‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 75 sur 96 · ELS · texte numérisé non relu

ELS

que chose qui le distingue de tous leursgrauds génies, au risque, après tout, d'enchoquer quelques-uns. Voici le dernier mot :

« Fournissant la foi a tous en lr ressuscitant des morts (Act. xvn, 31). C'est le Dieu philosophique qui reste en scène et en premier rôle, et Paul ne signale de celui par qui il juge le monde que le fait glorieux de sa résurrection. Athènes est trop luxurieuse pour qu'un orateur aussi sage lui parle de la mort du Christ dans l'ignominie. 11 l'aurait fait devanl Platon qui, dans le tableau, aurait reconnu « son juste persécuté, méconnu, bafoué, mis en croix, auquel il ne reste pas même l'apparence de la justice seule. » Il ne le fera pas devant l'aréopage ; les disciples ne sont pas le maître, et les beaux temps de la philosophie se sont éteints dans les molles essences qu'a soufflées, sur le monde, la Rome des Césars. Il ne citera que la résurrection, et la donnera comme preuve de la foi qu'on doit avoir en celui qu'il annonce ; ils n'ont plus qu'à s'assurer du fait, et à déduire,

«Voilà donc la prédication du grand Apôtre. Où sont ses diatribes contre la philosophie, contre la raison, contre les sages, contre les prophètes étrangers ;i son christianisme, contre leurs anciens livres? Ou sontelles ici, où sont-elles dans ses œuvres?....

« Quels furent les résultats de ce discours ?

« Ue tout ce qu'avait dit Paul, un seul mot pouvait déplaire à quelques-uns, le dernier : sur la résurrection d'un mort. Car, dans tout le reste, il avait reproduit, par une synthèse d'une précision et d'une clarté parfaites, toute la philosophie platonicienne ; il avait même donné quelque satisfaction à toutes les sectes qui pouvaient avoir des adeptes parmi ses auditeurs. Mais ce mot, nécessaire à dire, était de nature à rebuter les esprits qui ne veulent point, a priori, croire aux prodiges.

« Aussi, nous dit l'historien, Lorsqu'ils entendirent Iparlt r de résurrection de morts, quelques-uns se moquèrent, (ïbid. , 32. )

« Il est probable que ce ne furent pas les platonicieus.

« Mais quelques-uns dirent : Nous t'entendrons là-dessus de nouveau :

a Audit nuis te dt hoc iterum. » (Ibid).

« Ceux-là sont les sages, les esprits sensés, et de bonne foi qui, comme, Nathanaël lorsqu'il lui fut parlé, pour la première fois, de Jésus, commencent par douter en prenant les moyens d'éclaircir leur doute, etdont Paul put dire, connue Jésus de l'Israélite: « Voilà de vrais philosophes dans lesquels n'est point la duplicité. »

uftst ainsi que Paul sortit d'au m>lij a cfi n.r. Ibid).

« Mais ensuite, continue l'historien, quelques homme» s'attachèrent à lui et crurent, entre lesquels Denys VAréo pagite, i ( une (< mm nomrm s Damans, et d'autres un t > n.i . (Ibid., :ii ,

« Pouvait-on espérer un triomphe plus beau dans le tribunal de l'Aréopage ?

a Paul dut ce triomphe àss méthode de conciliation et de synthèse ; et cette méthode ne fut pas en lui uu simple artifice de discoureur; elle fut une vertu, une manière d'être, une inspiration, une conviction réelle, sincère, sans calcul, que Dieu caur-a et bénit. 11 faudrait être hardi pour l'entendre autrement ; car ce serait accuser le plus grand îles apôtres d'avoir été hypocrite.

« Or , s'il put, par une allocution d'une inimité devant le ralionalisme

de la Grèce déchue, pratiquer si largement la méthode" d'harmonie et nous insinuer tant de leçons, quelles merveilles ne produirait pas la même

méthode organisée d'une manière universelle et permanente, lorsque le, familles a réconcilier sont déjà, sans le savoir, en identité doctrinale à un point surprenant dont le lecteur a pu se convaincre par notre imperceptible résumé (1). » [DROITS, etc.) la: Nom.

ELSSLEH (Kanny) (Théol. mixt. et

(i) Il s'agit d'an r^snuié que nous avions donné avant cette étodfl du duGOWfl dfl S. Puni, et dans lequel nous avion! montré l'accord fondamental de tons les cnltee sur les points les plu* importants. (1873.)

ELU

ELU

hist. biog. et art.). — Il y a eu dans notre siècle deux danseuses d'une force et d'une célébrité tout à fait extraordinaires. Nous ferons deux exceptions relativement à.cet art mondain qui, selon nous, ne souffre pas la médiocrité dans l'exécution, en leur consacrant deux courtes notices; ce sont Fanny Elsrter et Taglioni.

Fanny Elsslcr naquit à Vienne en 1810. Avec sa sœur Thérèse, qui était grande et forte, tandis qu'elle était petite et délicate quoique d'une grande beauté, ce qui permettait à la première de la soutenir au besoin dans les poses difficiles, elle excita un enthousiasme incroyable surtout par ses tours de force sur les pointes, et par sa manière de danser la cachuc'.ia, dans le diable boiteux, avec ses castagnettes et sa mimique expressive.

Dans ces moments, elle égalait presque Taglioni. Les deux sœurs sont revenues plusieurs fois millionnaires de leurs voyages dans le monde entier. Thérèse a épousé le prince Adalbert de Prusse; c'est elle qu'on nommait la majestueuse. Mademoiselle Fanny lit de grandes passions, mais refusa toutes les offres de ses prétendants; elle s'est retirée dans une belle propriété près de Hambourg.

Le Noir.

ÉLU, choisi; ÉLECTION, choix. Ces ternies, dans le Nouveau Testament, sont employés dans deux sens différents. Elus désigne communément les fidèles, ceux que Dieu a choisis pour encomposerson Eglise, auxquels il a daigné accorder le don de la foi.

Joan.,c. 15, f 16; Act., c. 13, f 17; Ephes., c. 1, f 4; I Pétri, c. 1, f 1, etc. Ce nom est aussi appliqué à ceux que Dieu a choisis pour les placer dans le bonheur éternel, qui sont sauvés en effet, et que l'on appelle les prédestinés.

Nous n'entrerons pas dans la question de savoir dans lequel de ces deux sens l'on doit entendre le mot de Jésus-Christ. Matth., c. 20, f 16, et c. 22, f 14. Il y a en faveur de l'un et de l'autre des autorités si nombreuses et si respectables, qu'il n'est pas aisé de voir lequel des deux mé-

rite la préférence. Nous devons donc nous borner à quelques réflexions (1).

Un esprit solide et suffisamment instruit ne se laisse point ébranler par une opinion problématique, et sur laquelle l'Eglise n'a point prononcé, telle qu'est celle du grand nombre ou du petit nombre des élus.

Quand cette dernière serait la plus vraie, il s'ensuivrait seulement que le très-grand nombre sera de ceux qui ne veulent pas se sauver, qui résis-

(t) Objection. Les motifs d'espérer le bonheur éternel ne peuvent pas être solides, puisqu'il est décidé qu'un très-petit nombre de chrétiens y parviennent; l'Evangile assure formellement qu'il y a peu d'élus; les Pères de l'Eglise confirment ce sentiment, et plusieurs théologiens le regardent comme nu article de foi.

Voici ce que M. Bergier répond à cette objection : » La question est de savoir si par les élus on doit entendre ceux qui sont sauvés, ou seulement ceux qui sont dans la voie du saint, les fidèles; pour le décider, il faut consulter los commentateurs, les Pères, i'Ecriture elle-même, l'analogie de la foi.

u Par,..i les commentateurs, point d'uniformité. Pour ne parler que des catholiques, Caietan, Mariana, Tostat, Luc de Bruges, Maldonat, Corneille de la Pierre, Ménochius, le père de Picquigny, admettent I une et l'autre explication, entendent par élus, ou les hommes sauvés, nu les fidèles. Jansénius de Gnnd pense que ce dernier sens est le plus iialurel ; Stapleton le soutient contre Calvin ; Sany, dans ses Commentaires, juge que c'est le sens littéral; dom Calmet seinb'e lui donner la préférence. Euthy.nins n'en donne point d'autre ; il suivait siiot Jean Chiysostoiue. Le père Hardouin s nitient que c'est le seul sens qui s'accorde avec la suite du texte ; le père Berruyec exclut ansd tout autre sens ; c'est pour cela qu'il a été condamné : mais la faculté de théologie n'a certainement pas voulu censuer les interprètes cath dique* que nous venons do cite-, et ils sont suivis par beaucoup d'autres. Quel dogme pout-ou fonder sur un passage susceptible de deux sens si différents?

La même variété règne parmi les Pères de l'Eglise : pour ra sembler leurs passages, il faudrait un volume entier. Les compilateurs qui voulaient le petit nombre des fidèles sauvés, ont ci'é soigneusement les textes qui semblent favoriser leur opinion ; mais ils ont laissé de côté ceux qui y sont contraires [De pauritate Fidel, salaand., etc.). Quelquefois par les élus, les Pères entendent les fidèles ; d'autres fuis ils entendent, non simplement les hommes sauvés, mais ceux qui le sont en vertu de leur innocence, d'une vie sainte et sans t iche. Ces derniers, sans doute, sont en très-petit nombre; mais cela ne conclut rien contre le salut de ceux qui sont moins parfaits. Lorsque Pelage osa décider qu'au purement de Dieu tous les pécheurs seront condamnés au feu éternel, saint Jérôme et saint Augustin s'élevèrent hautement contre cette témérité (Saiut Jérôme, Dial. 1. contra Petag., c. 9; saint Augustin, t. de Gestis Pelagii, c. 3, n. 9).

» Mais le meilleur commentaire de l'Evangile est l'Evangile même. Dans vingt pissages du nouveau Testament, eleeii désigne évidemment les Gdêles, ceux qui croient en Jésus-Christ, par opposition à ceux que D eu laisse dans l'infidélité; élecion est ia même cho.-e que vocation à la foi.

ELU

ELU

tent aux grâces que Dieu leur fait, qui meurent volontairement dans l'impénitence finale. Si la damnation des réprouvés venait de leur faiblesse naturelle, ou du défaut de secours de la part de Dieu, comme les théologiens dont nous avons parlé semblent le penser, nous aurions sans doute sujet de présumer que le même sort nous est réserv '■ ; mais cette double supposition est une erreur, puisque Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au -dessus de nos forces, qu'il donne des grâces à tous, et pardonne les fautes de faiblesse De même si le salut était nue affaire de chance et de hasard, au succès de Laquelle nous ne pussions contribuer en rien, le petit nombre des prédestinés devrait nous faire trembler et nous jeter dans le désespoir. Mais il n'en est pas ainsi : notre salut est notre propre ouvrage, avec le secours de la grâce; c'est mu' récompense, et non un coup de hasard, comme la chance d'une loterie, sur laquelle nos désirs ni nos efforts n'oftt aucune influence. Le malheur de ceux qui n'ont pas voulu mériter cette récompense, n'ôte à personne le pouvoir de l'obtenir,

puisque Dieu la destine à tous, et la multitude infinie de ceux qui l'ont déjà reçue, démontre qu'il ne tient qu'à nous d'y parvenir a notre tour.

Tous les sophismes que l'on peut faire sur des comparaisons fausses, sont absurdes et ne prouvent rien.

D'autre part, quand il serait vrai que le très-grand nombre des fidèles sera sauvé, il ne s'ensuivrait pas que nous pouvons nous endormir sur l'affaire de notre salut, persévérer impunément dans le péché, négliger les bonnes œuvres, nous reposer sur la miséricorde de Dieu, puisqu'il nonavertit que personne ne sera couronné, s'il n'a combattu, et ne sera sauvé, s'il ne persévère dans le bien jusqu'à la lin. Si un sentiment de componction à la mort peut nous sauver, un sentiment de désespoir ou d'impènitence peut aussi nous saisir alors et nous damner. Un seul clirétien réprouvé surmille devrait suffire pour nous l'aire trembler.

l,i' prétendu triomphe que Bayle attribut-' au démon sur Jésus-Christ au jour du jugement dernier, eu conséquence du grand nombre des damnés, est absurde à tous égards. Il sup-

« La maxime, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élu», le trouve deux Eoii daai samt Matthieu,

savmr. c. Î'J, v 16. et '•. ÎI. v 14. Ces deux chapitres, et tout ce qui pri le, depuis te e. 19,

v 30, le rapportent an même but, à ni"ti'rer le i.etit nombre du Jud-, dociles aux le': m* l ' e Jéaua-

Christ ; 1 leur prédire que lel gentil* lerejeet

moins incrédules el leur seraient préférai La eomuaraiioa du chameau, lei ouvrière de I'* vigne, les deux enfante 'lu père 'le famille, l'héritier tué par les vignerons, le Festin 'les nuées, aoot autant Je paraboles nui confirment In même vérité. La conclusion est que les gen il- appelés les dem ère,

seront élus ou choi-is en plus graod nombre pie les Juifs appelés les premiers, puisque parmi ceuxci il v en a très-peu qui répondent a leur vocation. "(Cnap. ïï, »• 14 )

k Jésus-Christ, interrogé pour savoir s'il y s peu de gens qui soieut sauves, répondit : Tachez I entrer par [a porte étroite, parée que plusieurs chercheront à entrer >-t ne le puniront pas. [f.w. e. 13, v. 24.) Le porte étroite était sa morale sévère, peu de gens avaient le Courage de l'embrasser. Lorsque la Judée eut été ravagée par les Romains, plusieurs juifs dispersés se repentirent, sans doute, de n'avoir | as ajouté foi aux prédictions et aux 1er ois de Jésus-Christ; c'était trop tard, ils cherchèrent a entrer et ne le purent.

« Si les paraboles de l'Evangile peuvent servir de preuve, on en doit plutôt euoclure le frrand nombre que le petit nombre des bouuues -auvés. Jésus-Christ compare la séparation des lions d'avec les méchants au jugement dernier, a celle que l'un fait du bon grain d'avec l'ivraie. [Maltli., e. 13,

v M.) Or, dans un c'iainp cultivé aveesuin, l'ivraie n'a jamais Ole plus abondante que le bon grain. Il

lu i unie è lu séparation des mauvais poissons

d avec les l>"iis : a quel pécheur est-il arme de prendre munis de bous poissons que de mauvais? Ile dix vierges ippelées aux nues, cinq sont ad misai u la aompagi !■■ fépoox. Dans U parabole des talents, dans serviteurs sont récompensés,

un seul est puni ; dans Belle du festin, un seul de,

ves est chassé ..

« Mais snpp sous qu'il faille absolument prendre

!.. mot peu délia dans I" -eus le plus rigoureux ;

que l'ensuivra t-il? Que le pins grand lue .--t

de ceux qui n'ont pas voulu être sauvés, qui nol résisté à la grfcos, qui sont morts vo'ontaireo I

dans l'impénitente anale, sans onotri ion et sans

remords. L'obstination de ces malheureux pent-efls influer eu quelque chose sur Is sort d'un chrétien

qui désire sincèrement de se sauver et A res-

pondre à la priée? S' h salut était une atfaire de chanofl et de hasard, le erand nombre de ceux q .1 se perdent serait capable défrayer les autre-; mail c'est l'ouvrage do notre volonté mou bien qu» de la irrfleo, et eell -tu ne nous esl point ref isee La réprobation ne vient donc jamais do défaut de la crue.*, mais du défaut de volonté dans l'homme. En quel sens la malice des réprouvés peut-ebe ébranler la confiance d'un juste ou d'un pécbenl

pénitent? » — Trad:' 'le la vraie religion, toro. s,

p. Ï36, Î87, édit. ùi-8. Ouijs.kt.

Lisez l'article de nos harmonies que nous donnons uprés celui de Beririer et qui est plus hardi dans la même direction. La Nom.

ELU

ELU

pose: 1° que le démon a autant de part à la réprobation des méchants, que Jésus-Christ en a au salut éternel des saints ; que les premiers sont perdus, parce que le démon a été le plus fort et Jésus-Christ le plus faible ; c'est un trait de démence et d'impiété. Ils sont damnés, non par la malice du démon, mais par leur propre malice, puisque, encore une fois, Dieu n'a pas permis au démon de les tenter au-dessus de leurs forces, et qu'avec le secours de la grâce, il n'a tenu qu'à eux de vaincre l'ennemi de leur salut. 2° Une autre absurdité est d'envisager le sort des bons et des méchants comme un combat entre Jésus-Christ et le démon, dans lequel Jésus-Christ fait tout ce qu'il peut pour sauver une âme, sans en venir à bout, comme si le salut était l'ouvrage de la seule puissance du Sauveur, sans la coopération libre de l'homme. Le démon a-t-il donc plus de pouvoir qu'il lie plait à Dieu de lui en accorder? 3° Il suppose que par la perte d'une âme Jésus-Christ perd quelque chose de son bonheur ou de sa gloire, qu'il en a du regret, comme le démon a du dépit lorsqu'il u'a pas réussi à pervertir un juste; que Jésus- Christ est trompé dans ses mesures, comme Satan est confondu dans ses projets ; parallèle iusensé :

Jésus-Christ, en tant que Dieu, a su de toute éternité quel serait le nombre des élus et celui des réprouvés ; quand le genre humain tout entier périrait, le Sauveur n'y perdrait rien pour luimême, et le démon n'en serait pas moins malheureux pour l'éternité.

La victoire de Jésus-Christ sur le démon n'a donc pas dû consister en ce qu'aucun homme ne puisse se damner par sa faute ; alors la vertu ne serait d'aucun mérite, et le salut ne serait plus une récompense. Mais elle consiste en ce que le genre humain, banni entièrement du ciel par le péché d'Adam, a recouvré, par la rédemption, le pouvoir d'y rentrer; et que chaque particulier reçoit par les mérites de Jésus-Christ, toutes les grâces dont il a besoin pour se sauver, de manière qu'il est inexcusable lorsqu'il se damne.

Si quelques Pères de l'Eglise et

quelques auteurs ascétiques ont fait à peu près la même supposition que Bayle, pour couvrir de honte les pécheurs et les faire ro agir de leur turpitude, il ne faut point prendre à la lettre ce qu'ils ont dit par un mouvement do zèle, et les incrédules ne peuvent en tirer aucun avantage.

Behgxek.

ÉLUS (le nombre des). (Thcrd.

mixt. et pur. philos, fin. clern.). — On a vu, au mot demeures éternelles, comment la raison nous parait être conduite, par ses déductions, à supposer, dans la vie future, des catégories ou demeures diverses réglées, d'après l'exacte justice, sur les états dilférents dans lesquels la mort peut saisir les vivants sur cette terre. On verra, aux mots fixité des âmes, durant LA VIE ÉTERNELLE, DANS LEURS DEMEURES RESPECTIVES, Ct MITIGATION DES PEINES ET ASCENSION DANS LES RÉ- COMPENSES, comment la même raison, en tournant ses regards du côté de l'infinie bonts, peut présumer et présume que, si le passage d'une demeure dans une autre n'est pas conforme aux présomptions de la logique, il n'est pas contraire à ces présomptions de supposer qu'il y aura, dans l'intérieur de chaque catégorie, des modilications en mitigation ou en ascension, pour les individus. Nous nous demandons, à ce mot élus, quelle sera la plus populeuse des cités de la vie éternelle ? et nous donnons pour réponse à cette question le passage suivant de notre article

VIE ÉTERNELLE du DICTIONNAIRE DES HARMONIES DE LA RAISON ET DE LA FOI.

« Une idée assez universellement répandue, c'est que la cité des méchants incurables sera beaucoup plus populeuse que les autres. Cette idée circule sous l'enveloppe de la phrase du Sauveur : beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. (Matth. xxu, 14.)

« Nous pensons que cette croyance a été beaucoup plus utile que nuisible; elle a dû porter plus d'hommes à la surveillance sur eux-mêmes dans le but d'appartenir au petit nombre, qu'elle n'en a éloigné du giron de

ELU

ELU

l'Eglise ou porté au découragement.

Nous sommes donc loin de blâmer les prédicateurs qui continuent de l'entretenir d'autant plus qu'ils sont euxmêmes mieux persuadés de son exactitude. Mais nous ne blâmerons pa~, non plus, Lacordaire prenant, dans Notre-Dame de Paris, ta thèse opposée à celle de Massillon, et faisant un de ses plus éloquents discours pour établir que la contrée des pleurs sera presque déserte relativement aux multitudes qui peupleront les autres cités. Les auditoires n'ont pas tous les mêmes besoins ; les mœurs changent ; la trempe des esprits varie d'un siècle a l'autre; et, s'il fut bon que Massillon parlât comme il le fit devant les cours dr Louis \1Y et de la Régence, Lacordaire fut admirable de tact etde hardiesse en retournant, comme il le lit aussi, la question devant la jeunesse lettrée de la métropole de la science et de l'art vers le milieu duxix" siècle. Nous croyons, avec M. de Pressy et M. Émery, que le temps vient où il sera plus profitable au bien des Ames de dire la vérité pure, en évitant toute exagération dans le sens de la rigueur, et plutôt en l'adoucissant.

« Ne serait-il pas sage aux prédii: catfiurs, dit le vénérable supérieur n des Sulpiciens, de se tenir aujour- » d'haï plus en garde contre l'exagéd ration e1 de se renfermer ordinai- » rement dans les bornes de ce que » la foi nous enseigne? et puisque » les hommes contestent plutôt sur » la nature et sur l'excessive rigueur » des peines de l'enfer, que sur leur » réalité, la charité, la prudence ne » prescriraient-elles pas aux minis- « très de l'Evangile de leur faire ob- » server, dans l'occasion, que ce qui

» parait les révolter le plus n'ap-

» partient pas à la foi; que, dans le » sein des écoles catholiques, il

» existe des opinions auxquelles

» ils peuvent adhérer, sans scrupule, » et qui sont bien propres à calmer » ce qui révolte le plus leur imagi- » nation... » (De In mitigation de la •peine des damnés.)

« Ici, nous écrivons pour la vérité seule, et nous n'avons d'autres précautions à prendre, devant le public

qui doit nous lire, que celle de l'exactitude théologique et rationnelle.

« Or nous disons, après Lacordaire, ainsi que nous l'avions toujours pensé avant de l'entendre, que la croyance au grand nombre des damnés proprement dits n'a aucun fondement réel dans l'Evangile, est peu compatible avec l'idée de la Providence infinie considérée a priori, et semble réfutée par les calculs qu'on peut taire à l'inspection du genre humain.

« I. Jésus-Christ a expliqué, d'une manière précise, par une parabole, la proposition, tant répétée, qu'il a émise quatre ou cinq fois au rapport des évangélistes : « Beaucoup sont » appelés, mais peu sont élus. »

« Il suppose un père de famille qui loue des ouvriers pour sa vigne, moyennant le salaire d'un denier par joui', le père de famille en met au travail un certain nombre qu'il trouve -ans ouvrage dès le matin; puis quelques autres trois heures plus lard ; puis quelques autres encore trois heures après; et enfin quelques autres vers la fin de la journée, lesquels, en conséquence, ne travaillent que durant les trois dernières heures.

Et, quand vient le moment de payer à chacun son salaire, il donne un denier à tous, c'est-à-dire autant aux derniers venus, bien qu'à ceux-là ne fût dû, en justice, qu'une partie du denier proportionnelle à leur travail.

Les autres s'en plaignent, et le maître répond : « Je ne vous fais point de » tort; n'ètes-vous pas convenus avec » moi d'un denier? Prenez ce qui » est à vous, et allez : moi, je veux » donner à ces derniers comme à » vous. Est-ce qu'il ne 'm'est pas per- » mis de faire ce que je veux? et » voire d'il est-il mauvais parce que je » suisbon?» Puis Jésus ajoute comme conclusion morale de la fable : Ainsi les dentiers seront les premiers et les premiers les derniers île père avait payé les derniers d'abord); eue beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

(Matth. xii, i et seq.)

« Comment pourrait-on mieux s'expliquer? Il s'agit de faire comprendre deux choses : la première, que souvent ceux qu'on juge d'après

ELU

les apparences devoir passer devant, sont jugés par Dieu comme ne devant passer qu'après, et ce principe ne nous touche pas en ce moment. La seconde, que Dieu, après qu'il a rendu justice à tous, en donnant à chacun le prix de son travail, peut, par pure bonté, surajouter des dons à quelques-uns ; et c'est celle-là qui nous regarde ici. Il ne revenait aux derniers venus qu'un quart de denier, et le maître leur donne, selon son bon plaisir, im denier entier, leur faisant ainsi cadeau des trois quarts qu'il ne leur doit pas; et les autres n'ont pas droit de se plaindre, puisqu'ils reçoivent tout ce qui leur est dû. Or, quoi de plus clair? Les appelés sont tous les ouvriers, les élus sont les derniers venus qui deviennent l'objet d'une prédilection ; mais tous travaillent et reçoivent leur salaire; donc tous ceux que représente la parabole sont bons ; et, parmi ces bons, il y en a qui sont privilégiés ; les murmures supposés ne sont évidemment introduits que pour amener l'explication du père de famille. Le principe de Jésus-Christ :

Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus, est donc une vérité générale sur le droit de Dieu d'accorder des faveurs spéciales, comme on voit qu'il le fait dans la distribution même des dons naturels, et sur le résultat de l'exercice de ce droit qui implique le petit nombre des privilégiés par rapport à la masse, sans quoi le privilège n'existerait pas. Et ce principe peut convenir à toutes les catégories de créatures ainsi que nous l'avons expliqué au commencement (I). Il trouve son application dans Tintérieur de chacune des classes de la vie éternelle ; il y aura les appelés et les élus dans le ciel de Jésus-Christ, les appelés et les élus dans celui de la nature, les appelés et les élus dans l'enfer lui-même, puisque les degrés y seront très-divers, et que la bonté infinie pourra y mitiger la peine selon son bon plaisir. On ne peut donc rien conclure sur le nombre des habitants de l'enfer proprement dit

fi) Voyez fette explication aux articles demeubks

ÉriRNEI-LliS, et UIT1GATI >N. (1 873.)

478 ELU

relativement aux autres habitations, de la parole du Christ : Beaucoup d'appelés, peu d'élus.

« Il est un mot dans le sermon de la montagne qui pourrait paraître plus fort : Entrez, dit Jésus, parla porte étroite ; car large est la porte et spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par celle-là. Qu'étroite est la porte et étroite la voie qui mène ci la vie, et qu'il y en a peu qui la trouvent.

[Matth. vu, 13).

« Mais qui nous dit que cette sentence se rapporte à la durée entière du genre humain, et à la masse complète de tous les hommes? Combien de fois Jésus-Christ n'a-t-il pas parlé de son temps seulement, et de ce qui se passerait, à son égard, dans son peuple même, durant sa prédication et au moment de sa mort ? Il est certain qu'à ce moment, il y en eut peu qui le comprirent et l'aimèrent de manière qu'on put dire qu'ils entraient vraiment dans la voie de la vie ; il fut ou rejeté, ou persécuté, ou incompris, ou méprisé, ou négligé par presque tous, en sorte qu'alors il devait dire, en voyant ce qui se passait et allait se passer jusqu'à la grande prédication catholique : Qu'étroite est la voie qui mène éi la vie, et qu'il y en a peu qui la trouvent !

« D'ailleurs qui nous dit que ce qu'il appelle ici la perdition, par comparaison avec la vie, ne soit pas simplement la perte du ciel supérieur et surnaturel où l'on n'entre que

par lui

S'il en est ainsi, il est bien

clair qu'à cette époque, il y eut bien peu de croyants en sa mission divine relativement à la multitude de païens qui couvraient l'univers.

D'ailleurs enfin qui nous dit que ces mots ne tombent pas seulement sur les phénomènes visibles et observables, sur le royaume extérieur de l'Eglise que Jésus constituait; dans ce cas ce seraient des exhortations dans l'intérêt des hommes qui avaient besoin d'être aiguillonnés pour former le premier noyau de la grande société future ; et le jugement intérieur de Dieu sur les consciences n'en serait nullement atteint.

ELU

ELU

« On voit que ces paroles ne sont pas suffisantes pour appuyer réellement l'opinion commune sur la population de la cité infernale durant l'éternité.

« Voici encore un passage qu'il faut expliquer. Le temps de la Passion devenait plus voisin, Jésus allait, pour la fête de la dédicace, à Jérusalem où il devait être si mal reçu par lesPharisicns: quelqu'un lui demande positivement : « Seigneur, n'y en awa-t-il qtte peu qui soient sauvés ? »

Il ne réptnd point à la question ; il dit seulement : Efforcez-vous d'entrer parla porte étroite ; car beaucoup, je cous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront; mais lorsque le père de famille sera entré et aura fermé la porte, vous vous tiendrez dehors et vous frapperez à la porte disant : Seigneur, ouvrez-nous ; et il vous répondra : Je ne sais d'où vous êtes. Alors vous commencerez à dire : Nous avons mangé et bu devant vous, et vous avez enseigné dans nos places publiques ; et il vous dira : Je ne sais d'où vous êtes, éloignez-vous de moi, vous tous, ouvriers d'iniquité. Là sera le gémissement et le grincement de dents, lorsque vous verrez Abraham et haac et Jâcob et tous les les Prophètes dans le royaume de Dieu, et vous chassés dehors. Il en viendra de l'orient, et. de l'Occident, et de l'Aquilon, et du Midi, et ils siégeront dans leroyaumede Dieu, i tj'en voisparmiles derniers qui seront les premiers, et parmi les premiers qui seront les derniers. »

[Luc. Xlli, "23 et seq.j

« Observons d'abord que la question faite à Jésus fut probablement amenée par quelque enseignement où il s'agissait des sauvés, lequel n'est point rapporté, et qu'il est difficile de savoir s'il s'agissait des sauvés pour l'éternité ou des sauvés pour la terre par leur entrée dans l'Eglise chrétienne, ou des sauvés dans les deux tout à la fois.

« Observons, en second lieu, que la porte, soit de l'Eglise des cieux, soit de l'Eglise de la terre, pouvait être appelée étroite et difficile à pratiquer, à cause des écueils qui l'entouraient surtout à cette époque ; témoins tous nos martyrs avec Jésus- Christ à leur tète. On peut même

ajouter que les peuples ne sont entrés dans l'Eglise que peu à peu et comme en tile ainsi qu'une armée passe un défilé.

« Observons, en troisième lieu, qu'il s'agit, dans la réponse de Jésus, du peuple juif et principalement des pharisiens. Cette réponse parait même indiquer que c'était un pharisien qui avait fait la question, puisqu'il lui parle sur le ton qu'il prenait toujours devant eux. Ne semblait il pas, en effet, qu'ils dussent être les premiers à entrer dans le royaume du Christ? et cependant combien d'incirconcis les y ont précédés.

u Obbervons, enfin, que, si ces paroles assez obscures : beaucoup chercht ront à entrer et ne le pourront, avec (elles qui suivent et qui en sont le développement, doivent s'entendre des Juifs exclus du royaume du Clirist dans la vie future, et d'autant plus malneureux alors de s'en voir exclus, qu'ils auraient dû en montrer la route aux infidèles des quatre vents, auquel cas, le mot chercheront exprime plutôt une attraction de fa nature, qu'une volonté sincère et méritoire, puisqu'une telle volonté obtiendrait son objet, observons, disons-nous, qu'il n'y a rien en cela que de peu favorable à l'opinion du petit nombre des heureux dans l'autre monde à considérer l'ensemble de toutes les nations et même à considérer la nation juive toute seule, puisque cette réponse est évasivo quanta la question posée, et que ces mots -.nous avons mange etc., vous avez enseigné dans nos places publiques, etc., indiquent positivement qu'il s'agit de ceux qui ont vu Jésus-Cbrist sur la terre et qui l'ont repoussé par amour de la domination, par orgueil, par malice.

« Enfin, il existe dans l'Evangile un assez grand nombre de propositions ou de paraboles qui favorisent l'opinion que nous caressons ici, après Lacordaire.

« La parabole de l'ivraie représente le monde comme un champ que Dieu et le Christ ont ensemencé de bonnes graines, et dans lequel l'ennemi vient sursemer de l'ivraie ; plus tard, le iïonient fructifie, et l'ivraie parait

ELU

ELU

aussi ; les serviteurs proposent le sarclage, etle maître refuse, en disant «pi'il vaut, mi< iix attendre la moisson, de peur d'arracher en môme temps du froment .

« Or, il est évident que le froment domine, comme il arrive toujours dans une terre ensemencée ; sans quoi , laissant pousser l'ivraie, il ne resterait plus que celleci au temps de la moiSSOn, la mauvaise herbe poussant beaucoup plus vigoureusement que la lionne et la détruisant toujours eomplétemenl quand elle es1 en pips grande abondance. I.es termes du récil favorisent d'ailleurs cette interprétation.

« Voici mieux. Dans la parabole de la robe nuptiale, il n'y en a qu'un qui -oit renvoyé dans 'les ténèbres du dehors, et tous les autres, pris au

hasard dans 1rs carrefours, sont gardés au festin.

« Voici mieux encore peut-être :

lorsque Jésus-Christ s,, représente lui-même jugeant les hommes, séparant les bons de méchants et disant

aux uns . \ ,,i> l, h s bt nis de mon /'' i i .

Matth. 25, 34) ''ic.. il se empare a

un pasteur, le genre humain a un

troupeau, les bons aux brebis.les méchants aux bonc et ajoute : i / ils >i< Vhomrru un ttra h s />/< bis à droite ii les boucs à gauche, etc. Ibid. 33.

Or, qui ne s. ut .pie, dan, tout tioii-

peau, les hunes sont en nombre iiltinimenl plus petit que les brebis?

" On i rrait multiplier les observations île , elle e-pe, e.

« Rappelons enhn les paroles suivantes de sain! Pierre:

« l.e Christ lui-même est mort une » fois pour le, péchés, le juste pour <•■ les injustes, afin de nous conduire

» à Dieu ; mort dans la chair, vivifié " par l'esprit en qui il vint aussi » prêcher les esprits, retenus en pri-

» SOn, qui avaient été incrédules " lorsque les attendait la patience de

« Dieu, aux jours de \ué, quand on » hàtissait l'arche, dans laquelle peu, » c'est à-direhuit âmes, furentsauvées

» au milieu de l'eau. ,/ l'rir. tu, 18-20.

Voilà le Christ qui va, après sa mort, prêcher les esprits, retenus en

prison, des Incrédules du temps de

Noé, et que Dieu avait fait périr par In déluge envoyé contre le monde parce que touteohair était corrompue.

L opinion commune entend cesparoles de la délivrance de ceux qui, dans les limbes, subissaient un purgatoire jusqu'à la descente du Christ aux enfers. Or, il fout conclure de ces paroles que ceux-mêmes contre lesquels l écriture prononce les plus terribles anathèmes en cette vie peuvent souvent n'encourir, dans l'autre, que la prison où l'on se purifie, et où l'on reçoit du christ | ;i v i s it bienfaisante qui réhabilite et rend digne du ciel.

« II. si nous remontons à l'idée de Dieu, nous ne concevons pas facilement qu'au nombre des univers possibles d'êtres intelligents et lihres il

y en ait un seul dans lequel la somme du mal moral puisse remporter sur la somme du bien. On niais fera, sans doute, la grande réponse :

Dieu peut créer des èt res libres ;

il crée des êtres libres, il dépend de ceux-ci d'être bons ou mauvais; donc il peut arriver, contrairement au vœu duCréateur,qu'un monde d'êtreslibres ne soit même composé que de méchant -,

Or. celte réponse esl pleine de valeur pour justifier Dieu de l'existence du mal mural en une quantité inférieure a iclle du bien dans un monde créé par lui, mais nous ne la trouvons pas concluante, non-seulement pour l'hypothèse du mal absorbant la totalité d'une manière définitive, unis encore pour celle du mal en majorité, et voici nos deux raisons.

(i l.a première est fondée sur l'idée qu'on doit se faire de la science de Dieu, qu'on appelle prescience, d'une manière impropre en assimilant Dieu a la créature. Il voit éternellement ce que devient tout univers qu'il crée ou qu'il ne crée pas ntl extra : or celui dont il voit la totalité des individus libres, ou la majorité de ces individus, se rendre mauvais par leurs actions sur eux-mêmes, nous parait cesser d'être possible, en ce sens que Dieu se dispensera de le créer. Si le bien ne fait que l'emporter sur le mal, le motif nous parait

ELU

ELU

suffisant pour déterminer la création, mais s', le mal l'emporte sur le bien, nous ne voyons plus de raison suffisante à l'acte créateur. On objectera que la simple volonté de Dieu suffit pour toute raison ; nous admettons ce principe pour l'élection entre deux biens, soit égaux, soit même dont l'un l'en, porte sur l'autre en perfection; mais nous ne croyons pas que Dieu puisse vouloir un monde dans lequel le mal moral l'emportera sur le bien. La seule observation qui aurait de la valeur serait celle-ci, qu'il ne faut pas seulement considérer ce monde en lui-même, mais bien relativement à tous les mondes créés qui formeront un tout dans lequel le bien pèsera beaucoup plus que le mal, dans lequel même le monde mauvais en totalité ou en grande partie concourra à l'harmonie de l'universalité; c'est l'argument de Leibnitz appliqué à la question présente ; mais sans prétendre le réfuter, ce qui serait audessus des forces humaines, parce qu'en raisonnant de la sorte on se jette dans l'infini, nous disons qu'il ne nous convainc pas, qu'on aurait beau supposer des millions d'univers, il nous semble toujours que chacun d'eux doit être considéré en son particulier, ainsi que le considèrent les êtres dont il se compose, et que, dans chacun d'eux, le mal doit être peu de chose relativement au bifen, indépendamment de toute comparaison avec d'autres mondes qui n'entrent pas comme parties dans celui-là. Voilà ce qui nous parait conforme aux attributs divins dans notre petite conception, et nous en concluons que tont monde, tel, par exemple, que la cité humaine, ne sera point créé, et cessera d'être possible par relation a la prescience de Dieu, quandla liberté morale y devra faire la somme du mal définitif supérieur à 'a somme du bien.

« Notre seconde raison est fondée sur l'idée qu'on doit se former de l'action toute-puissante de Dieu comme moteur et déterminateur radical des opérations de la créature. Il ne faut pas oublier que cette action est infinie dans ses moyens, et qu'il lui est toujours possible d'amener, par les jeux combinés de ses ressortsintimes,

tout être libre à vouloir le bien, sans que cet être cesse, pour cela, d'être libre. Le mauvais est celui qui résiste à son impulsion qu'on appelle grâce en théologie, et qui est surnaturelle, quand elle se fait par Jésus-Christ dans l'ordre de la rédemption. La conscience nous dit que nous pouvous lui résister ou lui coopérer, en nous disant, quand nous faisons bien, que nous pourrions faire mal, et, quand nous faisons mal, que nous pourrions faire bien, c'est tout ce qu'il nous faut. .Mais il n'en est pas moins vrai qu'en considérant les choses a priori, comme nous lu faisons en ce moment, on conçoit clairement que Dieu est tellement maître de son œuvre, el tellement doué de ressources eu agilité pour gouverner les .'unes, qu'il peut toujours les insinuer dans le bien sans que leur liberté en souffre. Si, parmi nous, un directeur adroit exerce une influence considérable sur les déterminations libres d'une jeune nature, et souvent (l'une vieille, que ne devons-nous pas penser de l'habileté de Dieu dans le même ordre de choses] Or, conçoiton que Dieu, considéré sous ce rapport, ne s'y prenne pas de manière à amener le salut définitif, soit naturel, soit surnaturel, soit dans un degré intérieur, soit dans un degré supérieur, de presque tous i leshommes, de sorte qu'il n'en reste, pour partage à Satan, qu'un nombre intime relativement a la multitude des êtres humains. Nous dirions qu'il le fera pour tous au sens absolu, si nous n'avions à envisager que ce rapport de la question ; mais il reste une foule d'autres considérations qui viennent contrebalancer celle-là, lesquelles sont

tirées principalement de la justice et de la sagesse infinies combinées avec les phénomènes moraux de la vie présente, et qu'on peut lire dans tous les traités de philosophie et de théologie sur les récompenses el les peines futures; il reste surtout la révélation et l'Eglise qui nous disent que les effets du mal moral se prolongeront éternellement comme ceux du bien.

« Telles sont les raisons transcen-

(1) Dire de tous, no aérait plus ortojoxe. (1873.)

ELU

ELU

dantales qui nous font présumer que les cités du bonheur seront beaucoup plus populeuses que celles de la souffrance.

« III. Les dernières raisons se déduisent à posteriori de l'étude impartiale du genre humain.

« Pour procéder avec méthode, portons d'abord notre pensée sur les deux bandes qui n'auront pas joui de l'usage de la liberté, et dont l'une se composera des régénérés par le baptême d'eau Ou par quelque moyen équivalent , et l'autre des non-régénérés.

« Ces deux bandes comprennent tous ceux qui meurent sans avoir eu conscience du bien et du mal, et sans avoir fait librement un choix. Or, laissons de côté les adultes qui ne sont pas probablement en nombre trèsconsidérable proportionnellement à la multitude des êtres humains ; et considérons seulement les enfants morts soit dans le sein de leur mère, soit avant l'âge de raison.

Quant à ceux qui meurent pendant et immédiatement après l'accouchement, nous n'en connaissons pas la proportion exacte, mais ce que nous avons toujours conclu des statistiques, c'est que la moyenne s'élève, en temps ordinaire, pour les époques et les peuples les plus civilisés, à une moitié à peu près des naissances. Que l'on ajoute le surplus qui résulte des circonstances exceptionnelles tenant aux mœurs, aux catastrophes, aux épidémies, aux temps et aux lieux les plus défavorables sous ce rapport, on arrivera facilement aux trois quarts, peut-être même aux quatre cinquièmes.

« Ce n'est pas tout, il faut ajouter tous les embryons qui se trouvent détruits dans le sein maternel à toutes les périodes du développement, par les accidents naturels qu'on sait être de plus en plus multipliés à proportion qu'on remonte plus haut vers la conception.

« Nous n'excluons le fœtus humain à aucun de ses degrés de formation; en effet, il y a trois systèmes sur le moment do la création de l'âme; le premier, qui remonte à Platon et qu'adoptèrent beaucoup de Pères de l'Eglise, suppose la création anté-

rieure à celle du corps; le second la suppose postérieure , disant que Dieu la réalise quand l'embryon est assez développé pour la recevoir ; et le troisième suppose l'âme créée en même temps que l'ovule devient germe vivant par la fécondation. Ce dernier avis nous parait le seul rationnel et le seul convenable; c'est l'acte producteur dans ses conditions normales qui fait^qu'on devient père et mère d'un être semblable à soi; il y a, dès lors, un homme de plus, en corps et en âme, dans le germe fécondé, végétant et vivant qui en résulte. Or, combien de ces germes sont emportés par le torrent de la mort! combien le nombre de ces êtres appelés à la qualité d'homme, mais non élus pour voir le jour, déliasse celui des privilégiés qui persistent jusqu'à la naissance! Les pères et les mères ont plus d'enfants dans l'autre monde qu'ils ne le supposent; et la fixité des lois naturelles donne à croire qu'il en sera toujours ainsi.

« Voilà donc une multitude immense d'êtres humains jouissant du bonheur au moins naturel, et dépassant, dans des proportions incalculables, les autres multitudes.

« Si nous nous demandons, en passant, quelle sera la plus nombreuse des deux catégories qui composeront cette multitude, nous répondons : 1° Que jusqu'à présent les enfants morts sans baptême sont infiniment plus nombreux que les autres, puisque, même à l'heure qu'il est, sur près d'un milliard cl demi d'habitants du globe, il n'y en a pas encore 2G0 millions qui font baptiser leurs enfants. 2° Que nous croyons fermement à l'avènement d'un temps dans lequel l'univers entier sera chrétien, et par conséquent où tous les enfants nés en vie seront baptisés, et que cette époque pourra durer bien au delà de ce qu'il suffirait pour ramener la différence à l'avantage des régénérés. 3° Mais que, si l'on considèreles embryons détruits par le cours naturel des choses, le grand nombre restera toujours aux heureux du simple bonheur naturel (1), ee

(l)Y.l'art. Vie éterselle (les états divers de la;.

ELU

ELU

qui est parfaitement en harmonie avec la loi d'élection ou de prédestination laquelle veut que le petit nombre reste aux privilégiés.

« Considérons, en second lieu, ceux qui auront joui de la liberté morale.

Celte bande se divise encore en régénérés et non-régénérés. Or, avant de comparer les bons, soit tout à fait bons, soit devant être guéris ou puriliés, aux mauvais incurables, pour user des termes de Platon, disons deux mots, sur notre route, des initiés à la rédemption et des étrangers.

« Jusqu'à présent, à moins qu'on n'étende, commel'abbéGuitton, ( Voy.

rédemption) (1), au delà des probabilités théologiques, la facilité d'initiation, on est forcé de reconnaître que le nombre des initiés est encore frès-minime proportionnellement à celui des étrangers. Six ou sept mille ans d'un monde dans lequel il y a si peu d'hommes qui aient l'idée du Christ rédempteur, et encore aujourd'hui 250 millions seulement de chrétiens, en y comprenant le scbisme et l'hérésie, sur plus d'un milliard d'habitants du globe ; voilà des faits auxquels il n'y a pas de réponse. Mais il est permis de croire que le genre humain durera encore une multitude de siècles, et qu'il finira par être totalement chrétien ; or, Vil en est ainsi, ce que nous croyons sans le moindre doute à la lecture des prophéties, le nombre des chrétiens s'augmentera à tel point qu'il pourra finir par dépasser celui des étrangers. Il n'en est plus, à notre avis, de cette élection comme de celle dont nous venons de parler; il nous parait naturel que, l'incarnation ayant eu lieu, le monde en vienne à fournir plus d'adultes au recrutement de Jésus -Christ qu'à l'autre; comme, aussi, nous trouvons raisonnable qu'en résultat dernier cette incarnation soit profitable au plus grand nombre, ainsi que nous allons le dire tout à l'heure. Inutile, au reste, d'en apporter mes raisons qui ne reposent que sur des appréciations de sentiment.

« Restent les deux questions du

(i) On peut lire cet article dans dos Humomu». (1873.)

nombre des bons ou des susceptibles de purification dans les deux ordres comparativement au nombre des mauvais incurables qui consomment leur damnation par la manière dont ils passent cette vie.

« Considérons d'abord les étrangers. Ce n'est pas, chez ceux-là surtout, les actions qu'il faut soumettre à l'examen; c'est l'état présumable de leur conscience et de leur intention relativement à l'ignorance morale et religieuse qui leur incombe.

Combien d'actions seraient criminelles dans un chrétien instruit, qui sont, en eux, indifférentes ou même méritoires. Qui croira, par exemple, que ces femmes qui se font brûler avec une sérénité d'âme sans mélange, sur le bûcher de leur époux, pourallerle rejoindredansle Nirvana, ou dans les transmigrations qui doivent précéder ce bonheur final des saints accomplis, ne font pas une bonne action devant Dieu, bien plutôt qu'un crime'? Et il en est ainsi de mille autres actions condamnées par la loi naturelle bien comprise. A plus forte raison en est-il de mèma de celles qui sont matériellement lionnes. Nous croyons donc que, parmi les étrangers à la rédemption, il yen a très-peu qui s'établissent suffisamment dans la haine du bien et en contradiction avec leur conscience pour mériter d'être classés, dans l'autre vie, parmi les damnés de la loi naturelle. Il y en a cependant quelques-uns; c'est cequirésulte de ce passage si rationnel de l'Epitre aux Romains.

Trouble et angoisse dans Fume de tout homme opérant le mal, Juif d'abord, et Grec. Gloire et honneur et paix à quiconque fait le bien, Juif d'abord, et Grée, car Dieu ne fait point acception des personnes. Quiconque a péché sous la bn périra sous la loi; et quiconque a péché dans la bù sera jugé par la loi (1), au jour où Dieu jugera, par Jésus-Christ, selon l'évangile que j'annonce, ce qu'il y a de caché dans les hommes. Car ne sont pas justes de-

(1) Nous suivons le crée qui, par la parenthèse, indique que telle est la suite. Nous reportons après cette suite du sens, la parenthèse elle-même, commençant au mot car.

ELU

ELU

vont Dieu ceux qui écoutent la loi, mais justifiés seront ceux qui accomplissent lu loi, et lorsque les Gentils quin'ont pas la lot font naturellement ce qui est selon la loi, n'ayant pas la loi, ils sont à eux-mêmes la loi et montrent l'œuvre de la loi écrite en leur cœur, leur conscience leur rendant témoignage, et leurs pensées s'accusani ou se défendant l'une l'autre. » (Rom.

« Et L'observation des faits parle comme saint Paul, car elle présente, en dehors ilu Christianisme, d'épouvantables monstres, qu'avec. la meilleure volonté du monde on ne peut ni déclarer fous, ni excuser par la bonne foi. Mais ce ne sont guère que quelque^ hommes puissants, et plus instruits que les autres, tels que certains tyrans comme ceux dont parle Platon et qui lui arrachaient des tableaux qu'on dirait cruels, ainsi que les pharisiens en arrachaient à Jésus- Christ lui-même. Damnerez-vous ce pauvre anthropophage à qui «espères ont appris à dévorer son ennemi vaincu comme les nôtres nous ;q>renneni à manger une chair qui a eu vie? Dieu seul connaît les consciences, mais plus nous méditons sur la nature humaine, moins nous croyons a la méchanceté complète et finale de ces multitudes ignorantes et fanatiques que d'antiques superstitions retiennent, comme d'infranchissables barrières, loin du bercail de Jésus-Christ. L'examen plus détaillé des chrétiens eux-mêmes dont nous allons indiquer les bases, pour a leur être appliqué, et servir a corroborer cejugement dans l'esprit du lecteur.

« 11 faut lire cet examen détaillé.

dans le discours du dominicain, si ce discours a été publié tel que nous le lui avons entendu prêcher à Notre- Dame de Paris.

« Le grand orateur divisa, d'abord, autant qu'il nous en souvient, l'humanité en jeunes gens et en hommes faits, et, étudiant la jeunesse durant les années où l'être se constitue, il ne trouva point en elle les éléments nécessaires pour la fixation de l'individu dans le mal ; c'est l'âge des tempêtes, des luttes, des etforts et des

faiblesses; et, dans un tel orage, on ne voit pas comment la raison et la volonté pourraient , sauf peut-être quelque cas très-rares, imprimer sur elles-mêmes le sceau définitif de la réprobation; l'une et l'autre sont trop tendres pour en avoir la force ; elles peuvent se rendre malades, se mettre dans le cas d'avoir besoin de purification ; mais elles ne peuvent se donner la mort, d'où l'on doit rayer de la liste de Satan tous ceux qui meurent durant l'adolescence.

« Il divisa ensuite les êtres humains considérés dans la plénitude de leur nature, c'est-à-dire parvenus à l'âge viril, en hommes et enfemmes, ainsi que la nature les divise ellemême; et, se livrant à l'étude morale de la femme, il trouva en elle, prise en général, trop peu de raison, de sang-froid, et de calcul, trop de sentiment, de cœur et de tendresse pour qu'il lui* soit possible de consommer sa damnation; elle vient à la suite de l'adolescent, et c'est une moitié du Heure humain que Satan n'attire dans ses lacs que pour la voir lui échapper en résultat final.

« Enfin, prenant l'homme, il divisa cette classe en riches et pauvres, lettrés et ignorants, puissants et opprimés, oisifs et travailleurs, ceux enfin qui reçoivent les biens de la terre, et ceux qui n'en reçoivent que les maux : il n'admit pas que ces derniers puissent consommer, dans leur ignorance, leur simplicité, leur travail, leur misère, leur faiblesse, uue vie entière qui comble la mesure nécessaire pour la réprobation éternelle. Et, d'un autre côté, si l'on étudie tous les anathèmes de l'Evangile et toutes ses paroles d'espérance, on trouve que les uns s'adressent à ceux qui ont joui des biens présents matériels et intellectuels, et les autres à ceux qui en ont été dépourvus.

C'est l'antithèse qui se rencontre à chaque pas dans les deux Testaments, et elle est si naturelle que la poésie et la philosophie en ont fait un de> principaux éléments de leur éloquence, même en dehors du Christianisme. Or, si l'oncumparecesdeux bandes, on trouve que celle de ceux qui souffrent sur la terre sous un

ELU

ELV

rapport ou sous un autre, embrasse presque tout le genre humain.

« Restait le petit troupeau des riches, des puissants, des lettrés, des génies ; et si on l'étudié de près on y trouve encore un bien plus grand nombre d'individus manifestant de la simplicité d'intention, de la bonne volontédansla somme totale de leur vie, que la pure malice, le. mauvais cœur, l'égoïsme complet qui rit, au fond do lui-même, de tout ce qui ne concourt pas à la satisfaction de ses instincts.

Cependant c'est dans cette classe qu'on découvre ces rares monstres qui ne peuvent former, dans l'autre vie, que la cour de Satan, ceux de qui Jésus-Christ dira : Allez, maudits de l'éternelle 'justice, allez à l'éternel tourment ; car j'ai eu froid, j'ai eu faim, j'ai eu soif, et vous avez tout gardé pour vous.

(C'est après avoir analysé de la sorte le genre humain et lui avoir supposé un long avenir pendant lequel Jésus- Christ recrutera des multitudes dont le nombre réduira à do petites proportions relatives les pertes du passé, que l'orateur acquit devant son auditoire le droit de s'écrier en retournant la grande apostrophe de Massillon : i< Satan, où sont tes élus, et que te reste-t-il pour ton partage ? »

h llésumous-nous :

« Le ciel naturel il) des êtres humains non-régénérés et n'ayant point exercé la liberté morale en cette vie, sera infiniment plus peuplé que les autres.

« Il est probable que le ciel surnaturel des régénérés, n'ayant pas joui de la liberté, sera le plus populeux après celui-là, en raison du grand nombre de baptisés que doit donner l'avenir à Jésus-Christ.

« Il est probable, pour la même raison, que la demeure la plus élevée dont parlait le Sauveur quand il disait à ses apôtres : Je vais vous préparer le lieu (Jean xiv, 3), c'est-à-dire

(i) D'après le langage commun qu'à suivi le concile de Florence, il faudrait dire: « La partie de l'eufer n ; mais cette manière de parler qui aurait couvert les mêmes idées, aurait jeté sur notre étude une teinte que nous n'aurions pu coutre!»alan<-er qu'avec des périphrases qui l'auraient chargée (1873)

celle des chrétiens adultes , viendra en troisième rang.

« Il est probable que le ciel des bons étrangers viendra en quatrième pour le nombre de ses habitant s,

« Quant aux deux séjours du malheur éternel, ceux auxquels convient spécialement le nom d'enfers, leur population sera imperceptible, relativement à celle des autres séjours considérés ensemble , ou mémo considérés chacun en particulier.

« Il résulte de ce calcul de probabilités, que le ciel naturel, enfants et adultes compris, enveloppera la plus grosse part du genre humain : qu'audessus s'échelonneront les félicités surnaturelles, diverses?olon les individus, en nombre très-considérable ; et qu'au-dessous s'échelonneront égalementles infortunesdiverses en nombre très-infime proportionnellement à l'immense multitude d'âmes qui représenteront, dans l'éternité, la race humaine. » Le Nom.

ELVENICH (Pierre-Joseph) (Théol.

hist. biog. et bibliog.). — Ce théologien catholique allemand, chef de l'hermésianisme, naquit à Embken près Aix-la-Chapelle, en Prusse, en 1796 ; il se lia intimement à Munster avec le célèbre Hermès, mort en 1831 .

Lorsque Mgr Droste, de Cologne, attaqua les écrits d'Hermès et le lit condamner à Home, Elvenich, fidèle disciple, publia Acta hermesiana, ls37, comme défense ayant pour but de prouver que l'hermésianisme n'avait pas été compris, et il alla à Rome, mais ne put obtenir la révision du procès; c'est alors qa'Elvenich et Braùn tirent paraître les Meletemata theologicaet les Acta romana, 1*38.

Voici les autres écrits d'Elvenich :

Traité de philosophie morale, 2 vol.

Bonn. 1830-1832 ; l'Hermésianisme et Jean Péromie son adversaire, Rome, 1844 ; Documents pour servir à l'histoire secrète de l'hermésianisme, Breslau, 1 8 15 ; Pie IX, les hermésiens et l'archevêque de Geissel, Breslau, 1848.

Le Noir.

ELVIRE (concile d' ). [Théol. hist.

conc. ) Ce concile est célèbre par ses 81 canons ; mais il est l'objet de dif-

ELV

ELV

iicultés historiques et doctrinales.

Il y avait deux villes du nom d'EIrire, l'une dans la Gaule narbonnaise, l'autre en Espagne sur le fleuve Bétis, aujourd'hui leGuadalquivir ; on admet généralement qu'il s'agit pour ce concile de VElvire espagnole, attendu qu'il est appelé concilium illiberitanum libertinum, liberinum, eliberinum, eliberitanum, noms qui indiquent VElvire d'Espagne ; mais il n'y a point certitude. Sur l'époque, les uns le font remonter à l'année 252, les autres à 324 ou 320, et les centuriatcurs de Magdebourg, par une erreur peu concevable, à l'année 700 seulement.

Enfin, quanta l'autorité dece concile, Calvin et Walch se prévalurent de plusieurs de ses canons, et les catholiques ne sont pas d'accord sur l'orthodoxie de sa doctrine ; les uns disent qu'il suffit de bien interpréter ses décrets ; les autres en trouvent quelques-uns d'hérétiques ou de contraires à la vraie discipline de l'Eglise. Plusieurs sont,enetret, difficiles à interpréter, et le sont à tel point que Gabriel de l'Aubespin et Ferdinand de Mcndoza se sont illustrés en les interprétant. ( Voyez, dans Mansi, t. II, p.

I — 106, leurs explications. La revue de théologie de Tubingue, de 18*21 , en donne aussi une interprétation à sa manière, et qui peut être suspectée.

Voici l'étude critique que donne M.

Fritz de plusieurs des canons incrimines du concile d'Elvire :

«Il est défendu, en punition île certaines fautes contre les mœurs, de donner la communion au coupable , même à la lin de la vie, communionem in exitu, sive fine, denegandam esse. Or, dit-on, cette punition est novatienne, et ne peut être comprise qu'autant qu'on admet que le synode a été tenu avant le rejet de l'hérésie novatienne, par conséquent avant 252.

Mais ce reproche est tout à fait injuste. Tandis que les Novatiens croyaient que l'Eglise ne pouvaitjamais accorder aux apostats ni pardon, ni réintégration dans l'union ecclésiastique, les Pérès A'Elvire leur accordaient cette double grâce en certaines circonstances. Les dix-neuf évèques de ce concile voulaient qu'on refusât aux pénitents sincères non

l'absolution sacramentelle, comme les Novatiens, mais la sainte Communion ; et même dans le cas où il faudrait entendre par communia l'absolution sacramentelle, d'après le principe : Si duo idem faciunt, non est idem, ces évèques ne pourraient encore être accusés d'hérésie novatienne, vu que leurs dispositions pénales ne partaient que d'une discipline rigoureuse, rigore disciplina, sans qu'ils méconnussent le moins du monde le pouvoir de lier et de délier de l'Église, tandis que les Novatiens limitaient ce pouvoir, parce qu'ils désespéraient complètement de la grâce et du pardon, ex desperatione venise etindutgentiœ. Les évèques des premiers temps, en maintenant une stricte discipline alors que le danger de retomber dans le paganisme était si grand, prouvaient par là même qu'ils comprenaient leur mission. Lorsque plus tard la paix fut donnée à l'Eglise, elle put adoucir sa discipline, comme elle le fit en effet.

Le canon 36 dit : Placuit picturas m eccîesiaesse non debere, ne quod colitur et adiiratur in parietibus depingatur. On en prit prétexte pour accuser les évèques d'être les précurseurs des iconoclastes, et d'être en opposition avec des décisions formelles de l'Eglise, par exemple avec la prescription du concile de Trente, sess. 25 :

Imagines porro Christi,-Deiparx Virginis et aiiorum sandorum, in templis prxsertim habendas et retinendas, eisque debitum honorent et venerationem impertiendam; et d'un autre côté les écrivains protestants ne peuvent en appeler assez souvent et d'un ton assez triomphant à ces évèques éclairé-, pour prouver combien le culte des images, étranger au Christianisme primitif, dégénéra, de bonne heure, en véritable idolâtrie. Mais le canon qu'on cite ne fait pas le moins du monde apparaître les évèques comme des hérétiques et des iconoclastes. Les uns ont voulu justifier les évèques en disant qu'ils avaient attaqué non les images en général, mais seulement les représentations du Dieu invisible, comme l'indique le mot adoratur ; d'autres ont rapporté le canon en question non aux

ELV

EMA

images des saints en tapisseries ou en bois, etc., etc., mais aux images peintes sur les murailles des églises, et cela parce que ces images, en temps de persécution, ne pouvaient être cachées, ou étaient plus ou moins défigurées par le temps et devenaient un objet de dérision pour les païens.

On a encore donné d'autres explications de ce canon. Toutefois cette prohibition s'explique tout simplement par ce fait qu'avant Constantin le Grand on était en général opposé au culte des images, non parce qu'il était défendu et nuisible, mais parce qu'on craignait que lespaiens convertis ne vissent dans ce culte une espèce d'idolâtrie, et qu'on ne risquât ainsi de les rameneraupaganisme(i).

« Le 34 e canon est analogue à celui dont nous venons de parler: Cereos per diem placuit in cœmeterio non incendi; inquietandi enim sanctorum spiritus non sunt. Ici, dit-on, les Pères condamnent, sous menace d'excommunication, ce qui, à peine blâmé un siècle plus tard par le prêtre Vigilantius, le fit précisément condamner et excommunier comme hérétique.

Mais les évoques ne se prononcent en aucune façon contre l'usage des cierges durant l'office ; ils vont seulement au-devant d'un abus en défendant d'allumer des cierges sur les tombeaux pendant le jour, dans un but de nécromancie. On rencontrait souvent parmi les païens la vaine croyance qu'on pouvait évoquer les esprits ou les mânes des défunts, et les contraindre à des aveux concernant l'avenir, par certaines paroles magiques et en allumant des torches ou des flambeaux sur leurs tombeaux. Les évèques espagnols, loin de favoriser les opinions superstitieuses, se prononcèrent dans ce canon contre les Chrétiens qui, attachés encore aux superstitions païennes, allumaient des flambeaux sur les tombeaux, ad inquietandos sanctorum spiritus, id est ad evocandos, inclamandos, ciendos sanctorum spiritus.

a Le canon 33 mérite aussi une mention particulière ; il est ainsi conçu :

Placuit in totum prohibere episcopis,

fl) Voy. Christ (imag

du).

presbyteris et diaconibus, vel omnibus clericis positis in ministerio, abstinere se a conjugibus suis et non generarc filios ; quicumque vero feccrit, ab honore oleHcatus exterminetier. Ce canon ordonne aux ecclésiastiques engagés dans les ordres majeurs de s'abstenir de tout commerce conjugal avec les femmes qu'ils ont épousées avant l'ordination. On cherchait à affaiblir la rigueur de ce canon, souvent attaqué, en disant qu'il n'interdisait le rapport conjugal que pour le temps durant lequel les ecclésiastiques étaient d*e service et chargés surtout de la célébration du saint Sacrifice, mais qu'en tous cas cette défense des dix-neuf évêques espagnols ne pouvait valoir qu'en Espagne et devait être considérée comme fort Insignifiante en elle-même (I). Mais cette explication, qui cherche a affaiblir la portée du canon, n'a ponr elle que les ennemis do célibat. Quoique Hosius de Cordouene put faire passer au concile de Nicée une décision relative au célibat analogue à celle promulguée à Elvire pour l'Espagne, le canon cité n'en resta pas moins dans l'Eglise d'Occident la règle qui détermina les rapports conjugaux des ecclésiastiques, comme ou peut le démontrer par les canons des diverses provinces (2).

« I ('autres canons sont dirigé- contre diverses espèces d'idolâtrie et d'immoralité; le mariage avec les Juifs, les païens et les hérétiques est rigoureusement défendu.

« Plusieurs canons prescrivent les mesures k prendre contre les ecclésiastiques qui se rendent dans les marchés, qui font le commerce, etc., etc. ; contre les femmes qui, dans leur colère, battent leurs servantes jusqu'à les faire mourir; contre ceux qui jouent, ou qui célèbrent la Pentecôte quarante jours après Pâques, etc., etc. » LeNoir.

EMANATION, terme devenu célèbre dans les ouvrages des critiques

(1) Conf. Schrœckh, Ih t. 'le l'Église, roi. V, p f>3.

(2) Conf. Nouvelles Recherches sur les Constitutions et les Canons des Apôtres, par Urey, p. 281, 309, 339.

EMA

protestants qui ont parlé de l'ancienne philosophie, des opinions des premiers hérétiques, et de la doctrine des Pères qui les ont, réfutés, surtout dans les écrits de Beausobre, de Mosheim et de Bruker. Le premier a traité cette matière avec beaucoup de soin, dans son Hist. du Manichéisme, 1. 3, c. 10.

Comme les anciens philosophes n'admettaient point la création, ils étaient obligés de soutenir ou que les substances spirituelles étaient éternelles comme Dieu, ou qu'elles étaient sorties de l'essence divine par animation, et il s'agissait encore de savoir si cela s'était fait nécessairement, ou si c'était par un acte libre de la volonté de Dieu. Mosheim, dans une Dissertation sur la création, qui se trouve à la suite du Système intellectuel de Cudwortb, tom. 2, p. 342, prétend que les anciens philosophes ont aussi enseigné que le monde est sorti de Dieu par émanation; mais il faut que par là ils aient seulement entendu l'âme du monde : autrement cette opinion ne s'accorderait pas avec l'éternité de la matière, qui est un dogme de l'ancienne philosophie (I).

Suivant notre manière de concevoir, une substance ne peut émaner d'une autre substance, à moins qu'elle n'en fasse partie ; lorsqu'elle, s'en détache et s'en sépare, il faut que la substance produisante soit diminuée d'autant; et comme l'esprit est une substance simple et indivisible, nous ne comprendrons jamais qu'un esprit puisse émaner d'un autre esprit ; d'où nous concluons évidemment qu'un esprit n'a pu commencer d'être que par création.

Mais les anciens, dit Beausobre, ne l'entendaient pas ainsi. Platon enseigne que Dieu est le formateur des corps, mais qu'il est le Père des intelligences. C'est de lui qu'émane immédiatement l'esprit que les Grecs ont nommé voûq, et les Latins mens

(Jl Nous avons déjà .lit que nous ne trouvons point dans l'ancienne philosophie platonicienne l'éternité île la matière proprement dite, que nous v verrions plutôt la négation de la matière comme réalité substantielle, et que, selon nous, Platon n'a professé que l'éternité des archétypes de la matière et de tout ce qui est. Lu Nom.

EMA

cette lumière spirituelle qui éclaire tous les êtres raisonnables ; c'est aussi le sentiment de Chalcidius, de Porphyre et de Philon. Ces écrivains ne doutent cependant pas que la nature divine ne soit une substance simple et indivisible; ils ne pensent point que par l'émanation des esprits l'essence divine ait été partagée ni diminuée; ils disent que Dieua produit les intelligences comme un flambeau en allume un autre, sans rien perdre de sa lumière ; ou comme un maître communique ses idées à son disciple, sans les détacher de lui-même. Suivant ce que dit Mosheim, ils se sont servis de la même comparaison pour expliquer l'émanation du monde.

Les philosophes, continue Beausobre, ont donc pensé que les esprits ont existé de toute éternité ; parce que, selon Platon, Dieu, qui est le souverain bien, ne peut être sans se communiquer, ni l'esprit sans agir ; cependant ils n'ont attribué aux esprits qu'une éternité seconde, parce qu'ils ont une cause, au lieu que celle de Dieu, qui n'a point de cause, est l'éternité première. lis ont dit enfin, que ces esprits sont consubstaidiels à Dieu, c'est-à-dire de même genre et de même nature que Dieu ; ils n'ont pas avoué néaumoins que ces êtres fussent égaux à Dieu, parce que Dieu ne communique ses perfections qu'autant qu'il veut. Aussi ne les ont-ils point nommés des dieux, mais des éons, c'est-à-dire des êtres d'une durée toujours égale, sans accroissement et sans diminution. Tel a été le système des valentiniens et des autres gnostiques, de Manès et dès manichéens, qui l'avaient pris des Orientaux. Bruker, à son tour, dit que c'est la base et la clef de la philosophie de ces derniers.

Pour nous, après y avoir mûrement réfléchi, nous soutenons que le système exposé par Beausobre est de sa composition, que ce n'est ni celui de Platon, ni celui d'aucun des nouveaux platoniciens ; nous oserions le délier de nous en montrer toutes les pièces, ni dans Philon, ni dans Chalcidius, ni dans Porphyre, ni chez aucune secte de gnostiques.

I" Il est faux que Platon ait ensei-

EMA

EMA

gné que Dieu a opéré de toute éternité; ce prétendu principe, que le souverain bien ne peut être sans se communiquer, ni l'esprit sans agir, ne se trouve dans aucun de ses ouvrages ; il n'attribue à Dieu aucune action antérieure à la formation du monde ; loin d'avoir mis une distinction entre l'éternité première et l'éternité seconde, il dit formellement qu'une nature ou une substance qui a commencé d'être, ne peut être éternelle. Dans le Timêe, m. p 529, D.

2° Ce philosoplie n'admet point d'autres esprits que Dieu et l'âme du monde, encore nous laisse-t-il ignorer si Dieu a tiré cette âme de luimême ou du sein de la matière. Suivant son opinion, les âmes des astres, de la terre et des autres parties de l'univers, sont des portions de l'âme du inonde ; il appelle tous ces êtres des dieux, et non des éons; il pense que ce sont ces dieux i isibles, ces dieux célestes, qui ont engendré les démons ou génies, qui étaient les dieux des païens, sans que le Dieu formateur du monde y soit intervenu pour rien: c'est à ces derniers, ditil, que Dieu a donné la commission de faire les hommes et les animaux, et les âmes de ceux-ci sont des parcelles détachées de celles des astres.

11 appelle Dieu le père du mondr, le père des dieux célestes, et non le père des esprits ou des intelligences.

limée, p. 330, H ; p. :;:;:;, 6. il n'a donc eu aucune notion des cons, ni de leur généalogies ridicules. Aussi Beausobre avoue que les gnostiques ont emprunté ces éons des philosophes orientaux, et non de Platon.

3° Ce critique attribue donc trèsmal à, propos à Platon les rêves des nouveaux platoniciens que l'on a nommés éclectiques; il y avait au moins quatre cents ans que Platon était mort, lorsque l'éclectisme a pris naissance. Aussi Brueker a reproché à Beausobre d'avoir confondu les époques et les différents âges de la philosophie, et d'avoir souvent méconnu la vérité par cette inadvertance. Les gnostiques ont pu emprunter leurs éons des philosophes orientaux ; mais il est fort incertain s'ils n'ont pas forgé le système des émana-

tions, sur ce qui est dit dans le Nouveau Testament de la génération éternelle du Verbe et de la procession du Saint-Esprit, en le défigurant à leur manière.

4° Ce système, tel qu'il est arrangé, renferme une contradiction palpable, Suivant leur principe, le souverain bien ne peut pas être sans se communiquer, et l'esprit ne peut pas exister sans agir ; donc il est faux que Dieu ait produit les émis par un acte libre de sa volonté, et qu'il ne leur ait communiqué de ses perfections qu'autant </u'il l'a voulu. Une cause qui agit nécessairement agit de toute sa force, elle n'est point maîtresse de modifier à volonté son action. Si les éons sont émanés de Dieu de toute éternité, ce sontdesètres nécessaires, ils sont égaux à Dieu : la coéternitê emporte nécessairement la coégalité.

Il est étonnant que Beausobre ne l'ait pas compris.

3° Une témérité inexcusable île sa part, est d'avoir attribué aux Pères* de l'Eglise, à Tatien, à Origénc et à d'autres, ce système absurde des émanations, et d'avoir cilé le témoignage du père Pétau; Doym. Thêol., liv. 4, c. 10, § 8 et suiv. Dans ce chapitre même, § 15, ce théologien fait voir que les Pères, en parlant des êtres participants et émanés de Dieu, ont entendu îles qualités abstraites, et non des substances ou des personnes ; et encore n'attribue-t-il ce système qu'au prétendu Denis l'aréopagite , auteur du cinquième ou du sixième siècle, et à saint Maxime, son interprète. Nous verrons ci-après , qu'au lieu d'adopter cette hypothèse, les Pères l'ont réfutée par des raisons démonstratives.

6° Le motif qui a dicté cette accusation à Beausobre est encore plus odieux ; il l'a forgée alin de persuader, en premier lieu, que les Pères n'ont pas admis la création des esprits, ce qui est absolument faux ; en second lieu, qu'ils ont conçu la génération du Verbe divin et la procession du Saint-Esprit de la même manière que les platoniciens et les gnostiques expliquaient l'émanation des éons ; qu'ainsi leur doctrine, sur la Trinité, n'est rien moins qu'orthodoxe; en

EMA

EMA

troisiï'mo lion, que l'on a eu tort de reprocher aux manichéens, comme uni; erreur, un système adopté par les plus respectables docteurs de L'Eglise ; mais le projet de ce critique ne peut tourner qu'a sa confusion.

lui effet, au mot Création, nous avons fait voir qu'elle a été admise et enseignée par les Pères ; Beausobre lui-même en est convenu et l'a prouvé,

t. 2, liv. '.'>, c. ES, p. 230, sans distinguer entre la création des corpset celle des esprits. Or, le dogme (le la création sape par le fondement le système

des émanations ; de l'aveu de noire

auteur, les philosophes n'avaient imaginé cette dernière hypothèse que parée qu'ils soutenaient qu'une substance ne peut pas être tirée du néant. D'autre côté, Brueker prétend que les anciens l'ères n'ont pas eu

lidée du système des émanations, et

et que par celte raison ils n'ont pas

bien compris les opinions des gnostiques : aulre imagination sans fondement, mais qui contredit celle de Beausobre.

Celui-ci a cité un passage de Tatien, Contra Génies, n. •> ; mais cet auteur y parle de i,i génération du Verbe divin ; il dit qu'elle se fait sans partage el sans diminution de la substance du Père. « Cequi est retranché, « continue-t-il, est séparé du tout ; » mais ce qui est communiqué par n participation, n'ôte rien au prin- » cipe qui le communique. » Il se sert de la comparaison du flambeau qui en allume un autre, sans lien perdre de sa lumière, et de la pensée

qui, par la parole, se communique aux auditeurs, sans être ôtée à celui qui parle. Si quelques platoniciens

se sont servis de la même comparaison pour expliquer la prétendue émanation des esprits, chose très-douteuse, il ne s'ensuit pas que Tatien a conçu la génération du Verbe

comme les rêveurs entendaient la naissance des esprits. Loin d'admettre celte cmaniition, Tatien dit formellement, n. 7, que le Verbe divin a créé (es hommes et les anges.

Beausobre a beau dire que les théologiens Ont distingué deux espèces

H émanations, les unes qui se terminent dans l'essence divine, telles sont

la génération du Fils et la procession du Saint-Esprit; lesautresqui sortent de cette essence, et c'est, dit-il, la procession des êtres participants.

Mous soutenons que les Pères, qui sontnos seuls théologiens, ont admis la première espèce dans le mystère delà s;iinte Trinité, et qu'ils ont rejeté la seconde, comme un rêve des platoniciens et des gnostiques ; jamais il ne leur est arrivé d'appeler les anges nu les âmes humaines des êtres participants.

Saint Justin, Cohort. ad Qrsecos , n. 22, fait remarquer que Platon n'a pas appelé Dieu créateur, mais ouvrier de ses prétendus dieux ; Sr||uoupY<$v, parce que le Créateur, qui n'a besoin de rien, fait, par son [seul pouvoir, tout ce qui est, au lieu que l'ouvrier a besoin de matière. Dial. cum 'l'n/ph., n. !i, il dit que l'âme humaine n'est pas incréée, non plus que le monde ; c'est pour cela qu'il ne la croit pas immortelle par nature, mais par grâce.

Athénagore, de Rcsurr. mort., n.

18, observe que ceux, qui croient Dieu créateur de toutes choses, doivent aussi admettre sa providence, sur toutes choses, en particulier sur l'âme humaine.

Saint Théophile, ad Autolycum ,

n. 10, enseigne que Dieu ayant son Verbe dans son sein, l'a engendré avec sa sagesse, et a créé toutes choses par lui.

Saint Irénée a réfuté expressément le s\ stème des émanations, Adv. Hier., lib.'i, c. 13 et 17 ; il aurait été de la

bonne fui de Beausobre de ne pas passer ce fait sous silence.

Origène, tic l'rincip., 1. 1, n. I, dit ([lie « llieu étant à tous égards une » parfaite monade ou unité, il est la » source d'où toutes les natures in- » telligentes prennent leur eommen- » cernent et leur origine; » mais il nous apprend lui-même que c'est par création, et non par émanation, puisqu'il soutient que les esprits ont été créés, aussi bien que la matière ibid., lib. 2, c. 0. Cela n'a pas empêché Brucker d'attribuer à ce Péri; et à saint Irénée le système des émanations, ///s/, t'i'it. i'hilosnpliix, t. !!, p. 406 et 444. Voilà comme on doit

EMA

EMA

se fier aux accusateurs des Pères.

Quoi qu'ils en disent, Augustin et saint Jean Damascène ont eu raison d'objecter aux manichéens, que si les esprits ou les éo?is et les âmes humaines sont émanés de la nature divine, celle-ci est divisée en autant de parties qu'il y a d'émanations ; c'est un des arguments de saint Irénée contre les gnostiques, liv. 2, c. 13, n.li. Vainement tous ces hérétiques auraient répondu qu'ils niaient cette conséquence, comme faisaient les platoniciens ; les Pères auraient répliqué que tous raisonnaient mal ; que puisqu'il est ici question à'émanations qui ne se terminent point dans l'essence divine, mais au dehors, il est absurde de prétendre que ce qui est sorti n'a été ni séparé, ni retranché. Si les manichéens avaient osé dire que des docteurs chrétiens avaient pensé comme les platoniciens, les Pères auraient nié le fait, parce qu'il est faux. Ils auraient ajouté, que les comparaisons tirées d'un flambeau et de la pensée qui se communique, ne prouvent rien ; la lumière, est un corps ; la pensée n'est ni une personne ni une substance, comme les esprits et les âmes humaines. Lorsque les docteurs chrétiens s'en sont servis en parlant de la génération et de la procession des Personnes divines, ils n'ont pas prétendu par là un mystère essentiellement inexplicable ; mais ils n'ont jamais |parlé de même de lanaissance des esprits. Le mystère de la sainte Trinité est révélé, la prétendue émanation des esprits ne l'est pas; elle est même contraire au dogme essentiel de la création que les Pères ont soutenu contre les philosophes.

Il ont encore été bien fondés à objecter aux manichéens que si les éons et les âmes humaines sont des émanations de la nature divine, ce sont autant d'êtres consubstanticls à Dieu, et autant de dieux; ainsi le soutient saint Irénée, ibid. , c. 17, n. 3. Et il est faux que les manichéens aient été autorisés par l'ancienne théologie à nier cette conséquence. Encore une fois, pour la nier, il faut tomber en contradiction, soutenir, d'un côté, que les esprits sont de toute éternité, que Dieu n'a

pas pu exister sans les produire, qu'il les a donc produits nécessairement ; de l'autre, qu'il a été le maître de ne leur communiquer ses perfections qu'autant qu'il l'a vo-jlu librement.

Si les philosophes ont digéré cette contradiction, comme tant d'autres, les Pères de l'Eglise, qui sont nos anciens théologiens, n'ont pas été assez stupidespour uepas l'apercevoir. Tertullien a raisonné sur ce sujet en métaphysicien profond. L. contra Hermogen. , c. 3 et suiv.

Beausobre leur attribue d'autres erreurs encore plus grossières ; il prétend que les Pères ont exprimé la génération du Verbe par le mot grec itpo6oM|, qui signifie la même chose cm' émanation ; parce qu'ils ont cru Dieu corporel, que tel a été le sentiment non-seulement des Pères grecs, mais encore des Latins. Liv. 3, c. 1, g 5,6, 8; c.7, £ 6 et 7. Il n'en excepte qu'Origène,qui avaitapprisde Platon, et non de l'Ecriture sainte, que Dieu est incorporel. Il dit que, touchant la nature de Dieu, les docteurs chrétiens suivaient le sentiment des maîtres qui les avaient instruits, et des écoles philosophiques d'où ils sortaient, parce que l'Ecriture sainte ne s'exprime point clairement sur ce sujet. Cependant, c. 10, § 7 du même livre, il nous l'ait observer que, selon les principes des anciens théologiens, aussi bien que des philosophes, dans tous les êtres vivants et incorporels les émanations se font sans que les sources ou les causes en souffrent aucune diminution, et que les auteurs chrétiens se sont servis de cette métaphysique, li nichant les natures spirituelles, pour expliquer leurs mystères. En quel sens ces auteurs se sont-ils servis de la métaphysique qui concerne les êtres incorporels, ou les natures spirituelles, s'ils ont cru que Dieu était corporel?

Dans quelle école de philosophie les Pères ont-ils pris la notion d'un Dieu corporel, s'il est vrai, comme le prétend Beausobre, que Platon et les platoniciens, les philosophes orientaux, les valentiniens, les gnostiques et les manichéens ont tous distingué les émanations des êtres incorporels d'avec les générations ou les émanations des corps? Mais peu importe à ce critique

EMA

de se contredire, pourvu qu'il réussisse à. calomnier les Pères; nous le réfuterons au mot Esphit,

Ce n'est pas tout. Selon lui, les philosophes qui ont cru que les esprits étaient sortis de Dieu par émanation, ne leur ont attribué qu'une éternité seconde, parce qu'ils ont une cause ; ils ont réservé à Dieu seul l'éternité première, parce qu'il n'a point de cause. Par conséquent, si les Pères ont conçu la génération du Verbe et la procession du Saint-Esprit, comme les philosophes concevaient l'émanation des esprits, ils n'ont pu attribuer à ces deux Personues divines qu'une éternité seconde, et non l'éternité première, qui ne convient qu'à Dieu le Père. C'est aussi ce que prétend Beausobre ; il va même plus loin : il affirme que les anciens ont cru généralement que le Père n'a produit ou engendré le Verbe qu'immédiatement avant de créer le monde; qu'auparavant le Verbe était dans le Père, mais qu'il n'était point encore hvpostase ou personne, puisqu'il n'était point encore engendré. I.. !i, c. S, § 4.

Suivant cette doctrine, en admettant le système des émanations, les Pères n'ont pas pas su attribuer au Verbe divin la même antiquité que les philosophes attribuaient aux esprits ou aux dons; ceux-ci étaient émanés de Dieu de toute éternité, au lieu que le Verbe n'est émané du Père qu'immédiatement avant la création du monde.

Les premiers sont sortis de Dieu nécessairement, parce que Dieu ne pouvait exister sans agir; mais c'est trèslibrement, sans doute, que Dieu a retardé la génération de son Verbe jusqu'au moment de créer le monde.

Puisque les éons ne sont pas des dieux, parce que le Père a été le maître de ne leur communiquer ses perfections qu'autant qu'il a voulu, à plus forte raison le Verbe n'est pas Dieu, puisque le Père a usé, sans doute, à son égard, de la même liberté.

Bullus, dans sa Défense de la foi de Nicée, Bossuet, dans son I er Avertissement aux protestants, ont réfuté démonstrativement toutes ces accusations absurdes. Beausobre ne l'a pas ignoré; pourquoi n'a-t-il rien opposé aux preuves de ces deux célèbres

EMA

théologiens? Comment n'a-t-il pas rougi de supposer que, dès le second siècle, et immédiatement après la mort des apôtres, les dogmes les plus essentiels du Christianisme, la parfaite spiritualité de Dieu, son immensité, la génération éternelle du Verbe, ' la divinité du Fils et du Saint-Esprit, etc., ont été méconnues et défigurées par ceux mêmes qui devaient les enseigner aux fidèles? Comment Jésus- Christ a-t-il abandonné son Eglise sitôt après son ascension dans le ciel?

Beausobre voulait disculper tous les anciens hérétiques aux dépens des Pères de l'Eglise, il voulait esquiver l'argument que Bossuet a tiré contre les protestants de leurs variationsdans la foi; pour en venir à bout, il a fallu accumuler les paradoxes et les calomnies, abandonner môme le principe fondamental du protestantisme, savoir : que l'Ecriture sainte est claire sur toutes les vérités essentielles à la foi.

I.e Clerc n'a pas été plus équitable en faisant l'extrait des ouvrages des Pères du premier et du second siècle de l'Eglise, dans son Histoire ecclésiastique.

Si Beausobre avait daigné se souvenir que les Pères ont cru et professé le dogme de la création, prise en rigueur, et qu'il leur a rendu lui-même cette justice, à la réserve de deux ou trois qu'il a exceptés très-mal à propos, il se serait épargné toutes ces absurdités. Meilleurs logiciens que lui, ces saints docteurs ont non-seulement admis le dogme, mais ils en ont trèsbien senti toutes les conséquences. Ils ont compris que Dieu n'avait pas un corps avant d'avoir créé les corps; que l'Etre souverain, qui opère par le seul vouloir, n'a pas besoin de corps pour faire ce qu'il veut; que tout corps étant essentiellement borné, serait plutôt un obstacle qu'un secours à l'exercice de la puissance divine. Ils ont vu dans l'Ecriture : Dieu dit, que la lumière soit, et la lumière fut; ils n'ont pas eu besoin d'y lire encore : Dieu dit, que les esprits soient, et les esprits furent, pour concevoir que Dieu a créé les esprits aussi bien que la matière, que l'un ne lui a pas été plus difficile que l'autre, et que l'émanation des esprits

EMB

EMB

est aussi absurde que l'émanation de la matière. Ils ont dit que Dieu n'a jamais été sans son Verbe, qui est sa raison ou sa sagesse; que le Verbe éternel n'est point émané du silence, qu'il est coéternel et parfaitement égal au Père, etc.; ils n'ont donc pas été .i^sez insensés pour imaginer que le Verbe n'a commencé d'être une Personne qu'immédiatement avant la création du inonde.

S'il se sont servis des termes parabole, émanation, génération, prolatïon, émission, production, etc., c'est (pie le langage humain n'en fournissait point d'autres; il est injuste d'en conclure qu'ils ont conçu la naissance des esprit.- comme celle des corps, onla génération et la procession des Personnes divines comme celle des esprits créés, puisqu'ils ont déclaré que cette génération eteette procession sont des mystères ineffables, incompréhensibles, dont nous ne pouvons avoir aucune notion par ce qui se fait à l'égard des créatures.

Nous n'ignorons pas que, suivant l'avis de Beausobre et de ses pareils, les Pères ne se sont pas toujours accordés avec eux-mêmes, qu'il va une infinité d'inconséquences dans [leurs écrits, qu'ils tombent souvent en contradiction; mais c'est lui-même qui se contredit à cet égard, puisqu'il ne leur attribue que />"/ la voie </' conséquena la plupart des erreurs dont il les charge. Voyez Pèses de l'Eglise, Platonisme.

Quand on dit que nos actes spirituels, nos pensées, nos vouloirs émanent de notre âme, c'est une métaphore ; ces actes ne sont ni des substances, ni des corps, ni des personnes. En parlant de la sainte Trinité, il n'est pas à propos d'appeler émanation la génération du Verbe et la procession du Saint-Esprit, à cause de l'erreur des hérétiques et des philosophes dont nous avons parlé ; il faut s'en tenir scrupuleusement aux termes dont se sert l'Eglise, si l'on veut éviter tout danger d'erreur. Biîugier.

EMBAUMEMENT. V. Funérailles.

EMBAUMEMENT. (Théol.mixt. scien.

mêd, et hist.) — Nous donnerons ici, comme supplément scientifique, à ce que dit notre auteur des embaumements au mot funérailles, un résumé très-court des procédés antiques et modernes employés pour la conservation des corps humains après la mort.

L'Egypte, la Grèce, Rome et la Judée sont les pays historiques les plus célèbres de i'antiquité sous le rapport qui nous occupe, et parmi ces pays, c'est l'Egypte qui tient la tète.

Les momies égyptiennes que nous retrouvons aujourd'hui, après tant de siècles, si bien conservées prouvent que les Egyptiens avaient atteint une glande perfection dans l'art d'enbaumer les cadavres. Voici ce qu'on en connaît :

Ils commençaient par vider les cavités du corps de tout ce qui pouvait favoriser la putréfaction, puis faisaient dissoudre les entrailles au moyen d'une liqueur caustique, <>u bien encore les asséchaient en les dépouillant de lelll graisse et de tous leurs mucus par une action prolongée du natrum (mtredes fies île la Basse- Egypte). Après cette première préparation, ils les lavaient soigneusement et les faisaient sécher suit a l'air chaud, soit dans le sable, suit dans une étuve. Quand la dessicatioD était aii née au point convenable, deux modes différents étaient employés pour ['embaumement proprement dit : l'un de ces modes consistait ii enduire l'extérieur du corps d'un vernis et à remplir l'intérieur de Substances odorantes propres a

empêcher le développement de- insectes. L'autre mode consistait dans un bain prolongé an sein d'un bitume chaud et liquide qui pénétrait les chairs et jusqu'aux os. lue dernière opération complétait V embaumement; c'était d'appliquer avec art, ainsi que les momies nous l'attestent, des bandelettes, enduites de gommes et de résines, sur toute-, les pailles pour les préserver du contact de l'air et de l'humidité.

Mais tel n'était pas chez les Egyptiens le seul mode A' embaumement ; il y en avait d'autres qui nous sont.

EMB

EMB

inconnus, puisque nous retrouvons parfois des momies très-bien conservées sans aucune trace de mutilation. On croit, du reste, que les conditions du sol et du climat ont été pour beaucoup dans une conservation aussi parfaite de leurs cadavres.

Les (manches, autre peuple, cliez lequel on a pratiqué, avec le même respect des ancêtres, l'embaumement, paraissent avoir employé des procédés à peu près semblables à ceux des Egyptiens; beaucoup de leurs momies ont été trouvées dans les catacombes de l'île de Ténériffe, de l'ile de Fer et d'autres Localités.

Chez les Grecs, on n'embaumait que d'une manière provisoire et pour quelques jours seulement, avant la cérémonie de la crémation; car chez ce peuple célèbre, on brûlait les cadavres, puis on en recueillait religieusement les cendres.

A Rome, on brûlait aussi les citoyens morts, après les avoir exposés pendant sept jours, quand il ^agissait de gens illustres, vêtus dé leur robe et baignés de liqueurs odorantes.

Les esclaves et les pauvres de la plèbe étaient enterrés, sans autre soin, dans des cimetières; ce fut le mode qu'adoptèrentles Chrétiens, et c'est de ces cimetières romains pour les pauvres qu'est venu l'usage de nos cimetières d'aujourd'hui. Pour ceux-là, il n'était point question à' embaumement.

Enfin, dans la Judée, les embaumements étaient pratiqués au moins pour les grands personnages et pour ceux qui étaient l'objet d'une vénération particulière. On employa, dit la Genèse, quarante jours pour embaumer le corps de Jacob. On voit par le récit de S. Mare, que .Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour embaumer Jésus.

Quant aux procédés modernes par lesquels ou a cherché à ramener l'usage des embaumements, ils sont en grand nombre ; voici ce que nous trouvons digne d'être rapporté :

Chaussier, au commencement de ce siècle, Indiqua le perchloruxe de mercure comme un très-bon agent de conservation, et d'autres des sels d'arsenic. Mais ce sont là des poisons

dont l'emploi est dangereux pour l'opérateur ; et, en ce qui est de la France, qu'ils soient bons ou mauvais comme moyens d'embaumement, une loi nouvelle a interdit, pour ces sortes d'opérations, toat composé vénéneux.

Aujourd'hui , plusieurs procédés sont à la disposition du public ; par exemple, celui de William Burnet en Angleterre et du D r Sucquet en France , qui consiste dans une solulinii de chlorure de zinc ; le même l) r Sucquet emploie pour les cadavres destinés aux dissections, l'injection de l'hyposuliite de soude; les cadavres ainsi injectés se conservent un ou deux mois. Mais la plus célèbre méthode d'embaumement, soit pour les funérailles et enterrements dans les caveaux, soit pour les amphithéâtres d'études médicales, c'est 13 méthode G annal, consacrée par une décision solennelle de la commission qui fut nommée en 1848 par l'Académie des sciences pour l'étudier. C'est cette méthode qu'il nous reste à déclare.

Les liquides employés sont les sels d'alumine, et le procédé pour en imprégner les chairs et les transformer en composés imputrescibles, est l'injection dans les artères, par l'artère aorte. On baigne ensuite le corps dans le même liquide, en y ajoutant des essences, qui, avec le temps, forment un vernis qui rend la moisissure impossible, et empêche l'eau de pénétrer, tandis qu'à l'intérieur, l'injection est allée par tous les minuscules du réseau artériel modifier les tissus et les soustraire a.

la possibilité de putrescibilité par une neutralisation des éléments fermentescibles.

Le seul inconvénient de la méthode inventée par M. J. N. Cannai, après des recherches constantes qui ont duré de 1823 à 184-8, et qui lui ont fait le plus grand honneur, est la chèrelé de la mise en application.

Le Nom.

EMBRYON. (Thèol. mixt. et pur.

scien. et mor. ecclés.) — Ce mot qui vient du grée 5[i6puov, (embruon), èy, dans, gpÛEiv. végéter, croître, appliqué aux jeunes animaux, désigne

EME

EME

ceux qui, plus ou moins incomplètement développés, n'ont pas encore vu le jour hors du sein maternel ou hors de l'œuf. Appliqué aux végétaux, il désigne le rudiment de la plante qui se trouve dans la graine, protégé par des enveloppes, et déjà nourri par des liquides. Appliqué à l'homme, il désigne l'enfant pendant les mois de grossesse de la mère durant lesquels il n'a pas encore la capacité de vivre séparé d'elle.

« Comme L'âme et la vie, dit le Dict. encyclop. de la théol cath. sont liées au corps de l'enfant dès son premier germe, dans les cas rares où ['embryon séparé de sa mère vit eneore, il faut l'ondoyer, sans condition si la vie est certaine, conditionnellement s'il y a doute : situ vis, ou: si tu est, capable d'être baptisé. L'embryon est-il encore enveloppé dans l'amnios, il faut ouvrir cette membrane et donner le baptême par aspersion. Si l'enfant vivait encore quelque temps après l'ondoiement, lecnré devrait le baptiser conditionnellement, d'après le rituel. »

Le Nom.

EMERSON (lîalp-Waldo). (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre philosophe américain naquit à Boston vers 1803 d'un ministre unitairienet devint ministre lu i-inéine d'une église mut, mienne, mai.-, bientôt il se retira dan-, la Aie privée et se. fit écrivain philosophe pur. Voici ses principaux ouvrages :

L'homme pensant, Boslon 1837; ['Éthique, 1838; ta Nature, 1 839, écrit célèbre où il donna la clef de ses idées; Esquisses anglaises, 1856; des poésies; la revue philosophique et religieuse, The (liai, fut créée par lui et passa ensuite sous la direction de Marguerite Fuller, mais il y fit insérer beaucoup d'études qui ont paru plus tard en volumes.

Ses Essais (le philosophie américaine ont été traduits en français en 1851 par M. Em. Montégut, in-12.

Le Noir.

EMERY (Jacques-André), (Théol.

hist. biog. bibliog.) — Ce supérieur général des Sulpicicns, sous Napoléon 1 er ,

naquit à Gex en 1732 et mourut à Pans, âgé de 80 ans, peu de jours après nue discussion célèbre avec l'empereur, en 181 1. Pendant la révolution française, l'abbé Èmery fut enfermé à Sainte-Pélagie, puis à la Conciergerie, et resta seize mois en prison. En 1802, le nouveau gouvernement lui proposa l'évêehé d'Arras, qu'il refusa. En 1809, « il fut associé, dit M. Kerker, à une commission composée de deux cardinaux et de cinq évoques, chargée par l'empereur de donner son avis sur les affaires ecclésiastiques et notamment sur les rapports entre la France et le Pape.

Les questions auxquelles la commission devait répondre portaient SUT l'exécution du Concordat, l'organisation des affaires ecclésiastiques en Allemagne et en Toscane, et principalement sur l'institution canonique des évoques nommés par le gouvernement. Le Pape, captif à Savone, se refusant à préconiser les évèques présentés par l'empereur, tant qu'il ne serait pas rendu à ta liberté, Napoléon voulait obtenir de cette commission un avis qui lui permît de se passer de cette confirmation pontificale. La commission, malheureusement pusillanime, proposa un moyen terme d'après lequel, dans le cas où au bout de six mois l'institution papale n'aurait pas eu lieu, l'institution canonique serait conférée, par te métropolitain (11 janvier 1810). L'abbé Énîery seul refusa de souscrire à ce projet, sous prétexte qu'il n'était pas convenable que son nom fût associé à ceux des cardinaux et des évèques. Il expia sa hardiesse en recevant l'ordre de quitter son séminaire. Cependant il fut bientôt autorisé à y rentrer. Il fut même obligé do reprendre l'année suivante (janvier 1811) sa place dans la commission qui, au commencement d'avril, fut convoquée aux Tuileries avec d'autres hauts dignitaires de l'empire. L'abbé Êmery s'y montra comme toujours plein d'énergie et de courage. L'empereur ouvrit la séance par un discours extrêmement violent contre le Pape.

Aucun des évèques présents n'osa répliquer; mais l'abbé Èmery, ayant été interrogé par Napoléon, déclara,

EME

Page 1