pour assurer les doigts, puis sur le papier, premier exercice préparatoire au des>in artistique et industriel .

K Au milieu de ces occupations ne manque pas, non plus, de se faire, d'une manière progressive, la préparai mu spéciale à l'école primaire ri secondaire.

« Elle se fait par une insinuation constante, à l'aide des objets mêmes ei de conversations enfantines appropriées à cette lia, de la juste valeur des mut- :

« Par des commencements rudimentaires d'écriture]etdelecture, avec li-S petits bâtons, avec les pois, à 1 aide du piquage et sur l'ardoise : ces exercices font naître l'envié d'apprendre sérieusement à écrire et à hiv; et! l'on satisfait cette envie dès qu'elle se prononce ;

i. Par des essais de calligraphie artistique sur les carreaux rayés ;

« Pai quelques notions de gèograpbie pratique bornées d'abord à la talile ou a lacbambre, puisau jardin, et dont le cercle s élargit peu à peu à mesure que les idées grandissent;

« l'ai i|uelqnes anecdotes des plus enfantines, des plus sentimentales, premières échappées entrouvertes a l'esprit dans l'histoire humaine;

« Par quelques observations et expériences, desplus simples, des plus Eràppantes,en botanique, en zoologie, eu phyùque, en météorologie, etc.

On se servira des plantes d'un herbier, on en composera un soi-même, on aura un petit cabinet d'animaux empaillés, une petite collection de minéraux ; on profitera, avant tout, des productions présentes de la nature dont on pourra disposer; on ira quelquefois au-devant de ces productions dans des excursions champêtres. Et, d'ailleurs, dans le jardin d'enfants élevé à sa perfection, seront cultivées des plantes par les enfants mêmes, et quelques animaux vivants seront soignés par eux : quel bon-

heur ! et quelle matière féconde en applications morales !

« Elle se fait, cette préparation, par un enseignement religieux en action, toujours maintenu à la portée de l'enfant, composé plutôt d'inspirations et d'insinuations amenées par les situations mêmes, que de leçons véritables, et dans lequel l'âme et le cœur seront appelés au travail bien plutôt que la mémoire. Le petit enfant n'apprend rien solidement et avec in'e ligence, même la religion et la morale, que par la pratique. Cette préparation religieuse rendra son esprit capable de comprendre, plus tard, les .

sublimités doctrinales des abrégés qu'on lui fera lire et qu'on lui expliquera, le sens et la beauté touchante des prières sérieuses, qui ne seront pas devenues, pour lui, îles routines.

« Elle se fait, enfin, par des lancements continuels de petits ballons d'essai dans tous les genres d'études, par un avivementincessant de toutes les graines dont l'école verra s'épanouir la floraison primeure.

« Cependant, à notre avis, Froebel n'a pas tout fait pour la préparation à l'école ; quel homme peuttout faire?

et, d'ailleurs, le développement en vue de l'atelier semble avoir été le principal objet de ses préoccupations.

Il a laissé à l'avenir la tâche d'inventer les jeux directement appropriés aux premières études de lecture, d'écriture, d'orthographe, de géographie avec cartes, d'histoire comme cadre général, et des langues étrangères; car on peut donner des notions de toutes ces choses à l'enfant dès son plus jeune âge; c'est autant de gagné sur un temps qui est toujours trop court. Si, par exemple, on arrivait, au moyen de jeux bien conçus, à faire apprendre aux enfants de quatre à sept ans, les cinq cents radicaux communs les plus usités en sanscrit, grec, latin, français, allemand, anglais, italien, ne serait-ce pas un avantage, immense, non-seulement pour ceux qui apprendront théoriquement ces langues, mais pour tous dans l'usage de la vie ? Nous connaissons, dans cet ordre, des inventions, fort ingénieuses, qu'il serait aussi utile que facile de faire entrer

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dans le cadre de la méthode nouvelle.

« VII. Et n'omettons pas de répéter encore une fois que tous ces exercices, tous ces petits travaux originels qui se font en repos, sont sans cesse entrecoupés par ces jeux de mouvement dont nous avons parlé, par ces évolutions gymnastiques accompagnées, en général, d'un chant qui les mesure, représentant des scènes de la vie réelle et calculées pour mettre en œuvre les différents muolses, exercer tous les organes des sens.

« C'est ainsi, par exemple, qu'après un quart d'heure ou une demi-heure d'occupation aux combinaisons géométriques, on quitte la table, on forme une ronde, etl'ou imite le semeur, le faucheur, etc., eu chantant des couplets comme les deux suivants :

Gomment fnit le paysan, En travaillant dans lu piaine Et se donnant rie la peine, Quand il seine le froment?

Comment fait le paysan?

Voilà 'omuie il fan vraiment Qnaml il sème le froment !

Tra, la, la, etc.

Comment fait la paysan, En travaillant dans la plaine Souvent sans reprendre baleine,

Quand il fauche le l'i lent?

Comment fait le paysan ?

Voilà Comme il lait vraiment 1 Quand il fauche le fromeut.

Tra, la, lu, Bto.

« La plupart de ces chants, et il y en a beaucoup, ont déjàleur musique toute faite.

« On a aussi commencé de publier quelques traductions et imitations françaises de ces jeux de Froebel; et plusieurs s'occupent, en ce moment, d'en faire passer d'autres dans notre langue. On peut les multiplier à l'infini sur l'idée génératice et féconde qui leur sert de base. La pratique surtout en inspirera des multitudes, dès que la méthode se sera répandue dans le domaine public.

« Citons encore une marche gymnastique, dans laquelle les enfants s'avancent deux à deux en exécutant les poses indiquées par les paroles du chant :

Au pas marchons en avant, Maintenons bien notre rang:

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e les gemmx s'assouplissent ; e le» jambe» s'affermissent;

irons les pieds en dehors tenons droit tout le corps ;

e les deux liras se détendent,

e librement ils descendent; voisin faut s'écarter

is 6ans trop s'en éloigner.

n à l'autre ce jeu nous lie ; 1 en soit ainsi dans la vie !

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