CHRÉTIENNE
Pour attaquer avec succès la doctrine de l'Eglise sur les indulgences, il a fallu nier la nécessité des satisfactions et des lionnes ouivrcs. les ell'ets de l'absolution sacramentelle, l'efficacité des autres sacrements, le principe de la justification, la manière dont les mé.'itcs de Jésus-Christ nous sont appliqués, etc. Hientôt les sociniens ont attaqué les mérites et les satisfactions de Jésus-Christ même, l'essence de la rédemption et la rédemption réduite à rien a fait douter de la divinité du Rédempteur. Ainsi s'enchainent les erreurs.
Nous ne sommes donc pas étonnés de ce que les principes des protestants ont fait naître les socinianisme; celui-ci, à force de retrancher des dogmes, a dégénéré en déisme. Aujourd'hui les arguments des déistes contre la révélation, ou contre la providence de Dieu dans l'ordre surnaturel, sont tournés, par les athées, contre cette même providence dans l'ordre naturel, par conséquent contre l'existence de Dieu : chaîne d'égarements, qui aboutit eniin au pyirhonisme (I).
Avant de mourir, Luther et Calvin ont vu les progrès de leurs erreurs chez les anabaptistes et chez les sociniens ; nous ignorons s'ils ont frémi
(t) Voyez 3e* arlicks Calvinisme, Déisme, Eglise. Gousset.
des conséquences. Ils ont ouvert la porte à l'incrédulité qui règne de nos jours, la corruption des mœurs a fait le reste.
Lorsque nous objectons aux protestants les excès auxquels se sont portés plusieurs de leurs théologiens, ils nous en savent mauvais gré ; ils nous disent que les égarements d'un fanatique, ou d'un mauvais raisonneur, ne prouvent rien. Nous leur répondons : Puisque vous êtes si attentifs à relevei les moindres écarts des théologiens catholiques, et à tirer de là des conséquences en faveur de votre parti, vous ne devez pas trouver mauvais que nous usions de représailles; si cette manière do raisonner ne vaut rien, c'est vous qui nous en donnez l'exemple.
Il y a, sans doute, des erreurs involontaires, innocentes, qui ne viennent d'aucune passion déréglée, mais d'un défaut de connaissance etde lumières, et que l'on ne peut pas imputer a péché ; mais il ne s'ensuit pas que toutes sont de cette espèce, et qu'il est inditférent pour le salut de professer ['erreur ou la vérité. Si Dieu avait eu le dessein de sauver les hommes par l'ignorance, il n'aurait rien révélé ; il n'aurait pas envoyé son Fils sur la terre pour être la lumière du monde, et ce divin Maître n'aurait pas commandé à ses apôtres d'enseigner toutes les nations, l'n incrédule raisonne donc très-mal, lorsqu'il soutieut que, s'il se trompe, c'est de bonne foi; qu'un athée même est excusable de ne pas croire en Dieu, parce qu'il peut être trompé sans qu'il y ait de sa faute. Une erreur qui vient de négligence de s'instruire, d'indifférence, d'orgueil, d'opiniâtreté, ou de toute autre passion quelconque, n'est pas plus pardonnable que la passion qui l'a fait naître. C'est un mauvais prétexte de dire que nous ne connaissons pas l'intérieur des hommes, ni le motif de leur conduite, que cejugement est réservé à Dieu seul ; si cette raison était solide, il ne serait jamais permis de blâmer ni de punir aucun crime, parce que nous ne connaissons pas les motifs qui l'ont fait commettre, et le degré d'ignorance qui peut le rendre excusable.
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f Cependant les critiques protestants ne cessent de s'élever contre les Pères de l'Eglise, parce que ces saints docteurs ont attribué les erreurs des hérétiques à un esprit inquiet, à un caractère léger, à l'amour de la nouveauté, à l'ambition d'être chef de parti; et ils reprochent aux théologiens catholiques d'être en cela les serviles imitateurs des anciens. Ne reviendra-t-on jamais, disent-ils, de la maligne et téméraire habitude de chercher toujours dans les dérèglements du cœur l'origine des erreurs ?
On peutla trouver d'une manière plus naturelle et plus innocente dans la faiblesse de l'esprit humain, et dans l'obscurité où il a plu à Dieu de laisser certaines vérités.
Voilà certainement un trait de charité exemplaire ; mais est-elle réglée par la prudence? 1° Elle ne va pas à moins qu'à contredire l'Evangile.
Jésus-Christ déclare que celui qui ne croira pas sera condamné ; saint Paul dit anathème à quiconque enseignera un autre Evangile que celui qu'il a prêché. Galat., c. 1, f 8. Il met au nombre des œuvres de la chair les disputes, les dissensions et les sectes, c. 5, f 19. Il attribue les erreurs des sectaires à l'hypocrisie et à une conscience cautérisée, I Tim., c. 4, f 2 ; à l'orgueil aussi bien qu'à L'ignorance, c. 6, f 4 ; aux pièges du démon, à la volonté duquel ils obéissent,!/ Tim., c. 2, f 20 ; à la corruption de l'esprit et à l'opiniâtreté, c. 3, jfr 8 ; à la prévention pour certains maîtres, et à l'amour de la nouveauté, c. 4, f 3 ; à un vil intérêt, TU., c. 1, f 11. Il déclare qu'un hérétique est condamné par son propre jugement, c. 3, ^ 10.
Saint Pierre et saint Jean n'en jugent pas plus favorablement. Les Pères de l'Eglise ont-ils eu tort de suivre les leçons et les exemples des apôtres?
2° Pourquoi les protestants, toujours si charitables envers les mécréants, sont-ils si prompts à condamner les Pères de l'Eglise, à relever les moindres méprises qu'ils croient trouver dans leurs écrits, à leur supposer des motifs odieux, pendant qu'ils ont pu en avoir de très-louables ? Ces Pères méritent-ils donc moins d'indulgence et de ménage-
ment que les hérétiques de tous les siècles ? Nous ne disons rien des invectives sanglantes que les protestants lancent contre les pasteurs et les docteurs de l'Eglise catholique. Avant de censurer avec tant d'aigreur un défaut vrai ou prétendu, il ne faut pas commencer par s'en rendre coupable.
Voyez Hérétique.
Il peut se faire que Yerreur d'un homme, élevé dans une fausse religion, soit moralement invincible ; qu'un mahométan, par exemple, peu capable de réfléchir, croie fermement que l'Alcoran a été inspiré ; mais il ne s'ensuit rien. Nous ne savons que trop, par notre expérience, que l'erreur peut nous paraître revêtue de toutes les couleurs de la vérité. Il y aurait de l'injustice à penser que tous les philosophes qui ont écrit en faveur du paganismen'y crussent pas, et qu'à leur place nous aurions mieux aperçu qu'eux l'absurdité du polythéisme et de l'idolâtrie. Il ne s'ensuit pas de là qu'il est indill'érent pour le salut d'adorer plusieurs dieux, ou de n'en reconnaître qu'un seul, d'être déiste ou athée. Dieu seul peut juger jusqu'à quel point une erreur quelconque est innocente ou criminelle.
Iîergier.
ERRONÉ. Lorsque l'Eglise condamne une proposition comme erronée, elle entend que cette proposition est contraire à une vérité enseignée par la révélation, qu'elle y est opposée, ou directement, ou par voie de conséquence. Lorsqu'elle la condamne comme hérétique, elle déclare que cette proposition est contraire à un dogme que l'Eglise a formellement décidé. Avant, la décision, l'erreur peut êlre involontaire et pardonnable ; après la décision, elle ne l'est plus; c'est opiniâtreté, et conséquemment hérésie. Bergier.
ESALI. Voyez Jacob.
ESCHYLE. ( Théol. hist. biog. et bibliog. ) Ce grand tragique de l'antiquité grecque, naquit à Athènes l'an 525 avant J.-C, suivant les marbres d'Arondel, et mourut vers l'an 430 en Sicile, où il s'était retiré, dit-
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on, parce que les Athéniens, dans un concours de pièces de théâtre, lui avaient préféré Sophocle. Eschyle, pour nous, est le plus grand des tragiques de l'antiquité ; saligne droite est d'une fermeté, d'une grandeur, d'une éloquence lyrico-dramatique qui n'ont jamais été surpassées ; il est plus grand que Sophocle, et Sophocle est plus grand qu'Euripide. Eschyle laissa 97 pièces dont il ne nous reste que 7; nous n'avons de sa fameuse trilogie de Promcthée que le Prométhée enchaîné. Le premier de ces trois drames avait pour titre Promcthée ravisseur du feu, et le troisième, Prométhée délivré. Son autre trilogie intitulée VOrestie se compose du drame à'Agamemnon, de celui des Chocphores et des Eumémides et de celui de Protée.
ESCLAVAGE, ESCLAVE. De savoir si tout esclavage est contraire au droit naturel, c'est une question qui regarde directement les philosophes moralistes. Mais comme les patriarches ont eu des csclaies et n'en sont point blâmés, que Moïse s'est borné à rendre plus douce la condition desesclaves, sans supprimer absolument la servitude; qu'elle a subsisté et subsiste encore sous le Christianisme, les politiques incrédules de notre siècle ont déclamé â l'envi contre la religion, qui a permis ou toléré dans tous les temps cette infraction du droit naturel. Nous sommes donc forcés d'examiner si leurs plaintes sont fondées, et s'ils ont raisonné sur des principes solides.
I. Le premier besoin de l'homme est la vie et la subsistance. Si, pour se les procurer, il se trouve réduit à renoncera sa liberté, nous ne croyons pas qu'il commette un crime (1). Si un maître ne peut, sans nuire griè-
(I) Il ne commet pas un crime, dans l'hypothèse que pose l'auteur; mais celui qui ne lui procure la vie et la subsistance, tout en étant le fils du mémo père, qu'a cette condition, en commet un, soit matériel soit formel selon l'état de son esprit et de sa conscience; et, en tout cas, la Tente de sa liberté est un contrat invalide qu'il aura le droit de violer quand il le pourra, comme on a, non-seulement le droit, mais encore le devoir, de ne point accomplir le serment prêté pour l'exécution d'une chose mauvaise. JLs Nom.
vement à ses propres intérêts, lui assurer la vie, la subsistance, la protection, que sous condition d'un service perpétuel, nous ne voyons pas ouest l'injustice de l'exiger, ni en quoi cette convention réciproque blesse le droit naturel (1).
Dans l'état des familles errantes et nomades, lorsqu'il n'y avait point encore de société civile établie, un serviteur ne pouvait changer de maître sans s'expatrier; un maitre ne pouvait congédier ses esclaves sans ruiner sa famille. L'esclavage était donc une suite inévitable de la société domestique (2) ; mais il était adouci par les avantages de cette société.
Un esclave pouvait être l'héritier de son maitre qui n'avait pas d'enfants.
Gen.,c. 15, f 2. La liberté civile n'est devenue un bien que depuis qu'elle a été protégée par les lois, et que les moyens de subsistance sont multipliés; avant cette époque, la liberté absolue était un mal pour tout homme qui n'avait pas une famille, des troupeaux, des serviteurs, des pâturages.
Il serait absurde de soutenir que l'esclavage domestique était pour lors contraire au droit naturel (3). Nous
(1) Le maître peut toujours faire ces biens-là û son prochain, sans y mettre la condition inique du service perpétuel, dès là qu'on suppose qu'il la peut matériellement; quanta ses intérêts, il ne peut jamais sans crime y pourvoir à une telle condition, parce qu'il n'est pas permis de faire dn mal au prochain pour se faire du bien à soi-même. Avec de tels principes, qui ne sont autres que ceux de la morale êgoisto-utUitaïre des économistes athées, n'en déplaise à notre théologien, on arriverait bien vite et bien facilement à justifier le vol, l'usure, même l'assassinat. Bergier s'en sert déjà lui-même pour justifier l'atteinte à la liberté personnelle, qui, pour certaines âmes, est un bien supérieur à la vie même ; c'est un beau début. Le Noir.
(?) Cela est faux; par là même qu'il n'y avait poiut d'organisation de la cité, chaque père de famille pouvait faire ce qu'il voulait, et rien ne l'obligeait à se constituer le propriétaire de ses serviteurs ; pour être juste, if aurait dû se considérer seulement comme le chef d'une association de travail et se conduire en conséquence. Voilà la justice en soi ; mais il y avait alors comme aujourd'hui des usages qu'on suivait, sans penser qu'il y eût aucun mal à les suivre. Il faut toujours distinguer avec soin, dans ces appréciations, les principes des personnes. Le Noib
(3) L'esclavage qui constituait le maitre propriétaire de la personne était contraire au droit naturel alors comme aujourd'hui ; est-ce que Caîu aurait mieux eu le droit de constituer Abel son esclave qu'il n'eut celui de le tuer? Est-ce qu'Adam lui-même aurait pu se dire propriétaire de sa femme et de ses enfants devenus hommes
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ne blâmerons donc point Abraham, ni les autres patriarches, d'avoir eu des esclaves (I) ; et nous ne pouvons pas douter qu'ils ne les aient traités avec toute l'humanité possible (2). Job proteste qu'il n'a jamais refusé de rendre justice à ses serviteurs et à ses servantes, lorsqu'ils la lui demandaient, parce qu'il a toujours craint le jugement de Dieu, c. 31,^ 13.
IL Moïse donna des lois aux Hébreuxpour réunir cepeuple en société civile et nationale (3). On sait quel était alors le droit des gens dans l'état de guerre ; c'était de tout égorger (4). Lorsqu'on ôtait la liberté à un prisonnier, au lieu de Jui ôter la vie, faisait-on un acte de cruauté (o) ? Si
comme lui, comme on l'est d'un animal ou d'une chose, par exemple d'une branche d'arbre dont on s'est fait un bâton? Est-ce que le droit naturel change avec les états domestiques ou sociaux et les manières de vivre? Ln théologien qui soutient de pareiiles thèses en principe, u'a pas compris le mot de Jésus-Christ : tous êtes tous frères, et v-ms n'avez qu'un maître qui est le père céleste; il n'est pas chrétien. Le Noir.
(1) Nous ne les accuserons pas d'avoir fiitcomme tout le monde de leur temps ; parce que nous n'exigerons pas d'eux qu'ils aient eu assez d* génie pour concevoir l'ordre domestique qu'il convenait d'établir; mais nous ne soutiendrons pas non plus qu'ils aient été impeccables ; pareille thè.-e serait peu digne de la critique sérieuse d'un théologien. Le Nom.
(2) Ici nous retombons d'accord avec Bargler
four ne pas douter, eu conséquence, des vertus qui eur sont attribuées par leur historien, que ceux qu'on veut Lien considérer comme ayant été leurs esclaves, n'étaient traités par eux, en général du moins, que comme des membres de la famille. Le N.
(3) L'organisation politico-économique do Moïse fut la plus avancée, et la plus belle relativement, non-seulement pour son temps, mais pour tous les temps qui ont suivi jusqu'à nos jours, par rapport à la distribution des richesses. C? législateur, dont la grandeur n'a point d'égale, trouva moyen d'empêcher les accumulât! >ns d'une manière indirecte, en empêchant les appauvrissements des familles. La terre avait été d'abord partagée avec égalité entre les tribus et dans les tribus entre les familles; or, ce premier partage, d'après la loi du jubilé, se rétablissait tous les cinquante ans, les aliénations D'ayant pu se faire que jusqu'à cette limite ; et il suivait de cette disposition, ainsi qu'il l'avait dit, qu'il n'y avait point de pauvres en Israël tant que sa loi était bien exécutée. Les membres de la tribu de Lévi élaient les seuls pauvres, en ce sens qu'ils n'étaient point propriétaires du sol, mais l'égalité était rétablie pour eux par le droit qu'ils avaient à la dime des produits; la tribu étant aussi nombreuse que les autres, il n'y avait pas, non plus, de préférence à leur égard. La Nom.
(4) Quand on le voulait bien ; et lorsqu'on le faisat, on n'était pas moins cruel et atroce qu'on n ) i'eBt aujourd'hui quand on tue pêle-mêle les vaincus Oû certains moments. Le Noir.
(5) Quand le voleur de grands chemins vous de-
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aujourd'hui nous étions en guerre avec une nation sauvage qui eût massacré tous nos prisonniers, nous croirions-nous obligés, parla loi naturelle, à lui renvoyer les siens ? Si, au lieu de les égorger par représailles, onlës réduisait à Vesclavage, auraientils droit de se plaindre (1) ? Nous nous croirions obligés, sans doute, par les lois de l'humanité, à ne pas rendre leur condition insupportable, à l'adoucir autant que pourrait le comporter leur naturel farouche.
Voilà ce que fit Moïse (2).
Placé à la tète d'une nation qui de-
mande la bourse ou la vie, et que, vous trouvant assez complaisant, il ne vous prend que la bourse, est-il un honnête homme ? on le dirait à entendre Bergier parler sur ce ton vraiment indigne d'un théologien. Le Noir.
(1) Oui; comme le voyageur à qui le voleur n'a pris que sa bourse. La raison des représailles n'est qu'un argument satanique; elle ne pourrait jamais avoir quelque valeur comme excuse qu'au moment de la fureur du combat. Le Noir.
(2) A. partird'ieinousne ferons plus de réflexions, parce quîl ne s'agit plus des principes, mais do l'appréciation des hommes et des laits humains. Autant nous sommes inflexibles sur les généralités de la morale, autant n >us avons d'indulgence pour excuser ou expliquer la conduite des personnes et 1<js faits sociaux des nations. Il y a tant à dire pour et contre dans de pareilles complications ; nous n'y voyons clair que dans les principes, et ce que nous pouvons dire, c'est que l'ordre vrai, pur, selon Dieu, selon Jésus-Christ, selon l'Evangile, ne régnera sur la terre que du jour où ces principes seront exactement mis en pratique parles sociétés. On a vu des organismes économiques de toute espèce; il y a en celui qui était fondé sur l'esclavage ; il y a eu celui qui était fondé sur le servage; il y a en celui qui était fondé sur les castes ; il y a aujourd'hui parmi nous celui qui est fundé sur le droit d'user et d'abuser du propriétaire et sur l'usure ou prêt ù intérêt m mutui 3 dans le sens rigoureux proscrit par Benoit XIV, etc. Tous ces régimes jugés d'après les principes, ont été ou sont des désordres, de véritables organisations de l'injustice. C'est dans ce sens et sous ce point de vue que Pioudhon a pu dire : « La propriété, c'est le vol. » Mais cela no signifiait pas, dans 8a bouche à luimême : que les propriétaires étaient des voleurs; l'individu peut-il changer, à lui seul, l'organisme social? pourrait-il, à lui setd, appliquer les principes, en pareille chose, sans se faire une position intolérable dans la société où il vit? et voilà aussi comment s'explique la contradiction apparente entre les déclarations de B -noit XIV avec toutes celles de la théologie depuis l'Evangile sur l'usure en particulier, et les réponses tolérantes des congrégations romaines de ces derniers temps : les premières concernent les principes; les secondes concernent la pratique et les personnes. Cette distinction e>;t son application dans toutes les époques, et c'est avec elle qu'on pourra justifier très-solidement, sans transiger avec les vérités inviolables, la conduite des grands hommes, à commencer par Moïse, sans aller pour cela jusqu'à les prétendre impeccables. Le Noir.
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vait conquérir les terres l'épée à la main, au milieu de peupl ;s qui avaient
des enclaves, dans un état de société où laliberté était nulle pour ceux qui n'avaient pas la propriété des terre», il ne pouvait supprimer absolument l'esclavage ; mais il lit des lois très-sages pour l'adoucir. Exod., c. 21, f 1 et suiv. ; Levit., c. 25, ^ 40, etc. Nous soutenons que l'esclavage était moins dur chez les Juifs que chez toute autre nation connue ; il serait aisé d'en faire la comparaison. Qu'auraient fait de mieux, en pareil cas, nos philosophes, vengeurs des droits de l'humanité?
Quand on veut disserter contre l'esclavage, il ne faut pas argumenter sur une idée de la liberté, telle que nous la connaissons aujourd'hui ; elle n'a existé nulle part dans le monde avant la naissance du Christianisme, et il est absurde de trouver mauvais que Moïse ne l'ait pas établie chez les Juifs, dans des siècles où l'état physique et moral du genre humain tout entier s'y opposait. Trouve-t-on, parmi les Juifs, aucun exemple de la barbarie avec laquelle les Grecs et les Romains, ces deux nations si éclairées et si polies, traitaient leurs esclaves?
A Athènes, les esclaves affranchis étaient encore appelés citoyens bâtards.
Les Homainsse seraient crus déshonorés, s'ils avaient mangé avec un esclave ; pour l'admettre à leur table, ils étaient obligés de l'affranchir.
III. Lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, les droits de l'humanité n'étaient pas mieux connus qu'au siècle de Moïse. Les philosophes, au lieu de les éclaircir, les avaient rendus plus obscurs. Les Grecs avaient décidé que parmi leshommes les uns naissent pour la liberté et les autres pour l'esclavage; que tout était permis contre les Barbares, c'est-à-dire, contre tout homme qui n'était pas Grec; dans la seule ville d'Athènes, il y avait quatre cent mille esclaves pour vingt mille citoyens. A Home, la condition des esclaves n'était guère différente de celle des bêtes de somme : on frissonne en lisant la manière dont ces malheureux étaient traités. Voyez les Mémoires de l'Acad. des Inscript., t. 03, in-12, p. 102. Tel était le droit commun de
toutes les nations dans les siècles de la philosophie. Si Jésus-Christ, par ses lois, avait attaqué de front ce droit prétendu, il aurait autorisé la résistance des empereurs et des autres souverains à l'Evangile ; aujourd'hui nos philosophes l'accuseraient d'avoir attenté au droit public de tous lespeuples.
Le divin Législateur fit mieux; par ses maximes de charité, de douceur, de fraternité entre les hommes, il disposa les esprits à sentir que l'esclavage, tel qu'il était pour lors, blessait la loi naturelle. On voit, par la lettre de saint Paul à Philémon, ce que dictait la morale évangélique sur ce point essentiel, et combien est éloquent le langage de l'humanité dans la bouche de la charité chrétienne; un esclave baptisé acquérait le droit de fraternité avec son maître.
« Que chacun, dit saint Paul, de- » meure dans l'état dans lequel il a » été appelé à la foi. Etiez-vous es- » claves? Ne vous en affligez pas; si » vous pouvez devenir libre, profitez » de l'occasion. I Cor., c. 7, ^ 20.
» Après le baptême, il n'y a plus ni » juif ni gentil, ni maître ni esclave; » vous êtes tous un seul corps en Jé- » sus-Christ. Galat., c. 3, f 27. Es- » rluve, obéissez à vos maîtres tem- » porels avec crainte et simplicité de » cœur, comme servant Dieu et non
» les hommes Et vous, maîtres,
» traitez de même vos esclaves, en » vous souvenant que vous avez dans » le ciel un Seigneur qui est votre » maître et le leur, et qu'il n'y a de » sa part aucune acception de person- » nés. » Ephes., c. G, f "6.
Cela n'a pas empêché un philosophe de nos jours d'écrire qu'il n'y a, dans l'Evangile, pas une seule parole qui rappelle le genre humain à la liberté primitive pour laquelle il semble né; qu'il n'est rien dit, dans le Nouveau Testament, de cet état d'opprobre et de peine auquel la moitié du genre humain était condamnée; que l'on ne trouve pas un mot, dans les écrits des ap êtres et des Pères de l'Eglise, pour changer des bêtes de somme en citoyens, comme on commença de le faire parmi nous vers le treizième siècle.
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Probablement ce philosophe n'avait jamais lu le Nouveau Testament, puisqu'il ignorait les paroles de saint Paul, que nous venons de citer, et le nom de frères que Jésus-Christ donne à tous les hommes. A la vérité, ce divin Maître n'a pas disserté sur le droit naturel comme les philosophes; mais il l'a fait sentir, en nous rendant tous enfants de Dieu parle baptême. Les belles maximes de Sénèque et des autres stoïciens, sur l'humanité due aux esclaves, n'avaient rien opéré ; Jésus-Christ, en apprenant aux hommes que Dieu est le père de tous, a changé les idées et les mœurs des maîtres du monde. En effet, Constantin, devenu chrétien, sentit la nécessité des affranchissements, pour repeupler un empire dévasté par des guerres continuelles, et il comprit en même temps que le don de la liberté serait plus précieux, lorsqu'il serait consacré par des motifs de religion; il autorisa les alfranchissements faits à l'Eglise on présence de l'évêque; mais cetusagesubsistaitdéjù parmi les chrétiens, puisqu'il en est fait mention dans la lettre de saint Ignace à saint Polycarpe, n° 4. Voyez la note de Cotelier sur cet endroit.
Bientôt le baptême donna aux esclaves la liberté civile aussi bien que la liberté spirituelle des enfants de Dieu.
Dès ce moment la législation fut occupée à modérer le pouvoir des maîtres sur les esclaves, et les Eglises devinrent un a-ile pour ceux d'entre ces malheureux qui étaient maltraités injustement par leurs maîtres. Histoire de l'Acad. des Inscript., tome 19, in-12, pag. 212et 2i7;Mem.tome G3,p. 120.
Les affranchissements per vindictam, ou parla baguette du préteur, ne se firent plus dans les temples des faux dieux, mais à l'église, au pied des autels, in sacro- sanctis ecclesiis.'ct alors les affranchis et leur postérité étaient sous la protection del'Eglise. Dictionnaire des Antiquités, au mot Affranchissement.
En recommandant l'humanité aux maîtres, l'Eglise respecta leur droits; les anciens canons défendent d'élever un esclave à la cléricature, ou de le recevoir dans un monastère sans le consentement de son maître. Hingham, Orig. eccl., 1. 4, c. 4, § 23; 1. 7, c. 3, § 2.
Malgré ces sages ménagements, la politique de Constantin a été blâmée par nos philosophes : mais leur privilège est de ne jamais s'accorder avec eux-mêmes. Une des bonnes œuvres les plus communes parmi les chrétiens, fut de tirer leurs frères de la servitude, et d'acheter leur liberté.
Plusieurs poussèrent l'héroïsme delà charité jusqu'à se rendre eux-mêmes esclaves pourendélivrerd'autres; saint Clément de Rome nous l'apprend, Epist. I ad Cor. n. 7. Saint Paulin de Noie en est un exemple. Les évèques crurent ne pouvoir faire un plus saint usage des richesses des Eglises, que de les consacrer au rachat des esclaves; saint Exupère de Toulouse vendit jusqu'aux vases sacrés pour satisfaire à ce devoir de charité.
L'histoire a conservé le souvenir des pieuses profusions que fit«sainte Bathilde, reine de France, et régente du'royame,pour racheter des esclaves, et du zèle dont elle fut animée pour l'extinction de l'esclavage. Il était impossible que des exemples aussi frappants n'eussent pas des imitateurs. Cependant l'on ose écrire de nos jours que le Christianisme n'a contribué en rien à l'extinction ni à l'adoucissement de Yesclavage.
Les effets de la charité chrétienne auraient été plus prompts et plus sensibles, si l'irruption des Barbares n'avait changé toul à coup le droit public et les mœurs de l'Europe. Mais l'espèce de servitude qu'ils introduirent, était beaucoup plus supportable que Yesclavage domestique usité chez les Grecs et chez les Romains ; c'est pour cela même qu'il a inspiré moins' de compassion, qu'il a subsisté plus longtemps, et qu'il y en a encore des restes aujourd'hui.
Lorsque nos philosophes ont écrit que Yesclavage dure encore en Pologne et même en France, que les ecclésiastiques et les monastères ont des esclaves sous le nom de mains-mortables, ils se sont joués des termes et de la crédulité de leurs lecteurs.
Qu'est-ce que la main-morte ? C'est un contrat par lequel un seigneur a cédé des fonds à un colon, sous condition : l°d'un cens ou redevance annuelle en denrées, en argent, ou en
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travail ; 2° le colon ne pourra vendre ni aliéner ces fonds sans le consentement du seigneur, et sans lui payer les droits de lods et vente ; 3° que si le colon vient à mourir sans héritiers communs en biens avec lui, sa succession appartiendra au Seigneur.
Où est l'iniquité et la dureté de ce contrat ? Il gène la liberté du colon, cela est incontestable ; mais c'est une grande question de savoir si la liberté absolue est un bien pour ceux qui manquent d'intelligence, d'activité et de conduite : nos philosophes ne sont pas assez sages pour la décider sans appel. Il est bon de savoir qu'un colon main-mor table est toujours le maitre de s'affranchir ; en cédant au seigneur les fonds qu'il tient de lui, et le tiers des meubles, il a droit de se pourvoir par devant le juge, et de se faire déclarer franc sujet du roi. Plusieurs seigneurs polonais ont offert la liberté à leurs serfs, et ceuxci l'ont refusée. A quoi servent donc les diatribes de nos philosophes ?
Mais l'esclavage, pris en rigueur, subsiste encore dans les colonies...
Ce n'est point ici le lieu de discuter cette question de morale et de politique, nous pourrons l'examiner au mot Nègres. C'est assez pour nous d'avoir montré ce que le Christianisme inspire et prescrit à ce sujet. Dès que le commerce apprend aux hommes à ne plus adorer d'autre Dieu que l'argent, et que le philosophisme vient encore renforcer cette disposition, nous pouvons prédire que la servitude ne recevra ni adoucissement, ni diminution. L'on sait que quelques-uns de nos philosophes, qui ont le plus déclamé contre la traite des nègres, ont fait eux-mêmes valoir leur argent par ce commerce, tant la philosophie inspire d'humanité (I).
(l)Noits ne rele ons pas t -utes les exagérations passionnées de notre théologien contre les philosophes et la philosophie ; ce serait fastidieux pour le lecteur autant que pour nous. Disons pourtant ici qu'il devrait distinguer entre philosophie et philosophie, et que la bonne, dont les principes doivent êtie et sont les mêmes que ceux de l'Evangile, n'inspire pas mal aujourd'hui le mouvement social pu sque ce mouvement, dont la plus cran le explosion a été la guerre d'Amérique, aboutit sous nos yeux mêmes à l'abolition rapido des restes d'esclavage sur toute la terre. Ls Noir.
Un auteur anglais a fait sur ce sujet une réflexion très-sage. Il est étonnant, dit-il, qu'un peuple qui parle avec tant de chaleur de la liberté politique, ne fasse aucun scrupule de réduire une partie des habitants de la terre à un état où ils sont non-seulement privés de toute propriété, mais encore de toute espèce de droits. Le hasard n'a peut-être jamais produit aucune combinaison plus propre à tourner en ridicule un système grave, noble, généreux et à faire voir combien peu les hommes sont dirigés dans leur conduite par des principes philosophiques (I). 06servat. sur les Comm. de la société, par Millar. Voyez Servitude.
Bergier.
ESCLAVAGE (1') SOUS LA LOI MO- SAÏQUE. (Théol. mixt. scien. polit, et écon.). — Nous avons suffisamment indiqué, par les notes que nous venons d'ajouter çà et là à l'article de Bergier qu'on vient de lire, combien nous sommes ferme contre l'esclavage, soit considéré théoriquement quant au droit naturel, soit considéré d'une manière pratique. L'espace nous défend d'établir sur cette matière une thèse développée ; cette thèse, d'ailleurs, ne plairait peut-être pas à tous nos lecteurs; elle serait plus formelle et plus franche que celle d'aucun théologien jusqu'à ce jour, et peut-être serait-elle d'un siècle encore en avance du temps où il n'y aura plus d'esprits lettrés que pour s'étonner de ce qu'elle n'ait pas été soutenue dans tous les temps. Nous citerons seulement un petit passage exégétique de nos harmonies, qui complétera ce que Bergier n'a fait qu'indiquer sur l'esclavugc sous la loi mosaïque :
« Déjà, disions-nous, dans plusieurs nations civilisées la liberté civile est conquise ; mais ce n'a pas été sans peine. Avant cette conquête, que de luttes, que de difficultés pour dérac-i-
(1) H faut rendre à l'Angleterre ce témoiuna'-te que c'est elle qui a préludé au moaveme t moderne dont nous parlons dans la note précédente, et que le philosophe que cite Bergier ne pourrait plus, aujourd'hui, parler ainsi de son pays.
Le Nom.
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ner successivement l'esclavage, le servage, la féodalité,et tous les privilèges, négatifs de l'égalité des droits civils, qui se sont succédé sur la terre. Mais la doctrine chrétienne n'a-t-elle pas été la grande ouvrière de toutes ces réformes ? On peut en juger par ce qui se passe aujourd'hui même; malgré les progrès réalisés, que l'on compare l'ordre des faits présents avec l'utopie éyangélique, — qu'on nous passe ce mot bien naturel à la vue d'un monde si différent de ce que cet idéal demande qu'il devienne — et l'on sera effrayé de la distance dont elle devance l'évolution réelle... Mais nous voulons faire remarquer un phénomène antique dont on ne rend pas une justice suffisante à celui qui eu est le héros.
Il est vrai que Moïse admit, dans sa loi, un esclavage mitigé ; il ne pouvait faire autrement au milieu du monde de son temps ; mais n'est-il pas surprenant que, depuis les âgeshi storiques, le peuple j uif soit le seul où l'esclavage soit réduit à des conditions telles qu'ayant l'air d'être admis d'une part, il est comme neutralisé de l'autre? Nous ne pouvons, sur ce point, pas plus que sur mille autres, faire du code mosaïque une étude détaillée qui, pour être juste, serait difficile et compliquée vu les contradictions apparentes qu'on rencontre dans ce code; nous citerons seulement l'article suivant du Deutéronome :
« Vous ne livrerez point à son maître l'esclave qui se sera réfugié vers vous ; il habitera avec vous dans le lieu où il lui plaira d'habiter ; il trouvera le repos daus quelqu'une de vos villes ; ne le contristez point. (Deut. xxm, 15 et 16).
Celte disposition est absolue, et elle détruit, implicitement, toutes celles qui paraissent favorables au maitre contre l'esclave. Dès que l'esclave pouvait s'enfuir, avec certitude de ne pouvoir être repris par son possesseur et que toute ville d'Israël lui devait à cet effet le refuge, la sûreté et la liberté, l'esclavage n'était que pour ceux qui le voulaient souffrir, et l'essence de l'institution était mortellement atteinte.
n Quand on lit l'épitre, admirable de finesse, de Paul à Philéinon, sur son
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esclave Onésime qui s'était enfui de sa maison, on trouve que l'Apôtre, dans son plaidoyer pour l'affranchissement d'Onôsime, et dans toutes ses paroles, qui supposent le droit chez ce dernier de briser ses liens, quoique les plus grandes précautions soient prises pour ne pas contrarier Philémon, et pour que tout s'arrange à l'amiable, ne tait que se conformer à l'esprit du code de Moïse promulgué dix-sept cents ans avant le Christ.
« Beaucoup de critiques sont inj ustes à l'égard de Moïse et de son peuple ; à bien étudier les choses, on trouve que cette législation et cette peuplade furent les plus avancées qui aient jamais-existé sur la terre. N'y eùt-il que lejubilé de la cinquantaine, c'eût été une invention prodigieuse qui n'a point d'égale; quoi! tous les cinquante ans, toutes les dettes annulées, toutes les ventes de même, tous les serviteurs affranchis, toute famille réintégrée dans ses biens primitifs!
Où trouvera-t-on des mesures de législateurs aussi favorables à l'opprimé, aux malheureux, à tous les faibles, aussi hardies contre les envahissements de la richesse et de la domination ? C'est tous les cinquante ans, la restauration des droits primitivement reconnus; c'est tous les cinquante ans, la plus radicale des révolutions démocratiques, économiques et sociales. On conçoit que Moïse ait osé dire à un peuple auquel il laissait en lois de telles mesures : 11 n'y aura point d'indigent ni de mendiant parmi vous, omnino indigens et mendiais non erit inter vos... Si pourtant vous écoutez la voix du Seigneur votre Dieu, et si vous gardez tout ce qu il a commandé et que moi, aujourd'hui je vous donne en lois... Si tamen audieris vocem ûomini Dei tui, et custodieris universa quxjussit et quse ego prxcipio tibi... (Deut. xv, 4 et 5.) Le Noir.
ESCOBAR (Antoine). (Thcol. hist.
biog. etbibliog). — Ce jésuite, rendu célèbre par le persiftlage plus spirituel que juste qu'a fait Pascal de sa casuistique, naquit à Valladolid en 1589 et mourut en 1609. « Les prétendus principes relâchés à'Escobar
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dit son biographe du Did, encyel. de la thêol. cathol., sont d'une sévérité encore bien exagérée pour les gens du monde qui, sur l'autorité de Pascal, se sont armés d'un saint zèle contre ce Jésuite et contre ses sept volumes in-folio de Morale, dont pas un de ces adversaires n'a même vu la couverture. »
Les commentaires sur l'écriture sainte d'Escobar (Lyon, 1867, 8 vol.
in-fol.) ne sont pas moins dignes de célébrité que sa Theologia moralis (Lyon 1663, 7 vol. in-fol.)
Le Noir.
ESDRAS, auteur de deux livres de l'Ancien Testament, fut prêtre des Juifs quelque temps après leur retour de la captivité, et sous le règne d'Axtaxerxès Longue-Main. II est appelé docteur habile dans la loi de Moïse. Selon les conjectures communes, ce fut lui qui recueillit tous les livres canoniques, en rendit le texte plus correct, les distribua en vingtdeux livres, selon le nombre des lettres de l'alphabet hébreu ; mais ce fait n'est pas incontestable. On croit encore que dans cette révision il Changea quelques noms île lieux, et miteeuxqui êtaienl en usage de son temps à la place des anciens.
Les deux livres d'Esdras sont reconnus pour canoniques par la synagogue et par l'Eglise. Le second est attribué à Néhémias. Le troisième, qui se trouve en latin dans les Bibles ordinaires, après la prière de Manassès, 'est reçu comme canonique chez les Grecs ; mais il est regardé comme apocryphe par les catholiques et par les anglicans. Ce troisième livre, dont on a le texte grec, n'est qu'une répétition des deux premiers ; il est cité par saint Athanase, saint Augustin, saint Ambroise : saint Cyprien même semble l'avoir connu.
Le quatrième, qui ne subsiste qu'en latin, est rempli de visions, de songes, et contient des erreurs ; il est d'un autre auteur que le troisième, et probablement d'un Juif converti, mais mal instruit : les Grecs n'en font aucun cas non plus que les Latins.
Nous ne doutons pas qu' Esdras n'ait beaucoup contribué à la collection
ou au canon des livres de l'Ancien Testament, aussi bien qu'au rétablissement de la république juive ; mais on lui attribue tant de choses sur de simples présomptions qu'il est difficile de ne pas douter de plusieurs.
Rien n'est plus ingénieux, et, si l'on veut, rien n'est plus probable que les conjectures que Prideaux a faites, dans son Histoire des Juifs, liv. 5, sur les travaux d'Esdras ; mais de simples probabilités ne sont pas des preuves, et il en faudrait de très-positives dans une question aussi importante qu'est l'authenticité, l'intégrité et la divinité des livres de l'Ancien Testament.
Suivant ces conjectures, c'est Esdras qui réunit en un corps les livres sacrés, qui en donna une édition correcte, et qui les rangea à peu près dans le même ordre où ils sont aujourd'hui. Il en rassembla le plus grand nombre d'exemplaires qu'il put ; il les confronta, et il corrigea les fautes qui s'y étaient glissées par l'inattention des copistes ; il fut aidé dans ce travail par les docteurs de la grande synngogue. Cependant il ne put pas mettre dans ce canon ou catalogue, (ni son propre livre, ni celui de Néhémie, ni celui de Malachie qui paraissent avoir écrit après lui. Il ajouta, dans plusieurs endroits des livres sacrés, ce qui lui parut nécessaire pour les éclaircir, les lier et les achever, et en cela il eut l'assistance du môme Esprit qui les avait dictes au commencement. Mais ces additions prétendues sont les passages que Spinosa et d'autres incrédules soutiennent n'avoir pas pu être écrits par Moïse, et l'on a solidement prouvé le contraire.
Esdras est encore l'auteur de deux livres desParalipomènes, et peut-être de celui d'Esther ; cependant il y a dans le premier de ces livres, c. 3, une généalogie des descendants de Zorobabel, qui s'étend plus bas que le temps d'Esdras : ce n'est donc pas lui qui l'a faite en entier : conséquemment ces ouvrages n'ont été placés dans le canon que plus tard.
Il changea les noms anciens de plusieurs lieux, et j substitua les noms modernes, afin de les faire mieux
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connaître. Enfin, il écrivit tout en lettres chaldaïques, plus nettes et plus agréables que les anciens caractères hébreux ou samaritains. Quelques savants ont même douté s'il n'est pas l'auteur des points voyelles du texte hébreu.
Tout cela n'est fondé que sur la tradition des Juifs : or, celte tradition, touchant la question même dont nous parlons, est mêlée de plusieurs fables auxquelles on n'ajoute aucune foi. Il s'agit donc de savoir quelle règle nous devons suivre pour distinguer dans cette tradition le vrai d'avec le faux.
Nous ne révoquons point en doute l'inspiration d'Esdras, puisque son livre fait partie des Livres saints ; mais nous ne savons que par la tradition juive qu'il a écrit les Paralipomènes, le livre d'Esther, et non celui de Tobie ; qu'il a mis dans le canon l'ouvrage de Jérémie, et non celui de lîaruch, et qu'il a fait tout ce que les Juifs lui attribuent. Or, cette tradition des Juifs n'a été couchée par écrit qu'après la naissance du Christianisme, environ cinq cents ans après la mort d'Esdras. Il faut encore s'y fier, pour savoir que les livres de ce prêtre, de Néhémie, de Malachie, d'Esther, des Paralipomènes, ont été placés dans le canon par la grande synagogue. La première chose de laquelle il faudrait être certain, est que cette synagogue a été inspirée de Dieu pour faire cette opération. Prideaux pense que la grande importance de l'ouvrage le demandait, et que cette preuve sufiit. Sans doute elle sufiit aussi aux protestants en général, puisqu'ils n'en ont point d'autre.
Il est fort singulier que les protestants attribuent si libéralement l'inspiration de Dieu à la synagogue juive, pendant qu'ils la refusent à l'Eglise chrétienne. Cependant cette inspiration n'était pas moins nécessaire à l'Eglise pour former le canon des livres du Nouveau Testament qu'à la synogogue pour dresser le calalogue des ouvrages de l'Ancien. Ils sont forcés de s'en tenir à la tradition orale des Juifs, qui a demeuré cinq cents ans sans être écrite, et ils
refusent de s'en rapporter à la tradition vivante de l'Eglise catholique, à moins qu'on ne leur en fournisse des preuves par écrit dès le second ou le troisième siècle. Voilà une bizarrerie à laquelle nous ne concevons rien.
Pour nous, nous avons une règle plus simple, et qui n'est sujette à aucune inconséquence. Nous ne refusons point à la synagogue une assistance de Dieu pour discerner les Livres sacrés ; mais quand elle ne l'aurait paseue, notre foi n'en seraitpas moins certaine. C'est Jésus-Christ et ses apôtres qui ont appris à l'Eglise chrétienne quels sont ces livres, soit pour l'Ancien Testament, soit pour le Nouveau ; et nous en sommes assurés, parce que l'Eglise a toujours fait profession de ne croire et de n'enseigner que ce qu'elle a reçu de Jésus-Christ et des apôtres. Nous n'avons pas besoin de remonter plus haut, cette autorité seule nous sufiit. Voyez Canon.
Plusieurs incrédules ont assuré qu'Esdr-as est le véritable auteur du Pentateuque attribué à Moïse, et des autres livres de l'Ancien Testament; un peu de réflexion suffit pour faire sentir L'absurdité de cette supposition (1).
1° Esdi'as n'est venu de Babylone en Judée que soixante-treize ans après le premier retour de la captivité sous Cyrus, et sous la conduite de Zorobabel ; il n'était ni grand prêtre, ni juge souverain de la nation, mais simple sacrificateur. Les Juifs ont-ils été assez dociles pour recevoir de ce prêtre des livres, des dogmes, des lois, des moeurs dont ils n'avaient encore aucune connaissance? Si les Juifs n'avaient pas été imbus de la croyance, des mœurs, des espérances qu'ils ont toujours attribuées aux livres de Moïse, on devrait les regarder comme des insensés, d'avoir quitté la Perse et l'Assyrie pour venir s'établir dans la Judée. Ce n 'est pas Esdras quileur avait inspiré cette démence soixantetreize ans auparavant.
2° Il atteste dans son livre que, quand il arriva à Jérusalem, il trouva le temple rebâti, le culte rétabli, fa
(!) Voyez l'article Echituhs saints.
Gousset.
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police remise en vigueur, seltm la loi de Moisc; que tous les règlements qu'il ajouta furent faits en vertu de cette même loi : donc elle était connue et révérée des Juifs avant qu'JSsdras fût an monde. Comment la connaissaient-ils, sinon par les livres de Moïse?
3°. 11 est impossible qu'un seul homme ait pu posséder toutes les connaissances historiques, physiques, géographiques et politiques nécessaires pour composer non-seulement les cinq livres de Moïse, mais tous les autres qui composent l'Ancien Testament. Il est impossible qu'il ait assez pu varier son style, pour prendre le ton et la manière de douze ou quinze auteurs différents, et qui les distinguent. Il n'y a qu'à comparer le livre à' Esdras avec le Ueutéronome, et voir s'ils sont du même anteur. Il n'a pas écrit en hébreu pur : il y a mêlé du chaldéen; le seul ouvrage qu'on puisse lui attribuer, oulreceluiqui porte son nom, sont les deux livres des Paralipomènes, et il n'aurait pas pu les faire, si les livres précédents n'avaient pas existé. Aurait-il répété ce qui est dit dans les livres des Rois, s'il avait été l'auteur des uns et des autres?
Il n'aurait fait que reprendre l'histoire où les livres des Rois l'avaient laissé.
4° 11 faut supposer qa'Esdras a été inspiré pour faire les prophéties qui n'étaient pas encore accomplies de son temps; celles qui regardent le Messie et la conversion des nations, celles de Daniel, qui annoncent la succession des monarchies, etc.
b° Si les livres de Moïse avaient été forgés par Esdras, les Gutnéens, établis à Samarie, ennemis mortels de ce prêtre et des Juifs qui le respectaient, n'auraient jamais reçu ces livres comme divins, comme la règle de leur croyance et de leur police; aucun peuple n'a pris de son gré un ennemi pour législateur. La constance de ces Samaritains à conserver les anciens caractères hébreux, pendant que les Juifs ont adopté les caractères chaldéens, prouve que l'un de ces peuples n'a jamais rien voulu avoir de commun avec l'autre.
ti° Si les Juifs n'avaient pas été bien convaincus qu'il y avait une
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loi de Moïse qui leur défendait d'épouser des étrangères, auraient-ils consenti à se séparer de celles qu'ils avaient prises pour épouses, de les renvoyer avec les enfants qu'ils en avaient eus, comme ils le tirent lorsqn'Esdras l'exigea? c. 13. Quelques incrédules l'ont taxé de cruauté à ce sujet ; il n'aurait pas osé le proposer de sa propre autorité.
Nous ne connaissons aucun de ces critiques qui se soit donné la peine de répondre à aucune de ces raisons.
Ceux qui ont imaginé qu'une partie des livres de l'Ancien Testament s'était perdue pendant la captivité de Babylone, et qu'Esdras les rétablit, retombent à peu près dans les mêmes inconvénients. Les livres de Tobie et d'Esther nous attestent que pendant la captivité les Juifs observaient leur religion, leurs lois, leurs mœurs nationales, autant qu'il leur était possible : donc ils étaient attachés à leurs livres. Une législation aussi compliquée et aussi minutieuse que celle des Juifs n'a pu se conserver par une simple tradition. Si tous les exemplaires de le Chronique de Froissartou del histoire de Joinville étaient perdus, nous voudrions savoir qui serait parmi nous l'homme assez habile, pour les refaire tels qu'ils sont.
Encore une fois, il n'est pas prouvé qu 1 Esdras ait eu autant de part qu'on le croit communément à la collection des Livres sacrés, au changement des caractères, à la correction du texte, etc. Voy. les dissertations sur cesujet, Bible d'Avignon, tome 17, pag. 3 et suiv.
L'auteur de la Bible expliquée a fait quelques objections frivoles contre le livre a'Esdras ; son réfutateur y a solidement répondu : elles ne valent pas la peine d'être répétées.
Bergier.
ESNIG ouESNAG. (Théol. hist. biog.
et bibliog. ) — Cet évèque de Bagrewand, un des premiers classiques du peuple arménien, était néà Gochp ou Golp près du mont Ararat ; il fut l'un des six savants arméniens du V siècle qui ont été surnommés les tra-