‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 76 sur 96 · EMM · texte numérisé non relu

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avec autant de fermeté que de franchise, que sans le Pape on ne pourrait rien conclure, rien entreprendre ; qu'un concile (l'empereur en avait menacé) séparé du chef de l'Eglise, ou désavoué par lui ne pouvait prendre aucune décision valable, comme le déclaraient même les Articles de 1682 et le Catéchisme de l'empire, prescrit par Napoléon; qu'on devait avant tout obéissance au Pape; qu'un corps séparé de sa tête ne pouvaitabsolument rien faire.

Il ajouta, en s'appuyant sur Bossuet, quelques paroles sincères et hardies sur la nécessité de laisser au Pape ses possession- temporelles afin qu'il pût agir avec liberté et indépendance.

Le calme et la fermeté avec lesquels le digne vieillard prononça ces paroles impressionnèrent l'empereur, à qui s'adressaient directement les dernières observations du courageux Sulpicien. Les prélats de cour, effrayés et craignant pour le vénérable Émery, s'empressaient de le disculper en attribuant ses paroles à son grand âge ; mais Napoléon reprit brusquement : « Vous vous trompez, il parle comme un homme qui sait son affaire ; j'aime qu'on me parle ainsi. » Du reste l'abbé Émery, ainsi que le rapporte le cardinal Consalvi, auquel nous empruntons ce récit (1), était attaché aux principes gallicans, mais avec une modération, dil le cardinal, que nous souhaiterions à tous ceux qui prétendent partager ses doctrines : il détendait les principes ; dans la pratique il en rejetait toujours les conséquences. »

Après la mort de l'abbé Émery, la congrégation des Sulpiciens fut cruellement persécutée. Comme elle était restée lidèle au Pape, on la dispersa, et elle ne put se réunir de nouveau que sous la Restauration.

L'abbé Émery se distingua aussi comme écrivain. Durant son séjour à Lyon il avait publié : 1° ['Esprit de Leibnitz. En 1803 il en lit une nouvelle édition, à laquelle il donna pour titre : Pensées de Leibnitz sur la religion et la murale, 2 vol. in-8°.

(1) Voy. Mémoires du cardinal Pacca sur Pie VII avant et ujj/ès sa captivité.

L'Eclaircissement sur la mitigation '1rs peines de l'enfer, avait été ajouté à cette édition, mais en fut retiré avant la mise en vente. 11 publia en 1709, le Christianisme de François Bacon, 2 vol. in-l 2 ; Défense de la Révélation contre les objections des esprits forts, par Euler (le célèbre astronome), Paris, 1803, in-8° ; Pensées de Descartes sur la religion et la morale, 1811, in-8°. Il avait commencé un travail sur les opinions religieuses de Newton lorsque la mort l'enleva. Un dernier écrit appartient à son séjour à Lyon: Y Esprit de sainte Thérèse, 177o.

Le Nom.

EMMANUEL, terme hébreu qui signifie Dieu avec nous. Il se trouve dans la célèbre prophétie d'Isaïe, chap. 7, f 14, « Une Vierge concert vra et enfantera un Fils, et il sera » nommé Emmanuel, Dieu avec nous. »

Nous soutenons, contre les Juifs modernes et contre les incrédules, que cette prophétie regarde le Messie, et ne peut être appliquée à un autre personnage.

1° Il n'est pas possible de l'attribuer an fils d'Isaïe. Emmanuel devait naître d'une Vierge : ainsi l'a entendu Jonathan, dans sa Paraphrase chaldaïque, et les anciens Juifs ont conclu de là que le Messie devait avoir une vierge pour mère. Voyez Galatin, 1.7, c.lo. Le lils d'Isaïe devait être nommé Multer Sehalal, et non Emmanuel.

2° Chap. 8, f 8, Emmanuel est désigné comme un personnage auquel la Judée appartient ; cela ne peut convenir au lils d'Isaïe. Dans le chap.

9, $ 6, ce même enfant est nommé le Dieu fort, le Père du siècle futur ; le paraphraste chadaïque applique encore ces titres au Messie. Vainement quelques rabbins ont voulu les entendre du tils d'Ezéchias ; ils ne lui conviennent pas mieux qu'au fils d'Isaïe.

3° Le dessein du prophète n'était pas seulement de tranquilliser Achaz sur l'entreprise des rois d'Isaèl et de Syrie, mais d'assurer la famille de David qu'elle ne serait détruite ni par ces deux rois, ni par les ravages des Assyriens, c. 8, f 10. Or, ni le fils d'Isaïe, ni celui d'Ezéchias, ne pou-

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vaient être le gage de la protection du Seigneur contre ces ennemis de la Judée ; mais la venue du Messie, qui devait naître du sang de David, était une preuve que ce sang subsisterait, du moins, jusqu'à ce grand événement.

4° Isaïe offrait de la part du Seigneur un prodige, un miracle, pour rassurer Achaz et les princes du sang de David ;la naissance du fils d'Isaïe, ni du lils d'Ezéchias, qui n'était plus un enfant, n'avait rien de miraculeux.

S Ce qui est dit dans le ch. H , ^ 1 et suiv. : « Il sortira un rejeton » du tronc de Jessé, l'Esprit de Dieu » se reposera sur lui, etc., » est appliqué au Messie par les Juifs mêmes. Or, il est évident que depuis le chap. 7 jusqu'au chap. 12, Isaïe ne perd point de vue son objet, et que ces six chapitres se rapportent au même personnage ; il ne peut donc pas y être question d'un autre que du Messie.

Puisque la race de David ne subsiste plus, il est évident que les Juifs se flattent d'une vaine espérance, lorsqu'ils pensent que le Messie n'est pas encore arrivé, mais qu'il viendra un jour accomplir les promesses que Dieu a faites à David. Voyez la Dissert, sur ce sujet, Bible d'Avignon, tom. 9, p. 455.

Bergieh.

EMPÊCHEMENTS demariage. Voyez Mariage (1).

EMPÉDOCLE. (Thcol. hist. biog. et bibliog. ) — Ce philosophe, poëte et historien d'Agrigente, en Sicile, mourut vers l'an 440 avant J.-C. extrêmement âgé, victime, paraît-il, d'une chute dans la mer où il fut noyé. Il était l'auteur d'un poème Sur la nature et les principes des choses, qui a été beaucoup célébré par les anciens.

Empédocle appartenait à l'école spiritualiste de Pythagorc ; il chantait dans son poème l'immortalité des âmes avec les transmigrations de la métempsychose. On a glorifié sa modération et ses vertus. Il refusa la souveraineté de son pays, qui lui fut offerte ; c'est ce que font presque toujours ceux qui mériteraient de commander aux hommes. Il était aussi grand musicien.

Le Noir.

EMPEREURS. Au mot Apothéose, nous avons remarqué que l'usage des Romains de placer au rang des dieux des empereurs très-vicieux, a été une injure faite à la Divinité, et une leçon très-pernicieuse pour les mœurs.

De là même il résulte que les premiers chrétiens avaient raison de ne vouloir pas jurer par le génie des empereurs ; c'était un acte de polythéisme, et l'on avait tort d'en conclure que les chrétiens étaient des sujets rebelles: Tertullien a fait sur ce point leur apologie complète, Apol., c. 33, 3ii. En effet, dans aucun des édits

(1) Dupouvoir del'Eglise sur les empêchements du mariage. — Il est do foi que l'Eglise peut apposer au mariage des empêchements dirimants. Si guis dixerit Ecclesiam non potuiêm constituere impedimenta matrimonium dirimentia, vel in iis constituendis errasse, anailiema lit. Conc. Trid., aess. 24, v. 4.

Si l'on considère avec attention les dàeratfl du CODCile de Trente, concernant les empêchements dirimants, on verra que ces empêchements sont de vrais obstacles, non-seulement à la confection du sacrement, mais encore a l'exi-tence do contrat naturel. Celui qui est lié par quelque empêchement canonique, n'est pas seulement incapable de recevoir le sacrement; il est de plus, suivant les expressions du concile de Trente, inhabile à contracter, omnino inhabilis ad contraliendum. Ce concile fait tomber les empêchements dirimants sur le contrat comme sur le sacrement. Si guis dixerit clericosin sacris ordinibus constitulos.... passe matrimonium contrahere,contractumgue ualidumesse... ; anaihema sit. (Sess. 24, etc.) Aussi la bulle Auctorem fidei, du 28 août 1794, qui a été adressée par Pie VI à tous les fidèles, et qui a été reçue par toutes lea

ri:l[-;ossans réclamation, condamne comme hérétique et subversive des décrets du concilu de Trente, la doctrine du synode de Fistoie, qui prétend que le droit d'apposer des empêchements dirimanta au contrat demariage, n'appartient originairement qu'a li puissance civile. Cette constitution déclare que l'Eglise a toujours pu et qu'elle peut, en vertu d'un pouvoir qui fui est propre, jure proprio, établir des empêchements qui rendent le mariage nul, même quant au lien, quoad vinculum.

a Doctrine synodi aeserene, ad supremam cioilem potestatfm duntaxat originarie spectare, contractin matrimonii apponere impedimenta ejus generis qu& ipsum nullum reddunt, dicuntur dirtmntia, quod jus originarium praterea dicitur cnm jure dispensandi eesentiaUter connexurn, Bubjungena suppositn assensu vel conniventia principum, potutsse Ecclesiam juste constituere impedimenta dirimentia ipsum contraction matrimonii; quasi Eccles'ui non semper potuerit ac posait, in christianorum matrimoniïs, jure proprïo impedimenta constituere, çma matrimonium non eoliini impediant, sed et nullum reddaut quoad vinculum, quibus ckrUtiani obstriuti teueantur etiam ia

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qui ont été portés contre eux par les empereurs païens, ils ne sont accusés de sédition, de rébellion, de résistance aux lois ; le seul crime qu'on leur reproche est de ne pas adorer les dieux de l'empire ; Celse et Julien n'ont point formé d'autre reproche contre eux. Si les incrédules modernes on; été moins retenus, cet excès de malignité ne leur fera jamais honneur.

D'autres n'ont pas été mieux fondés à soutenir que le Christianisme a été redevable de son établissement à la protection des empereurs, à la violence et à la persécutiou qu'ils ont exercée contre les païens. Les édits de Constantin n'établissaient que la tolérance et le libre exercice du Christianisme : aucun ne portait des peines afllictives contre le paganisme; excepté contre les sacritices accompagnés de magie et de malétices, déjà défendus par les anciennes lois. Dans un Mémoire de l'Acadêmie des Inscriptions, t. lo, in-\°, p.o4.t.22, fn-12,p. 350, l'on a prouvé qu'il est faux que Constantin ait détendu l'exercice de l'idolâtrie, qu'il ait dépouillé et démoli les temples, qu'il ait interdit les cérémonies païennes. Quelques luis attribuées a ses enfants 3on1 encore ou supposées, ou mal entendues, ou n'ont point été exécutées à la rigueur. Aucun auteur ancien n'a pu citer nn seul exemple

tenis inhMelium, in iiadem diapeneare : cane nro 3, 4, 9, 12, sess. xn». coutil. Trid., eversiva, bœretica. »

« Uam mgatio syiio.li ad poteatateni rivilem, al i? numéro impedvnentorum tollai cognuiionen tpiritualem, atgue illud guod dicituT j.ubHca honestatu, quorum origo reperitur in (alicctione Justiniani; tum ut restrinyat impedimentumofflnitmis et cognationù, ex quac^myiie lutta dut Ulicita conjunctione provenientù, ad gilartum graduai, juxta en ilemcùMputaiionenx pi-rlav <nn naiuralem et obtîquam, ita teœeu ut spes nulla relinquatw dUpentaHoais olAinends : quatenus

eivili potestati j il- attribmt sive aboleudi, sive restringendi impedimenta Ec<-lesiuî auctoritate constitua vel eomprobata; item qua parte supponit Ecclesiaui per i otestaténi civileui spolian pusse juie suu dispeusaioli super iuipedimentis ab i [>- a coaatilutis rai uomprobatùi : liberutia «c poteatatia Ecries te subversive, Tridentiuo contraria, et bteretirali supra damoato prîncîpîo profecta. »

Ainsi, l'on doit regarder comme ab-olnmeut nuls quant an saeremeut et quant au contrat naturel, les mariages de Ceux qui, sans ou être légitiuieineut diïpeDsés, D'observant pas les formalités prescrites par l'Eglise sous peiue de nullité. Gousset.

d'un païen mis à mort pour cause de religion, sous Constantin ni sous le règne de ses successeurs. Déjà, au cinquième siècle, Théodoret a soutenu que la puissance des empereurs n'a contribué en rien aux progrès du Christianisme. Thérapeut., 9 e Disc, p. 613 et suiv.

Porfr nous en convaincre, il ne sera pas inutile de considérer en détail la conduite des empereurs païens à l'égard de notre religion, et de la comparer à celle des empereurs chrétiens qui leur ont succédé.

On sait que Jésus-Christ est mort la dix-huitième année du règne de Tibère. Sous ce prince et sous Caligula, qui ne régna que quatre ans, le Christianisme ne put être fort connu à Home. Suétone dit que Claude en chassa les Juifs, qui excitaient du tumulte par l'instigation du Christ, qu'il nomme Chrestus. Les savants pensent que, sous le nom des Juifs, il comprend les chrétiens, à cause de leurs disputes avec les Juifs. En effet, Tacite, parlant de la persécution que Néron suscita confie, eux, l'an 64, dit que cette superstition des chrétiens, déjà réprimée auparavant reparaissait de nouveau; il est à présumer qu'il veut parler de leur expulsion de Rome sous le règne de Claude. Il peint la cruauté des supplices que Néron mit en usage contre eux; saint Pierre etsaint Paul y souftirirent la mort. Nous voyons, par les Epitres de saint Paul, Philip., C. 1,^ 12, et c. 4, f 22, qu'il y avait déjà des chrétiens dans le palais de Néron.

Pendant les vingt-huit ans qui s'écoulèrent sous Galba, Othon,Vitellius, Vespasieu, Tite, Uomitien, nous ne voyons point de sang répandu pour cause de religion ; mais comme Flavius Clément et sa femme Domitilla, tous deux parents de Domitien, le consul Acilius Clabrio et d'autres romains illustres, paraissent avoir été chrétiens, Domitien sévit contre eux et fit la guerre au Christianisme ; c'est la seconde persécution, pendant laquelle saint Jean fut relégué dans l'île de Patmos. Elle cessa sous Nerva, prince très- doux, mais qui ne régna que deux ans.

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Elle se renouvela sousTrajan, l'an 104; la lettre que Pline lui écrivit, et dans laquelle il déclare qu'en mettant les chrétiens à la torture, il n'a découvert aucun crime duquel ils fussent coupables, ne lui lit point changer d'avis : il répondit qu'il ne fallait pas rechercher les chrétiens, mais que, quand ils seraient dénoncés et convaincus, il fallait les punir.

On continua donc de tourmenter les chrétiens sous son règne et sous celui d'Adrien, pendant plus de vingt ans; ce fut par cette raison que Quadratus et Aristide présentèrent leurs apologies du Christianisme, que nous n'avons plus. Elles tirent impression, sans doute, puisque Eusèbe nous a conservé un rescrit de l'an 129, par lequel Adrien déclare à Minutins Fundanus, proconsul d'Asie, qu'il ne veut pas que l'on ait égard aux clameurs publiques ni aux calomnies intentées contre les chrétiens, à moins qu'on ne les prouve ; qu'il faut même punir les calomniateurs.

Sous Marc-Antouin et Marc-Aurèle, princes d'ailleurs très-équitables, le désordre et la persécution ne laissèrent pas de continuer dans les provinces : Méliton, Apollinaire, Miltiade, présentèrent des apologies ; elles sont malheureusementperdues : mais nous avons celles d'Athénagore et de saint Justin. Ils se plaignent avec raison de l'inexécution des ordres donnés par Adrien, et de ce que l'on met à mort des hommes que l'on ne peut convaincre d'aucun crime Marc-Antonin sentit la justice de ces plaintes; vers l'an 132, il adressa aux magistrats de l'Asie une nouvelle ordonnance conforme à celle qu'avait donnée son père, et défendit de punir les chrétiens pour la seule cause de leur religion.

Plusieurs critiques ont révoqué en doute le miracle de la légion fulminante, arrivé sous Marc-Aurèle, et le rescrit que ce prince adressa au sénat et au peuple romain pour les en informer, et leur défendre d'inquiéter les chrétiens au sujet de leur religion.

Si ce fait était moins favorable au Christianisme, on ne l'aurait pas attaqué. Voyez Légion bolmimawte, et

VHist. de l'Acad. des Inscript., tome 9, in-12, page 370.

Les règnes de Commode, de Pertinax, de Didius Julianus, de Niger et d'Albin, furent un temps de désordres et de sédition, pendant lequel le peuple et les magistrats de province purent impunément donner carrière à leur haine contre les chrétiens.

Septime Sévère, si nous en croyons Tertullien, adScapul., c.4, donna sou estime et sa confiance à plusieurs chrétiens, et résista plus d'une fois à la fureur du peuple animé contre eux; mais il n'en défendit pas moins l'exercice du judaïsme et du Christianisme, selon son historien. Spartian., in vita Severi, c. 17.

On ne sait comment en agirent Caracalla,Géta,MacrinetHéliogabale; mais Alexandre Sévère, pendant un règne de treize ans, fut plus favorable k notre religion. Eusèbe et saint Jérôme disent que Manimée, sa mère, était chrétienne, et qu'elle eut une estime singulière pour Origène, Lampt'ide prétend qu'Alexandre Sévère honorait Jésus-Christ en particulier, et qu'il voulut lui faire bâtir un temple; il est certain du moins qu'il ne persécuta point les chrétiens pendant tout son règne.

L'an 235, Maximin, son successeur et son ennemi, lit éclore la septième persécution, qui fut sanglante, mais qui, heureusement, ne dura que deux ans. l'upien, Balbin et les trois Gordiens n'eurent qu'un règne fort court; Philippe, qui les suivit, passe pour avoir été chrétien; mais il était Irop vicieux pour professer sincèrement une religion aussi sainte qu'est la nôtre: l'an 249, il fut vaincu et tué par Dèce, l'un des plus ardents persécuteurs du Christianisme. Valénen, qui parvintà l'empire en 257, ne lut pas plus humain : (iallien, moins injuste, lit rendre aux chrétiens, trois ou quatreans après, les églises qu'on leur avait enlevées.

Mais la plus cruelle de toutes les persécutions est celle qu'ils souffrirent sous Dioelétien, Maximien et leurs collègues ; elle commença l'an 303, après un intervalle de paix de quarante ans; elle dura près de dix ans, et fut générale dans tout l'empire.

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On ne doit pas être étonné de la quantité de martyrs, dont les Actes se rapportent à cette époque. L'orage ne cessa qu'en 3 H ou 313, lorsque Constantin et Licinius donnèrent un édit qui ordonnait la tolérance du Christianisme. On peut juger, par la conduite de Licinius et par celle de Maximien, qu'ils portèrent cet édit malgré eux : la paix ne fut solidement rendue à l'Eglise que quand Constantin fut seul maître de l'empire, et professa notre religion.

Jusqu'à cette époque, la tolérance de quelques empereurs n'avait pu contribuer en rien au progrès du Christianisme ; il était toujours regardé comme une religion proscrite par les lois, contre laquelle le peuple et les magistrats se croyaient toujours en droit de sévir. Les resciïts des empereurs, qui défendaient de punir les chrétiens, à moins qu'ils ne fussent coupables de quelque crime, furent très-mal exécutés, puisque nos apologistes le leur représentent; les gouverneurs de provinces, pour se rendre agréahles au peuple, lui laissaient exercer impunément sa fureur.

Constantin, converti, n'accorda que la tolérance et l'exercice libre du Christianisme ; il lit rendre aux chrétiens les églises et les biens confisqués, donna sa confiance aux évoques, et accorda des immunités aux clercs ; il fit chômer le dimanche, et abolit le supplice de la croix. Il défendit aux païens les cérémonies magiques destinées à faire du mal, mais il n'interdit point celles par lesquelles on voulait faire du bien; il lit détruire quelques temples dans lesquels on commettait des abominations, il laissa subsister les autres. Loin de vouloir faire aucune violence aux païens pour leur faire embrasser le Christianisme et détruire l'idolâtrie, il déclara formellement qu'il ne voulait forcer personne. Eusèbe, Vie de Constantin, liv.

2, c. 56 et 00 ; Orat. ad SS. dttum, c. 11. On ne peut pas citer un seul exemple d'un païen mis à mort pour cause de religion, ni même puni par des peines aftlictives. Près d'un siècle après lui, sous Théodose le Jeune, l'an 423, nous trouvons encore une loi qui défend de faire aucune injustice

ni aucune violence aux Juifs ni aux païens, lorsqu'ils sont paisibles et soumis aux lois. T. 0, Cod. Theod., page 295.

Quelle différence entre cette conduite et celle des empereurs précédents ! Julien, qui voulut rétablir le paganisme, fut-il aussi modéré?

Aujourd'hui les incrédules osent soutenir que le Christianisme est redevable de ses progrès à la protection des empereurs chrétiens, et aux violences qu'ils ont exercées contre les païens pour l'établir. Voyez Christianisme, Persécution.

Quelques censeurs de la doctrine des Pères ont blâmé Tertullien d'avoir dit dans son Apologétique, c.

21 : « Les Césars auraientcruenJésus- » Christ, s'ils n'étaient pas nécessaires » au siècle, ou si des chrétiens pou- » vaient être Césars. » Nous soutenons que Tertullien n'a pas eu tort.

En effet, le pouvoir des empereurs était despotique, absolu, affranchi de toute loi, oppressif et souvent cruel ; Tertullien comprenait très-bien qu'un pareil gouvernement ne pouvait pas s'accorder avec les maximes du Christianisme : que des souverains, persuadés qu'une autorité aussi excessive était nécessaire au siècle, ne se résoudraient jamais à la faire plier sous les lois de l'Evangile. Il comprenait aussi qu'un prince, véritablement chrétien, ne consentirait jamais à exercer sur ses semblables une autorité tyrannique semblable à celle des Césars. Cette pensée de Tertullien fut confirmée par l'événement. Dès que Constantin eut embrassé le Christianisme, il mit par ses propres lois des bornes à son autorité ; il eut le bon esprit de comprendre que le despotisme n'était plus nécessaire pour gouverner des sujets devenus chrétiens, disposés à obéir, non par la crainte, mais par devoir de conscience, etil ne se trompa point. Voyez Constantin. Bergier.

EMPYRÉE, le plus haut des cieux, le lieu où les saints jouissent du bonheur éternel ; il est ainsi nommé du grec èv, dans, et *ûp, feu ou lumière, pour désigner la splendeur de ce séjour. Les conjectures des philo-

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