‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 100 sur 110 · FORMATEUR DU MONDE · texte numérisé non relu

FORMATEUR DU MONDE

« Knef, et Knoufis, le grand nom

dU DIEU SOUVERAIN, ET UNIQUE, QUI N'EST PAS NÉ ET QUI NE MEURT PAS. —

On sait que tel était le sens qu'ils attachaient à ce mot.

« Eniin phtha, qui s'écrivait aussi sans voyelle phth, dont l'étymologie est encore inconnue. Selon les uns ce mot ne signifia d'abord que le feu, et en vint, plus tard, à exprimer dieu, quand l'idolâtrie eut étendu son règne. Selon d'autres il renferme l'idée d'ouvRiER. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il a signifié le feu, dans la langue égyptienne, et dieu, en même temps.

« Parmi les hyérogliphes démotiques qui représentaient dieu, il faut citer l'œuf unique et générateur, et la croix.

« Mais, quoi qu'il en soit des origines de ces signes aujourd'hui trèsmystérieuxpourla plupart, les archéologues ont pu constater par la comparaison des nombreuses reliques de l'Egypte primitive et par l'étude de son histoire, que la religion y consista, d'abord, dans un monothéisme très-philosophique et très-sublime. Voici ce qu'en dit M. Ciampollion-Figeac.

« Après avoir expliqué comment les anciens Egyptiens avaient été accusés d'un grossier polythéisme par suite de l'inintelligence de leurs monuments symboliques, il ajoute:

« Quelques philosophes, cependant, » plus disposés à bien voir, animés » de quelque impartialité, et plus ca- » pables de sérieuses études, appro- » obèrent peu à peu de la vérité et » furent ainsi récompensés delà fati- » gue de leur veilles, Porphyre osa af- » iirmer que le Egyptiens ne connais- » salent autrefois qu'un seul Dieu ; » Hérodote avait dit aussi que lesThé- » bains avaient l'idée d'un Dieu um- » que, qui n'avait pas eu de com- » mencement et qui était immortel ; » Jamblique, très-curieux scrutateur » de la philosophie des anciens siè- » clés, savait, d'après les Egyptiens » eux-mêmes, qu'ils adoraient un Dieu, » maître et créateur de l'univers, su- » périeur à tous les éléments, par lui- » môme immatériel, incorporel... etc.

« Un tel témoignage, reprend M.

» Champollion, a une tout autre au- » torité que les plaisanteries des sati- » riques anciens et modernes ; et l'é- » tude récente des ouvrages mômes » desÉgyptiens, les tableaux religieux

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» qui couvrent leurs monuments et les » textes écrits qui en donnent l'inter- » prétation, ont ratifié enlin l'opinion » des personnes de tonne foi, que » n'offense pas l'antiquité de la raison » humaine, et qui ne réservent pas » orgueilleusement pour leur siècle et » pour leurs amis les révélations de » l'esprit et les plusnobles inspirations » de l'âme. » {Egypte •pittoresque-)

« Il est bon d'ajouter que ces réflexions d'une grande justesse pour les temps primitifs les plus anciens, ne peuvent pas s'entendre rigoureusement de l'époque de Moïse, 18 siècles avant Jésus-Christ, puisque ce grand Sauveur du monothéisme antique disait à son peuple : Vous savez de quelle manière nous avons habité dans la terre d'Egypte , comment nous avons passé au milieu des nations, et comment, en les traversant, vous avez vu les abominations et les ordures, c'est-àdire, leurs idoles, etlcbois, etlapierreet l'argent et l'or, qufils adoraient. (Deut. xxix, 16). Si donc le polythéisme de cette époque n'était encore qu'un symbolisme dans l'esprit des lettrés et des philolophes, il faut dire que le symbole avait déjà pris la place de la réalité dans l'esprit des peuples.

« Nous croyons pouvoir conclure en bonne logique de ces exposés de la science ethnographique, linguistique et philologique sur les noms de Dieu, qu'il y a entre tontes les langues du monde vivantes et mortes, une concordance suffisante pour prouver qu'elles remontent à une origine première pendant laquelle l'idée monothéiste et l'adoration par le sacrifice, ou la simple prière, composaient toute la religion du geure humain, ainsi que Moïse nous le donne à penser dans son rapide réisumé de l'histoire primordiale.

« Lors donc que Jésus-Christ est ivenu nous annoncer un temps « où ' Von adorerait Dieu, non plus à Jérusalem ni sur le mont Garizim, mais en esprit et en vérité, il n'a fait que nous prédire le troisième âge du monde, celui du retour universel au monothéisme de nos premiers aïeux. Aussi disait-il sur des questions de ce genre, quand on lui objectait les coutumes du 2° âge : Il n'en était pas ainsi au

commencement « Ab initia autem non fuit sic. » (Matth., XIX, S.)

Le Nom.

DIEU. Nous entendrons sous ce terme le Créateur et le gouverneur souverain de l'univers, législateur des hommes, vengeur du crime, et rémunérateur de la vertu. Nous laissons aux philosophes le soin de prouver l'existence de Dieu par les raisonnements que la lumière naturelle peut fournir (1) ; notre devoir est de mon-

(i) A l'article Création, nous avons rapporté la preuve de l'existence de Dieu, ti .e de la nécessité d'un Etre éternel, immuable, infini, créateur de la matière. Ici nous nous bornerons à exposer les deux principales preuves de l'existence de Dieu, qui sont tirées, la première, du consentement unanime du genre humain ; la seconde, de l'ordre de l'univers.

Première preuve de l'existence de Dieu.

Le dogme de l'existence de Dieu estima croyanco universelle et constante du genre humain : or, cette croyance universelle et constante prouve invinciblement l'existence- de Dieu.

lo L'enseignement le plus universel et le plus constant qui se présente dans l'histoire des traditions humaines, c'est l'enseignement du dogme do l'existence de Dieu. Aussi loin que puisse percer l'esprit de l'homme dans les souvenirs de l'antiquité, il trouve toujours et partout cette croyance manifestée par les adorations des peuples et par les témoignages de tous les auteurs des temps les plus reculés. Sans parler de M"ise, le plus anciea historien qui existe, et des autres écrivains hébreux, nous voyous Hérodote, le premier entre les historiens profanes, et tous ceux qui l'ont suivi, faire mention de la religion de tous les peuples dont ils parlent, quoiqu'ils remontent quelquefois jusqu'aux temps fabuleux. H eu est de même des poètes de la plus haute antiquité, Hésiode, Homère, tous les autres, chantent la religion des peuples, et en parlent comme d'une chose existante de tout temps. 11 y a quelquefois des contradictions entre ces divers auteurs sur les mœurs, les lois, le gouvernement de ces peuples ; il u'y en a point sur leur théisme. Aux écrivains, nous pouvons joindre les monuments qui nous resteut des temps antérieurs môme à l'histoire, les hiéroglyphes, les statues, les vases égyptiens, étrusques et autres, les ruines de plusieurs temples ; tous ces témoins muets attestent que 1 homme do tous les siècles a eu une religion, comme il a eu un corps et une raison.

L'universalité de la tradition, concernant l'existence de Dieu, est attestée par ies anciens philosophes qui avaient une vaste connaissance des opinions de tons les peuples. Platon prouve l'existence des dieux par le consentement unanime des Grecs et des Barbares [De Legibus, lib. (0). Il dit qu'il n'y a jamnis eu personne qui, depuis la jeunesse jusqu'à la vieillesse, ait persévéré dans l'opinion qu'il n'y a point de Dieu. {/Oid.) Suivant Aristote, « tous les hommes ont une idée de Dieu, et cette notion eat transmise aux hommes par une tradition qui remonte à la plus haute antiquité. » (De mundn, cap. 5.) Cicérou, dans ses divers écrits, pr clame l'univor-

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trer que Dieu n'a pas attendu les recherches de la philosophie pour se faire connaître aux hommes, que les preuves philosophiques ne sont justes et solides qu'autant qu'elles se trouvent conformes aux notions que nous fournit la révélation ; et que les philosophes n'ont fait que balbutier en comparaison des écrivains sacrés. Ceux ci nous donnent lespreuves, non-seulement de l'existence de Dieu, mais de l'unité de Dieu et de ses attributs; d'où il résulte que c'est Dieu lui-même

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qui a daigné se révéler aux hommes.

I. La première vérité que nous apprennent les livres saints est le fondement de toutes les autres. Aie commencement, Dieu a créé le ciel et la terre. Dieu était donc seul, rien n'existait que lui, il est éternel ; comment aurait pu commencer d'être celui avant lequel rien n'existait?

Si nous ignorons en quel sens Dieu est créateur, l'auteur sacré nous l'apprend : Dieu opère par le seul vouloir; il dit : Que la lumière soit, et la lumière

salité de cette tradition, « Ce qui donne la plu grande autorité à la croyance des dieux, c'est, ditil, qu'il n'est pas de nation barbare, qu'il D'est pas d'homme abruti qui n'ait cette notion dans l'esprit; plusieurs, à la vérité, ont une fausse idée des dieux, c'est une suite des préjugés et des vices de la nature; mais tous croient à l'existence d'un Etre divin et d'une nature suprême, et cette opinion n'est imposée ni par une volonté des hommes, ni par des instructions, ni par des lois impérieuses : or, ea toutes choses, le consentement de toutes les nations doit être regardé comme la loi de la nature. » {Tuscul. quœst.,\. i.) Et ailleurs, il dit encore: a Cette croyance est commune à tous les hommes et parmi toutes les nations.... Quelle est la nature des dieux, ils l'ignorent ; mais que les dieux existent, nul ne le nie, » (De No.t. deorum, 1. 2.) Il trouve des expressions toujours nouvelles pour proclamer la même vérité : « Entre toutes les nations, il n'en est point qui soit tellement inhumaine, tellement de fer (ferrea) qu'elle ne sache pas qu'il doit y avoir un Dieu, bien qu'elle ne sache pas quelle est sa nature. » (De Legib.) Sénèque dit de même : « Il n'est point de nation tellement jetée hors de la civilisation et des lois humaines, qui ne croie à l'existence des dieux. [Epist. 117.) Plutarque, après avoir attribué la formation de l'univers à une intelligence suprême, ajoute que cette doctrine remonte jusqu'aux premiers temps, qu'elle n'est d'aocun auteur connu, et qu'elle a toujours été commune aux Grecs et aux Barbares. (De Isid et Osir.) Il dit ailleurs que, si l'on veut parcourir la terre, on pourra trouver des villes sans murs, sans lettres, sans lois, sans maieons, sans richesses, sans monnaies, qui ne connaissent ni les gymnases, ni les théâtres; maïs une ville n'ayant point de temples et de dieux, ne faisant point usage de prières, de serments, d'oracles, n'implorant pas le bien par des sacrifices, ot ne détournant pas les maux par des actes religieux, c'est ce que personne n'a jamais vu. (Adv. Col.)

Nuus avons des témoignages plus démonstratifs encore dans les aveux qu'ont fait nombre d'hommes intéressés à contester cette vérité. uLucrèce (lib. 1.) oue Epicure d'avoir été le premier à combattre la religion parmi les hommes; tous les hommes antérieurs à Epicure avaient donc une religion. Lucien autre ennemi de toute religion, dans un de ses dialogues, introduit Timorés religieux, disant qne, s'il n'y a pas de dieux, tous les hommes sont trompés ; et Damis incrédule, ne contestant pas le fait de cette universalité de doctrine, et niant seulement la conséquence qu'en tire son adversaire. (Jup. tragted.)\)ei\x écrivains, aussi éclairés que Lucrèce et Lucien, n'auraient pas avoué que le théisme est la doctrine de tout le genre humain, si ce n'eût pas été une vérité reconnue de tous les peuples et de tous

les siècles; mais, ne Diaot pas ce fait si contraire à leur système, ils en deviennent par là les témoins les plus irrécusables.

Sans multiplier inutilement les preuves de cette tradition universelle, ne suffit-il pas de lire dans les histoires les croyances publiques de tous les peuples de la terre ? L'universalité de ces croyances n'est pas seulement attestée par les mœurs, les cultes, les lois, les temples et les sacrifices des peuples ; elle l'est encore parles écrivains de tous les temps dont les témoignages sont l'expression de la tradition universelle, bien plus encore que l'expression de leur propre croyance. En effet, tous n'entreprennent point de démontrer l'existence de la Divinité par des raisonnements philosophiques, mais on voit toujours que tous la supposent, et que, par conséquent, elle leur est connue, sinon comme une vérité démontrée, au moins comme une tradition universelle. Ainsi toutes les autorités des écrivains anciens que l'on peut recueillir, montrent qu'ils parlent de Dieu comme d'un être connu de toute la terre ; nulle part ils ne prétendent le révéler au monde, et la manière affirmative dont i i s parlent de son existence ou de ses attributs fait assez entendre que leur langage s'adresse à des hommes qui en ont déjà la croyance. Par exemple, c'est attester la croyance universelle de Dieu, que de dire avec Xénophon, (lib. 2, mem.) qu'il faut l'honorer; avec Gratès, lapud Laè'rt, 1. 6.) qu'il répand ses dons sur les hommes d 'une manière inégale; avec Polybe, (lib. 3, hist.) qu'il protège ceux qui souffrent pour la justice; avec Caton d'Utiqne, (ap. Plut.^ que sa manière d'agir avec les hommes est impéné) trahie; avec Zenon, {ap. Valer. 31ar.) que la vie criminelle d'un libertin ne saurait 1 tii être cachée ; avec Pline, [lib, 2,) qu'il ne peut se porter à ce qui est contraire à la raison; avec Tacite, (Annal., 1. 1.) qu'il punit les injures qu'il reçut des hommes ; avec Simonide, (ap. Cîc.y de Nat. deorum.) qu'il est d'une nature incompréhensible; avec Tite- Live, [Sût., 1. 7.) que dans nos calamités nous devons mettre en lui notre confiance ; et ces sortes d'autorités sont infinies par leur nombre. Juvénal nous avertit de mettre nos besoins entre les mains des dieux {Satyr. 10). Clandius s'écrie que rien n'échappe à leur providence. (Liv. 1, in Ruff.) Les dieux veulent que nous pensions toujours à la mort, dit Martial (liv. 2. in Sext.), et Perse demande que nous leur offrions, non de l'or, mais un cœur pur. (Satyr.) Libanais enfin nous parle merveilleusement des bienfaits de Dieu envers les hommes, de la vengeance qu'il exerce sur les méchants, et de l'obéissance qui est due À ses ordres. (Tom. 1. Declam.)

Ce n'est pas seulement chez les Giecs elles Romains qu'on trouve le dogme de l'existence de Dieu

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fut Ici aucune équivoque ne peut avoir lieu.

Voilà la base de toutes les démonstrations de l'existence de Dieu, la nécessité d'un Créateur, d'un premier principe de toutes choses; de là découlent, par autant de conséquences évidentes, les attributs de Dieu, attributs qui ne conviennent et ne peuvent convenir qu'à lui. Les philosophes les ont méconnus, parce qu'ils ont rejeté l'idée de création.

Dieu, en créant l'univers, donne le

branle à toutes les parties; il souffle sur les eaux, fait rouler les astres, donne par le mouvement la vie et la fécondité à toute la nature; par là nous concevons l'inertie de la matière et la nécessité d'un premier moteur.

Non-seulement Dieu crée, mais il arrange, il met de l'ordre dans ce qu'il fait; il n'agit point avec l'impétuosité aveugle d'une cause nécessaire, mais successivement, avec réllexion, librement et par choix; la sagesse préside à son ouvrage, il déclare que tout est

cette croyance s'est transmise fidèlement à toutes les Dations dont les noms nous sont parvenus. Les anciens Perses, les Chaldéens et les Assyriens, les Phéniciens et les Chanunéens, les Egyptiens, les Arabes, les anciens Chinois, les peuples du Nord perdus dans leurs forêts, les Germains, les Gaulois, les habitants de l'Afrique, tous les peuples qu'on, aperçoit dans les vieux monuments, y apparaissent avec leurs autels et leurs dieux, avec leurs sacrifices et leurs expiations, par conséquent avec la croyance d'une div nité quelconque. ( Voyez p. 573 de ce vol., la note pur Vunité de Dieu.) Nous trouvons la même foi parmi les peuples les plus sauvages. Il n'y a jamais eu aucun barbare, dit Elien, qui n'ait respecté la Divinité, ou qui ait révoqué en doute s'il y a des dieux, et s'ils prennent soin des choses d'ici-bas. Jamais aucun homme, soit Indien, soit Celte on Egyptien, n'a pensé sur cette matière comme Emérus le Messénien, Diogène le Phrygien, Hippon, Diagoras, Socia*, Epicure. Ces peuples, tombés depuis de3 temps si reculés dans un état d'ignorance et de brutalité, ne devraientils pas, ce semble, avoir perdu le souvenir de toutes les traditions de la société. Et cependant la croyance de Dieu a survécu à leur profonde barbarie, et les voyageurs l'ont retrouvée dans tontes les contrées les plus ignorées de l'ancien et du nouveau monde. Le père Tachart (Relut, du cap de Bonne-Espérance, tom. i,c. 8), affirme que, dans une conférence qu'il eut avec les principaux de la nation dos Hottentots, il reconnut qu'ils croyaient à l'existence d'uo Dieu, et cette opinion est confirmée par M. Kolben, qui, ayant passé plusieurs années au Cap, s'instruisit profundémerit de leur religion et de leurs mœurs. Les voyageurs rapportent de mémo l'espèce de saciifice et de prière que les nègres de Guinée adressaient à leurs divinités. [Relot. de Guinée, par Salomon.) Les Indiens croient à un Etre suprême, et ils rendent des honneurs et un tulte particulier à des dieux subalternes. [lieîat. des miss, danois.) Les habitants de Ceylan reconnaissaient un Dieu souverain qui avait d'autres dieux sous ses ordres. [M, Knox.) Les peuples de l'Amérique, selon le récit de Joseph Acosta, [de proc. Ind. Salut. , 1. 5.) avaient la croyance d'un Dieu maître souverain de toutes choses, et parfaitement bon. Le père Lufitau dans son livre des Mœurs des Sauvages, observe qu'ils reconnaissent un être, ou esprit suprême, quoiqu'ils le confondent avec le soleil, auquel ils donnent le titre de grand esprit, d'auteur et d'arbitre de la vie. D'autres peuples de l'Amérique avaient une idée plus parfaite de In Divinité, et Gareilasso de la Véga nous apprend qu'avant l'arrivée des Incas au Pérou, les sauvages habitants de ces contrées croyaient qu'il existait un Dieu suprême, auquel Us donnaient le nom de Pacha-Ka-

mak ; qu'il donnait la vie à toutes le- choses, qu'il conservait le monde, qu'il était invisible et qu'ils ne pouvaient le connaître. {Nouu. Démonsl. écang. deLeland, 1 part. ch. 2.) Qui comptera les voix qui s'élèvent ainsi par toute la terre pour proclamer cette universelle croyance des hommes ? On la trouve partout, dans les monuments publics, dans les livres des historiens, dans les rêveries des philosnphes, dans les fictions des poètes; et ce se: ait une recherche curieuse, et digne a la fois de frapper l'attention des vrais philosophes, que celle de tous les témoignages épars dans les ouvrages les plus différents par leur objet et par la pens;e de leurs auteurs, en faveur de cette immortelle tradition du genre humain, qui, remontant à l'origine des sociétés, les suit dans leur développement, ut ne les abandonne pas même dans leur barbarie.

2° Cette croyance générale et constante prouve invinciblement l'existence de Dieu; ce consentement universel a une autorité absolument décisive. D'abord il faut qu'un homme ait entièrement perdu la raison pour soutenir qu'il peut seul, et par ses seules lumières, contre balancer l'autorité du genre humain. Qui oserait substituer sa raison particulière à la raison générale, et se donner soi-même <Mimme infaillible, tout en révoquant en doute l'infaillibilité des hommes de tous les temps et de tous les pays ? Si l'on suppose quo Je genre humain tout en'ier ait pu être trompé dans ses croyances, il faudra conclure rigoureusement que rien n'est certain pour l'homme; qu'il est jeté sur la terre par je ne sais quel être malfaisant qui a voulu se jouer de son intelligence, et le livrer aux rêves et aux chimères de son esprit: alo;s, par cons'quent, il serait superflu de chercher a découvrir la vérité; ou n'aurait aucun uK>yen de s'assurer que chaque croyance n'est pas une illusion, que chaque réalité n'est pas un prestige des sens. Qui pourrait dire qu'il est certain d'tn-e chose, si ou parlait du principe qu'il est des choses où tous les hommes ont pu toujours croire l'erreur? Et lorsque l'univers tout entier se trompe, où est la raison qui oserait affirmer qu'elle ne se trompe pas? et sur quoi se fonderait-elle ? où serait l'autorité de son témoignage? qui serait contraint de la croire ?

Il est reconnu de tout le monde qu'une opinion adoptée par un certain nombre de sages acquiert, par là même, un degré de prol ahilité. Si la majeure partie des sages y acquiesce, la probabilité devient plus grande. Elio le sera encore plus quand elle réunira le suffrage de tous. Enfin elle s'élève au plus haut degré, si elle est adoptée par tons les hommes savants et ignorants. En effet, s'il n'y avait que les ignorants qui adhérassent à cette opinion, on pourrait dire que le suffrage des savauts est supérieur à celui-là, et la ranger parmi les erreurs

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bien ; par là, nous apercevons la nécessité d'une intelligence souveraine pour établir et pour maintenir l'ordre physique du monde.

Bieu crée non-seulement des corps inanimés et passifs, mais des êtres animés et actifs, qui ont en eux-mêmes un principe de vie et de mouvement ; il leur ordonne de croître et de se multiplier. En vertu de cet ordre suprême, les générations se succèdent, la vie se perpétue, la nature se renouvelle. C'est de Lieu que vien-

populaires. Si au contraire il n'y avait dans ce sentiment que des savants, on pourrait prétendre qu'ils s'égarent dans de vaines spéculations, et que 19 peuple, qui suit simplement la nature, est moins sujet à se tromper que les philosophes. Mais qu'objecter à la réunion des uns et des autres, à cette unanimité de tous les hommes qai ont des préjugés, des affection?, des intérêts, non-seulement divers, mais opposés? aussi la doctrine générale et constante de tous les hommes a-t-elLe été regardée, par les plus beaux génies, comme une marque certaine de ta vérité,

Platon, que nous avons cité, prouve l'existence de Dieu par le consentement des Grecs et des Barbares. Cicéroo proclame qu'entre toutes choses le consentement des nations doit être regardé comme la voix de la nature : Omni in re consensio omnium gentinm lex naturs putanda est. (Tuscul., lib. 1, c. 13.)

Il vaut mieux, dit Pline, croire l'universalité que le part'culier; le particulier peut se tromper et être trompé; mais personne ne trompe l'universalité, et l'universalité n'a jamais trompé personne. Melius omnibus quam singulis creditur, singuli enim de* cipere et decipi possunt ; nemo omnes, neminemgue, omnes fefellerunt. (Paue^yr. Trajani, n. 62.) Sénèque donne le seus commun, l'universalité d*ime croyance, comme l'indice certain de la vérité j il établit l'existence de Dieu par la croyance da genre humain : Afultum dare solemus prsesumptioni omnium hominum. Apud nos veritatis argumentum est alignid omnibus videri. Tanquam deos esse sic colligimus, guod o?nnibus de dits Opinio insita sit ; nec ulla gens iisguam est adeo extra leges moresque projecla, ut non aliguos deos credat. (Epist. 117.) Au reste, voyez ce que nous a^ons dit à l'article CiïimTunE.)

Ainsi la doctrine unanime de toutes les nations et de tous les temps prouve invinciblement l'existence de Dieu.

Cette croyance, originairement fondée sur une tradition qui remonte jusqu'au premier homme, s'est soutenue et fortifiée par le spectacle admirable de l'univers. Mais indépendamment des merveilles de la nature et de toutes les raisons qui font comprendre la nécessité d'un premier principe, nous savons que Dieu est ; nous le savons, parce que la tradition nous le révèle; nous le savons avec certitude, parce qu'il est impossible que tous les hommes se trompent à la fois dans une croyance qui leur est commune, et qui subsiste constamment dans tous les temps et dans tons les lieux, avant tout raisonnement humain, et malgré la variation des opinions des hommes. Dire que cette croyance générale est un préjugé d'éducation, ce n'est point résoudre la difficulté, dit Bergier; il est question de savoir

nent la vie et la fécondité. La matière, tombée en pourriture, ne sera donc jamais par elle-même un principe de vie et de reproduction ^ en dépit des visions philosophiques, rien ne naîtra sans un germe que Bieu a formé.

L'être pensant sortira-t-il du sein de la matière ? Non, c'est le chef-d'œuvre de la sagesse du Créateur; Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, et qu'il préside à la nature entière. Homme, voilà la source de ta grandeur et de tes droits ; si tu

pourquoi l'éducation se trouve surce point uniforme partout, tandis qu'elle est si différente dans tout ce qui est l'ouvrage des hommes. La raison véritable, c'est que, depuis l'origine du monde, cette éducation vient de Dieu et qu'il eo est le premier auteur. — Bergier, Traité de la vraie Relig., t. 2, ia-8 ; le cardinal de la Luzerne, Dissertation sur l'existence et les attributs de Dieu; M. Laurentie, Introduction à la philosophie, etc.

Objection. On fait plusieurs objections contre la preuve tirée du consentement unanime des peuples. Nous nous bornerons à la principale. Le polythéisme, dit l'impie, a été l'erreur universelle de tous les siècles : il est impossible que le genre humain se soit trompé sur le dogme de l'existence de Dieu, comme il s'est trompé sur l'unité de la nature divine ; donc c'est a tort que l'on se prévaut de la croyance générale pour établir l'existence de Dieu,

Réponse. Le polythéisme ne peut être regardé comme une doctrine universelle, dans le sens strict et rigoureux que nous entendons. Pour que la doctrine de la pluralité des dieux pût avoir aux yeux du philosophe le même caractère d'universalité que le dogme de l'existence de Dieu, il faudrait qu'elle se montrât également répandue dans tous les temps et dans tous les lieux; en sorte qu'elle se confondit avec l'origine des hommes, qu'elle se perpétuât au travers des révolutions humaine?, et qu'aujourd'hui encore elle fût vivante sous nos yeux, avec son caractère toujours le même do perpétuité. Or ce n'est pas ainsi que se présante le polythéisme. D'abord, antérieurement au polythéisme, nous voyons partout établi le dogme de l'unité de Dieu. Le polythéisme est donc nouveau dans l'histoire des croyances j et précisément le propre de l'erreur e^t d'être nouvelle. Il n'est donc pas universel, dans le sens qu'il n'embrassa pas tous les temps; et en second lieu il n'a pas été universel, pnisqu'il-a cessé d'être et qu'il ne vit plus que comme un souvenir dans l'histoire des nations. Enfio le polythéisme n'a pas même été universel dans le temps où il a régné sur la terre; car, comme nous le prouverons dans la note suivante, tous les peuples ont reconnu l'unité d'un Dieu proprement dit, d'un Etre éternel et maître des hommes et des dieux subalternes, lesquels n'étaient aux yeux des hommes que ses ministres. Cet Etre suptéme était duos le fait, quoiqu'il ne le fût pas de nom, le seul Dieu des idolâtres. ( Voyez pag. 573 de ce volume, la note sur V unité de Dieu.)

On ne saurait donc, en aucune façon, dire que le polythéisme est universel, puisqu'il n'embrasse ni tous les temps, ni tous les lieux, ni tous les hommes. De plus, le polythéisme n'est pas même une croyance ; car évidemment il ne s'attache a aucun objet certain et positif, et il ne propose à la foi des hommes aucun dogme qui soit permanent et toujours le même.

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l'oublies, la philosophie te remettra au niveau des brutes soumises a ton empire. Vois si tu veux proférer ses leçons à celles de ton Créateur,

Dieu ne parle point aux animaux, mais il parle à l'homme, il lui impose des lois; il lui donne une compagne, et lui ordonne de la regarder comme une portion de lui-même. Il les bénit, leur accorde la fécondité et l'empire sur les animaux : ainsi commence, avec le genre humain, le gouvernement paternel d'un Dieu législateur.

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De cette loi primitive découleront dans la suite toutes les lois de la société naturelle , domestique et civile, que Dieu vient de former.

Pour compléter son ouvrage, Dieu bénit le septième jour et le sanctifie ; bientôt nous voyons les enfants d'Adam offrir à Dieu les prémices des dons de la nature ; la religion commence avec le monde, et c'est Dieu qui en est l'auteur.

Nous osons défier tous les philosophes anciens et modernes de trouver,

Le polythéisme n'est antre chose, à le Lien entendre, que la liberté laissée à chaque homme d'honorer Dieu ; et par conséquent, la seule «hose qui soit véritablement universelle dans le po,,, théisme, c'est la croyance même do Dieu. La diversité des cultes vient de la bizarrerie des superstitions; mais aucune superstition n'est universelle : les dieux de l'Egypte ne sont pas les dieux de la Grèce; les pénates du patricien ne sont pas les pénates de l'affranchi. Chaque homme a ses dieux sauveurs, chaque ville a sa divinité, et chaque rit suppose un Olympe peuplé d'habitants inconnus aux rites contraires. Bossnet avait d jà fait cette remarque.

« Autant il y a de peuples divers, dit-il, autant > a-t-on imaginé de dieux. Les pays et les villes se » sont partagés. Les Phéniciens ignorent les dieux î que l'Egypte adore, les Scythes ne connaissent pas b les divinités des Perses, ni les Perses celles des » Syriens, ni les Indiens celles des Arabes, ni les i Arabes celles des Ethiopiens, ni les Grecs celles » des Thraces, ni ceux-ci celles des Arméniens ; et » ainsi des autres, dont saint Athanase fait un grand * dénombrement, pour nous faire voir que tous les b peuples conviennent dans l'idolâtrie, sans pour b cela convenir des mômes dieux. Au contraire, » ceux qui sont en exécration aux uns sont en b honneur chez les autres : les uns immolent connue b victimes ce quelesautres honorenteomme dieux.» (Lettres diverses, 2S8, à M. Brisaei'r.)

Pour que le polythéisme pût être regardé comme une erreur universelle, il faudrait qu'il eût offert à la fois à tons les peuples les mômes superstitions, les mêmes dieux. Il faudrait au moins qu'il eût consacré partout comme un objet de foi, ce dogme invariable qu'il y a plusieurs dieux; mais le polythéisme tie consacrait aucun dogme, et bien qu'il laissât à chacun la liberté de se faire des dieux, il ne posait pas cependant en principe, comme une vérité dogmatique, la pluralité des dieux. Ce qu'il posait en principe, c'est qu'il y avait un Dieu. C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit de juger le crime des idolâtres, il faut disiinguer la eriunaissance de Dieu, et l'adoration de Dieu. L'idolâtrie, à parler rigoureusement, n'est autre choBe que le culte transporté du Créateur à la créfiture ; et le crime des idolâtres, dit saint Paul, est d'avoir connu Dieu et de ne l'avoir point glorifié comme Dieu : Quia citm cognovissent Deum, non sicut Deum gloriftcaverunt. [Rom-, c. 1, v. îl. 22.) — M. Laurentie, ibid.

Preuve de l'existence de Dieu, tirée de l'ordre du monde.

Cette preuve est une démonstration si simple, si naturelle; elle saisit si vivement l'esprit, aussitôt

qu'on la présente ; elle le satisfait si pleinemont quand il l'approfondit, qu'il est étonnant qu'on soit obligé de la développer, et qu'il se soit rencontré des hommes qui aient entrepris de la combattre. Ils traitent de vaine déclamation tout ce que, sur une si belle matière, ont dit de plus éloquent les plus grands génies, soit du Christianisme, soit môme du paganisme. Il serait glorieux, sans doute, à la suite de ces illustres personnages, de mériter un pareil reproche. Mais ici la chose parle bien plus éloquemment que tous les hommes. Quelle voi* humaine peut égaler la voix de la nature entière, criant de tontes ses parties, et proclamant la grande vérité que nous défendons! Langage sublime! langage universel ! tous les temps, tons les pays, tous les âges, toutes les conditions l'ont entendu. L'enfant et 'l'homme mûr, le sauvage et le citoyen policé, l'ignorant et le savant, tout homme qui no ferme volontairement les yeux, comme l'athée, lit, tracée en lettres de Feu dans les cienx, l'existence de leur auteur. Quant à nous, n'oublions pas que c'est à des aveugles volontaires que nous parlons ; que ce que nous leur devons est une pure et simple démonstration. Ainsi nous bornant à ta sécheresse du raisonnement, nous nous arrêterons a deux propositions simples et claires : la première, qu'il existe dansla nature un ordre admirable, la seconde, que cet ordre n'a pu être établi que par Dieu.

I. Il rxi^te dans la nature un ordre admirable. Il serait difficile de donner de l'ordre une définition précise, parce que l'idée d'ordre est simple, et plus claire que toutes celles par lesquelles on entreprendrait de l'expliquer. Il n'y a personne qui, en voyant une chose, ne sente qu'il y a de l'ordre on dn désordre. Quand on voit les diverses parties d'un tout, situées dans des places convenables, correspondre entre elles, et tendre à un même but, tout homme qni n'est pas dépourvu de raison, dira que là il y a de l'ordre. Je demanderai à l'athée lui-même, s'il ne trouve pas plus d'ordre dans la façade symétrique d'un beau palais, que dans un amas de pierres jetées confusément sur la terre ; dans un concert harmonieux, que dans les cris confus d'un troupeau de divers bestiaux. Si l'ordre n'est qu'une fiction de notre esprit, s'il n'a pas, hors de nous, de réalité, le pays où il n'y a ni lois, ni gouvernement, où. les hommes Be dépouillent, s'assassinent impunément, où tout est dans le trouble et la confusion, est donc aussi bien ordonné qno celui où des lois sages et un gouvernement ferme, assurent aux citoyens leur sûreté, leur propriété et leur liberté. Si l'ordre n'est qu'un nom, il n'y a de différence que (le nom entre la vérité et l'erreur, entre la sagesse et la folie, entre la vertu et le vice.

C'est ave.c aussi peu de vérité que l'on avance

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je ne dis point de meilleurs démonstrations que celles-là, mais aucune démonstration de l'existence de Dieu qui ne revienne à celles-là. La nécessité d'une cause première et d'un premier moteur, d'une intelligence souveraine pour établir et maintenir l'ordre physique de l'univers, d'un principe qui donne la vie, la fécondité, le sentiment aux êtres animés, d'un esprit créateur des âmes, auteur des lois de la morale et de la religion, d'un juge équitable, rémunérateur

que nous faisons consister l'ordre et le désordre dans les choses qui nous sont favorables ou contraires. Nous reconnaissons l'un et l'autre dans les choses qui sont les plus éloignée» de nous, les plus indifférentes à notre bien être. Nous le reconnaissons jusque dans celles qui nous nuisent. Je souffre dans une ville assiégée ; je ne vois pas moins que le siège se fait avec ordre et régularité,

La réalité, l'existence de l'ordre élant établie, il n est assurément pas difficile de proriver que rien au monde no présenta un ordre plus admirable, plus parfait que le monde lui-même. Quatre choses contribuent spécialement à le rendre plus merveilleux. D'abord son étendue, c'est-à-dire la multiplicité et la variété des rapports qui le constituent ; ensuite 1 exactitude et la juste correspondance de ses rapports entre eux ; après cela, leur constante stabilité ; enfin la fécondité, la diversité, l'apparente contrariété des moyens qui l'établissent et le conservent.

En premier lieu, la multiplicité et la variété des rapports de ce monde matériel sont telles que notre esprit ne peut s'en former l'image. En essayant d approfondir cette idée, il s'y confond comme dans 1 idée de l'infini. 11 n'y a pas un atome de matière qui ne se combine avec d'autres. C'est leur réunion qui forme les corps, et leur séparation opère la dissolution, pour aller ensuite recomposer d'autres corps. Si, des éléments, nous passons aux êtres qu ils composent, d'abord nous découvrons leur nombre immense, leur prodigieuse diversité. Depuis ces globes do feu qui roulent sur nos têtes, dont nous avons peine a calculer l'énorme grandeur, et en comparaison desquels le globe que nous habitons, qui nous semble si vaste, est cependant si petit, jusqu'à l'immense multitude de ces êtres microscopiques, devant lesquels un grain de sable est une montagne, quelle immense quantité de substances ayant chacune son existence propre et individuelle 1 le mot innombrable est trop faible pour l'exprimer. De tons ces êtres considérés en particulier, il n'y en a pas un seul qui ne soit formé de parties dont l'assemblage le constitue, et dans lequel il n'y ait une relation de toutes ces parties, soit entre elles, soit avec le tout. Si on considère les êtres divers sous un point de vue plus général, on découvre qu'il n'y en a aucun qui naît des rapports avec un grand nombre d'autres. Depuis la dernière particule de matière jusqu'à l'univers entier, c'est une chaîne d'êtres qui font successivement partie les uns des autres. Tous servent à d'autres; tons sont suivis par d'autres; tous sont à la fois les deux termes de la relation ; tous sont le moyen et l'objet. Dans les ouvrages de 1 homme, l'ordre est simple, c'est-à-dire que chaque chose n a do relation qu'à une seule autre, ou du

de la vertu et vengeur du crime. Telles sont les leçons que Dieu avait données à nos premiers pères; elles n'ont été écrites que deux mille cinq cents ans après; mais Dieu les avait empreintes sur la face de la nature et Adam, qui les avait reçues, en rendait encore témoignage à l'âge de neuf cent trente ans.

Nous défions encore les philosophes d'imaginer un plan d'instruction plus propre à faire connaître les attributs, les desseins, les opérations

moins à un petit nombre d'autres, chaque cause ne produit que peu d'effets. Uaus la natute, c'est une complication inimaginable de rapports. Il n'y a pas un être qui ne soit en relation avec une multitude d'autres, soit comme cause concomitante avec eux, soit comme effet résultant de leur concours. C'est une influence générale et réciproque de presque tous sur presque tons.

En second lieu, outre cette immense multiplicité de rapp. rts,nous devons spécialement admirer leur exactitude et la justesse avec laquelle tous ces êtres divers correspondent entre eux. Je n'entreprendrai point de décrire cette magnifique harmonie des êtres; ce serait un travail infini et toujours incomplet, sur un objet qui excède visiblement la capacité de l'esprit humain. Il est impossible que de ces relations si multipliées, si variées, souvent si éloignées de nous, quelquefois si minutieuses le plus grand nombre n'échoppe à nos recherches. Contentons-nous de quelques indications sommaires sur l'objet que nous sommes le plus à portée de connaître sur la terre que nous habitons. Dans la marche qu'elle suit autour du soleil, elle se tient constamment à une distance proportionnée aux influences qu'elle doit en recevoir; et lui présentant successivement ses diverses faces, elle tire de lui une variété de température nécessaire à la fécondité. Les combinaisons variées à l'infini, du feu de l'air, de l'eau et de la terre, forment' tous les' corps et les entretiennent, fournissent à chacun dans une juste mesure, ce qui lui est nécessaire. La structure des plantes est analogue à leur manière d'êire, de se développer, de s'accroître et de se reproduire. Chacun des animaux a une conformation adaptée à ses besoins ; elle varie dans eux comme leur différente manière de subsister. Jetons les yeu\- sur nous-mêmes, il n'est pas un de nos membres dont la construction, la correspondance des différentes parties, ne soit un prodige. La relation de nos membres entre eux, l'utilité dont ils sont les uns aux autres, leur mesure exactement calquée sur nos besoins, le résultat de leur ensemble, sont de nouveaux sujets d'admiration. Depuis les vastes parties du grand tout, jusqu'aux minutieuses parcelles des plus petits êtres, tout est proportionné tout est à sa place, tout a ce qu'il lui faut, ni plus, ni moins, pour concourir à son but et pour l'atteindre.

En troisième lien, la constante permanence de cet ordre si admirable, qui frappe sans cesse nos regards de la même manière, fait que nous n'en sommes pas très-étonnés; et cependant cette stabilité, cette perpétuité du même ordre, doivent augmenter de plus en plus notre étonnement et notre admiration. II faut que tous les ressorts qui font mouvoir cette immense machine, et dans son en-

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de Dieu, lanature, la destinée, les obligations de l'homme; plus capable de prévenir toutes les erreurs, si les hommes avaient toujours été fidèles à le garder et à le suivre. Dès qu'ils ont été une fois égarés, la philosophie n'a jamais pu renouer la chaîne de ces vérités précieuses ; il a fallu une révélation nouvelle, pour dissiper les ténèbres dans lesquelles la raison humaine s'était volontairement plongée.

IL De la notion de Créateur nous

déduisons, par une chaîne do conséquences évidentes, tous les attributs essentiels de la Divinité, toutes les perfections de Dieu, que les philosophes ont très-mal connues.

1° Déjà il s'ensuit que Dieu est incréé, qu'il n'a aucune cause, aucun principe extérieur de son existence ; il existe de soi-même, par la nécessité de sa nature; c'est l'attribut que les théologiens nomment asèité, et la même chose que ["éternité eu tout sens, qui n'a ni fin ni commence-

semble, et dans la multiplicité de ses parties, soient bien fortement constitués, bien sagement ordonnés,

four que, depuis un si grand nombre- le siècles, ordre qu'ils établissent se maintenue toujours le même sans éprouver le pins léger dérangement. Nous voyons les astres suivre toujours le même cours à travers l'espace, sans jamais se rencontrer: et les comètes, qui suivent une marche opposée, ne se trouver sur la route d'aucun antre corps. Depuis six mille ans le soleil ne cesse de verser dos torrents de lumière sans s'épuiser; la terre de faire germer de nouvelles productions, sans altérer sa fécondité; la mer de recevoir des fleuves et des pluies» sans déborder. Après un si grand nombre de siècles, l'ordre du monde, le concert de ses parties est le même qu'il était dans les premiers

Jours. Sa constante perpétuité est telle, qu'elle est e fondement de la ceilitude physique, et que le plus léger dérangement qui y arriverait serait regardé comme un miracle dont l'incrédulité rejetterait avec mépris la possibilité.

En quatrième lieu, ce qui doit achever de donner une grave et extraordinaire idée de cet ordre, c'est la singularité et la contrariété apparente des moyens par lesquels il se conserve sans interruption. Tous les éléments de la matière sont dans une continuelle opposition, et c'est leur combat qui maintient leur union. Le mouvement régulier des astres est le résultat de deux mouvements opposés, fcln décomposant les minéraux, on y trouve des principes contraires, et la même mine donne des substances de nature absolument opposées. L'accroissement des plantes est l'effet d'une combinaison de froid et de chaud, d'humidité et de sécheresse. Le corps des animaux, le nôtre, est un composé de fluides et de solides, les uns durs, les autres mous, et ayant une différente mesure de densité, de fluides de natures contraires, doux et amers, alcalins et acides, qui s'unissent merveilleusement sans se confondre. Tout ce que nous découvrons dans la nature est en opposition; et tout, depuis des siècles, se tient dans le plus parfait concert. On ne voit jamais ces éléments, dont les elfWs sont quelquefois si prodigieux, excéder leurs l'imites, et venir absori cr les autres : c'est de leur combat continuel que naît leur paix constante. Ce n'est pas tout : cet ordre

3 ne nous voyons dans une constante régularité est, ans plusieurs de son parties, l'effet de continuelles variations. Voyez, sur la face de la terre, une multitude d'êtres tomber en dissolution, pour que de leur ruine il s'en l'orme d'autres. Les générations de minéraux, de plantes, d'animaux, disparaissent successivement, pour être immédiatement remplacées par d'aukres êtres. Toutes ces parties de la nature deviennent sans cesse différentes, la nature restant toujours la même. La constante régularité

de leurs mouvements, dans une prodigieuse variété, donnant des résultats toujours les mêmes et partout différent», maintient le tout dans le même état, par la continuelle succession de ses changements. C'est leur mobilité perpétuelle qui produit son immobile permanence.

Tel est donc l'ordre que nous no pouvons nous empêcher de reconnaître dans l'univers soumis à nos observations. Incommensurable dans l'immense multiplicité des êtres qu'il comprend, impossible à suivre dans la prodigieuse variété do leurs rapports, merveilleux dans leur exacte correspondance, étonnant dans sa perpétuelle stabilité, confondant toutes nos pensées par les moyens contraires entre eux qui le maintiennent; un tel ordre, je le demande, a-t-il pu se former, pourrait-il se soutenir, s*iln"é';nt l'ouvrage de la toute-puissance? Nous allons répondre à cette question.

L'ordre du monde est l'ouvrage de Dieu. L'ordre du monde est évidemment l'effet d'une cause intelligente; cette cause est évidemment Dieu.

Prenons d'abord la première de ces propositions : je dis qu'elle est d'une telle évidence, que tout ce que les athées ont pu imaginer pour obscurcir cette vérité n'a jamais fait, au jugement de tous les hommes raisonnables, que lui donner un nouveau degré de clarté.

Les athées anciens et modernes se réunissent en un poiot : c'est que la disposition du inonde n'a point d'auteur, que toutes les relations que nous voyons n'ont point été établies dans certaines vues, nonv certaines lins, et qu'il n'y a pas de causj finale. 11 est nécessaire d'expliquer ce mot.

Comme les causes efficientes sont les seules qui produisent véritablement les elfets, ce sont les seules qui, dans le sens strict, méritent le nom de causes; cependant, dans un sens plus étendu, ou a appelé causes les choses qui avaient de l'influence dans la production des effets. Ainsi on a nommé causés occasionnelles, les choses à l'occasion desquelles la cause efficiente agit ; et de même on a appelé causes finales, les fins, le but qu'elle se propose dans son opération. La cause efficiente de la construction d'une maison est l'architecte; la cause finale, l'habitation dos hommes. La cause finale suppose donc une intelligence, une volonté, un but dans la cause efficiente. Les athées soutiennent tous qu'il n'y a point de cause efficiente dans l'ordre du monde, et que les diverses relations des êtres, leur concours aux mêmes effets, n'est nullement un indice de causes finales. Mais quand il s'agit d'assigner lo principe de cet ordre, l'origine de toutes ces divorses relations, ils se divisent au moins dans les termes. Les anciens attribuaient au hasard les phénomènes de la nature ; les modernes disent que ee sont les résultats de la nécessité. Il n'a pas été imaginé, par

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ment. Dieu s'est ainsi caractérisé lui-même en disant : Je suis l'Etre Ego Jehovah, c'est mon nom pour Vèternité. Exod., c. 3, f 14 et la. Vainement nous voudrions concevoir l'éternité, soit successive, soit sans succession, c'est l'infini, et notre esprit est borné ; mais cet attribut du Créateur est démontré (1).

2p Dieu, qui n'est borné par aucune cause, ne peut l'être par aucun temps, par aucun lieu, ni dans aucune de ses perfections : il est infini en tout

(i) Voyez l'article créateur. Gousset.

Suite de la note i, page 563.

aucun d'eux, de troisième cause de l'ordre du monde. Ainsi, quand nous aurons montré l'absurdité de ces deux systèmes, nous les aurons tous réfutés, et il restera certain qtie les merveilles de la nature sont l'œuvre d'une puissance supérieure.

En premier lieu, le hasard ne peut être une raison suffisante de l'ordre du monde. Le hasard suppose un effet, et par conséquent une cause ; mais d suppose une cause qui ignore l'effet qui résultera de son action, et qui n'en a pas le projet. Je jette avec un cornet trois dés, ce n'est point par hasard que ces dés sortent du cornet, puisque j'ai su et voulu cette sortie; mais e'e.it par hasard que j'amène raÛo tie six, puisque j'ignorais ce que produirait la projection des dés. Si je m'étais servi de dés pipés, il n'y aurait plus aucun hasard, parce que la combinaison aurait été prévue et arrangée par moi. Le hasard n'est donc pas un être, il n'est antre chose que la négation* de connaissance et de dessein dans une cause; on ne peut donc pas dire qu'il est la raison suffisants de quoi que ce soit. Une pure négation ne peut pas être un principe d'existence; il est absurde d'imaginer que ce qui n'est pas procure l'être.

Ce système du hasard présente deux absurdités : que l'ordre du monde se soit formé, et qu'il se maintienne par hasard.

Prétendre que l'ordre du monde est le produit du hasard, c'est soutenir que cet ordre s'est formé de lui-même, qu'il existe sans canse, sans raison de son existence; ce qui répugne dans les termes. On avance que cet ordre est dû à une cause, d'une part, douée d'une extrême puissance, de l'autre, c'énnée de toute intelligence, qui opère les choses lns plus grandes sans en avoir le projet, qui proiliit les arrangements les plus compliqués et les p'us sages sans en avoir l'idée. Quel est cet être qui possède un pouvoir immense, et qui u'a pas do velouté; qui est incompréhensiblement industrieux, sans être aucunement intelligent? Ces notions d'un seul et même être ne sont-elles pas encorodes contradictions formelles?

Dire que c'est le hasard qui maintient l'ordre du monde, est également déraisonnable. Les résultats du hasard, c'est-à-dire les choses qui se font sans conuais3ance et sans projet, ne se répètent jamais de la même manière : il faut de la réflexion, de l'attention, delà volonté, pour se copier exactement, ou pour jmiterparfaitenientl.es autres. Vingt ho < mes traçant, sans y penser et à l'aventure, des .ligues

sens, immense aussi bien qu'éternel.

3° Le Créateur est esprit, puisqu'il a tout fait avec intelligence et par sa volonté ; il n'a point de corps, parce que tout corps est essentiellement borné : tout être borné est contingent, un corps ne peut donc pas être éternel. Il aurait fallu que Dieu, esprit, créât son propre corps ; et ce serait un obstacle plutôt qu'un secours à ses opérations. L'Ecriture, à la vérité, semble souvent attribuer à Dieu des membres et des actions cor-

sur le sableavec leur bâton, ne produiront pas les mêmes dessins. Un joueur aura amené avec trois dés rafle de sut; qu'U reprenne vingt fois les dés, il n'amènera peut-être pas une seule fois le même nombre. On ne pourrait pas citer quatre effets du hasard qui se ressemblent avec justesse; à plus forte raison, quand il s'agit de millions de phénomènes divers, est-il insensé de croire qu'ils se renouvellent constamment par le hasard, qui au contraire en amènerait sans cesse do nouveaux.

En second lieu, le système des athées modernes, qui attribue à la nécessité l'admirable disposition de cet univers, est aussi contraire à la raison que celui de leurs devanciers. Il s'agit ici d'une nécessité antécédente et absolue, et non d'une nécessité hypothétique et conséquente; s'ils veulent se réduire a i-ette seconde espèce de nécessité, nous serons d'accord avec eux tur ce point. Les mouvements variés et réguliers qui forment l'ordre du monde, sont en effet nécessaires en ce sens; mais dès lors ils supposent une cause duut ils émanent, et qui les rend nécessaires.

Ce qui est nécessaire d'une nécessité absolue, l'est tellement, qu'il est impossible de le concevoir non existant ou existant autrement; que l'hypothèse qu'on voudrait en faire impliquerait contradiction, présenterait l'être et le non-être. Mais certainement je conçois un ordre différent dans le monde ; il n'impliquerait pas contradiction qu'il existât un univers dans lequel les astres prendraient leur cours d'occident en orie:.t, dans lequel il y aurait quelques genres de plante*, quelques espèces d'animaux de plus ou de moins que dans celui-ci; qui serait, en un mot, autrement ordonné. Cette supposition ne présente nullement l'être et le non-être : il est donc clair que l'ordre du m nde n'est pas nécessaire d'une nécessité absolue. Voyez- la note sur l'article Créateur. D'ailleurs il n'est pas l'ouvrage du hasard; il est donc évidemment l'œuvre d'une cause iutelli-

2o Cette cause ne peut être que Dieu. Cette proposition ne souffre point de difficulté, parce que les athées n'en disconviennent pas. Ils reconnaisses* que, si l'ordre de la matière est l'effet d'une causa pensant et voulaut, cette cause ne peut être autre que celle qui aura créé la matière elle- môme. Il faut que cet eifet soit produit par l'Etre créateur ou par un être créé ; mais, dans ce second cas, la créature n'aura pu recevoir la puissance d'ordonner la matière que de son Créateur; ce sera don-, même dans cette hypothèse, du Créateur que viendra l'ordre du monde, non pas immédiatement, à, la vérité, mais médiattment; et cette assertion ne favorisera nullement l'athéisme. — La Luzerne, fliss rt. sur l'Exist<?nce de Dieu, Ire partie.

Gousset*

— ^ryii-M^- -- ' ■ *--

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porelles, mais c'est qu'il n'est pas possible de nous faire concevoir autrement l'action d'un pur esprit. Voy.

Anthropologie.

4° Dieu, pur esprit, est un être simple, exempt de toute composition, parfaitement un ; une distinction réelle entre ses attributs les supposerait bornés. Cependant notre faible entendement est forcé de distinguer en Dieu divers attributs, pour nous en former une idée du moins imparfaite, par analogie avec les facultés de notre âme ; dans la nature divine, tout est éternel; on ne peut y supposer ni modifications accidentelles, ni pensées nouvelles, ni vowoirs successifs.

S° De là il s'ensuit que Dieu est immuable, et cette immutabilité n'est dans le fond que la nécessité d'être éternellement ce qu'il est. « Je suis » l'Etre, dit-il, je ne ebange point. » Malach., c. 3, f 6. « Vous changerez, » Seigneur, le ciel et la terre, comme » on retourne un vêtement; mais » vous êtes toujours le même, rien » ne change en vous. » Psalm. 101, y 27, 28. Gomment concilier cette perfection de Dieu avec ses actions libres? nous n'en savons rien; cependant la liberté de Dieu n'en est pas moins démontrée que son immutabilité, puisque aucune cause ne peut déterminer ses volontés, ni gêner ses opérations.

G0 Dieu a donc créé librement le monde dans le temps, sans qu'il lui soit arrivé une nouvelle action ou un nouveau dessein; il l'a voulu de toute éternité, et l'eiïet s'est ensuivi dans le temps. Le temps n'a commencé qu'avec le monde ; il renferme l'idée de révolution et de changement, Dieu en est incapable. « J'avoue, dit saint » Augustin, mon ignorance sur tout » ce qui a précédé la création, mais » je n'en suis pas moins convaincu » qu'aucune créature n'est co-éter- « nelle à Dieu. » De civil. Dei, 1. 11, c. 4, 5, 6; liv. 12, c. 14 et 16. Dieu n'a donc pas donné l'exislence aux créatures par besoin, ni par la nécessité de sa nature; libre, indépendant, souverainement heureux, il se suffit à lui-mèmo, il ne peut rien perdre ni rien acquérir, aucun être

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ne peut augmenter ni diminuer son bonheur.

7" Dans le Créateur, la puissance est infinie comme tous ses autres attributs; par quelle cause, par quel obstacle pourrait-elle être bornée / Il n'est point de puissance plus grande que de produire des êtres par le seul vouloir. Dieu sans doute ne peut pas faire ee qui renferme contradiction, ce qui répugne à ses perfections; c'est en cela même que consiste l'excellence de son pouvoir. Tous ses ouvrages sont nécessairement bornés,

parce °que rien de créé nc peut ètre infini; quoiqu'il fasse, il peut toujours faire davantage, il peut créer d'autres mondes, rendre celui-ci meilleur, augmenter à l'infini les perfections et le bonheur de ses créatures, etc.

8° La sagesse préside à tous ses ouvrages, il a vu ce qu'il a fait, et tout était bien. Gen., c. 1, f 31 ; cela ne signifie pas qu'il ne pouvait taire mieux. L'Etre souverainement intelligent et puissant ne fait rien sans raison ; mais nos lumières sont trop courtes pour voir ses raisons : nous n'en savons que ce qu'il a daigné nous apprendre.

Tels sont les attributs de Dieu, ou les perfections que nous appelons métaphysiques, pour les distinguer d'avec les attributs mwam, qui établissent, entre Dieu et les créatures intelligentes, des relations morales, qui imposent par conséquent à cellesci des devoirs envers Dieu: telles sont la bonté, la justice, la sainteté, la miséricorde.

Dieu, sans en avoir besoin, a tiré du néant les créatures ; il a donné à tous les êtres sensibles et intelligents quelque mesure de perfection, et quelque degré de bonheur ou de bien-être ; il les a donc produits par bonté pure, il a été bon, et il l'esté» core à leur égard ; il les a créés, dit saint Augustin, afin d'avoir à qui faire du bien, uthaberet quibus benefaceret.

Il pouvait leur en faire davantage, il pouvait aussi leur en faire moins, sans déroger à sa bonté, puisqu'il était le maître de les tirer du néant ou de les y laisser. La condition meilleure, dans laquelle il pouvait les

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placer, ne prouve pas que celle dans laquelle ils sont est un mal, un malheur, un sujet légitime de plainte.

La justice de Dieu est une conséquence naturelle de sa bonté ; dès qu'il a produit des agents libres, capables de bien et de mal moral, de vice et de vertu, il n'a pu, sans se contredire, se dispenser de leur donner des lois, de leur commander le bien, de leur défendre le mal, de leur proposer des récompenses et des châtiments ; cet ordre moral était aussi nécessaire au bien général des créatures, que l'ordre physique du monde ; Lieu ne serait pas bon s'il ne l'avait pas établi. La constance avec laquelle Dieu maintient cet ordre, est appelée sainteté, amour du bien, haine et aversion du mal.

Mais il est dans l'ordre qu'à l'égard d'une créature aussi faible que l'homme, la justice ne soit pas inexorable ; aussi, dans nos livres saints, Dieu ne cesse de nous témoigner sa miséricorde, sa patience à l'égard des pécheurs, la facilité avec laquelle il pardonne au repentir : nous en voyons le premier exemple à l'égard du premier coupable ; Dieu le punit, mais lui promet un Rédempteur.

Comme il n'est aucun des attributs de Dieu contre lequel les incrédules n'aient vomi des blasphèmes, nous parlerons de chacun sous leur titre particulier : nous les prouverons par l'Ecriture sainte et par la conduite de Dieu, et nous répondrons aux objections. Nous ne pouvons concevoir ces attributs divins, que par comparaison avec ceux de notre âme, ni les exprimer autrement ; cette comparaison n'est ni juste ni exacte, et le langage humain ne nous fournit pas des expressions propres au besoin; de là la difficulté de concilier ces attributs, et le reproche que nous font les incrédules de faire Dieu à notre image. Mais eux-mêmes font continuellement cette comparaison fautive, et c'est là-dessus que sont fondées toutes leurs objections. Voyez Anthropologie, Anthropomorphisme, etc.

III. Pour n'avoir pas admis la création, les philosophes n'ont pas su démontrer en. rigueur l'unité de Dieu ;

ils n'ont pas senti la différence essentielle qu'il y a entre l'Etre nécessaire, existant de soi-même, éternel, incréé, infini, et l'Etre contingent, produit»

dépendant et borné. Il y de l'aveuglement à donner à l'un et à l'autre de ces êtres le nom de Dieu; la distinction entre le Dieu suprême et les dieux secondaires ou subalternes , estdéjà uneabsurdité (l).Le titre seul de Créateur , titre incommunicable, sape par le fondement tous les systèmes de polythéisme et la notion de tout autre être coéternel à Dieu.

En effet, puisque par le seul vouloir le Créateur donne l'être à ce qui n'était pas, pour quelle raison admettrait-on une matière éternelle? Le

(1) 11 faut observer que le ûom de Dieu avait chez les anciens une signification fort étendue. On le donnait à tons les êtres qui semblaient avoir reçu une participation plus abondante de la nature ou des perfections divines. On le trouve employé plusieurs fois en ce -ens dans l'Eeriiure. Les esprits célestes sont appelés dieux saints dans Da:iiel. L'ombre de Samuel, au Livre des Rois, dans l'Exode et dans les Psaumes, des hommes mômes vivants, sont aussi nommés dieux. On ne peut donc rien conclure de cette expression contre les païens, ni les blâmer toujours de l'usage qu'ils en ont fait, puisqu'il est incontestable qu'au moins plusieurs nations n'adoraient pas seulement les mauvais esprits, mais encore les bons.

11 est difficile de penser que l'on s'entende soimême, quanti on prétend que les païens attachaient à ces divers esprits la vraie notion de la Divinité. Qu'on veuille bien y réfléchir : l'unité n'entre-t-elle pas dans cette notion? 11 faudrait donc dire que les hommes croyuieotà la pluralité d'un Dieu unique. A-t-on une véritable idée de co Dieu, si on ne le conçoit pas comme infini, éternel, souverainement intelligent et indépendant? Cicéron lui-même répond que non. {De Nat. deovum, lib. 1, cap. 10, 11 et 12.) Or, s'il y a quelque chose d'avéré, c'est que les dieux du paganisme formaient une vaste hiérarchie de puissances limitées dans leurs attributions, et subordonnées les unes aux autres. Comment donc aurait-on conçu chacune d'elles comme indépendante? Qu'est-ce que ces divinités supérieures et inférieures, si elles sont toutes égsles, tontes infinies, si elles ne sont toutes qu'une seule et môme divinité ? Soyons justes envers ceux-mêmes dont nous déplorons le criminel aveuglement : jamais ils ne tombèrent dans ces énormes contradictions, et l'on peut justement douter qu'un renversement si prodigieux du sens humain, nous ne disons pas ait existé, mais soit possible.

Les écrivains qui parlent des divinités païennes, nous apprennent quels étaient le rang, les fonctions, la nature particulière de chacune d'elles. Si l'on excepte les fictions poétiques, ils ne disent rien que de conforme a l'idée qu'ils avaient et que nons avons nous-mêmes d'esprits de différents ordres; et lorsqu'ils traitent des dieux, si l'on cherche dans leurs paroles la notion réelle de Dieu, loin de l'y trouver, on verra qn'elles l'excluent formellement. — M. de Lamennais, Essai sur Vindifférence, etc. t. 3. ( Voy. la uote suivante). Gousset.

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Gréateur n'en a pas eu besoin ; si elle n'est pas nécessaire, elle est contingente : c'est nn être créé. Une matière éternelle, existante par nécessité de sa nature , serait indépendante de Dieu et immuable comme lui, il est absurde de supposer qu'un être qui existe nécessairement , peut être changé : or, Dieu a borné, divisé, arrangé la matière à son gré, et lui a donné telle forme qu'il lui a plu.

A plus forte raison le monde n'est pas éternel, puisque Dieu l'a créé.

Dieu n'est donc pas l'âme du monde, comme l'entendaient les stoïciens ; Dieu, en créant le monde, ne s'est pas donné un corps qu'il n'avait T as avant la création, et duquel il n'avait pas besoin. Dieu , esprit incorporé au monde, serait aifecté par tous les changements qui arrivent dans les corps ; il ne serait pas plus maître du sien, que notre âme n'est maîtresse de celui auquel elle est unie : souvent ce corps la fait souffrir et l'empêche d'agir. C'est pour cela même que les stoïciens supposaient la Divinité soumise aux lois du destin; ils comprenaient que Dieu, incorporé au monde, n'estni tout-puissant, ni libre, ni heurenx. Voyez Ame du monde.

Dieu créateur, qui a tout produit par son seul vouloir, n'a pas eu besoin non plus d'intelligences secondaires, d'esprits subalternes pour fabriquer le monde, comme le pensait Platon, faible philosophe, qui s'est laissé subjuguer par le polythéisme populaire. Si Dieu a donné l'être à ces prétendus esprits, par un acte libre de sa volonté, ce sont des créatures et non des dieux; leur créateur est responsable de tous les défauts que ses ouvriers malhabiles ont mis dans la fabrique du monde , comme s'il l'avait fait par lui-même. Si ces esprits sont sortis de la substance de Dieu, par émanation et sans qu'il l'ait voulu, ce sont des parties détachées de la substance de Dieu, cette substance en était composée, Dieu n'est pas un pur esprit ; à force d'en détacher des parties, il pourrait être réduit à rien. Si, par une autre absurdité, l'on fait sortir ces esprits du sein d'une matière éternelle , qui leur a donné le pouvoir de la chan-

ger et de l'arranger à leur gré?

Puisque, selon Platon, le Dieu suprême n'a ni une puissance sans bornes, ni une entière liberté, sans doute les intelligences secondaires en jouissent encore moins; elles ont été gênées dans la construction du monde par les défauts essentiels de la matière, soumises par conséquent aux lois du destin. Oserons-nous en affranchir les hommes, beaucoup moins puissants que les dieux! Dans cette hypothèse chimérique, l'homme privé de liberté n'est plus susceptible de lois morales, capable de vice ni de vertu : il est asservi à l'instinct comme les brutes. Sous le joug d'une fatalité immuable, tous les êtres sont nécessairement ce qu'ils sont, il n'y a plus ni bien ni mal. Ainsi, pour résoudre la question de l'origine du mal, les platoniciens se jetaient dans un chaos d'absurdités.

Les philosophes orientaux, suivis par les'marcionites et par les manichéens, ne s'en tiraient pas mieux, en admettant deux premiers principes coéternels, dont l'un était bon par nature, l'autre mauvais. Quoi qu'eu dise Beausobre, il n'était pas possible, dans cette hypothèse, d'attribuer à l'homme une liberté ; elle ne pouvait lui avoir été donnée ni par le bon, ni par le mauvais principe, puisque ni l'un ni l'autre n'était libre lui-même ; si donc les manichéens supposaient le libre arbitre de l'homme, c'était dans leur système une contradiction grossière. Voyez Manichéisme.

En admettant un Créateur toutpuissant, libre, indépendant, la difficulté tirée de l'existence du mal, qui a étourdi tous les philosophes, est beaucoup plus aisée à résoudre.

Le mal d'imperfection vient de la nature même de tout être créé, essentiellement borné, par conséquent imparfait ; le mal moral, dont les souffrances sont le châtiment, est l'abus de la liberté ; et si l'homme n'était pas libre, il n'y aurait plus ni bien ni mal moral. Le bien et le mal sont des termes purement relatifs, dont on ne juge que par comparaison ; les philosophes ont eu tort de les prendre dans un sens absolu; de là leur embarras et leurs erreurs. Voyez Bien et Mal.

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Dans les divers systèmes dont nous venons de parler, la providence était an terme abusif. Les stoïciens en imposaient au vulgaire, en nommant providence le destin ou la fatalité ; dans l'hypothèse des deux principes, c'était un combat perpétuel entre deux pouvoirs, dont le plus fort l'emportait nécessairement : suivant la croyance populaire, suivie par les platoniciens, le Dieu suprême, endormi dans l'oisiveté, ne se mêlait de rien, et ses lieutenants s'accordaient fort mal : c'était tantôt l'un, tantôt l'autre qui décidait du sort des hommes pour lesquels il avait conçu de l'affection ou de la haine. Aucun de ces raisonneurs ne comprenait que le Créateur, qui a tout produit et tout arrangé par son seul vouloir, gouverne tout avec une égale facilité, qu'il a tout prévu, tout résolu, tout réglé de toute éternité, sans nuire à la liberté de ses créatures. Sa providence est celle d'un père : Tua, Pater, proviJmtia giibernat. Sap., c. 44, J> 3.

Il nous importe donc fort peu d'examiner si, parmi les anciens philosophes, il y en a quelques-uns qui aient admis un seid Dieu, et en quel sens.

La question essentielle est de savoir si l'on peut en citer un qui ait admis un seul gouverneur de l'univers, un seul distributeur des biens et des maux de ce monde , auquel seul l'homme doit adresser ses vœux, son culte, ses hommages. Or, il n'y en a certainement point ; et lorsque ce dogme sacré fut annoncé par les Juifs et par les chrétiens, il fut attaqué et tourné en dérision par les philosophes.

Nous ne devons pas néanmoins blâmer les Pères de l'Eglise, qui ont prouvé aux païens l'unité de Dieu par des passages tirés des philosophes les plus célèbres ; c'était un argument personnel et solide, puisque les païens tiraient vanité de ce que leur croyance avait été celle des sages de toutes les nations : il était donc nécessaire de leur prouver le contraire. Plusieurs modernes ont fait de même, comme le savant Huet, Quœst Alnet. ; Cud- Tvorth, Syst. intell., tom. 1 , c. 4, § 10 ; M. de Burigny, dans sa Théologie des païens, etc. : on doit leur en savoir

gré. Mais les variations, les incertitudes, les contradictions des philosophes, nous laissent toujours, sur leurs véritables sentiments, dans im doute qu'il est impossible de dissiper (1).

Il y a peut-être plus d'avantage à tirer de la notion vague d'un seul Dieu, qui a toujours subsisté et qui subsiste encore parmi les nations polythéistes les plus ignorantes et les plus grossières. Quelques écrivains de nos jours en ont recueilli les preuves : elles nous paraissent frappantes, mais il faudrait presque un volume entier pour les rassembler.

IV. La notion d'un Dieu créateur est la preuve incontestable d'une révélation primitive. En effet, comment les anciens patriarches, qui n'avaient pas cultivé la philosophie, qui n'avaient médité, ni sur la nature des choses, ni sur la marche du monde, ont-ils eu cle Dieu une idée plus vraie, plus auguste, plus féconde en conséquences importantes, que toutes les écoles de philosophie? Où l'ont-ils puisée, sinon dans les leçons que. Dieu

(1) La démonstration métaphysique de l'existence d'une première cause est aussi la preuve de son unité. Un seul être, une seule cause est nécessaire pour donner l'existence à toutes choses; cette nécessité n'admet ni disti nction, ni diversité, parce qu'elle exclut toute limitation.

Delà nécessité d'être s'ensuivent toutosles perfections de la première cause, l'éternité, l'immensité, l'indépendance, l'immutaldlité, etc. L'être contingen t est essentiellement incapable de ces attributs. Dépendant de la cause qui lui a donné l'être, il ue pos^ sède rien par la nécessité do sa nature ; il n'a d'autres qualités que celles qu'il a plu au Créateur de lui donner. Il y a donc une différence infinie entre l'Etre nécessaire, incréé, indépendant et l'être contingent, créé, dépendant, borné. Le nom de Dieu ne convient qu'au premier; le donner au second est uneprofanation.

Il ne peut y avoir deux infinis semblables, encore moins deux infinis différents ; les attributs de l'un ne seraient pas ceux de l'antre; la distinction de deux êtres emporte limitation dans l'un ou dans l'autre : deux êtres indépendants ne pourraient agir sans se gêner. Si l'on suppose qu'ils agiraient toujours de concert par la nécessité de leur nature, dès lors ils ne seraient plus libres ni indépendants,

a Tout le monde, disait Tertullien, convient que » Dieu est l'Etre souverain en nature, en puissance » en intelligence; que s'ensuit-il de cette notion? » Que rien ne peut lui être égal ; que supposer un » Etre égal a l'Etre souverain, c'est le détruire et » l'anéantir. » (Contra Marcion., 1. 1, c. 3. ) Le philosophe qui a remarqué que Tertullien posait ponrprincipe la question même s'est trompé. (Lettre à M. de Beaumont, p. 46.)

En second lieu, l'unité de Dieu est démontrée par les conséquences, par l'unité du dessein, et parla constance de Perdre de l'univers. Tous les corpssont

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lui-même a données à nos premiers pères? Quand l'histoire sainte ne nous attesterait pas d'ailleurs cette révélation, elle serait déjà prouvée par cette notion même.

En second lieu, comment, malgré la pente générale de toutes les nations vers le polythéisme, et malgré leur opiniâtreté à y persévérer, ontelles néanmoins conservé une idée confuse de l'unité de Dieu ? Il faut, ou que cette idée ait été gravée dans tous les esprits par le Créateur luimême, ou que ce soit un reste de tradition qui remonte jusqu'à l'origine du genre humain, puisqu'on la retrouve dans tous les temps aussi bien que dans tous les pays du monde.

En troisième lieu, comment les philosophes, qui craignaient d'attaquer la religion dominante et le polythéisme établi par les lois, ont-ils professé quelquefois cette même vérité ? Elle ne leur est pas venue par le raisonnement, puisque plus ils ont raisonné sur la nature divine, plus

assujettis aux lois générales du mouvement, toutes les espèces d'êtres sont invariables, tous les individus de chaque espèce sont formés sur le même . modèle, ont même instinct, mêmes facultés, mêmes besoins. Rien ne se dérange dans la marche de la nature; l'ordre physique et l'ordre moral persévèrent depuis la création. Sur cette constance est fondée la certitude de nos jugements et de notre conduite. C'est donc une seule et même intelligence qui a formé ce vaste ensemble, et qui présidée sa conservation.

La nature est soumise à un seul législateur dont la volonté s'exécute dans les a-tres, sur la terre, dans l'homme et dans le plus petit animal. L'unité de dessein annonce également, et l'uuité de l'intelligence qui a formé le projet, et l'unité de volonté qui l'exécute. Notre Sine ne peut pas devoir son existence à une intelligence, ses sensations à une antre, son empire sur ses membres à une troisième, en supposant aces trois intelligences la souveraine activité. Cette cause qui lit dans notre âme, qui nous procure l'obéissance de notre corps, etc., esi la même dont nous nous sentons dé) endanls pour le fond de notre existence, et dans tout ce que nous éprouvons passivement en bien ou en inaL C'est celle dont nous éprouvons la présence et l'action dans toutes nos sensations.

C'est dooe l'auteur même de notre être qui a limité a son gré nos facultés actives et passives, qui nous a rendus plus ou moins dépendants de notre propre corps et des corps extérieurs^ qui a établi entre eux et nous cette relation continuelle que nous éprouvons. Pour être intimement convaincus de l'unité de Dieu, il suffit de nous sentir nous-mêmes et ce qui se passe en nous. — Bergior, Traita de la vraie Religion, t. 2, édit. in-8.

II. Le dogme de l'unité de Dieu, d'un Etre éternel, indépendant, créateur, du vrai Dieu, s'est conservé chez tous les peuples. Les païens, il est vrai,

ils se sont égarés ; il faut qu'ils l'aient reçue des anciens sages, puisqu'elle se trouve plus clairement chez les premiers philosophes que chez les derniers, chez les Chinois, les Indiens, les Chaldéens, les Egyptiens, que chez les Grecs. A mesure que ces nations se sont éclairées et policées, leur croyance est devenue plus absurde, et leur religion plus monstrueuse ; donc chez elles la vérité a précédé l'erreur, et cette vérité n'a pu venir que de Dieu. Voyez Paganisme.

Cependant les incrédules nous disent qu'il est étouuant que Dieu ait attendu plus de deux mille ans depuis la création, avant de se révéler aux hommes ; qu'il est probable que la première religion du genre humain est le polythéisme; que malgré la prétendue révélation donnée aux Hébreux par Moïse, ils n'ont eu de la Divinité que des idées grossières et très-imparfaites : qu'ils l'ont envisagée comme un Dieu local, national,

adoraient soit des esprits intermédiaires, soit des hommes; mais Us ne les confondaient poiotavec le » Créateur, avec le souverain arbitre du monde. « » L'existence d'un Dieu, dit le savant Huet, d'une j) cause suprême, principe et fin de toutes choses, » a été crue et enseignée si clairement et si consij tamment par l'antiquité tout entière, tous les peu- » pies la proclament avec une si parfaite unanimité ij qu'il semble impossible- de ne pas reconnaître dans » cet accord la voix même delà nature, » (AInelan. guœst., lib. 2, c. 1, p. 97.) On va voir qu'il n'avance rien qui ne soit appuyé sur les monuments les plus authentiques.

« 11 y a un Dieu au-dessus de la fortune, et au- « teur de tous les biens, dit Platon ; il est très-juste o de l'honorer principalement ot de le prier, comme d font tous les démons et les autres dieux. » [Epinom. )

Des dieux qui adorent un autre Dieu, qui lui adressent des prières, n'étaient pas apparemment confondus avec ce Dieu ù qui l'on devait rendre un culte principal. Ailleurs Platon l'appelle le ve'ritable Seigneur de ceux gui jouissent de leur Ion se?is. (De legibus, lib. 4.) « Dieu, ami des ù hommes, préposa sur eux des démons d'une nature » supérieure à la nôtre, qui, entretenant la paix, la « pudeur, la liberté, Injustice, prévenaient les dé- » sordres et les séditions, et rendaient heureux le genre humain, n (Ibid.)

Ces démons, si clairement distingués du Dieu suprême, étaient au nombre des divinités qu'adoraient les païens, et Platon lui-même recommande de ne pas négliger leur culte. Du reste, il suffit de parcourir quelques-uns de ses ouvTages pour reconnaître combien l'idée qu'avaient les anciens de ces êtres intermédiaires, différait de celle qu'ils se formaient du souverain maître du monde.

Co même philosophe, à qui les anciens donnèrent le surnom de divin, enseigne que l'univers ayant

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rempli de partialité et de caprices, tel que toutes les nations concevaient leurs Dieux; que, sous l'Evangile même les chrétiens n'en ont pas une idée plus juste, puisqu'ils le représentent comme un maître iujuste, trompeur, dur, beaucoup plus terrible qu'aimable. Cesreproclies sont assez graves pour mériter une discussion sérieuse.

l°Loin d'attendre deux mille cinq cents ans avant de se faire connaître, l'Ecriture sainte nous atteste que Dieu s'est révélé de vive voix à nos premiers parents. Selon l'Ecclésiastique, c. 17, ^ S et suivants, « Dieu » les a remplis de la lumière de l'in- » telligence, leur a donné la science » de l'esprit, a doué leur cœur de » sentiment, leur a montré le bien » et le mal ; il a fait luire son soleil » sur leurs cœurs, alin qu'ils vissent » la magnificence de ses ouvrages, » qu'ils bénissent son saint nom, » qu'ils le glorifiassent de ses mer- » veilles et de la grandeur de ses œu- » vres. Il leur a prescrit des règles de

commencé, a nécessairement une cause, que cette cause est Dieu créateur et père de tout ce gai est bon, éternel, souverainement intelligent, le souverain monarque de tous les êtres, tout-puissant; que le monde, qui renferme tous les êtres mortels et immortels, est l'image de ce Dieu inintelligible. {In Tim.)

Anaxagore enseigne qu'une intelligence divine a créé le monde et en a ordonné avec sagesse toutes les parties. (Diog. Laért., in Anaxag.) Heraclite etArehélnûs p ol'essi nt la môme doctrine. (Plutarch., de Plac. philos. ; Clem. Alex., Admonit. ad gentes.) Suivant Solon « Dieu donne un heureux succès » à celui qui fait le bien: Roi et Seigneur de toutes x choses et des immortels mêmes, nul ne l'égale en » puissance. » (Solon Sentent. Pythagore, "Empédocle, Philolaùs, Ocellus, Lucnnus, Timée de Locres, et tous les philosophes de l'école, reconnaissaient un sent Dieu éternel, immuable, qui ne peut être vu que par l'esprit, qui a tout créé et qui conserve tout par sa providence.

Aristote nous donne la même idée do la Divinité « Seule cause et seul principe de toutes choses, in- » divisible, incorporel, immuable, souverainement » parfait et intelligent, heureux, non par lajouisw sance d'aucun bien extérieur, mais par sa propre » nature, Dieu possède en lui-même une vie et une n éternité perpétuelles, ainsi qu'une puissance in- » finie. On lui donno différents noms, quoiqu'il soit n un : on l'appelle Zeûç comme pour exprimer que » c'est par lui que nons vivons, Xpdvoç, d'un mot » qni signifie le temps, pour marquer qu'il est de » de l'éternité a l'éternité. » (Métaphysic., lib. 1, c. 2; lib. ll,c.1; Republic., \\h. 7,1 ; deUmido, c. 7.)

Thaïes dit qneDieu est le plus ancien des êtres; car il n'a point eu de commencement. (Diog. Laért., m Thaï.) Cicéron représente Dieu comme la raison

» conduite, et les a rendus déposi- » taires de la loi de vie. Il a fait avec » eux une alliance éternelle, leur a » enseigné les préceptes de sa jus- » tice. Ils ont vu l'éclat de sa gloire » et ont été honorés des leçons de sa » voix ; il leur a dit : Fuyez toute ini- » quité ; il a ordonné à chacun d'eux » de veiller sur son prochain.» Ce n'est donc pas par nécessité de système que nous supposons une révélation primitive.

Ce fait essentiel est confirmé parl'histoire que Moïse a faite du premier âge du monde, et de la conduite des patriarches. Nous y voyons qu'ils ont connu Dieu comme créateur du monde, père, bienfaiteur et législateur de tous les hommes sans exception, fondateur et protecteur de la société naturelle et domestique, arbitre souverain du sort des bons et des méchants, vengeur du crime et rémunérateur de la vertu. Ils l'ont adoré seul. Le premier qui ait parlé de Dieux ou d'idoles, plus de mille ans après la création, estLaban, et il est représen-

souveraine, auteur de tout ordre et de toute justice. « Comment le concevoir, dit-il, si on ne le conçoit » éternel, comme une pure intelligence qui connait » tout et qui meut tout. » (Tuscul., 1. 1, c. 66.) h Do mime qu'un Dieu éternel donne le mouvement » au monde, qui est périssable en partie, ainsi une » âme immortelle ment notre corps fragile. Il peut » tout, il a tout fait, et tout lui obéit. En consiu dérant tant de merveilles, pouvons-nous douter » qu'il n'existe une intelligence qui a créé ou qui » gouverna l'univers? » (Somn. Scipion., c. 8 ; Cicer., de Nat. deorum, lib. 3, et alibi.) Suivant Quintilien, Dieu est le Père de tous les êtres, et le Crégjeur du monde. (Lib. 1, c. 16.) Suivant Sénèquo, Dieu est nnpur esprit, le maître de i'tinivers, le principe de toutes choses, la cause des causes. (Pensées de Sénèque.) « Quel homme est assez in- » sensé, ass-z stupide, dit Maxime de Madaure, * pour douter qu'il existe un Dieu suprême, éternel, h père de tout ce qui est, et qui n'a rien produit » d'égal à lui-même ? Nous l'invoquons sous divers ■ noms, parce que nous ignorons son nom propre, i Nous le divisons par la pensée, et adressant des » prières, pour ainsi dire a chacune de ses parties, » nous l'honorons aiDsi tout entier. » (Ep. ad Aug., inter Epist. 16.) Et saint Augustin reconnaît que le Dieu dont parle Maxime, est celui, que selon l expression des anciens, les savants et les ignorants confessent avec une parfaite unanimité» 'Ibid., epist. 17.)

Frappé de cet accord, Maxime de Tyr observe que a si l'on interrogeait tous les hommes sur le seutit ment qu'ils ont de la Divinité, on ne trouverait s pas deux opinions différentes entre eux; que le » Scythe ne contredirait point ce que dirait le Grec,

» ni le Grec ce qu'avancerait l'Hyperboréen

» Dans les autres choses, les hommes pensent fort a différemment les uns des autres... Mais au milien

— •- pm

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té comme un méchant homme. Gen., c. 29, 30, 31. Pour exprimer un homme de bien, cette histoire dit:

qu'il a marché avec Dieu ou devant Bien. Gènes., c. 5, f 22, 24 ; c. 17, f i, etc. Elle appelle les justes les enfants de Dieu.

Dans leurs pratiques de religion, il n'y a rien d'absurde, d'indécent ni de superstitieux, rien de semblable aux abominations des polythéistes; dans leur conduite, rien de contraire au droit naturel, relatif à l'état de société domestique. Qui a donné à ces premiers habitants de la terre une sagesse si supérieure à tout ce qui a paru dans la suite chez les nations les plus célèbres?

Il est doue faux que le polythéisme ait été la religion des premiers hommes, encore plus faux que la révélation n'ait commencé que sous Abraham ou sous Moïse ; elle a commencé par Adam. Si la religion primitive avait été l'ouvrage de la raison humaine, le fruit des réflexions philosophiques, elle se serait perfection-

née sans doute comme les autres connaissances; elle serait devenue plus pure, à mesure que les hommes auraient été plus instruits ; le contraire est arrivé : l'Ecriture sainte nous montre les premiers vestiges du polythéisme chez les Chaldéens et chez les Egyptiens, deux peuples qui ont passé pour les plus éclairés de l'univers. Cet abus est né de l'oubli des leçons de nos premiers pères, de la négligence du culte divin qui leur était ordonné, des passions mal réglées.

2° Le premier dépôt de la révélation n'était pas absolument perdu chez les Hébreux ; lorsque Moïse a paru, ils en avaient hérité de leurs ancêtres ; Moïse n'a pu que le renouveler et le mettre par écrit. En Egypte, il leur a parlé du Dieu d'Abraham, d'Isaac, et de Jacob, le seul que ces patriarches aient connu. îl leur a rappelé l'histoire de ces grands personnages, et les promesses divines attestées par les os de Joseph, que ses descendants conservaient. Sans ce

t de cette différence Générale de sentiments sur b tout ïe reste, malgré leurs disputes éternelles, i vous trouverez par tout le monde une unanimité » de suffrages en faveur de la Divinité. Partout les

• hommes confessent qu'il y a un Dieu, le père et i le roi de toutes choses, et plusieurs dieux qui » sont les Gis du Dieu suprême, et qui partagent b avec lui le gouvernement de l'univers. Voilà ce » que pensent et affirment unanimement les Grecs » et les Barbares, les habitants du continent et ceux u des côtes maritimes, les sages et ceux qui ne le i sont pas. » (Max. Tyr., Diss. 1.)

Dion Chrysostnme pensait comme Maxime de Tyr. « La croyance des dieux, et principalement de b celui qui préside à toutes choses, est commune 1 à tout le genre humain, tant aux Grecs qu'aux b Barbares. » (Orat. 12.)

Ces témoignages prouvent suffisamment que la tradition de l'unité de Dieu s'est toujours conservée chez les anciens. Comme on pourrait croire que le peuple ignorait cette doctrine des philosophes, nous allons montrer que les poètes que tout le monde lisait, et qui se conformaient aux croyances vulgaires, enseignaient sur ce point .la môme doctrine que les philosophes.

On lit dans les hymnes d'Orphée : « L'univers a » été produit par Zeôç. à l'origine tout était en lui, b l'étendue éthérée et son élévation lumineuse, la b mer, la terre, l'Océan, l'abîme du Tartare, les b fleuves, tous les dieux et toutes les déesses imb mortelles, tout ce qui est né et tout ce qui doit b nairre; tout était renfermé dans le sein du Dieu b suprême. » (Orph., ad Procl., in Plat. Tim.) Orphée proclame l'unité de ce Dieu, qu'il définit presque dans les mêmes termes que saint Jean.

• Zeûç est le premier et le dernier, le commeneo- » ment et le milieu, de qui toutes choses t'rontleur » origine, et l'esprit qui anime toutes choses, le

» chef et le roi qui les gouverne. >i Quelque étonnant que soit ce passage, son authenticité ne saurait êtie douteuse, puisque Arislote le cite et le commente. (Arist., de H/undo, c. 7.)

Noua trouvons la même doctrine dans Homère : un Dieu très-grand, très-glorieux, très-sage, trèsredoutable, père et roi des hommes et des dieux, qui le reconnaissent pour leur souverain, et lui adressent leurs prières. Assis au-dessus d'eux, il hahîte le plus haut sommet de l'Olympe; ses décrets sont irrévocables, et il les cache, quand il lui plaît, aux dieux mêmes. Il a créé la terre, le ciel, la mer, et tous les astres qui couronnent le ciel.

Après avoir parlé de dieux célestes et terrestres, nés dès le commencement, et qui engendrèrent ensuite d'autres dieux, Hésiode célèbre le Dieu suprême père des dieux et des hommes, le plus puissant, dit-il, et le plus grand des dieux. (Theogon., sub init.) Roi des immortels, qui le reconnaissent pour leur maître. (In Euseh., JPr&p. évang., lib. 13, c. 13.) honoré principalement , selon Théogois, à cause de son pouvoir souverain, tout lui est soumis, il règne sur l'iativers, et il connaît les pensées et le fond du cœur de chaque homme. (Thèognid. sentent., v. 709, 721, 3G5, 368 et 781. Gnomitici Pœt. grœc. p. 16 et 30, éd. Briickiî.l « Dans la vérité, dit Sophocle, il n'y a qu'un Dieu, qui a Tait le ciel et la terre, et la mer azurée, et les vents impétueux. » (In Euseb. Prasp. évang., 1, 13, c. 13.)

On voit dans les poètes latins, comme dans les poètes grecs, mi Dieu unique, père des dieux et des hommes, éternel, tout-puissant, qui a créé le monde et qui le gouverne par sa providence. Ovide peint le Dieu créateur, opifex rerum, démêlant le chaos à l'origine du monde. {Metamorphos.) Virgile l'appelle le père et le roi des dieux et des hommes : Divum pater atque hominum rex.... 0 pater, o

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préliminaire essentiel, les Hébreux n'auraient ajouté aucune foi à la mission de Moïse.

S'il leur avait représenté Bieu sous des traits inconnus à leurs pères, aurait-il été écouté? Il leur a dit que Dieu les avait choisis pour son peuple particulier, et voulait leur faire plus de grâces qu'aux autres ; mais il ne leur a pas dit que Dieu abandonnait les autres, cessait de veiller sur eux et de leur faire du bien. Au contraire, avant de punir les Egyptiens de leur cruauté, Dieu récompense les sages-femmes qui n'avaient pas voulu y prendre part. ËaçodL, c. 1, f 17, 21. Par les plaies de l'Egypte, Bien voulait apprendre aux Egyptiens qu'il est le Seigneur, c. 7, f etc. Son dessein était donc de les éclairer, s'ils avaient voulu ouvrir les yeux. Lorsque Pharaon promettait de mettre en liberté les Israélites, Moïse priait Dieu de faire cesser les fléaux, et il était exaucé, c. 8, f 8, etc. S'il y a une vérité que Moïse ait constamment professée, c'est la providence

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de Dieu sur tous les hommes et sur toutes les créatures sans exception.

Mais cette Providence générale et bienfaisante, à l'égard de tous, est maîtresse d'accorder à un homme ou à un peuple telle mesure qu'il lui plaît de dons, soit naturels, soit surnaturels. Ceux qu'elle a départis aux Juifs n'ont diminué en rien la portion des autres peuples, et ceux-ci en auraient reçu davantage, s'ils n'avaient pas méconnu Dieu. Où est donc la partialité, où est l'injustice que les incrédules lui reprochent à cause du choix qu'il a fait de la postérité d'Abraham? Eux-mêmes se croient plus sages, plus éclairés, plus sincèrement vertueux que les autres hommes, et ils s'en vantent ; c'est de Dieu sans doute qu'ils ont reçu cette supériorité de mérite : a-t-il été injuste ou capricieux, en les traitant mieux que les autres hommes?

Loin de mettre le Dieu d'Israël sur la même ligne que les dieux des autres nations, Moïse nomme le vrai Dieu celui qui est; les autres ne sont

kominum divumgue œternapotestas. ÇsEneid, X, v 2 et 19.) Le titre de Deus optimus n'a jamais été donné par les Romains qu'au seul Jupiter, qu'ils désignaient du nom de père des hommes et des dieux : Morahwni sator atque deorum.

Quant aux peuples que les Grecs et les Romains appelaient Barbares, il n'est pas moins certain qu'ils croyaient à l'unité d'un Etre suprême.

La doctrine des Egyptiens, au sujet de l'unité de Dieu, ne peut être contestée, puisque Solon, Thaïes, Pythagore, Platon, qui ont eux-mêmes enseigné si clairement cette unité, étaient allés s'instruire en Egypte des anciennes traditions religieuses, ainsi que Piutarque nous l'api rend. [De Isid. et Osir.) a Selon les Egyptiens, dit Jamblique, le premier » des dieux a existé seul avant tous les êtres. Il est » la source de toute intelligence et de tout intelli- » gible. Il est le premier principe, se suffisant à soi- » même, incompréhensible; le père de toutes les » essences. » (Jamblic, de Myst. JBgypt. ;Euseb., Prœp. evang., lib.3, c. 2.) Les habitants delà Thébaïde, au rapport de Piutarque, no reconnaissaient poi'it d'autre Dieu que le Dieu éternel, qu'ils nommaient Kneph. (De Isid, et Osir.) Anquetîl du Perron a prouvé que les Perses reconnaissaient l'unité de Dieu, créateur de l'univers. C'est aussi le sentiment de I-Iyde. Suivant Mohsin-Pani, « la re- » lîgion primitive des Perses fut une ferme i) croyance dans un Dieu suprême, qui a fait le » monde par sa puissance et le gouverne par sa » sagesse. » [Hist. de Perse, par sir John Malcolm, tom. 1.) a. Dieu, dit Zoroastre, existait de » toute éternité et était comme l'infini du temps et « de l'espace. 11 y avait dans l'univers deux piin- » cipes, le bon et le mauvais : l'un se désignait par » le nom à' Hormuzd , ce qui dénotait l'agent prin- » cipaldetout ce qui était bien: el l'autre Arimane, n le seigneur ou clief du mal. Les agents d'Uor-

» muzd cherchaient à conserver les éléments, les » saisons et l'espèce humaine, que ceux d'Ariuiaae h cherchaient a détruire; mais le principe du bien, » le grand Hormuzd était seul éternel, et devait à » la fin des choses prévaloir. [Zend-Avesta, et » Plutarch, de Isid. et Osirid.) Il subsiste encore aujourd'hui quelques restes du magisme et de la religion de Zoroastre, parmi les Guèbres. Selon Chardin, dont le témoignage est confirmé par Mandeslo, « ils tiennent qu'il y a un Etre suprême qui » est au-dessus des principes et des causes; ils » l'appellent Yerd, mot qu'ils interprètent par celui » de Dieu ou d'àme éternelle, » ( Voyag. de Chardin, t. 9.)Rien u'onacede l'esprit dêi peuples cette grande et consolante idée : elle brille encore au soin même de l'ignorance la plus profonde, et ne s'éteint que dans les ténèbres d'une science orgueilleuse et corrompue.

Les Chananèens adoraient le vrai Dieu, lorsqu'Abraham vint dans leur pays. Ce que la Genèse raconte de Alclchiséd.ch roi de Saiem, et d'Abimélech roi de Gérare, ne permet pas d'en tUiitftfr Lorsqu'ils tombèrent dans le polythéisme, Pbilon de Biblos atteste qu'ils avaieut un Dieu nommé Eliount terme qu'il rijnd par celui de Très-Haut,

Les Arabes pensaienteomme lesChananéens. Job, les rois ses amis, Jéthrn, beau-père de Moïse, reconnaissaient le vrai Dieu ; preuve certaine que telle était en ce temps la religion des Arabes, parmi lesquels ils vivaient. Lorsque Mahomet s'érigea en prophète, les Arabes ne reconnaissaient encore qu'un Dieu suprême, créateur et maître de l'univers; maïs ils honoraient les étoiles fixes, les planètes, les anges et leurs images, comme desdivinités inférieures dont ils imploraient l'intercession, les regardant comme des médiateurs auprès de Dieu. C'est de cette idolâtrie, de ce culte des divinités inférieures, que Mahomet détourna ses compatriotes,

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point, ne sont rien ; ce sont des dieux ou plutôt des dénions imaginaires, des dieux nouveaux, inconnus aux patriarches. Dent., c. 32, f 17, 21, etc. Les incrédules parlent du Dieu des Juifs sans le connaître, de leur religion sans l'avoir examinée, de Moïse et de ses écrit sans les entendre, et souvent sans les avoir lus.

3o C'est sur ces deux révélations précédentes que le Christianisme est fondé; il a été annoncé aux hommes depuis la création, par la promesse d'un rédempteur. Gcn., c. 3, f 48.

Jésus-Christ a déclaré qu'il n'était pas venu détruire la loi ni les prophètes, mais les accomplir. Matth., c.

S, f 17, Il a prêché le même Dieu, il l'a fait mieux connaître ; la même morale, et il l'a perfectionnée ; le même culte, mais il l'a rendu moins grossier et plus analogue à l'état et au génie des peuples civilisés. Ce divin maître n'a pas effacé un seul des traits sous lesquels Dieu a été connu des patriarches, n'a pas retranché un seul des préceptes de la loi morale, n'a

supprimé aucun des signes d'adoration que tous les hommes peuvent pratiquer ; il n'a changé que ce qui ne s'accordait plus avec l'état actuel du genre humain.

Les incrédules abusent de tous les termes, lorsqu'ils disent que Dieu est injuste, parce que depuis la création il n'a pas également favorisé tous les peuples, et a fait plus de bien aux uns qu'aux autres ; qu'il est capricieux, parce qu'il ne les a pas gouvcr nés dans leur enfance, comme il le conduit dans un âge plus mur, es qu'il a fait marcher l'ouvrage de lat grâce du même pas que celui de la nature, qu'il est terrible et non aimable, parce qu'il punit le crime afin d<i corriger les pécheurs, et qu'il exerce sa justice sur ceux qui se refusent à ses miséricordes. Nous voudrions savoir de quelle manière Dieu devrait se présenter aux yeux des incrédules, pour qu'ils le jugeassent digne de recevoir leurs hommages.

Pour nous, qui faisons profession de connaître Dieu tel qu'il a daigné

établissant chez eux le culte du seul vrai Dieu. L'auteur de l'Ezour- Vedam enseigne également l'unité de Dieu qui a tout créé, et qui existait seul avant tons les temps. Eternel, immuable, il est la pureté même. Il est le Roi des mis, le Seigneur des seigneurs, lemaltie du monde, le père des hommes, et n'a ni maître, ni égal, ni père, ni naissance. Seul il possède tontes les perfections, seul il mérite notre amour et nos hommages, et quoiqu'invisible de sa nature, tout publie sa puissance et sa grandeur. [L'Ezour- Vedam, liv. 1 , c. 3 ; liv. 3, c. 6 ; liv. 4, e. 3 ; liv. 6, c. i.) On trouve partout la même croyance chez les Chinois. Voyez la note sur l'article Chihe. A.u temps de César et de Tacite, les Gaulois ainsi que les Germains reconnaissaient, comme les Scandinaves, un Dieu suprême, éternel, invisible, auteur de tout ce qui existe, i qui tout est soumis, Regnator omnium Dtus ; extera subjecta atque parenlia. (Tacri., D AJoribus German.)

Celse, dans Qrigèflfl, dit que 1rs druides des Gaulois, qu'il appeile une nation très-sage, ont les mêmes sentiments sur la Divinité que les Juifs. (Lib. 1.) lia reconnaissaient donc un Etre suprême et créateur du monde. t . , .

Le lien que les Celtibériens adoraient n avait point de nom : preuve certaine qu'il était unique; car on ne donne des noms propres que lorsqu'il faut distinguer plusieurs êtres semblables. Il est fort croyable que ce Dieu unique était le vrai Dieu adoré par les Celtes, qui ayant passé en Espagne et s'étant unis avec les Ibères, avaient formé la nation des Celtibères ou Celtibériens.

VEdda, poème islandais qui nous a transmis l'ancienne croyance des peuples du Nord, contient la même doctrine On y lit qu'il y a un Dieu suprême,maître de l'univers, auquel tout est.'oumis et obéissant, qu'il est l'auteur de tout c qui existe, l'Eternel, l'Etre vivant et terrible, le

scrutateur des choses cachées, l'immuable, qu'il a une puissance infinie, une science sans borne une justice incorruptible. Il y est défendu de représenter la Divinité sous une forme corporelle; on n'y permet pas qu'on la renferme dans une enceinte de murailles ; on y enseigne que ce n'est que dans les bois consacrés qu'on peut la servir dignement, L'Hande, les anciens Goths et les autres peuples septentrionaux, ont tous reconnu un Etre suprême j ce qui n'empêche pas qu'ils n'aient adoré aussi trois dieux principaux, que l'on pourrait mettre en parallèle avec autant de divinités grecquos ou romaines ; savoir : Thor, qui est le, Jupiter des Romains; Oden ou Woden, qui est leur Mars; et Friga, qui est leur Vénus.

Le dogme de l'unité de Dieu n'était point inconnu aux Américains. Ramnusio assure que tous les Américains croient l'existence d'uu premier moteur, tout-puissant, éternel, invisible.

Les anciens idolâtres ont tous eu des dieux subalternes qu'ils reconnaissent pour vicaires ou lieutenants d'un Dieu suprême. Ce sentiment, moins extraordinaire que l'athéisme, a passé jusqu'aux idolâtres les pluB sauvages. Les voyageurs assurent que les peuples du Canada et les autres Sauvages de l'Amérique septentrionale craignent le diable, et qu'ils reconnaissent des génies jusque dans les choses inanimées ; cependant ils croient un Dieu « quia créé touteschoses, quoiqu'ils disent qu'outre u ce Dieu il y a un fils, une mère et le soleil; ce d qui fait qiratre. Dieu, disent-ils encore, est par- » dessus tout. Le fils et le soleil sont bons, mais la d mère ne vaut rien et les mange ; le père n'est » pas trop bon. » Les Virginiens croient aussi plusieurs dierrx de diverses conditions, et les soumettenta un Diousnpérieur. Il semble queles Floridiens reconnaissent le soleil pour le Dieu suprême, en quoi leur culte se rapporterait ù celui de plusieurs

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se révéler, nous admirons le plan de providence qu'il a suivi depuis le commencement du monde jusqu'à nous, et que Jésus-Clirist nous a dévoilé : nous n'y voyons que sagesse, bonté, justice, sainteté, et nous nous sentons engagés à servir Dieu par reconnaissance et par amour. Voyez Religion, Révélation. Bergier.

La question de Dieu est tellement importante, surtout dans cette seconde moitié de notre xixe siècle, que, malgré la longueur de l'article qu'on vient de lire et des notes dont M. Gousset l'a enrichi, nous prenons le parti d'y ajouter, comme nous l'avons fait au mot création, plusieurs articles.

Le premier, sous ce titre : Dieu démontré, sera tiré de nos harmonies de la raison et de la foi.

Le second et le troisième intitulés :

Dieu étudié en lui-même, et dieu souverain bien, seront tirés de nos droits de la raison dans la foi.

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Le quatrième ne sera qu'une courte méditation à propos des attaques contemporaines au Dieu personnel, sous ce titre : dieu universel et personnel.

Le premier a pour but de présenter sous des formes nouvelles les démonstrations métaphysiques, nous pourrions dire mathématiques, de Dieu.

Le second a pour objet de montrer jusqu'à quelle limite la foi catholique laisse au philosophe la liberté de la pensée sur Dieu considéré en lui -même .

Le troisième jette quelques aperçus sur Dieu considéré comme le souverain bien et la sou veraine beauté, il rend justice à l'antithéiste Proudhon sur les points où il l'a mérité.

Le quatrième enfin cherche à donner, autant que possible, une idée vraie de Dieu.

Qu'on ne pense pas qu'en ajoutant ces articles nous croyions avoir mieux fait ou faire mieux que les autres ;

gentils, qui l'ont regardé comme le plus grand et le plus puissant de tous les êtres. Les Zemès des Indiens de l'île espagnole étaient soumis à un Etre éternel, immuable, infini.

Nous pourrions produire un plus grand nombre de témoignages; mais nous craignons d'être trop long. Au resté il est suffisamment prouvé que tous les peuples ont reconnu un Etre suprême, éternel, indépendant, créateur et modérateur de l'universque les dieux subalternes, inférieurs, ne concouraient au gouvernement du monde que comme ministres ou lieutenants d'un Etre tout-puissant duquel ils dépendaient : ee qui fait évidemment allusion au ministère des anges dont Dieu 6e sert dans l'administration du monde Catholiques, protestants, philosophes, tous s'accordent sur ce point, n Je vais, » dit Beausobre, poser des principes que je ne y prouverai pas à présent, parce qu'au fond ils sont 'assez connus.... Ces principes sont lo que les J païens n'ont jamais confondu leurs dieux célestes » ou terrestres avec le Dieu suprême, et ne leur » ont jamais attribué l'indépendance et la souii veraineté. Cette observation est non-seulement ï juste, elle est importante. Elle détruit l'objection » qu'un philosophe moderne a poussée pour invar lider l'argument très-solide de l'existence de » Dieu, que l'on tire du consentement des peuples. « Le polythéisme, dit-on, a eu le consentement de » tous les peuples. Cela est faux dans un sens, vrai » dans un autre ; mais le seus auquel cela est vrai , » n'affaiblit point l'argument en question. Si par le » polythéisme on entend plusieurs dieux souverains i indépendants, il est faux que les peuples aient » jamais cru plusieurs dieux. Ils se sont accordés » dans l'unité d'un Dieu suprême. Mais si par le » polythéisme on entend plusieurs dieux subalternes, » sous un Dieu suprême et maître de tout, il est » vrai qu'il y a un grand consentement des peuples » là-dessus. 2o Que les païens ont bien su que ces

» dieux n'étaient que des in'elligences qui tiraient » leur origine du Dieu suprême, et qui en dépenu daient comme étant ses ministres, ou que des » hommes illustres par leurs vertus et parles ser- » vices qu'ils avaient rendus au genre humain, ou » à leur patrie. 3o Qu'à l'égard de ces derniers, les n païens ont cru que ces grandes âmes, en dé- » pouillant le corps mortel dont elles étaient revê- » tues, n'avaient pas dépouillé l'affection qu'elles » avaient eue pour leur patrie, ou pour le genre i humain en général. 4o Que le Dieu suprême avait » permis à ces âmes généreuses de demeurer sur » la terre, pour y veiller au salut des peuples qui -> avaient été les principaux objets de leur affec- » tion. So Que ces saintes âmes habitaient dans les > lieux où. reposaient leurs cendres, préférablement » à tout autre, et qu'il fallait les honorer surtout » dans ces lieux-là. » (Hist. de Manés et du Manichéisme, t. 2, 1. 9, c. t.)

Voltaire s'exprime à cet égard d'une manière non moins formelle. « Les Romains reconnaissent le » Deus optimus, maximus; les Grecs ont leur » Zeûç,, leur Dieu suprême. Toutes les autres di- » vinités ne sont que des êtres intermédiaires ; on î place des héros et des empereurs au rang des d dieux, c'est-à-dire des bienheureux. Mais U est » sûr que Claude, Octave, Tibère et Caligula, ne s sont pas regardés comme les créateurs du ciel x et de la terre.

i En un mot, il paraît prouvé que, du temps n d'Auguste, tous ceux qui avaient nne religion, » reconnaissaient un Dieu supérieur, éternel, et a plusieurs ordres de dieux secondaires, dont le » culto fut appelé depuis idolâtrie. » (Dict. philos. , art. Religion.) — Voy. Iluet, Alnet. Qusest. ,- Ballet, Existence de Dieu, etc. ; Leland, Aîmoiisn". évanr/., lom. 2; M. de Lamennais, Essai sur l'indifférence, etc., tom. 3 ; M. Lauronlie, Introduction à la philosophie. Goussbt.

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bien loin de nous une pareille pensée ; nous croyons seulement que, sur la démonstration de Dieu.nos raisonnements sont plus métaphysiques que ceux de nos devanciers et qu'il convient d'en donner pour toutes les aptitudes intellectuelles ; que, sur la latitude laissée à l'opinion, le sujet est nouveau et convient à notre temps ; que, sur le beau et le bien du monothéisme relativement à l'humanité, quelques réflexions d'un esprit large appropriées aux tendances de nos contemporains ne seront pas inutiles; et qu'eniin, sur l'idée qu'on doit se faire de Bien, chacun doit apporter son concours.

Le Noir.

DIEU DÉMONTRÉ. (Théol. mixt.

philos, ontol. logiq. — Nous disions, dans nos harmonies, à M. Bailly qui, sur les leçons des Auguste Comte et des Proudhon, avait inauguré, un des premiers, cette danse macabre de l'athéisme contemporain par un ouvrage aussi pitoyable qu'il était plein de morgue intitulé théorie de la raison, nous lui disions : « Il est impossible de démontrer Dieu a priori, et la philosophie n'a jamais eu la prétention de le l'aire. Prenant les choses a priori, c'est-à-dire faisant abstraction de moi-même et de toute l'auréole des^phénomènes dont je suis le centre, il m'est impossible d'aflirmer s'il y a quelque chose ; le néant et l'être sont en présence et ont les mêmes droits, non pas dans la logique de Dieu, mais dans la mienne, qui dès qu'elle se pose dans le véritable a priori, perd tout point de départ et ne peut faire que des pétitions de principe. Par conséquent toutes les preuves de Dieu données par la philosophie sont des preuves a posteriori, dans lesquelles la logique, j suivant la marche inverse de la génération des êtres, prend pour son point d'appui le quelque chose dont elle ne peut douter, qui est le moi avec son auréole de phénomènes, et en déduit la nécessité de Dieu. Il suit de là que toutes les preuves de Dî'eureviennentàuneseule et qu'elles ne peuvent varier que dans la forme, selon le rapport que l'on choisit, dans

les phénomènes, comme fait servant de base à la démonstration. »

Nous réduisions ensuite tous les phénomènes du moi à trois idées: l'idée de l'être absolu, complet,, non susceptible d'augmentation ; l'idée du néant absolu, complet , non susceptible d'augmentation; et l'idée du relatif, incomplet, susceptibleà l'infini d'augmentation et de diminution.

Et de lànous échafaudions deux preuves de l'existence nécessaire de Dieu; l'une basée sur l'idée de l'absolu, ou de l'iulini en tant qu'affirmative, et ayant pour sa négative antithétique celle du néant absolu ; l'autre basée sur l'idée du relatif, ou du fini indéfiniment perfectible.

Nous avons reproduit la seconde, — celle fondée sur l'idée du relatif ou du fini —, qui nous semble la plus mathématique et la plus à la portée de tous les esprits, dans l'article athéisme de cette publication, et nous prions le lecteur de la lire en ce moment avec l'attention qu'elle mérite, après que tous les articles qui précèdent lui ont peut-être familiarisé l'intelligence avec ces matières transcendantes.

Nous allons reproduire ici la première seulement, — celle fondée sur l'idée de l'absolu ou de l'infini, —qui toute première qu'elle soit, est plus métaphysique encore et sera mieux comprise après que l'aura été la seconde.

« Nous trouvons dans notre répertoire intellectuel, ainsi que nous l'avons déjà dit, un grand phénomène, qui n'a pas besoin de démonstration parce que c'est un fait immédiat de notre conscience. Ce phénomène c'est l'idée de l'infini, du parfait, de l'imperfectible, de quelque chose qu'on ne saurait imaginer plus parfait, c'est l'idée de Dieu, positive, directe, immédiate. Nous n'examinons pas en ce moment comment cette idée apunous venir, nous le ferons plus loin; nous constatons simplement le fait tel qu'il se présente à la réflexion du premier venu.

« Or, voici comment la philosophie a opéré sur ce fait.

« Elle l'a d'abord décomposé en

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deux ordres principaux; l'idée du mode absolu, qui se subdivise en modes particuliers, comme celui de l'éternité, celui de l'immensité, celui de la toute puissance, etc., et l'idée de la substance absolue, de l'être en soi se soutenant lui-même, qui n'a pas de subdivisions, et dont celle du néant est l'antithèse.

« Et, cette décomposition faite, elle a argumenté comme il suit sur l'idée du mode absolu et sur l'idée de la substance absolue.

« I. Sur l'idée du mode absolu.

« E. n'y a pas un mode, pas une qualité dont on n'imagine, d'une part, la présence au degré suprême, absolu, et d'autre part l'absence complète.

« Or, cette idée, avec son antithétique, suppose nécessairement, d'une part, la réalité du mode au degré suprême dans quelque chose qui est, et, d'autre part, l'absence totale de ce mode à tous les degrés dans quelque chose qui n'est pas. Détaillons un peu.

« Quant à l'espace, nous concevons un espace sans bornes, indivisible par par là même qu'il est sans bornes, puisqu'il n'a ni centre ni circonférence, ni milieu ni côtés; un espace simple qui est l'immensité, à laquelle il est contradictoire et absurde de supposer un au delà.

« Quant à la durée, nous concevons une durée sans commencement ni fin, par conséquent indivisible et simultanée, par conséquent point fixe, puisqu'elle refuse, par son essence même, le moment du départ à la succession. C'est l'éternité, à laquelle il est contradictoire de supposer un avant et un après, un au delà.

« Quant aux rapports des choses entre elles, nous concevons avec évidence des lois universelles, nécessaires, invariables, absolues. Telles sont s les vérités mathématiques que la dé- ■monstration fait'voir clairement ne pouvoir être autrement qu'elles ne sont. C'est le parfait, c'est le degré suprême, rien au delà. Impossible, par exemple, de rien imaginer de mieux, en fait de cercle, que le cercle parfait, dont tous les points de la cir-

conférence sont également distants du point central.

« Quant aux attributs métaphysiques, l'intelligence, la puissance, l'amour, la sagesse, la bonté, la justice, etc., nous nous élevons, dit Descartes, par un irrésistible élan de la pensée et du coeur à l'idée d'une perfection souveraine qui possède ces attributs dans leur plénitude. Encore rien au delà.

« Maintenant, cette idée du mode absolu n'est possible qu'à la condition que le mode absolu lui-même soit possible essentiellement, ne répugne pas à l'essence des choses ; car il est essentiellement impossible d'avoir l'idée de ce qui est essentiellement impossible. Il en est de même de l'idée négative opposée, qui est celle du néant; elle ne peut être quelque part que si l'absence totale du mode que l'on envisage est possible elle-même.

« Cette double idée est un fait évident, c'est le fait de mon être.

« Donc le mode absolu est possible, et son absence totale l'est également.

« Mais si le mode absolu est possible, je vois clairement qu'il est; s'il n'était pas, en effet, il serait essentiellement impossible, car il serait contraire à son essence qu'il pût être réalisé par lui-même , ou par un autre, puisque si ou le suppose réalisé, n'étant pas auparavant, il n'est plus l'absolu.

« Voyant clairement qu'il est, je vois clairement qu'il a un sujet, un rapport, un soutenant, car il est absurde et contradictoire, et par conséquent impossible, de concevoir un soutenu sans soutenant.

« Donc il y a un sujet, un fondement du mode absolu existant en réalité.

« Ce sujet est Dieu.

« Quant à l'absence totale du mode absolu, étant possible il faut aussi qu'elle soit, mais il est contradictoire de la mettre dans le sujet du mode absolu; d'ailleurs une absence ne demande pas un sujet ; où est-elle donc?

dans tout ce qui n'est pas, comme elle était en moi avant que je fusse; ce qui revient à dire — et j'y suis forcé par la série logique — qu'il n'y a de nécessaire qu'un sujet pour le

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mode absolu, et que tout ce qui n'est pas ce sujet peut ne pas être.

« La philosophie a encore posé cette preuve de la manière suivante :

« Mon idée du mode absolu ne peut être en moi que de deux manières; ou bien parce que mon activité l'aurait elle-même construite en partant clu mode limité, et l'augmentant indéfiniment; ou bien parce qu'elle la tiendrait d'un être réel possédant le mode absolu, lequel être en aurait lui-même orné mon intelligence.

« Or, il est impossible que mon activité l'ait construite par elle-même avec les données qui sont à sa disposition et qui se composent des phénomènes du moi ;

« Il faut donc, de toute nécessité, admettre l'existence d'un sujet réel du mode infini.

« La mineure va été établie par la réponse même aux objections de l'auteur.

« La première formule conclut de l'idée à la nécessité de son objet. La seconde conclut de l'idée à la nécessité de la cause même qui a produit cette idée.

« II. Sur l'idée de la substance absolue.

« La philosophie a raisonné de la même manière. Elle a dit : J'ai l'idée d'une substance qui n'a besoin que d'elle-même pour se soutenir, d'un sujet qui n'a rien de contingent, d'un être tel qu'il soit impossible de l'imaginer plus parfait, d'un être, enfin, comme dit Fénelon, qui a la plénitude de l'être, et j'ai aussi l'idée négative opposée du néant complet, du n'être pas.

« Cette idée du n'être pas implique non-seulement la possibilité du néant dans quelque chose, mais encore quelque chose qui serait possible et dont il est vrai de dire qu'elle n'est pas; car si cette locution négative n'était vraie d'aucune chose, c'est que tout ce qui est possible serait ; si tout ce qui est possible était,tout aurait toujours été, ou bien tous les possibles à réaliser seraient réalisés ; mais dans le premier cas, l'existence serait essentielle a tous les possibles, et le néant serait impossible par là même ; il n'y aurait

pas une seule chose dont il fût vrai de dire qu'elle pourrait ne pas être. Dans le second cas, comme le nombre des possibles est égal au nombre des degrés du fini, et que ce nombre est indéfini, il faudrait dire qu'un nombre indéfini estréalisé, ce qui est absurde. Il reste donc à conclure de l'idée du néant qu'il y a nécessairement quelque chose de qui il est vrai de dire qu'elle n'est pas. C'est ce qu'implique essentiellement cette idée elle-même.

Elle conduit à l'affirmation de quelque chose qui n'est pas et qui peut être, par suite, à l' affirmation du contingent et à la négation de l'éternité susbtantielle de toutes choses. Nous disons substantielle, car elle ne va pas contre l'éternité idéale de tous les possibles qu'il faut nécessairement admettre, comme condition de leur possibilité, malgré le mystère de ce développement idéal de l'indéfini dans l'intelligence infinie, mystère où l'esprit humain plonge pour se perdre, et qui ne se conçoit qu'en imaginant que l'indéfini n'existe en aucune manière que dans le fini, comme la succession n'existe que dans le temps.

« Venons à l'idée positive du souverainement parfait en substance et en être.

« Cette idée ne me donne pas seulement cet être comme possible, mais comme existant en réalité, et comme renfermant l'existence parmi ses propriétés essentielles ; car si je ne le concevais que comme possible, et comme n'étant que par l'idée, ce ne serait plus lui que je concevrais; il est plus parfait,dit saint Anselme, d'être à la fois dans l'esprit et danslaréalitéque d'être dans l'esprit seulement. Je ne puismème pas le concevoir seulem ont comme possible, ajoute Desearles, car concevoir un être souverainement parfait, auquel manque l'existence, c'est concevoir un triangle sans trois angles, ou une montagne sans vallée ; et, par conséquent, si j'en ai l'idée, j e l'affirme par cette idée mêm e comme existant en réalité.

« Telestle phénomène quejetrouve en moi. Or, est-il possible que cette idée soit fausse ?

o Non, parce qu'elle est une révélation claire de l'essence des choses, de

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l'absolu, et que, si je révoque en doute ces idées-là. lorsqu'elles ont la même clarté que celle qui me révèle ma propre existence, je dois également douter de moi-même, ce qui est absurde.

« Non, parce qu'elle prouve au moins la possibilité d'un être à qui l'existence soit essentielle, comme lestrois angles sont essentiels au triangle, et que de sa possibilité on doit conclure, comme nous l'avons déjà fait pour le mode absolu, à l'existence même, puisque, s'il n'était pas, il ne serait possible d'aucune manière.

« Non enfin, parce que mon idée d'un être à qui l'existence est essentielle, d'un être souverainement parfait, serait impossible à construire sans la réalité de cet être lui-même qui en soit, tout à la fois, le peintre et le modèle.

« Ceci nous ramène encore à la solution des objections.

« C'est ainsi qu'a raisonné la philoplde. Nous ne disons pas les philosophes; car, malgré tout le respect que nous leur portons, malgré notre admiration sans mesure pour tant de de monuments sublimes élevés par leur génie à la gloire terrestre du grand être qu'ils adoraient et qui les inspirait, nous avons un reproche à leur faire, c'est de n'avoir pas assez synthétisé toutes leursdémonstrations, de les avoir crues différentes, de n'avoirpasvu qu'elles étaient toutes bonnes, revenaient toutes à une seule, et de s'être quelquefois attaqués sans motifs à ce sujet, pour ne pas se comprendre.

« On sait que Platon, toujours spiritualiste et profond dans ses vues, s'appuyait principalement sur l'idée des lois universelles et nécessaires, tandis qu'Aristote, plus incliné vers les choses sensibles, remontait du mouvementaumoteur;que saint Augustin, saint Anselme, Descartes, Bossuet, Fénelon, Malebranche, Leibnitz, Berkley, lancésdansle sillage ouvert par les ailes de Platon, s'arrêtaient de préférence aux éléments métaphysiques de nos idées du fini et de l'iniini, tandis que beaucoup d'autres, tels que Bacon, Newton, Clarke, Locke, imitaient plutôt Aristote en prenant pour apnuis des éléments plus sensi-

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