‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 4 (volume 4)Chapitre 78 sur 96 · EN F · texte numérisé non relu

EN F

ENF

erreurs dans lesquelles sont tombés à cet égard la plupart des peuples, et même les philosophes les plus célèbres.

La première mère du genre humain a montré à tous les parents l'idée qu'ils doivent avoir de leurs enfants, lorsqu'elle dit, à la naissance de son lils aine : Dieu m'accorde la possession d'un homme, et qu'elle répéta en mettant Seth au monde : Dieu me donne celui-ci pour remplacer Abri.

Gènes, c. 4, y I et 15. Deux époux qui reçoivent leurs enfants comme un bienfait (pie Dieu leur accorde, romme un dépôt duquel ils doivent lui rendre compte, ne seront pus tentés de les laisser périr, d'en négliger L'éducation, beaucoup moins de les exposer, de les détruire, de les vendre, comme on a t'ait chez des nations qui semblaient d'ailleurs instruites et policées.

De la même il s'ensuit que les devoirs des enfanta ne sont pas seulement fondés sur la reconnaissance, mais sur l'ordre que Dieu a établi pour le bien commun du genre humain, Quand même les pères et mères

manqueraient aux obligations que Dieu leur impose, les i nfantS ne seraient pas dispensés pour cela de L'obéissance, de L'attachement, des services qu'ils leur doivent. La loi que Dieu leur a prescrite est confirmée par les effets qu'il a voulu attacher à la bénédiction ou à la malédiction des pères; nous en voyons l'exemple dans Le sort de Cham, d'Esaû, des divers enfants de Jacob.

.Nous n'avons pas besoin de réllexions profondes, pour réfuter les incrédules qui ont décidé que les enfants ne doivent plus rien à leurs pères et mères, dès qu'ils sont assez grands et assez forts pour se passer d'eux; que l'autorité paternelle finit dès qu'un enfant est eu état de se gouverner Lui-même. Si cela était vrai, quels seraient les parents assez insensés pour prendre la peine d'élever des enfants? Qnel motif pourrait les y engager? En voulant favoriser la liberté des enfants, on met donc leur vie en danger. Si cette morale détestable avait été suivie dès l'origine, le genre humain aurait été

étouffé dès le berceau. Voyez Père.

Nous ne citerons point les lois que Dieu avait portées par Moïse, pour rendre sacrés et inviolables les devoirs de la paternité et de la filiation; nous nous contentons d'observer que la circoncision, par laquelle un enfant recevait le sceau des promesses faites à la postérité d'Abraham, l'offrande des premiers-nés qui rappelait aux Israélites un miracle signalé fait en faveur de leurs enfants, le rachat qu'il- fallait en faire, le sacrilice que les femmes devaient offrir après leurs couches, étaient autant de leçons qui devaient redoubler L'affection et l'attention des parents. Aussi ne voyonsnous point chez les Juifs le même désordre, la même barbarie qui régnaient chez les nations païennes, où l'on ne faisait pas plus de cas d'un enfant nouveau-né que du petit d'un animal.

Dans le Christianisme, par le baptême, un enfant devient lils adoptif de Dieu, frère de Jésus-Christ, héritier du ciel, membre de l'Eglise, par conséquent doublement cher à ses parents. C'est un dépôt duquel ils sont responsables à Dieu, à l'Eglise, à la société. I'ai'.cette institution salutaire 1 , Jésus-Christ a pourvu, non-seulement à la conservation et à la vie, mais à L'état civil et aux droits légitimes des enfants. Une charité ingénieuse et active a fait élever des asiles pour les orphelins, pour les enfants abandondonnés, pour ceux des pauvres; la religion, devenue leur mère, supplée à l'impuissance, ou répare la cruauté des parents. Elle seule a su nous apprendre ce que c'est qu'un homme, ce qu'il vaut, ce qu'il doit être un jour ; elle a aussi réfuté d'avance les rêveries philosophiques sur la dissolubilité du mariage, sur les bornes de l'autorité paternelle, sur les prétendus droits des enfants, etc.

Lorsque les païens eurent la malice de publier que les chrétiens égorgeaient un enfant dans leurs assemblées, nos apologistes réfutèrent cette calomnie, et firent retomber ce crime sur les accusateurs. Comment, disentils, ose-t-on nous charger d'un homicide, nous qui avons horreur, nonseulement d'ôter la vie à un enfant,

ENF

ENF

mais de l'empêcher de naître, de l'exposer, de mettre sa vie en danger ?

C'est parmi vous que ces désordres sont communs, vous les commettez sans honte et sans remords.

Saint Justin, Apol. 1, n. "27; Tertullien, Apologet., c. 9; Lactance, Divin. Instit., lib. fi, c. f) ; lib. (i, c. 20, rendent témoignage de ce fait, et reprochent aux païens leur barbarie.

Le philosophe, qui a écrit de nos jours que chez les Romains il n'était pas nécessaire de fonder des maisons de charité pour les enfants trouvés, parce que personne n'exposait ses enfants, et que les maîtres prenaient soin de ceux de leurs esclaves, en a grossièrement imposé. Les Romains, sans doute, nourrissaient ordinairement les enfants de leui's esclaves, parce qu'ils les regardaient comme du bétail destiné à leur service; pour leurs propres enfants nouveau-nés, ils ne faisaient aucun scrupule de les mettre à mort ou de les exposer. 11 est constant que chez les Grecs et chez les Romains, lorsqu'un enfant venait au monde, on le mettait aux pieds de son père ; s'il le relevait de terre, il était censé le reconnaître ; de là est née l'expression, tollerc, ou suscipere libéras ; s'il tournait le dos, V enfant était mis à mort ou exposé.

Un jurisconsulte du dernier siècle a fait un traité, de Jure exponendi libéras. Parmi ces enfants exposés, la plupart périssaient par le froid et par la faim ; s'ils étaient recueillis et élevés par quelqu'un, les garçons étaient destinés a. l'esclavage, et les tilles à la prostitution.

Constantin, devenu chrétien, porta deux lois qui sont encore dans le code théodosien : l'une ordonne de fournir des fonds du trésor public aux pères surchargés d'enfants, atin de leur ôter la tentation de les tuer, de les exposer ou de les vendre ; la seconde accorde tout droit de propriété, sur les entants exposés, à ceux qui ont eu la charité de les recueillir et de les élever : triste monument de la barbarie qui régnait chez les païens.

La religion chrétienne rétablit les droits de l'humanité; les canons des anciens conciles portent la peine d'excommunication contre ceux qui

auraient la cruauté d'exposer les enfants, de leur ùter la vie, ou de les empêcher de naître. Bientôt la charité éleva des hôpitaux pour les recueillir; ces maisons furent nommées brephotrophia, lieux destinés à nourrir les enfants. 11 n'est donc pas nécessaire, chez les nations chrétiennes, que tous les enfants soient déclarés infants de l'Etat, comme l'ont désiré certains philosophes ; tous sont enfants de la religion, leur sort est encore meilleur. Les Etats, les gouvernements, ont souvent méconnu le prix des hommes; notre religion ne l'a jamais oublié. Sur la nécessité de baptiser les* nfants, noyez Baptême, §8.

En assurant le sort des enfants, les lois ecclésiastiques confirmèrent anssi l'autorité légitime des pères; elles ôlèrent aux enfants la liberté de disposer d'eux-mêmes, de contracter mariage, ou d'entrer dans l'état monastique sans le consentement de leurs parents. Voyez Bingham, 1. 16, c. 9 et 10, tome 7, p. 380, 397, 408.

Bergisb.

ENFANTS DE DIEU. A proprement parler, tous les nommes sont enfants de Dira, puisqu'il est le créateur et père de tous; mais parmi ceux qui ont vécu dans le premier âge du monde, l'Ecriture distingue les enfants de Dieu d'avec les infants des honunes. Il parait que par les premiers elle entend les adorateurs de Dieu, ceux qui se distinguaient par leur piété et par leur vertu, en particulier les descendants d'Enos. Les seconds sont ceux qui joignaient à l'irréligion des mœurs très-corrompues.

Les alliances qui se tirent entre les uns et les autres rendirent cette corruption générale, et furent la cause du déluge universel. Gen., c. 6.

Dans les écrits de l'Ancien Testament, le nom d'enfants de Dieu est ilonné aux Israélites, parce que. Dieu les avait adoptés pour son peuple, l)i ut., c. H, j? t ; lsai , c. t, f 2; et saint Paul le fait remarquer, Rom., c. 9, ^ 4. Il est donné en particulier aux prêtres et aux lévites, l's.'lS, ji 1 I.

Les juges du peuple sont appelés les enfants du Très-Haut, Ps. 81, ^6.

Ce titre parait désigner les anges;

ENF

ENF

Ps. 88, f 7; Dan., c. 3, ^ 92; Job, c. 1, f 6. etc.

Dans le Nouveau, il a une signification plus sublime ; il désigne une adoption plus étroite, et des bienfaits plus précieux que ceux que Dieu avait daigné accorder aux Juifs : saint Paul se sert de cette réflexion pour exciter les fidèles à la reconnaissance envers Dieu, et à la pureté de mœurs, Rom., c. 8, J 14 et suiv.; Gai., cap. 4, f 22, etc. Bergier.

ENFANTS PUNIS DU PÉCHÉ DE LEUK PÈRE. Plusieurs philosophes modernes ont décidé que, quand on met en question si Dieu peut, sans injustice, punir les enfants du péché de leur père, et en quel sens, on fait une demande honteuse et absurde ; ils ont voulu le prouver par une maxime tirée de l'Esprit des lois :

nous appelons de cette décision.

Un souverain pour crime de rébellion, est endroit de dégrader un gentilhomme, de confisquer ses biens, de l'envoyer au supplice; ses enfants nés et à naitre se trouvent déchus de la noblesse, de l'héritage et de la fortune dont ils auraient joui sans le crime de leur père ; ils en portent donc la peine, il n'y a point là d'injustice. Il est du bien commun qu'un criminel puisse être puni, non-seulement dans sa personne, mais dans celle de ses infants, qui doivent lui être chers ; c'est un frein de plus contre le crime. A plus forte raison Dieu peut-il agir de même.

A la vérité, ce serait une cruauté de mettre à mort des enfants a cause du crime de leur père ; un tyran seul est capable de cette barbarie. Les souverains, les magistrats, n'ont droit de vie et de mort que pour un crime personnel ; le bien de la société n'exige rien davantage ; ils ne peuvent dédommager un enfant de la perte de sa vie ; en la lui ôtant, ils priveraient peut-être la société d'un membre qui l'aurait utilement servie dans la suite.

Dieu, au contraire, est le souverain maître de la vie et de la mort ; indépendamment de tout crime, il peut dédommager dans l'autre vie ceux qu'il prive de la vie présente; lui seul sait pourvoir au bien général de

la société, et en réparer les pertes. Il est donc faux que Dieu soit injuste dans aucun sens, lorsqu'il punit de mort les enfants à cause du crime de leur père.

Il avait dit aux Juifs : « Je suis le » Dieu fort et jaloux, qui recherche » l'iniquité des pères sur les enfants » jusqu'à la troisième et à la quatrième » génération de ceux qui me haïssent.»

Exod., c. 20, y 5 ; Deut., c. S, f 9.

Il les avait menacés de les faire périr à cause de leurs péchés et de ceux de leurs pères, Leiit., c. 26, f 39.

Cependant il semble dire le contraire par Ezéchiel ; ce prophète emploie un chapitre entier à réfuter le proverbe des Juifs captifs à Babylonne : » Nos pères ont mangé le raisin vert, et » c'est nous qui en avons les dents » agacées. » Il leur soutient, de la part de Dieu, que cela est faux : il leur oppose cette maxime absolue :

« Celui qui péchera est celui qui » mourra : je jugerai chacun selon » ses œuvres. Èzech., c. 18. Comment concilier ces divers passages.

Très-aisément : il y est question des adultes et non des enfants en bas âge ; cela est clair par les termes dans lesquels ils sont conçus, Dieu menace de punir jusqu'à la quatrième génération rcu.i; qui le haïssent, ceux qui imitent les péchés de leurs pères, et non ceux qui s'en corrigent : conséquemment Ezéchiel soutient aux Juifs captifs, qu'ils portent la peine, non des péchés de leurs pères, mais de leurs propres crimes ; que s'ils se corrigent, Dieu cessera de les affliger. C'est la réfutation de la maxime des Juifs modernes, qui disent que, dans toutes leurs calamités, il entre toujours au moins une once de l'adoration du veau d'or.

Cela n'empêche pas que les enfants en bas âge ne se trouvent enveloppés dans un fléau général, tel que le déluge, la ruine de Sodome, une contagion, etc. Il faudrait un miracle pour que cela ne fût pas, et Dieu n'est certainement pas obligé de le faire (1).

Bergier.

(I) Cet article doiis parait laisser beaucoup à désirer comme clarté de principes. Voici comment

doiis résoudrions la difiiculté :

ENF

ENF

ENFANTS DÉVORÉS PAR LES OURS. Voy. Elisée.

Page 1