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sophes, des théologiens, et même de quelques Pères de l'Eglise, sur la création, la situation, la nature de cette heureuse demeure, ne nous apprennent rien ; elle doit être l'objet de nos désirs et de nos espérances, et non de nos spéculations.
Bergier.
EMSER (Jérôme). [Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain on plutôt pamphlétaire allemand, célèbre par sa lutte avec Luther, naquit à Ulm en 1477 et mourut en 1327. Emser, en 1504 ouvrit à Erfurt un cours de littérature sur la comédie de Serghts Sive capitis ca/put, de Reuchlin et eut, dit-on, Luther parmi ses auditeurs.
Son cours n'ayant pas de succès, il revint aux études théologiques. 11 alla à Rome, en 15 10 pour y poursuivre la canonisation de Bermnn , ancien évêque de Meissen, composa un hymne en son honneur qu'il dédia au Pape Jules II, et écrivit une longue biographie de cet évèque.
C'est alors qu'il devint prêtre, et ce fut en 1 ri 1 7 , à Dresde, où prêchait Luther, qu'il fit connaissance avec lui. Luther estimait en lui le littérateur qui avait édité les œuvres de Pic de la Mirandole, et Emser vénérait dans Luther le moine éloquent.
Mais l'un et l'autre devinrent adversaires après la dispute de Leipsis en 1319. Voici comment M. Scharpff résume les péripéties de cette grande querelle.
« Emscr s'était déjà prononcé en faveur d'Eck (1) avant cette célèbre conférence, à laquelle il assista, et l'on peut juger des dispositions du secrétaire en se rappelant la colère avec laquelle le duc bondit de son siège lorsqu'il entendit Luther exprimer sur le Pape des opinions analogues à celles des Hussites. Cette circonstance parait même avoir donné à Emser l'idée d'écrire à Jean Zack, prévôt de Leutmeritz, la lettre qui devint la cause de la brouille entre Luther et Ernser. Celui-ci avait entendu parler des deux lettres que les Bohémiens avaient adressées à Luther, dans l'espoir de voir en lui un
(1) Voy. Eck.
second Huss (1). Il écrivait donc à Zack (13 août 1319) que Luther, qu'il appelait un homme d'une érudition et d'un savoir rares, avait reproché avec humeur aux Bohémiens, durant la dispute de Leipzig, leur orgueil et leur opiniâtreté contre le Pape, rien au monde, disait-il, ne pouvant valoir la peine de rompre l'unité avec le Christ et l'Église. Luther, ajoutaitil, avait protesté que, même d'après le droit humain, la domination du Pape était nécessaire pour empêcher les schismes, et enfin, dans ses dernières explications, il avait même reconnu que c'était la volonté de Dieu.
En général, disait-il en terminant, Martin n'est pas assez entêté pour ne pas céder devant des raisons meilleures que- les siennes. Emser ajoute encore les textes connus de la Bible qui fondent la primauté, et il avoue que la conduite des Papes, qui songent plus à eux-mêmes qu'à paitre leurs brebis, qui pèchent plus d'or que de poissons, vient du diable, et n'est plus qu'une papauté corrompue amenée par les péchés des hommes.
Dans une ode en vers satiriques qa'Emser ajoute à sa lettre il déplore les malheurs qui sont sortis de cette dispute, et il termine en disant :
« L'envie et le mensonge se sont déclaré la guerre ; la haine, la colère et une aveugle rage en sont les fruits ; l'amour de Dieu s'éteint dans le cœur des hommes. Hélas ! la douceur seule pourrait remporter une victoire durable (2) . »
« Luther, sans motif suffisant, se trouva extrêmement blessé de cette lettre, et il y lit aussitôt une réponse tout à fait acerbe, adressée au« bouc »
Emser, Ad xgocerotem Emseranum M. Luther i Additio. Emser avait donné occasion à cette épithète par la ridicule vanité qu'il avait d'imprimer habituellement sur le titre de ses écrits les armes de sa famille, une tète de bouc dans l'écu. Luther reproche à Emser de mettre de la ruse et de la perlidie jusque daus ses éloges, de donner des baisers de Judas, de manquer de logique lorsqu'il le re-
(11 Lœscher, 1. c, p. 649, 9S9 sq.
(2) Walcb, Œuvres de Luther, t. XVIII, p. 41S9.
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garde comme un adversaire des Bohémiens parce que les Bohémiens ont des choses qui lui déplaisent, et, après avoir dit : « Je pense, lecteur, avoir pris ce bouc, quoique je n'aie lâché sur lui que trois chiens de chasse. C'est la première battue ; le gibier est encore délicat ; il faut donc que je le traite délicatement. S'il continue , nous l'attaquerons avec de vrais dogues, » il commence la réfutation des opinions d'Emser sur la primauté en repoussant l'analogie entre le grand prêtre de l'ancienne alliance et le Pape. Le grand prêtre dit-il, c'est le Christ. Il interprète l'assertion d'Emser, que l'élection du Pape est de droithumain, comme s'il avaitsoutenu que les décrets d'un concile peuvent créer un droit divin. La puissance absolue du Pape n'est autre chose pour lui que la liberté qu'il a de commettre impunément des péchés et des horreurs, et de détruire ainsi radicalement l'Eglise. Quiconque ne rappelle pas à l'ordre un Pape oui s'égare se rend coupable de péché envers le Christ et la vérité ; car le Verbe de Dieu seul, qui n'est lié à personne, qui est libre, qui est le Roi des rois, régne dans l'Église, « J'ai souvent désiré, dit Luther en terminant, me taire avec les pacifiques ; mais contre les braillards furieux, le Christ m'a toujours donné un nouveau courage. J'aime tout le monde et je ne crains personne (I). »
« Emscr répliqua sur le même ton dans un libelle intitulé : A venatione Lutheriana œyocerutis Assertio. « Il ne peut donc paraître aucun écrit de toi dans le monde, dit-il, qu'il ne soit dicté par une rage cynique et armé des crocs d'un chien? Ton père est Bélial, le père de tous les moines effrontés. Les termes de provocation et de mépris dont tu te sers ne sont pas de l'esprit du Christ ; ils causeront des divisions et des scandales dans l'Église. Périsse Luther, périsse Emscr, pourvu que la pais règne dans l'Eglise! Ce que je désire, ce que je demande, c'est que les moines honorent le clergé séculier, que ceux-ci aiment les moines, qu'ils s'a-
(i) Lœscher, I. c, p. 668 sq.
vertissent fraternellement les uns les autres, alin d'édiiier les uns et les autres le peuple chrétien. J'ai voulu, sans aucun doute, aller au devant de la propagation d'une nouvelle maladie parmi les Bohémiens, mais je n'ai parlé de toi qu'avec respect, tandis que toi et les tiens vous ne vous êtes élevés contre Tetzel que parce que ce n'estpas àvous qu'on a confié l'atfaire de l'indulgence, vous qui à Leipzig même disiez : Cette affaire n'a pas commencé en Dieu et ne finira pas en Dieu (faisant allusion à des paroles dites durant la dispute de Leipzig, auxquelles Emscr donne un tout autre sens). Lorsque c'est un concile œcuménique qui interprète l'Ecriture ou les saints canons, et que Martin y oppose son interprétation, je l'avoue, j'aime mieux suivre l'interprétation du concile que celle de Luther. Sans doute le pasteur qui pait ses brebis les surveille doucement et ne les tyrannise pas ; mais pourquoi le bon Pasteur a-t-i] chassé les vendeurs du temple à coups de fouet? Pourquoi Pierre a-t-il frappé dans leur corps et leur âme Ananie et Saphire, et Simon le Mage? Si les Papes n'ont aucun pouvoir, pourquoi donc, dans un temps aussi pervers, aussi dépourvu de maître que le nôtre, leur obéit-on encore? La curie romaine n'était pas entièrement pure dans ses mœurs au temps de saint Jérôme ; il n'y a pas de couvent de moines, si petit qu'il soit, dans lequel ne demeurent des léopards avec les agneaux, des loups près des brebis, des serpents parmi les colombes.
Les princes allemands ont leurs concordats, auxquels ils doivent tenir, et en vertu desquels ils peuvent avertirle Pape des choses qui donnent un mauvais renom à sa cour. N'estce pas une voie plus raisonnable que d'exciter des ■ troubles dans le pays, d'injurier amèrement et grossièrement le Pape, et de soulever contre lui les évêques, les abbés, les curés, les princes, le peuple etsa lie?» Emser termine en décrivant son caractère et son éducation pour prouver combien les accusations de Luther à son égard sont injustes. Du reste il soumet son écrit au jugement de son
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adversaire. S'il n'a pas de valeur, que le vent emporte ses paroles; si Luther le trouve bon, qu'il songe à ne pourraient faire les classiques parmi les Catholiques lettrés, d'après ce que fait un prolétaire. Il le supplie de revenir au bien, le Pape étant toujours disposé à pardonner, afin que son retour serve à la résurrection de tant d'âmes perdues par sa chute (1).
« Luther répondit en jetant au feu le 10 décembre 1520, cet écrit à'Emser, avec quelques autres ouvrages de cet auteur, en même temps que la bulle d'excommunication pontificale et un exemplaire du Corps du Droit canon. Mais l'activité littéraire tout extraordinaire que Luther déploya en 1520 (A la noblesse de la nation allemande; de Captivitate Babylonien; de Liber tate Christiana), l'excommunication et la mise au ban de l'empire qui suivirent, appelèrent de nouveau Emscr sur le champ de bataille.
Il publia, en lo2l et 1522, huit écrits polémiques contre Luther; le premier était intitulé : Réponse au livre antichrétien de Martin Luther dédié à la noblesse allemande, adressée par J.
Emser au respectable p uple allemand.
« Gare.' le bouc donne des cornes.» Emser reproche à son adversaire de provoquer à l'incontinence en rejetant le célibat et les vœux ; de pousser liaison livre sur la Liberté les Chrétiens à l'orgueil, le peuple à la révolte contre la loi et l'ordre, etc. Puis viennent Avertissement au bouc de Leipzig; la Réponse d'Emser au taureau de Wittenberg ; Réponse au bouc de Leipzig, et Réplique au taureau furieux de Wittenberg ; enlin , Réponse de Luther au livre archi-antichrétien, archi-antireligieux, archi-artificieux du bouc Emser, de Leipzig, et la Quadruplique à la dernière réponse de Luther concernant la réforme. Tous ces écrits sont rédigés dans le ton de la polémique la plus passionnée et la plus personnelle, les deux adversaires laissant parlez tous les deux le vieil Adam, auxquels ils s'étaient vantés d'abord d'avoir imposé silence dans leur controverse. Il n'y a de développement savant qu'au sujet du
(0 Loauhar, I. c, p. 694-731
texte de Saint Pierre, I. 2, 9 : «Vous êtes un sacerdoce royal, » qa' Emser explique dans le sens de l'Eglise catholique, dont il montre ['opposition à l'interprétation de Luther, et auquel il rattache le texte II Cor., 3, 6 :
ci La lettre tue, l'esprit vivifie, » qu'il applique a l'intelligence spirituelle et littérale des saintes Ecritures.
« En outre Emser traduisit en 1522 le discours de l'envoyé anglais Jean Clcrk, remettant le fameux écrit de Henri VIII contre Luther, cet écrit même et la lettre du roi à l'électeur Frédéric et à George, duc de Saxe, qu'il sollicite tous deux de mettre un terme aux entreprises de Luther.
« Emser seremità attaquer directement Luther dans les écrits suivants :
< 'mitre le faux Ecclésiaste et le véritable hérésiarque Martin Luther (1523); Réponse au dernier livre (de Luther) contre Bennon, évéque de Meissen, et sa canonisation (4524) ; a propos de la guerre des Paysans : Réponse aux attaques de Luther contre les messes privées; Comment, où et en quels termes Luther excite à la récolte par ses livres (1525).
« Le dernier écrit de cette longue polémique fut la traduction de la lettre que Luther, endoctriné par l'ancien roi de Danemark Christian, avait envoyée (1527) au royal adversaire qu'il avait autrefois outragé d'une manière si inouïe, dans l'espoir de le gagner à sa cause. La divulgation de cette lettre touchait un côté saignant de son adversaire et ne resta pas sans une rude réfutation.
La même année parut aussi la Traduction du Nouveau Testament, faite par Emser, avec une lettre de recommandation du duc George, qui avait déjà, plusieurs années auparavant, défendu dans le duché la version de Luther, qa' Emser avait représentée, dans un écrit spécial, comme fourmillant de fautes. Du reste, Luther l'accusa d'avoir labouré avec ses bœufs. Urbain Régius et le fameux Pirkheimer, de Nurenberg, ne furent pas non plus trés-contents de la version d'Emser. Cependant elle fut souvent rééditée, comme antidote de celle de Luther et grâce à la célébrité du traducteur. L'incessante polé-
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mique soutenue contre un adversaire aussi violent et aussi passionné que Luther semble avoir rempli l'âme à.' Emser d'amertume et l'avoir tenue en une perpétuelle surexcitation.
« Alexis Crosner, prédicateur de la cour du duc George, dont Emser avait provoqué la destitution, parce qu'il le soupçonnait de pencher vers les doctrines luthériennes, au moment de quitter Dresde, rencontra Emser, qui s'écria en pleine rue, en le voyant : « Grâce au ciel ! je vois enfin le jour où cesseront toutes ces prédications hérétiques! pars, au nom du diable! pour moi, je reste. »
A quoi Crosner répondit : Cher monsieur Emser, au nom de Dieu vaut mieux ! J'ai été avant vous dans le pays et j'espère bien, Dieu aidant, y rester plus longtemps que vous, quoique je sois obligé de m'en aller aujourd'hui. » — La même année Emser mourut au bout de quelques jours de maladie.
Le Nom.
ENCÉNIES, rénovation. Voyez Dédicace.
ENCENS, ENCENSEMENT. L'usage des parfums est aussi ancien que le monde ; il était surtout nécessaire dans les premiers Ages, dans les pays chauds, et chez tous les peuples qui n'ont pas connu l'usage du linge; c'est encore aujourd'hui un des objets du luxe des Orientaux. Pour faire honneur à une personne, on parfumait la chambre dans laquelle on la recevait, Cirnt., c. 1, Jr 11 ; on répandait de l'huile odoriférante sur sa tète ; on parfumait les habits de cérémonie. Gin., c. 27, jfr 27. Parmi les présents que Jacob envoya en Egypte à Joseph, il fit mettre des parfums, c. 43, f 1 1 ; la reine de Saba lit présent à Salomon d'une quantité de parfums les plus exquis, III. Reg., c. 10, ^2 et 19; le roi Ezéchias en gardait dans ses trésors, Isaie, c. 39, ^2; les femmes des Hébreux en faisaient grand usage, c'était une partie de leur luxe. Ruth se parfuma pour plaire à Rooz, et Judith pour gagner les bonnes grâces d'Holopherne.
S'abstenir des essences et des huiles
odoriférantes, était une pratique de pénitence.
Les mages offrent à Jésus enfant de l'encens, comme une marque de respect. Jésus, invité à manger chez un pharisien, se plaint de ce qu'on ne lui a pas parfumé la tète, comme on le faisait aux personnes que l'on voulait honorer. Luc., c. 7, f 46.
Marie, sœur de Lazare, n'y manqua point dans une occasion semblable.
Joan., c. 12, f 3.
Dès que les odeurs agréables ont été un signe de respect et d'affection envers les hommes, on a conclu qu'elles devaient entrer aussi dans le culte de la Divinité. Dieu prescrit à Moïse la manière de composer le parfum qui doit être brûlé dans le tabernacle; il défend aux Israélites d'en faire de semblables pour leur usage.
Exod., c. 30, f 34, 37. Une des fonctions des prêtres était de brûler l'encens sur l'autel des parfums. Isaïe prédit que les étrangers viendront rendre à Dieu leurs hommages dans son temple, y apporteront de l'or et de V encens, lsaï., c. 60, f 6.
De là une onction faite avec des huiles parfumées est devenue un symbole de consécration ; les mots Oint, Christ, Messie, qui ont le même sens, ont désigné une personne respectable, consacrée, chère au Seigneur. Voy. Onction.
Les païens brûlaient aussi de l'encens dans leurs temples et aux pieds de leurs idoles ; c'était un Jsigne de respect et d'adoration. Jeter deux ou trois grains d'encens dans le foyer d'un autel, était un acte de religion :
lorsqu'on pouvait engager un chrétien à le faire, on regardait cette action comme un signe d'apostasie.
Les apologistes du Christianisme, Tertullicn, Arnobe, Lactance, disent aux païens, nous ne bridons point d'encens ; de là certains critiques ont conclu que les premiers chrétiens ne faisaient point d'encensement dans les cérémonies de religion. Cependant le livre de l'Apocalypse, qui fait le tableau des assemblées chrétiennes, parle d'un ange qui tient devant l'autel un encensoir d'or, dont la fumée est le symbole des prières des saints qui s'élèvent jusqu'au trône
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de Dieu. Apoc, c. 8, ^3 et 4. Les païens, au lieu de prier leurs dieux avec ferveur, se contentaient de jeter de Vencens dans le foyer de l'autel ; les chrétiens, plus religieux, adressaient au ciel les désirs de leur cœur, et ne regardaient Vencens que comme un symbole. Tel est évidemment le sens de Tcrtullien, Apol., c. 30 ; de Lactance, 1. 1. c. 20 ; 1. 4, c. 3 ; 1. 5, c.
20 ; d'Arnobe. 1. 2, etc.
Dans les Canons des apôtres, dans les écrits de saint Ambroise, de saint Ephrcm, dans les liturgies de saint Jacques, de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, il est fait mention des encensements ; cet usage est donc de la plus haute antiquité, il s'est conservé chez les différentes sectes de chrétiens orientaux, de même que dans l'Eglise romaine.
Quelques auteurs modernes ont cru que l'on n'avait introduit l'encens dans les assemblées religieuses que pour en écarter ou en corriger les mauvaises odeurs ; ils se sont trompés. Si l'on n'avait point eu d'autre dessein, l'on se serait contenté de faire brûler du parfum dans des cassolettes "sans aucune cérémonie. Mais c'est le célébrant qui encense l'autel et les dons sacrés, et qui prononce des prières relatives à l'action qu'il fait. Ces prières mêmes attestent que Vencens est non-seulement un hommage rendu à Dieu, mais un symbole de nos saints désirs, de nos prières, de la bonne odeur ou du bon exemple que nous devons donner par notre conduite. Telle est l'idée qu'en ont eue les anciens qui en ont parlé.
Comme l'encensement est une marque d'honneur, on encense, dans la liturgie, les ministres de l'autel, les rois, les grands, le peuple ; et comme la vanité se glisse malheureusement partout, cet encensement est devenu un droit honorifique, une prétention, souvent un sujet de procès; mais cet abus ne prouve pas que l'usage de Vencens soit abusif en lui-même.
Dès que les parfums étaient une marque d'honneur pour les vivants, on s'en est aussi servi pour embaumer les morts, afin de préserver leurs corps de la corruption, et de les con-
server plus longtemps. Le corps de Joseph fut embaumé à la manière des Egyptiens, et le corps du roi Asa fut exposé sur un lit de parade, avec beaucoup de parfums. Il Parai, c. 16, f 14. Voyez Funérailles.
Bergieh.
ENCENS (Théol. mixt. scien. botan.) — Il est bon de donner, après l'article qui précède, quelques notions scientiiiques sur Vencens ou Voliban.
Bien que cette substance soit très-anciennement connue, et qu'elle soit venue, de temps immémorial, par le commeree d'Arabie, on ignorait par quel végétal elle était produite. Ce n'est que M. de Candole qui a levé le mystère ; il découvrit, au Bengale, un arbre de la famille des burcéracëes, qu'il nomma boswellia serrata, et qui laissait distiller de son tronc, comme chez nous le pin laisse distiller la résine, une gomme qui n'est autre que Vencens. Il resta pourtant encore, après cette découverte, une difficulté :
l'encens d'Arabie, ou plutôt d'Ahyssinie, avait-il la même origine? les uns disaient qu'il provenait du balsamodendron kataf, appartenant à la même famille, et d'autres lui donnaient pour producteur un cupressini, nommé le juniperus lycia ; mais enfin, M. Achille Richard démontra que cet encens, qui vient d'Arabie, mais probablement sans en être originaire, est la résine d'un arbre qui, sans être absolument la même espèce que celui de M. de Candole, appartientau même genre ; cet arbre est le boswellia papyracea. 11 existe donc dans le commerce deux sortes d'encens : 1° celui de l'Inde, du bosioellia serrata, qui nous arrive directement de Calcutta ; 2° celui d'Afrique, d'Arabie, d'Abyssinic, d'Ethiopie, distillation du boswellia papyracea, qui nous vient du Levant par Marseille. Le premier est plus estimé; il est en larmes plus volumineuses, jaunes comme celles de l'autre, opaques aussi et irrégulièrement arrondies, mais n'étant point mélangées comme les autres de gros morceaux rougeàtres dits marrons. On nomme encens mâle dans le commerce celui qui se présente en morceaux détachés qui se colorent au contact
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de l'air; c'est le meilleur et celui dont le parfum est le plus suave.
On falsitie souvent l'encens en y mêlant une résine moins chère, telle que celle du pin ; quand on s'y connaît on découvre la fraude au toucher; Yenccns pur est plus moelleux; on la reconnaît aussi à la tlamme qui est moins forte, et surtout à l'odeur.
Nous ignorons encore les procédés de la récolte de l'encens ; Duhamel dit qu'il s'amasse sous l'écorce et qu'il la rompt naturellement pour transuder. Cette récolte, d'après certains \oyageurs, est accompagnée de pratiques superstitieuses.
C'est à l'état de poudre et jeté suides charbons ardents que l'encens dégage le plus de parfum.
L'encens n'est pas seulement employé dans les cultes comme marque d'adoration et de sacrifice à Dieu des biens de la terre; il possède aussi des propriétés médicales et est fort en usage dans la pharmaceutique qui lui dmine plutôt le nom â'oliban. Aujourd'hui cependant, l'emploi de cette substance a considérablement baissé ; le médecin ne la donne plus, comme excitant, en fumigations ou dans des emplâtres; mais elle entre encore, sous forme de teinture, dans la thériaque, dans le mithridate, dans les pillules de Cynoglosse, dans les baumes de Fioravenli, dans l'onguent des Apôtres, etc. L'odeur de l'encens dans les temples a, d'après les chimistes,
la propriété d'émotionner les nerfs et de produire des sensations particulières qui ont quelque chose d'étrange et qui s'accordent bien avec l'idée religieuse.
Le Nom.
ENCENSOIR, vase ou instrument propre à brûler de l'encens et à en répandre la fumée. La description d'un encensoir appartient à la partie des arts. 11 nous suffit d'observer que, selon toutes les apparences, les encensoirs dont on se servait dans le temple de Jérusalem ni' ressemblaient point aux nôtres; c'étaient plutôt de petits réchauds ou des cassolettes qu'on portait à la main, ou que l'on plaçait dans divers endroits du temple.
lî ERG 1ER.
ENCHANTEMENT. L'on entend sous ce terme l'art d'opérer des prodiges par des chants ou par des paroles; c'est la même chose que charme, dérivé decarmen, vers, poésie, chanson.
Une des erreurs du paganisme, était de croire qu'il y avait des paroles efficaces, des chansons magiques, par lesquelles on pouvait opérer des choses surnaturelles. Cette pratique était sévèrement interdite aux Juifs.
Deut., c. 18, f 11. Mais d'où a pu venir cette opinion fausse? est-ce la religion qui y a donné lieu, comme les incrédules voudraient le persuader?
Il est certain que l'on peut enchanter les serpents. Dans les Indes, il y a des hommes qui les prennent au son du flageolet, les apprivoisent, leur apprennent à se mouvoir en cadence. Essais historiques sur l'Inde, p. 136. En Egypte, plusieurs les saisissent avec intrépidité, les manient sans danger, et les mangent. Recherches philosophiques sur les Egypti us, tom. 1, sect. 3, p. 121. On prétend qu'autrefois ce secret était affecté à certaines familles d'Egyptiens, que l'on nommait psylle : il y a sur ce nom un discours dans les Mcm. de l'Académie des Inscriptions, tom. 10, in-12, pag. 431.
Dans le psaume 57, ^ 3, David compare le pécheur endurci a l'aspic qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre la voix de l'enchanteur.
Cette comparaison, comme l'on voit, n'est pas fondée sur une opinion fausse. Le Seigneur menace les Juifs de leur envoyer des serpents sur lesquels l'enchanteur n'aura aucun pouvoir. Jerem. c. H, j» 17. Il y a aussi plusieurs espèces d'oiseaux et d'autres animaux que l'on peut attirer, endormir, ou apprivoiser par des sifflements et par les indexions de la voix.
Quoique ces secrets soient trèsnaturels, ils ont dû paraître merveilleux aux ignorants. Le Beau raconte, dans ses Voyages, qu'ayant pris des oiseaux à la pipée, il lut regardé pâlies sauvages comme un enchanteur.
Dans ces moments d'admiration, il n'a pas été difticile à des hommes rusés d'en imposer aux simples; de
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leur persuader que par des chants et des paroles magiques, on pouvait guérir les maladies, détourner les orages, rendre la terre fertile, etc., aussi aisément que l'on rendait les serpents et les autres animaux dociles. Il n'en a donc pas fallu davantage pour établir l'opinion du pouvoir surnaturel des enchantements.
Dans le livre de L'Exode, les pratiques des magiciens de Pharaon sont nommées par la Vulgate des enchantements; m. lis il n'est pas aisé de savoir si le mot hébreu peut signifier des chants ou des paroles; il désigne plutôt des caractères.
Il ne faut pas oublier que toutes les superstitions étaient une conséquence naturelle du polythéisme et de l'idolâtrie, et que les philosophes païens en ont été infatués, aussi bien que le peuple. Voyez Charme, Magie.
A l'époque de la prédication de l'Evangile, la magie et les prestiges de toute espèce étaient communs parmi les païens et chez les Juifs; les basilidiens et d'autres hérétiques en faisaient profession : il n'était donc pas aisé d'en désabuser les peuples.
Constantin, devenu chrétien, ne défendit d'abord que la magie noire et malfaisante, les enchantements employés pour nuire h quelqu'un; il n'établit aucune peine contre les pratiques destinées à produire du bien. Mais les Pères de l'kglise s'élevèrent fortement contre toute espèce de magie, de sortilèges, etc. Ils firent voir que non-seulement ces pratiques étaient vaines et absurdes, mais que, si elles produisaient quelque effet, ce ne pouvait être que par L'intervention du démon; qu'y avoir recours ou y mettre sa confiance, c'était un acte d'idolâtrie, une espèce d'apostasie du Christianisme. Ils recommandèrent aux fidèles de ne point employer d'autres moyens pour obtenir les bienfaits de Dieu, que la prière, le signe de la croix, les bénédictions de l'Eglise. Plusieurs conciles confirmèrent, par leurs décrets, les leçons des Pères, et prononcèrent L'excommunication contre tous ceux qui useraient de pratiques superstitieuses.
Voyez Bingham, liv. 16, c. o, tom, 7, pag.n 23, etc.
Ll y a de l'entêtement a soutenir que ces Leçons et ces censures sont justement ce qui a donné plus d'importance à ces pratiques ; que l'on en aurait désabusé plus efficacement les peuples, si l'on n'y avait attaché que du mépris ; si l'on avait eu recours à l'étude de l'histoire naturelle et de la physique. Mais c'est cette étude même, mal dirigée, qui avait été La source du mal. Le polythéisme, qui avait peuplé l'univers d'esprits, de génies, de démons, les uns bons, les autres mauvais, était né de faux raisonnements et de fausses observalions de la nature ; le Christianisme en établissant la croyance d'un seul Dieu, sapait cette erreur par les fondements. Les superstitions auraient été plus tôt détruites, si les Barbares du Nord, tous païens, ne les avaient pas fait renaître dans dos contrées. Quoi que l'on en puisse dire, la religion a plus contribué à déraciner les erreurs que l'étude de la physique ; les peuples sont incapables de cette étude, mais tous sont très-capables de croire en un seul Dieu, Lorsqu'un charme ou un enchantement ont pour objet de causer du mal à quelqu'un, on les nomme maléfices. Voyez ce mot.
Rergier.
ENCKE (Jean-François). (Thèol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre astronome, directeur de l'Observatoire île Berlin, qui adonné son nom à une des plus remarquables comètes connues, naquit à Hambourg en 1701.
Ce qui le lit connaître d'abord fut la solution qu'il donna de l'orbite de la comète de 1080, et de la distance de la terre au soleil ; et ce qui mit le comble a sa réputation ce fut un autre travail intitulé : la détermination des éléments de la comète de Paris découverte en 1818. L'étude de ces éléments le conduisit aune déduction analogue à l'hypothèse que Descartes avait conçue d'un milieu diaphane répandu partout et faisant que tout est plein, que, comme Descartes, il appela l'éther. On croyait jusqu'à lui, que les comètes avaient, toutes des révolutions de longue durée; Encke prouva que celle de Pons, qui maintenant
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porte son nom, n'a qu'une révolution de 1200 jours et qu'on l'avait vue déjà en 1780, en 1795 et en 1805. 11 démontra de plus que l'éther exerçait une résistance aux corps célestes, qui allonge la durée de leurs révolutions et qui les empêche d'être exactement périodiques, en sorte qu'à la longue nous arriverons à des cieux nouveaux et à des bouleversements qu'on ne saurait prévoir. D'autres conséquences encore qu'il tira de l'influence de l'éther [élevèrent au premier rang des astronomes. 11 publie périodiquement à Berlin des observations régulières sous ce titre : Observations astronomiques fuites à Berlin. Il est aussi l'inventeur d'une Nouvelle Méthode pour calculer les perturbai ions (1rs plnni':ti:s, qui a été traduite en français par MM. Terquem et Lafon en 1859. Il en a été de même du calcul des comètes qu'il a enrichi de nouvelles méthodes très-belles et très-précieuses. Le Nom.
ENCOLPE. Voyez Rbliques.
ENCRATITES, hérétiques du second siècle, vers l'an 151. Ils eurent pour chef Tatien, disciple de saint Justin, martyr; homme éloquent et savant, qui, avant son hérésie, avait écrit en faveur du Christianisme.
Sun Discours contre les Gnrs se trouve à la suite des ouvrages de saint Justin. Après la mort de son maître, Tatien tomba dans les erreurs des valentinirns, de Marcion, de Saturnin et des gnostiques. Il soutint qu'Adam n'était pas sauvé, que le mariage est une débauche introduite par le démon ; de là ses sectateurs furent nommés encratites, continents ou abstinents. Ils s'abstenaient non-seulement de la chair des animaux, mais du vin ; ils ne s'en servaient pas même pour l'eucharistie, ce qui leur fit donner le nom à'hydroparastes et àfaquariens, on les appelait encore apotactiques ou renonçants, saccophores et sévériens. Le vin, selon eux, est une production du démon, témoin l'ivresse de Noé et ses suites. Ils n'admettaient qu'une petite partie de l'Ancien Testament, et ils l'expliquaient à leur manière
Nous apprenons encore, par le témoignage des Pères, que Tatien admit les éons des valentiniens ; qu'il distingua dans l'homme trois natures, l'esprit, l'âme et la matière ; qu'il soutint que l'âme n'est pas immortelle de sa nature, mais qu'elle peut être préservée de la mort, ou ressusciter, et que l'âme qui a la connaissance de Dieu ne meurt pas. Il ne croyait pas que le Fils de Dieu fût véritablement né de la Vierge Marie et du sang de David ; il avait composé une espèce d'harmonie ou concorde des quatre Evangiles, dans laquelle il avait retranché les généalogies du Sauveur, données par saint Matthieu et par saint Luc ; il nommait cet ouvrage Biatessaron, c'est-àdire parles quatre. On présume qu'il n'y enseignait pas positivement ses erreurs, puisque du temps de Théodoret, par conséquent au cinquième siècle, cet ouvrage était encore lu, non-seulement par les hérétiques, mais par les catholiques, et que saint Ephrem lit un commentaire sur ce même ouvrage. C'était par conséquent une concorde des quatre EvangilesJ II y en a une version arabe à la bibliothèque du Vatican, qui a été apportée de l'Orient par le savant Assémani ; maisil dit que c'est peut-être le Monotessaron d'Ammonius. On accuse enfin Tatien d'avoir changé plusieurs choses dans lcsEpitres de saint Paul. Ses disciples se répandirent dans les provinces de l'Asie Mineure, dans la Syrie, en Italie même, et jusque dans les environs de Rome.
Voyez la Dissertation sur Tatien, à la fin de son Discours contre les Grecs, édit. d'Oxford.
C'est une question de savoir si, dans ce discours, Tatien a été orthodoxe touchant la nature de Dieu, la génération du Verbe, et la création du monde. Plusieurs protestants, en particulier Brucker, dans son Histoire critique de la philosophie, soutiennent que cet hérésiarque avait, sur ces points de doctrine, la même opinion que les Orientaux ; qu'il admettait, non la création, mais les émanations des créatures : système qui ne s'accorde ni avec la simplicité de la nature divine, ni avec l'éternité
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du Verbe. Brucker blâme le savant Bullus d'avoir voulu expliquer, dans un sens orthodoxe, la doctrine de Tatien. Mosheim est de même avis.
Hist. Christ., sect. 2, § 61.
Nous convenons qu'en prenant à la rigueur, et dans le sens purement grammatical, tous les termes de cet auteur, on peut lui attribuer le système des émanations, et en tirer, par voie de conséquence, toutes les erreurs des philosophes orientaux ; mais ce procédé est-il équitable?
1° Lorsque les théologiens catholiques veulent en agir ainsi à l'égard des hérétiques, les protestants en iont un crime et réclament contre cette rigueur ; leur est-elle plus permise qu'aux catholiques ?
2° Le discours contre les gentils a été écrit avant que Tatien eût professé l'hérésie ; on ne doit donc point en chercher le sens dans les erreurs qu'il enseigna dans la suite, ni dans celles de ses disciples. Prétendre qu'il avait dissimulé ces erreurs auparavant, c'est une autre injustice qu'un protestant ne nous pardonnerait pas.
3° Tatien fait profession d'avoir appris les sciences des Grecs 1 ; il ne parle point de celles des Orientaux ; ce qu'il nomme philosophie des barbares, est évidemment celle des chrétiens et des Hébreux. Jamais les Grecs ne se sont avisés de nommer barbares les Chaldéens et les Egyptiens, desquels ils avaient reçu leurs premières leçons.
4° Les Pères du second et du troisième siècle attribuent les erreurs des valentiniens et des gnostiques, adoptées par Tatien, à la philosophie des Grecs, et non à celle des Orientaux ; ils étaient plus à portée d'en découvrir la source que les critiques du dix-huitième siècle, qui, de leur propre aveu, manquent de monuments pour prouver ce qu'ils avancent. Sur quoi fondés se llattent-ils d'avoir mieux rencontré que les Pères ?
5° Tatien enseigne, dans son discours, plusieurs choses qui ne s'accordent point avec le système des émanations. Il dit, n. 5 : « Au com- » mencement Dieu était, et le Verbe
» était en Dieu. Le Verbe a été en- » gendre par communication et non » par séparation ; il est le premier » ouvrage du Père et le principe ou » l'auteur du monde. Il a produit » tout ce qui a été fait, et il s'est fait
» à lui-même sa matière La ma-
» tière n'est donc point sans commen- » cernent comme Dieu, elle n'est ni » coéternelle ni égale en puissance à » Dieu ; mais elle a été faite, non » par un autre, mais par le seul au- )> teur de toutes choses, n. 7. Le » Verbe divin, Esprit engendré du » Père, à fait, par sa puissance in- » telligente, l'homme, image de l'im- » mortalité, et il avait fait les anges » avant les hommes. »
Quiconque n'est pas aveuglé par la prévention voit dans ces paroles le dogme de la création, et non le système des émanations. Jamais aucun partisan de la philosophie orientale n'est convenu que la matière a eu un commencement, et qu'elle a été faite ; aucun n'a imaginé que la matière est sortie de Dieu pur esprit, par émanation. Vainement Brucker observe que Tatien ne dit point que la matière a été créée, mais qu'elle a été engendrée, poussée dehors ou produite, que tel est le sens des termes grecs. Il a dû savoir que les Grecs, non plus que les autres peuples, n'ont point eu de terme sacré pour exprimer la création prise en rigueur, et qu'ils ont été forcés de se servir des termes usités dans leur langue.
Tatien dit qu'avant la naissance du monde, le Verbe était en Dieu, et qu'il était le commencement de toutes choses : donc il n'apointeu lui-même de commencement ; c'est pour cela qu'il a été engendré par communication, et non par séparation. Il dit que tous, les autres êtres n'étaient en Dieu et dans le Verbe que par sa puissance intelligente : donc ils n'y étaient pas en substance, comme le Verbe était en Dieu : donc ils n'ont pas pu sortir par émanation comme le Verbe est émané de Dieu. Suivant les paroles de Tatien, la production de ces êtres est un acte de puissance, la génération du Verbe est par nécessité de nature ; ces êtres ont eu
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un commencement, le Verbe n'en a point eu : donc leur commencement est une création, et nomme émanation.
Si dans la suite Tatien admit les éons des valcntiniens, et leur émanation, il avait changé de doctrine. C'est bien assez de lui attribuer les erreurs dont les Pères l'ont chargé, sans lui en imputer encore d'autres que les anciens ne lui ont jamais reprochées.
Voyez Création, Philosophie, Tatien, etc.
Beegibr.
ENCYCLIQUE (lettre) Mtteraeencycliesc. (Théol. hist. et pur.) — Le mot signifie une circulaire. « Dans le sens ecclésiastique, dit M. Dux, on entend par encyclique une circulaire du Pape adressée à tous les évèqucs de 'Église catholique, ses coopérateurs.
Les encycliques sont publiées et adressées directement aux évêques, dans des circonstances malheureuses pour toute l'Église catholique, tandis que les brefs et les bulles son! déterminés par des circonstances pins particulières et ont une destination plus spéciale. »
ENDURCISSEMENT. On peuteiter un grand nombre de passages de l'Ecriture sainte dans lesquels il est dit que Dieuendnrcil les pécheurs. Exod.,
c. 10, f 1, Dieu dit : « J'ai endurci le n cœur de Pharaon et des Egyptiens, « afin de fiùre des miracles sur eux, » et d'apprendre aux Israélites que » je suis le Seigneur. » Nous lisons dans Isaie, c. 33, f 17 : « Vous ave/.
» endurci notre cœur afin di nonsôter » la crainte de vos châtiments. » Dans l'Evangile de saint Jean, c 12, f 40, il est dit. que les Juifs ne pouvaient pas croire, parce qur, selon la parole d'Isaîe, Dieu avait aveuglé leurs yeux et endurci leur cœur, afin qu'ils ne fussent pas convertis. Saint Paul conclut, Rom., c. 9, ? 18, que Dieu a pitié de qui il veut, et endurcit qui il lui plait.
fondé sui'ces divers passages, saint Augustin soutient, contre les pélagiens, que Y endurcissement des pécheurs est un acte positif de la puissance de Dieu. Lorsque Julien lui ré-
pond que les pécheurs ont été abandonnés à eux-mêmes par la patience divine, et non poussés au péché par sa puissance, saint Augustin persiste à soutenir qu'il y a eu un acte de patience et un acte de puissance, Contra Julian., 1. 5, c. 3, n. 13 ; c. 4, n. 15. S'il y a, disent les incrédules, un blasphème horrible, c'est d'enseigner que Dieu est la cause du péché ; telle est cependant la doctrine de Moïse, des prophètes, de l'Evangile, de. Saint Paul, des Pères de l'Eglise : il n'y manque rien pour être un article de foi du Christianisme, comme l'a soutenu Calvin.
C'est à nous de démontrer le contraire : 1° dans plusieurs autres endroits, l'Ecriture enseigne que Dieu ne veut point le péché, Ps. 3, f 5 ; qu'il le déteste, Ps. 44, ^ 8 ; qu'il est la justice même, et qu'il n'y a point en lui d'iniquité, Ps. 91, ^ 16; qu'il n'a commandé à personne de mal faire, n'a donné lieu de pécher à personne, ne veut point augmenter le nombre de ses enfants impies etpervers. Eccli., c. 15, f 21, etc. Le sens équivoque du mot endurcir, peut-il obscurcir des passages aussi clairs ?
2 a Moïse répète plusieurs fois que Pharaon lui-même endurcit son propre co'ur. Exod., c. 7, ^ 23 ; c. 8, y 15. Jérémie reproche le même crime aux Israélites, c. o, ^ 3 ; c. 7, j^ 26, etc. Muise les exhorte à ne plus faire de même. Deut., c. 40, } 16 ; c. lo, y 7. David, Ps. 94. f 8 ; l'auteur des Paralipomènes, 1. 2,c. 30, ? 8; saint Paul, Heb., c.3, ^8et la; c. 4, f 7, fout la même leçon à tous les pécheurs; elle serait absurbe, si Dieu lui-même était l'auteur de l'en durcissement
3° C'est le propre, non-seulement de l'hébreu, mais de toutes les langues, d'exprimer comme c«use ce qui n'est qu'occasion. Ou dit d'un homme qui déplaît, qu'il donne de l'humeur, qu'il fait enrager ; d'un père trop indulgent, qu'il pervertit et perd ses enfants; d'une femme aimable, qu'elle l'end un homme fou, etc. ; souvent c'est contre leur intention ; ils n'en sont donc pas la cause, mais seulement l'occasion. De même, les miracles de Moïse et les plaies de
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l'Egypte, étaient l'occasion et non la cause de Y endurcissement de Pharaon; la patience de Dieu produit souvent le même effet sur les pécheurs; Dieu le prévoit, le prédit, le leurreproche; ce n'est donc pas lui qui en est la cause directe. 11 pourrait l'empêcher, sans doute ; mais l'excès de leur malice n'est pas un titre pour engager Dieu à leur donner des grâces plus fortes et plus abondantes. 11 les laisse donc s'endurcir, il ne les en empêche point; c'est tout ce que signitie le terme endurcir.
Quand il est question de crimes, de tléaux, de malheurs, le peuple se console en disant : Dieu la voulu, cette façon de parler populaire signitie seulement que Dieu l'a permis, ne l'a pas empêché.
4° Loin de réfuter cette réponse, saint Augustin l'a donnée et répétée dix fois. Il dit que Pharaon s'endurcit lui-même, et que la patience de Dieu en fut l'occasion; Lib. de Grat. et lib.
Arb., n. 45 ; Lib. 83, quasst. p 18 et 24; Serm. 57, n. 8, in Ps. 104, n. 17.
« Dieu dit-il, endurcit, non en don- ■ nant de la malice au pécheur, mais » en ne lui faisant pas miséricorde, » Epist. 194 ad Sixtum, c. 3, n. 1. Ce » n'est donc pas qu'il lui donne ce » qui le rend plus méchant, mais » c'est qu'il ne lui donne pas ce qui » le rendrait meilleur, Lib. 1. ad » Simplic. p. 2, n. 15 ; c'est-à-dire une » grâce aussi forte qu'il la faudrait » dans le mal. « Tract. 53, in Joan., n. 8 et suiv.
Encelamême consiste l'acte de puissance que Dieu exerce pour lors ; cette puissance ne brille uulle part avec plus d'éclat que dans la distribution qu'elle fait de ses grâces, en telle mesure qu'il lui plait. « Pelage, dit-il, » nous répondra, peut-être, que Dieu » ne force personne au mal, mais » qu'il abandonne seulement ceux qui » le méritent, et il aura raison. »
Lib.de Nat. et de Grat., c. 23, n. 25.
Cela est formel.
C'est par ces passages qu'il faut expliquer ce qui paraîtrait plus dur dans d'autres endroits des ouvrages de ce Père. Sous ses yeux mêmes, les évêques d'Afrique ont décidé que Dieu endurcit, non parce cju'il pousse
l'homme au péché, mais parce qu'il ne le tire pas du péché, ann. 423, Epist. Synod., c. M. Lorsqu'on objecta à saint Prosper, que, selon saint Augustin, Dieu pousse les hommes au péché, il répond que c'est une calomnie : « Ce ne sont pas là, dit-il, » les œuvres de Dieu, mais du diable; » les pécheurs ne reçoivent pas de » Dieu l'augmentation de leur ini- « quité, mais ils deviennent plus mé- » chants par eux-mêmes. » Ad Capit.
Gallor.,Resp. U.et Sent. H.
Longtemps auparavant, Origène avait expliqué, dans le même sens, les passages de l'Écriture que nous objectent les incrédules ; saint Basile et saint Grégoire deiNazianze recueillirent ce qu'il en avait dit. Philocal., c. 24 et suiv. Saint Jean Chrysostome continua cette doctrine, en expliquant l'Epitrede saint Paul aux Romains, et saint Jérôme la suivit dans sou Commentaire sur haie, c. 63, y 17. Tous les Pères l'ont soutenu contre les marcionites et contre les manichéens; ils ont enseigné constamment que Dieu laisse endurcir le pécheur, non en lui refusant toute grâce, mais parce qu'il ne lui donne pas une grâce aussi forte et au-si eiïieace qu'il le faudrait pour vaincre son obstination dans le péché. Voy.
saint Irénée, contra User. 1. 4, c. 20; ïertull., adv. Marcion., I. 2, c. 14, etc.
Si quelques théologiens modernes, qui se paraient du nom à'augustiniens, l'ont entendu autrement, leur entêtement ne prouve pas plus que celui de Calvin.
Par là nous voyons en quel sens il est dit, dans les Livres saints et dans les écrits des Pères, que Dieu abandonne les pécheurs, qu'il délaisse les nations intidèles, qu'il livre les impies à leur sens réprouvé, etc. Cela ne signilie point que Dieu les prive absolument de toute grâce, mais qu'il ne leur en accorde pas autant qu'aux justes ; qu'il ne leur donne pas autant de secours qu'il l'a fait autrefois, ou qu'il ne leur donne pas des grâces aussi fortes qu'il le faudrait pour vaincre leur obstination.
En effet, c'est un usage commun dans toutes les langues, d'exprimer en termes absolus / ce qui n'est vrai
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que par comparaison; aussi lorsqu'un père ne veille plus avec autant de soin qu'il le faisait autrefois, et qu'il le faudrait, sur la conduite dé son fils, on dit qu'il l'abandonne, qu'il le livre à lui même ; s'il témoigne à l'ainé plus d'affection qu'au cadet, on dit que celui-ci est délaissé, négligé, pris en aversion, etc. Ces façons de parler ne sont jamais absolument vraies, et personne n'y est trompé, parce que l'on y est accoutumé.
Une preuve que tel est le sens des écrivains sacrés, c'est que dans une infinité d'endroits ils nous disent que Dieu est bon à l'égard de tous, qu'il apitié de tous, qu'il n'a de l'aversion pour aucune de ses créatures, que ses miséricordes se répandent sur tous ses ouvrages, etc. Les pécbeurs les plus endurcis ne sont pas exceptés.
Eccli., c. 5, J 3: « Ne dites pas, Que » pouvais-je faire ? ou, Q ui m'humi- » liera à cause de mes actions ? Dieu » vengera certainement le mal, c. lu, » y U. Ne dites pas, Dieu me man- » que.... c'est lui qui m'a égaré, il n'a » pas besoin des impies.... Si vous » voulezgarder ses commandements, » ils vous mettront en sûreté... Il ne » donne lieu de pécber à personne. »
Dieu me manque, signifie évidemment, Dieu me laissemanquer de grâce ou de force, etselon l'auteur sacré, c'est un blasphème : donc les pécheurs, même endurcis, ne peuvent pas le dire.
Saint Augustin, L. de Grat. et lib.x\.rb.
c. 2, n. 3, se sert de ce passage pour réfuter ceux qui rejetaient sur Dieu la cause de leurs péchés ; il n'a donc pas cru qu'aucun pécheur, même endurci, pût alléguer ce prétexte. In Ps. 54, n. 4, il dit, qu'il ne faut désespérer de la conversion de personne si ce n'est du démon. Dans ses Confessions, 1. 8, c. M, n. 27, il se dit à lui-même: « Jette-toi entre les bras » de ton Dieu, ne crains rien, il ne « se retirera pas, afin'que tu tombes, » etc. » Encore une fois, s'il est arrivé à saint Augustin de ne pas s'exprimer toujours avec autant d'exactitude que dans ces passages, cela ne prouve rien; c'est à ceux-ci et à d'autres qu'il faut s'en tenir, puisqu'ils sont fondés sur l'Ecriture sainte, et dictés parle bon sens.
On doit raisonner de même sur ceux dans lesquels il est dit que Dieu aveugle les pécheurs, puisque l'Ecriture nous enseigne qu'ils sont aveuglés par leur propre malice. Sap., cap. 2, f 21. « Dieu, dit encore saint » Augustin, aveugle et endurcit les » pécheurs en les abandonnant, et » en neles secourant pas. » Tract. 53, in Joan., n° 6. Or, nous venons de voir en quel sens Dieu les abandonne et ne les secourt pas.
Mais il y a quelques-uns de ces passages qui méritent un attention particulière. Dans Isaie, chap. 6, ^9, Dieu dit au prophète : « Va, et dis à » ce peuple : Ecoutez et n'entendez » pas, voyez et gardez-vous de con- » naître. Aveugle le cœur de ce peu- » pie, appesantis ses oreilles, et fer- » me-lui les yeux, de peur qu'il ne » voie, n'entende, ne comprenne, ne » se convertisse, et que je ne le gué- » risse. Jusques à quand, Seigneur?
» Jusqu'à ce que ses villes soient sans » habitants, et sa terre sans culture. »
Isaïe n'avait certainement pas le pouvoir de rendre les Juifs sourds et aveugles ; mais Dieu lui ordonnait de leur reprocher leur stupidité, et de leur prédire ce qui arriverait. Ainsi aveugle cejwuple, signifie simplement, dislui et reproche-lui qu'ilest aveugle, etc.
L'Evangile fait plus d'une fois allusion à cette prophétie. Dans saint Matthieu, chap. 13,^ 13, Jésus-Christ dit des Juifs: « Je leur parle en para- » boles, parce qu'ils regardent et ne » voient pas, ils écoutent et ils n'en- » tendent ni ne comprennent pas.
» Ainsi s'accomplit en eux la prophé- » tie d'Isaïe, qui a dit : Vous écou- » terez et n'entendrez pas, etc. En » effet, le cœur de ce peuple est ap- » pesauti, ils écoutent grossièrement, « ils ferment les yeux, de peur de » voir, d'entendre, de comprendre, » de se convertir et d'être guéris. »
Dans saint Marc, c. 4, $ 12, le Sauveur dit a ses disciples : « Il vous est » donné de connaître les mystères du » royaume de Dieu ; mais pour ceux » qui sont dehors, tout se passe en » paraboles, afin que voyant ils ne ;. voient pas, qu'écoutant ils n'en- « tendent pas, qu'ils ne se conver- » tissent pas, et que leurs péchés
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» ne leur soient point remis. « Dans saint Jean, ch. 12, f 39, il est dit des Juifs, que malgré la grandeur et la multitude des miracles de Jésus- Christ, « ilsnepouvaientcroire, parce » qu'Isaïe a dit : Il a aveuglé leurs » yeux et endurci leur cœur, de peur » qu'ils ne voient, n'entendent, ne se » convertissent, et que je ne les gué- » risse. » Saint Paul applique encore aux Juifs cette prophétie, Act . , cap.
18, y 25, et Rom., c. U,f 8.
Il suffit de comparer ces divers passages pour eu prendre le vrai sens ; saint Matthieu s'est exprimé d'une manière qui ne fait aucune difficulté; mais comme le texte de saint Marc parait plus obscur, les incrédules s'y sont attachés, et ils en concluent que, suivant cet évangéliste, Jésus-Christ parlait exprès en paraboles, afin que les Juifs n'y entendissent rien, et refusassent de se convertir.
1° Il est clair) qu'au lieu de lire dans le texte, afin que, il faut traduire, de.
manière que ; c'estla signification trèsordinaire du grec fva, et du latin ut, eteette traduction fait déjà disparaître la plus grande difficulté : « Pour ceux » qui sont dehors, tout se passe en » paraboles, de manière qu'en voyant » ils ne voient pas, etc. » C'est précisément le même sens que dans saint Matthieu.
2° Il n'est pas moins évident que des paraboles, c'est-à-dire des comparaisons sensibles, des apologues, des façons de parler populaires et proverbiales, étaient la manière d'instruire la plus à portée du peuple, et la plus capable d'exciter son attention : non-seulement c'était le goût et la méthode des anciens, et surtout des Orientaux; mais c'est encore aujourd'hui parmi nous le genre d'instruction que le peuple saisit le mieux : ce serait donc une absurdité de supposer que Jésus-Christ s'en servait afin de n'être ni écouté ni entendu.
3° Pourquoi était-il donné aux apôtres de connaître les mystères du royaume de Dieu, et pourquoi cela n'était-il pas accordé de même au commun des Juifs ? Parce que les apôtres interrogeaient leur maître en particulier, afin d'apprendre de lui le vrai sens de ses paraboles; l'Evangile
leur rend ce témoignage. Les Juifs, au contraire, s'en tenaient à l'écorce du discours, et ne se souciaient pas d'en savoir davantage. Loin de chercher à se mieux instruire, ils fermaient les yeux, ils se bouchaient les oreilles, etc., parce qu'ils n'avaient aucune envie de se convertir. Tout se passait donc en paraboles, à leur égard ; ils se bornaient là, et n'allaient pas plus loin; de manière qu'ils écoutaient sans rien comprendre, etc. C'était donc un juste reproche que Jésus-Christ leur faisait, et non une tournure malicieuse dont il usait à leur égard.
Mais saint Jean dit qu'ils ne pouvaient pas se convertir ; d'accord. « Si » l'on me demande, dit à ce sujet saint » Augustin, pourquoi ils ne le pou- » vaient pas, je réponds d 'abord, » parce qu'ils ne le voulaient pas. »
Tract.SZinJoan., n. II. En ellet, lorsque nous parlons d'un homme qui a beaucoupde répugnanceà faire unechose, nous disons qu'il ne peut pas s'y résoudre ; cela ne signifie point qu'il n'en a pas le pouvoir. Ce serait encore une absurdité de prétendre que les Juifs ne pouvaient pas croire, parce qu'Isaïe avait prédit leur incrédulité ; en quoi cette prédiction pouvait-elle influer sur leurs sentiments ?
A la vérité, saint Jean semble attribuer cette incrédulité à Dieu lui- • même : Il a aveuglé leurs yeux et endurci leur cœur, etc. Mais cet évangéliste savait que le passage d'Isaïe était très-connu, qu'il n'était pas nécessaire de copier servilement la lettre pour en faire prendre le sens. Or, nous avons vu que dans ce prophète, aveugle ce peuple, signifie déclare-lui qu'il est aveugle, et reproche-lui son aveuglement. Voyez Cause finale, Crace, § 3, Parabole, Péché, etc.
Bergier.
ÉNERGIQUES ou ÉNERGISTES, nom donné, dans le seizième siècle, à quelques sacramentaires, disciples de Calvin et de Mélanchton, qui soutenaient que l'eucharistie n'est que l'énergie ou la vertu de Jésus-Christ, et non son propre corps et son propre sang.
Bergier.
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ENERGUMÈNE, homme possédé du démon. Quelques auteurs, anciens et modernes, ont soutenu que ce terme, dans l'Ecriture sainte, signifie seulement des personnes qui contrefont les actions du démon, et opèrent des choses surprenantes qui paraissent surnaturelles. Nous prouverons le contraire aux mots Possédé et Possession. Le concile d'Orange exclut de la prêtrise les éncrgumènes, et les prive des fonctions de leur ordre, lorsque la possession est postérieure à leur ordination.
L'usage de l'Eglise primitive était de tenir les éncrgumènes dans la classe des pénitents, de faire pour eux des prières particulières et des exorcismes. Comme la plupart étaient des païens, lorsqu'ils étaient guéris, ils se faisaient instruire, et ordinairement ils recevaient le baptême. Voyez Bingham, liv. 3, c. 4, § 6, tome 2, p. 26. Bergier.
ENFANCE. Filles de l'Enfance de Jésus-Christ. Congrégation, dont le but était l'instruction des jeunes tilles et le secours des malades. On n'y recevait point de veuves, on n'épousait la maison qu'après deux ans d'essai, on ne renonçait point aux biens de famille en s'attachant à l'institut; il n'y avait que les nobles qui pussent être supérieures. Quant aux autres emplois, les roturières pouvaient y prétendre; plusieurs cependant étaient abaissées à la condition de suivantes, de femmes de chambre et de servantes.
Cette communauté bizarre commença à Toulouse en 1637. Ce fut un chanoine de cette ville qui lui donna, dans la suite, des règlements qui ne réparèrent rien ; on y observa d'en bannir les mots dortoir, chauffoir, réfectoire, qui sentaient trop le monastère. Ces filles ne s'appelaient point sœurs ; elles prenaient des laquais, des cochers ; mais il fallait que ceux-ci fussent mariés, et que les premiers n'eussent point servi de filles dans le monde : elles ne pouvaient choisir un régulier pour confesseur.
Le chanoine de Toulouse soutenant, contre toute remontrance, la sagesse profonde de ses règlements,
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et n'en voulant pas démordre, le roi Louis XIV cassa l'institut, et renvoya les filles de l'Enfance chez leurs parents : elles avaient alors cinq ou six étabhssements.tant en Provence qu'en Languedoc. Bergier.
ENFANTIN (Barthélemy-Prosper).
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Le père Enfantin était né à Paris en I79C et est mort il y a peu d'années. Il fut le principal fondateur du Saint-Simomsme, après s'être lié vers 1823 avec Ohnde Rodrigues et, par son intermédiaire, avec Saint-Simon lui-même qui le convertit à ses théories de rénovation industrielle et religieuse. Le premier organe de l'association nouvelle fut le Producteur dont l'épigraphe était : « L'âge d'or qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous. » Benjamin Constant formula contre la doctrine naissante, qu'avait d'abord soutenue le parti libéral, l'accusation de théocratie et les libéraux l'abandonnèrent, en sorte qu'en 1828, le père Enfantin ne comptait autour de lui qu'une douzaine de collaborateurs dont les principaux étaient MM. Ad. Blanqui, Léon Halévy, Bazard, Duveyrier, Bûchez, Artaud, Péreire et Laurent (de l'Ardèche).
A la révolution politique de 1830, la nouvelle école se développa. Enfantin organisa des centres d'action à Toulouse, Montpellier, Lyon, Metz et Dijon ; il s'assura l'appui du journal le Globe, et bientôt il fut proclamé l'un des pères avec Bazard. Mais Bazard voulait qu'on s'occupât de politique, et Enfantin ne se préoccupait que de morale, d'art, de religion et de réforme sociale ; il prétendait régler les rapports individuels, affranchir la femme et le prolétaire, et sanctifier la chair dans le travail et dans le plaisir; il aspirait à prendre la place de l'Église et non de l'État; comme moyens de transition, il visait à l'abolition des successions collatérales et à l'institution de banques commanditaires du travail. En 1831, il annonçait, dans un programme, que Bazard et Rodrigues n'étaient plus avec lui, et que lui seul était « la loi vivante et le Messie; » ce pro-
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gramme était adressé aux quarante mille adhérents français. Mais il passait en même temps à la réalisation, mettait ses biens en commun, déclarait la famille constituée et dépensait plusieurs centaines de mille francs pendant l'hiver de 1832 en fêtes dont le but était de trouver « le Messie femelle » complément indispensable de « l'individu social. » Quand l'argent manqua, il essaya d'un emprunt qui produisit 82,000 fr. Mais ce n'était pas assez ; plusieurs ateliers d'ouvriers fondés par lui tombaient, et le journal le Globe, qu'on distribuait gratis, tombait également. C'est alors que la police arrêta l'entreprise.
Une dernière transformation se fit, et M. Enfantin, suivi de quarante disciples épurés, parmi lesquels se trouvaient Michel Chevalier, E. Barrault, Duveyrier, Talabot, Gustave d'Eichtal, F. David, Terton, Raymond Bonheur, Steph. Flachot et beaucoup d'autres qui se sont illustrés depuis, soit dans l'industrie soit comme auteurs, se retira à Mesnil-Montant dans une propriété qu'il possédait sur cette côte et organisa une communauté modèle. Costume particulier, travaux manuels, conférences efcérémonies religieuses, tout fut monté selon le rêve du P. Enfantin. Parmi ses sentences philosophiques et mystiques, on peut citer celles-ci :
« Dieu est tout ce qui est; tout est en lui, tout est par lui... Chacun de nous vit de sa vie, et tous nous communions en lui, car il est tout ce qui est. »
« Le verbe suprême, le verbe infinitésimal se résoudra dans l'art en paroles et hors de l'art en symboles ; le savant le traduira en formules, et l'industriel en formes limitées. »
Le théoricien était, pour le P. Enfantin, « le substantif, » le praticien, « l'adjectif, » et le prêtre « le verbe. »
Il discutait sur tout cela avec Carnot, Jules Lechevalier, J. Reynaud et d'autres, quand il fut traduit devant les assises de la Seine sous inculpation de réunion illicite et d'outrage aux mœurs. On refusa de lui accorder pour défenseurs deux dames, ferventes disciples; il se défendit magistralement en vrai père de communauté,
plein d'une noblesse mystique, et fut condamné à un an de prison le 28 août 1832.
Cet événement fut le signal de la dispersion des Saint-Simoniens. Enfantin, libéré après quelques mois, alla avec quelques disciples en Egypte où il étudia le percement du canal de Suez, revint en France, se lit maître de poste près de Lyon, devint, en 1844, membre de la commission scientifique de l'Algérie, et en 1845, directeur de la compagnie du chemin de fer de Lyon. En 1848, il fonda, avec M. Duveyrier, le Crédit, journal quotidien qui se soutint jusqu'en 1850. Le P. Enfantin est mort faisant partie de l'administration du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée.
Ses ouvrages sont : Economie politique et politique, 183 1; Morale, 1832; le Livre nouveau, 1832 ; Colonisation de V Algérie, 1848; Correspondance philosophique et religieuse, 1 847 ; Correspondance politique, 1 849 ; réponse au P. Félix ; un dernier mot au P. Félix, 1858; etc.
A peu près tous les Saint-Simoniens sont devenus de riches et puissants personnages, surtout dans l'industrie.
Un jour, dans une cérémonie funèbre qui se faisait à l'église et au cimetière Montmartre, un magnifique vieillard qui venait de jeter une couronne sur la tombe du défunt en disant : « à l'immortalité!... » nous ayant aperçu parmi les assistants en costume ecclésiastique, vint nous parler d'une manière philosophique fort polie, et nous dit en finissant que celui qu'on venait d'enterrer n'avait été conduit à l'église, que sur la volonté de sa famille, mais que lui n'était pas catholique. Le vieillard était le P. Enfantin que nous ne connaissions pas. C'est la seule fois que nous l'ayons vu. Le Noir.
ENFANTS. C'est aux philosophes moralistes de démontrer quels sont les devoirs réciproques des pères et des enfants selon la loi naturelle ; mais nous sommes chargés de faire voir que la religion révélée y a sagement pourvu dès le commencement du monde, et a prévu d'avance les