‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 74 sur 96 · CL · texte numérisé non relu

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tatili-menl, par un saut brusque et complet, votre conception et la mienne; cette série est-elle, dans la totalité, un produit ou un producteur non produit? Si elle est un producteur non produit, c'est l'absolu, puisque c'est cette qualité même d'être et de n'être pas produit qui forme l'essence de l'absolu en force, d'après nos délinitions ; et vous renoncez à votre hypothèse. Si elle est un ensemble produit, ou elle est produite par quelque chose qui ne sera pas produit, puisque, s'il était produit, il rentrerait dans la série totale supposée, ou elle n'est produite par rien.

Mais, produite par ce quelque chose non produit lui-même, elle implique l'absolu, et vous n'eu voulez pas ; et, produite par rien, elle implique la contradiction déjà tant de fois constatée, puisque dire : produit par rien; c'est dire produit sans être produit, être sans être.

« Il est donc conçu d priori comme absolument impossible que le relatif existe seul indépendamment de l'aôsolu : le mot suffit pour le faire comprendre ; relatif implique une relation ; relation implique un .terme de relation ; et quand ou a, par la pensée, enveloppé tout le relatif dans une même idée générale, il ne reste que l'absolu pour terme de relation. »

Nous arrêtons là notre citation ; ce qui suit est une seconde démonstration de la réalité de l'absolu, et comme substance et comme mode, fondée sur l'idée que nous en avons, laquelle est qualifiée par nous de démonstration a posteriori, par opposition à celle qui précède, bien qu'au fond l'une et l'autre soient a posteriori, comme toute démon si ration humaine, puisqu'il est impossible à notre logique de démontrer aucune cause sans partir de ses effets, antérieurement posés selon l'ordre logique quoiqu'ils soient postérieurs selon l'ordre des natures; c'est ce qui fait que Dieu lui-même, cause universelle, n'est, dans l'ordre démonstratif, qu'une déduction, quoiqu'il soit, dans l'ordre essentiel, la priorité aô- SOlue. Nous expliquons très-longuement, dans nos HARMONIES, comment

cette nécessité de renversement des échelles est essentielle à toute créature pour établir des démonstrations.

Or, à cette argumentation voici ce qucProudhon nous répondait dans son grand ouvrage de la justice dans la Révolution et dans l'Eglise, qui lui valut, sous l'empire, une condamnation à trois années de prison avec confiscation du livre, mais qui n'en a que mieux réussi à rendre athée presque toute la jeunesse lettrée contemporaine :

« Je proteste de toutes mes forces contre fes paroles de M. i'abbé LbNoib, page 1150 de son Dictionnairi des harmonies de la raison et delà foi. »

Ici il nous citait, en retranchant. pourtant quelques phrases, non essentielles, à partir de ces mots :

« Quand on admet V absolu, mi admet Dieu » jusqu'à eeuv.-1'i : « Celte réponse est, en effet, le cul de sac

où s'assied nécessairement tout système athéiste; » puis il reprenait:

h Dans un autre endroit, M. Le Noir, après avoir dit qu'il n'y a pas d'athées, veut bien en ma faveur faire une exception et me gratifier de cet excentrique privilège (1).

Il faut que je me sois mal exprimé, ou que M LeNoir ne m'ait pas compris:

car, d'une part, je ne nie pas l'absolu i n tant que conception de I entendement, servant d'as pour marquer l'aliquid inaccessible qui soutient le phénomène - : je le nie en tant qu'ubjet île science, el comme tel pouvant servir de point de départ à aucune connaissance légitime, non-seulemenl des choses naturelles, mais aussi des surnaturelles, but où prétendait m'amener M. I.e Noir i.l .

( \) J'ai dit, en commençant, lu raison qui m'avait i .n .n t ii >-n loger de i.i loi ta.

[tj L'absolu qu'ÏJ ne nie p«8 n'est qu'un» 1 Conception, une idée, un Mené- X marquant un uli'jiiffl

ioecceesible, «'t. d'autre part, 'et atiquid sonnent le phénomène et est par conséquent un sou euant, inir snlist.ii ; comprenne qui pourra la contradiction. Cnie sienne, .l'aillent-, 1.' mnt inaccewiofe?

Est-ce .1 ta déinonatrati n de son existe juetet

atiquid eel inaeresriblêl Ko ce cas, je proteste et

je renvoie a la ne nstration que j'en ai il ée,

mil e-t umiliéinntinne E-t-ee a la compréhension Je sod esaeooe qu il est in&ccessiblsl Bfl ce eu-,

je l'a< rde pai faitement.

(3j Si ma démonstration e*t logique, elle établit son existence: si cette e&îseSnee est une réalité,

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« Ainsi j'accorde volontiers à M. Le Noir que celui qui admet l'absolu par cela môme admet Dieu (1), mais ontologiquement , métaphysique ment, de la mèmemanière que M. Babinct admet l'absolu quand il parle de physique (2) ; non pas, ainsi que le demandent les théologiens, comme objet d'une connaissance immédiate positive (3), donnée soit dans la conscience du genre humain par la Justice (4) , soit même dans son expérience par les observations et les miracles; à plus forte raison nel'admets-je pas comme objet de mon culte, sanction de ma Justice et souverain de mes mœurs (5).

« Je repousse donc la qualification d'athée, au sens que m'inflige M.

Le Noir (6j. Il n'y apersonne de moins athée que le diable, et M. Donoso Cortès a dit que j'étais le diable (7). J'admets l'absolu en métaphysique ; j'admets par conséquent Dieu, mais en métaphysique aussi, étala condition qu'il ne sorte pas de l'absolu, Ma se jactet in aula Molus (S); je le nie par-

elle est un objet de science et un point de départ pour une connaissance légitime quelconque ; or prouvez doue que ma démonstration n'est pas logique, ou ne le niez pas à ce titre même.

(1) N'oublions pua cet aveu ; il est capital dans la discussion.

(2) M. Ilabinet — permettez-moi cette observation dt grossi ve puisque vons jetez là son nom — en adinetta.nl l'absolu ontologiquement, meta physiquement, quand il parlait de physique, l'admettait sérieusement ; il l'a prouvé par sa manière de mourir. (V. Baïiinet.)

('() Vous ne l'admettez pas comme objet d'une connaissance immédiate positive ; mais répondez donc à ma démonstration, sinon je voua dénonce à l'absolu lui-même. Devant cette démonstration, que vous ne touchez fias, que vous n'osez pas toucher, vous n'êtes pas libre de ne pas l'admettre comme l'admettent les théologiens.

(4) Ceci suppose que vous n'admettez pas, non plus, l'absolu de la morale dans la conscience du genre humain. N'oublions pas cette assertion ; elle suffira pour détruire toute votre morale ellemême.

(5) Voilà bien la guerre h Dieu qui recommence, l'antitbéisme. Mais il faudrait réfuter mon raisonnement, devant lequel cet antithéisme n'est que de la folie.

(6) Je vous ai donné cette qualification au sens le plus radical, qui consiste à nier l'absolu comme réalité objective. Est-ce dans ce sens-là que vous rep Hissez cette qualification ? En ce cas vous reconnaissez la réalité objective de l'absolu. Mais vous venez précisément de la nier de plus belle cette réalité. Qui pourra jamais vous comprendre? Franchement, mon ami, quand on vous analyse, vous ne ressemblez qu'a un fou.

(7] Plaisantez-vous?,.. Moi, je ne plaisante pas. (8) En métaphysique signifie pour vous en idée

tout ailleurs, dans la physique, dans la psychologie, dans l'éthique, et surtout dans l'éthique (1).

a J'admets, dis-je, que l'absolu se montre, au début de toute spéculation sur la nature et l'humanité, comme condition métaphysique de la science elle-même; c'est en ce sens que j'ai déclaré, dans les premières pages de mes Contradictions économiques, avoir besoin de l'hypothèse de Dieu (2), d'autant plus besoin que je me plaçais au point de vue de mes lecteurs, lequel est celui de la divinité.

« Jlais je nie que, la science une fois déterminée dans sa circonscription et son objet, l'absolu doive y intervenir davantage : c'est ce que j'ai expliqué dans ce même livre des Contradictions, où j'ai discuté l'idée de Providence et détruit empiriquement mon hypothèse (3).

« Ceci me servira à expliquer comment j'ai pu dire à M. Le Noir, ce dont je ne me souvienspas, quelesp/tëuoménes se soutiennent les uns les autres (k) .

Oui, certes dans la science, dont tout le travail est de les enchaîner par leurs

seulement ; l'absolu est un roman de l'humanité, un palais féerique: c'est là cette cour dont la divinité ne doit pas sortir. Franchement je devrais persister à vousdire athée. Mais venez donc à uion argumentation; je n'y raisonne pas sur l'idée seulement mais sur la née ssité extrinsèque et essentielle d'une réalité objective de L'absolu, en déduisant cette réalité de la réalité relative qui n'est pas seulement une idée, mais une vraie ré ilité : je concevrais qu'avec Kant vous missiez en doute tontes celles qui ne sont pas vous-même; mais celle de vous-même, vous ne pouvez la nier, et n'y eftt-il que celle-lù, c'en serait bien assez pour en déduire immédiatement l'absilu au même titre, c'est-à-dire comme réalité absolue soutenant cette réalité relative.

(1) Et surtout dans l'éthique... Vous niez donc surtout l'absolu de la morale; l'assertion est répétée pour qu'on ne l'oublie pas. Nous nous en souviendrons quand il s'agira de votre éthique. Que peut être une science à laquelle on ne reconnut pas de principes absolus, à réalité objective ?

(9) C'est vous qui avez mis en vogue cette association de mots: « L'hypothèse Dieu.» On n'entend plus et on ne lit plus aujourd'hui que cette parole: « L'hypothèse Dieu.)) Mais allez donc à ma démonstration ; est-ce que l'absolu continue d'être, après elle, à l'état d'hypothèse?

(3) Voui avez "d'abord admis l'hypothèse de Dieu et de la Providence, puis vous l'avez détruite ; et vous ne seriez pas athée I Mais avez-vous détruit mon argument?... Vous avez d'abord admis hypothétiqnement une base à la science; puis vous lui avez enlevé cette base, et vous croyez que la science est restéel...

(4) Non-seulement vous l'avez dit, mais vous n'ave pas pu ne pas le dire, et vous le dites encore puisque vous retirez l'absolu de la science.

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relations;' non dans la métaphysique, qui leur assigne h tous un substraium, uu soutien ontologique, unabsolu (\).

Orque prétend M. Le Noir? Faire servir la connaissance empirique des phénomènes d'argument à une déduction de l'absolu, ce qui veut dire à une démonstration de la théologie (2).

C'est à quoi je me refuse de la manière la plus formelle (3). Aucun pont n'a été jeté pour l'esprit humain entre la métaphysique et la science; et vous ne pouvez, pour établir dans la pratique sociale votre dogme, franchir l'abîme qui les sépare [£). Dès lorsque vousdépassez la limite métaphysique, qui consiste à poser des x qu'aucune expérience ne peut atteindre, je nie l'absolu, je le récuse (S). Bien loin que j'y voie une ioée, une raison, une existence, ce n'est plus pour moi, comme je l'ai écrit ailleurs (Programme d'une philosophie du progrès, p. ■>" , que le caput mortuum de toute idée, de toute raison, de toute existence <G).

« Concluons de tout ceci :

(I) Sans nette métup! vsique, il n'y a pas de seieiK-e parfaite ; la science n'est sans elle qu'une écuelle dans le vide et sans point d'appui, qui, tout en çai-daut sa série d'écbelons s'aMme dans le gouffre ténébreux dn néant. Ce n'est qu'un tronçon sans tète et sans piédestal.

(i Dm. Voilà le premier mot qui soit ad rern, qui toncbe mon arguments 1 Maie le réfnte-t-il ?

(3) Vous y vous refuse/. Mais en avez-vmis le

droit, "i l'argnmeot est bon ?

(4] le Dfl le puis I Mais Je prétends formellement que mon argument établit le pont dont FOUB parlez. Encore une fois, il faudrait l'attaquer. Ce n'est pas assez d'une assertion ; vous le savez bien.

(5) Toujours la mÊme cbo*e. L'ne réalité déni' ntrée nécessaire n'est qu'une x ! Assmément le ennipas, le scalpe 1 , le télescope et le microscope ne peuvent atteindre mon absolu; s'ils l'atteignaient il deviendrai} le relatif; u.ais mon esprit l'atteint, mon argument l'atteint ; et depuis quand le microscope, le télescopa, le scalpel et le compas oonslîtiu ut-t-ils la^cien e? N'est-ce ['as l'esprit, D'estce pas l'argument qui la cou si il ne nt. VoîIÀ bien t ut le positivisme moderne dans sa force ; or ce positivisme ie serait antre chose que 1 anéunti-sement parfait de la science elle-n ême si la pratique de celle-ci se mettait en harmonie avec la tl éone de celui-là 1 .

(6) Yoilft maintenant l'absolu réduit à moins qu'une idée, bien plus, au coptit vwr < vin île ton e idée . Décider) ent, j'"i en grand tort de retirer mon accusation d'à héisme, on ne sautait être alliée plus profondéni' nt ; aussi nos jeunes lettrés odIî Is été plus fraie- : voulant être de \otre école, ils ont avoué purement et simplement leur athéisme au risque d'être aceméspar vom-mi'ine de pc//rom.erie. Mais encore un coup, que fo.it tous ces traits à mon argument? Sayittx (larvulorum factas tunt p'agx eiirum.

« Que la pensée de l'absolu, dont les savants accusent avec tant de raison la redoutable influence, fait partie de la constitution de l'esprit humain ; que l'absolu estdonné en toute science comme la condition métaphysique du phénomène, partant de la réalité de la science ; qu'au delà de cette convention tacite, hypothétique, qui le pose au début de toute connaissance objective, l'absolu doit être éliminé rigoureusement, comme principe d'illusion et de charlatanisme ; que si, dans les sciences naturelles, il est aisé de se défendre de ses prestiges, il n'en est pas de même dans les sciences murales et politiques, où l'investigation, ayant pour objet des rapportsde personnes, semble s'attaquera l'absolu lui-même, et non plus seulement aux facultés qui le manifestent et le servent.

« C'est dans les dm, es de l'ordre moral que nous avons surtout à nous défendre de la tyrannie de l'absolu, et, tout en le respectant dans sa dignité susceptible, que nous devons l'écarter avec énergie et lui refuser plus que jamais et l'autorité qu'il s'arroge sur la raison comme s'il était lui-même une raison, et la qualité d'objet scientifique, capable de donner lieu à une observation directe, pouvant dès lors servir d'échantillon de l'absolu suprême, créateur et législateur de teintes choses.

« Quelle Bera donc ici la garantie du philosophe?

« Il fallait arriver jusqu'à l'époque actuelle pour qu'une semblable question put être posée : et c'est afin de la rendre intelligible et d'en montrer l'importance, que j'ai rappelé, d'abord, à quelles conditions les

Nous ariâtona ii'i nos réflexions; le morceau qui

suit n'est plus directement à notre adresse; et il sera [ac le au lecteur île voir qu'on y répète seulement lt-9 urines choses. D'un coté on y avoue que l'absolu, en tant i|ue COOCCpt ou iilêe, n fait partie de la constitution île l'esprit Iniinain » , et d'un aime coté on a l'élimine », en tant que réalité,

. comme un principe d'illusion et île charlatanisme ■ ; contradiction palpable, mas surtout assertion gratuite que l'auteur n'a paa le droit île maintenir en faee île notre argument, qu'il faillirait attaquer avec il es pensées et qu'il n'attaque pas même avec des mots.

i Pour toutes les notes qui pr cèdent, Le Nom, 1873. J

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ciences physiques étaient sorties des énèbres ; puis, en expliquant par le concept de Justice et la réalisation transcendantale du sujet juridique l'origine de toute religion, quelle cause retient dans la pénombre les sciences morales et politiques. » (t. n, p. 304.)

C'est alors que M. Proudhon introduisait pour la première fois son expression devenue fameuse : « Je ne nie pas l'absolu, je l'élimine. »

Or, au moment où paraissait l'ouvrage Delà justice dam la Révolution et dans l'Eglise, nous corrigions les dernières épreuves de nos Droits de la raison dans la foi, et nous lui répondîmes précipitamment dans la note 2046, page 1778, ce qui suit :

« Le livre de M. Proudhon, dont il a été question dans cette note, vient de paraître au moment même où nous corrigeons ces dernières épreuves, et, bien qu'il nous soit impossible de le lire assez pour nous prononcer sur la solidité de sa protestation contre notre accusation d'athéisme, nous pouvons cependant porter sur ce point un juge menl qui, selon toutes les probabilités, ne sera point modifié par la lecture complète.

« Citant un passage de nos Harmonies ( p. I I 50) où nous l'accusions, en effet, d'athéisme, « Je proteste, »

dit-il, « de toutes mes forces contre ces paroles de M. l'abbé Le Noir. .. Il faut que je me sois mal exprimé ou que M. Le Noir nem'ait pas compris :

car, d'une part, je ne nie pas l'absolu en tant que conception de l'entendement, servant H'./- pour marquer Va.liquid inaccessible qui soutient le phénomène ; je le nie en tant qu'objet de science et, comme tel, pouvant servir de point de départ à aucune connaissance légitime, non-seulement des choses naturelles, mais aussi des surnaturelles, but où prétendait m'amener M. Le Noir. Ainsi j'accorde volontiers que celui qui admet l'absolu, par cela même admet Dieu, mais ontologiquement, métaphysiquement, de la même manière que M. Babinet admet l'absolu quand il parle de physique ; non pas, ainsi que le deman-

dent les théologiens, comme objet d'une connaissance immédiate positive, cfonnée soit dans laconscience du genre humain par la justice, soit même dans son expérience par les observations et les miracles ; à plus forte raison ne l'admets-je pas comme objet de mon culte, sanction de ma justice et souverain de mes moeurs.

Je repousse donc la qualiiication d'athée au sens que m'inllige M. Le Noir.

J'admets ['absolu en métaphysique; j'admets par conséquent Dieu, mais en métaphysique aussi, » etc. Et plus loin:« Que prétend M. Le Noir ? faire servir la connaissance empirique des phénomènes d'argument à une déduction de ['absolu, ce qui veut dire à une démonstration de la théologie.

C'est à quoi je me refuse de la manière la plus formelle. Aucun pont n'a été jeté pour l'esprit humain entre la métaphysique et la science, »

etc. (De la justice dans la Révolution et dans l'Eglise, t. II, p. 304 et suiv.)

« Dans les pages précédentes M. Proudhon avait dit que « la vérité phénoménale est la seule qu'il soit donné à l'être humain d'atteindre. »

Une « lu Révolution n'est point athée, ne nie pas ['absolu, mais ['élimine. »

Que « l'athéisme est la négation de Yabsolu, c'est-à-dire de la légitimité du concept à'absolu et par suite de toutes les idées sans exception. » Que « l'athéisme( en niant) se croit intelligent et fort. » Qu'il « esthète et poltron. » Que « seule, la Révolution a osé regarder en face ['absolu. » Qu'elle » s'est dit : Je le dompterai. » etc, — « C'est la guerre à Dieu, direz-vous.

— Soit : faites la guerre à Dieu même au nom de la justice et de la vérité. »

Entin M. Proudhon se qualitie luimême ailleurs à'antithêiste, mot qui signifie, sous sa plume, moraliste pur qui prend la morale dans l'idée qu'a l'homme, immanente en lui, de lajustice, de sa dignité, de celle des autres, qui n'a besoin d'autre base que de cette idée comme fait existant pour la bien établir, et qui rejette celle de Dieu, celle de l'imortalité, toutes celles qui composent la religion, tous les principes absolus de métaphysique avec leurs déductions, toute la théologie en un mot, comme portant la nuit

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et le trouble dans la morale pratique de l'humanité ; en sorte qu'il t'ait de la morale comme M. lîabinet t'ait de la science, en se retranchant dans l'étude des rapports observables et chassant de son esprit toute considération de la cause et de la subtance, ainsi que des origines et des lins transmondaines de l'être humain.

« Le système de M. Proudhon, dans ce dernier ouvrage, nous parait donc assez clair. Le \ oici au complet.

« Il nous accorde, à nous théologiens, notre enchaînement doctrinal ; il le trouve logique, en sorte que >'il en concédait la base, il se verrait obligé d'en accorder toute la filière déductive, jusqu'au catholicisme. H ne veut pas l'aire cette concession; il veut la morale purement humaine dépouillée' de toute idée religieuse, forte ainsi par elle seule autant qu'elle est, selon lui, faible et vacillante, si on raccroche et la mélange à la, théologie; il veut l'établir uniquement sur le sentiment clair que nous avons tous de notre dignité et de la distinction entre le juste et l'injuste; donc il rejettera, d'un bloc, toute notre série théologique, la chassera de sa morale, fera ses efforts pour en débarrasser l'humanité, afin de laisser à celle-ci la morale pure qu'il aura soin de garder très-rigoureuse sur ton- le-- points ci notamment sur le mariage ,■] la famille, et s'attaquera

SUrtOUt] pour celle tin, à l'idée de

Dieu ou de l'absolu, qui implique tout l'ordre religieux dont il veul délivrer la terre, voilà son but formel.

Il le poursuivra avec la vigueur du lutteur acharné, ne respectant plus rien, une fois lancé, de tout ce que le monde respecte. Sa logique lui en fait dorénavant un devoir.

« Or, pour chasser ainsi la théologie du domaine de l'humanité pratique, deux tactiques se présentent :

nier l'absolu d'une manière absolue; ou l'éliminer de toutes les sciences d'application, y compris la morale, pour le reléguer dans la métaphysique considérée comme science théorique n'ayant aucun rapport avec les sciences pratiques. Or ce n'est pas le premier parti que prend M. Proudhon, 'c'est le second.

« Mais dans ce second parti, se trouvent encore trois manières distinctes de penser : la première consiste ,ï donner la métaphysique comme une science idéale sans réalité objective, rêve pur de notre esprit ; la seconde consiste à la donner comme une science certaine ayant son objet existant éternellement en soi dans les réalités de l'être; la troisième enfin consiste a la donner comme incertaine, douteuse, à objet inconnu sous tout rapport, à objet a; ou aUquid avec point d'interrogation, pouvant être ou n'être pas en soi, sans que l'espril le puisse jamais savoir absolument et avec certitude.

cl Par la première on rentre dans l'athéisme ; et la concession qu'on a faite de ne pas nier, mais seulement d'éliminer, est une pure teinte pour ne pas se dire brutalemem athée.

« Par la seconde on esl théiste aussi allii matif que possible : on ne l'ait que distinguer deux catégories de sciences, aussi solides l'une que l'autre ; et en cherchant à les détacher pour chasser l'une de l'ordre pratique, on cherche l'impossible et l'on se contredit en voulant désunir, dans l'intelligence et la vie humaines, ce qu'on avoue être inséparable de fait dans l'en soi des choses.

b Enfin par la troisième, on ne nie pas, on n'affirme pas Dieu et L'absO' lu : on s'en tient à cel égard au scepticisme. *»n n'es) pas athée, on n'est pas théiste, on u'esl rien : el l'ou fait de l'antithéisme en avouant qu'on ne sait si l'on s'attaque au mensonge ou a la vérité.

« Quelle est en réalité la pensée de SI. Proudhon dans son antithéisme?

Quelques paroles jetées ça et là — il y en a parmi celles que nous avons citées — font croire a ses lecteurs que c'est la première ; et dans ce cas, il n'aurait fait qu'habiller île sa manière ardente le système de M. Bailly, que nous réfutons dans nos llnnu'inies au mot Athéisme, en ayant soin (le substituer seulement le terme de science métaphysique à celui de science transcendante dont M. Bailly s'est servi pour exprimer tout ce qui n'est que construction pure de l'esprit humain sans objet existant dans la réa-

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lité des choses. M. Proudhon serait alors vraiment athée, et notre accusation devrait être conservée dans sa plénitude.

« Mais d'autres paroles — ■ il y en a peut-être encore dans notre citation — font croire que c'est la seconde. Et s'il en est ainsi, si M. Proudhon conserve la métaphysique comme science aussi certaine que les sciences empiriques n'ayant pour objet que les rapports observables des phénomènes , il est vraiment théiste ; et nous nous rétractons. Mais il substitue, dans ce cas, à l'athéisme un antithéisme bien incroyable, revenant a ceci : Dieu est ; il règne par nécessité dans l'empiie universel des essences; mais je n'en veux pas dans l'humanité, et moi, son fils comme tout ce qui n'est pas lui, je lui ferai la guerre et le détrônerai de ce monde.

Nous nous refusons à croire à pareille entreprise, à pareille contradiction, à pareille folie dans une conscience humaine.

« Ce qui nous parait lr plus probable, c'est l'existence réelle, dans l'âme de Proudhon, de la troisième pensée, qui le relégueraitpanni les sceptiques. Les paroles antithétiques favorables les unes à l'athéisme, les autres au théisme, concourent, avec d'autres qui sont vraiment marquées au coin du doute, à donner cette conviction au lecteur de son livre. M.

Proudhon est flottant entre le théisme et l'athéisme ; et, en attendant la lumière, il l'ait de l' antithéisme pratique dans l'humanité pour le cas où Dieu ne serait point; car, si Dieu est, il se mêle à tout, et si, alors, l'antithéisme n'est point une poltronnerie, il est unebètise plus grande que l'athéisme ; c'est Lucifer aux petites maisons. On voit quel nous parait être plus probablement aujourd'hui l'état de cette âme. Nous devons d'ailleurs cette sorte de réparation à sa protestation même contre notre assertion.

Nul n'a le droit de dire à un homme:

Vous êtes athée, quand cet homme lui dit : Je ne le suis pas.

« Que conclure de tout cela? quatre choses :

« 1° La morale pure et en soi de M. Proudhon, basée uniquement sur

le sentiment clair, immanent dans l'homme, de la justiceet de la dignité de soi et des autres, n'est pas une nouveauté ; elle est dans Socrale et Platon, elle est dans Confucius, elle est dans Augustin, elle est dans saint Thomas, elle est dans Descartes, Leibnitz, . Fénelon et Bossuet, elle est, mieux que. partout encore, dans l'Evangile, nous pourrions le prouver.

La philosophie et la révélation ont, de tout temps, posé des vérités mora- .

les comme certaines par elles-mêmes, évidentes, absolues, axiomatiques et n'ayant besoin d'aucun appui autre que leur immanence dans le cœur Immain pour régner sur lui et lui montrer la différence du bien et du mal. C'est l'ensemble de ces vérités humaines évidentes s'imposant directement et d'elles-mêmes à la conscience , que la théologie a appelé la loi naturelle, la morale naturelle .le droit naturel, etc.

» 2° Il n'y a entre cette morale en soi prèchée à l'homme et à la société par les philosophes, les prophètes, Jésus-Christ et les théologiens, et la même morale prèchée aujourd'hui par M. Proudhon, après l'avoir été à peu près de même par les Cabanis dont il se dit le continuateur, qu'une différence, qui est grande, et que voici :

les pre i.iers, après avoir pris, empiriquement, ces axiomes de morale existant dans l'esprit humain à l'état de certitude absolue, font un raisonnement par lequel ils trouvent, avec la même évidence, que, l'absolu de ces principes étant admis, l'intelligence est forcée d'admettre un en soi éternel de ces mêmes principes, par suite une substance qui les porte dans l'éternité, une intelligence qui les voit dans l'éternité, un amour qui les aime dansléternité,c'est-à-dire Dieu, et même Dieu trine, sans quoi ce ne seraient plus des certitudes absolues de tous les temps et de toutes les choses, mais seulement des idées relatives, pouvant changer, pouvant n'être que de volages illusions; et, par conséquent, toute la théologie revient, pour enx, en tin de compte, se mêler par nécessité à la morale en soi. Les seconds, au contraire, veulent empêcher ce mélange et conserver la

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même morale dépouillée de toute relation à Dieu, purifiée de son idée, lavée, disent-ils, dos souillures de la théologie; mais pour ce résultat qu'ils n'obtiendront pas dans la société humaine parce qu'on n'obtient jamais l'impossible, il leur faut ou nier l'absolu de la morale même, ou, en l'accordant, le tenir éloigné de l'absolu métaphysique ; or, nier l'absolu dans la morale, c'est détruire celle-ci, c'est avouer qu'elle n'est qn'une vérité relative, susceptible de variation comme les faits contingents et ne pouvant servir de règle à, jamais fixe, sûre, identique à ellemême, incontestable; et accorder l'absolu dans la morale pratique, c'est l'accorder dans l'éternité, et, par là même, accorder sa liaison nécessaire, indissoluble, avec le principe substantiel, l'immuable substratum qui la supporte, la pense, et la veut; dans le premier cas leur morale s'é- • croule, ce qu'ils ne veulent point ; dans le second la théologie reparait avec elle, ce qu'ils ne veulent pas non plus; donc il y a chez eux lutte organisée contre la logique des choses ; ce qui n'existe pas chez les premiers.

« Ainsi donc, conséquence d'une part ; inconséquence de l'autre :

voilà le caractère fondamental qui distingue les deux écoles de moralistes dont nous parlons. 11 est suivi d'une impossibilité radicale dans laquelle se pose la seconde de ces écoles; celle de chasser des âmes une grande relation qui leur est inhérente comme la lumière est inhérente aux astres .

« 3° Le livre de M. Proudhon est un des plus utiles que l'ou puisse concevoir au règne de la vérité dans le monde. En effet, concédant l'enchaînement théologique jusqu'à ses derniers liions, qui sont le catholicisme et l'Eglise, dans 1 hypothèse de l'impossibilité réelle d'élimination de l'idée de Dieu de l'ordre pratique, et s'attaquant, par conséquent, à cette idée comme au seul point capital et central duquel dépend la solution; il concentre singulièrement les questions, les ramène toutes à une discussion simple, et termine,

pour ainsi dire, la guerre. C'est avec lui tout ou rien; tout, si la science morale doit garder l'idée de Dieu, l'idée de l'absolu; rien, si cette idée peut et doit en être éliminée absolument. Or, l'humanité a déjà fait son choix dans cette alternative :

elle a l'idée de Dieu et de l'absolu, elle la mêle à son ordre pratique, elle voit qu'il est impossible de l'en éliminer; d'où il suit que M. Proudhon la mène, par la voie négative, au catholicisme qui est tout, comme on vous mènerait droit à Rome en tournant le dos à cette ville et marchant toujours.

« 4» Enfin, le travail de M. Proudhon est, par ces mêmes motifs, dans sa propre personne, un pas énorme qui le rapproche du catholicisme.

Oui, avec les sarcasmes et les ironies, jusques-là peut être sans-égales, dont il fourmille contre tout ce que l'humanité respecta jamais ; avec cette haine, vraie ou apparente, dont il poursuit sans relâche et sans concession toute philosophie spiritualiste et toute religion, aussi bien que tout représentant de l'une ou de l'autre, de Platon à Descartes, de saint Paul à Fénelon, d'Homère à Victor Hugo, de Socrate à Robespierre, etc., les confondant pèle-mèle dans un anathème implacable, ne pouvant pardonner aux uns leur philosophie mystique, aux autres leur mélange de surnaturel et de divin, à cejix-ci leur poésie à teinte religieuse, à celui-là sa mort dans l'espérance, à ce dernier son culte de l'être suprême, et sans oublier le Fils de Marie, moins beau et moins moral, au goût de M. Proudhon, dans sa manière de mourir, que ne le furent Danton et Mirabeau; avec cette tactique, calquée sur celle des Pères de l'Eglise, par laquelle il attaque, sans le nier, le dieu rationnel des philosophes et des Chrétiens, en l'appelant le mal, comme les Pères attaquaient, sans les nier, les dieux absurdes du paganisme en disant aux hommes qu'Us adoraient, en eux, les démons; oui, nous le répétons, M.

Proudhon avec toutes ces horreurs, toutes ces diableries, vient de faire, par son dernier travail, le plus large saut que pût faire un homme de cette

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trempe vers le catholicisme ; car il suffira désormais, pour le lui faire admettre dans la totalité de son esprit, de lui prouver un seul point, celui de la liaison nécessaire de l'absolu à tout l'ordre humain, à la morale comme au reste, point d'une simplicité excessive, qui, nous osons lelui prédire, s'armera pour lui, un jour ou l'autre, du glaive de l'évidence, avec lequel Dieu, pour sa seule vengeance, transperce les âmes.

Nous fîmes plus que d'insérer cette note à la fin de nos droits de la raison

(1) Cette évidence ne s'est révélée à l'âme de ProndhoD que dans la région des vérités éternelles, et le joui' dont noua parlions n'a lui devant ses yeux qu'à sa mort.

Nous avons dit comment nous avions fait la connaissance de cet bouime étrange en 1849. Depuis cette première entrevue, nous étions devenu son ami. Quel que fût l'àcreté de son encre et l'aigu de sa plunie, cet homme était bon, franc, rond, shn-

file, naturel et loyal, dans ses relations particulières. Nous l'aimions, et nous nous refusions à croire que, malgré ses aberrations et ses écarts de logique, sortant du sons commun sur la thèse de l'absolu, il fût de mauvaise foi. Quand il fut île retour de l'exil, nous le violes souvent, et chez nous et dans sa retraite à Pasav. E/anérrisme au cœur qui l'enleva, lui causait des étOufFemeota qui rendaient presque impossibles avec lui les entretiens sérieux. Il semblait, d'ailleurs, dans ses derniers écrits

se rapprocher du Christianisme par luinn' ;

niais la moindre influence mit cet esprit était radicalement impossible. Nous le vîmes la vaille do sa mort; la modeste rétribution que lui faisait, chaque mois, son libraire était insuffisante; nous eo eûmes, au moins, le, soupçon, et nous proposâmes à sa femme de lui prêter un billet de 500 francs; elle nous répondit qu'elle n'accepterait qu'avec l'autorisation de son mari, et, sur notre instance, elle l'iip<rla de notre proposition. « Oui, répondit-il avec simplicité ; puisque l'abbé vous l'offre, femme — c'est ainsi qu'il la nommait toujours — ■ il faut accepter. » Nous y retournâmes, le lendemain, avec les hOO francs. Il venait de mourir, et nous les donnâmes à la veuve.

Proudhon était mort sans avoir reçu notre absolution de prêtre ; il n'en voulait pas; il ne voulait que de celle du philosophe et de celle de sa femme. Il n'eût que la dernière.

La veille de sa mort, il était dans le plus grand calme philosophique, souriant au soleil et disant : » Mon mal est terrible ; il est mortel ; c'est la fin. » Le matin du jour où il mourut il dit à ses filles : « C'est aujourd'hui le çrand jour, n Puis il dicta à Mlle Catherine, la plus âgée et la seule qui vive encore, une liste de noms amis pour former la conseil qui s'occuperait des intérêts de sa famille après sa mort. Notre nom Ggurait sur cette liste. Nos 500 francs ont fait partie de la souscription qui, jointe ou produit de ses œuvres, tant réimpressions qu'o'iivres posthumes, ont constitué l'avoir etl'iudépeadtance de la famille Proudhon.

Ls Nota, 1873.

dans la foi; nous en envoyâmes une autre à M. Proudhon lui-même, alors en exil, dans laquelle nous tachions de fixer cet esprit, si peu philosophique au fond, quoique très-métaphysicien dans sa dialectique, et très artiste dans sa tactique, sur des lignes précises qui pussent lui convenir et l'influencer. Nous n'avons point cet écrit, mais dans deux volumes de Notes et Eclaircissements qui n'ont paru qu'en 1870 en Belgique, et par conséquent cinq ans après la mort de M. Proudhon, volumes qui font suite à ses quatre volumes De la justice dans lali/volutionet dans l'Eglise, édit.

belge, il cite un court passage de cet envoi, et nous répond de nouveau comme on va le voir (tom. vi, à la première page) :

« M. l'abbé Le Noir, ayant lu notre réplique à la page 1 1 50 de ses harmonies, nous a communiqué une note, dans laquelle nous lisons ce qui suit :

« Si j'avais à répondre au dernier » livre de M. Proudhon, De la justice » dam lu Révolittion et dans l'Eglise, » je ne perdrais mon temps à me » scandaliser îles développements de » l'artiste, dont les stoïques audaces » ne sont que la mise en pratique » par l'écrivain, dans son ouvrage » même, de sa théorie d'isolement » de la morale et d'exclusion de » toute idée religieuse. Je saisirais )> le pivot, qui, ce me semble, réside )> dans la pensée qu'il exprime en » me citant, au milieu de son second » volume, à propos de l'absolu. Pro- » fessant avec lui l'immanence, dans » la raison humaine, d'un ensemble » de vérités morales et autres, di- » rectement perçues, qui n'attendent » 2MS l'idée de Dieu pour être la règle « de nos jugements et de nos mœurs, » je lui prouverais que ces évidences » ramènent nécessairement cette » idée, et avec elle toute la théologie ; » qu'il a rêvé un divorce impos-ible ; » que la morale a sa métaphysique » inhérente, comme la métaphysique » sa morale; et je trouverais ma rc- » ligion, ma philosophie, mes grands » hommes, mon Dieu, suffisamment » vengés par la triste figure que

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» forait, sous les étreintes de la dê- » duction, sa chimère de ïèliminaiion » de l'absolu. »

« Il semble que la lecture du livre de la justice ait produit un certain ébranlementdans l'esprit de M. L'abbé Le Noir (1) : comment, sans cela, nous accorderait-il, lui théologien et logicien, V immanence, dans la raison humaine, d'un certain nombre de vérités morales et autres qui n'attendent pas l'idée de Dieu pour être la règle de nos jugements et de nos mœurs (2)7 Estce qu'il ne s'ensuit pas déjà, de cette immanence, que la morale est antérieure et supérieure (3) à la religion, antérieure et supérieure a l'idée même de Dieu, qui n'arrive que par voie de déduction (4J, et sans qu'elle puisse

(1) Ce livre, loin de produ : re dans notre esprit quelque ébranlement, nous confirma do plus en pins fort dans notre philosophie théiste, et nous remplit même d'une grande pitié pour les esprits vulgaires qui allaient se laisser entraîner pur cette accumulation confuse de sophismes contradictoires et incompréhensibles, à ce positivisme qui caractérise si malheureusement notre époque dans le temple des arts comme dans celui de la phdoso|hie et de la religion.

(2) Cette concession a toujours' été faite par nous depuis que nous noua occupons de philosophie et de théologie ; c'est dans la profession de celte immanence même q-ie consiste notre cartésianisme en Indique générale, Avant d'aniver ù la déduction de l'absolu, à la démonstration de Dieu, il faut bien constater le relatif, qui est nous-mêmes, avec tons les phénomènes qu'il présente, et avec cette immanence an nombre de ces phénomènes, en tant que servant déjà, sans aller pins loin, de régie de nos jugements et de nos mœurs. On peut voir, dan a ce qui précède et dans tout ce que nous avons écrit, bien avant l'apparition dn livre De lu justice, de longues démonstrations et de longs exposée de cette philosophie et de eette logique. C B8t le dessus précisément que nous fîmes toujours opposition aux théories du surnaturalisme exclusif de Hnet, évoque d'À Tranches, du sens commun de M. de Lamennais, et du traditionalisme des disciples de l'un et de l'autre.

(3) Antérieure et supérieure — Quelle argutie I la malice est ici cousue de fil blanc. La m-irale, dans ses bases directement perçues, est antérieure dans l'homme à tout le reste puisqu'elle fait partie de lui-même; mais s'en suit-il qu'elle ne puisse être

perfectionnée, et qu'elle soit supérieure à Istreligion, à l'idée de Dieu et à tout ce qui en découlera ? Vous rencontrer sur vutre route OQ excrément humain, et vous dites par déduction: un homme a passé là; l'excrément, dans votre raisonnement, est antérieur à l'homme, à l'inverse de ce qu'il est dans la nature ; s'en suit-il qu'il lui soit supérieur ?

(4) Eh 1 sans doute, par voie de déduction dans l'ordre démonstratif, bien qu'elle puisse aussi se révéler par nue intuition immédiate, dans l'ordre pratiq'e de la vie. Mais en quoi cette qualité d'arriver par déduction rendrait-elle inférieure l'idée de Dieu? Reportez votre esprit à L'exemple que je viens de donner, dans la note précédente, de la déduction d'un effet à sa cause ; l'homme, qui est la

modifier, en rien (1), la régie, déjà donnée dans l'immanence, de nos jugement et de nos mœurs"? N'est-il pas clair, après un pareil aveu (2), que l'idée de Dieu, si controversée, n'est plus qu'une chose secondaire, qui, n'ayant rien de primitif et de fondamental, peut être niée sans que. cela tire à conséquence pour la morale, subsistant seule, par elle-même, et indépendamment de toute théologie (3)?

si quelqu'un ici fait une triste ligure,

cause, et qui ne vient qu'après l'excrément, lui est-il inférieur?

(1) Modifier en rien — Admirez la supercherie! ai-je jamais dit cela? et n'est-il pas évident que plus vous pénétrerez les causes des effets, plus vous étendrez votre science de ces effets euxmêmes par une vue rétrospective sur les rappoits de ceux-ci avec, celles-là? À.U contraire, l'idée de Dion modifiera et perfection oera beaucoup la règle de nos jugements et de nos mœurs, tonte donnée qu'elle soit déjà, quant a ses bases, dans Yimmanence accordée comme point de départ de la démonstration ; et c'est pour cela, entre antres raisons, queje tiens tant au pont théologique auquel conduit mon argumentation du premier jour, qui reste là, sur sa page, sans que vous l'attaquiez jamais.

(ï) Singulier aveu que celui d'un principe que j'ai toujours posé et qui a toujours constitué toute ma philosophie cartésienne.

(3) Voilà notre dialecticien arrivé, insensiblement, jusqu'au moi fondamental, Ainsi de ce que le fait immanent, dans notre conscience, de vérités morales [<eivues primo intuîtu, et avant qu'elle ait encore remonté à la cause première, soit posé par nous, non point parce qu'il l'a dit, mais quoiqu'il l'ait dit et aussi parCH que C6 fat toujours notre base philosophique et qu'on ne saurait

taire, sel es, de bruine philosophie autrement,

le voilà qui, eu passant du mot antérieur an mot supérieur' et de ees deux mots a ses dans derniers primitif et fondamental, arrive subrepticement jusqu'à dire que cette grande cause nécessaire, qui est le fondement de tout parce qu'elle est l'origine de tOUt, ù a i ieo de fO'td.fUitrn tnl et | peut

être niée sans que eela tire a conséquence pour la morale subsistant seule, par elle-même, et indépendamment de toute théologie, » Assurément les évidences morales primordiales, comme fait de conscience humaine, sont telles indépendamment de

l'étude de leur cause, et avant que la conscience ne se livre a cette étude et n'en tire le 3 déductions qui s'imposeront à sa raison ; mais s'eiisuit-d que la cause, quand elle sera trouvée, ne devienne le fondement de la morale, ne constitue s<m absolu , ne fasse d'elle une véritable science, et ne soit, pour cette morale, d'une conséquence énorme par la connaissance beaucoup plus ('•tendue qu'elle en donnera? U en est de même dans les sciences de

M. Babinet ; le premier fait scientifique expérimental d'où la science est partie, loin de constituer

toute la science, n'a servi qu'a conduire a des déductions qui ont révélé des causes, lesquelles causes, une fois connues dans leurs relations avec leurs effets*, ont formé UO ensemble qui est devenu, pour l'esprit du savant, la véritable science. C'est ainsi que la théologie revient tout entière comme science de la morale, logiquement établie.

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c'est le théologien obligé de faire cette concession énorme (I).

« Pour le surplus, il ne nous semble pas même que M. Le Noir nous ait compris (2).

« D'abord, la morale ne consiste pas simplement pour nous en un ensemble de vérités morales directement perçues ; elle a pour base une faculté de l'unie crue nous nommons Justice (3), qui nous porte spontanément au bien et à la vertu, avant même que nous ayons acquis les nations de bien moral et de vertu (i),et qui suffît à procurer notre sanctification et notre perfectionnement, sans que nous ayons besoin d'aucune assistance étrangère (o). C'est de ce sentiment moral, primitif, immanent, nécessaire, que nous viennent ensuite, dés que nous réfléchissons sur

(t) Franchement, lecteur, qui de nous deux fait la triste figare? et ouest l'énorme concession? Ba vérité, il est et nrmnt qu'un grand écrivain fasse de pareilles chutes; mas [tour ne pas f lire de ces chutes* I A devant la logique, il fent avoir bieu choisi sa thèse et pris la bonne voie. Il est des sentiers tellement inextricables, que, quand on s'y est engagé, il n'e-t si bon marcheur qui ne s'y casse le nez.

[t) Nous voudrions n'avoir pas compris, mais malgré votre art [mur vous rendre incompréhensible à nn logicien, nous ne vous comprenons que trop.

(3) Quelle futilité! Est-ce qu'en professant la perception directe de vérités morales, nous ne professons pas Ih faculté qui les perçoit! et avonsnous jamais contesté qu'on put donner à cette faculté le nom de justice, bien que, selon nous et selon la théologie chrétienne, pour nommer, su complet, Les fondements psychologiques do ia morale en tant que facultés de l'homme, il fallût en mettre deux : la justice et la charité. La justice pèse et paye juste; la charité^ on bonté, aime et donne sans demander aucun équivalent. Cette observation suffit pour corriger ce qu'il y a d'incomplet dans la déiinition qui vient après,

(4) C s notions à titre de g 'Dératisations .'eientili'pies, c'est vrai ; mais sans notions aucunes, sans idée ni intuition de la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal, ce serait absolument faux et absurde, attendu qu'il serait contradictoire de soutenir qu'il pût y avoir moralité dans l'acte, sans concept ou intuition antécédente de sa valeur bonne «ni mauvaise.

(5) Nous n'entrerons pas ici dans la discussion de la nécessité d'intervention de la cause absolue dans l'acte du relatif discussion qui nous conduirait à celle île la ^râce et de la liberté; nous dirons seulement : L'homme est-il l'absolu, ou n'est-il qu'un relatif? S'il est l'absolu, voilà l'absolu dont vous ne voulez pas comme réalité en soi, et la discussion finit l(i, puisque voilà Dieu. S'il n'est qu'un relatif, il faut à ce relatif un point d'attache, et d'appui a quelque chose d'étranger qui sera l'absolu ; et voilà immédiatement la néces»ité de quelque assistance et angêre.

nous-mêmes, nos idées morales, lesquelles naturellement n'existent dans notre raison que parce qu'elles sont la représentation d'une réalité (1).

C'est pourquoi nous avons dit et répété tant de fois que la justice n'est pas seulement pour nous une idée ; qu'elle est aussi une réalité; que c'est à la condition d'être préalablement une réalité qu'elle peut devenir une idée ; que c'est par cela, entin, que le droit et le devoir, la loi morale en un mot, nous devient obligatoire, commefaisantl'essence de notre être, ce qui n'aurait plus lieu si elle se réduisait à une pure idée (2).

« La seconde chose que M. Le Noir ne nous semble avoir comprise qu'à moitié, est l'élimination de l'absolu.

M. Le Noir triomphe de ce que, la

(I) Ainsi, notre faculté, productrice de la morale, n'a besoin d'aucune assistance étrangère ; d'autre part le sentiment moral qui nuit de cette faculté n'existe dans uotre raison que parce qu'il est la représ ntutmn d'une réalité ; il suit de ces deux principes que vous admettez l'absolu de la morale à titra de réalité objective. Ce n'est, certes, pas moi qui vous contesterai l'existence d'un absolu de la morale en tant que réalité objective : mais comment accordez- von i cela ave-- ce que vous avez dit que « vous n'admettez pas l'absolu comme objet d'une eoanaise&noe donnée dans la conscience du genre humain par la Justin? ; ■ «Que voug le niez partout ailleurs que dans la métaphysique » , dans la physique, dans la psychologie, da.is l'éthique, et » surtout dans l'éthique ?u Vous l'admettez, en ce moment, dans la morale, et vous avez raison, (quoique vous transportiez à l'homme ce qui ne convient qu'à Dieu) parce que sans absoln comme réalité objective dans la morale, il n'y a pas de morale ; mais ce n'< st pas à moi de concilier vos deux extrêmes, et comment y purviendrez-vous autrement qu'en admettant, pour terme moyen, ce Dieu même, cet absolu, réalité objective, dont vous ne voulez jamais.

(2) Voilà qui est encore plus formel ; on ne saurait mieux dire qu'il faut, à la monde, plus qu'unO idée, mais une vrare réalité absolue. Et vous avez nié non moins formellement l'absolu comme réalité dans l'etbiiue. Cette réalité, qui est l'absolu puisqu'elle n'a besoin d'aucune assistance étrangère, est selon vous, l'essence même de notre être ; nuis sommes donc l'absolu ; nous sommes <!ouc Dieu même. Est-ce là ce que vous voulez dire ? pourquoi alors avezvous nié Dieu autrement que comm- idée dans la métaphysique ? Mais alors le relatif vous envelopait et vous écrasait, vous le sentiez et vous ne vouliez que du relatif ; aujourd'hui, voulant conserver la morale, il vous faut de l'absolu ; et vous prenez le parti terrible de dire ; Oui, et c'est moi, c'est mon essence même qui est cet absolu, ce soutenant universel. En vérité vous vous êtes encore mieux qualifié que je ne le pensais en vous qualifiant aantitkéiste , puisque, pour ne pas désordre da vntre antithcUme, vous alfrontez les plus formidables contradictions et les aftirmatious les plus désespérées.

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morale ayant sa métaphysique comme toutes les sciences , aboutissant , comme toutes les sciences, à un concept, supérieur, qui est Dieu ou l'absolu, cet absolu ou Dieu se trouve ainsi, de fait, inséparable de la morale. M. L'abbé Le Noir est du nombre des personnes qui ne peuvent parvenir à saisir ce principe de critique universelle, dont la démonstration a fait la gloire de Kant, que l'absolu est donné, comme postulat, dans toute connaissance, mais qu'il ne s'ensuit pas pour cela qu'il puisse devenir lui-même objet de la connaissance (I).

u Nos idées, en eifet, sont de deux espèces : il y a les idées des choses qui apparaissent, et il y a les idées des choses qui n'apparaissent point.

Les premières sont des représentations, qui impliquent que leur objet est directement observable, en sorte que l'on peut toujoursy recourir pour la vérilication même de l'idée ("2).

[1) Je suis du nombie des personnes qui ne peuvent admettre que l'absolu ne soit qu'un postulat, ou un pur idéal sans réalité objective, et je son tiens envers et contre Kant aussi bien qu'envers et contre vous, que votre principe de prétendue critique universelle n'e t qu'un misérable so; bisme, et puisque vous ne voulez pas attaquer mou ralsimnement du début, c'est-à-dire d'il y a vingt ans. je vais le résumer eu quelques phrases qui vont vous due pourquoi je suis du nombre de '-es personnes :

Voire propre eeeenee o'est-elle qu'un postulat, qu'un idéal t Non. Cost une réalité ; roue venez de

le dire, et en le disant vous avez bien dit;

Votre propre ess mee est-e'le L'absolu? Non. C'est un reiatil : en ce qui est d ■ vnin- maiin-re d'en juger, si elle était l'absolu, vous ne pourriez pas prête u Ire que L'absolu n'eat qu'un idéal ; et en ce qui

est du bon sens général, chacun sait bien qu'il n'est ni le soutenant universel,,tii L'éternel principe.

Or, ex pi iq nez-moi comment roue existez, comment vous êtes une réalité objective. Je soutiens que le fait seul de cette réalité objective suppose immédiatement et matbémitiquement la réalité objective de l'absolu; en effet, dire qu'un relatif, en tant qoe réalité objective, puisse exister sans que l'absolu soit, comme lui, une réalité objective existante, servant de point d'attache à sa relation, c'est émettre une contradiction analogue a celle qui consisterait à soutenir qu'on peut être sans être.

Cependant, vo';s êtes bien une réalité existant en soi; donc l'absolu en est une également, sans quoi vous ne pourriez pas ètr ■.

Donc l'absolu n'est pas un simple idéal; votre réalité mi|i|mi-i.' la sienne.

Donc il peut devenir un objet de la connaissance, quel que soit, d'ailleurs, le moyen par lequel on (atteindra.

Quand vous aurez refuté cela, vous aurez le droit ■le parler; jusque la tout ce que vous dites est eu pure perte.

(2) Voila le positivisme matérialiste et sensatio-

Ainsi j 1 ai l'idée d'homme , parce qu'il existe des hommes, dont la vue et la fréquentation m'ont donné l'idée de l'être humain; j'ai l'idée de justice, parce qu'il y a en moi une faculté, instinct ou sentiment de dignité ou de sociabilité, dont l'expérience m'a donné l'idée du juste (1).

Supprimez en moi la justice, supprimez l'homme, je n'ai plus la représentation de rien. C'est pourquoi je dois étudier, sans cesse, d'après le spectacle de l'homme etde la société, la justice et la nature humaine; épurer' etcompléter sans cesse, à l'aide de l'observation, mon idée postérieusement acquise, non pas essayer de refaire L'homme et la société d'après une notion préconçue de l'homme et du droit (2).

» Avec la seconde espèce d'idées, les choses se passent autrement. D'abord elles ne représentent rien ; l'imagination ne les saisit pas; elle > ne peuvent être conçues que par l'entendement, circonstance qui les a fait nommer conceptions (3). Ce qu'elles expriment ne pouvant être observé di-

n'iste en pleine floraison. Mais dites-moi donc, vous qm ne voyez pas de pont entre la métaphysique et la science, malgré le caractère purement métaphysique de tons les axiomes de celle-ci. comment en voyex-voiiH un enire l'idée subjective de la chose observable et la chose elle-même objective ?

C'est ici que Ivant arrive si bien rnirus-r.

(1) Outre que vous einioudez ici la faculté avec le sentiment, qui n'est autre qu'une forme de l'n!ée, vous sorte/ déjà de l'observable pur les -eus, et vous rentrez dans la métaphysique de sens intime qui, dans l'idée du juste, n'est pas moins le métaphysique que L'absolu lui-même n'est l'absolu dans

tontes Les idées générales.

[t] Vous ramenés ici l'homme extérieur, la société, en le mélangeant avec l'homme intérieur, avec lu moi, et vous redevenez ainsi positiviste Beœatiouiste [ r une parue. Je vous répète, ponr

cette parti», Le question kantienne : quel pont existe- t-il entre voire société observable et votre idée prétendue > ultérieurement acquise? Pour moi, je sais logique dans ma série: je dis : mot, relatif, comme réalité, fait seuti ; donc l'absolu comme réalité, principe substantiel nécessaire au relatif pour 'in'il soit relatif; puis j'étudie les rapports de l'absolu au relatif, du relatif à l'absolu, eomme t ut bon philosophe qui étudie les effets dans les causes, et j'arrive ainsi à une not.on développée du droit sur laquelle je juge. Or cette Dation est métaphysique; mais dites-moi donc si la vôtre, quelque Hnii le moyeu par lequel vous y êtes arrivé, ne l'est pas aussi? qu'y a-t-d dephysiquo dans la notion du droit?

(3} Nous venons de voir que votre idée du droit D'est pas autre chose. Que pouirait-ellu être antie chose qu'une conception.

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rectement (1), est, pour nous, malgré l'hypothèse qu'en fait l'entendement, comme s'il n'était pas (2). Ainsi, je forme les concepts de substance, de temps, d'espace, d'esprit, mais je ne puis connaître ce que sont en euxmêmes la substance, le temps, l'espace, l'esprit (3); je forme le concept d'absolu, et bien loin de pouvoir dire ce qu'est en soi L'absolu i ,je prononce, àpriori, que toute chose que je puis observer et connaître en elle-même n'est pas, précisément à cause de cela, l'absolu (5); je forme le concept de Dieu, et bien loin que je poisse m'approcherdeDieu à l'aide de ce concept, je sais et je dis que les mots d-> monstration ou connaissance de Dieu impliquent contradiction (6).

« De là cette conséquence inéluctable, si profondément sentie par M. Babinet, et développée par nous avec tantde soin dans le texte, que l'absolu, étant un postulat de l'entendement pur, et ne pouvant faire l'objet de la

fi'. F,st-ce que le droit et lo juste, comme notion g Dérale i lus ou moins complète, et a quelque degré de 1 1 e i !<*(■: i ' * [ i qu'un i.i prenne, peQVOOt ôtTC

observés directement, plu-* que tontes tes Dotions, métaphysiques telles que celle-ci : Le tont est ptas çraml qu& sa partie? On n'obserce jamais directement à l'aide îles sens pour auxiliaires que sgLftpplîcatioos particulières d'un principe ■■

(2) La généra ité n'est q l'uoe hypothèse de l'entendement ; voilà bien U négaùoa il' 1 L'absolu, comme réalité, qui revient. Mais notre raisonnement reete toujours. Quant au principe général. soit qu'on l'ait reçu directement par intaittoo, soit qu'on y soit monté par l'analyse des particuliers, dès lé qu'on le possède, il est vu directement par l'esprit et pins clairement, dana son absolu, que ne le Boal jamais les applications particulières. Il y a plus; sans sa lumineuse clarté, 'les applications particulières ne lieraient pas perçues. Ce n'est pas lui qui les suppose, ce sont elles qui le supposent. Et il est réellement en substance dans t'ét rnité, de sorte qu'en le voyant noue voyons Dieu.

(3) Qu'importe ? est-ce que vous connaissez mieux en eux-mêmes le droit, In justice, la morale ?

(■t) SnilS pullVilll' illl'i' IV rpi'r-t ri, Sm| i'ubsoln Jo

la murale, vous voua en formez le concept, et n'estce pas a-^sez pour pouvoir affirmer que cet absolu est une réalité, ainsi que vous L'avez ilit en un Heu après avoir dit le contraire dans un autre lieu ? Au

reste si vous ne l'affirmez pas, toute votre morale s'écroule; et il en est île même de tout le reste,

(5) Il est vrai que la chose que vous observez avec les sens, par cela mémo qu elle est observable de cette façon, n'est pas l'absolu; mais, sans que vous puissiez dire ce qu'est en soi l'absolu, il est observable par votre e>pnt; c'est ce que sii'nilb' s'en former le concept.

(6) Démonstration de Dieu, connaissance de Dieu, ne sont pas des muts synonymes; le premier, démonstration, n'a pour objet que L'existence nécessaire; le second, connaissance, peut signifier le

connaissance (1), ne peut à plus forte raison entre*' dans les considérations de la raison pratique (2) ; ce qui signifie que, le concept de Dieu étant formé par le moraliste de la même manière que le concept de matière ou substance est formé par le physicien, Dieu lui-même n'est pour nous qu'un absolu, l'absolu des absolus, et que, par conséquent, malgré la grande figure qu'il fait en métaphysique (3), son intervention ne sert absolument de rien, ne peut-être que dangereuse en morale. (4)

« Dieu peut-il cesser d'être purement et simplement l'absolu, en d'autres termes, Dieu peut-il devenir pour l'homme un conseiller, un juge, un bienfaiteur, etc.? — Non, puisque, s'il cessait d'être l'absolu, par cela même il ne seraitplus Dieu (5). Donc, Dieu appartient à la catégorie des choses qui ne peuvent être ni connues

concept seulement de l'existence en tant que néeessaire, »'tla connaissance de tontes les propriétés 'pii constituent l'essence ; dans le premier sens, il est impliqué dans le mot démonstration ; dans le second, d n'y a aucun rapport, et n'a rien de nécessaire poni ki démonstration. Ou lie contradiction y a-t-il donc entre démonstration et Dieu en tant qu'existant réellement sans être compris ? Ou comprend, d'ailleurs, L'absolu d'autant mieux, et l'on s'en approche aussi d'autant plus, qu'après la démonstration de sa réalité objective, on étudie davantage, par la méditation de l'esprit, son essence et les rapports de son essence avec celle des relatif. C'est pour c"la qu'on est d'autant plus profond moraliste que l'on est plu- profond philosophe théiste*

(1) Il ne peut pas être l'objet d'une connaissance adéquate, de la part du relatif; une telle connaissauce, supposée dans ce dernier, détruirait ou l'absolu ou le relatif: l'absolu si on le dit embrassé tont entier pur le relatif; le relatif si ou le dit embrassant l'absolu tout entier; mais l'absolu, en tant que réalité nécessairement existante et imparfaitement connu par le relatif, peut être l'objet de la connais-ance de celui-ci, et beaucoup mieux, certes, qu'une multitude de vérités scientifiques soit d'observation directe, soit de déduction.

(2) Il y entre, plus qu'aucune antre vérité, puisqu'il est l'absolu de la science morale comme de tontes les sciences.

(3) Et en morale, puisque la morale a sa métaphysique, ou n'est rien.

(4) La série île nos observations conduit précisément à l'afirmation directement contraire.

(5) Ce n'est pas, pour Mien, cesser d'être l'absolu que de « devenir pour L'homme uq conseiller, un juge, un bienfaiteur, etc. » C'est, au contraire, manifester davantage les propriétés de ?"n essence d'absolu; car il ne peut être l'absolu qu'en étant, à la fois, tout ce qui est affirmatif, tout le vrai, tout le bien, tout le beau; et plus il révèle au relatif de vrai, de bien et de beau, plus il développe en bu la connaissance de l'absolu, plus il est son Dieu.

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ni d é montrées (1); donc, si Dieu est j)Our nous hors la science, il doit rester hors la pratique (2); le culte rendu à Dieu est, pouiThonime, le renoncement à sa raison (3), pour la divinité, une déclaration de déchéance (4). Et les faits prouvent la justesse de cette conclusion; tandis que la religion, par la théologie, ses révélations, son culte, fait sortir Dieu de l'absolu, elle l'ait sortir l'homme de la mora-lité (S). >>

Notre discussion n'a pas pu se poursuivre plus loin, puisqu'il y avait cinq ans que Proudhon n'était plus au nombre des vivants quand cette dernière réponse a été publier.

Outre les notes dont nous venons de la charger, nous terminerons,pui8que nous vivons encore, cette vue rétrospective de nos luttes passées, par une observation générale.

Si le lecteur a bien suivi les deux argumentât eurs, il a remarqué que, de notre part, tout est net, clair, formel, positif, et renfermé dans,notre premier morceau où nous démontrons la nécessité de l'absolu comme réalité objective, extrinsèque à nos niées, à toutes nos facultés et à tout notre être; que Proudhonn'attaquepas une seule fois, de front, cette démonstration, mais que eet esprit, délié et glissant comme l'anguille, trouve toujours moyen de s'esquiver et de filera droite ou à gauche, sans avoir peur des contradictions elles-mêmes dans lesquelles il tombe, mais qu'il sait voiler avec un art merveilleux.

C'est qu'il n'y avait pas de réponse

(!) Noua avoue réfute ortte assertion.

(V.) Nous avons réfuté que Dieu suit hors ta science, puisque nous avons établi qu'il est L'absolu substantiel nécessaire comme soutenant, produisant, précédant, etc., tout le relatif et, par conséquent, la science du relatif, relative elle-même ; la conc asi " est qu'il reste également dans la pratique comme premier anneau sans lequel toute la chaîne tombe à néant.

(3) Ce culte est la première déduction de la raison même.

(4) Une déclaration des droits de l'absolu sur tous les relatifs, et des relatifs les uns sur les autres, eu suivant toute l'échelle, sans oublier un seul échelon.

(5) Assertion brutale, mais franche, qui trouve sa réfutation détaillée dans la série des notes qui précédent et sa réfutation sommaire, mathématiquement rigoureuse, dans notre première argumentation, que le lecteur est prié de relire. (Pour toutes les notes de cet article, Le Noir, 1S73).

possible à notre argumentation, que nous avions tout dit au début, et qn'une raison droite n'aurait pas même pensé à établir sur elle une discussion .Que le lecteur relise, ainsi que nous l'en prions dans la dernière note, ce début lui-même, et qu'il cherche s'il reste une issue pour un fuite raisonnée et raisonnable.

Proudhon n'avait qu'une chose ;'t faire, puisqu'il ne voulait pas être athée, puisqu'une telle épithèle était entachée par lui de banalité, c'était de retirer son ancienne phrase : V absolu estime conception nécessairede lu raison, mais siihs réalité, et de devenir théiste avec le genre humain, il a préféré avoir recours à un mot nouveau : Je m nie pas; j'élimine. Quoi!

éliminer ce qui est, à titre d'idée, une condition nécessaire île notre raison, tomme il l'a avoué lui-même, et, a titre de réalité objective, une déduction logique absolue!

Pour nous, qui ne tenions pas, après tout, à maintenir rigoureusement la conséquence de sa propre logique, mais bien plutôt à rrlireravee un empressement bienveillant, la qualification , nous la retirâmes de grand cœur, et laissâmes l'esprit de l'honnête homme dans son labyrinthe ou l'honnêteté du dialecticien ne fut peut-être pas toujours vierge.

La discussion dont nous venons de reproduire les documents rendus publics, a duré quinze ans; cl. l'on a pu remarquer que si, pendant une si longue période, nous avons toujours gardé la position quedous avions prise au début, Proudhon ne recula jamais, non plus, avec iniiis d'une seule ligne surlepoinl capital, qui consistait, ce nous semble, à nier la réalité objective de ['absolu ou au moins à en douter, tout en accordant l'absolu comme nécessaire a noire entendement à titre d'idée pure. Nous ajoutons, m ci? qui concerne la réalité objective : ou au moins àen douter; pourquoi, en effet, s'enveloppe-t-il toujours, sur ce point, de voiles artistiques ? pourquoi ne dit-il jamais franchement: je suis athée? pourquoi dit-il, au contraire, qu'il ne l'est pas et traite-il l'athée de poltron ? Cependant nier la réalité

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objective de l'absolu, le réduire à un

pur idéal sans objet, c'est bien être alliée, ce n'est pas dire avec Voltaire :

Si Dieu n'existait pas il faudrait ['inventer,

c'est dire avec tous les alliées :

L homme, pour sou malheur, inventa Dieu lui-même.

et sur celte obscurité de position, Proudbon n'a jamais, avec nous, reculé non plus ; il ne nous a jamais ni nié ni affirmé Dieu directement et formellement; ce n'était certes pas l'audace devant le public qui lui manquait ; jamais écrivain n'en eut une plus grande. Mais nous avons, au fond, toujours cru que celte audace lui manquait en face de notre argume.t du soutenant, qu'il n'aborda jamais de Iront, et devant sa conscience qui était, pour cri homme lionnète et moral, chose sérieuse. Il était penseur, cherchenr, scrutateur aussi grave qu'on puisse l'être.

On se rappelle, d'ailleurs, que, dans la note que nous finies à son adresse, à la page 177S de nos Droits de la raison dans In fui, note qu'il a eu le temps de méditer puisqu'il n'est mort que cinq années apiès la publication de cet ouvrage, et \ laquelle nous ne trouvons aucune réponse dans ses œa\ res subséquentes dont nous avons eu connaissance, nous disions que ce qui non- paraissait le plus probable sur l'état de cette àme, c'était le scepticisme à l'endroit de la réalité objective de l'absolu.

Or, voici un autre passage que nous trouvons à la page 325 du tome Y, De la justice, etc., Noti setéclaircisst ments, et que nous devons à son honneur de reproduire pour terminer cet article, parce qu'il confirme pleinement ce qu'au fond nous préjugions de sa conscience, et qu'il est beaucoup mieux fait, à tout point de vue, que ce qu'il nous adressait directement ; car, avec nous, en définitive, que fait-il ? il patauge.

« On nous fait l'objection suivante :

— 11 ne nomme pas l'auteur de l'objection. —

« Vous avez déclaré, à plusieurs « reprises, que vous ne niiez pas » l'existence de Dieu. Vous établissez

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» vous-même la persistance, l'innéité, » l'immanence de l'absolu, c'est-à-dire » duprincipe religieux cliez l'bomme.

» Vous avez dit aussi quelque part >> que le catholicisme est la dé- » duction logique, inévitable, l'hu- » inanité et son histoire étant don- » nées, de la notion de l'absolu, ou » de Dieu. Donc vous fournissez vous- » même une base au catholicisme (1).»

« A cette objection, nous ne pouvons toujours répondre que ce que nous répondons plus bas, dans le texte, à M. l'abbé Le Noir.

« Nous ne fournissons aucune base au catholicisme, puisque nous ne lui accordons aucune des réalités(2) qu'il demande ; nous lui laissons seulement un prétexte, ce qui est tout autre chose qu'une base, mais ce qui n'est pas de notre faute.

« Certainement nous ne nions pas l'existence de Dieu, dont nous ne savons positivement rien, mais dont notre esprit se forme naturellement la notion, pas plus que nous ne nions l'espace, le temps, la matière, la vie, et toutes ces choses, à nous inconnues, par lesquelles nous désignons, dans notre langage, l'en-soi des phénomènes, l'absolu (3).

« Pouvons-nous empêcher notre entendement de se former, à la vue de l'univers, le concept de substance ou celui d'infini? Pouvons-nous l'empêcher de se créer des universaux et des catégories? Pouvons-nous lui défendre de se représenter, soit par voie de conception, soit par voie de généralisation, l'univers comme un tout coordonné, animé, gouverné par une puissance immanente qu'il appelle Dieu? Non: ce serait anéantir notre faculté la plus précieuse, et, pour nous empêcher de

(i) Celui qui fait l'objection ne presse pas, comme nous, sou homme sur la réalité objective; c'est moins enibarassant.

(i) It touche, par ce mot, la question de la réalité en soi, mais il dit seulement qu'il ne l'accorde pas, ce qui n'est pas dire qu'il la uie, il la laisse seulement eu question, comme on va le voir tout-àl'Iieure.

(3) C'est dire formellement, cette fois, qu'il ne nie pas la réalité en soi, puisqu'il distingue l'existence de la notion naturelle que l'esprit s'en forme, et qu'il traite Dieu comme l'espace, le temps, la matière, la vie, etc.. choses inconnues, mais qui représentent l'en soi des phénomènes, l'absolu.

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déraisonner sur l'absolu, aveugler eu nous la raison elle-même (i).

« Mais parce que la vue des phénomènes nous fait nécessairement concevoir l'absolu, s'en suit-il epir nous ayons le droit de raisonner de {'absolu lui-même, comme d'une chose donnée dans notre empirisme et dans notre raison pratique? Non encore, mille fois non (2) : eLla preuve, c'est que du moment où nous nous aventurons à. raisonner de l'absolu, nous ne faisons pas autre chose que redire dt lui ce que nous avons recueilli sur les phénomènes dont la généralisation nous l'a fait conee\ oir. Ainsi procède la théologie, elle n'admet pas que le concept d absolu, qui sert aux délinitions de la science, soit par là même pour la raison une limite ; elle prétend s'en faire un point d'appui pour pénétrer au delà; et elle raisonne de lui comme d'une chose d'observation. Après s'être élevée à la notion de Dieu, de l'être infini, éternel, absolu, elle aspire à pénétrer ce que Dieu est en lui-même; elle nous parle de sa sagesse, de sa puissance, de sa providence, de sa trinité, de ses rapports avec nous, comme si elle en savait rien. Que signilie tout cela? C'est que, comme la raison ne sait rien que par observation, et que l'absolu est sa limite, la théologie fait rentrer dans l'absolu même, par une sorte de contrebande, ce que l'observation lui

(i) Ceci n'est plus aussi clair ; il peut n'être question que Je l'absolu idéal ; mais de cette cooeeptioc de l'absolu, si nécessaire à la raison, de cette faculté si précieuse dont la grandeur consiste à s'imposer Dieu à elle-même, n'est-il pas à conclure qu'il faut que Dieu suit somme objet réel? autrement ce serait l'illusion et le mensonge qui constimeraient l'exielb'nce de la raison.

(2; Oui, mille fois oui. C 'minent pourrions-nous séparer de notre empirisme et do notre raison pratique ce qui est essentiel à notre faculté si précieuse de la raison, ce qui en fait l'excellence ? Nous pouvoos dire a priori que nous ne le pouvons pus ; et quant aux conséquences, nous ne dirons qu'une chose, c'est qu'il ne faudra pa> s'égarer dans les déductions ; c'est ainsi qno nous ferons de la bonne pbilosopbie avec la théologie à la main.

Nous ne enivrons plus le contradicteur d.ms tout co qui suit : cela nous mènerait trop lo;n ; les détails dêductifs et d'application demandent des traités. Nous en citons seulement quelque chose pour mettre le lecteur à même d'apprécier la question personnelle dans les motifs qui portaient Proudbou à cet aite philosophique impossible : ICliminadua de l'absolu. \Pour les notes qui précèdent, Le Nom, 1873;.

avait antérieurement donné, avant qu'elle eût formé son concept à'absolu. La théologie nous dit donc que Dieu est père, qu'il a un lils, que ce fils a pris nu corps d'homme ; qu'à eux deux il se sont créé an tiers, l'esprit ; que chacun de ces trois est libre, intelligent, d'une liberté et d'un" intelligence proportionées à sa grandeur, c'est-à-dire infinie; qu'au total, Dieu est Créateur, vivilicateur, c'està-dire qu'il travaille, répare, conserve lemonde son ouvrage:toutes choses qui sont des attributions à la divinité des facultés et opérations de l'homme. N'est-il pas clair que, tandis que la théologie, en raisonnant ainsi de Dieu, l'absolu des absolus, s'imagine faire un pas en avant, entrer dans la sphère de l'invisible, elle rétrograde, et jette pèle-mâle l'absolu et le phénomène, le visible et l'invisible ?

« Quoi ! s'écrie-t-on, vous reconnaissez l'innéité et la persistance de la notion d'absolu, et vous repoussez la religion? Mais c'est cela qui est inconséquent et contradictoire!

« Pauvre raison humaine, qui n'a pas moins de peine à voir son erreur qu'à saisir la vérité!... »

Suit une description très-bien groupée des superstitions sans fin, païennes et autres, auxquelles a servi de germe, selon lui, dans l'esprit humain, dans l'imagination des peuples, l'idée de l'absolu ou l'abus de cette idée, et l'auteur ne manque pas, selon son habitude, d'y mêler, comme il vient déjà de le taire, en le.-s ridiculisant au moyen de formules ail hoc, certaines vérités chrétiennes.

Nous ne disséquons point ces pages comme nous avons fait celles qui s'adressaient à nous directement. Le lecteur en sait as-ez. pour faire cette dissection lui-même. Nous avons seulement voulu en donner assez long de notre champion dans un passage mieux raisonné, comme forme, qu'une multitude d'autres, pour justifier notre croyance définitive, à son sujet, à savoir qu'il est mort comme il avait vécu, dans le scepticisme d'un chercheur qui n'a point trouvé, et qui, en attendant mieux, a fait de L'antithéisme contre les idées que les hommes se font de Dien, à titre de

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déductions qu'ils tirent de l'absolu.

Le Noir.

ELIOT ou ELLIOT (John). (Théol.

Itist. biog. et bibliog.) — (Je protestant célèbre, surnommé Vtxpètre des Indiens de l'Amérique du Nord, lut le premier l'onduleur de la société royale de la propagation de l'Évangile dans la Nouvelle-Angleterre, sous Charles II, société dont le savant Robert Boyle fut le premier président, et qui est devenue très-puissante et très-riche.

Mais Eliot, après qu'il en eut donné l'idée et le plan, alla prêcher les indiens. En liii;:f, i. il publia, dit M.

Fischer de Wildensée, après y avoir travaillé avec un infatigable zèle, à New-Cambridge, une traduction de la Bible dans la langue des natifs de Virginie. En 1670 le nombre des indigènes de la Nouvelle-Angleterre convertis par lui et ses associés s'élevail au-delà de cinq mille. Les quêtes de la Société étaient de plus en plus productives; toutes les parties de ['Angleterre y contribuaient, et, lorsque Robert Boyle mourut, il disposa d'une grande portion de son héritage en l'a\ eùr de la Société, exemple qui fut des lors suivi par un grand nombre de gens riches el distingués. La Société trouva toutefois un obstacle, sur le sol américain Lui-même, de la part des nombreux émigrés qui, persécutés en Angleterre par l'Église épiscopale, avaient cherché et trouvé un refuge en Amérique, Ce ne fut qu'en 1679 que l'évêque de Londres obtint le droit de bâtir dans Boston une église pour le culte épiscopal, droit qui l'ut étendu à toutes les possessions des Anglais dans les Indes occidentales.

« Guillaume III ne se montra pas moins favorable à la Société, lui donna, en 1701, une nouvelle et sage organisation et assura son avenir.

Elle était alors formée de quatrevingt-dix membres choisis parmi les vieillards les plus respectables de l'Église anglicane et du siècle. Les deux archevêques d'Angleterre et l'évêque de Londres en faisaient partie. L'archevêque de Cantorbèry en était le président. La Société obtint le privilège de posséder jusqu'à

2,000 livres sterling de revenus par an, d'avoir un sceau particulier, etc.

Tous ses membres, joints aux évêques et aux prélats d'Angleterre, lui garantirent des revenus annuels, qui, ajoutés aux quêtes générales, la mirent dans une situation financière très-prospère. Une ordonnance royale l'unit à la Société plus récente de la Propagation de la foi, née en 1090, dont le but était de faire élever chrétiennement les enfants pauvres d'Angleterre, de ramener dans la bonne vide ceux qui étaient tombés dans l'erreur, et de répandre l'Évangile parmi les infidèles chez lesquels résidaient des Anglais. Les Sociétés réunies eurent alors pour fin principale d'envoyer à leurs frais des missionnaires dans toutes les possessions anglaises. »

Outre sa traduction de la Bible en la langue indienne de Virginie, Eliot a laissé un livre intitulé : ('1er.

Common-Wealth, Or the Rising Kingdam of i. Ch., 1652. 2 t. in-8.

Le Noir.

ÉLIPAND. Voyez Adoptiens.

ELISABETH, abbesse de Schônao (Théol. hist. biog. etbibUog.) — Cette, bénédictine célèbre par ses révélations et par sa correspondance avec sainte lliidegardc mourut à l'âge de trente-six ans, en I lli.'i, après être entrée dans le couvent de Sclidnau à l'âge de douze ans. « Son frère Egbert, dit SI. Werfer, 1 185), connu comme écrivain et abbé du couvent des Bénédictins de Schônau, qui n'était séparé de celui des femmes que par une rue, rédigea les révélations faites à sa sœur et y joignit ses explications.

Les uns la nomment sainte, les autres bienheureuse. Elle n'a jamais été solennellement canoniséepar le saint- Siége. On attribue à Elisabeth les ouvrages suivants : 1° le Livre des Voies de Dieu, que Tritheim dit être un ouvrage fort beau et fort utile ; — 2° le Livre des 1 1 ,000 Vierges de Cologne ; — 3° Diverses lettres ; — 4° une Lettre à sainte Hildegarde ; — 5° les trois Livres des Révélations adressés à son frère Egbert; — 6° un livre du Sacrement de l'autel; — 7°

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un livre contre les Cathares, également dédié à son frère, qui avait prêché, en qualité de chanoine, à Bonn, contre cette secte.

En lui 3 on publia à Paris une collection de quelques-uns de cesouvrages sous le titre: Liber trium Virorum et trium spiritaalium Virginum (c'est-àdire Hermas, LJguetin et Robert ; Hildegarde, Elisabeth et Mecbtilde).

En 1628 on publia à Cologne les révélations de sainte Elisabeth et de sainte Hildegarde, sous ce titre :

Revelationes ss. Virginum Hildegardis et ElisabethseSchonaugiensisord. Saint.

Bcned.. Colonie?, Agrippinœ, 1028.

Le Noir.

ELISÉE, disciple et successeur d'Elie dans la fonction de prophète, a essuyé, de la part des incrédules, les mêmes reproches que son maître.

Des entants le nommèrent, par dérision, tête chance : Elisée les maudit au nom du Seigneur; deux ours, sortis d'une forêt voisine, dévorèrent ces enfants au nombre de quarantedeux. IV Reg., cap. 2, f 23. On trouve la peine trop rigoureuse pour une faute si légère. 11 parait que Dieu n'en jugea pas de même ; il lui plut de donner un exemple de sévérité dans une terre idolâtre pour faire respecter ses prophètes. Maudire ne signifie pas ici souhaiter du mal, mais en prédire. Voyez Imprécation.

Naaman, officier du roi de Syrie, affligé de la lèpre, vient demander à Elisée sa guérison; il l'obtient en se lavant dans le Jourdain. En témoignant au prophète sa reconnaissance, il lui dit : « Demandez au Seigneur » une grâce pour votre serviteur; » lorsque le roi mon maître ira dans )> le temple de Hemmon, et qu'ap- » puyô sur mon bras il adorera ce » dieu; si je me courbe aussi, que le » Seigneur me le pardonne. » Le prophète lui répond : « Allez en paix. » Ibid., c. 5, f 18. Nos incrédules concluent qu'Elisée a permis à Naaman un acte d'idolâtrie. Il n'en est rien. L'action de se courber pour soutenir le roi, n'était point un acte de religion, ni un signe de culte, mais un service que cet officier devait à son maître. Naaman avait dit à

Elisée : « Votre serviteur n'offrira » plus de sacrilice aux dieux étran- » gers,mais seulement au Seigneur. »

Il ne voulait donc plus être idolâtre.

Voyez la Dissertation sur ce sujet, Bible d'Avignon, t. 4, p. 390.

Bénadab, roi de Syrie, malade, envoie Hazaël avec des présents pour demander à Elisée s'il guérira ; Elisée répond: « Dites-lui qu'il guérira; » mais le Seigneur m'a révélé qu'il

» mourra Dieu me révèle encore

» que vous serez roi de Syrie, et je » déplore d'avance les maux que » vous ferez à mon peuple.» IV Reg.,

C. 8, f 10. De la nu prend Occasion 06 dire qn'Eliséi a voulu tromper le roi de Syrie après avoir reçu ses présents; qu'il a inspiré à Hazaël le dessein de tuer son maître et d'usurper la royauté, comme il le lit en effet.

Maison suppose faussement qu'Elisée accepta les présents : il avait déjà refusé ceux de Naaman. Il ne veut point tromper le roi, mais il prédit la réponse qu'Hazaël ne manquera pas de lui faire. Par quel motif le prophète aurait-il désiré la royauté à un homme qu'il savait devoir être le plus grand ennemi de-- Israélites?

Quand on veut supposer à un homme des intentions criminelles, il faut avoir au moins des raisons probables.

Nous liions dans ['Ecclésiastique, c. i8, f 14. que le corps à'Elisée prophétisa encore après sa mort; c'està-dire que la résurrection d'un mort, opérée par l'attouchemenl de -es os, prouva qu'Elisée était véritablement un prjphète du Seigneur. IV Reg., c. 15, f 21. Bergier.

ÉLOI (S.). [Théol. hist. biog. et biblituj.) — Cet évoque de Noyon, célèbre dans l'histoire de France, naquit à Cadillac en 588 et mourut à l'âge de 71 ans en 050. D'abord élève d'Abbo, maître monnayeur à Limoges, il devint et resta toujours artiste sculpteur; on a encore de lui des reliquaires, des ornements de tombeaux, des châsses. 11 fut sacré, a Noyon en 639, en même temps que Sanit-Ouen, son ami et biographe, à Houen. Encore laïque, il avait provoqué la réunion du concile d'Orléans, et ce fut en qualité d'évèque

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qu'il assista à celui do Chàlonssur-Saône. Ses prédications étaient pleines de simplicité et d'onction.

La Bibliotheca Patrum maxima Lui/d., XII, 300, renferme Itî homélies sous le nom de saint Eloi, mais ces homélies contiennent des parties appartenant à des écrivains postérieurs. On a authentiquement de lui: 1° Scrmo de Certitudine catholiese conversionis, suivant d'autres conversationis, qu'on attribue à tort à saint Augustin dans l'édition de ce Père publiée parles Bénédictins;!; ; 2° une lettre à Didier (2), évoque de Cahors; 3° l'acte de la fondation de l'abbaye de Solignac, rédigé par saint Eloi, dans Mabijlon.

Le Noir.

ÉLOQUENCE (T) ET LE PROGRÈS RELIGIEUX. ( Théol. mut. philos, mor. social, et art.) — Puisque l'article éloquence de nos harmonies est indiqué dans l'article écriture, du même ouvrage, que nous avons cité, nous le reproduirons également ici, en faisant encore observer qu'il ne s'agit que de la liberté de coaclion matérielle laissée aux éloquences par la puissance civile ; car l'Eglise condamne et prohibe devant, les consciences toute éloquence qui s'attaque à sa dogmatique et à sa morale, et en agissant de la sorte ne fait que suivre la Logique de son droit.

« Nous n'entendons, en ce moment, par éloquence que V éloquence parlée, qui est la souche originelle de la littérature, puisqu'elle est la parole elle-même en action, premier langage dont Dieu ait armé l'espèce humaine pour communiquer au dehors son langage intérieur.

« Nous trouvons dans la nature deux classifications des divers genres d'éloquence ; l'une est fondée sur les objets dont elle peut s'occuper, l'autre sur les circonstances dans lesquelles elle peut se produire.

« La classilication des objets de ['éloquence nous paraît être celle-ci :

(1) T. Vl,Append., p. S65.

(2) Epistoîa ad Vesiderium Cadurcensem in Cnnisù Antijiiis Lecl., 1, 646.

intérêts individuels ; intérêts sociaux ; intérêts scientifiques ; intérêts religieux.

« La classification des circonstances modilicatives du genre d'éloquence sont, à notre jugement : le cas de l'entretien; celui de l'enseignement professoral; celui du discours devant la foule des rues; celui du discours devant des juges; celui du discours devant une assemblée représentative; et celui du discours dans les temples.

« Les quatre sortes d'objets que nous avons distingués peuvent être traités dans les diverses circonstances que nous venons d'énumérer ; cependant on doit dire, en général, que l'entretien ou la conversation n'affecte pas d'objet spécial, mais s'occupe également de toutes les matières; que la leçon du professeur a pour objet les questions scientifiques de tous les ordres ; que le discours devant les foules du peuple n'est guère provoqué que par les questions politiques, sociales ou religieuses; que le discours devant les juges, s'occupe surtout des intérêts des particulières ; que celui qui s'adresse aux assemblées représentatives, peut s'étendre aux mêmes questions que celui de la rue ; et qu'enfin le discours dans les temples se borne exclusivement aux matières religieuses dogmatiques et morales.

« Tous ces genres à' éloquence sont dans la nature, et enfants de Dieu ; ils sont les fruits de son art infini, descendu des cieux pour établir un de ses ateliers parmi nous. Semblable au peintre qui fait ses tableaux à l'image de son génie, et qui est un, et cependant leur donne à chacun son caractère propre, Dieu fait toutes ces éloquences à son image, en les variant entre elles et entre les individus qui leur servent d'incarnation humaine.

C'est ainsi qu'il donne à l'un la vocation et le besoin de la conversation familière et de ses charmes; qu'il crée l'autre pour le professorat ; qu'il souffle dans la veine de celui-ci les ardeurs du tribun, qu'il fait naître celui-là pour les dévouements et les luttes du barreau; qu'il eu pousse d'autres aux agitations des parlements; et d'autres enfin aux majes-

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tueuses et saintes missions de la chaire sacrée. Et il ne se contente pas de classer de la sorte ses impulsions, il diversifie, même, les dons qui leur correspondent, dans chacun des genres, avec une telle richesse qu'ils no se ressemblent entre eux qu'en la manière dont se ressemblent les sujets différents d'une même race.

« Que la religion ait besoin de toutes lesespèces d'étoquence que présente la nature, en tant qu'elles s'occupent directement de sa propagation, c'est ce qu'il est inutile de faire ressortir. Saint Paul a dit : fidcs ex auditu, {Rom. x, 7) et l'histoire ecclésiastique n'est qu'un précis des merveilles sans nombre dont ces deux mots sont la complète synthèse. La parole sous toutes ses formes, dans tous ses costumes, avec toutes ses explosions, voilà le grand opérateur de la conversion de l'univers à la religion de Jésus.

« Mais ce qu'il ne sera pas inutile de faire comprendre avec un peu plus de détail, c'est l'utilité de toutes les éloquences et, par conséquent, de leur liberté, pour le progrès religieux bien compris, ainsi que l'utilité du progrès religieux lui-même pour aider les éloquences à conquérir le libre mouvement, lors même qu'on les envisage dans leur mission purement humaine.

« D'abord si Dieu m'a fait tribun ou professeur par nature, homme de conversation, ou orateur d'assemblée, avocat des malheureux ou prédicateur des vérités universelles, de quel droit un homme ou plusieurs hommes, un Nemrod ou une Babylone, viendront-ils me paralyser dans l'accomplissement des volontés de Dieu sur moi? De quel droit se mettront-ils en travers de ma vocation? Comment oseront-ils établir autour de moi, pour me rendre immobile, une atmosphère semblable à celle de la plus sombre des dix plaies d'Egypte? S'ils ont reçu la verge de Moïse, qu'ils le prouvent, sinon, ils ne peuvent être que des éteignoirs sataniques , ouverts pour un jour, sur le soleil de Dieu.

« On dira que Dieu n'a pas seulement fait l'individu avec des forces et des devoirs, mais aussi la société avec des droits de compression contre

les abus? Oh ! sans doute, l'abus consommé doit être repris lorsqu'il est clair pour tous qu'il n'y a pas accomplissement d'une mission sacrée, mais atteinte criminelle à la majesté humaine; est-ce là ce qu'on accuse?...

Il s'agit des circonstances trop communes où tout est immobilisé par précautions prétendues ; ces précautions antécédentes sont des crimes semblables à celui d'un père qui tuerait son fils au sortir du sein maternel, par peur qu'il ne devienne un scélérat. Toute cité OÙ les éloquences de tous les ordres, de tous les degrés, et de tous les objets, ne se remuent pas librement au soleil, est une Médée qui étouffe ses (ils. C'est, de plus, une eau stagnante en voie de putréfaction, à moins que le jour qui passe ne soit une heure de fatigue après la tourmente, de repos avant le combat. C'est aussi l'ange rebelle qui forge, malgré Dieu, pour sa famille, les fers de la déchéance.

« On dira que la société, ou la force qui la représente plus ou moins, est aussi de. Dieu, et que l'accuser, c'est accuser Dieu même à un autre point de vue. Réponse perfide, dont se couvre toujours l'œuvre diabolique; ces compressions entrent dans l'évolution providentielle comme le mal dans les causes secondes d'où l'éternelle sagesse tire ses dernières fins ; l'intelli-.

genee divine en les manœuvrant, telles que l'homme les pose, pour amener le bien, est bonne à l'excès; mais l'homme, en commençant par la révolte contre les droits et l'accomplissement des devoirs, est infâme, et ne cessera pas de l'être.

« Cela posé irrévocablement, venons au point qui nous intéresse. Le progrès religieux est intimement lié au libre développement de toutes les éloquences, et le libre développement de toutes les éloquences au progrès religieux; nous l'avons dit et nous le maintenons plutôt comme affirmation que comme thèse en règle, attendu que notre cadre se ferme et nous impose dorénavant une concision excessive.

« La religion se lie à tout par ses racines, ses rameaux, ses fruits; on peut la séparer, dans la loi, de l'ordre

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humain, on le doit même sous peine de s'arroger le bien d'autrui ; mais dans le fait pratique, la séparation est impossible ; elle s'adresse à la conscience pour lui rappeler les droits des autres et lui crier ses devoirs; or, ces droits et ces devoirs de conscience naissent de ton tes les matières ; il n'y a pas une action dans la vie qui n'ait sa règle morale, qui ne soit criminelle ou vertueuse ; les intérêts particuliers, les intérêts sociaux, les intérêts religieux, les intérêts scientifiques eux-mêmes donnent naissance à des droits età des devoirs; c'estla religion qui en est la Législatrice et le Mentor devant la conscience; elle se glisse, d'ailleurs, dans le discours, sous toutes les apparences et tous les prétextes; elle profite, comme l'électricité, de tous les conducteurs ; elle est plus subtile que l'éclair, plus habile que Protée, afin de s'infiltrer partout pour sain elles 'unes ; et presque toujours elle est d'autant plus heureuse dans les résultats qu'elle a moins paru dans le travail. La religion ressemble à la science qui s'apprend par analyse et se fait par synthèse ; dans la méthode analytique qu'elle pratique sans cesse, elle se dédouble, se réduit en parcelles si petites, se mélange tellement avec les choses de la terre, que souvent on cesse de la voir ; mais c'est alors qu'elle agit au fond de l'être avec le plus de séduction et de puissance; elle ne s'épanouit, au grand jour, dans sa majestueuse et voyante synthèse que pour les yeux déjà conquis; ceux qui ont besoin d'être attirés par elle ressemblent aux élèves à qui le maille fait voir les exemples concrets, au sein desquels régnent, inaperçues d'abord, les vérités générales, et qu'il conduit ainsi pas à pas au sommet de la montagne ou s'épanouissent, lumineuses, dans une transfiguration qui n'est que la réalité divine, les abstractions uni\ erselles, les généralités synthétiques, points de vue culminants d'où l'on embrasse, d'un regard enchanté, les circuits parcourus.

«C'estainsi que la religion procède; et pour appliquer sa méthode, il faut que toutes les voies lui soient ouvertes.

Mais comment seront-elles à sa

disposition si elles ne sont pas libres à tout venant, si l'on demande un passeport à l'entrée? Nous supposerons, si cela vous plait, que la religion seule ne sera pas assujettie au règlement; mais, insensé! Vous ne voyez donc pas que la contradiction vous enlace ! la religion libre par privilège!

elle est connue dès lors, et obligée de se faire connaître, elle ne joue plus son rôle; vous la paralysez dans ses métamorphoses ; vous lui défendez les travestissements; vous l'arrêtez au passage lorsqu'elle va entrer sous le costume, l'individu, la voix en qui elle a mis ses espérances de salut pour le monde! et que va-t-il arrirer pour comble de malheur? elle serajalousée, bannie, méprisée comme tout favori de la puissance terrestre.

Vous l'aurez donc tuée à la fois dans ses deux ministères, dans celui de sa prédication divine, et dans celui, mille t'ois plus précieux pour elle eu vue de la réussite , de son insinuation sous la parole humaine.

« Oui! la liberté de toutes les éloquences, voilà la sauvegarde du progrès religieux. .Non pas qu'il s'arrête court sous les autres régimes, ce que Dieu pousse va toujours ; et celui à qui il a dit: va, ne s'arrête point.

Mais la marche est plus lente, et le monde souffre plus longtemps de sa misère.

« 11 y aura lutte, dites-vous, lutte bruyante, et savez-vous le nom du vainqueur? Oui, nous le savons, nous autres hommes de foi ; nous lisons dans l'avenir ce nom écrit en caractères aussi gros que dans le passé ; une voix sortit un jour des lèvres d'un homme condamné par la justice des hommes pour avoir abusé de la parole, et cette voix alla imprimer ce nom, en lettres de feu, sur les colonnes d'Hercule de l'humanité à venir : lisez

« Oui, il y aura lutte d'intelligence et de parole, lutte de discussion, dans l'entretien de la rue et du foyer, dans les amphithéâtres de l'enseignement, à la tribune, au barreau, dans les temples, dans les cercles et devant les foules sous le ciel; lutte de l'erreur avec la vérité, du mal avec le bien, de l'injustice avec la justice;

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et c'est de cette lutte que sortira la grande victoire de Dieu.

« Que fait la vie, quand le mouvement lui est interdit ? elle singe la mort; et quand elle singe la mort, que fait le monde ? il meurt. Les esprits se matérialisent ; les cœurs n'aiment ni ne haïssent; les intelligences s'atî'aissent ; les idées s'évanouissent; les talents s'endorment ; les yeux s'allanguissent; les corps s'obèsent ; l'indifférence aux questions vitales étend son règne ; l'amour sensuel s'empare de L'être humain; tout devient silence , maladie . langueur , ruine; et la religion voilée, assise comme Jérêmie sur des décombres, crie à Dieu dans ses pleurs : As- lu créé ta tille pour la cité des morts ?. . . .

« Oui, répondra celui qui veille sur l'humanité, pour la cité des morts, atin que tu la sauves et lui rendes la vie. Va réveiller toutes les éloquences.

« C'est alors que la religion, reprenant son allure, rend à la Liberté de la parole tout ce que cette liberté avait fait ou voulu faire pour elle.

Elle se revêt d'audace, court sus aux prétoriens, livre, ses soldats aux bourreaux, agite ses bannières, et parle, malgré les Césars , avec toutes ses voix. La discussion renaît, et, exalté,' par la vue du sang, devient assez forte pour briser ses entraves; {'éloquence vibre au loin ses colères; le prédicateur est tribun; le tribun, s'il le faut, est soldai ou martyr ; tout devient occasion de parler haut et fort; les objets se confondent; les intérêts divers se mélangent ; ceux oui, plus tard, se montreront athlètes de partis différents paraissent aujourd'hui compagnons ; c'est la vie commune, universelle, formée de toutes les vies particulières, la vie de la liberté qui s'est insurgée contre la tombe. Tout change , tout s'anime, tout se croise dans l'espace ; la religion a sauvé ['éloquence, s'est sauvée avecelle, et les deux sœurs vont maintenant travailler librement à délivrer le monde de tous ses esclavages.

« Nous venons de tracer, dans ce peu de phrases, l'histoire passée et future du progrès catholique etde l'éloquence.

« Au reste, tout concourt, dans l'enchaînement des événements humains,

aux fins de la providence; la tyrannie elle-même et la persécution sont souvent nécessaires pour le double progrès de l'éloquence et de la religion :

l'une et l'autre sont alors obligées de s'élever avec violence contre les obstacles, et ces obstacles sont, pour elle, l'occasion d'un sublime qui n'aurait point surgi dans L'humanité si la liberté n'avait pas eu besoin d'être conquise. Citons-en un exemple pour clore cet article :

« Chrysostome est élu, par le peuple et le clergé, patriarche de Constantinople. 11 trouve, dans la grande ville, une cour efféminée, qui donne l'exemple des vices et de tous les luxes de l'Aiie. 11 tonne chaque jouicontre les abus ; pendant que l'empereur, fuyant devant Alarie, est réfugié dans Sainte-Sophie, il assemble la foule, pour lui crier : Vanité des i anités ! [Eccle. i, 2) et la repaître d'allusions terribles contre ses voluptueux tyran--; il est sans pitié pour les maîtres le jour même où l'humiliation les écrase, lui dont le cœur saigne pour l'humanité. Il poursuit sans relâche sa mission, mêlant l'habileté à L'énergie; ou veut l'arrêter ; la cour est furieuse; la reine Eudoxie n'en peut plus de colère ; elle organise une ligue coutre Chrysostome; alors sa véhémence monte comme l'orage, il brave tout :

« Que puis-je craindre, dit-il à » tout le. peuple? serait-ce la mort?

» mais vous savez que le Christ est » ma vie el que je gagnerais à mourir.

» Serait-ce 1 exil? mais la terre dans » toute son étendue est au Seigneur.

» Serait-ce la perte des biens? mais » nous n'avons rien apporté dans ce » monde et nous n'eu pouvons rien ,i emporter. Ainsi toutes les terreurs » du momie sont méprisables à mes » yeux, et je me ris de tous ses biens ; » je ne crains pas la pauvreté, je ne » souhaite pas la richesse, je ne îe- » doute pas la mort, et je ne veux » vivre que pour le progrès de vos » âmes.

« Mais vous savez, mes amis, la » vraie cause de ma perte; c'est que » je n'ai point tendu ma demeure » de riches tapisseries; c'est que je u n'ai point revêtu des babils d'or et

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» de soie; c'est que je n'ai point flatté » la mollesse et la sensualité de cer- » tainesgens. Il reste encore quelque » chose de la race de Jézabel, et la » grâce combat encore pour Elie.

» llérodiade demande encore uni! fois » la tète de Jean, et pour cette infamie » elle danse ! »

« Pendant qu'il parle de la sorte, Théophile, patriarche, d'Alexandrie, tient contre lui un concile à Constantinople. On l'enlève de nuit, on le jette sur un navire. Mais le peuple exalté s'insurge et h' redemande avec menaces. Eudoxie effrayée le rappelle en hâte, et les pères du conciliabule prennent la fuite. Il rentre aux acclamations de la foule, et dit ces simples mots :

« Les situations sont différentes ; » l'hymne de reconnaissance est le » même : exilé, je bénissais; revenu » de l'exil, je bénis encore. L'hiver et 11 l'été ont une même lin, la fertilité » de la terre. Béni soit Dieu qui a » déchaîné l'orage ; béni soit Dieu » qui l'a calmé ! »

« Il ajoute qu'il n'y a qu'un vainqueur, le peuple ; et il reprend avec la même indépendance sa mission de chrétien réformateur. 11 a conquis, pourun temps, la liberté de la religion et de la parole, et, pour la conquérir, son éloquence a donné au monde un de ces sublimes exemples qui restent, dans l'avenir moral de l'humanité, graines immortelles éternellement fécondes. » (harho.nies, col. 420.) Le Noir.

ÉLOQUENCE (1') EFFICACE. (Théol.

rnixt. philos, art. etlittàr.) — Il y a deux méthodes d'éloquence : celle d'exclusion, et celle d'inclusion. Par la première, on éloigne la doctrine que l'on attaque en la présentant par ses mauvais points de vue, et l'on affecte de montrer celle que l'on défend sous ses rapports exclusifs de l'autre. Par la seconde, on fait l'inverse ; on attire à soi la doctrine adverse, en la prenant par ses bons aspects, on l'introduit dans celle que l'on défend, on la fait, autant que possible, identique avec elle, et l'on élargit celle-ci jusqu'à l'embrasser, jusqu'à l'inclure. Ou conçoit qu'avec

une telle méthode, la conquête se fasse, puisqu'elle est une assimilation, tandis qu'avec l'autre vous ne ferez jamais qu'un vaincu malgré lui, qui pourra porter plus ou moins hypocritement sa chaîne , mais qui épiera sans cesse le moment d'une insurrection nouvelle. Il en est des doctrines vaincues comme des nationalités asservies; elles se révoltent quand elles le peuvent : et elles ne sont réellement soumises que quand elles sont assimilées. C'est l'éloquence d'inclusion qui assimile; l'éloquence d'exclusion ne fait que terrasser. La première seule est efficace.

Saint Paul en a laissé un modèle h tous les prédicateurs et propagandistes chrétiens, qu'ils semblent n'avoir pas encore compris; sans aller plus loin, Bergiernous le prouve luimême à toute occasion, dans la guerre continuelle qu'il fait aux philosophes et aux hérétiques; aussi n'en a-t-il ni- convaincu ni ramené un seul à lui, que nous sachions, et son éloquence n'en ramenera-t-elle aucun. Espérons que celle de saint Paul, qui est l'éloquence opposée, finira par prévaloir : de ce jour le Christianisme aura réellement vaincu, parce qu'il aura, comme Jésus, attiré tout à lui.

Étudions cet exemple donné par saint Paul à l'origine même du Christianisme....

Hélas ! il y a vingt ans, nous le proposions au clergé français ; et la réponse du clergé français fut un

glacial silence qu'est-il arrivé?

la nation lettrée, s'éloignant, de plus en plus, des rives fréquentées par l'éloquence ecclésiastique à la mode, s'est jetée dans l'athéisme. Proposonslui de nouveau, dans les mêmes termes, cet exemple du grand Apôtre... qui sait? Dieu nous accordera peut-être, cette fois, d'être écouté et d'être compris...

« Paul accusé, à Thessalonique, de soulever le peuple contre César, après troisjoursde discussions dans la synagogue, fut obligé de fuir à Beroée. A la nouvelle des conversions que Dieu opérait, par lui, dans cette ville, les Juifs de Thessalonique y accoururent

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et, usant de la même accusation, soulevèrent contre l'Apôtre une sédition qui détermina les frères à l'envoyer, en toute hâte, du côté de la mer.

« Il poursuivit sa route jusqu'à Athènes, la cité des philosophes, des littérateurs, des artistes, et s'y arrêta en attendant Silas et Timothée, qui devaient l'y rejoindre, pour l'accompagner ensuite à Corinthe, où il devait, tout en exerçant son métier de fabricant de tentes en qualité d'ouvrier chez le juif Aquilas, soutenir la discussion théologique dans les assemblées.

« Pendant son séjour à Athènes, son esprit travaillait en lui, dit l'historien ; voyant la aille livrée à l'idolâtrie, il disputait donc, dans la synagogue, avec les Juifs et les hommes servant Dieu, < t, tous les jours, dans l'agora (c'était le forum d'Athènes) arec ceux qui s'y trouvait nt.

« Or quelques philosophes épicuriens et stoïciens discouraient avec lui, et quelqut s-uns disait nt : Que 1 1 ut dirt << semt ur de paroles ? et d'autres : Il parait annonct r dt s dieux nouveaux.

Il leur annonçait Jésus et la résurrection.

« L'ayant pris, il* le conduisirent dt vont l'aréopage, disait: Pouvons-nous Mo oj'r quelle est cette nouvelle doctrim dont tu discours '.'eue tu dis certaines choses neuves pour uns oreilles, et nous voudrions savoir ce qu'elles peuvent être

« Or Paul, debout devant l'aréopage, dit: [Act. xvn, 16-22).

« Avant de citer le sermon de l'apôtre-philosophe, en y joignant nos observations, comprenons bien la situation de l'orateur.

« Il est dans Athènes, la métropole des lettres et la ville qui a fait boire à Socrate la ciguë pour avoir ri de ses sottes idoles. 11 est dans l'aréopage, l'Académie des savants, le cercle des disciples de Platon le divin, le rêveur de la beauté infinie ; d'Aristote le logicien, l'argumentateur de la cause; de Zenon le chaste, l'amant de la vertu pour elle-même; d'Epicure aussi, meilleur en pratique qu'en théorie; et de tant d'autres dont les statues sont, au fond, les seules idoles de l'aréopage. Voilà où est Paul, et il a

en pensée de leur faire accepter le culte d'un Juif inconnu, qui vient d'être crucilié de l'autre côté de la grande mer.

« Etudions maintenantsondiscours:

« Hommes athéniens, jevous vois en tout reliijirii.r jD'csqiir il l'excès « quasi superstitiosiores. » (Ibid.)

« Voilà un début qui donne à rétléchir. Ces philosophes, ces esprits forts sonl religieux jusqu'à un point qui approche de la superstition ! Il est

vrai que l'orateur ajoute un grand

diminutif, quasi: ce n'est qu'une apparence, et, sans cette modification, il eût été moins habile et moins juste; mais enfin il dit le mol, trop religieux. ( >r, c'esl déjà leur donner raison contre la foule; c'est leur adresser un reproche qui Les flatte; c'est leur dire qu'ils ne sont pas encore assez philosophes, assez esprits torts ; c'est abonder dans leur sens ; c'est faire avec eus delà philosophie ; c'est glorifier Socrate ! Continuons :

« Car, passant, et voyant vossimulacres, foi trou\ è an autt l où il est t crit : « Au \)i< a met, mat '. ■■ il ce que

vous adorez sans le connaître, je vous Vannonct , moi. Act. svii, 23. )

c. Les simulacres que Paul avait vus n'étaient pas ceux des philosophes, il le savait bien, c'étaient ceux de la foule; mais il doit poursuivre sa pensée san^ faire la distinction, d'abord pour g ses esprits élevés ne puissent le soupçonner de vouloir les surprendre avec adresse; ensuite pour les ménager devant le publie; enfin parce qu'il sait qu'au fond de leur

àme, il> vont se trouver d'accord avec.

lui. D'ailleurs, il ne s'arrête qu'au dieu inconnu ; or, ce dieu peut être tout ce qu'on voudra, aussi bien celui delà philosophie, celui des Pythagore, des Platon, des Zenon, des Aristote, qu'un des dieux du peuple. Admirez son empressement à interpréter cette parole vague: Ignoto "Deo, dans le bon sens plutôt que dans le mauvais; plutôt dans bi sens du Dieu rationnel et véritable que dans relui d'uneidole comme les autres (1). On a dit, d'un

(1) Les archéologues ont prétendu 'juo l'autel auquel Paul taisait allusion ne portait pas, en inscription, [omoto Iti'.o, au singulier, mais ; dus ignotis et panKGRiNts, au pluriel. S'ils ont raisoû,

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autre côté, sur la place publique, qu'il vient prêcher des dieux nouve mx ; le dieu qu'il prêche n'est pas si nouveau puisqu'il lui trouve un autel au Panthéon; et nous allons voir par la suite du discours que, si ce dieu est inconnu aux sages de la Grèce, ce n'est pas à son titre de dieu éternel, mais à celui d'incarné dans l'homme ressuscité desmorts. — Suivons Paul continuant son système de prédication appropriée au cercle lettré qui l'écoute :

» t"rst le Dit a qui n fait le monde et tout ce qui est dans le monde ; celui-là étant le Seigneur du ciel et de la terre, n' habit i pas en il' s temples faits de la main des homnu s. [Ibiai, ï't. )

« Quelle hardiesse philosophique !

pour les Juifs eux-mêmes, le vrai Dieu habite au temple de Jérusalem; poulies samaritains, c'est à Garizim. Il n'y a que pour les Pythagore, les Socrate, les Platon, lesAristote, pour les prophètes de Judée, pour les Lao- Tseu, les Bouddha, les Viaça, les Krichna, les Zoroastre que Dieu n'habite pas plus 1rs temples faits de la main des hommes que toutes ses œuvres ; l'univers, l'espace et le temps sont la maison qu'il contient ri remplit.

C'est la philosophie la plus élevée, la philosophie spiritualité que saint Paul expose devant des philosophes qui appartiennent, pour un grand nombre au moins, à cette philosophie. Concession la plus large possiblr, car il aurait pu dire autre chose, par exemple, diriger sa parole contre la paitie errolirr des doctrines areo-

pagites : il s'en garde bien, il saisit le bon coté de l'enseignement philosophique et s'en empare; ce n'est pas tout :

ci // n'est point honoré parles mains

humaines, comme s'il avait besoin de quelqu'un, lui om donne a tous lu vie, et l'inspiration à toutes choses. (Ibid., 25.)

« Lespiritualismesedéveloppe;c est maintenant l'adoration en esprit et en

ce n'est qu'un motif do plus pour admirer l'adresse de l'orateur ; dansée cas, il am^ne lia 1 ilemetit le singulier qui esl compris dans le pluriel, et lixe la pensée des auditeurs sur l'unité du Dieu dont il veut parler, et qui va être celui des Platon et des Socrate. Lb Noir, 1873.

vérité ; tout ce qui est matériel, Paul le jette à l'écart, ne gardant que ce qui convient aux esprits forts. 11 y a même, dans son langage, un ton absolu, qu'on pourrait prendre pour exagéré, en tant qu'exclusif du culte extérieur, et qui est de nature àplaire aux épicuriens qui ['écoutent. Il a soin de s'approprier ce qu'il peut y avoir de vrai dans leur doctrine, de le tourner dans le sens raisonnable de la grandeur de Dieu qui n'a pas besoin de nous, et de lancer, en même temps, ces belles paroles qui disent implicitement que nous lui devons l'adoration, » la prière, l'action de grâces : lui qui donne à tous la vie. et ? inspiration ii toutes choses!

« Voici plus encore :

« Il a fait, d'un seul, toute la race des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, déterminant l'ordre des saisons, et les limites deleur demeure; et pour chercher bien, si peut-être ils V atteignent comme à tâtons, et le trouvent. (Ibid., 26, 27.)

« Dieu a mis les hommes sur la terre pour chercher Dieu, et pour le trouver par le tâtonnement! Quoi! grand apôtre, vousosez a lier jusque-là ! vous ne craignez pas que, dans la suite des âges, on vous traite de rationaliste ! vous dites à des philosophes dont le génie travaille, imagine, construit, scrute le mystère de l'être, depuis si longtemps, pour trouver Dieu, dont la raison tâtonne en effet, dans les ténèbres païennes, pour le découvrir, et l'a découvert plus ou moins, que c'est bien dans ce but qu'il les a mis sur la terre ! d'où ils concilieront qu'il les approuve. Vous dites même assez clairement par ces mots, que la raison à tâtons, et, par conséquent, sans la révélation et la transmission traditionnelle qui serait, la lumière, doit chercher et trouvera quelque chose de Dieu. Merci, grand apôtre, de justifier si bien, à l'avance, notre théologie philosophique !

« Paul se fait donc rationaliste devant ceux qui le sont, et il n'a pas de peine, car qui le fut jamais plus que lui (l). Or n'oublions pas de remar-

(I) [I e s t inutile de faire observer que nous pr nons ici le mot rationaliste daos sou sens étymologique.

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qner la précaution qu'il prend de notilier, parmi les destinées que Dieu nous a faites, précisément celle dans l'accomplissement de laquelle se reconnaîtront les sages d'Athènes, celle qui consiste à chercher Dieu : Quxrere Deum,si forte attrectent eum, aut inventant. [Act. xvu, 27.) Le mot forte, le mot attrectent, dont le grec correspondant signifie palper à tâtons, et le mot inventant, marquent bien qu'il s'agit de la raison naturelle dans son travail isolé, philosophique, semblable à celui des Socrate et des Platon. — Paul continue :

« Quoiqu'une soit pas loin de chacun de nous ; car en lui-même nous vivons, nous sommes mus et nous sommes.

{Ibid., 28.)

« Les stoïciens, auxquels il parlait, étaient plus ou moins panthéistes ; ils se représentaiant Dieu comme l'âme de l'univers, et comme formant, avec l'univers, un tout analogue à celui que forme l'âme do l'homme avec son corps. Paul saisit avec naturel ce qu'il y a de bon dans ce panthéisme des stoïciens, se l'approprie, et a soin de le signaler d'une manière explicite. On dira qu'il 'ne fait qu'exposer la philosophie évangélique ; cela est vrai; mais qui l'obligeait à s'appesantir sur ce côté plutôt que sur un autre? parlera-t-il de même quand il sera dans une synagogue '? là, il rappellera les prophéties des livres hébreux. Nous sommes donc dans le vrai en l'interprétant de manière à lui supposer des intentions relatives à la circonstance.

Oui, par ces belles, profondes, philosophiques paroles : Il n'est pas loin de chacun de nous, car en lui nous vivons, nous sommes mus, et nous sommes, il exprime à dessein, devant des panthéistes, un panthéisme chrétien et raisonnable. Il définit Dieu le contenant de notre être, le ressort de notre mouvemeut, le foyer radical de notre vie ; c'est la méthode de concordance et la tolérance de l'orateur, telle que nous la comprenons, se produisant dans toiite son ampleur et dans toute sa richesse. Poursuivons :

« Et comme l'ont dit quelques-uns de vos poètes : nous sommes une gé-

nération (1) de lui-même. (Ibid.) Saint Paul no manquera pas à la citation profane, et il choisira le terme le plus énergique dont se soient servis les philosophes pour nous relier à Dieu d'une manière intime ; genus, fivoç, ipsius. Ce n'est pas là nous donner l'exemple du mépris des grands hommes et des livres des familles étrangères que nous voulons conduire à l'unité de la foi. Aucun nom propre, d'ailleurs, ne sortira de sa bouche, pas même celui de Platon; il doit éviter de déplaire aux uns en paraissant faire secte avec les autres, car ceux qui ['écoutent ne sont pas tous de la même école; et n'y a-t-il pas du bon et du vrai dans buis les systèmes, chacun ayant développé son point de vue? Cette citation prouve encore que, s'il a qualifié le Dieu véritable d'inconnu, il l'a fait en le considérant dans son incarnation comme Christ, mystère qu'il va linir par leur annoncer et qui est, en etl'et, pour les Athénien^, chose inconnue, puisqu'ils n'ont pas encore pensé au Galiléen. Il reprend en s'appropriant la définition d'Aratus :

« Etant donc une génération de Dieu, nous ne devons point estimer que le divin (divinum, la chose divine, la nature divine) soit semblable à l'or ou à l'argent ou u la pierre, sculpture </l'art et de la pensée di l'homme. [Ibid., 10.)

« Ici, c'est l'argument, la déduction pour les dialecticiens, la logique rationnelle; si nous sommes la génération de Dieu, la lignée de Dieu, nous sommes son image, comme l'enfant est l'image du père; et, par conséquent, le type de cette image, le principe de cette génération ne peut pas être semblable à l'or, à L'argent, à la pierre, aux sculptures de l'art et du génie de l'homme. Il est semblable à l'homme ( ne confondez pas [a. simili* tude qui n'est que la ressemblance, avec Vénalité ), mais il n'est pas semblable à l'œuvre de l'homme. C'est aussi la marque de bienveillance accordée à eenx-mèmesqui se représen-

(1) Cflst I» 1 mot qui nous parnlt rendra le mi^nx l'idée de gémis. 11 tant se garder tle I" pre dre dams le sena île la génération du Verbe,

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taient Dieu comme un homme, aux anlhropomorpliistes,dont la philosophie, quoique inférieure à toute autre, n'est pas sans présenter quelque coté vrai, et même facile à saisir pour qui connaît la cosmogonie de Moïse : donc esprit de réduction des systèmes philosophiques à L'unité vraie par épuration et harmonisme, afin d'en faire jaillir la vérité chrétienne, que l'Apôtre a tout entière dans sa grande âme, et qu'il veut faire germer petit à petit dans celle de- aréopagites.

» Et Dieu, prenant en pitié les temps de celle ignorance, annonce maintt nant uii.i hommes que tous, en tous Veux, fassent pénitence ; car il a fixé le jour auquel U doU jugt r le monde, dans l'équité, par l'homme en qui il l'a résolu, fournissant la foi à tous, en le ressuscitant >/< s morts. | Ibid., 30 .

« Deux choses sonl principalement à observer dan- cei te conclusion ; la manière dont Paul qualifie l'état des Athéniens, el la manière dont il aboutit a annoncer le Christ.

« Il \ Lent de parler de l'idolâtrie, en la réfutant par le témoignage des philosophes et des poètes, et, saisisgant le moment, il dit aussitôt, que Di< n a pris en pitù les temps de cettt ignorance ; c'est-à-dire de cette idolâtrie, qui est une ignorance pratique de la haute philosophie qu'il a exposée. Or il n'y a rien, dans ce mot, qui puisse choquer les esprits forts i qui il s'adresse ; il les Qatte, an con- .

traire, en leur parlant d'un sentiment qui est en Dieu, et qui est aussi chez plusieurs d'entre eux, à la vue des superstitions populaires ; c'est encore une glorification indirecte de Socrate. Remarquons aussi qu'il ne signale pas la ville d'Athènes, en particulier; il dit en général, /• s temps de cette ignorance, pour tous les lieux du monde où elle existe. L'esprit de tolérance et de conciliation doctrinale ne B'estpas démenti un seul instant.

«Mais il faut qu'il annonce le Christ; voilà le difficile. Ce n'est plus de la philosophie, c'est de la révélation, c'est l'ordre surnaturel de la rédemption qui va se montrer ; comment faire pour ne pas éloigner de saprédication les esprits forts?

« Ici Paul devient plus hardi que

jamais dans son rationalisme chrétien. C'est d'abord par une déduction philosophique qu'il arrive à l'idée de révélation surnaturelle. Comment ce grand Dieu, dont nous sommes la descendance, n'aurait-il pas pitié d'un tel aveuglement? ne doit-il pas, à la lin, prendre des moyens extraordinaires pour le faire disparaître, puisque la philosophie n'y a pas réussi ? oui, il doit réaliser "le vœu de Socrate, en envoyant lui-même quelqu'un pour nous instruire; voilà hien la pensée.

« Il ajoute qu'il s'agit du lever de la lumière dans tous les temps et dans tous les Lieux, omnes ubique. Encore de la raison ; pas d'exception, pas de préférence de la part du grand Dieu qu'il a si philosophiquement décrit .

« Il introduit le mot pénitence, car il faut aussi qu'il fasse réfléchir L'homme sur l'état de sa conscience; mais il jette celte idée d'une manière vague, générale, sans accuser la honne Ici de personne, nouvelle tolérance.

Dire que tous, en tous lieux, doivent lai ri' pénitence, c'est n'aecu-er aucun peuple, aucune classe, aucun individu; et comme il s'agit de l'idolâtrie dont, après huit, les philosophes sont les plus exempts, il ne fera, par ces mots, que plaire à ceux-ci, sans cependant les exempter de la loi générale ni llatter leur orgueil.

« Et pour justifier ce qu'il avance, il remonte encore à Dieu, disant qu'il a tixé le jour où il jugera le monde dans l'équité ; cela donne à rélléchir a des hommes qui ont une grande idée de l'intelligence suprême.

« .Mais jusque-là Jésus ne parait pas encore ; le voici, entin ; et ce sera en l'annonçant que Paul ira le|plus loin en concessions permises : Par l'homme, ajoute- t-il, en qui il a résolu ; « Invivo inquostatuit.»Par l'homme; il ne parle pas de sa divinité ; il l'appelle un homme, et il ne dira point son nom. Qu'y a-t-il d'incroyable, pour les disciples de Socrate, à ce que Dieu se serve d'un homme pour juger le monde ?

« Il faut néanmoins les intriguer avec force ; il faut fixer leur pensée sur cet homme ; il faut leur en dire quel-

ELO

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