ENFANTS DANS LA FOURNAISE
Il est dit, dans le livre de Daniel, chap. 3, que Nabuchodonosor fit jeter dans une fournaise ardente trois jeunes Hébreux qui n'avaient pas voulu adorer la statue d'or qu'il avait fait élever; qu'ils furent miraculeusement conservés dans les flammes, qu'ils en sortirent, sains et saufs; que le roi, frappé de ce prodige, le lit publier par un édit adressé à tous ses sujets.
La prière et le cantique que ces trois jeunes hommes prononcèrent à cette occasion, et que l'Eglise répète encore, ne se trouvent plus dans le texte hébreu de Daniel ; ils ont été tirés de la version de Théodotion et mis dans la Vulgate. Mais ils sont dans la traduction grecque de Daniel, faite par les Septante, qui a été imprimée à Rome en 1772, et qui a été copiée autrefois sur le Tétraples d'Origène. Ainsi, l'on ne peut plus douter que cette partie du chapitre 3 n'ait été dans l'original hébreu. Saint Atbanasc recommande aux vierges de dire ce cantique dès le matin ; saint Jean Chrysostome atteste qu'il est chanté dans toute l'Eglise, et le quatrième concile de Tolède ordonne de le chanter tousles dimanches, et dans l'office des martyrs. Bingham, 1. 14, c. 2, § 6, tome 6, p, 47.
ENFANTS TROUVÉS. Le sort da ces malheureuses victimes de l'incontinence était autrefois abandonné
Il est contraire à tonte justice, aussi bien à la justice absolue de Dieu qu'a toute justice relative p d'imputer a l'enfant la faute de son père et de lui appliquer une peine quelconque comme punition de cette faute.
Mais il n'est pas contraire à la justice, et c'est même une conséquence nécessaire des relations et des solidarités entre des êtres erés qui s'engendrent les uns les autres, que les fautes des pères entraînent, dans leurs enfants, des états de dégradation qui ne sont que de purs résultats matériels dont les enfants ne sont aucunement responsables. Ces états ne sont que des infériorités dans lesquelles Dieu, qui ne doit rien à sa créature et qui n'est pas tenu au mieux, mais seulement au lion, aurait pu les créer directement, et, par conséquent dans lesquels il peut les faire naître par suite d'un enchaînement établi par lui entre des causes secondes et leurs effets.
Ces principes posés, il s'ensuivra que le père
aux seigneurs sur les fiefs desquels on les avait exposés ; mais l'intérêt, qui prévaut presque toujours sur les sentiments d'humanité, fit négliger de pourvoir h leur conservation: la plupart auraient péri, si la religion n'était venue à leur secours. L'évêque et le chapitre de Paris donnèrent les premiers l'exemple de la charité à cet égard ; ils destinèrent une maison placée près de l'église cathédrale pour recevoir ces enfants qui furent d'abord nommés les pauvres enfants trouves de ISotre-Bame. Charles VI rendit témoignage de cette bonne œuvre, et y appliqua un legs, dans son testament, l'an 1536 ; un arrêt du parlement, du 13 août 1552, condamna les seigneurs à y contribuer.
Par le zèle de saint Vincent de Paul, les Sœurs de la charité qu'il venait d'instituer se chargèrent d'en prendre soin. Après plusieurs translations, ces enfants ont été placés vis-à-vis de l'Hôtel-Dieu, et l'on a conservé, dans l'église de Notre-Dame, l'espèce de couche sur l'aquelle ils implorent les aumônes des fidèles. Voyez les Recherches sur Paris, par M. Jaillot, tome 1, p. 96 et suiv.
Dans plusieurs villes du royaume, il y a des hôpitaux semblables pour les recevoir, et des religieuses du Saint- Esprit qui se consacrent à élever ces enfants ; c'est l'objet de leur institut.
Ce zèle n'a point d'exemple hors du Christianisme, et il n'est que faiblementimitédansles commnnions séparées de l'Eglise romaine: preuve évidente que la politique et l'humanité ne feront jamais ce qu'inspire lareli-
coupable sera puni, non-seulement dans sa propre personne, mais aussi dans sa lignée par les conséquences dont sa faute sera la cause ; et il s'ensuivra, en même temps, que les enfants ne seront pas punis du péché du père puisqu'ils sueront seulement crées dans un état d'infériorité relative qui, par rapport à eus, est encore un état bon dans lequel ils auraient pu naître par création directe de la part de Dieu, et dnut ils auraient dû, comme ils le doivent encore, lui rendre grâce.
De cette manière Moïse et Ezeehiel se concilient facilement; nous croirions faire injure au lecteur en nous attardant à le faire ressortir.
Mais nous croyons que la théologie doit accorder à la philosophie cette condition, que l'état d'infériorité de la race ne soit qu'une déchéance d'un bien supérieur dans un bien moindre, et non point un mal positif, une souffrance directe et formelle.
Le Noir.
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gion. C'est elle qui nous fait sentir le prix d'une créature vivante consacrée à Dieu par le baptême, pendant qu'à la Chine on laisse périr, toutes les années, trente mille enfants exposés.
On objecte que ces asiles charitables fournissent aux pauvres un moyen et une tentation de se débarasser de leurs enfants, et de se dispenser ainsi des devoirs de la nature.
Cela peut être. Lorsque les mœurs sonr dépravées à l'excès, que le libertinage est poussé au comble dans l'état du mariage, aussi bien que parmi les personnes libres, combien de milliers d'enfants périraient toutes les années, s'il n'y avait pas des hôpitaux pour les recevoir, et des mains charitables prêtes à les recueillir ?
Quand même sur mille il y en aurait cent de légitimes, abandonnés par des parents misérables ou dénaturés, c'est un moindre mal que si les neuf dixièmes étaient exposés à périr. Au point où nous sommes, il n'est plus question de choisir entre le bien et le mieux, mais de préférer le moindre mal. Si l'on veut des établissements desquels la malice humaine ne puisse pas abuser, l'on peut prédira hardiment qu'il ne s'en fera jamais. Bergier.
ENFANTS TROUVÉS, par rapport au baptême. (Tkéol. pur. sacr.) — « La présomption légale, dit M. Fr.-X.
Schmid, est qu'ils ne sont pas baptisés et qu'il faut leur conférer le baptême. On suppose qu'une mère assez dénaturée pour exposer son enfant n'aura pas eu la conscience de l'ondoyer (1). La chose devient plus douteuse lorsque l'enfant trouvé a déjà plusieurs mois ou quelques années, et que son existence a dû être connue non-seulement de sa mère, mais des personnes qui l'entouraient. Si l'enfant a été élevé dans une localité où il est probable qu'on aurait publiquement et généralement blâmé le défaut de baptême, on ne doit pas douter que celui-ci n'ait été conféré ; mais si l'exposition a été faite par des vagabonds, des soldats, des gens vi-
(l)Ccme. Camerac-, atm. 1586, lit. 6, c. 8. Cane. Ctiur., ano. 1605, de Bapt.
vant dans un lieu où la négligence du baptême n'aurait pas attiré l'attention, il est à présumer que ce sacrement n'a pas été administré. Dans tous les cas, un billet qu'on trouverait auprès de l'enfant, portant qu'il a été baptisé, qu'il a reçu tel ou tel nom, n'est pas une preuve suffisante.
Tout au moins, si le billet indique le lieu et le jour du baptême, si ce lieu est connu et n'est pas trop éloigné, il faut remettre le baptême jusqu'à ce que la fausseté de l'indication soit démontrée, à moins que l'enfant ne soit en danger de mort... Du reste on baptise ces enfants, dans tous les cas, sous condition, avec les paroles connues : Si non es baptizatus (baptizata). » Le Noir.
ENFER, lieu de tourments, où les méchants subiront, après cette vie, la peine due à leurs crimes. L'enfer est donc l'opposé du ciel ou du paradis, dans lequel les justes recevront la récompense de leurs vertns.
L'hébreu scheol, le grec ■capTtfpoç et 56-qç, le latin infemus et orcus, l'enfer, expriment dans l'origine un lieu bas et profond, et par analogie le tombeau, le séjour des morts. Les Juifs se sont encore servis du mot gehenna ou gehinnon, vallée près de Jérusalem, où il y avait une fournaise nommée tophet, dans laquelle les idolâtres fanatiques entretenaient du feu pour sacrifier ou initier leurs enfants à Moloch. De là vient que, dans le Nouveau Testament, V enfer est souvent désigné par gehenna ignis, la vallée du feu.
On propose plusieurs questions sur l'enfer ; on demande si les anciens Juifs en ont eu connaissance, où il est situé, et quelle est la nature du feu qui y brûle ; si les peines que l'on y endure sont éternelles, en que! sens on doit entendre la descente de Jésus- Christ aux enfers.
I. La plupart des incrédules modernes ont soutenu que Moïse, ni les anciens Hébreux, n'avaient aucune idée d'un lieu de tourments après la mort ; que , dans les siècles suivants, les Juifs ont reçu des Chaldéens cette idée pendant la captivité deBabylone. Qui avait donné cette no-
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tion aux Chaldéens ? Voilà ce qu'ils ne nous ont pas appris.
Ils supposent encore que les pat. iarches ni leurs descendants n'avaient aucnnc connaissance de l'immortalité de l'âme et d'une vie future ; on trouvera les preuves du contraire au mot Ame. Or, dès que l'on admet une vie future, il est impossible de supposer que le sort des méchants y sera le même que celui des justes ; ce n'a été Là l'opinion ni des anciens Hébreux, ni d'aucune autre nation ; elle est opposée aux idées naturelles de lajustiee.
Les anciens Egyptiens admettaient certainement des récompenses e1 des peines après la mort ; il serait étonnant que les Hébreux n'eussent point adopté cette croyance pendant leur séjour eu Egypte, et qu'ils eussent attendu pendant près de mille ans les leçons des Chaldéens ;mais sur ce dogme essentiel ils n'ont pas eu besoin d'autre instruction que celle de leurs pères, qui venait de la révélation primitive.
Moïse, Deut., c.38, y 22, fait dire au Seigneur : « J'ai allumé un feu dans h ma fureur, il brûlera jusqu'au fond » de Y enfer ( scheol), il dévorera la » terre et toutes les plantes, et brùji lera jusqu'aux fondements desmou- » tagnes. » C'était pour punir un peuple rebelle et ingrat. Si par Yenfer on entend ici le tombeau, une fosse profonde de trois ou quatre pieds, rien de si froid que cette expression.
Job, c 2G, t 6, dit que Yenfer ( scheol ) est découvert aux yeux da Dieu, et que le lieu de la perdition ne peut se cachera sa lumière. Dans ces deux passages, les plus anciens traducteurs ont rendu scheol par l'enfer. Dans le c. 10, y 21 et 22, Job peint le séjour des morts comme une terre couverte de ténèbres, où régnent un ennui et une tristesse éternels ; si les morts ne sentent rien, à quoi aboutit cette réflexion?
Le savant Michaêlis, dans ses Notes sur Lowth, a fait voir que le chap.il, ^. et suiv. du livre de Job, et lechap, 24, y 18-21, ne sont pas intelligibles, à moins que l'on n'attribue à ce patriarche et à ses amis la
connaissance d'un séjour où les bons sont récompensés et les méchants punis, après la mort. Voyez Lowth, de sacra PoesiHebrxor. ,t.l, p. 202, etc.
Dans le Ps. 15, y 9 et 10, David dit à Dieu : « Ma chair repose dans » l'espérance que vous n'abandonn nerez pas mon Ame dans le séjour » des morts [scheol), et que vous ne s> laisserez pas votre serviteur pour- » rir dans le tombeau. » Voilà deux séjours différents, l'un' pour l'aine, l'autre pour le corps.
Le prophète Isaic, c. 24, y '), suppose que les morts parlent au roi de Babylone lorsqu'il va les joindre, et lui reprochent son orgueil. Chapitre 66, y 44, il dit: « On verra les » cadavres des pécheurs qui se sont » révoltés contre moi ; leur ver ne » mourra point, leur feu ne s'étein- » dra point, et ils feront horreur à » toute chair . » Jésus-Christ, dans dans l'Évangile, en parlant des réprouvés, leur applique ces paroles d'isaie : Leur ver ne mourra point, et leur feu ne s'éteindra point. Marc, c. 7, y 48.
Tous ces écrivains hébreux ont vécu avant la captivité de Babylone, et avant que les Grecs eussent publié leur fables sur Yenfer,
Nous n'avons donc pas besoin de savoir ce qu'ont pensé les différentes sectes des Juifs après la captivité, les esséniens, les pharisiens, les sadducéens, Philon et d'autres. Ils ont mêlé une partie des idées de la philosophie grecque àl'aneienue croyance de leurs pères, et il ne s'en suit rien.
Nn us ne prenons pas plus d'intérêt aux fables des païens et aux visions des mahométans sur Yenfer ; il nous suffit de savoir que la croyance d'une vie future, où les bons sont récompensés et les méchants punis, est aussi ancienne que le monde, et aussi étendue que la race des hommes. On l'a trouvée chez des Sauvages et chez des insulaires, qui montraient à peine quelques signes de religion.
Mais comme cette croyance était très-obscurcie chez les Juifs par le matérialisme des sadducéens, chez toutes les autres nations, par les fables du paganisme, et par les faux
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raisonnements des philosophes, il a été très-nécessaire que Jésus-Christ vint la renouveler et la confirmer par ses leçons. Il a mis en lumière, dit saint Paul, la vie et l'immortalité par l'Evangile, mais surtout par le miracle de sa résurrection. II Tim., c. 1, y 10. Il a déclaré, en termes formels, que les méchants iront dans le feu éternel qui a élé préparé au démon et à ses anges. Matth., c. 25,
Conséquemment, les théologiens distinguent dans les damnés deux peines différentes, la peine du dam, ou le regret d'avoir perdu le bonheur éternel, et la peine du sens, ou la douleur causée par les ardeurs d'un feu qui nes'éteindrajamais. Ces deux espèces de tourment sont clairement distinguées dans les paroles du Sauveur; lever ijui ne meurt point, désigne la pciue du dam, et le feu qui ne s'éteint point, est la peine du sens.
II. De savoir en quel lieu de l'univers est situé l'enfer, c'est une question tout au moins inutile ; la révélation ne nous l'apprend point ; les conjectures des philosophes et dos théologiens sur ce sujet sont également frivoles. Les uns ont trouvé bon de placer ['enfer au centre de la terre, sans doute à cause du feu central ; les autres dans le soleil, qui est le centre du système planétaire : est-ce donc là le feu allumé dans la colère du Seigneur '! Quelques rêveurs ont cru que les comètes sont autant d'enfers différents ; quelques autres ont poussé la témérité jusqu'à donner les dimensions de cet affreux séjour.
Il nous parait mieux de nous en tenir à la sage réflexion de saint Augustin : « Lorsqu'on dispute sur une » chose très-obscure, sans avoir des » enseignements clairs et certains, » tirés de l'Ecriture sainte, la pré- » somption humaine doit s'arrêter, et » ne pencher pas plus d'un côté que » d'un autre. » Liv. 2, de pecc. meritis et remiss., c. 30 ; Epist. 109 ad Optât., c. 5, n» 10.
Le saint docteur a suivi lui-même cette règle touchant la question présente. Il avait dit, dans son ouvrage sur la Genèse, liv. 12, c. 33 et 34, que Y enfer n'est pas sous terre; mais dans
ses Rétractations, 1. 2, c. 24, il reconnaît qu'il aurait dû plutôtdire le contraire, sans néanmoins l'affirmer ; et dans la Cité de Dieu, liv. 20, ch, 16, il dit que personne n'en sait rien, a moins que l'Esprit de Dieu ne le lui ait révélé.
De même, touchant la nature du feu de l'enfer il n'y a aucune raison de penser que ce n'est pas un feu matériel, et que dans les passages de l'Ecriture que nous avons cités, il faut prendre le feu dans un sens métaphorique, pour une peine spirituelle, très-vive et insupportable. On cite, à la vérité, quelques Pères de l'Eglise qui ont été danscette opinion, comme Origène, Lactance et saint Jean Damascône ; mais le plus grand nombre des saints docteurs ont pensé que l'on doit entendre les passages de l'Ecriture sainte à la lettre, et que le feu par lequel les âmes des damnés et les démons sont tourmentés, est un feu matériel, Petau, Dog. ThéoL, t. 3, 1. 3, c. 5.
Inulilement l'on demandera comment une âme spirituelle, comment un esprit, tel que le démon, peuvent être tourmentés par un feu matériel.
Il n'est certainement pas plus difficile à Dieu de faire éprouver de la douleur à une unie séparée du corps, qu'à une àme unie àun corps. Les affections du corps ne peuvent être que la cause occasionnelle des sentiments de l'âme ; Dieu, sans doute, peut suppléer comme il le veut à toutes les causes occasionnelles. Nous ne comprenons pas mieux comment notre âme peut ressentir de la douleur lorsque notre corps est blessé, que comment une àme, unie au feu, en sera tourmentée. Il ne nous est pas plus aisé de concevoir comment les bienheureux, en corps et en âme, verront Dieu, pur esprit, que comment un esprit sans corps peut éprouver le supplice du feu.
Pour soulager l'imagination, quelques anciens ont pensé que Dieu, pour rendre les âmes et les démons susceptibles de ce supplice, les revêtait d'un corps quelconque ; mais cette supposition ne sert à rien, puisque l'union même d'un esprit àun corps est un mystère, dont nous ne sommes
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convaincus que par le sentiment intérieur et par la révélation,
III. Quant à la durée des peines de l'enfer, (1) la croyance de l'Eglise catholique est que ces peines sont éternelles, et ne Uniront jamais ; c'est un dogme de foi qu'un chrétien ne peut révoquer en doute.
Il est fondé sur les paroles de Jésus- Christ; Matth., c. 25, v. 46. En parlant du jugement dernier, ce divin Maître nous assure que les méchants iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle.
Vainement on objecte que dans l'Ecriture sainte les mots éternel, éternité, désignent souvent une durée limitée, et non une durée qui n'aura jamais de fin. Personne ne disconvient que par vie éternelle Jésus-Christ n'entende une vie qui ne finira jamais : sur quoi fondé veut-on, dans
le même passage, entendre le supplice éternel dans un sens différent ? Sur un point aussi essentiel, Jésus-Christ a-t-il voulu laisser du doute, user d'équivoque, nous induire en erreur, en donnant un double sens au même terme ? Aucun autre passage de l'Ecriture ne peut en fournir un exemple.
Dans tout le Nouveau Testament, la récompense des justes est nommée vie éternelle, et le supplice des méchants feu éternel, Matth., c. 18, f 8; peine éternelle, II Thess., c. 1, f 9 ; liens éternels, Judx, f 6 et 7. Dans saint Marc, c. 3, t 29, il est dit que celui qui ablasphémé contre le Saint-Esprit n'aura jamais de rémission, mais sera coupable d'un crime éternel. Nous ne voyons pas de quelle expression plus forte on peut se servir pour désigner l'éternité prise en rigueur.
Quand on aura dit, avec les incré-
( 1 ) Le dogme de l'éternité des peines fait partie de la tradition primitive. Avec In croyance d'une autre vie, le8 anciens admettaient généralement une récompense éternelle pour les justes et despeines éternelles pour les méchants. Ils reconnaissaient trois états différents de l'âme après la mort. Le premier était l'état de bonheur dont les âmes saintes jouissaient éternellement dans le ciel; le second, l'état de souffrance auquel les âmes des méchants, les âmes absolument incurables, selon l'expression de Plutarque, étaient condamnées éternellement aussi dans les enfers. Le troisième état, mitoyen entre les deux autres, était celui des âmes qui, sans avoir méiité des châtiments éternels, étaient néanmoins encore redevables à la justice divine. (Plut., Ce his qui a Rumine sera puniuntur.)
Platon, daus le Goryias, enseigne la même doc- » trine. « Ceux que les dieux et les hommes punis- » sent afin que leur punission soit utile, sont les mal- » heureux qui ont commis des péchés guérissables : » la douleur et les tourments leur procurent un hieu b réel, car on ne peut être autrement délivié de i l'injustice. Mais pour ceux qui, ayant atteint » les limites du mal, sont tout-à-fait incurables, ils » servent d'exemple aux autres sans qu'il leur en b revienne auenue utilité, parce qu'ils ne sout pas . susceptibles d'être guéris : ils souffriront des a supplices épouvantables... C'est pourquoi, méprii) saot les vains honneurs, et ne regardant que la » vérité, je m'efforce de vivre et de mourir en » homme de bien ; et je vous y exhorte, ainsi que » tous lesautres, autant que je puis. Je vous rap- » pelle à la veriu, je vous anime à ce saint combat, h le plus grand, croyez-moi, que nous ayons à sou- « tenirsur la terre. Combattez donesans relâche, car b vous ne pourrez plus être à vous-même d'aucun » secours, lorsque présent devant le Juge, vons «attendrez votre sentence tout tremblant, et saisi de b terreur. ( Plat., Gorgias ; oper., tom. 4, p. 166 Bet seq, Ed. Bipont.) Cette sentence rendue, le Juge » ordonne aux justes de passer à la droite et de monter aux cienx ; il commande aux méchants de passer à la gauche et de descendre aux enfers. (Ibid., de Républ., lib, 10, oper., tom. 7, p.
323, Ed. Bipont.) b
Suivant Virgile, le supplice)de Thésée est d'être, assis, et de l'être éternellement.
Sedet, xternumque sedebit
Infetix Theseus. {JSneid., lib. 6, t. 617-618.)
C'est aussi la croyance des Indiens. L'enfer, qu'il appellent Patalam, est le lieu de supplice et la demeure des pécheurs. « C'est là que, plongés b dans le feu, ils brûlent et brûleront toute l'éterb nité. Un peu au-dessus est une ville appelée b Chouzomeni, où Zomo, roi des enfeis, fait sa b demeure, et d'où il ordonne, et préside aux difféb rents supplices qu'on fait subir à chacun des b damnés. Voici un petit abrégé des tourments b qu'on y souffre. On y sera plongé dans une étero nelle nuit, pendant laquelle on n'entendra jamais b que des gémissements et des cris. On y sera étroi- > tement lié, on y ressentira tout ce que peut cau- » ser la douleur, l'instrument le plus aigre, dont ou h se sert pour percer et pour déchirer. Enfin, inb sectes, poisons, mauvaises odeurs et tout ce qu'on b imaginera de plus terrible, ne feront qu'une partie b des supplices des damnés ; ce qui y mettra le come hle, et qui les jettera dans le désespoir, sera l'éterb nité d'un feu qui les brûlera sans tes consumer. ( L'Ezour-Vedam, tom. 1, pag. 302. ) »
VEdda des Mandais contient la même tradition. On y distingue deux lieux de supplices : le premier, nommé MsUci'n, doit durer jusqu'à la fin du monde ; et le second, nommé Nastroud, doit être éternel. [La Mythologie comparée avec l'histoire, par M. l'abbé Tressan, t. 2, p. 243, édit. de 1818. )
Celse, quoique épicurien, n'ose s'élever contre cette doctrine. « Les chrétiens, dit-il, ont raison b de penser que ceux qui vivent saintement peront b récompensés après la mort, et que les méchants b subiront des supplices éternels. Du reste, ce senb timent leur est commun avec tout le monde, b » C'est aussi ce qu'avance Sextus Empyricus. — Voy. b l'Essai sur l'indifférence, etc, tom. 3, ch. 27.
Gousset.
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dules, que le péché ne peut pas faire à Dieu une injure intime; qu'une peine infinie serait aussi contraire à la justice de Dieu qu'à sa bonté; qu'il a pu proposer a la vertu une récompense éternelle, sans qu'il doive attacher pour cela un supplice éternel au crime ; que s'ensuivra-t-il ? 11 en résultera que nous connaissons très-mal les droits d'une justice infinie, la grièveté des offenses commises contre uni' majesté infinie, les peines que mérite un coupable qui a jusqu'à la mort abusé d'une bonté infinir, et résisté ;i uni' miséricorde infinie.
Cependant 1rs incrédules ont pro- ■ nonce d'un ton d'oracle la maxime suivante: Si lasoutx raine puissance est mur dans un étreà une infinie sagesse, iile ne punit point : eUe perfectionne OU elle anéantit. Cette vérité, disentils, est aussi évidente qu'un axiome de mathématique. Il nous parait, au contraire, que c'est une fausseté trèsévidente; cet axiome prétendu supposerait que Dieu ne peut jamais punir, même par un châtiment passager, puisqu'une puissance infinie, jointe à une infinie sagesse, peut perfectionner toute créature autrement que par des punitions.
D'autres ont dit: Dieu ne peut avoir droit de faire à ses créatures plus de mal qu'il ne leur a fait de bien : or, une éternité malheureuse est un plus grand mal que tous les biens dont une créature a été comblée; donc Dieu ne peut la condamner à un supplice éternel.
Autre sophisme: il prouverait qu'aucune société ne peut jamais condamner à mort un coupable, quelque criminel qu'il soit, parce que la mort est un plus grand mal que tous les biens que la société peut faire à un particulier. A. proprement parler, ce n'est pas Dieu, c'est l'homme qui se fait à lui-même le mal de la damnation ; il ne l'encourt que pour avoir abusé de tous les moyens que Dieu lui a fournis pour s'en préserver.
Hien n'est donc plus faux que la tournure dont se servent les incrédules pour rendre odieux le dogme de la damnation des méchants. Dieu, disent-ils, crée un grand nombre d'âmes daus le dessein formel de les
damner. C'est un vieux blasphème des manichéens contre le dogme du péché originel, répété ensuite par les pélagiens. Voyez saint Augustin, 1. 4, de Anima et ejus orig., c. II, n. 16 ; Operis imperf. contra Jul., 1. I, n. 125 et suivants,.
L'Ecriture sainte nous enseigne, au contraire, que Dieu n'a donné l'être à aucune créature par un motif de haine, Sap., c. Il, f 25 ; que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent a la connaissance de la vérité. ITim., c. 2, f 4 ; qu'il est le Sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles. Ibid., c.4, f 10. Le deuxième concile d'Orange a prononcé l'anathème contre ceux qui disent que Dieu a prédestiné quelqu'un au mal, can. 25; et le concile de Trente l'a répété, sess. 6, de Justif., can. 17.
A la vérité, Dieu donne l'être à plusieurs âmes, en prévoyant qu'elles se damneront par leur faute et par leur résistance aux moyens de salut; mais prévoir et vouloir ne sont pas la même chose ; une prévoyance et un dessein formel sont fort différents.
Le dessein de Dieu, au contraire, est de les sauver; ce dessein, cette volonté, sont prouvés par les grâces et les moyens suffisants de salut que Dieu donne à tous les hommes, et c'est lui-même qui nous en assure.
Voyez Salut. Le dessein, au contraire, que les incrédules attribuent à Dieu, n'est prouvé que par l'événement, et cet événement vient de l'homme et non de Dieu.
Il y a, contre les incrédules, une démonstration plus forte que tous leurs sophismes, et à laquelle ils ne répondront jamais; leur doctrine n'est capable que d'enhardir tous les scélérats de l'univers, et de leurfaire espérer l'impunité ; donc elle est fausse, Si la croyance d'un enfer éternel n'est pas capable de réprimer leur malice, le dogme d'une punition temporelle et passagère les arrêterait encore moins; le monde ne serait plus habitable, si les méchants n'avaient rien à redouter après cette vie.
IV. Les théologiens sont divisés sur le sens de l'article du symbole des apôtres, où il est dit que Notre-Sei-
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gneur a été crucitié, qu'il est mort, qu'il a été enseveli, et qu'il est descendu aux enfers, (SS-r,?). Quelquesuns entfudeut par là qu'il est descendu dans le tombeau; mais le symbole distingue la sépulture d'avec la descente aux enfers.
Il y a eu autrefois des hérétiques qui ont nié que Jésus-Christ soit descendu aux enfers ; on les nomma sépulcraux. Le sentiment commun des théologiens orthodoxes et des Pères est que, pendant que le corps de Jésus-Christ était renfermé dans le tombeau, sou Ame descendit dans le lieu où étaient renfermées les âmes des anciens justes, et leur annonça leur délivrance.
Us fondent cette croyance sur ce que dit saint Pierre, Epist., 1, c. 3, f H':
c. 4, f 6, que Jésus-Christ est mort corporellement, mais qu'il a repris la vie par son esprit, par lequel il est allé prêcher aux esprits qui étaient détenus en prison, et que l'Evangile a été prêché aux morts. C'est ainsi que l'on entend communément ces paroles d'Osée, c. 13, ^ 14 : « » mort, je serai ta mort; ô enfer, je serai ta morsure. » Et celle de saint Paul, Eph., c. 4, f 8 : « Jésus-Christ, » dans son ascension, a conduit les » captifs sous sa captivité. » Petau, de Incarnat., lib. 13, c. 15.
C'est donc contre toute vérité que Le Clerc, d'accord avec les sociniens, a donné ce point de doctrine comme un nouveau dogme, duquel les apôtres n'ont pas parlé ; et qui est venu de ce que l'on n'entendait pas l'hébreu.
C'est mal à propos, dit-il, que l'on a traduit le mot scheol, le tombeau, le séjour des morts, parle grec S8tk et par infernus, l'enfer, qui ont une signification toute différente, et qui désignent un séjour des âmes auquel les Hébreux n'ont jamais pensé.
Puisque nous avons prouvé que les Hébreux ont cru, de tout temps, l'immortalité de l'àme, ils n'ont pas pu supposer que l'âme, après la mort, demeure dans le tombeau avec le corps; et puisque scheol a désigné en général le séjour des morts, il faut nécessairement qu'il ait signifié une demeure des âmes, aussi bien que le séjour des corps; aucun peuple du
monde n'a confondu ces deux choses.
Si l'on dit que les Hébreux n'y pensaient pas, l'on suppose qu'ils étaient plus stupides que les Sauvages. Voyez Ame, § 2. Beugier.
ENGEL (Louis). {Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce hénédictin du couvent de Molk, en Basse-Autriche, naquit:'* Wagram et lit profession en 1654. Il mourut en 1674. Ses ouvrages sont:
Manuale Parochorum , où il traite des droits des curés et de l'administration des sacrements; Privilégia Monasteriorum ; Bibliothcca Melliccnsis ; Collegiumuniversi Juris canonici.juxta triplex juris objectum, personas, res et actiones partitum. (Je dernier ouvrage servit, pendant plus de cinquante ans, à l'enseignement du droit canon dans les universités allemandes, et obtint quinze éditions de 1 67 1 â 1770, après en avoir eu cinq dan* le demi-siècle précédent.
Le Noir.
ENGELBERT. [Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain fécond, abbé d'Admont, en Styrie, naquit vers 1250.
Le bénédictin de Melk Bernhard Pez a publié beaucoup de ses ouvrages, dont les principaux sont : Expositio continua super Psalmum 118; — De gratiis et virtutibus B. Marias Virginia ; — Lib. Xll Quxstionum de rébus ad Fidem spectantibus ; — Tractatus dePassione Domini et mysterio crucis ; — Tractatus de [initia salvationis et justifia damnationis humante ; — Traotatus de libéra arbitrio ; — De summo bono hominis in haevita; — De Providentiel Dei ; — ■ De miraculis Christi ; — Super XII Ahtiphonas adventuales ; — Su]>er antiphonam : Cum Rex glorise ; — Tractatus de statu dcfunctorum ; — Utruni Deus adhuc incaruatas fuisset si primus homo non fuisset opus (Pez désigne cet ouvrage comme opus doctissimunijl — De sensu doloris Christi in Passions ; — ■ Tractatus de fascinations; — Tractatus de causis longxvitatis hominum ante diluvium (Pez dit que c'est un livre remarquable) ; — Tractatus de regimine principum ; spéculum virtutum ad Albertum et Ottonem, Austrix duces ; — De ortu et fine Romani imperii (cet
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écrit fut d'abord édité par Bruschius a Bâle, en 1553, puis en 1610 par Joachim Cluten, et prit place dans les bibliothèques des Pères) ; — TJtrum sapienti competat ducere uxorcm ; — Dialogus concupiscentise et rationis ; — Tractatus metricus de consilio vivendi ; — Epistola de studiis et scriptis suis, etc.
Voici le jugement que porte Pez sur les écrits à'Engelbert : « Tous dénotent un esprit vaste et plein de sagacité; il traite à fond et épuise les questions les plus difficiles; aucune matière abordable à l'investigation humaine, quelque obscure qu'elle soit, n'échappe à ses recherches et à ses tentatives de solution.
L'auteur est exempt de toute superstition; il rejette tout ce qui n'est pas en rapport avec la sainte Ecriture, avec la raison ou avec l'autorité des grands hommes. Quoique son style soit scolastique, il est meilleur que le style habituel de son temps (1). »
« Son apologie de l'empire romain, dit le D r Buss, dans son livre de l'influence du Christianisme sur le droit et l'État, qu'il considère comme l'organisation paciiique et suprême des divers Etats qu'il embrasse dans son sein, est un modèle des constructions mystico-typologiques du moyen âge.
Sa réfutation des arguments contraires à l'empire et en faveur de l'exemption des États est excellente.
Son explication de la dissolution future de l'empire est fort intelligente :
il en trouve la cause certaine dans le principe opposé à celui de sa fondation. »
Le Noir.
ENGELBRECHT (Jean) Théol. hist.
biog. etbibliog.) — Ce fils d'un tailleur de Brunswick, dit M. Schrôdl, et luimême fabricant de drap dans cette ville, né en 1599, prétendit, à partir de l'année 1622, avoir des visions et des révélations, entendre les anges chanter et jouer des instruments, avoir été conduit au ciel et dans les enfers ; il annonça un nouveau ciel et une terre nouvelle; il attaqua énergiquement les prédicateurs luthé-
(t)]Voy. Pez,l. c.
riens, leur orgueil, leur avarice et leur conduite contraire à la parole de Dieu ; il exhorta tout le monde à la pénitence, à l'amendement, à la foi se manifestant par les œuvres de la charité, et, en confirmation de sa mission divine, jeûna souvent des semaines entières. Ses prédications contre la corruption du clergé lui attirèrent des désagréments de la part des pasteurs et des autorités.
« Engelbrecht écrivait en même temps qu'il prêchait; il publia en 1 625 sa « Vision du Ciel et de l'Enfer. » Elle fut imprimée souvent depuis lors, et suivie d'une collection de ses œuvres, sans date, qui fut traduite en hollandais et publiée à Amsterdam en 1697. L'auteur mourut en 1642. Le Noir.
ENGELHARD (Jean-George-Valentin). {Théol. hist. biog. bibliog.) — Ce théologien allemand, né à Neustadt (Bavière) en 1791, a visité la France, l'Angleterre, l'Italie, et est mort en 1855. Ses œuvres ont pour objet l'histoire de la théologie et la philosophie néoplatonicienne ; ce sont : Traduction de la première ennéade de Plotin, 1820 ; Traduction des écrits de Denys l'aréopagite; 2 vol. 1823 ; Mémoire sur l'histoire de l'église, 4 vol. 1832; Histoire des dogmes, 2 vol. 1839; Richard de Saint-Victor et Jean Ruysbrock, 1838. Commentaire de la partie spéculative de l'évangile de Saint- Jean, par un théologien mystique allemand,
1839; etc.
ENGELSTOFT (Christian-Thorning) .
(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce théologien danois naquit à Nesberg en 1805. Il devint professeur titulaire en 1845 à l'université de Copenhague, et recteur de cette université en 1847-48, et en 1851 évêque de Fionie. On peut citer parmi ses écrits :
Histoire de la liturgie en Danemark, 1853 ; Discours prononcés en diverses occasions, 1853; Il rédige plusieurs journaux, et est le secrétaire de la Société biblique danoise.
Le Nom.
ENGELVIN ('Joseph-Marie-Louis).
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(Thêol. hist. biog. et bibliog.) — Ce moine français, né en 1795 à Rochefort (Puy-de-Dôme), après avoir fait partie du clergé de Clermont pendant longtemps, prit, dans un pèlerinage à Jérusalem, en 1852, l'habit de Saint- François, etrevinten France concourir à la restauration de son ordre.
On a de lui : Fleurs à Marie, 1837; le Voyant, 1838 ; l'Ami des peuples, 1841 ; le Prêtre, 1845; Précis classique d'histoire universelle, 1838, 2. vol.; l'Esprit républicain, 1848; le Sage ou promenade aux Vasques de Salomon daas les environs de Bethléem, 1859;
etc.
Le Nom.
ENNEMI. Un préjugé universellement répandu chez les anciens peuples, était de regarder tout étranger comme un ennemi; il règne encore parmi les Sauvages, et chez toutes les nations peu policées; la différence de figure, d'habillement, de langage, de mœurs, inspire naturellement un commencement d'aversion. L'on connaît l'éloignement que les Egyptiens avaient pour les étrangers ; ils ne les admettaient point à leur table, Gen., cap., 43, ^ 32; quelques < auteurs ont écrit qu'ils craignaient même d'en respirer l'haleine. Les Grecs ni les Romains n'ont pas été exempte de ce travers; ils ne l'ont que trop témoigné par le mépris qu'ils avaient pour les autres peuples, et il n'y a pas loin du mépris à la haine. Les païens, dans les Indes, ne mangent point avec ceux d'une autre secte, comme nous avec ceux d'une autre religion; il en est de môme des Persans mahométans; ils n'admettent à leur table ni sunnites, ni païens, ni Parsis, ni juifs, ni chrétiens. Niébuhr, Descript. de l'Arabie, pag. 40.
Moïse, par ses lois, s'était appliqué à détruire ce funeste préjugé parmi les Juifs. Exod., c. 22, ? 21 : « Vous » ne consisterez point et vous ne » vexerez point un étranger, parce » que vous avez été vous-mêmes » étrangers en Egypte. » Levit., c.
» 19, ^ 33 : « Si un étranger de- » meure avec vous, ne lui faites » point de reproche ; qu'il soit parmi
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vous comme s'il était de votre nation ; vous l'aimerez comme vousmême; c'est moi, votre Dieu et votre souverain maître qui vous l'ordonne. » Veut., c. 24, ^ 19 :
Lorsque vous recueillerez les fruits de la terre, vous ne retournerez point chercher ce qui restera, mais vous le laisserez aux étrangers et » aux pauvres, etc. » Les étrangers devaient aussi avoir part à toutes les fêtes juives. Si cette humanité diminua dans la suite chez les Juifs, on doit s'en prendre aux vexations et aux marques de mépris qu'ils essuyèrent continuellement de la part des nations dont ils étaient environnés.
Le dessein de Jésus-Christ a été de détruire, par son Evangile, le caractère invincible des peuples, de les accoutumer à vivre paisiblement ensemble, et à se regarder mutuellement comme frères ; c'est à quoi tendent les préceptes de charité universelle qu'il a si souvent répétés. Tel est aussi l'effet que le Christianisme a produit partout où il s'est établi.
« Après le baptême, dit saint Paul, » il n'y a plus ni Juifs, ni gentils, ni » circoncis, ni païens, ni Scythes, ni » barbares ; vous êtes tous un seul » peuple en Jésus-Christ. » Galat., c. 3, f. 28; Coloss., c. 3, t- H- Quoi qu'en disent les incrédules, c'est à la religion que les peuples de l'Europe sont redevables de la douceur de leurs mœurs, de la facilité qu'ils ont decommercerensemble, de s'instruire mutuellement; si le Christianisme n'avait pas apprivoisé les conquérants farouches qui subjuguèrent cette belle partie du monde au cinquième siècle, elle serait encore aujourd'hui plongée dans la barbarie.
Mais Jésus-Christ ne s'est pas borné à combattre les haines, les préventions, les jalousies nationales ; il a voulu encore détruire les inimitiés personnelles, en nous ordonnant d'aimer nos ennemis. Cela est-il impossible, comme le soutiennent les censeurs de l'Evangile ? Si l'on entend qu'il n'est pas possible d'avoir, pour un homme qui nous a fait du mal, les mêmes sentiments d'affection et de bienveillance que nous avons pour un bienfaiteur ou pour
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un ami, cela est certain ; mais ce n'est pas là ce que Jésus-Christ nous commande. Lorsqu'il nous dit, aimez vos ennemis, il ajoute : « Faites du bien » à ceux qui vous persécutent et » vous calomnient. » Matth., c. 3, f 44. Soutiendra-t-on qu'il nous est impossible de taire du bien à ceux qui nous veulent ou nous ont fait du mal, de prier pour eux, de nous abstenir de toute vengeance et de tout mauvais procédé à leur égard? Plus nous sentons de répugnance à remplir ce devoir, plus il y a de mérite à nous vaincre et à réprimer le ressentiment.
La plupart des anciens philosophes ont jugé la vengeance légitime; les Juifs étaient dans la même erreur, et Jésus-Christ voulait les détromper. Il leur dit : « Vous avez ouï dire » qu'il est écrit : Vous aimerez votre » prochain, et. vous haïrez votre en- » netni. » Ces dernières paroles ne sont point dans la loi : c'était une fausse addition des docteurs de la synagogue. De là les Juifs concluaient que, sous le nom de prochain, il ne fallait entendre que les hommes de leur nation, qu'il leur était très-permis de détester les étrangers, surtout les Samaritains. Le Sauveur, pour réformer leur idée, leur propose la parabole du Juif tombé entre les mains des voleurs, et secouru par un Samaritain. Luc, c. 10, f 30. Il décide qu'il faut imiter, à l'égard de tous les hommes sans exception, la bonté du Père céleste, qui fait du bien à tous. Matth. c. y, f 45.
Jésus-Christ a souvent répété cette morale, parce qu'il voulait réunir tous les hommes dans une même société religieuse. Si ce projet ne venait pas du ciel, il serait le plus beau que l'on eût pu former sur la terre.
Bebgier.
ENNODIUS (Magnus-Felix) (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — ■ Cet évèque de Pavie, né à Arles ou à Milan, en 473, mourut, dans sa ville épiscopale, en 521 (1). « 11 raconte lui-même, dit M. Schrodl, in eucharistico devita sua, que la poésie, durant sa jeunesse,
l'enlevait en quelque sorte de terre, et le transportait parmi le chœur des anges. Quand il avait fait des vers dont il était content il croyait que toute la terre était sous ses pieds.
Sa tante et bienfaitrice étant morte en489, Ennodius, âgé de seize ans, demeura seul, pauvre, abondonné ; mais une famille pieuse et riche s'intéressa à son sort et lui lit épouserune jeune femme richeetdistinguée. Ennodius se sentit alors comme un mendiant devenu roi; vivant dans l'abondance, il se moqua des malheureux, s'abandonna aux entraînements de sa verve poétique, et finit par faire une grave maladie qui changea ses dispositions.
Abandonné par les médecins, il se tourna vers Dieu, par l'intercession du martyr saint Victor, promitd'amender sa vie et de ne plus rien écrire de profane, se frotta tout le corps avec l'huile de S. Victor, guérit instantanément, et embrassa bientôt après l'état ecclésiastique (I), tandis que sa femme prenait le voile. On le rencontre, dès 494, comme diacre, prenant part à la mission faite par saint.
Épiphane en Bourgogne. Plus tard [502-503) il rendit de vrais services au saint Siège en prenant vivement fait et cause pour le pape légitime Svmmaque contre l'antipape Laurent, et en défendant la synodus palmaris, qui avait déclaré Symmaque innocent, contre les partisans de Laurent, qui avaient écrit adversus synodum absolutionis incongrus. Cette apologie , qu' Ennodius remit lui-même en 503 à un concile de Rome, y fut lue, approuvée, ajoutée aux actes synodaux, et obtient l'autorité d'un décret du Pape. En outre, plusieurs de ses lettres, entre autres celles adressées au Pape même, prouvent tout le zèle qu'il déploya pour la cause de Symmaque.
o Quoique Ennodius (et après lui Cassiodore) ait été le premier qui ait appliqué exclusivement le titre de Papak l'évêque de Rome, et que dans l'apologie citée il lui attribue l'autorité suprême d'un représentant de Dieu qui n'est soumis à aucun juge sur la terre dans les affaires religieu-
(I) Baro ius, atl. aan. 515-517.
(1) F.nodii Epist., 1. VIII, 24. Ewharisticon
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ses et ecclésiastiques, ce n'est pas ici le lieu de montrer que, sous aucun rapport, comme on l'a prétendu souvent, Ennodius n'a posé le fondement delà puissance ultérieure des Papes...
« Son activité et ses écrits l'avaient mis en grande considération durant sa vie, et après sa mort on le compta parmi les saints. Ses ouvrages furent imprimés pour la première fois à Bâle, en 1569. Cette édition, extrêmement incorrecte, fut remplacée presque au même temps par deux nouvelles éditions dues aux soins de deux Jésuites, les PP. Jacques Schott et Jacques Sirmond, qui y ajoutèrent des notes et une courte biographie ; elles parurent, la première à Tournay (1610), la seconde à Paris (1611). Eu outre, les écrits à'Ennodius ont été réimprimés dans les Œuvres complètes de Sirmond, Paris (16!)6) et Venise (1728), tome I or . Ils renferment l'apologie du pape Symmaque et le Synodus palmaris, le Panégyrique de Théodoric, la Vie de saint Èpiphane, évèque de Pavie; la Vie du bienheureux moine Antoine de Lérins; VEucharisticon de sa vie adressé à Elpédius, diacre savant et médecin de ïhéodoric ; neuf livres de lettres aux principales notabilités italiennes et gauloises, ecclésiastiques et séculières, de son temps; vingt-huit discours profanes et ecclésiastiques, en partie destinés à être prononcés par d'autres; des poésies, des hymnes, et deux bénédictions du cierge pascal.
« Dans tous ces écrits règne le style de l'époque, recherché, ampoulé et emphatique ; la Vie de saint Epiphane est moins entachée de ces défauts.
Cependant Ennodius est un des premiers écrivains de son temps. Ses ouvrages attestent beaucoup d'esprit et de savoir, une grande érudition, un véritable amour de la science, un zèle sincère pour la religion et l'Église. Ils sont d'une grande importance, surtout parce qu'ils renferment des documents précieux relatifs à l'histoire de son temps et aux races germaniques, qui élevaient alors leur domination sur les ruines de l'ancien monde. Sous ce dernier rapport la Vie de saint Èpiphane, celle d'Antoine et le Panégyrique de Théodoric sont
fort utiles. Parmi ses hymnes religieux il en est quelques-uns de si beaux qu'ils ont mérité de prendre place dans un recueil des poëmes religieux de l'antiquité chrétienne. »
Le Noir.
ENOCH. Voyez Hénoch.
ENSABATÉS, vaudois hérétiques du treizième siècle. Ils furent ainsi appelés, à cause d'une marque que les plus parfaits portaient sur leurs sandales, qu'ils appelaient sabatas, Voy. Vaudois. Bergier.
ENTELLE. (Théol. mixt. scienc.relig.
mor.) — Il faut avouer que l'homme est quelquefois bien sot ; la théologie ne saurait trop le lui dire, et surtout lui prêcher le bon sens et la raison dans l'usage des idées religieuses, qu'il est porté à profaner d'une manière si indigne de Dieu en en tirant des superstitions aussi ridicules que nuisibles.
Uentclle est un petit singe du genre semnopithéque qui n'a que cinquante centimètres de longueur du bout du nez à l'origine de la queue, qui est elle-même très-longue puisqu'elle dépasse la longueur du corps d'à peu près vingt centimètres. Il est gris, à bande plus foncée le long du dos, a les mains et la ligure noires, des sourcils, un toupet et une barbe également noirs; il est rare dans les ménageries. Doux quand il est jeune, il devient méchant quand il vieillit. On le rencontre dans l'Inde et surtout au Bengale, en troupes quelquefois fort nombreuses ; on ne sait combien d'années il vit, et l'on ne connaît pas grand'chose de ses mœurs. Mais ce que l'on n'ignore pas, c'est que les Hindous le vénèrent sinon comme Dieu lui-même, mot qui devient chez eux Brahma, Yichnou et Çiva, du moins comme une divinité secondaire, manifestation de Brahma ; s'il n'y avait que cela, on pourrait ne faire qu'en rire ; on pourrait ne faire que rire aussi de la légende sur laquelle ils fondent leur vénération pour cet animal ; ils disentqu'un héros nommé Houlman vola autrefois une mangue dans les jardins du géant de Ceylan,
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que ce héros en fit présent aux Bengalis et que c'est de là qu'ils ont eu le manguier aux fruits savoureux et rafraîchissants ; que le géant, ayant réussi à s'emparer d'Houlman, le condamna au supplice du feu ; mais que celui-ci réussit à éteindre, avec ses mains, le feu qui le dévorait et qui avait déjà brûlé sa ligure; et qu'en iin de compte il ne resta du héros que le petit singe à la ligure et aux mains eharbonnées. Voilà la superstition ; en voici les effets : en vertu de l'histoire, YmteUe a tous les droits sur les jaidins et les pagodes du Bengale; il va librement piller les fruits; on a même soin de mettre des provisions à sa portée; ne se trouvant jamais poursuivi, il est devenu d'une audace sans mesure aux alentours des habitations ; il y fait tous les dégâts possibles, et si des étrangers veulent lui faire la chasse, les habitants, scandalisés d'une telle impiété, regardent comme un devoir religieux de les en empêcher. Uuvancel, Jaquemont et d'autres voyageurs s'accordent pour raconter ces faits. Il y a, dit M. Paul Gervais, des pays OÙ Ventcllc est appelé Ventelle ffoutoon.
Lk Nom.
ENTERREMENT. Voyez Ku.nérail-