CONCEPTION IMMACULÉE DE LA
SAINTE VIERGE. Le sentiment commun des théologiens catholiques est que la sainte Vierge Marie, mère de Dieu, a été préservée du péché originel, lorsqu'elle a été conçue dans le sein de sa mère. Cette croyance est fondée : 1° sur le sentiment ries Pères de l'Eglise les plus respectables. Nous les rapporterons ci-après.
2° Sur la précaution qu'a prise le concile de Trente, sess. o, où, en décidant que tous les enfants d'Adam naissent souillés du péché originel, il déclare que son intention n'est point d'y comprendre la sainte Vierge. En •1439, le concile de Bâle avait autorisé la même croyance : son décret fut reçu par l'université de Paris, et par un concile d'Avignon, en 1457.
3° Sur les décrets de plusieurs Papes, qui ont approuvé la fête de la Conception de la sainte Vierge, et l'office composé à ce sujet, et qui ont défendu de prêcher et d'enseigner la doctrine contraire. Ainsi en om agi Sixte IV, Pie V, Paul V, Grégoire XV, Alexandre VII (1). Il paraît que cette tète était déjà célébrée dans l'Occident au neu-
(1) Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII ont condamné cette proposition de Bhïiis : n Personne, )) excepté Jésns-Christ, n'est exempt dit péché ori- » ginel. Ainsi ta bienheureuse Vierge est morte à » car.se dn péché d'Adam qu'elle avait contracté, et m tontes ses afflictions pendant sa vie ont été des n châtiments, ou du péché actuel, ou dn péché ori- « einel. » Nemo pr&ter Christian est absque peceato oriqinnli; hinc beata Virqo martua et iiropter pecenturn ex Adam contrartum, omnesque ejus a/fUcliones in hac vita, sieut et aliorum fustorum, fuerunt ultiones peccati actualis vel originalis. Prep 73 Gjubset.
vième siècle, et qu'elle est encore plus ancienne en Orient. Voyez Assemani, Cal. univ., tom. 5, pag. 433 et suiv.
Conséquemment la faculté de théologie de Paris, en 1497, statua par un décret que personne ne serait reçu au degré de docteur, qu'il ne s'engageât par serment à soutenir l'Immaculée Conception; la plupart des autres universités ont fait de même.
Quoique ce 'sentiment n'ait pas été décidé formellement comme article de foi (i), il est si analogue à la doctrine chrétienne, au respect dû à Jésus-Christ, à la persuasion de tous les fidèles, que l'on peut le regarder comme une croyance catholique, ou presque universelle.
Les protestants se sont récriés contre cette croyance, née dans les derniers siècles; elle est, disent-ils, formellement contraire au sentiment des anciens Pères, qui ont décidé que le péché originel a passé à tous les enfants d'Adam, à l'exception de Jésus- Christ seul. Erasme avait cité un assez grand nombre de leurs passages ; Basnage, dans sou Hist. de l'Eglise, 1. 18, c, 11, et 1. 20, c. 2, a fait tous ses efforts pour prouver qu'en cela l'Eglise romaine a changé l'ancienne doctrine, et s'est évidemment écartée de la tradition qu'elle regarde comme règle de foi.
Mais il a bien senti lui-même que toussesarguments, qui sont les mêmes que ceux de Daillé, ne sont que négatifs, et ne forment pas une forte preuve. Les Pères, disent ces controversistes, n'ont point excepté la sainte Vierge, lorsqu'ils ont parlé de l'universalité du péché originel :• donc c'est la même chose que s'ils avaient formellement enseigné que la sainte Vierge en a été atteinte comme les autres enfants d'Adam : cette conséquence n'est pas vraie. Les Pères n'ont point traité expressément la question de savoir si la sainte Vierge a été ou n'a pas été exempte du péché originel; s'ils avaient enseigné formellement qu'elle en a été souillée,
(I) On sait que depuis la bulle ineffabilis de Pie IX, en date de I8S4, l' Immaculée Conptùm de la sainte Vierite est devenue un dosrine de foi catholique. La bulle ineffabilis est citée plus loin.
Lb Noir.
CON 83
jamais les théologiens catholiques n'auraient osé embrasser l'opinion contraire. S'ils l'avaient formellement exceptée, alors sa Conception immaculée ne serait plus une simple opinion théologique, mais un dogme de foi ; et l'Eglise l'aurait ainsi décidé au concile de Trente. Or, nous concevons que ce n'est pas un dogme de foi ; les Papes mêmes, Pie V, Grégoire XV et Alexandre VII l'ont ainsi déclaré, et ont défendu de traiter d'hérétiques ceux qui ont soutenu le contraire.
Est-il vrai que la croyance actuelle soit établie sans aucune preuve tirée de l'Ecriture sainte ni de la tradition? Dans la salutation angélique, adressée à Marie, Luc, cap. 1, n 28, le mot grec, wjptpiTiopivji, ne signifie pas seulement remplie de grâce, mais formée en grâce; Origène l'a compris, Eom. 6, in lue. «Je ne me souviens » pas, dit-il, d'avoir trouvé ce terme v ailleurs dans l'Ecriture sainte; cette » salutation n'a été adressée à aucun » homme ; elle est réservée à Marie » seule. » Cependant il avait été dit de saint Jean-Baptiste, f 15. qu'il serait rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ; le privilège de Marie s'est donc étendu plus loin. Les protestants entendentils mieux le grec qu'Origène ?
Au quatrième siècle, saint Amphiloque, évèque d'Icône, Orat. 4," in S.
Deip. et Simon., dit que Dieu a formé la sainte Vierge sans tache et sans péché. Dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, qui est plus ancienne que lui, Marie est appelée sans tache à tous égards, exomid parte ineulpata.
Lebrun, tom. 4, pag. 408. Saint Ambroise, sur le psaume H 8, dit qu'elle a été exempte de toute tache du péché.
Au cinquième, saint Proclus, disciple de saint Jean Chrysostome et son successeur, Orat. fi, Lavdntio S. Genitr., dit que la sainte Vierge a été formée d'un limon pur. Un lui attribue avec raison les trois sermons sur la sainte, qui passaient autrefois pour être de saint Grégoire Tbaumatuge, et dans lesquels cette même doctrine est enseignée ; Basnagè n'en disconvientpas. Saint Jérôme, sur le psaume" 73, dit que Marie n'a jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la
CON
lumière. On sait que saint Augustin même, en écrivant contre les pélagiens, L. de Nat. et Grat., c. 36, a formellement excepté la sainte Vierge du nombre des créatures coupables du péché.
Au sixième, saint Fulgence, Scrm.
de Laudib. Marise, observe que l'ange, en appelant Marie pleine de grâce, a fait voir que l'ancienne sentence de colère était absolument révoquée.
Au huitième, saint Jean Damascène appelle cette sainte Mère de Dieu, un paradis dans lequel l'ancien serpent n'a pas pu pénétrer. Hom. in Nat. B.
M. V. Déjà au septième, sous le règne d'Héraclius, George de Nicomédie regardait la Conception immaculée de la sainte Vierge comme une fête d'ancienne date ; et au moins depuis cette époque, les Grecs ont constamment appelé Marie panachrante , toute pure, sans tache, sans péché, ils n'ont pas emprunté cette croyance de l'Eglise romaine, puisqu'ils la conservent encore. Pourquoi donc les protestants n'évaporent-ils leur bile que contre nous, et ménagent-ils les Grecs ? En rapportant avec tant de soin ce qui parait opposé à notre croyance, il ne fallait pas passer sous silence ce qui la prouve.
L'on sait qu'en 1387 la question de la Conception Immaculée fit grand bruit à Paris, et que l'université exclut de son corps les dominicains, pour avoir soutenu l'opinion contraire.
Ilist. de l'Eglise gallicane, tom. 14, liv. 41, an. 1387. Aujourd'hui ces religieux tiennent la croyance commune.
Les deux couvents de religieuses, qui portent ;i Paris le nom de la Conception, sont des franciscaines, ou des filles du tiers-ordre de saint François.
Bercieh.
CONCEPTION (la définition dogmatique de l'immaculée). (Théol. pur.
christ.) — Nous compléterons l'article de Bcrgier qui précède, en y ajoutant un précis historique de cette définition, par M. I. Goschler, et une traduction en français de la bulle ineffabilis de Pie IX.
CON