‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 16 sur 110 · TRADUCTION FRANÇAISE DE LA BULLE INEFFABILIS · texte numérisé non relu

TRADUCTION FRANÇAISE DE LA BULLE INEFFABILIS

Lettres apostoliques de notre Saint- Père le Pape Pie IX touchant la définition dogmatique de F1MMACULÉE CONCEPTION de la Vierge Mère de Dieu.

PIE, EVEQUE, serviteur des serviteurs de Dieu, pour en perpétuer la mémoire.

Le Dieu ineffable, dont les voies sont miséricorde et vérité, dont la volonté est toute-puissante, et dont la sagesse atteint d'une extrémité à l'autre avec force et dispose tout avec douceur, avait prévu de toute éternité la ruine déplorable du genre humain tout entier par suite de la transgression d'Adam, et, par un mystère caché dès l'origine des siècles, il avait décrété d'accomplir dans l'Incarnation du Verbe l'œuvre première de sa bonté, d'une manière plus mystérieuse, afin que l'homme, entraîné dans le mal par les pièges de la malice de Satan, ne périt pas, contrairement au dessein de sa miséricorde, et afin que ce qui devait tomber dans le premier Adam se relevât plus heureusement dans le second. C'est pourquoi il a choisi et préparé, dès le commencement et avant les siècles, à son Fils unique, uneMèrede laquelle, par son incarnation, il naîtrait dans l'heureuse plénitude des temps, et il l'a aimée par-dessus toutes les créatures, à ce point que, par une prédilection tout extraordinaire, il mit en elle seule ses plus grandes complaisances. Aussi, bien au-dessus de tous les esprits angéliques et de tous les saints, il la combla si admirablement de l'abondance de tous les dons célestes puisés au trésor de la Divinité que, toujours exempte de toute espèce de tache du péché, toute belle et toute

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parfaite, elle réunit en elle une plénitude de sainteté et d'innocence telle qu'au-dessous de Dieu on ne peut en imaginer une plus grande, et qu'excepté Dieu personne ne peut en comprendre la grandeur. Et certes il était de toute convenance qu'elle brillât de l'éclat de la plus parfaite sainteté, et que, tout à fait exempte de la tache même du péché originel, elle remportât sur l'antique serpent le plus complet triomphe, cette Mère vénérable à laquelle Dieu le Père a résolu de donner son Fils unique engendré de son sein, égal à lui et qu'il aime comme lui-même, de telle sorte qu'il fût naturellement tout ensemble le Fils commun de Dieu le Père et de la Vierge; cette Mère, que le Fils luimême a choisie pour être substantiellement sa Mère, et dont le Saint-Esprit a voulu et effectué que Celui dont il procède lui-même fût conçu et né.

Cette innocence originelle de la Vierge, intimement unie à son admirable sainteté et à sa dignité éminente de Mère de Dieu, l'Eglise catholique, qui, toujours inspirée par le Saint-Esprit, est la colonne et le fondement de la vérité, n'a jamais cessé de l'expliquer, de la développer, delà féconder chaque jour davantage, par des raisons sans nombre et par des faits éclatants, comme une doctrine qu'elle a reçue d'en haut et qui est contenue dans le dépôt de la révélation céleste. Que cette doctrine fût en vigueur dès les temps les plus anciens, qu'elle fût entrée profondément dans le cœur des fidèles, merveilleusement propagée dans le monde catholique par le soin et le zèle des Pontifes, c'est ce que l'Eglise ellemême mit dans un grand jour lorsqu'elle n'hésita pas à proposer la Conception de la sainte Vierge au culte public et à la vénération des fidèles.

Par ce fait éclatant elle présenta la Conception de la sainte Vierge comme une conception spéciale, merveilleuse, bien différente de l'origine des autres hommes, et tout à fait sainte et vénérable, car l'Eglise ne célèbre des fêtes cpie pour les saints. Aussi a-t-elle coutume de se servir des paroles mômes que les divines

Ecritures emploient pour parler delà Sagesse incréée et pour représenter son origine éternelle, en les appliquant, dans les offices ecclésiastiques et la sacrée liturgie, à l'origine de cette môme Vierge, qui avait été dans les conseils de Dieu l'objet du même décret que l'incarnation de la Sagesse divine.

Toutes ces croyances, toutes ces pratiques, reçues presque partout parmi les fidèles, prouvent déjà quelle sollicitude l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises, a montrée pour la doctrine de ['Immaculée Conception de la sainte Vierge ; toutelois les actes éclatants de cette Eglise méritent assurément d'être mentionnés en détail, à raison de la haute dignité et de la grande autorité qui doivent lui être incontestablement reconnues, puisqu'elle est le centre de la vérité etjde l'unité catholique, que -chez elle seule la religion a été inviolablement gardée, et que c'est d'elle que toutes les autres doivent recevoir la tradition de la foi. Or, que cette même Eglise romaine n'eût rien de plus à cœur que d'employer les moyens les plus persuasifs pour établir, pour prouver, pour propager, pour défendre le culte et la doctrine de l'Immaculée Conception. Nous en voyons un témoignage évident et manifeste dans les actes si nombreux et si remarquables des Pontifes romains, nos prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des Apôtres, fut confiée, par Notre-Seigneur Jésus- Christ lui-même, le soin et le pouvoir souverain de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères dans la foi, et de régir et de gouverner l'Eglise universelle.

En effet nos prédécesseurs se sont fait gloire d'instituer dans l'Église romaine, en vertu de leur autorité aposr tolique, la fête de la Conception, et d'augmenter le culte déjà établi par un office spécial et une messe propre, où la prérogative de l'exemption de la souillure originelle était affirmée de la manière la plus manifeste, de le rendre plus éclatant, de le développer, de l'enrichir, soit en accordant des indulgences, soit en permettant aux villes, aux provinces et aux royau-

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mes, de choisir pour patronne la Mère de Dieu, invoquée sous le titre de sa Conception Immaculée, soit en approuvant les confréries, les congrégations.

les maisons religieuses érigées en l'honneur de l'Immaculée Conceptiau, soit en louant la piété de ceux qui élèveraient des monastères, des hôpitaux, des autels, des temples sous le titre de cette même Immaculée Conception, ou qui s'eug:igeraient sous la foi du serment à défendre énergiquement la Conception Immaculée de la bienheureuse Mère de Dieu. De plus ils se sont grandement réjouis de décréter qu'une fête de la Conception serait établie dans toute l'Eglise, du même rite et du même degré que la fête de la Nativité ; que la même fête de la Conception serait célébrée par l'Église universelle avec octave ; puis, qu'elle serait mise au rang des fêtes de précepte et saintement observée partout, et que, chaque année, dans no trebasilique patriarcale Libérienne, il y aurait chapelle pontificale le jour consacré à la Conception de la Vierge.

Et désirant faire pénétrer de plus en plus dans le cœur des fidèles cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, et stimuler leur piété à honorer et vénérer la Vierge ellemême conçue sans la tache originelle, ils se sont empressés d'accorder la faculté de proclamer, dans les Litanies de Lorette et à la Préface de la messe, la Conceptionhnmaculée de cette même Vierge, en sorte que la loi de la croyance lut établie parla loi même de la prière. Nous attachant donc à suivre les traces de nos illustres prédécesseurs, non-seulement nousavons approuvé et reçu ce qu'ils ont si pieusement et si sagement élahli, mais encore, nous souvenant de l'institition faite par Sixte IV, nous avons revêtu de notre autorité l'office propre de l'Immaculée Conception, et nous en avons, avec une très-grande joie, accordé l'usage à toute l'Eglise.

Mais, comme les choses qui appartiennent au culte sont unies par un lien intime avec leur objet, et comme elles ne peuvent demeurer fixes et stables si cet objet est lui-même incertain et douteux, pour cette raison nos prédécesseurs, les Pontifes ro-

mains, appliqués à développer le cidte de la Conception, ont employé tous leurs efforts à expliquer et à inculquer son objet et sa doctrine. En effet ils ont clairement et manifestement enseigné que c'e-t de la Conception de la Vierge que l'on célèbre la fête, et ils ont proscrit comme fausse et absolument contraire à l'esprit de l'Église l'opinion de ceux qui soutenaient et affirmaient que ce n'était pas la conception même, mais la sanctification de la Vierge que l'Église honorait.

Ils ont jugé ne pas devoir être moins sévères envers ceux qui, pour ébranler la doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, imaginant un intervalle entre un premier et un second instant de la conception, prétendaient qu'en effet on célébrait la conception, mais non pas dans son premier instont et son premier moment. En effet nos prédécesseurs ont cru devoir soutenir et défendre avec tout zèle possible et la fête de la Conception de la bienheureuse Vierge, et la Conception dan= sonpremierinstant, comme étant le véritable objet du culte. De là ces paroles décisives de notre prédécesceur Alexandre VII, par lesquelles il a fait connaître le véritable sentiment de l'Église quand il a dit : « Elle est » certainement ancienne la piété des » fidèles de Jésus-Christ envers sa » bienheureuse Mère la Vierge Marie, » qui croient que son âme, dès le pre- » mier instant de sa création et de » son infusion dans le corps, fut, par » un privilège et une grâce spéciale » de Dieu, en vue des mérites de Jé- » sus-Christ, son Fils, Rédempteur » du genre humain, conservée pure » de la tache du péché originel, et qui » célèbrent en ce sens, d'une manière » solennelle, la fête de sa Concep- » tion. »

Nos prédécesseurs eurent surtout à cœur d'employer tous leurs soins, toute leur attention et tous leurs efforts pour conserver dans toute son intégrité la doctrine do l'Immaculée Gtmèsp&éSTl de la Mère de Dieu; car non-seulement ils n'ont jamais souffert que cette doctrine fût censurée ou méprisée par qui que ce frit et d'aucune manière, mais ils ont été bien plus loin en déclarant très-net-

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tement et à plusieurs reprises que la doctrine que nous professons relativement à l'Immaculée Conception était entièrement d'accord avec le culte de l'Église, qu'elle devait être considérée avec raison comme telle, et comme l'ancienne et presque universelle doctrine que l'Église romaine s'est chargée de maintenir et de défendre, et qui est tout à fait digne d'être employée dans la sacrée liturgie elle-même et dans les prières solennelles. Ce n'est pas tout ; pour que la doctrine de ['Immaculée Conception de la sainte Vierge demeurât intacte et inviolable, ils défendirent très-sévèrement de soutenir, soit en public, soit en particulier, l'opinion contraire, et, en lui faisant, pour ainsi dire, des blessures multipliées, ils voulurent la détruire entièrement. Pour que ces déclarations réitérées et si claires eussent leur plein effet, ils y ajoutèrent une sanction que nous retrouvons, avec tout ce qui précède, dans ces paroles de notre glorieux prédécesseur, Alexandre VII :

a Considérant que la sainte Église » romaine célèbre solennellement la » fête de la Conception Immaculée de » Marie toujours Vierge, et qu'elle a » composé autrefois en son honneur » un office propre et spécial, dû à la » pieuse et louable institution de no- » tre prédécesseur Sixte IV, et vou- » lant, à l'exemple de nos prédéces- » seurs, les Pontifes romains, favori- » ser cette pieuse dévotion, cette fête » et ce culte ainsi réglés et auxquels « depuis leur institution aucun chann gement n'a été apporté dans l'Église » romaine ; voulant, en outre, proté- » ger cette piété et cette manière spé- » ciale d'honorer et de glorifier la » très-sainte Vierge Marie, préservée » du péché originel par la grâce pré- » venante du Saint-Esprit, et dési- » raut conserver dans le troupeau de » Jésus-Christ l'unité de l'esprit dans » le lien de la paix, en apaisant les » disputes et les querelles et en éloi- » gnant les scandales; à l'instance et » aux prièresdes évoques susnommés » et de leurs chapitres, du roi Phi- » lippe et de ses royaumes, instan- » ces et prières qui nous ont été pré- » sentées, nous renouvelons les cons-

» titutions et les décrets portés par » les Papes nos prédécesseurs, et par- » ticulièrement par Sixte IV, Paul V » el Grégoire XV, en faveur de la » doctrine qui soutient que l'âme de » la bienheureuse Vierge Marie, dans » sa création et dans son infusion » dans le corps de cette Vierge, a reçu » la grâce du Saint-Esprit et a été » préservée du péché originel, et en » faveur de la fête et du culte de la » Conception de la Vierge Mère de » Dieu, tels qu'ils ont été établis, » conformément à cette pieuse doc- » trine, comme nous l'avons dit plus r, haut, et nous ordonnons que l'on » garde lesdites constitutions et dé- » crets sous les peines et censures qui » y sont spécitiées. *

« Et en outre, s'il s'en trouve qui » continuent d'interpréter les consti- » tutions et les décrets ci-dessus de » manière qu'ils ne soient pas favo- » râbles au sentiment en question, » et à la fête ou au culte dont il est » le fondement, ou qui oseraient sou- » lever des disputes sur ce même sen- » timent, cette fête ou ce culte, soit » en les combattant d'une manière » directe ou indirecte , ou sous un » prétexte quelconque, même sous » celui d'examiner la définibilité, de » commenter ou d'interpréter l'Écri- » ture sainte, ou les saints Pères, ou » les Docteurs, enfin tous ceux qui, » n'importe sous quel autre prétexte »' et à quelle autre occasion, par écrit » ou de vive voix, oseraient parler, » prêcher, exposer, discuter, en pré- » cisant ou en affirmant quelque » chose de contraire, soit en oppo- « santdesarguments quiseraienl, lais- » ses sans solution, ou en traitant d'une » manière quelconque que nous ne » pouvons imaginer en ce moment; » pour tous ceux->là, outre les peines » et censures contenues dans les Cons- » titutions de Sixte IV, auxquelles nous » voulons qu'ils soient soumis etnous » les soumettons par les présentes, » nous voulons encore que, par le » même fait et sans autre déclaration, » ils soient privés de la faculté de » prêcher, de faire des leçons publi- » ques ou d'enseigner et d'interpré- « ter, ainsi que de toute voix active et » passive dans les élections quelcon

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» ques ; et, en outre, que sans autre » déclaration, ils encourent par le fait » même les peines d'inhabileté per- » pétuelle à prêcher, à faire des le- « çons publiques, à enseigner et à » interpréter; desquelles peines ils » ne pourront être absous ou dispen- » ses que parnous-même ou nos suc- » cesseurs les Pontifes romains ; et » nous voulons aussi qu'ils soient pa- » reillement soumis aux autres pei- » nés qui doivent être infligées par » nous etlesmêmes Pontifes romains, « nos successeurs, comme nous les » soumettons par les présentes, re- « nouvelantles constitutions etlesdé- » crets susmentionnés de Paul V et de » Grégoire XV.

« Et quant aux livres dans lesquels » le sentiment en question, ainsi que » la fête ou le culte qui l'ont pour » fondement, est révoqué en doute, » ou dans lesquels on aurait écrit ou » on lirait quoi que ce fût, ainsi qu'il » est dit plus haut, contre lui, ou qui » renferment des propositions, des » discours, des traités et des discus- » sions qui le combattent; s'ils ont » été publiés après le décret de Paul » V ou s'ils venaient à être publiés à l'avenir d'une manière quelconque, nous les défendons sous les peines et les censures contenues dans l'Index des livres prohibés, et nous voulons et ordonnons que, par le fait même et sans nouvelle déclaration, ils soient considérés comme expressément défendus. »

De plus tout le monde sait avec quel zèle cette doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge Mère de Dieu a été enseignée, affirmée et défendue par les ordres religieux les plus illustres, par les Académies théologiques les plus célèbres et par les docteurs les plus versés dans la science des choses divines. Tout le monde sait également jusqu'à quel point les évêques ont montré de sollicitude à professer ouvertement et en public, même dans les assemblées ecclésiastiques, que la très-sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, en vue des mérites du Rédempteur Jésus- Christ, Notre-Seigneur, n'a jamais été soumise au péché originel, mais qu'elle en a été entièrement préservée et ainsi rachetée

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d'une manière plus spéciale. A ceci vient s'ajouter cette considération très-grave, et qui l'emporte sur touteslesautres, queleConcile de Trente lui-même, lorsqu'il a rendu sur le péché originel son décret dogmatique, par lequel, d'après les témoignages des Écritures sacrées, des saints Pères et des conciles les plus accrédités, il établit, et définit que tous les hommes naissent infectés delà faute originelle, a toutefois déclaré solennement qu'il n'était pas dans son intention de comprendre dans son décret et dans la si grande étendue de sa définition, la bienheureuse Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu. En effet par cette déclaration les Pères du Concile de Trente ont insinué suffisamment, eu égard aux circonstances des temps et des lieux, que la très-sainte Vierge est affranchie de la tache originelle, et ils ont ainsi fait comprendre clairement qu'on ne saurait rien tirer légitimement, soit de l'Écriture sainte, soit de la tradition et de l'autorité des saints Pères, qui s'oppose, en quelque façon que ce soit, à cette éminente prérogrative de la Vierge.

Et, en réalité, que cette doctrine de l'Immaculée Conception de la trèssainte Vierge, développée chaque jour avec plus de puissance et d'éclat par le sentiment le plus profond de l'Église, par l'enseignement, par l'étude, par la science et par la sagesse, déclarée, confirmée et merveilleusement propagée chez tousles peuples et toutes les nations de l'univers catholique, ait toujours subsisté clans cette même Eglise comme reçue des ancêtres et revêtue du caractère d doctrine révélée, c'est ce qu'attestent avec la plus grande force les plus illustres monuments de l'antiquité de l'Église orientale et occidentale. En effet, l'Église de Jésus-Christ, vigilante gardienne et vengeresse des dogmes déposés dans son sein, n'y change jamais rien, n'en diminue rien, n'y ajoute rien ; mais, traitant les anciens dogmes avec attention, fidélité et sagesse, elle s'applique à limer et à polir ce qui a été indiqué anciennement et ce que la foi des Pères a semé, de manière que les anciens dogmes acquièrent de l'évidence, de la clarté, de la précision,

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mais qu'en même temps ils retiennent leur plénitude, leur intégrité, leur propriété, et qu'ilscroissentsculement dans leur genre, c'est-à-dire dans le même dogme, dans le mèrne sens, ] dans le même sentiment.

En effet les Pérès et les écrivains ecclésiastiques, instruits par les enseignements célestes, n'ontrien eu déplus cher, dans les livres élaborés par eux pour expliquer les Écritures, pourvenger les dogmes et pour instruire les fidèles, que de proclamer à l'envi et de prêcher de la manière la plus variée et la plus admirablela souveraine sainteté de la Vierge, sa dignité, son entière exemption de toute souillure du péché, et sa victoire éclatante sur le détestable ennemi du genre humain .

C'est pourquoi, lorsqu'ils rapportent les paroles par lesquelles Dieu, annonçant, dès le commencement du monde, les remèdes préparés dans sa miséricorde pour régénérer les mortels, confondit l'audace du serpent séducteur, et releva ainsi merveilleusement l'espérance de notre race, en disant : « J'établirai des inimitiés entre » toi et la femme, entre ta race et la » sienne, » ces Pères enseignent que ce divin oracle a désigné ouvertement et clairement le miséricordieux Rédempteur du genre humain, savoir le Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'il a' désigné également sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et qu'il a indiqué en même temps les inimitiés elles-mêmes de l'un et de l'autre contre le démon. C'est pourquoi, de même que le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, en prenant la nature humaine, a effaeél'arrèt de condamnation porté contre nous, en l'attachant en vainqueur à la croix, ainsi la très-sainte Vierge, unie à lui par le lien le plus étroit et le plus indissoluble, perpétuant avec lui et par lui ses inimitiés éternelles contre l'antique serpent, a, dans son complet triomphe, écrasé de son pied immaculé la tête de ce dragon venimeux.

C'est cette magnifique, cette singulière victoire de la Vierge, c'est son éminente innocence, sa pureté, sa sainteté très-excellente, c'est son exemption de toute tâche du péché,

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c'est l'abondance et la grandeur ineffable de grâces, de vortus et de privilèges qu'elle possède, que les mêmes Pères ont vues, tantôt dans cette arche de Noé qui, par le dessein de Dieu, est sortie saine et sauve du commun naufrage de l'univers entier ; tantôt dans cette échelle que Jacob vit s'étendre de la terre au ciel, dont les anges de Dieu montaient et descendaient les degrés, et dont le Seigneur lui-même occupait le sommet; tantôt dans ce buisson que Moïse vit tout brûlant dans le lieu saint, et qui, au milieu des flammes pétillantes, ne se consumait pas et ne souffrait ni dommage ni diminution, mais verdoyait et fleurissait admirablement; tantôt dans cette tour inexpugnable placée en face de l'ennemi, de laquelle pendent mille boucliers et toutes les armures des forts ; tantôt dans ce jardin fermé dont l'accès ne peut être violé et que nulle fraude et nulle embûche ne peuvent forcer; tantôt dans cette splendide cité de Dieu dont les fondements sont sur les montagnes saintes; tantôt dans ce très-auguste temple de Dieu qui, brillant des splendeurs divines, est plein de la gloire du Seigneur ; tantôt dans les nombreuses ligures du même genre par lesquelles la haute dignité de la Mère de Dieu, son innocence immaculée et sa sainteté exempte de toute tacho ont été, selon la tradition des Pères, annoncées d'une manière éclatante.

Pour décrire cette réunion, ou, pour ainsi dire, cette totalité des dons divins et cette intégrité originelle de la Vierge de qui Jésus est né, les mêmes Pères, employant les paroles des Prophètes, n'ont pas autrement célébré cette auguste Vierge que comme la pure colombe, la sainte Jérusalem, le trône élevé de Dieu, la maison et l'arche de sanctification que l'éternelle Sagesse s'est construite ; que comme cette reine qui, environnée de délices et appuyée sur son bien-aimé, est sortie toute parfaite de la bouche du Très-Haut, toute belle ettoute chère à Dieu et jamais souillée de la moindre tache. Or, ces mémos Pères et les écrivains ecclésiastiques, réfléchissant dans leur esprit et dans leur cœur que

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la bienheureuse Vierge, en recevant de Tange Gabriel l'annonce de la sublime dignité de Mère de Dieu, a été, par l'ordre et au nom de Dieu luimême, appelée pleine de grâces, ont enseigné que cette singulière et solennelle salutation, jusque-là inouïe, signifiait que la Mère de Dieu était le siège de toutes les grâces divines, qu'elle était ornée de tous les dons du divin Esprit, bien plus, qu'elle était comme un trésor inépuisable etcomme un abîme infini de ces mêmes grâces, tellement que, soustraite à la malédiction et participant avec son Fils à la bénédiction perpétuelle, elle a mérité d'entendre Elisabeth, inspirée par l'Esprit-Saint, lui adresser cesparoles : Vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le fruit de dos entrailles.

De là est venu ce sentiment^ non moins clair qu'unanime, des mêmes Pères, que cette Vierge très-glorieuse, pour laquelle Celui qui est puissant a fait de grandes cboses, a brillé d'une abondance de dons célestes, d'une plénitude de giâees et d'une innocence telle qu'elle a été comme un miracle ineffable de Dieu, ou plutôt comme l'apogée de tous les miracles, qu'elle a été la digne Mère de Dieu, et que, rapprochée de Dieu le plus près et autant que le comporte une nature créée, elle s'est élevée au-dessus de tous les éloges tant des hommes que des anges. C'est pourquoi, pour défendre l'innocence et lajustice originelle de la Mère de Dieu, nonseulement ils l'ont comparée très-souvent à Eve encore vierge, encore innocente, encore pure et non encore trompée par les embûches mortelles du frauduleux serpent, mais ils l'ont aussi mise au-dessus d'elle, avec une admirable variété de paroles et de sentiments. En effet Eve, ayant misérablement écouté le serpent, perdit son innocence et devint son esclave, tandis que la très-sainte Vierge, augmentant sans cesse le don originel, loin d'ouvrir jamais ses oreilles au serpent, a ébranlé jusqu'aux fondements sa force et son empire par la puissance qu'elle avait reçue de Dieu. , ,

Aussi n'ont-ils cessé d'appeler la Mère de Dieu, soit un lis parmi les

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épines, soit une terre intacte, vierge sans tache, sans souillure, toujours bénie et affranchie de toute contagion du péché, terre dont a été formé le nouvel Adam ; ou bien un paradis irréprochable, rempli de lumière et de tous les agréments de l'innocence et de l'immortalité, paradis de délices établi par Dieu lui-même, à l'abri de toutes les embûches du serpent venimeux; ou bien un bois incorruptible que le ver du péché n'a pu altérer ; ou une fontaine toujours limpide et scellée par la vertu de l'Esprit-Saint; ou un temple divin, un trésor d'immortalité; ou l'unique et seule fille, non de la mort, mais de la vie; un rejeton, non de la colère, mais de la grâce, lequel, par une providence spéciale de Dieu, est sorti d'une racine corrompue et infeclée sans jamais perdre sa verdure, et en dehors des lois établies et communes. Mais, comme si ces images, bien que de la plus grande magnificence, ne disaient point encore assez, ils ont prononcé, par des propositions expresses et sans équivoque, que, lorsqu'il s'agit de péché, il ne pouvait être question de la sainte Vierge Marie, à qui une grâce plus grande a été donnée pour triompher complètement du péché; ils ont ensuite déclaré que la trèsglorieuse Vierge avait été la réparatrice de la faute des premiers parents, une source de vie pour leurs descendants, choisie de toute éternité et préparée par le Très-Haut; que Dieu Fâvait prédite lorsqu'il dit au serpent : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, » et que, sans nul doute, elle écrasa la tète venimeuse du même serpent. C'est pourquoi ils ont affirmé que la même bienheureuse Vierge avait été, par une grâce spéciale, exempte de toute tache de péché, à l'abri de toute souillure du corps, de l'âme et de l'esprit, et que, toujours vivant avec Dieu, unie à lui par une éternelle alliance, jamais elle ne s'est trouvée dans les ténèbres, mais constamment dans la lumière, et qu'en conséquence elle a été, pour le Christ, un tabernacle digne de lui, non pas à cause de la condition de son corps, mais en raison de la grâce originelle.

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Joignons-y les expressions si belles dont ils se sont servis en parlant de la Conception de la sainte Vierge, lorsqu'ils ont dit que la nature s'était arrêtée toute tremblante devant la grâce et n'avait pas osé poursuivre sa marche; car il devait arriver que la Vierge Mère de Dieu ne lut pas conçue par Anne avant que la grâce eût produit son fruit; en effet elle devait être la première-née par la conception celle qui devait concevoir le premier-né d'entre toutes les créatures. Ils ont attesté que la chair de Marie, provenant d'Adam, n'a pas contracté les taches d'Adam, et que c'est pour cela que la bienheureuse Vierge Marie est le tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par le Saint-Esprit, tabernacle de pourpre, que ce nouveau Béséléel a orné et enrichi d'or, et que cette même Vierge est et doit être considérée comme celle qui fut le premier ouvrage propre de Dieu, qui échappa aux traits enflammés de l'esprit malin, et que, toute belle par sa nalure, absolument exempte de souillure, elle brilla aux regards du monde dans sa Conception Immaculée comme une aurore d'une étincelante pureté. Car il ne convenait pas que ce vase d'élection fût . soumis à la corruption commune, parce que, bien différente des autres créatures, Marie n'eut de commun avec Adam que la nature et non la faute. Bien plus, il convenait que le Fils unique, qui a au ciel un Père que les Séraphins proclament trois fois saint, eût sur la terre une mère qui n'eût jamais été privée de l'éclat de la sainteté. Et cette doctrine fut si fort à cœur aux anciens que, par une merveilleuse et singulière forme de langage, qui eut chez eux comme force de loi, ils appelèrent souvent la Mère de Dieu immaculée et absolument immaculée, innocente et trèsinnocente, exempte de tache et de toute lâche, sainte et sans la moindre souillure du péché, toute pure, complètement intacte, le type et le modèle même de la pureté et de l'innocence, plus belle que la beauté, plus gracieuse que la grâce, plus sainte que la sainteté, seule sainte, très-pure d'âme et de corps, surpassant de

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beaucoup toute intégrité et toute virginité, seule devenue tout entière le domicile de toutes les grâces du Saint- Esprit, et qui, à l'exception de Dieu seul, est supérieure à toute créature, l'emporte en beauté, en grâces et en sainteté, sur les Chérubins et lesSéraphins eux-mêmes et sur toute l'armée des anges, celle enfin dont toutes les voix du ciel et de la terre ne sauraient proclamer dignement les louanges. Personne n'ignore que ce langage a passé comme de lui-même dans les monuments de la sainte liturgie et dans les offices de l'Église, qu'il s'y rencontre très-fréquemment, et qu'il y figure avec éclat, puisque la Mère de Dieu y est appelée et invoquée comme une colombe toute belle et sans tache, comme une rose toujours fleurie, absolument pure, toujours immaculée et toujours sainte, et qu'elle y est célébrée comme l'innocence qui n'a jamais été blessée, comme une autre Eve qui a donné le jour à l'Emmanuel.

il n'est donc pas étonnant que les pasteurs de l'Eglise et les peuples fidèles se soient fait une gloire de professer de plus en plus cette doctrine sur la Conçpp2Km Immaculée delà Vierge Mère de Dieu, consignée au jugement des Pères dans les saintes Ecritures, confirmée par l'autorité si imposante de leurs témoignages, contenue et louée dans un si grand nombre d'illustresmonuments de la vénérable antiquité, proposée et confirmée parle jugement si considérable et si imposant de l'Eglise, et qu'ils n'aient eu rien de plus doux, rien de plus cher que de montrer une grande ardeur pour honorer, vénérer, invoquer la Vierge Marie, Mère de Dieu, conçue sans la tache d'origine, et pour la proclamer partout comme telle. C'est pourquoi depuis des siècles les Evoques, les membres du clergé, les ordres réguliers, les empereurs euxmêmes et les rois ont pressé avec instance le Siège apostolique de définir comme dogme de loi catholique la Conception Immaculée de la très-sainte Mère de Dieu. Ces demandes ont été souvent renouvelées, de notre temps aussi, surtout auprès de Grégoire XVI, notre prédécesseur

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d'heureuse mémoire ; elles nous ont été présentées à nous-même par les Evêques, le clergé séculier, les ordres religieux, de grands princes et les peuples fidèles.

C'est pourquoi, nous qui avec une joie extraordinaire de notre âme connaissions tous ces témoignages, et qui les méditions avec soin, nous fûmes à peine, par un dessein caché de la divine Providence, bien qu'indigne, élevé sur le Siège insigne de Pierre, nous eûmes à peine pris en mains les rênes de toute l'Eglise, qu'obéissant à la vénération, à la piété, à l'amour que nous avons toujours eus pour la Vierge Marie, Mère de Dieu, nous n'avons rien eu plus à cœur que tout ce qui pouvait augmenter l'honneur de la très-heureuse Vierge Marie et faire briller ses prérogatives d'un plus vif éclat. Mais, voulant apporter en cela une pleine maturité, nous avons établi une congrégation spéciale de nos vénérables frères cardinaux de la sainte Eglise romaine, illustres par leur piété, leur sagesse et leur science dans les choses sacrées, et nous avons en même temps choisi, tant dans le clergé séculier que régulier, les hommes les plus versés dans la science de la théologie, afin qu'ils approfondissent avec grand soin tout ce qui regarde l'Immaculée Conception de la Vierge Marie et qu'ils nous rissent part de leurs sentiments.

Bien que déjà les demandes que nous avions reçues pour hâter la définition de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie nous eussent fait connaître le sentiment de la plupart des évoques, cependant, le 2 février 1849, des lettres datées de Gaëte furent envoyés par nous à nos vénérables frères les Evêques de tout l'univers catholique, afin qu'après des prières adressées à Dieu ils nous fissent savoir par écrit quelle était la piété et la dévotion de leurs ouailles envers la Conception Immaculée deMarie, et surtout cequ'euxmèmes ils pensaient et désiraient touchant la définition projetée, afin que nous pussions proférer notre jugement suprême avec toute la solennité possible.

Nous éprouvâmes une bien grande consolation en recevant les réponses

de nos vénérables frères ; car ce fut avec un bonheur, une joie, un empressement inexprimable qu'en nous répondant ils confirmèrent non-seulement de nouveau leur propre piété et celle de leur troupeau pour la Conception Immaculée de la bienheureuse Vierge Marie, mais ils nous demandèrent encore comme de commun accord de définir par notre autorité et un jugement suprême Y Immaculée Conception de cette bienheureuse Vierge. Notre joie ne fut pas moins grande lorsque nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine faisant partie de ladite congrégation, et les théologiens consulteurs choisis par nous, après un mûr examen, nous demandèrent avec le même zèle et le même empressement celte définition de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Ensuite, marchant sur les traces de nos illustres prédécesseurs, et désirant agir selon les règles et les formes voulues, nous avons convoqué et tenu un consistoire, dans lequel nous avons parlé à nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, et nous les avons entendus avec une grande consolation nous exprimer le vœu de nous voir émettre une définition dogmatique touchant la Conception Immaculée de la Mère de Dieu.

C'est pourquoi, nous confiant dans le Seigneur et croyant que le moment opportun est venu pour détinir l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, Mère de Dieu, qui est rendue admirablement claire et manifeste par la parole divine, par une vénérable tradition, par le sentiment constant de l'Eglise, par l'accord unanime des Evêques et des fidèles du monde catholique, ainsi que par les actes insignes et les constitutions de nos prédécesseurs ; après avoir soigneusement examiné toutes choses, et après avoir répandu devant Dieu des prières ferventes et assidues, nous avons jugé que nous ne devons plus hésiter à sanctionner et à définir par notre suprême jugement l'Immaculée Conception de la Vierge, pour satisfaire ainsi la pieuse impatience du monde catholique et notre propre piété en-

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vers la très-sainte Vierge, et en même temps pour honorer en elle de plus en plus son Fils unique, Noire- Seigneur Jésus-Christ, puisque c'est au Fils que retournent l'honneur et la gloire qu'on rend à la Mère.

Ainsi, après n'avoir pas cessé d'offrir dans l'humilité et le jeune nos prières particulières et les prières publiques de l'Eglise à Dieu le Père, par l'intermédiaire de son Fils, pour qu'il daignât diriger et confirmer notre esprit par la vertu de l'Esprit- Saint, après avoir imploré la protection de toute la cour céleste, invoqué avec gémissement l'assistance de l'Esprit consolateur, et persuadé qu'il nous inspirait dans ce sens, pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour la gloire et l'ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des saints Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge Marie fut, dans le premier moment de sa Conception, par une grâce et un privilège singulier de Dieu tout-puissant, et en vue des mérites de Jésus- Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et qu'en conséquence elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. C'est pourquoi, si quelques-uns , ce qu'à Dieu ne plaise, avaient la présomption de penser dans leur cœur autrement que nous avons défini, que ceux-là apprennent et sachent bien qu'ils sont condamnés par leur propre jugement, qu'ils ont fait naufrage dans Ta foi et qu'ils n'appartiennent plus à l'unité de l'Église, et, de plus, qu'ils attirent .par le fait sur eux les peines portées par le droit, s'ils osent manifester Jeur sentiment intérieur par parole, écrit ou quelque autre signe extérieur que ce soit.

Notre bouche est remplie de joie et notre langue d'allégresse ; nous rendons et nous rendrons toujours de très-humbles et de très-grandes actions de grâces à Jésus-Clirist, Notre-

Seigneur, de ce que, par un bienfait insigne, sans mérite de notre part, il nous a accordé d'offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa très-sainte Mère. Nous avons la plus ferme espérance, la confiance la plus entière, que la bienheureuse Vierge, elle qui, toute belle et immaculée, a écrasé la tète venimeuse du cruel serpent et apporté le salut au monde ; elle qui est la louange des prophètes et des apôtres, l'honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré et le secours le plus fidèle de tous ceux qui sont dans le danger, la médiatrice et l'avocate la plus puissante de l'univers entier auprès de son Fils unique ; elle qui, honneur et ornement le plus éclatant et rempart le plus solide de l'Église, a toujours anéanti toutes les hérésies, a arraché les nations aux calamités les plus grandes et les plus diverses, et nous a délivré Nous-Même de tant de périls menaçants, voudra bien procurer, par son très-puissant patronage, que, toutes les difficultés étant aplanies , toutes les erreurs vaincues, notre sainte Mère l'Eglise catholique prospère et fleurisse de plus en plus chaque jour chez tous les peuples et dans tous les lieux; qu'elle règne d'un océan à l'autre jusqu'aux dernières limites du monde, et jouisse d'une paix entière, d'une tranquillité et d'une liberté parfaites ; que les coupables obtiennent pardon, les malades guérisoii, les faibles courage, les affligés consolation , ceux qui sont en danger secours, et que tous ceux qui sont dans l'erreur, après avoir dissipé les ténèbres de leur esprit, reprennent le sentier de la vérité et de la justice, et qu'il n'y ait plus qu'un troupeau et qu'un pasteur.

Que les paroles que nous prononçons soient entendues de tous nos très-chers lils de l'Église catholique, et qu avec un zèle de piété, de religion et d'amour toujours plus ardent, ils continuent à honorer, à invoquer, à supplier la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, conçue sans la tache originelle, et que, dans tous leurs périls, angoisses et nécessités, dans toutes leurs incertitudes et leurs

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craintes, ils aient recours avec une entière confiance à cette très-douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il n'y a rien à craindre, il n'y a pas à désespérer sous la conduite, sous les auspices, sous la protection, sous le patronage de celle qui, ayant pour nous un cœur de mère et prenant en main l'affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain, et qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des Anges , de tous les rangs des .saints , assise à la droite de Notre - Seigneur Jésus-Christ, obtient infailliblement ce qu'elle demande par ses prières maternelles, trouve ce qu'elle cherche, et dont l'attente ne peut être frustrée.

Enfin, pour porter notre définition de VImmaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie à la connaissance de l'Eglise universelle, nous avons voulu donner ces Lettres apostoliques pour eu perpétuer la mémoire. Nous ordonnons donc que les copies manuscrites ou même les exemplaires imprimés qui en seront faits, et qui seront revêtus de la signature de quelque notaire public et munis du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi pour tous, comme si les présentes Lettres elles-mêmes leur étaient exhibées ou produites.

Que personne n'ait la présomption de porter atteinte à ce texte de notre déclaration, décision et définition; que personne n'ait la témérité de s'y opposer et de le contredire. Si quelqu'un se rendait coupable d'un tel attentat, qu'il sache qu'il encourra le courroux du Dieu tout-puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l'an de l'Incarnation du Seigneur MDCCCLIV, le 6 des ides de décembre, de notre pontificat le neuvième.

Pie IX, pape.

Nous avons donné nous-même, dans nos Harmanies de la raison et de la foi ( art. Immaculée Conception ), une dissertation très- impartiale sur ce dogme nouvellement défini; nous

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conseillons de la lire; on y verra que le vrai sens catholique de cette définition consiste seulement en ce que la sainte Vierge est déclarée avoir été sauvée par le rédempteur par préservation dès le premier instant de son existence, au lieu de l'avoir été, comme les autres hommes, par guéri- S07i après un temps d'existence plus ou moins long. Voici dans son texte et dans une traduction littérale lepassage important de la bulle ineffabilis qui résume cette doctrine :

Auctoritate Domininostri JesuChristi, beatorum apostolorum Pctri et Pauli ac Nostra, declaramus, pronuntiamus et definimus doctrinam qux tenet beatissimam Virginem Marium in primo instanti suse conceptionis fuisse , singulari omnipotentis Dei gratta et privilegio, intuâu meritornm Christi Jesu, salvatoris humani generis, ab omni originalis culpse lobe prxservatam, immunem, esse a Deo rewlatam, atque idcirco ab omnibus fiddibus firmiter constanterque credendam.

« Par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des saints apôtresPierre et Paul et la Nôtre, nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge Marie fut, dans le premier moment de sa conception, par une grâce et un privilège singulier de Dieu tout - puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel est révélée de Dieu, et qu'en conséquence elle doit être crue fermemement et constamment par tous les fidèles. »

« Qu'une épidémie, disions-nous dans l'article cité plus haut, règne dans un lieu, et s'attaque à tous les habitants ; qu'un médecin habile trouve un remède pour ceux qui la contractent, et un préservatif pour d'autres qui doivent la contracter; Pierre contracte la maladie et est guéri par le premier remède ; Paul devait fa contracter, mais il en est préservé par le second remède ; ne sont-ils pas tous deux sauvés par le médecin? Voilà tout le mystère. »

Le Noir.

CONCILE, assemblée des pasteur^

té

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de l'Eglise pour décider les questions qui appartiennent à la foi, aux mœurs ou à la discipline. On appelle concile général ou œcuménique, celui qui est censé composé des évèques de toute l'Eglise ; concile national, celui qui est formé par les évèques d'une seule nation ; concile provincial, celui qui se tient par un métropolitain avec les évèques do sa province.

Sur cet important objet, nous avons à examiner, l°en quoi consiste l'autorité des conciles généraux en matière de dogme. 2° Si celte autorité est la même en fait de disciplime. 3° Ce qu'il faut pour qu'un concile soit censé général, et combien il y a eu du conciles généraux. 4° Qui a droit de les convoquer, d'yassisteravec voix délibérative, d'y présider et de les confirmer. S0 Nous répondrons aux objections des hérétiques contre l'autorité des conciles.

I. De l'autorité des conciles ùCnCraux en matière de foi. il est certain qu'un concile auquel ont été invités tous les pasteurs de l'Eglise universelle, qui estprésidépar le souverain pontife ou par ses légats, confirmé par son autorité, est la voix de l'Eglise catholique, à laquelle tous les fidèles, sans exception, sont obligés de se soumettre. L'Eglise ne peut professer sa croyance d'une manière plus authentique et plus éclatante que par la voix de ses pasteurs assemblés et réunis à leur chef. Quiconque refuse de se conformer à cet enseignement est hérétique, cesse d'être membre de l'Eglise de Jésus-Christ.

En effet, Jésus-Christ a dit à ses apôtres : « Je prierai mon Père, et » il vous donnera un autre Paraclet » ( avocat, consolateur et défenseur), » afin qu'il demeure avec vous pour » toujours. » Joan., c. 14, f 10.

« Cet Esprit saint, Paraclet, que mon » Père enverra en mon nom, vous » enseignera tout ce que je vous ai » dit. » f 26. « Lorsque cet Esprit » de vérité sera venu, il vous ensei- » gnera toute vérité. » C. 16. ? 13.

Saint Paul nous avertit que Dieu a donné à son Eglise des pasteurs et des docteurs, atin que nous ne soyons pas comme des enfants, flottants et

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emportés à tout vent de doctrine, par la malice des hommes et par les ruses de l'erreur qui nous environne.

Ephes., c. 4, y 11. « Celui qui con- » nait Dieu, dit saint Jean, nous » écoute ; celui qui n'est pas de Dieu, » ne nous écoute point ; c'est par là » que nous connaissons l'esprit de » vérité et l'esprit d'erreur. » Joan.

S'il y avait du doute touchant lo véritable sens de ces passages, il serait levé par la conduite des apôtres.

Lorsqu'il fallut décider si les Gentils, convertis au Christianisme, étaient ou n'étaient pas obligés à observer les cérémonies de la loi mosaïque, les apôtres et les prêtres, qui se trouvaient à Jérusalem, s'assemblèrent ; après que chacun d'eux eut donné son avis, ils décidèrent la question, et dirent : « Il a semblé bon au Saint- Esprit et à nous de ne point vous imposer d'autre chose que ce qui est nécessaire, savoir, de vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs suffoquées et de la fornication ; vous )i ferez bien de vous en garder. »

Act., c. 15, f 29. Ils ont voulu que les lidèles regardassent ce décret comme un oracle du Saint-Esprit.

Pour esquiver les conséquences, les hétérodoxes ont objecté: 1" que cette assemblée de quelques apôtres n'était point un concile général, mais le synode d'une Eglise particulière. 2° Qu'en effet le Saint-Esprit, en descendant sur Corneille et sur toute sa maison, avait décidé d'avance que les Gentils étaient justifiés par la foi, sans être assujettis aux cérémonies mosaïques ; saint Pierre en avait été témoin ; c'est évidemment ce qu'il entendait, lorsqu'il dit : il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous.

Fausses réflexions. L'assemblée n'é tait pas seulement composée des pasteurs de l'Eglise de Jérusalem, puisque non-seulement saint Pierre et saint Jacques le Mineur mais saint Paul et saint Barnabe s'y trouvaient et y donnèrent leur suffrage, et il est très-probable que le Juda dont il y est parlé est l'apôtre saint Jude. Il s'agissait d'une question qui était tout à la fois de dogme et de prati-

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que, et de faire une loi générale pour toute l'Eglise : ce n'était donc pas l'affaire d'un synode particulier. En second lieu, le Saint-Esprit, en descendant sur Corneille, n'avait pas décidé que les Gentils seraient obligés de s'abstenir des viandes immolées, du sang et des chairs suffoquées ; c'est cependant ce que le concile ordonne.

En troisième lieu, il aurait été fort indécent de joindre le jugement de l'assemblée à celui du Saint-Esprit, si elle n'avait pas été persuadée que le Saint-Esprit lui-même y présidait.

Mais comme les protestants soutiennent que claque fidèle doit régler lui-même sa loi sur l'Ecriture sainte, ils ne peuvent digérer la décision du concile de Jérusalem.

Est-il vrai que les conciles généraux ont créé de nouveaux dogmes ou de nouveaux articles de foi, comme le prétendent les ennemis de l'Eglise?

Ce reproche n'aurait pas lieu, si l'on concevait en quoi consiste le jugement que portent les évêques assemblés en concile. Ce sont autant de témoins qui ont caractère et mission pour attester quelle est la croyance de l'Eglise particulière à laquelle chacun d'eux préside. Lorsque trois cent dix-huit évêques, assemblés à Nicée, l'an 325, décidèrent que le Verbe divin est consubstantiel à son Père, qu'ainsi Jésus-Christ est un seul Dieu avec le Père, que firent-ils? ils attestèrent que telle était et avait toujours été la croyance de leurs Eglises. Ces témoignages réunis et comparés démontrèrent que telle était la foi de l'Eglise universelle. Holden, de résolut, fidei, lib. 1, c. 9. Pour définir ce qu'il fallait croire, les Pères se bornèrent à dire : nous croyons.

11 n'est donc pas vrai qu'ils aient créé un nouveau dogme ; ils attestèrent au contraire et jugèrent que la doctrine d'Àrius était nouvelle et inouïe, qu'Arius était un novateur et un hérétique, qu'il pervertissait le sens des paroles de l'Ecriture, par lesquelles il voulait étayer son opinion.

Il en fut de même en 381, lorsque le concile général de Constantinople décida la divinité du Saint-Esprit, qui n'avait pas été mise en question à

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Nicée; en 431, lorsque le concile d'Ephèse prononça, contre Nestorius, que Marie est véritablement Mère de Dieu : ce dogme n'est qu'une conséquence immédiate de la divinité de Jésus -Christ reconnue et professée par le concile de Nicée. On doit raisonner de même de tous les autres conciles qui ont successivement décidé des dogmes contestés par des novateurs.

» Qu'a fait l'Eglise par ses conciles, » dit à ce sujet Vincent de Lérins, » Commonit., c. 23? Elle a voulu que » ce qui était déjà cru simplement , » fût professé plus exactement ; que » ce qui était prêché sans beaucoup » d'attention, fût enseigné avec plus » de soin ; que l'on expliquât plus » distinctement ce que l'on traitait » auparavant avec une entière sécurité. Tel a toujours été son dessein.

Elle n'a donc fait autre chose, par les décrets des conciles , que de mettre par écrit ce qu'elle avait déjà reçu des anciens par tradition.... Le propre des catholiques » est de garder le dépôt des saints » Pères, et de rejeter les nouveautés » profanes, comme le veut saint » Paul. » Quid unquam aliud conciliorum decretis enisa est (Ecclesia), nisi ut quod antea simpliciter credebatur, hoc idem postea diligentius crederetur ; quod antea lentius prxdicabatur , hoc idem postea instantius prxdicaretur ; quod antea securius colebatur, hoc idem postea sollicitais excoleretur ? hoc, inquam, semper, neque quidquam prseterea, hœrcticorumnovitatibus excitata, conciliorum decretis catholica perfecit Ecclesia, nisi ut quod prius a majoribus sola traditione susceperat, hoc deinde posteris etiam per scripturx chyrographum consignant.... 0 Timothee! inquitapostolus, depositumeustodi, devitans pjrofanas vocum novitates.

A la vérité, avant qu'un dogme ait été solennellement décidé par un concile, un théologien a pu être pardonnable de le méconnaître ; il a pu ignorer quelle était sur ce point la croyance de l'Eglise catholique, de laquelle il n'y avait point encore d'attestation solennelle ; il a pu se tromper innocemment sur le sens qu'il

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donnait aux passages de l'Ecriture, qui lui paraissaient favoriser son opinion. Mais lorsque l'Eglise a parlé par la bouche de ses pasteurs, un homme n'est plus pardonnable de préférer son propre jugement à celui de l'Eglise ; il est hérétique s'il persévère dans' son erreur (1).

De là même il s'ensuit que la décision d'un concile général n'est pas absolument nécessaire pour qu'un dogme soit censé appartenir à la loi catholique. Il suffit qu'il y ait une certitude suffisante que telle est la croyance de l'Eglise universelle. Lorsqu'un dogme a été décidé par un rescrit du souverain Pontife adressé à toute l'Eglise, et qu'il a été reçu sans réclamation par le très-grand nombre des évèques, on ne peut plus douter que ce ne soit la croyance de l'Eglise catholique (2). Si le jugement de l'Eglise dispersée à moins de publicité que celui de l'Eglise assemblée, il n'a pas pour cela moins de poids ni d'autorité, tout fidèle n'est pas moins obligé de s'y conformer. Voyez Catholicité. Plus l'Eglise est étendue, plus il est difficile d'assembler des conciles généraux.

IL Est-on aussi obligé de se soumettre aux règlements d'un concile général en matière de discipline, qu'à ses décisions en matière de foi ? Il y a une distinction à faire. Lorsqu'un point de discipline peut intéresser l'ordre civil, donner atteinte aux lois particulières d'un ou de plusieurs royaumes, l'Eglise, toujours attentive à respecter les droits des souverains, n'a jamais dessein d'opposer son autorité à la leur; elle prononce avec circonspection, elle attend que le temps et les circonstances permettent l'exécution de ses règlements. Par ces ménagements sages, une bonne partie des lois de discipline, portées au concile de Trente, auxquelles on s'était opposé d'abord, sont insensi-

(1) Depuis le concile du Vatican, il faut dire aussi du Pape parlant ex cathedra ce que dit ici Bepgier du concile œcuménique. Le Noir.

(2) Si le Pape a parlé ex Cathedra , il n'y a pas besoin de cette acceptation sans réclamation, dont parle BergieT. Le concile du Vatican l'a formellement ili'iiiM : >-:r ses'1, a-t-it dit, non mitf'rn ex € nsensu Ecchsiœ. Le Noin,

blement devenues partie de notre droit public, en vertu des ordonnances de nos rois (1).

Lorsqu'une discipline, indifférente àl'ordre civil, peut intéresser la foi ou les mœurs, l'Eglise use de son autorité et tient ferme. Ainsi, elle condamna autrefois comme schismatiques les quartodécimans, qui s'obstinèrent à célébrer la Pàque avec les Juifs, le quatorzième jour de la lune de mars; elle ordonna de la célébrer le dimanche suivant: il lui parut essentiel d'établir l'uniformité dans un rit qui atteste la résurrection de Jésus-Christ. Quoique la communion sous les deux espèces fût un point de discipline, le concile de Trente n'a point voulu l'accorder à ceux qui la.

demandaient, parce que les hérétiques en soutenaient faussement la nécessité pour l'intégrité du sacrement. C'est une observation à laquelle les canonistes n'ont pas toujours fait assez d'attention.

Ceux qui ont osé soutenir que les décisions des conciles, en matière de foi, n'avaient force de loi qu'en vertu de l'acceptation des souverains, se sont trompés encore pluslourdcment.

Ces décisions obligent tous les fidèles, en vertu de l'ordre de Jésus- Christ même : « Allez enseigner tou-

» tes les nations Celui qui ne

» croira pas sera condamné. » Matt-, c. 28, f 19; Marc, c. 16, ^ 10.

Cette loi regarde autant les souverains que les peuples.

III. Que faut-il pour qu'un concile soit censé général, et combien y en a-t-il eu depuis la naissance de l'Eglise ? On convient unanimement, parmi les théologiens catholiques , qu'un concile n'est point censé œcuménique ou général, à moins que tous les évèques de la chrétienté n'y aient été invités autant qu'il est possible, et que l'éloignement des lieux peut le permettre. 11 y a cependant plusieurs exemples de conciles auxquels il n'y avait eu qu'un certain

se passe ordinairement ■oit. les règlements do

(i) Ce que dit ici B dans les laits, mais, discipline ccclcs;asti;ue des conciles généraux et dos souverains pontifes n'ont besoin, pour oljlîg r les catholiques de tous les pays, d'aueuue adhésion des L'ouverneinents civils. Le N'ont.

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nombre d'évêques appelés, mais qui, dans la suite, ont été réputés généraux, parce que les décisions en ont été reçues de toute l'Eglise, et ont acquis ainsi la même autorité que .'.elle des conciles généraux. De même il y en a plusieurs auxquelsil ne s'est trouvé qu'un assez petit nombre d'évêques, et qui n'en ont pas eu pour cela moins d'autorité. Voici la liste sommaire des conciles réputés généraux ; nous parlerons plus amplement de chacun dans un article particulier.

Le premier est celui de Nicée, l'an 325, par lequel la consubstantialité du Verbe et la divinité de Jésus-Christ furent décidées contre les ariens.

L? second est celui de Constantinople, en 381, qui confirma la foi de Nicée, professa la divinité du Saint- Esprit contre les macédoniens , et condamna les apollinaristes. Le troisième, celui d'Ephèse, en 431 ; il décida contre Nestorius, que Marie est Bière de Bien, et confirma la condamnation des pélagiens , faite par le pape Zozime. Le quatrième fut tenu à Chalcédoine, en 451 ; il confirma l'anathème lancé à Ephèse contre Nestorius, et condamna Eutychès, qui soutenait qu'il n'y a qu'une seule nature en Jésus-Christ. Le cinquième, tenu à Constantinople en 553, condamna les trois chapitres ou trois écrits qui favorisaient la doctrine de Nestorius. Le sixième fui encore assemblé à Constantinople l'an 680; il proscrivit l'erreur des monothélites, qui n'admettaient qu'une seule volonté dans Jésus-Christ: c'était un reste d'eutychianisme.

En 787, le septième se tint à Nicée contre les iconoclastes ou brisenrs d'images. Le huitième, à Constantinople, Tan 869; Pbotius y fut condamné et déposé :ç'a été l'origine du schisme des Grées, Depuis ce tempslà les conciles généraux ont été tenus en Occident.

On compte pour ]e neuvième, celui de Latran, l'an H23 : il ne fit que des canons de discipline. Le dixième, tenu au même lieu l'an 1139, avait pour objet la réunion des Grecs à l'Eglise romaine. Arnaud de Bre&e, disciple d'Abailard, y fut condamné aussi bien que les manichéens, nom-

mes dans la suite albigeois. Le onzième, assemblé encore à Latran l'an 1179, reforma les abus introduits dans la discipline. Le douzième, l'an 1215, au même lieu, fit une exposition de la doctrine catholique contre les Albigeois et les Vnudois.

Dans le treizième, tenu à Lyon l'an 1245, le pape prononça une sentence d'excommunication contre l'empereur Frédéiic, en présence de Baudouin, empereur de Constantinople. Le quatorzième, assemblé aussi à Lyon en 1274, travailla de nouveau à la réunion des Grecs, et dressa une profession de foi qu'ils signèrezit. Le quinzième fut tenu en 13Î1, à Vienne en Dauphiné, pour l'extinction de l'ordre des templiers : il condamna les erreurs des béggards ou béguins.

Nous comptons en France, pour seizième concile général, celui de Constance, tenu en 1414, pour éteindre le grand schisme d'Occident, cause par la prétention de plusieurs personnes à la papauté : concile dans lequel Jean Dus et Jérôme de Prague furent condamnés et livrés au supplice ( 1 ). Pour dix-septième, celui de Bâle, en 1431, dont le principal objet était la réunion des Grecs ; mais le Pape l'ayant transféré à Ferrare, en 1438, et ensuite à Florence, en 1439, plusieurs regardent ce concile de Florence comme œcuménique : les Grecs y signèrent une profession de foi avec les Latins (2). Le dix-hui-

(1) Le concile de Constance est-il œcuménique dans les quatrième et cinquième sessions ? Plusieurs en douten parla raison que les trois obédiences de Grégoire Xl[. de Jean XXIII et de Benoît XUI ne paraissent pas encore réunies dans ce concile, et que les trois convocations au nom de ces trois Papes, que ce concile même avait jugées nécessaires pour ôter les doutes sur sa propre légitimité, n'avaient pas en lieu. Les décrets contenus dans les quatrième et cinquième sessions ont-ils éié confirmés par Martin V. On en d >nte aussi, parce que ce pontife, dans sa bulle de confirmation, ne parle que de la condamnation des erreurs de Wiclef, de Jean Eus et de Jérôme de Prague. Pour tout le reste, il se contente de dire qu'il approuve toutes leseboses qui ont été faites conciliariter. Enfin, il est controversé si ces décrets doivent s'entendre pour le temps du schisme, et lorsqu'on ne sait pas quel est le véritable Pape, comme c était alors le cas de ces trois prétendants, ou si on doit aussi les entendre des antres cas où le Pape est certain et reconnu par tous les catholiques. Gousset.

(2) Le cinquième cote le de Latran, dit H. Phillips, convoqué par Jules II, continué par Léon X

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ticme et dernier concile général est celui de Trente, commencé l'an 1S45, et fini l'an 1563, contre les hérésies de Luther et de Calvin (1).

Depuis que la foi chrétienne s'est établie au loin, qu'il y a des évoques en Amérique, à la Chine et dans les Indes, il est devenu plus difficile que jamais d'assembler des conciles généraux (2).

IV. A qui appartient-il de convoquer des conâles généraux, d'y présider, d'y assister avec voix délibérative? C'est encore un point non contesté dans l'Eglise catholique, que le droit de convoquer les conciles généraux appartient au souverain Pontife, comme pasteur de l'Eglise universelle. De savoir si ce privilège lui apparthni de droit divin, ou seulement de droit ecclésiastique et en vertu d'une possession bien établie, c'est une question qui n'est peutêtre pas aussi importante qu'elle le parait d'abord. Toute prétention mise à part, il est clair que, de droit divin, le souverain Pontife doit pourvoir aux besoins de l'Eglise universelle autant qu'il le peut, suivant les circonstances; Jésus-Cbrisl en a imposé l'obligation à saint Pierre et à ses successeurs, lorsqu'il leur a dit ; Paisses mes agneaux et mes brebis. Si c'est pour eux une obligation divine, c'est donc aussi un droit divin : il serait

(1512), n'est pa9 généralement reconnu pour œcuménique, mais à tort; il ne lui manque aucune condition de lég limité. Les Gai icans ne voulaient pas le reconnaître parce qu'il avait proclamé l'abolition de la Pragmatique Sanction.

Le Noir.

(1 II faut ajouter aujourd'hui (1873) le concile du Vatican, tenu eu 1870, lequel a porté le décret ie plus important qui <>ut encore été porté sur la constitution fondamentale de l'Eglise, celui de l'infaillibilité du souverain pontife lorsqu'il parle ex cathedra de fide vel moribtts, et de sa souveraineté dans le gouvernement ecclésiastique.

Le Nom.

(2) Depuis la définit on du concile œcuménique du Vatican, la question des conciles généraux a beaucoup perdu de so importance, et n'a pas moins gagné en simple ité ; depuis cette définition, en effet, nne aeeiaratino du Pape, ex cathedra, en matière de foi et de mœurs, a la même valeur, et, d'aulre part, il suffit, pour donner Ui valeur d'œcuménique à un concile, que ses décrets soient sanctionnés à ce titre et promulgués ex cathedra, par le souverain poutii'e. Le uerabce de ces conciles, par là même, au pomt de vne iiisioriqife, peut être devenu plus considérable.

Ie Nom.

absurde qu'ils n'eussent pas le droit de faire ce que Jésus-Christ leur a commandé : s'ils n'avaient pas le droit de convoquer les conciles généraux, qui l'aurait par préférence ?

Il ne sert à rien aux protestants et aux autres ennemis du Saint-Siège d'objecter que, pendant les cinq ou six premiers siècles, ce ne sont point les Papes, mais les empereurs qui ont convoqué les conciles ; que plus d'une fois même les Papes se sont adressés aux empereurs, pour leur demander cette convocation. Lescirconstances l'exigeaient ainsi, et il ne s'ensuit rien contre l'ordre établi par Jésus-Christ. Dans ces temps-là, l'Eglise chrétienne ne s'étendait guère au delà des limites de l'empire romain; ilétaitdonc naturel queles empereurs, devenus chrétiens, prissent le soin de convoquer lesccmci/es, puisqu'eux seuls pouvaient en faire les frais. Presque tous les évêques étaient leurs sujets, et ces évêques, presque tous pauvres, n'étaient pas en état de voyager à leurs dépens, d'une extrémité de l'empire à l'autre. Ils avaient besoin du secours des voitures publiques, et cela dépendait du gouvernement Mais avant la conversion de Constantin, il y avait eu près de quarante conciles particuliers, dont plusieurs avaient été nombreux; sans doute ils n'avaient pas été convoqués par les empereurs païens, et l'on n'avait pas cru avoir besoin de leur autorité pour donner force de loi aux décisions quiy avaient été faites. Depuis que la foi chrétienne est répandue dans plusieurs royaumes différents, et qu'il y a des évêques dans les quatre parties du monde, aucun souverain n'a droit de convoquer ceux qui ne sont pas ses sujets. Il a donc été nécessaire que le souverain pontife, en qualité de chef de l'Eglise universelle, convoquât les conciles généraux, qu'il eût le droit d'y présider et d'en adresser les décisions à toute l'Eglise. Ce n'a donc pas été un effet de la condescendance des souverains, ni une cession libre delà part des évêques, mais une suite nécessaire de l'étendue actuelle da l'Eglise; et c'est ce qui démontre la sagesse de Jésus- Christ, lorsqu'il a donné à saint Pierre

CON

et à ses successeurs un pouvoir de juridiction sur l'Eglise entière.

Par la même raison, toutes les fois que le souverain Pontife a assisté à un concile, personne ne lui a contesté le droit d'y présider; mais comme les premiers conciles généraux ont été tenus en Orient, et fort loin de Rome, c'a été ordinairement l'un des patriarches de l'Orient, qui a tenu la première place ; et il ne s'ensuit rien contre les droits du Saint-Siège.

Quant au droit de confirmer les décrets des conciles généraux, c'est une question débattue entre les théologiens de France et ceux d'Italie.

Suivant nos maximes, les décrets d'un concile général ont force de loi, indépendamment de l'acceptation et de la confirmation du souverain Pontife; la bulle qu'il donne à ce sujet n'est censée qu'un témoignage de-son adhésion à ces décrets, par lequel il certifie à tous les fidèles que ce sont véritablement des décisions censées faites par l'Eglise universelle, auxquelles par conséquent ils doivent obéissance et soumission (1).

L'on convientunammement que les seuls juges nécessaires dansun concile général sont les évoques ; c'est à eux, comme pasteurs de l'Eglise, d'instruire les fidèles et d'enseigner quelle est la vraie doctrine de Jésus-Christ.

Ordinairement néanmoins ils ont admis dans ces assemblées les abbés, les députés des chapitres et les théologiens; et ceux-ci ont eu pour le moins voix consultative ; mais suivant l'usage actuel, ils ne peuvent prétendre à la voix délibérativo qu'autant que les évêques la leur accordent (2).

V. Objections des Protestants. On conçoit que les protestants, condamnés par le concile de Trente, ne pouvaient pas manquer de s'élever contre l'autorité de tous les conciles, et de s'attacher à la déprimer ; ils n'ont rien négligé pour y réussir. Mais

(1) Cette doctrine était celle de l'ancien gallicanisme ; elle est devenue aujourd'hui une hérésio dans celui qui continue do la professer.

Le Noir.

(2) Si le Pape aieorde la voix déliberative à quckji,'un qui ne soit point évêque, nous ne voyons pas qu'on puisse la lui contester: c'est une conséquence dos définitions du concile du Vatican.

Le Noir.

CON

comme ils ont tenu eux-mêmes des synodes, à la décision desquels ils ont donné force de loi, il n'est presque pas un seul de leurs reproches qui ne puisse être rétorqué contre eux, et qui ne l'ait été en effet par les arminiens contre le synode de Dordrecht. Voyez Arminiens.

Ils disent : 1° Jésus-Cbrist ni les apôtres n'ont point ordonné de tenir des conciles. Si ces assemblées étaient nécessaires, l'on n'aurait pas attendu jusqu'à l'an 325 avant d'en tenir une.

Pendant le second et le troisième siècle, il s'était élevé plusieurs hérésies qui attaquaient les dogmes les plus essentiels du christianisme : les ébionites, les cérintbiens, les gnostiques, les marcionites, les manichéens, etc., avaient paru; l'on ne crut pas qu'il fût besoin d'un concile œcuménique pour étouffer leurs erreurs, ou plutôt l'on comprit que ce moyen ne suffirait pas et ne produirait aucun effet, qu'il fallait terminer les contestations en matière de foi, uniquement par l'Ecriture sainte. Le concile de Ntcée fut un effet de la politique de Constantin, et tout s'y passa par son autorité ; les décisions n'eurent d'autre force que celle qu'il leur donna.

Réponse. Il est évident que, sous le règne des empereurs païens, il n'était pas possible de tenir un concile général ; c'aurait été un motif d'exciter une persécution contre les évêques, qui étaient déjà le principal objet de la haine des païens; Licinius avait défendu formellement aux évêques de s'assembler. Eusèbe, Vie de Constant., 1. 1, c. 51. Il n'est pas moins évident que l'on n'aurait pas pu en tenir un sous le règne de Constantin, si ce prince n'y avait contribué de tout son pouvoir ; mais il y avait eu des conciles particuliers. Non-seulement nous avons prouvé que l'assemblée tenue à Jérusalem, vers l'an 51, était un vrai concile, dans lequel fut condamnée l'erreur soutenue ensuite par les ébionites ; mais on en connaît plusieurs qui furent tenus taut en Orient qu'en Occident, pour condamner différentes hérésies. Ce que l'on appelle les Canons des Apôtres, ne sont autre chose que les décrets des conciles

du second et du troisième siècle, et ces canons condamnent, du moins indirectement, les marcionites et les manichéens, et prononcent des peines contre les hérétiques.

Nous ne concevons pas comment les contestations touchant la foi peuvent être terminées par l'Ecriture seule, pendant qu'elles ont précisément pour objet de savoir quel est le vrai sens de l'Ecriture. Il n'est pas une seule secte d'hérétiques qui n'ait allégué en sa faveur quelques passages de l'Ecriture, et il n'en est au-, cune à laquelle l'Eglise n'ait opposé d'autres passages; s'il n'est aucun tribunal qui ait l'autorité de décider, par quel moyen la dispute pourrait-elle finir?

Nous convenons qu'un concile général n'est pas absolument nécessaire pour proscrire et pour étouffer une hérésie, puisque l'autorité de l'Eglise dispersée n'est pas moindre que celle de l'Eglise assemblée ; mais il est utile, en ce qu'il montre plus promptement, et d'une manière plus sensible, quelle est la croyance universelle de l'Eglise. Les protestants euxmêmes ont tenu non-seulement des synodes particuliers, mais dessynodes nationaux ; ils se proposaient de tenir à Dordrecht un synode général de tontes les Eglises réformées, elles y étaient toutes invitées ; ils ont fait, dans ces assemblées, des décisions de foi, prononcé des excommunications, et ils en ont l'ait appuyer les décrets par le bras séculier. Ces docteurs, sans mission et sans caractère, ontils eu une autorité plus légitime et plus respectable que les successeurs des apôtres.

Il est faux que le concile de Nicée, dans ses décrets touchant la foi et la discipline, ait procédé par l'autorité de Constantin; ce prince déclara luimême, en pleine assemblée, qu'il laissait aux évèques le soin de ces deux objets. Socratc, Hist. ecelésiast., liv, 1 , c. 8. Mais il punit avec justice, par l'exil, ceux qui refusèrent de se soumettre à la décision du concile.

2° Ces assemblées, suivant les protestants, ont changé la forme primitive du gouvernement de l'Eglise, et ont privé le peuple du droit de suf-

CON

frage qu'il devait avoir dans les délibérations. Les évèques, qui jusqu'alors s'étaient regardés comme de simples députés ou mandataires de leurs Eglises , prétendirent qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ le droit et le pouvoir défaire des lois touchant la foi et les mœurs, et de les imposer aux fidèles sans les consulter. De là sont venus dans la suite les honneurs, les prérogatives, la juridiction que les évèques des villes principales se sont attribués sur leurs collègues.

Réponse. La fausseté de toutes ces assertions est prouvée par des monuments incontestables. Au concile de Jérusalem, les apôtres ne consultèrent point le peuple, il y est dit au contraire que la multitude garda le silence; tacuit omnis multitudo; le décret fut formé au nom des apôtres et des prêtres, sans faire mention du peuple, apostoliet seniores fratres (1).

Le peuple d'une ville dans laquelle un concile était assemblé, avait-il le droit de subjuguer par son suffrage les évèques des autres Eglises, ou d'imposer des lois aux fidèles des autres villes? Les protestants eux-mêmes, dans leurs synodes, n'ont jamais consulté le peuple; ils ont toujours prétendu que le peuple était obligé de se soumettre à leurs décisions, sous prétexte qu'elles étaient fondées sur l'Ecriture sainte ; ils se sont ainsi attribué l'autorité qu'ils contestaient aux pasteurs de l'Egli e catholique. Le prétendu droit de suffrage, qu'ils attribuaient au peuple dans leurs écrits, n'est qu'un leurre dont ils se sont servis pour lui eu imposer. Nous ferons voir en son lieu que les évèques n'ont jamais été de simples mandataires de leurs Eglises; que le gouvernement ecclésiastique n'a jamais été démocratique ; qu'il y a toujours eu parmi les évèques divers degrés de juridiction. Voy. Evèqde, Gouvernement, Hiérarchie, Pasteur, etc.

3° Il n'y a, disent nos adversaires, aucune marque certaine, pour distinguer si un concile a été ou n'a pas

(i) L'assertion de Bergier est, ici, ioexacte; ii

y a dans le grec et seniores et fratres ; et l'on sait par les c tations des Pères que cette rédaction a toujours existé. Le Nom.

CON

été général, par conséquent infaillible ; sur ce point, le doute n'est pas encore dissipé à l'égard des conciles de Bàle et de Florence, et celui de Trente n'a pas été plus universel que les autres. Quelquefois un concile, qui avait commencé par être légitime et œcuménique, a cessé de l'être dans le cours de sesséances. Comment distinguer quels sont les décrète qui ont ou qui n'ont pas force de loi? Avant de s'y soumettre, il faut savoir si unconcile a été légitimement et universellement convoqué, s'il y a eu liberté de suffrages, s'ils ont été unanimes, s'ils n'ont pas été dictés par quelque passion, par ignorance ou par prévention, etc. Qui nous rendra, sur tous ces faits, un témoignage auquel on soit obligé de se lier?

Réponse. Si les protestants avaient fait toutes ces objections contre leurs synodes avant de vouloir en adopter les décisions, nous voudrions savoir ce que leurs docteurs auraient répondu; mais nous savons de quelle manière ont été traités les arminiens qui les ont faites en elfet contre le synode de Dordrecht : Basnage l'avait oublié, sans doute, lorsqu'il s'est avisé d'argumenter contre les conciles de l'Eglise romaine. Hist. de l'Eglise, hv.

10, ebap. 1 et suiv. ; liv. 27, cliap. 4.

Il faut que les caractères d'un concile œcuménique ne soient pas aussi difficiles à constater qu'il le prétend, puisque, entre les dix-huit conciles généraux, il n'y en a que deux sur lesquels on conteste parmi les théologiens catholiques. Tous conviennent que quand un concile a été convoqué par le souverain Pontife ou de son consentement, lorsque cette convocatien a été générale, qu'il a été confirmé par sun acquiescement et par l'acceptation de toute l'Eglise, il n'y a plus aucun do.ute à former sur l'autorité de ses décrets. Les contestations que peuvent élever à ce sujet les hérétiques qui ont été condamnés, ne méritent aucune considération; l'Eglise catholique n'y a jamais eu aucun égard : où a-t-on vu des p'aideurs opiniâtres convenir de la justice d'un arrêt prononcé contre eux (1)?

(1) Nous avons dit que, depuis le concile du Yû-

4° Basnage prétend que les conciles mêmesne se sont pas crus infaillibles ; les ôvêques assemblés à Nicée n'eurent point une si haute opinion de leurs décrets ; lorsque les ariens refusèrent de s'y soumette on ne leur opposa point l'autorité du Saint-Esprit qui y avait présidé. Au contraire, on crut que la décision de Nicée avait besoin d'être confirmée ; elle le fut en effet au concile de Sardique, l'an 347 ; mais les ôvêques, assemblés de nouveau à Rimini et à Séleucie, en 339, la révoquèrent et la changèrent; conséquemment il a fallu la renouveler dans le deuxième concile général tenu à Constantinople en 381. Il n'en est pas un seul dont les décrets n'aient été sujets à révision. Saint Augustin en jugeait ainsi, puisqu'il dit que les premiers peuvent être corrigés par les conciles postérieurs. C'est seulement dans les derniers siècles que Ton s'est avisé de les regarder comme infaillibles.

Réponse. Les conciles généraux se sont tellement crus infaillibles et revêtus de l'autorité de Jésus-Christ même, qu'ils ont déclaré hérétiques, excommuniés et indignes du nom de chrétiens, tous ceux qui se sont révoltés contre leurs décrets. Lorsque des conciles particuliers ont fait la même chose, ils ont présumé que leurs décisions seraient adoptées par toute l'Eglise, et acquerraient ainsi la même autorité que celles des conciles généraux. Le concile d'Ephèse, art. 3 et ti, celui de Chalcédoine, art. 5, déclarent que leur- jugement est sans appel et irréformable ; que pouvaient-ils dire de plus fort? Lorsque l'Eglise a souffert qu'un jugement semblable fût examiné de nouveau, elle a voulu démontrer qu'elle poussait la condescendance et la charité jusqu'à l'excès envers ses enfants rebelles; qu'elle ne refusait pas d'écouter leurs raisons; qu'elle ne voulait leur laisser aucun sujet ni aucun prétexte de se plaindre et il ne s'ensuit rien. Mais tel est le génie malicieux

tican, toute difficulté disparaît puisqu'il suffit de la confirmation, par la papauté, du concile en tant qu'œcuménique, ou seulement de tel décret en tant qu'universel, pour lui donner le caraetère d'infaillibilité. Le Nom.

CON

des hérétiques ; quand on exige qu'ils se soumettent sans discussion à l'arrêt une fois prononcé, ils se plaignent de ce que l'on ne daigne pas seulement les entendre; lorsque l'on consent à entrer avec eux dans un nouvel examen, ils en concluent que l'on a bien senti l'insuffisance du premier.

Si, avant de les y admettre, on exigeait d'eux une promesse solennelle d'acquiescer à lu seconde décision, ou ils refuseraient de la faire, ou ils la violeraient.

Que firent les ariens après le concile de Nicée? Ils n'osèrent pas soutenir que la doctrine de cette assemblée était fausse ou contraire à celle des apôtres, ni en enseigner une tout opposée dans leurs professions de foi ; ils se bornèrent à prétendre que le terme de con ubstanliel, inséré dans le symbole de Nicée, était susceptible d'un mauvais sens, et pouvait donner lieu à des conséquences erronées ; ils dressèrent des formules dans lesquelles, en supprimant ce terme, ils prétendaient établir, dans le fond, la même doctrine; et pour les faire adopter, ils demandaient sans cesse de nouveaux concilies. Lorsqu'ils furent parvenus à se rendre les maîtres dans quelques-uns, comme à Rimini et à Séleucie, à intimider et à subjuguer les évèques catholiques, ils levèrent le masque et professèrent le pur arianisme. Voyez Au'anisme.

Il suffit de lire en entier le passage de saint Augustin, pour voir ce qu'il a voulu dire. 11 dit que les conciles pléniers ou généraux sont souvent corrigés par des conciles postérieurs, lorsqu'on découvre, par quelque expérience, ce qui était caché auparavant, et que l'on aperçoit ce qui était inconnu, liv. 2, de Bapt. contra Donat., c. 3. Est-ce en matière de foi que l'on peut découvrir, par expérience, ce qui était inconnu auparavant? L'Eglise n'a jamais eu besoin de concile pour savoir ce que les apôtres lui avaient enseigné. C'est donc en matière de faits personnels ou autres, que cela peut arriver : or, on convient que, sur de tels faits, les décisions d'un concile ne sont point infaillibles. D'ailleurs saint Augustin écrivait pour lors contre les donatistes, et toute la

contestation qui régnait entre eux et l'Eglise n'avait qu'un fuit pour objet.

Voy. Donatistes.

Les protestants ont encore mieux fait que les ariens ; dans le temps même qu'ils soutenaient de toutes leurs forces qu'aucune décision humaine n'est infaillible, ils exigeaient, pour les décrets de leurs synodes, la même soumission que si c'avait été les oracles de Dieu même.

5° Ils disent que plusieurs conciles généraux ont été opposés les uns aux autres. La doctrine de Nestorius, condamnée à Ephèse, fut remise en honneur à Cbalcédoine ; ainsi en jugea le deuxième concile tenu à Ephèse, en 149, et il n'y a aucune r;iisou de juger celui-ci moins œcuménique ou moins légitime que le premier. Le cinquième concile, assemblé à Constantinople, condamna les trois chapitres que celui de Cbalcédoine avait approuvés En 87 9, un autre concile de Constantinople cassa les actes de celui qui avait condamné Pholius dix ans auparavant. Le concile de Trente a déclaré canoniques des livres que les anciens conciles avaient rejetés comme apocryphes.

Réponse. Ce sont là autant de faussetés. Il est absurde de nous donner pour concile oecuménique l'assemblée que Dioscore, à la tète des eutychiens, tint en 449, et qui a été nommée à juste titre le brigandage a" Ephèse. Il ne l'est pasmoins d'allégueren'preuve les calomnies que ces hérétiques publièrent contre les décisions du cuncile de Cbalcédoine, pour étayer leurs erreurs. Il est faux que ce concile ait favorisé en aucune manière la doctrine de Nestorius, et qu'il ait approuvé les trois chapitres; il l'est que celui de Constanlinople ait cassé les actes du précédent. Tous ces faits seront éclaircis chacun en son lieu. Voyez Ephèse, Cbalcédoine, Eotychianisme, Nestorianisne, Grecs, etc. Le concile de Trente a déclaré canoniques des livres que les anciens conciles n'avaient pas placés dans le canon, mais qu'ils n'avaient rejetés ni comme faux, ni comme apocryphes. Voyez Canon.

G0 II n'est, disent encore les protestants et leurs copistes, aucun des conciles, soit anciens, soit modernes,

CON

qui ait produit les effets que l'on en attendait. Ces assemblées, loin de terminer les disputes, les ont rendues plus violentes; elles ont aigri le mal au lieu d'y remédier. Le concile de Nicée n'aboutit qu'à susciter de nouveaux partisans à l'arianisme, et à remplir l'Eglise de troubles pendant plus d'un siècle. Celui de Conslantinople n'étouffa pas les erreurs de Macédonius ; celui d'Eplièse lit naître le schisme des nestoriens., et celui de Chalcédoine, le scliisme des eutycbiens. Le septième , touchant le culte des images, fut rejeté en France et en Allemagne pendant plus d'un siècle, et le huitième a été l'origine du schisme des Grecs. Enfin, celui de Trente n'a pu ramener à l'Eglise aucune des sectes qui s'en étaient séparées.

Réponse. A qui doit-on s'en prendre ?

Il est singulier que les hérétiques se prévalent de leur opiniâtreté pour prouver l'inutilité des conciles. Tous ont commencé par en demander un dans lequel leur doctrine fut examinée ; lorsqu'ils ont été condamnés, ils ont déclamé contre la décision. Cela démontre que tous ont été de mauvaise foi ; qu'ils ont été bien résolus de n'acquiescer à aucun jugement, à moins qu'ils ne l'eussent euxmêmes dicté. Mais le synode de Dordrecht, assemblé par les calvinistes avec tant d'appareil, a-t-il converti les arminiens ? Leur secte subsiste et a fait de nouveaux partisans en dépit de la condamnation ; celle des gooiarïstes n'a prévalu que par l'appui du bras séculier. Avant de censurer avec tant d'amertume les conciles de l'Eglise catholipue, les protestants auraient dû ouvrir les yeux sur ce qui s'est passé parmi eux.

Quelle conséquence peuvent en tirer les incrédules d'aujourd'hui? que les hérétiques sont inconvertibles; que l'Eglise fait en vain ses efforts pour les ramener à résipiscence ; qu'ils la forcent enfin aies rejeter entièrement de son sein, comme des membres pourris et capables d'infecter les autres. L'anathème qu'elle prononce contre eux n'est donc pas inutile ; puisqu'il sert à distinguer ses enfants d'avec les rebelles, et sa doctrine

d'avec les erreurs. Les schismes, les divisions, les haines, qui ne manquent jamais d'éclore dans les sectes même dont elle s'est séparée , ne prouvent que trop qu'elle a eu raison de s'en débarrasser.

7° Il est impossible, continuent les déclamateurs, que le Saint-Esprit ait présidé aux conciles; c'étaient des assemblées tumultueuses où la passion animait également les deux partis, où les évèques, la plupart très-vicieux, ne pensaient qu'à faire prévaloir leurs opinions, et à satisfaire leurs haines particulières. Rien n'est plus scandaleux que les scènes qui se sont passées à Ephèse , à Constantinople, à Nicée et ailleurs, pendant la tenue des conciles. Saint Grégoire de Nazianze en était si révolté, qu'il avait résolu de ne plus assistera aucun : il n'en parle qu'avec le plus grand mépris ; saint Ambroise en pensait de même. Les disputes ne furent ni plus décentes ni plus modérées au concile de Trente que dans tous les autres.

Réponse. Nous convenons que, dans plusieurs des anciens conciles , les hérétiques ont excité du tumulte ; que souvent, h l'exemple des ariens, de Nestorius et de Dioscore, ils se sont fait appuyer par des soldats, et ont employé la violence pour fahe prévaloir leurs erreurs. Mais il ne faut pas rejeter sur les évêques catholiques les excès des sectaires. Lorsque saint Grégoire de Nazianze a fait un tableau désavantageux des conciles, il parlait de ceux dans lesquels les ariens avaient été les maîtres, et s'étaient prévalus de l'appui des empereurs qui les favorisaient; il écrivait l'an 377, et alors il y avait eu au moins douze assemblées dans lesquelles ces hérétiques avaient fait éclater leur génie violent et séditieux ; lui-même avait été en butte à leurs cabales, lorsqu'il gouvernait l'Eglise de Constantinople.

Saint-Ambroise parlait de ces mêmes tumultes et dans le même temps ; mais il n'y a pas eu des ariens dans tous les conciles; plusieurs ont été tenus sous les yeux, dans le palais des empereurs ; et ces princes, lorsqu'ils étaient catholiques, n'ontexcité ni souffert aucune dispute indécente.

CON

CON

ïl peut y en avoir eu parmi les théologiens de différentes écoles, qui furent envoyés au concile de Trente ; mais ces disputes n'ont rien eu de commun avec les sessions du concile, tenues par les évèques, dans lesquelles se rédigeaient les décisions. Il y avait à Trente des ambassadeurs de tous les souverains catholiques; les disputes des théologiens n'avaient lieu que dans des assemblées particulières ; aucun désordre, aucun tumulte n'est arrivé dans lessessionspubliques.Vby.

Trexte.

8° Mosheim prétend que les controversistes et les conciles suivirent la méthode des jurisconsultes et des tribunaux romains, qui examinaient plutôt ce qui avait été pensé par les anciens, que ce qui était conforme à la raison et au bon sens. C'est, dit-il, ce qui donna lieu à des imposteurs de publier de faux ouvrages, sous les noms des auteurs les plus respectables, même de Jésus-Christ et des apôtres. Hist. eccl., cinquième siècle, 2e part., c. 3, § 8 et 9.

Réponse. Ici, comme dans beaucoup d'autres endroits, ce critique a été aveuglé par la haine. Il a dû savoir que, dans le Christianisme, pour savoir ce qui est vrai ou faux, il ne s'agit pas de consulter la raison trèsfautive et le prétendu bon sens des philosophes, mais la révélation, et de savoir ce qui a été ou n'a pas été révélé. Or c'est un fait qui ne peut être constaté que par des témoignages ou par le rapport des anciens. Il n'y a donc aucune comparaison à faire entre les théologiens et les jurisconsultes.

Que répondrait Mosheim à un incrédule, qui lui dirait que c'est l'habitude de consulter des livres prétendus inspirés, plutôt que la raison et le bon sens, qui a donné lieu aux faussaires de forger des livres sous le nom de Jésus-Christ et des apôtres?

Voilà comme les protestants s'enlacent toujours dans leurs propres filets.

9° Quelques incrédules ont prétendu qu'il y a un moyen par lequel la cour de Rome peut corrompre les actes des conciles; ils ont cité un protestant qui dit qu'à la bibliothèque du Vatican

il y a des écrivains entretenus pour transcrire les actes et les ouvrages des Pères, en imitant le caractère des anciens livres, afin de pouvoir donner ces copies modernes pour des titres originaux. Ces impostures des protestants étaient fort bonnes pour séduire les peuples dans les deux siècles passés ; mais il y a bien de l'ineptie à les répéter aujourd'hui. La cour de Rome altérera-t-elle les éditions des conciles et des Pères, imprimées et répandues dans une grande partie de l'univers ? Les actes originaux du concile de Bàle n'ont pas été transportés à Rome ; ils sont dans la bibliothèque de Bâle, et il y en a une copie authentique dans la bibliotèhque du roi.

Les actes des conciles ont été recueillis par Labigne, et imprimés au Louvre l'an 1644, en 37 vol. in-folio : ensuite par lès pères Labbe et Cossart, jésuites, et imprimés à Paris en 1672, en 17 volumes; enfin par le père Hardouin, et imprimés au Louvre eu 1715, en 12 vol. La collection de Labbe a été réimprimée à Venise en 1732, en 21 vol., et à Lucques en 1748, en 2ti vol. Les actes des conciles tenus en France ont été donnés par le père Sirmond et par son neveu, en 4 vol. ; ceux des conciles d'Espagne par d'Aguirre, en 4 vol. ; ceux des conciles d'Angleterre et d'Irlande, par Wilkins, et imprimés à Londres en 1737, en 4 vol. in-folio.

Discours du père Richard, à la tète de l'Analyse des conciles généraux et particuliers. Bergier.

CONCILES (littérature des). (Théol.

hist. gêner.) — Nous ajouterons aux indications par lesquelles Bergier vient de terminer son article un résumé plus complel qu'à donné M.

Phillips des recueils des conciles œcuméniques, des recueils des conciles particuliers, et des travaux littéraires sur les conciles :

« I" Recueils des conciles œcuméniques:

Merlin, Concilia generalia Grxca etLatina, Paris, 1323, Colon., 1530, 2 vol. in-fol. ; Paris,1533, 2 vol.in-8". — P. Crabbe, Concilia omnia, tatn generalia quam particidaria, Colon. , 1 S38, 2 vol. in-fol.; Colon., 1537,3 vol. in-fol.—

CON

CON

Fr. Jovérius, Sanrfiones ccclesiasticx, tam synodicx quam. pontificx, in très classes distincte, quorum "prima universales synodos, secundaparticulares, tertia pontificia décréta complectitur, Paris, 1555, in-fol. ; — Laur. Surius, Concilia omnia, tam gcnercdiaquamprovincialia atque partie ularia, Colon., 1567, 4 vol.'in-1'ol. — (Dom Bollani), Conciliorum omnium tam generalium quam provinciedium volume?!, Venet..

• 1585, 5 vol. in-fol, — Sev. Binius, Concilia generalia et provincialia, Colon., 1606, 1618, 4 t. en 5 vol. in-fol.; Paris, 1636, 0 vol, in-fol. — Concilia generalia Ecclesix catholiese, cum prxfatione Jac. Sirmondi, Rornœ, 1608, 4 vol. in-fol. — Conciliorum omnium generalium et provinciedium Collectio regia, Paris, 1644, 37 vol. in-fol. — Sacrosaneta Concilia ad Regiam editionem exacta; studio Phil. Labbei et Gabr. Cossai'tii, Paris, 1672, 18 vol.

in-fol., avec un supplément deSaint- Baluze, Nova Collectio conciliorum, t.

prim., Paris, 1(;83. — J. Hardouin, Collectio maxima Conciliorum generalium et provincialium, Paris, 1715, 11 torn. eu 12 vol. — Nie. Coleti, Sacrosaneta Concilia ad Regiam editionem exacta, 1723, 23 vol. in-fol., et le supplément de J. Dom. Mansi, Sanctorum Conciliorum et Decretorum nova Collectio, Luc., 1728,6 t. in-fol. — J. Dom.

Mansi, Sacroruin Conciliorum nova et amplissimaCollectio, Flor., 1759' 1767; Venet, 1769-1798, 31 vol. in-fol.

« Comme manuel on peut commodément se servir de la Collection des Conciles du quatrième et du cinquième siècle, de H. -Th. Bruns ; Bibliotheca ecclesiastica, vol. pt'im., Berol., 1839, in-8°. Consulter Martène et Durand, Collectio ampiissima, t. VII et VIII, et novus Thésaurus Anecdotorum, t. IV.

» II. recueils des conciles particuliers: Concilia Germanise, quorum collectionem Joh.-Fr. Sckannat primum cœpit, contin, Jos . Harzhcim, finivit Mg .

Neisshen, indic. digessit Jos. Hesselmann, Colon., 1749-1790, 11 vol. infol. Binterim et Ross ont annoncé un supplément, et dans le prospectus, ainsi que dans un Additamentum à ce prospectus, ils ont donné un catalogue considérable des conciles allemands. — Jac. Sirmond, Concilia an-

tiquaGallix, Paris, 1649, 3 vol. in-fol. avecun supplément de P. de LaLande!

Paris, 1669, in-fol. — Lud. Odëspun, Concilia novissimaGallix, Paris, 1616.

— Conciliorum Gallise tam editorum, quam ineditorum stud. Congr. S. Mauri, t. prim., in-fol. — De Ram, Synodicon Belgicum. Mechlin., 1828, 3 vol. in-4°; inachevé. — Jos. Saenz de Aguirre^ Collectio maxima Conciliorum omnium Hispcvnix et Novi Orbis, Romœ, 1753, 4 t. in-fol. — Syiv. Puey, Collectio maxima Conciliorum Eispanix epistolarumque decretalium celebriorum, a Jos.

card. de Aguirre édita, nuneveroadjuris canonici corporis exemplum nova methodo digesta, Matr., 1781, t. prim., in-4°. — Dav. Wilkins, Concilia Magnse Britannix etHibernix, Lond., 1787, 4 Toi. in-fol. — P. César Peterffy, Concilia Ecclesix Romano-catholicx in regno Hungarix celebrata, Pars I, Vienuœ, 1747; P. II, Posen, 1742, infol. — Statuta synodalia veteris Ecclesix Sveogothicx Post celeb, M. a Celse ed.it. H. Reuterdnhl, Lund., 1841. — Dalham, ConciliaSalisburgensia, 2vol.

in-fol. — Acta Ecclesix Mecliolanensis, a Carolo [Borromxo) condita, Mediol., 1599, 2 vol. in-fol. ; nouvelle édition, 1844, — Thom.-M.-J. Gousset, les Actes de la province de Reims, Lut.

Par., 1842, 4 vol. in-4°. — Acta et Décréta Cortcil, prov. Eemensisin Suessionensi civitate anno Dumini 1849, celebrati, Par., 1850, m-8°. —Décréta Concilii provinciales Parisiis habiti a M.-D.-A. Sibour, Par., 1850, in-8°.

Conciliaprov. Baltimor. habita ab anno 1829-1830, Baltim., 1812, in-8°.

« III Travaux sur les conciles. Barth.

Carranza, Summa omnium Conciliorum, Venet., 1546, edid. Schramm, Aug. Vind., 1778, 4 vol. in-8°. —Joli.

Cabassut, Notitia ecclesiastica Historiarum, Conciliorum et Canonum, Lugd., 1680; Bamb., 1754, in-fol. — Fr.

Salmon, Traité de l'étude des Conciles et de leurs collections, Paris, 1724 et 1726. in-8°. — G.-L. Richard, Analyse des Conciles, Par., 1781, in-8°. — Walch, Esquisse d'une collection complète des Conciles, Leipz., 1759, in-8".

— J. Binterim, Histoire pragmatique des Conciles nationaux, provinciaux et diocésains de l'Allemagne, Mayence, 1835-45, 7 vol. in-8°. — Dissertations

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sur les Conciles : Christ. Lupus, Synoclorum generalium ac proviucialium décréta et canones, scholiis, notis ac historka actorum dissertatione illustrati (Opp. I-VI, Venet , 1721-, in-fol.). — Lud. Thornassin, Disscrtationum in Concilia generalia et particularia, t. L Par., 1667, in-4°. — Van Espen, Tract, histor. cxhibens scholia in orrtnes canones Conciliorwn (Opp., edit. Venet., P. V.). — Voyez en outre : Jos. Fessier, des Conciles provinciaux et diocésains, Innsbr. 1849, in- 8°. — D. Bouix, du Concile provincial, ou Traité des questions de théologie et de droit canon qui concernent les conciles provinciaux, Paris, 1850. »

Le Noir.

CONCILES D'ARLES. (Théol. hist.

conc.) — Seul à notre travail, et obligé de livrer tous les deux mois un volume à l'impression, nous sommes exposé à faii e des oublis. Nos lecteurs nous les pardonneront. Dans la théologie historique de la lettre A, nous avons omis les conciles d'Arles, malgré l'importance particulière, et la nuance plus qu'équivoque de celui de 353 dans l'affaire des Ariens. Nous comblons ici cette lacune en citant le sommaire qu'a donné M. Fritz de ces conciles.

« I. La controverse donatiste « née de la colère, dit Optât de Milève, nourrie par l'ambition el fortifiée par l'avarice,» s'était singulièrementétendue dans l'Afrique chrétienne. Les Donatistes rusés obtinrent de l'empereur de faire juger leur affaire par des évoques des Gaules. Constantin le Grand fit, d'abord, convoquer à Rome, en 313, une assemblée composée de trois évêques des Gaules, et de quinze évoques italiens, présidée par le pape Melchiade. Cécilien et Donat de Case-Noire s'y étaient aussi rendus avec dix é\èques. Cette assemblée déclara l'élection et l'ordination de Cécilien valables, mais Donat fut exclu de la communion de l'Eglise.

« Les Donatistes protestèrent et en appelèrent à l'empereur, qui fit examiner leur protestation, et, pour mettre fin à la discussion, convoqua une nombreuse assemblée à Arles,

en 314, Celle-ci décida comme celle de Rome de l'année précédente.

« Après avoir terminé l'affaire de- Cécilien, le concile promulgua vingtdeux canons relatifs à des abus qui s'étaient introduits dans la discipline ecclésiastique pendant la persécution de Diocléticn ; les plus importants de ces canons sont les suivants :

Can. 1, la fête de Pâques doit srs célébrer partout le même jour ;

Can. 2, contre la non-résidence des membres du clergé ;

Can. 3, excommunie les déserteurs;

Can. 4, excommunie ceux qui prennent part aux jeux sanglants des gladia 'eurs ;

Can. 3, prononce la même peine contre les acteurs ;

Can. 7, oblige les fonctionnaires qui sont promus dans une autre province à se présenter devant leur nouvel évèque munis d'un témoignage écrit de leur ancien évèque attestant qu'ils, sont dans la communion de l'Église;

Can. 8, déclare que les hérétiques qui rentrent dans l'Église ne doivent pas être rebaptisés, s'ils l'ont été une fois au nom de la sainte Trinité;

Can. 10, défend au mari (jeune) dont la femme a commis un adultère de se remarier du vivant de celle-ci;

Can. 13, (concernant les Donatistes), ordonne que ceux qui seront convaincus d'avoir publiquement livré les saintes Ecritures, les vases sacrés ou leurs frères, seront exclus de l'état ecclésiastique, sans toutefois que ceux qui ont été ordonnés parmi eux perdent leur dignité. Ce canon déclarait par conséquent valable l'ordination de Cécilien, sans décider si Félix d'Aptonge avait été un traditcur ;

Can. 14, exclut pour toute sa vie de la communion de l'Église celui qui a faussemeni accusé son frère ;

Can. 15, interdit aux diacres le droit, qu'ils s'arrogeaient, de consacrer ;

Can. 18, maintient la subordination des diacres des églises urbaines sous l'autorité des prêtres.

D'après le can. 16, on ne peut être réintégré dans la communion de l'Église que là où l'on a été excommunié.

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Can. 20, demande qu'il y ait sept ou au moins trois évêques présents à 'l'ordination d'un évêque.

« II. En 353 on tint un nouveau concile à Arles. L'empereur Constant demandait qu'on reçût les Ariens dans la communion de l'Eglise et qu'on condamnât Athanase. Il s'y trouvait aussi des évêques d'Occident, parmi lesquels Vincent, évêque de Capoue, au nom du pape Libère.

Quelle que fût lear résistance, ils furent contraints de souscrire à la condamnation d'Athanase. Paulin, évêque de Trêves, refusa seul et fut exilé en Phrygie.

« IIL Un troisième concile se tint à Arles, en 452 selon les uns, en 380 d'après les autres. On n'est pas d'accord non plus sur le nombre de chapitres qu'il publia, vingt-cinq ou cinquante ; toujours est-il que la plupart n'étaient que la reproduction des canons du concile de Nicée de 325. Le premier chapitre exclut le néophyte des ordres supérieurs ; le second décrète qu'un homme marié ne peut être ordonné prêtre s'il ne promet d'abord de vivre dans la continence (promissa conversio). D'après le chapitre v, un évêque doit être ordonné par trois évêques, avec l'assentiment du métropolitain. Le chapitre vu interdit l'état ecclésiastique à ceux qui se mutilent eux-mêmes.

« IV. Enfin il y eut à Arles en 529 un concile provincial, qui rendit plusieurs décrets relatifs aux ordinations et condamna les erreurs pélagiennes et prédestinatiennes. »

CONCILIABULE, assemblée tenue par des hérétiques ou par des schématiques, contre les règles de la discipline de l'Eglise; les ariens, les novatiens, les donatistes, les nestoriens, les eutychiens et les autres sectaires en ont formé plusieurs, dans lesquels ils ont établi leurs erreurs et fait éclater leur haine contre l'Eglise catholique. Le plus célèbre de ces faux conciles est celui que l'on a nommé le brigandage d'Ephèse,tenu dans celte ville par Dioscore, patriarche d'Alexandrie, à la tète des partisans d'Eutvchès; il condamna le concile de

Chalcédoine, quoique très-légitime ; il prononça l'anathème contre le Pape saint Léon : il fît maltraiter ses légats et tous les évêques qui ne voulurent pas se ranger de son parti.

Voy. EUTYCHIANISME.

Bergieh.

CONCILIATEURS (théologiens).

Voy. Syncrétistes.

CONCINA (Daniel). (Théol. hist.

biog . et bibliog. — Ce théologien italien naquit dans le Frioul, à Clauzulo, en 1677, et mourut àVenise en 1756.

« Dominicain sévère de mœurs, dit son biographe de Y 'encyclopédie théologique allemande, moraliste rigoureux, savant théologien, philosophe et canoniste, il fut un infatigable adversaire de la morale relâchée, qu'il combattit dans ses écrits et ses sermons, notamment par rapport au vœu de pauvreté, au jeûne et au spectacle, à l'occasion d'un livre de Scipion Maffei, intitulé dei Tcatri antiehi e moderni, Verona, 1754, et du probabilisme soutenu par quelques Jésuites ,

« Il était tout aussi ardent dans la discussion de certains points dogmatiques. Sa vivacité et son rigorisme exagéré diminuèrent beaucoup son influence, comme son caractère polémiste nuisit à l'ordre systématique et à la perfection du style d'une quarantaine d'ouvrages dont il fut l'auteur. Le pape Benoît XIV se vit obligé de blâmer ses attaques sans mesure à l'égard de Maffei.

Parmi ses ouvrages les plus connus on cite : délia Storia del Probabilismo e del rigorismo, dissertazioni teologiche, moralie critiche, 1744, 2 t. in-4°; Commentarius in Epist. ene.ydieam Benedicti XIV, adv. usurarn, Rome, 1744, 2 t. in-4°; Disciplina apostolicomonastica, Venet., 1750, in-4°; Theologia christiana dogmatico-moralis , Rome, 1749, 1754, 4758, 10 t. in-4°; Apparatus ad Theologiam christianam dogmatico-moralem, 1751, 2 t. in-4°; Compendium Theologix moralis, 1762, 1771, 2 t. in- 8° ; Octo Epistolxad Carolum Nocetium, de singularibus .argumentas in ejusdem libro inscnpto :

Veritas vindicata contentis, Venet.,

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17SS ; Dissertationcs binse de spectaculis theatralibus. Rome 1754, in-4°. »

Le Nom.

CONCLAVE. (Théol. pur. gêner.) — Le mot conclave signifie : 1° le lieu où s'assemblent les cardinaux pour l'élection d'un Pape ; 2° l'assemblée ellemême des cardinaux qui s'occupent de cette élection. 11 ne s'agira dans cet article que du premier sens; nous parlerons du second au mot élection

des PAPES.

La mesure qui consiste à enfermer les cardinaux dans un local pour l'élection d'un nouveau Pape remonte, comme fait historique, à l'élection de Grégoire XI, successeur de Clément IV ; comme les cardinaux étaient divisés et ne pouvaient s'entendie, le gouverneur de la ville de Viterbe, Régnier Gatto, les enferma dans un palais de cette ville. Cela se passa en 1271. Quelques années après, au second concile de Lyon, (1274), le pape Grégoire X, qui avait fini par être élu, fit de cette mesure une loi, que ses successeurs entourèrent de diverses ordonnances, dont les principales règles sont résumées comme il suit par M. Permaneder :

« Le conclave doit toujours avoir lieu là où est, mort le dernier Pape.

S'il meurt à Rome, la chapelle Pauline, dans le palais du Vatican, est destinée à devenir le local du conclave. On divise par des refends en bois toute la longueur des salles du premier étage du palais en appartements isolés, dont chacun est subdivisé en trois ou quatre cellules, qui ont pour tout mobilier un crucifix, un lit, une table, et quelques chaises. Le dixième jour après la mort du Pape ou le lendemain de sa sépulture, les cardinaux se réunissent au Vatican, et, après que le cardinal doyen a dit la messe de Spiritu Sancto et qu'un autre prélat a invité en langue latine les éminents électeurs à élire le plus digne d'entre eux vicaire de Jésus-Christ, les cardinaux entrent solennellement et deux à deux, en chantant le Veni, Creator, au conclave, puis dans la cha- ' pelle Sixtine, où on leur lit les bulles des Papes relatives à l'élection du souverain Pontife. Alors on les laisse

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dans leurs appartements pour dîner, après qu'ils ont promis de se réunir de nouveau le soir. Autrefois les cardinaux rentraient chaque fois chez :

eux et revenaient au conclave le matin ; aujourd'hui ils ne peuvent plus sortir depuis le matin du second jour.

Los portes et les fenêtres sont murées, sauf une petite ouverture nécessaire pour donner du jour.

« Chaque appartement n'a qu'une sortie sur le corridor, pour le cas où un conclaviste serait malade et pour la double réunion de chaque jour à la chapelle. Les entrées principales sont également fermées avec des serrures et des verroux, sauf une seule, qui est gardée parun poste nombreux.

Toute relation avec le dehors est interrompue, et les conclavistes ne peuvent recevoir leurs aliments que par trois tours, aux heures déterminées, et après que les gardiens sesonteonvaincusqu'on n'a pas introduit par ce moyen de communication écrite. Les tours sont fermés ensuite en dehors par l'appariteur et scellés par les prélats servants ; le maître 'de cérémonie en fait autant à l'intérieur. Pendant les trois premiers jours la quantité etlechoix des mets dont les cardinaux ont à se pourvoir euxmêmes sont abandonnés à chaque cardinal; à partir de là le repas est réglé, et très-frugalement. Chaque cardinal peut avoir deux ou trois conclavistes comme compagnons de sa solitude ; ces conclavistes reçoivent, en qualité de secrétaires honoraires des cardinaux et de personnes de confiance, certaines distinctions (droit de bourgeoisie, ordre de chevalerie, immunités de taxe) et 10,000 scudi qu'ils se partagent. Aussitôt que les cardinaux, après s'être confessés et avoir communié, sont entrés en conclave, les conclavistes prêtent serment de garder le plus rigoureux silence.

sur tout ce qui se passera. Ceux qui ne sont pas arrivés dès le principe ou qui viennent des provinces et des pays étrangers, peuvent entrer au conclave, mais seulement durant l'espace des trois premiers jours do leur arrivée à Rome. Si l'un des cardinaux est obligé, pour cause do maladie ou pour tout autre motif légitime de

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sortir du conclave, il perd sa voix pour cette élection, comme tout absent. » Le Nom.

CONCOMITANT, se dit du secours de la grâce que Dieu nous accorde dans le cours d'une action, pour nous aider à la continuer et à la tinir. Il a été décidé, contre les pélagiens, que pour toute bonne œuvre surnaturelle et méritoire, nous avons besoin nonseulement d'une grâce concomitante, mais d'une grâce prévenante, qui excite notre volonté, nous inspire de salutaires pensées et de bons désirs.

Cette grâce n'est donc pas la récompense des saints désirs que nous avons formés de nous-mêmes et par nos propres forces, elle en est au contraire le principe et la cause ; conséqueniment elle est purement gratuite; elle vient uniquement de la bonté de Dieu et des mérites de Jésus-Clirist.

Saint Prosper dit très-bien, après saint Augustin, que désirer la grâce est déjà un commencement de grâce.

Cela n'empêche pas que Dieu ne récompense souvent notre fidélité à une première grâce, par une seconde plus abondante ; alors celle-ci n'est pas moins gratuite que la première, puisqu'elle n'a été méritée et obtenue que par le secours de la première.

C'est encore le sentiment de saint Augustin, liv. 4, Contra duas Epist.

Pelag., c. 6, n° 13. « Lorsque les pé- » lagiens, dit-il, soutiennent que Dieu » aide le bon propos de chacun, l'on » recevrait volontiers cette propo- » sition comme catholique, s'ils » avouaient que ce bon propos, qui est » aidé par une seconde grâce, n'a pu » être dans l'homme sans une prew mière grâce qui l'a précédé. »

Ilya des catéchismes dans lesquels il est dit que le corps et le sang de Jésus-Christ se trouvent sous chacune des espèces consacrées, par concomitance ou par accompagnement; on a voulu dire par là que le corps de Jésus-Christ, dans l'eucharistie, étant un cori s animé, il ne peut pas plus y être sans avoir son sang que sans avoir son âme ; qu'ainsi le sang de ce divin Sauveur ne peut pas y être non plus séparé du corps. D'où il s'ensuit cme le corps, le sang et l'âme de

Jésus-Christ sont également sous l'espèce du vin et sous l'espèce du pain.

Voyez Eucharistie.

Bergiee.

CONCORDANCE, est un dictionnaire de la Bible où Ton a mis, par ordre alphabétique, tous les mots de l'Ecriture sainte, afin de pouvoir les comparer ensemble, et voir s'ils ont le même sens partout où ils sont employés. Les concordances ont encore un autre usage, qui est d'indiquer précisément les passages dont on a besoin, lorsqu'on veut les citer exactement.

Ces dictionnaires ou tables de mots, servent à éclaircir beaucoup de difficultés, à faire disparaître les prétendues contradictions que les incrédules croient trouver dans les livres saints, à citer exactement le livre, le chapitre, le verset dans lequel se trouve tel passage, etc. Aussi a-t-on fait des concordances en latin, en grec et en hébreu.

La concordance latine, faite sur la vulgate, est la plus ancienne ; l'on s'accorde assez à l'attribuer à Hugues de Saint-Cher, qui, de simple dominicain, devint cardinal, et qu'on appelle communément le cardinal Hugues; il mourut en 1162. Ce religieux avait beaucoup étudié l'Ecriture sainte, il avait même fait un commentaire sur toute la Bible; cet ouvrage l'avait engagé à en faire une concordance sur la vulgate ; il comprit qu'une table complète des mots et des phrases de l'Ecriture sainte serait d'une très-grande utilité, soit pour aider à la faire mieux entendre, en comparant les phrases parallèles, soit pour citer exactement les passages. Ayant formé son plan, il employa un nombre de religieux de son ordre à ramasser les mots et à les ranger par ordre alphabétique ; avec le secours de tant de personnes, son ouvrage fut bientôt achevé. Il a été perfectionné depuis par plusieurs mains surtout par ArlotThuscus et par Conrad Halberstade. Le premier était un franscicain, le second un dominicain, qui vivaient tous deux vers la fin du même siècle.

Comme le principal but de la con-

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cordance étau de faire trouver aisément le mot ou le passage dont on a besoin, le cardinal Hugues vit qu'il fallait d'abord partager chaque livre de l'Ecriture eu sections, et ensuite ces sections en subdivisions plus courtes, afin de faire dans sa concordance des renvois qui indiquassent précisément l'endroit, sans qu'il fût besoin de parcourir une page entière. Les sections qu'il lit sont nos chapitres ; on les a trouvés si commodes, qu'on les a conservés depuis. Dès que sa concordance punit, on en vit si bien l'utilité, que tout le monde voulut en avoir; et pour en faire usage, il fallut mettre ses divisions à la Bible dont on faisait usage, autrement ses renvois n'auraient servi à rien ; mais les subdivisions de Hugues n'étaient pas des versets. 11 partageait chaque section ou chaque chapitre en huit parties égales, quand il était long, et en moins de parties, quand il était court; chacune était marquée à la marge par les premières lettres capitales de l'alphabet,A,B,C,D, E, F, G, à distance égale l'une de l'autre. Les versets, tels que nous les avons aujourd'hui, sont de l'invention d'un Juif.

Vers l'an 1430, un fameux rabbin, nommé rabbi Mardochée Nathan, qui avait souvent disputé avec les chrétiens sur la religion, s'aperçut du grand service qu'ils tiraient de la concordance latine du cardinal Hugues, et avec quelle facilité elle leur faisait trouver les passages dont ils avaient besoin; il goûta cette invention, et se mit aussitôt à faire une concordance hébraïque pour l'usage des Juifs. 11 commença cet ouvrage l'an 1438, et l'acheva l'an 1445. Il s'en est fait plusieurs éditions : celle qu'en a donnée Buxtorf le fils, à Bàle, en 1032, est la meilleure.

fiabbi Nathan, en composant ce livre, trouva qull était nécessaire de suivre la division des chapitres que le cardinal Hugues avait introduite; mais il imagina des subdivisions plus commodes, savoir celle des versets, et il eut soin de les coter par des nombres mis à la marge. Pour ne pas trop charger les marges, il se contenta de marquer les versets de cinq en cinq; et c'est ainsi que cela s'est

pratiqué depuis dans les Bibles hébraïques, jusqu'à l'édition d'Athias, juif d'Amsterdam, qui, dans les deux belles et correctes éditions qu'il a données de la Bible hébraïque, en 1061 et 1667, a coté chaque verset.

Vatable ayant fait imprimer une Bible latine, avec les chapitres ainsi divisés en versets, distingués par des nombres, son exemple a été suivi dans toutes les éditions postérieures; tous ceux qui ont fait des concordances, et en général tous les auteurs qui citent l'Ecriture, l'ont citée depuis ce tempslà par chapitres et par versets. Mais la division des pages d'un livre, par les lettres majuscules de l'alphabet, imaginée par le cardinal Hugues, a été mise en usage pour la plupart dus autres livres, soit des écrivains ecclésiastiques, soit des auteurs profanes; et c'est par ce moyen que l'on est parvenu à en faire des tables trèscommodes, qui sont aussi des espèces de concordances.

La concordance hébraïque du rabbin Nathan a été beaucoup perfectionnée par Marius de Calasio, religieux franciscain, dont l'ouvrage fut imprimé à Rome en 1021, et ensuite à Londres, l'an 1747, en 4 vol. in-folio. C'est un livre très-utile à ceux qui veulent bien entendre l'Ancien Testament ■ dans l'original ; outre que c'est la concordance la plus exacte, c'est aussi le meilleur dictionnaire que l'on ait pour cette langue. On peut voir, dans la préface de cet ouvrage, en quoi consistent les additions et les corrections que Calasio a faites au travail du rabbin Nathan.

Au mot Buile, à la fin, nous avons remarqué que la division du texte grec du Nouveau Testament en chapitres et en versets, est beaucoup plus ancienne, puisqu'elle date du cinquième siècle ; mais elle n'avait pas été suivie dans la plupart des manuscrits. Les premières éditions grecques du Nouveau Testament, données par Robert Estienne, n'étaient pas distinguées par versets ; mais comme il voulut donner une concordance grecque de ce texte, qui fut en eifet imprimée par Henri son tils, il fut obligé de le coter par versets. Erasme Sclim ici, professeur de langue grecque à Wur-

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temberg, donna, en 1638, une concordance grecque du Nouveau Testament, plus exacte que celle d'Henri Estienne. Prideaux, llist. des Juifs, tom. 1, liv. 5, pag. 208.

La première concordance grecque de la version des Septante fut faite par Conrad Kirclier, théologien luthérien d'Ausbourg, imprimée à Francfort en 16G7, en 2 vol. in-i" ; mais elle a été effacée par celle qu'a donnée Abraham Trommius, professeur à Groningueen 2 vol. in-folio, et qui a été imprimée à Amsterdam en 1718.

Bergier.

La concordance biblique de M.

Dutripon est la plus moderne qui soit à notre connaissance : elle porte pour titre : concordantiœ Bibliorum sacrorum. Paris — 1838, Belin-Mandar. — On peut mentionner aussi celle de Tienne, 1825.

L'aurifodina sacra scientiarum divinarum par V. P. Robert, capucin, qu'a rééditée L. Vives, 2 vol. in-4°, peut servir dans la recherche des textes sacrés, comme une concordance; elle présente même l'avantage de donner la phrase entière au mot cherché ; mais il ne serait pas exact de dire qu'on y trouvera absolument tous les mots de l'Ecriture sainte qui pourront venir à la mémoire.

Le Nom.

CONCORDATS. (Thêol. mixt. ethist.

eglis. et état.) — « On appelle concordat, dit M. Buss, en droit publie et dans le sens le plus large, les traités par lesquels deux ou plusieurs gouvernements s'entendent sur des affaires d'un intérêt commun. » C'est ainsi que l'on dit encore, en Suisse, le concordat monétaire, le concordat d'octroi, etc., qui sont des traités entre divers cantons sur les monnaies, sur les octrois, etc.

« Dans un sens plus restreint, ajoute le même auteur, on nomme encore concordats les traités entre une puissance ecclésiastique et une autre puissance ecclésiastique ou politique sur des affaires d'Eglise. »

Dans un sens encore plus restreint, ou donnait autrefois le nom de concordats à des conventions entre un

évêque et les supérieurs d'un couvent par rapport aux bénéfices du couvent, sur leurs droits réciproques au moment de la prise de possession de ces bénéfices.

Enfin, dans le sens propre appliqué aujourd'hui au mot concordats, les concordats sont des traités conclus par le Pape, à titre de chef de l'Église catholique romaine, avec tels ou tels gouvernements pour la réglementation des affaires ecclésiastiques dans leurs états.

« Au point de vue de la forme, dit M. Buss, ou bien les concordats sont des traités synallagmatiques signés par les deux parties contractantes ou par leurs fondés de pouvoir; tel fut, par exemple, le concordat de Bavière de 1817 : Conventio inter sanctissimumdominum Pium VII, summum Pontificem, et majestatem suam Maximilianum Josephmn, Bavarix regem; ou bien, après les conventions préalables entre le Pape et le souverain, le Pape publie une bulle par laquelle il promulgue les ordonnances ecclésiastiques qu'il a arrêtées en vertu de son pouvoir législatif et organisateur, mais conformément aux conventions préalables, bulle à laquelle le gouvernement qu'elle concerne adhère par un acte particulier. »

La plupart des concordats sont provoqués par des difficultés qui s'élèvent entre la puissance politique et civile et la puissance religieuse, etlaplupart aussi ne portent que sur les points débattus dont ils sont la solution.

Cependant les plus récents ont pris un caractère plus général par suite de l'extension des questions, entre les deux pouvoirs, à des séries entières d'intérêts politico-religieux. Il existe un ouvrage allemand dans lequel sont réunis tous les concordats ; c'est l'ouvrage de M. Mùncb intitulé : Collection complète de tous les anciens et nouveaux concordats, Leipzig, 2 vol., 1830.

Nous ne pourrions faire mieux, en ce qui concerne les concordats allemands, que de citer les analyses qu'en donne l'auteur catholique allemand déjà nommé, M. Buss; nous ajouterons cependant à ces analyses, en ce qui regarde le concordat qui fut conclu en 1856 entre l'empereur

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d'Autriche et le Saint-Père, un résumé des principaux articles de ce concordat tiré du manuscrit de notre Dictionnaire des décisions romaines; quant aux concordats avec les anciens États Italiens, avec l'Espagne, avec le Portugal, avec laPulogue, avec les Pays- Bas et avec la Suisse, nous citerons encore M. Buss. Et quant aux concordats avec la France, après avoir analysé brièvement les anciens, nous donnerons in extenso le nouveau concordat de 1801, ses articles organiques, la protestation de la papauté, par l'organe du cardinal Caprera, contre ces articles, et enlin la bulle d'excommunication de Napoléon Ier par Pie VII en 1809.

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