‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 23 sur 110 · LA PROTESTATION' DU CARDINAL CAPRERA CONTRE LES ARTICLES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

LA PROTESTATION' DU CARDINAL CAPRERA CONTRE LES ARTICLES ORGANIQUES

La protestation du Saint-Siège contre ces articles' subrepticement ajoutés, eut lieu sous forme d'une lettre en date du 1 8 août 1803, adressée parle cardinal légat Caprera, à M. de Talleyrand Périgord alors ministre des relations extérieures. Voici cette lettre :

« Monseigneur, je suis chargé de réclamer contre cette partie de la loi du 18 germinal qu'on a désignée sous le nom à'Aî'ticles organiques. Je remplis ce devoir avec d'autant plus de confiance que je compte d'avance sur la bienveillance du gouvernement et sur son attachement sincère aux vrais principes de la religion.

« La qualification qu'on donne à ces articles paraîtrait d'abord supposer qu'ils ne sont que la suite naturelle et l'explication du concordat religieux; cependant il est de fait qu'ils n'ont point été concertés avec le Saint-Siège, qu'ils ont une extension plus grande que le Concordat, et qu'ils établissent en France un code ecclésiastique sans le concours du Saint-Siège. Comment Sa Sainteté pourrait-elle l'admettre, n'ayant pas même été invitée à l'examiner ? Ce code a pour objet la doctrine, les mœurs, la discipline du clergé, les droits et les devoirs des évèques, ceux des ministres inférieurs, leurs relations avec le Saint-Siège et le mode d'exercice de leur juridiction. Or tout cela tient aux droits imprescriptibles de l'Eglise. Elle a reçu de Dieu seul l'autorisation de décider les questions

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de la doctrine sur la foi ou sur la règle des mœurs et de l'aire des canons ou des règles de discipline.

« M. d'Héricourt (]), l'historien Fleury, les plus célèbres avocats généraux et M. de Castillon lui-même (2) avouaient ces vérités. Ce dernier reconnaît dans l'Eglise le pouvoir qu'elle a reçu de Dieu pour conserver, par l'autorité de la prédication, des lois et des jugements, la règle de la foi et des mœurs, la discipline nécessaire à l'économie de son gouvernement, la succession et la perpétuité de son ministère.

« Sa Sainteté n'a donc pu voir qu'avec une extrême douleur qu'en négligeant de suivre ces principes la puissance civile ait voulu régler, décider, transformer en loi des articles qui intéressent essentiellement les mœurs, la discipline, les droits, l'instruction et la juridiction" ecclésiastiques. N'cst-il pas à craindre que celte innovation n'engendre les défiances, quelle ne fasse croire que l'Eglise de France est asservie, même dans les objets purement spirituels, au pouvoir temporel, et qu'elle ne détourne de l'acceptation des places beaucoup d'ecclésiastiques méritants ?

« Que sera-ce si nous envisageons chacun de ces articles en particulier?

« Le. premier veut qu'aucune bulle, bref, rescrit, etc., émanés du Saint- Siège, ne puissent être mis à exécution ni même publiés sans l'autorisation du gouvernement.

« Cette disposition, prise dans toute son étendue, ne blesse-t-elle pas évidemment la liberté de l'enseignement ecclésiastique ? Ne soumet-elle pas la publication des vérités chrétiennes à des formalités gênantes? Ne met-elle pas les décisions concernant la foi et la discipline sous la dépendance du pouvoir temporel? Nedonne-t-elle pas à la puissance qui serait tentée d'en abuser les droits et les facilités d'arrêter, de supprimer, d'étouffer même le langage de la vérité qu'un Pontife iidèle à ses devoirs voudrait adresser

(1) D'Hérieourt, Lois ecclésiastiques, partie Ire, p. 19, préambule, p. ll'J.

[i Réquisitoire contre les actes de l'assemblée du clergé en 1765.

aux peuples confiés à sa sollicitude.

« Telle ne fut jamais la dépendance de l'Eglise, même dans les premiers siècles du Christianisme. Nulle puissance n'exigeait alors la vérification de ses décrets. Cependant elle n'a pas perdu de ses prérogatives en recevant les empereurs dans son sein : elle doit jouir de lamême juridiction dont elle jouissait sous les empereurs païens.

Il n'est jamais permis d'y donner atteinte, parce qu'elle la tient de Jésus- Christ. Avec quelle peine le Saint- Siège ne doit-il donc pas voir les entraves qu'on veut mettre à ses droits ?

« Le clergé de France reconnaît luimême que les jugements émanés du Saint-Siège, et auxquels adhère lecorps épiscopal, sont irréfragables. Pourquoi auraient-ils donc besoin de l'autorisation du gouvernement, puisque, suivant les principes gallicans, ils tirent toute leur force de l'autorité qui les prononce et de celle qui les admet?

Le successeur de Pierre doit confirmer ses frères dans la foi, suivant les expressions de l'Ecriture ; or comment pourra-t-il le faire si, sur chaque article qu'il enseignera, il peut être à chaque instant arrêté par le refus ou le défaut de vérification de la part du gouvernement temporel? Ne suit-il pas évidemment de ces dispositions que l'Eglise ne pourra plus savoir et croire que ce qu'il plaira au gouvernement de laisser publier?

« Cet article blesse la délicatesse et le secret constamment observés à Rome dans les affaires de la Pénitencerie. Tout particulier peut s'y adresser avec confiance et sans crainte de voir ses faiblesses dévoilées. Cependant cet article, qui n'excepte rien, veut que les brefs, même personnels, émanés de la Pénitencerie, soient vérifiés. Il faudra donc que les secrets des familles et la suite malheureuse des faiblesses humaines soient mises au grand jour pour obtenir la permission d'user de ces brefs? Quelle gène! quelles entraves ! Le parlement lui-même ne les admettait pas, car il exceptait de la vérification les provisions, les brefs de la Pénitencerie et autres expéditions concernant les affaires des particuliers.

« Le deuxième article déclare

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« qu'aucun légat, nonce ou délégué du Saint-Siège ne pourra exercer ses fonctions en France sans la môme autorisation. » Je ne puis que répéter ici les justes observations que je viens de faire sur le premier article : l'un frappe la liberté de l'enseignement dans sa source, l'autre l'atteint dans ses agents; le premier met des entraves à la publication de la vérité, le second à l'apostolat de ceux qui sont chargés de l'annoncer. Cependant Jésus-Christ a voulu que sa divine parole fût constamment libre, qu'on pût la prêcher sur les toits, dans toutes les nations et auprès de tous les gouvernements. Comment allier ce dogme catholique avec l'indispensable formalité d'une vérification de pouvoirs et d'une permission civile deles exercer? Les Apôtres et les premiers pasteurs de l'Eglise naissante eussent-ils pu prêcher l'Evangile si les gouvernements eussent exercé sur eux un pareil droit ?

« Le troisième article étend cette mesure aux canons des conciles même généraux. Ces assemblées si célèbres n'ont eu nulle part plus qu'en France de respect et de vénération. Comment se fait-il donc que chez cette même nation elles éprouvent tant d'obstacles, et qu'une formalité civile donne le droit d'en éluder, d'en rejeter même les décisions?

« On veut, dit-on, les examiner; mais la voie d'examen en matière religieuse est proscrite dans le sein de l'Église catholique; il n'y a que les communions protestantes qui l'admettent, et de là est venue cette étonnante variété qui règne dans leurs croyances.

« Quel serait d'ailleurs le but de ces examens? Celui de reconnaître si les canons des conciles sont conformes aux lois françaises ? Mais si plusieurs de ces lois, telle que celle sur le divorceront en opposition avec le dogme catholique, il faudra donc rejeter les canons et préférer ces lois, quelque injuste ou erroné qu'en soit l'objet.' Qui pourra adopter une pareille conclusion? Ne serait-ce pas sacrifier la religion, ouvrage de Dieu même, aux ouvrages toujours imparfaits et souvent injustes des hommes?

« Je sais que notre obéissance doit être raisonnable ; mais n'obéir qu'avec des motifs suffisants n'est pas avoir le droit non- seulement d'examiner, mais de rejeter arbitrairement tout ce qui nous déplaît.

« Dieu n'a promis l'infaillibilité qu'à son Église ; les sociétés humaines peuvent se tromper : les plus sages législateurs en ont été la preuve.

« Pourquoi donc comparer les décisions d'une autorité irréfragable avec celles d'une puissance qui peut errer, et faire, dans cette comparaison, pencher la balance en faveur de cette dernière? Chaque puissance a d'ailleurs les mômes droits. Ce que la France ordonne, l'Espagne et l'Empire peuvent l'exiger; et comme les lois sont partout différentes, il s'ensuivra que l'enseignement de l'Église devra varier suivant les peuples, pour se trouver d'accord avec ses lois.

« Dira-t-on que le parlement français en agissait ainsi? Je le sais ; mais il n'examinait, suivant sa déclaration du 24 mai 1766, que ce qui pouvait, dans la publication des canons et des bulles, altérer ou intéresser la tranquillité publique, et non leur conformité avec des lois qui pouvaient changer dès le lendemain.

« Cet abus d'ailleurs ne pourrait être légitimé par l'usage, et le gouvernement en sentait si bien les inconvénients qu'il disait au parlement de Paris, le 5 avril 1757, par l'organe de M. d'Aguesseau : « Il semble qu'on » cherche à affaiblir le pouvoir qu'a » l'Eglise de faire des décrets, en le » faisant tellement dépendre de la » puissance civile, et de son concours, » que sans ce concours les plus saints » décrets de l'Eglise ne puissent obli- » ger les sujets des rois. »

« Enfin cet examen n'avait lieu dans les parlements, suivant la déclaration de 1766j que pour rendre les décrets de l'Eglise lois de l'Etat et en ordonner l'exécution, avec défense, sous les peines temporelles, d'y contrevenir. Or, ces motifs ne sont pas ceux qui dirigent aujourd'hui le gouvernement, puisque la religion catholique n'est plus la religion de l'Etat, mais uniquement celle de la majorité des Français.

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« L'article 6 « déclare qu'il y aura » recours au conseil d'Etat pour tous » les cas d'abus ; » mais quels sontils ? L'article ne les spécifie que d'une manière générique et indéterminée.

« On dit, par exemple, qu'un des cas d'abus est l'usurpation et l'ea;ces du pouvoir. Mais, en manière de juridiction spirituelle, l'Eglise en est seule le juge; il n'appartient qu'à elle de déclarer en quoi l'on a cx<:édé ou abusé des pouvoirs qu'elle seule peut conférer. La puissance temporelle ne peut connaître de l'abus excessif d'une chose qu'elle n'accorde pas.

« Un second cas d'abus est la contradiction aux lois et règlements de la République ; mais, si ces lois, ces règlements sont en opposition avec la doctrine chrétienne, faudra-t-il que le prêtre les observe de préférence à la loi de Jésus-Christ ? Telle ne fut jamais l'intention du gouvernement.

« On range encore dans la classe des abus l'infraction des règles consacrées en France par les saints canons... Mais ces règles ont dû émaner de l'Eglise ; c'est donc à elle seule de prononcer sur leur infraction ; car elle seule en connaît l'esprit et les dispositions.

« On dit enfin qu'il y a lieu à Vappel comme d'abus pour toute entreprise qui tend à compromettre l'honneur des citoyens, à troubler leur conscience, ou qui dégénère contre eux en opposition, injure ou scandale public.

Mais, si un divorcé, si un hérétique, connu en public, se présente pour recevoir les sacrements, et qu'on les lui refuse, il prétendra qu'on lui a fait injure, il criera au scandale, il portera sa plainte : on l'admettra d'après la loi ; et cependant le prêtre inculpé n'aura fait que son devoir, puisque les sacrements ne doivent jamais être conférés à des personnes notoirement indignes.

« En vain s'appuiera-t-on sur l'usage constant des appels comme d'abus.

Cet usage ne remonte pas au delà du règne de Philippe de Valois, mort en 1350. Il n'a jamais été constant ni uniforme; il a varié suivant les temps.

Les parlements avaient un intérêt particulier à l'accréditer ; ils augmen-

taient leurs pouvoirs et leurs attributions; mais ce qui flatte n'est pas toujours juste. Aussi Louis XIV, par l'édit de 1G93, articles 34, 35, 36, 37, n'attribuait-il aux magistrats séculiers que l'examen des formes, en leur prescrivant de renvoyer le fond au supérieur ecclésiastique. Or, cette restriction n'existe nullement dans les Articles organiques. Ils attribuent indistinctement au conseil d'Etat le jugement de la forme et celle du fond.

« D'ailleurs les magistrats qui prononçaient alors sur ces cas d'abus étaient nécessairement catholiques ; ils étaient obligés de l'affirmer sous la foi du serment, tandis qu'aujourd'hui ils peuvent appartenir à des sectes séparées de l'Eglise catholique, et avoir à prononcer sur des objets qui l'intéressent essentiellement.

« L'art. 9 veut que le culte soit exercé sous la direction des archevêques, des évèques et des curés; mais le mot direction ne rend pas ici les droits des archevêques et évèques.

Ils ont, de droit divin, non-seulement le droit de diriger, mais encore celui de définir, d'ordonner et déjuger. Les pouvoirs des curés dans les paroisses ne sont point les mêmes que ceux des évèques dans les diocèses. On n'aurait donc pas dû les exprimer de la même manière et dans les mêmes articles, pour ne pas supposer une identité qui n'existe pas.

« Pourquoi d'ailleurs ne faire pas ici mention des droits de Sa Sainteté, chef des archevêques et des évèques?

A-t-on voulu lui ravir un droit général, qui lui appartient essentiellement?

« L'article 10, en abolissant toute exemption ou attribution de la juridiction épiscopale, prononce évidemment sur une matière purement spirituelle ; car, si les territoires exempts sont aujourd'hui soumis à l'ordinaire, ils ne le sont qu'en vertu d'un règlement du Saint-Siège ; lui seul donne à l'ordinaire une juridiction qu'il n'avait pas. Ainsi, en dernière analyse , la puissance temporelle aura conféré des pouvoirs qui n'appartiennent qu'à l'Église. Les exemptions d'ailleurs ne sont point aussi abusives qu'on l'a imaginé; S. Gré-

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goire lui-même les avril admises, et tes puissances teo porelles uiit eu souvent besoin d'y recourir.

,. L'article 'l I supprime (mis les établissements rel ii ux, a l'exception ilf- sémina res eo lésiastiques et des chapitres, k-t-on bi d réfléchi snr

te suppression? Plusieui - de ces établissements étaient d'uni' utilité reçu peuple les aimait; ils le

secouraient dans ses besoins; La piété les avait fondés; l'Église les avait solennellement approuvés sur la demande même des souverains; < lh seule potti " ' la sup-

iion.

« L'article lî ordonne aux archevêques de veiller au maintien de la foi et de la discipline dans les diocèses de leur- suffragants. Nul devoir n'esl plus m lispensableni plus sacré ; mais il est aussi le devoir du Saint- Siège pour toute l'Église. Pourquoi donc n'avoir pas fait mention dans l'article de cette surveillance générale? Est-ce un oubli? est-ce une exclusion?

« L'article IS autorise les archevêques a connaître des réclamations et des plaintes portées contre la conduite et les décisions des êvêques suffragants; mais que feront les êvêques si les métropolitains ne leur rendent pas justice? A qui s'adresseront-ils pour l'obtenir? A quel tribunal en appelleront-ils de la conduite des archevêques a leur égard? C'est une' difficulté d'une importance majeure et dont on ne parle pas. Pourquoi ne pas ajouter que le souverain Pontife peut alors connaître de ces différends par \ oie d'appellation, et prononcer définitivement, suivant ce qui esl enseigné par les saints canon- .'

» L'article 17 puait établir le gon-

vernemenl juge de la foi, de- 1 nra

et de la i a] quesnommés.

i -i lui qui I tminer et qui

F i-,,i' iprès les résultats de

e\.un h Cependant le souverain Pontife a seul le droit de taire, par lui ou -. . • et examen ,

parce que lui teul doit instituer caaoniquement, el que cette institution canonique suppose é\ idem ment, d ma corde, la connaissance

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acquise de la capacité de celui qui 1 1 reçoit. Le gouvernement a-t-il prétendu nommer tout à la fois el constituer juge de l'idonêité, ce qui lit contraire à tous les droits et usages reçus? ou veut-il seulement s'assurer par cel examen que son choix n'est pas tombé sur un sujet indigne de lépiscopat? C'est ce qu'il importe d'expliquer.

« Je sais que l'ordonnance de Blois prescrivait un tel examen, mais le gouvernement consentit lui-mêmi

jer. Il fut statué par m tion .-• t réte 'in' les i S. S. fe-

a mations. On doit donc aujourd'hui suivre cette même marche, parce que l'article i du Concordat veut que l 'in

,n f n i aux i ■'■ i" ■• étal a i m tmt !• changi rm ni de gou-

.,: lit.

« L'article 22 ordonne auxévêques de » isiter leurs diocèses dan- 1 esp

de cinq années. La disciplin

siastique restreign ii1 davantage le temps de ces visites. L'Eglise l'avait ainsi ordonné pour degi i des

ons. Il semble d'après cela qu'il n appartenait qu'à elle seul. -de1 changer on.

o i In exige par l'article 24 que les direi leurs des séminaires souscrivent a la Déclaration de IG82 et enseignent la doctrine qui y est contenue.

« Pourquoi jeter de nouveau au milieu des Français ce germe de d corde? Ne sait-on pas que les auteurs de cette Déclaration l'ont eux mêmes désavouée? Sa Sainteté peut-elle admettre ce que se- prédécesseurs les plus immédiats onteux-mêmes rejeté?

Ne doit-elle pas s'en tenir a ce qu'ils ont prononce? Pourquoi souffrirai! elle que l'organisation d'une Eglise, qu'elle relève au prix de tant de sacrifices, il des principes qu'elle ne peut avouer? Ne vaut-il pasmii que les direi leurs des séminaires -'enut à enseigne] une morale saine plutôt qu'une Déclaration qui fut et

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entre la France el i'

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envoient, tous le • ans, i

- leur séminaire, pourquoi leur imposer cette

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nouvelle gêne? Elle a été inconnue et inusitée dans tous les siècles précédents.

« L'article 26 veut qu'ils ne puissent ordonner que des hommes de vingtcinq ans ; mais l'Eglise a fixé l'âge de vingt et un ans pour le sous-diaconat, et celui de vingt-quatre ans accomplis pour le sacerdoce. Qui pourrait abolir ces usages, sinon l'Eglise ellemême ? Prétend-on n'ordonner même les sous-diacres qu'à vingt-cinq ans ?

Ce serait prononcer l'extinction de l'Eglise de France par défaut de ministres ; car il est certain que, plus on éloigne le moment de recevoir les Ordres, et moins ils sont conférés.

Cependant tous les diocèses se plaignent delà disette des prêtres. Peuton espérer qu'ils en obtiennent quand on exige pour les ordinands un titre clérical de 300 francs de revenu? II est indubitable que cette clause fera déserter partout les ordinations et les séminaires. Il en sera de même delà clause qui oblige l'évèque à demander la permission du gouvernement pour ordonner j-cette clause est évidemment opposée à la liberté du culte garantie à la France par l'article 1er du dernier Concordat. Sa Sainteté désire, et le bien de la religion l'exige , que le gouvernement adoucisse les rigueurs de ces dispositions sur ces trois objets.

« L'article 33 exige queles évoques soient autorisés par le gouvernement pour l'établissement des chapitres ; cependant cette autorisation leur était accordée par l'art. Il du Concordat.

Pourquoi donc en exiger une nouvelle, quand une convention solennelle a déjà permis ces établissements? La mèzne obligation est imposée par l'article 23 pour les séminaires, quoiqu'ils aient été. comme les chapitres, spécialement autorisés par le gouvernement. Sa Sainteté voit avec douleur qu'on multiplie de cette manière les entraves et les difficultés pour les évoques. Ledit de mai 1763 exemptait formellement les séminaires de prendre des lettres patentes, et la déclaration du 16 juin 1639, qui paraissait les y assujettir, ne fut enregistrée qu'avec cette clause : « sans préjudice des » séminaires qui seront établis par

» les évêqncs pour l'instruction des » prêtres seulement. »

« Il est de principe que le vicaire général et l'évèque sont une seule personne, et que la mort de celui-ci entraîne la cessation des pouvoirs de l'autre. Cependant, au mépris de ce principe, L'article 60 proroge aux vicaires généraux leurs pouvoirs après la mort de l'évèque. Cette prorogation n'est-elle pas évidemment une concession de pouvoirs spirituels faite par le gouvernement sans l'aveu et même contre l'usage reçu de l'Église?

« Ce même article veut que les diocèses, pendant la vacance du siège, soient gouvernés parle métropolitain ou le plus ancien évèque.

« Mais ce gouvernement consiste dans une juridiction purement spirituelle. Comment le pouvoir temporel pourrait-il l'accorder? Les chapitres seuls en sont en possession ; pourquoi la leur enlever, puisque l'article 1 1 du Concordat autorise les évèques à les établir?

« Lespasteurs appelés par les époux pour bénir leur union ne peuvent le faire, d'après l'article 54, qu'après les formalités remplies devant l'officier civil. Cette clause restrictive et gênante a été jusqu'ici inconnue dans l'Eglise; il en est résulté deux espèces d'inconvénients.

« L'un affecte les contractants, l'autre blesse l'autorité de l'Eglise et gêne les pasteurs. Il peut arriver que les contractants se contentent de remplir les formalités civiles, et qu'en négligeant d'observer les lois de l'Eglise ils se croient légitimement unis, nonseulement aux yeux de la loi, quant aux effets purement civils, mais encore devant Dieu et devant l'Eglise.

« Le deuxième inconvénient blesse l'autorité de l'Eglise et gène les pasteurs, en ce que les contractants, après avoir rempli les formalités légales, croient avoir acquis le droit de forcer les curés à consacrer leur mariage par leur présence, lors même que les lois de l'Eglise s'y opposeraient.

« Une telle prétention contrarie ouvertement l'autorité que Jésus-Christ a accordée à son Eglise et fait à la

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conscience des fidèles une dangereuse violence. Sa Sainteté, conformément à l'enseignement et aux principes qn'a établis pour la Hollande un de ses prédécesseurs, ne pourrait voir qu'avec peine un tel ordre de choses.

Elle est dans l'intime confiance que les choses se rétabliront à cet égard en France sur le même pied sur lequel elles étaient d'abord et telles qu'elles se pratiquent dans les autres pays catholiques ; les fidèles, dans tous les cas, seront obligés à observer les lois de l'Eglise, et les pasteurs doivent avoir la liberté de les prendre pour règle de conduite sans qu'on puisse sur un objet aus-i important violenter leurs consciences. Le culte public de la religion catholique, qui est celle du premier Consul et de l'immense majorité de la nation, attend ces actes de justice de la sagesse du gouvemement>

« Sa Sainteté voit aussi avec peine que les registres de l'Etat civil soient enlevés aux ecclésiastiques, et n'aient plus pour ainsi dire d'autre objet que de rendre les hommes étrangers à la religion dans les trois instants les plus importants de la vie : la naissance, le mariage et la mort. Elle espère que le gouvernement rendra aux registres tenus par les ecclésiastiques la consistance légale dont ils jouissaient précédemment : le bien de l'Etat l'exige presque aussi impérieusement que celui de ta religion.

« Art. (il. Il n'est pas moins affligeant de voir les évoques obligés de se concerter avec les préfets pour l'érection des succursales ; eux seuls doivenl être juges des besoins spirituels des fidèles. 11 est impossible qu'un travail ainsi combiné par deux bommes irop xmvent divises de principes oll're un résultat heureux; les projets de l'évèque seront contrariés, et, par contre-coup, le bien spirituel des fidèsouifnra,

• L'article 74 vent que les immeubles autres que le destinés aux logements et les jardin- attenants ne puissent être affectés à des titres ecclésiastiques, ni possédés par les ministres du culte, a raison de leurs ^onctions. Quel contraste frappant 6ntre cet article et l'article 7, concer-

nant les ministres protestants (I)!

Ceux-ci non-seulement jouissent d'un traitement qui leur est assuré, mais conservent tout à la fois et les biens que leur Eglise possède et les oblations qui leur sont offertes. Avec quelle amertume l'Eglise ne doit-elle pas voir cette énorme différence! Il n'y a qu'elle qui ne puisse posséder des immeubles! Les sociétés séparées d'elle' peuvent en jouir librement; on les leur conserve, quoique leur religion ne soit professée que par une minorité bien faible, tandis que l'immense majorité des Français et les Consuls eux-mêmes professent la religion qu'on prive légalement dn droit de posséder des immeubles!

« Tell.:., sont les réflexions que j'ai dû présenter au gouvernement français par votre organe. J'attends tout de l'équité, du discernement et du sentiment de religion qui anime le premier Consul, fa France lui doit son retour à la toi; il ne laissera pas son ouvrage imparfait, et il en retranchera tout ce qui ne sera pas d'accord avec les principes et les usages adoptés par 1 Église. Vous seconderez par votre zèle ses intentions bienveillantes et ses efforts. La France bénira de nouveau le premier Consul, et ceux qui calomnieraient le rétablissement de la religion catbolique en France, ou qui murmureraient contre les moyen- adoptés pour ['exécution, seront pour toujours réduits au silence.

« Paris, le 18 août 1803.»

« J.-ll. Cardinal Capraba. »

LA BULLE D'EXCOMHONICAHOn DE l'eMPE-

hecr napoléon i car pie vu.

La protestation qu'on vient de lire, n'obfint aucun résultatjusqu'en 1810. Le t; mai 1809, l'empereur ayant mé la réunion des Etats de" l'Eglise h l'Empire français , le p ipe Pie VII eut lafermeté d'âme de lancer contre l'empereur, alors au faite de la cloue et de la puissance, la bulle d'excommunication (pie voici :

{{) Yoy. l'an. CostitToiius» fboiestimi.

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« Pius P. P. VII, « Pour en perpétuer le souvenir.

« Lorsqu'au mémorable jour du 2 février les troupes françaises, après avoir envahi les plus fertiles provinces de la souveraineté pontificale, fondirent hostilement , impétueusement et à l'improviste sur la ville de Rome, nous ne pûmes nous persuader que de telles audaces dussent être uniquement attribuées aux motifs politiques et militaires que les envahisseurs affectaient communément de répandre, c'est-à-dire à la nécessité de se défendre et de repousser l'ennemi des terres de la sainte Église romaine, ou de punir notre constance xet notre refus de condescendre à "quelques-unes des propositions faites à noir- par le gouvernement français. Nous vîmes bien que le projet s'étendait plus loin qu'à une occupation momentanée et militaire, ou à une démonstration de colère envers nous ; nous vimes bien que l'on réchauffait, que l'on faisait renaître et qu'on arrachait aux ténèbres les projets d'impiété qui paraissaient, sinon réprimés, au moins assoupis, les projets d'astuce de ces hommes qui, trompés et trompeurs, introduisant des sectes de perdition par une philosophie vaine et fallacieuse (Coloss., 2, 8), machinent depuis longtemps, dans une conjuration directe, la ruine de la très-sainte religion. Nous vîmes que dans notre humble personne on circonvenait, on attaquait on prenait de force le siège du bienheureux Prince des apôtres, afin qu'une fois renversé, si cela était possible de quelque manière, l'Église catholique bâtie sur ce siège, comme une pierre inébranlable, par son divin Fondateur, s'écroulât et s'abimàt de fond en comble.

, « Nous avions pensé, nous avions espéré naguère que le gouvernement des Français, instruit par l'expérience des maux dont cette si puissante nation avait été abreuvée, pour avoir lâché les rênes à l'impiété et au schisme, et averti par le vœu unanime de la grande majorité des citoyens, se serait convaincu véritablement et profondément qu'il importait à sa sûreté

et à la félicité publique de rendre sincèrement libre l'exercice de la religion catholique et de lui assurer une protection particulière. Excité par cette opinion et par cet espoir, nous, qui remplissons sur la terre, quoique indigne, la place de celui qui est le Dieu de la paix, à peine avonsnous découvert une voie pour réparer les désordres de l'Eglise en France, l'univers nous est témoin de la joie avec laquelle nous avons entamé des traités de paix, et combien il en a coûté à nous et à l'Eglise elle-même pour les conduire à l'issue qu'il a été permis d'obtenir. Mais, ô Dieu immortel, combien notre espérance a été trompée ! Quel a été le fruit de tant d'indulgence et de générosité ?

Dès la promulgation d'une paix ainsi obtenue, nous avons été forcé do nous écrier, avec le prophète : Voici que dans la paix mon amertume est encore plus arrière. Cette amertume, nous ne l'avons pas cachée à l'Eglise, et, nous adressant à nos frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, dans le consistoire du 24 mai 1802, nous leur avons annoncé qu'on avait Rjouté, lors de la promulgation de la convention arrêtée, des articles qui nous étaient inconnus et que nous avons en même temps désapprouvés.

En effet, aux termes de ces articles, on anéantit de fait pour l'exercice de la religion catholique, dans les points les plus graves et les plus importants, la liberté qui, dans le commencement des stipulatious du Concordat, avait été spécifiée, convenue, promise comme base et fondement, mais encore on publie quelques autres articles qui attaquent la doctrine de l'Evangile. (Voyez. Articles organiques.)

« Telle a été aussi à peu près l'issue de notre convention avec le gouvernementde la république italienne :

les stipulations ont été interprétées arbitrairement par une fraude patente et injurieuse, quoique nous eussions mis tous nos soins à les garantir de toutes interprétations arbitraires et perverses.

« Les clauses de ces deux conventions ayant été dénaturées et violées de cette manière, surtout celles qui

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avaient été établies en faveur de l'Eglise, la puissance spirituelle fut soumise au pouvoir laical, et, bien loin que les effets salutaires que nous nous étions promis de ces conventions fussent obtenus, nous eûmes à nous plaindre de voir les malheurs et les désastres de l'Eglise s'accroître et s'accumuler chaque jour. Nous ne ferons pas une énumération détaillée de ces désastres, parce qu'ils sont assez connus, parce que les larmes de tous les ont assez déplorés, et que nous les avons suftisamment exposés dans deux allocutions consistoriales, l'une du 16 mars, l'autre du 1 1 juillet de l'an 1808, et parce que nous avons veillé, autant qu'il nous a été possible dons nos angoisses, à ce que ces maux parvinssent à la connaissance du public. Ainsi tout le monde connaîtra et la postérité saura quelles ont été notre opinion et notre décision sur tant et tant de témérités audacieuses du gouvernement français clans les affaires concernant l'Eglise; tous connaîtront quelle a été ïiolre longanimité, notre patience ; tous connaîtront pourquoi nous nous sommes tu si longtemps : c'est parce que, ne nous proposant que l'amour de la paix, et concevant une ferme espérance que le remède arriverait à tant de maux, nous différions de jour en jour d'élever notre voix apostolique. Tous sauront quels ont été nos soins, nos travaux, nos efforts en agissant, en conjurant, en suppliant, en gémissaut pour qu'on guérit les blessures de l'Eglise; tous sauront combien nous avons prié pour qu'on ne lui en fit pas de nouvelles. Mais nous avons épuisé les moyens d'humilité, de modération, de mansuétude, par lesquels nous avons tâché de défendre les intérêts et les droits de l'Eglise auprès de celui qui était entré en pacte avec les impies pour la détruire entièrerement, celui qui dans cet esprit avait contracté amitié avec elle pour la trahir plu? facilement, et qui avait feint de la protéger pour l'opprimer plus sûrement.

« Nous avons dû beaucoup espérer, surtout lorsque notre voyage en France rat désiré et sollicité; ensuite on éluda nus demandes avec des ter-

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giversations rusées, des subterfuges et des réponses propres à tromper, ou à tirer les négociations en longueur; on n'avait plus aucun égard à nos demandes à mesure que s'approchait le temps marqué pour exécuter les projets médités contre ce Siège et l'Eglise du Christ; on nous tourmentait, on nous attaquait par de nouvelles exigences ou immodérées ou captieuses qui démontraient bien que l'on s'attachait à nous placer dans l'alternative de deux dangers funestes et nuisibles à ce Siège et à l'Eglise, c'est-à-dire de nous contraindre par un assentiment à trahir honteusement notre ministère, ou, si nous nous refusions aux demandes, de fournir un prétexte pour nous déclarer une guerre ouverte.

« Et comme, à cause de la répugnance de notre conscience, mais n'avions pu adhérer à ces demandes, de là on se crut une raison pour envoyer hostilement des troupes dans cette ville sacrée. Voilà qu'on s'empara de la citadelle de Saint-Ange ; on disposa des détachements dans les rues, sur les places; le propre palais que nous habitons, le Qoirinal, fut assiégé et menacé par une mande force d'infanterie et de cavalerie, munie d'artillerie. Nous, au contraire, rassuré par ce Dieu dans lequel nous pouvons tout, soutenu par la conscience de notre devoir, nous n'avons été ni ému, ni ébranlé par une subite terreur, ni par cet appareil militaire; avec un esprit calme et toujours égal, comme il convient, nous avons célébré les cérémonies et les divins mystères qui appartiennent à ce très-saint jour ,1a Vitrification), n'omettant rien, par crainte, par oubli ou par négligence de ce que demandait notre devoir dans ces conjonctures.

« Nous nous souvenions, avec saint ;\"'1"'"^" 0 que, le saint homme v" • : i ur d'wu vigra , inter-

petti par un demande r

' vigne, où le roi, aprësar arracher les ceps, ordonnerait de planter des légumes, avaitrépondu : a Dieu me gardt ■• U\ ,,, l'héritage de met

(i) De Basil tradend., u. 17.

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pères! » De là nous avons jugé qu'il nous était bien moins permis de livrer notre héritage antique et sacré (c'est-à-dire le domaine temporel do ce Saint-Siège, possédé pendant tant de siècles par les pontifes romains nos prédécesseurs, non sans l'ordre évident de la divine Providence), ou de consentir facilement à ce que qui que ce fût s'emparât de la capitale du monde catholique, pour y troubler et y détruire la forme du régime sacré qui a été laissé par Jésus-Christ à sa sainte Eglise et réglée par les canons sacrés qu'a établis l'Esprit de Dieu; pour substituer à sa place un code non-seulement contraire aux canons sacrés, mais encore incompatible avec les préceptes évangéliques, et pour introduire enfin, comme il est d'ordinaire, un autre ordre de choses qui tend manifestement à associer et à confondre les sectes et toutes les superstitions avec l'Eglise catholique.

« Naboth défendit sa vigne même au prix de son sang (1). Alors pouvionsnous, quelque événement qui dût arriver, ne pas défendre nos droits et les possessions de la sainte Eglise romaine, que nous nous sommes engagé, par la religion d'un serment solennel, à conserver, autant qu'il est en nous? Pouvions-nous ne pas revendiquer la liberté du Siège apostolique, si étroitement unie à. la liberté et aux intérêts de l'Eglise universelle?

« Car les événements présents, quand même on manquerait d'autres arguments, démontrent combien est convenable et nécessaire ce principat temporel, pour assurer au suprême chef de l'Eglise un exercice libre et certain do la puissance qui lui a été divinement remise sur tout l'univers.

C'est pourquoi bien que nous ne nous soyons jamais réjoui des honneurs, des richesses et de l'autorité de ce principat, que nous avons été éloigné de désirer, à cause de notre caractère, et par suite de notre respect pour ce saint institut où nous sommes entré dès notre jeune âge, et que nous avons toujours chéri, nous avons cru cependant qu'il était absolument

(1) S. Ambroise, ibid.

de notre devoir, à dater de ce dit jour, 2 février 1808, quoique réduit à une position si critique, de faire publier par notre cardinal secrétaire d'Etat uue protestation pour expliquer les causes des tribulations que nous souffrions, et pour déclarer avec quelle volonté nous entendions que les droits du Siège apostolique restassent entiers et intacts.

« Comme les envahisseurs n'avançaient rien par les menaces, ils résolurent d'adopter contre nous un autre système; ils essayèrent d'affaiblir peu à peu par un genre de persécution lent, quoique très-pénible, et conséquemment plus cruel, notre constance, qu'ils n'avaient pas vaincue par une terreur subite. Aussi, nous détenant dans notre palais comme en prison, depuis le lendemain des calendes de février, il ne s'est point passé à peine un jour qui n'ait été marqué par une nouvelle injure à notre cœur ou à ce Saint-Siège. Tous les soldats que nous employons pour conserver l'ordre et la discipline civile enlevés et incorporés dans les troupes françaises ; les gardes de notre corps, hommes nobles et d'élite, enfermés dans la citadelle à Rome, là détenus plusieurs jours, puis dispersés et licenciés ; des postes placés aux portes et dans les endroits les plus fréquentés de la ville ; les bureaux de distribution des lettres et les imprimeries, et particulièrement l'imprimerie de propaganda fide, soumis à la force militaire et au caprice, tandis qu'on nous enlevait à nous la liberté d'écrire ou de faire imprimer l'expression de notre volonté; les administrations et les tribunaux troublés et empêchés ; nos sujets sollicités, par fraude, par ruse, ou par d'autres moyens pervers, à grossir la troupe des soldats appelés civiques, rebelles à leur souverain légitime ; parmi nos sujets, les plus audacieux et les plus corrompus recevant le signe tricolore français et italique, et, protégés par ce signe comme parunbouclier, tantôt se répandant impunément en troupes, tantôt agissant seuls, avec ordre ou permission de commettre d'iniques excès contre les ministres de l'Eglise, contre le gouvernement, con-

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tre tous les honnêtes gens ; des ôphémérides, on, comme ils disent, des feuilles périodiques publiées par les imprimeries romaines, malgré nos réclamations, et circulant parmi le peuple ou expédiées à l'étranger, toutes remplies d'injures, de reproches, de calomnies môme contre la puissance et la dignité pontificale; quelques-unes de nos déclarations qui étaient importantes, signées de notre main ou de celle de nos ministres, et affichées par notre commandement aux lieux accoutumés, arrachées par de vils satellites, au milieu des plaintes et de l'indignation des bons, déchirées, foulées aux pieds ; des jeunes gens imprudents et d'autres citoyens invités à des réunions secrètes, prohibées sévèrement aux termes des lois civiles et des lois ecclésiastiques, sous peine d'anathème, portées par nos prédécesseurs Clément XII et Benoit XIV, et là agrégés et inscrits ; un grand nombre de nos ministres et ofiiciers, tant urbains que provinciaux, magistrats intégres et iidèles, vexés, jetés en prison et bannis; des recherches de papiers et d'écrits de tout genre, faites violemment dans les bureaux secrets des magistrats pontificaux, sans en excepter le cabinet de notre premier ministre; trois de nos premiers ministres eux-mêmes de la scrétairerie d'Etat, que nous étions sucessivement contraint de remplacer, enlevés de notre propre palais ; la plus grande partie des cardinaux de la sainte Eglise romaine, c'est-à-dire àe nos collatéraux etcoopôrateurs, arrachés de notre sein et de nos côtés par la force militaire, et déportés au loin; voilà, avec tant d'autres, les attentats commis méchamment et si audacieusement par les envahisseurs, contre tout droit humain et divin. Ils sont si connus qu'il n'est pas besoin de s'arrêter à les rapporter et à les expliquer davantage. Nous n'avons pas manqué de réclamer contre toutes ces attaques avec force et courage, comme le demandait notre ministère, de peur d'autoriser le soupçon de connivence, ou d'assentiment quelconque. Ainsi, presque dépouillé des attributs de notre dignité et de l'appui de notre autorité; destitué de tous

secours nécessaires pour remplir notre ministère et distribuer notre sollicitude entre toutes les Eglises; accablé par toutes sortes d'injures, de vexations et de terreurs; opprimé, supplicié; tous les jours privé davantage de l'exercice de chacune de nos puissances, nous devons uniquement d'avoir gardé un simulacre quelconque de ces puissances, après la providence singulière et éprouvée du Seigneur tout-puissant, nous le devons "uniquement à notre courage, à la prudence des ministres qui nous restent, à la tendresse de nos sujets, enfin à la piété des fidèles.

« Mais, si un fantôme d'autorité nous était conservé dans cette illustre Rome et dans les provinces limitrophes, tout pouvoir alors nous était enlevé dans les florissantes provinces d'Urbain, de la Marche et de Camérino. Pour opposer une solennelle protestation à cette manifeste et sacrilège usurpation de tant d'États de l'Église et pour prémunir à la fois nos chers sujets de ces provinces contre les séductions d'un gouvernement injuste et illégitime, nous n'avons pas négligé de donner une instruction à nos vénérables frères de ces provinces.

« Et ce gouvernement, combien peu il a différé, comme il s'est empressé de prouver par des faits ce que, dans notre instruction, nous avions annoncé qu'il fallait attendre de sa religion ! L'occupation et le pillage du patrimoine de Jésus-Christ, l'abolition des maisons religieuses, le bannissement des cloîtres des vierges sacrées, la profanation des temples ; peu à peu le frein ôté à la licence, le mépris de la discipline ecclésiastique et des saints canons, la promulgation du code et des autres lois contraires non-seulement aux saints canons eux-mêmes, mais encore aux préceptes ôvangéliques et au droit divin; l'avilissement et la persécution du clei'gé, la soumission de la puissance sacrée des évoques au pouvoir laïcal; la violence attaquant, paï tous les moyens, leur conscience, l'expulsion de leur siège, leur déportation, et autres audacieuses et sacrilèges entreprises contre la liberté,

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l'imninnité et la doctrine de l'Eglise, mises à exécution dans nos provinces comme dans les contrées soumises à l'autorité de ce gouvernement, tels sont les attestations éclatantes, les gages, les monuments de cet admirable amour pour la religion catholique qu'il ne cesse pas même aujourd'hui de vanter et de promettre.

« Pour nous, rassassié de ces amertumes par ceux de qui nous ne devions pas en attendre de telles, et accablé sous toutes les afflictions, nous gémissons moins sur notre sort présent que sur le sort futur de nos persécuteurs ; car, si Dieu s'est légèrement mis en colère contre nous, pour nous châtier et nous corriger, de nouveau il se réconciliera avec ses serviteurs (Macb... II, 7, 33). Mais celui qui s'est fait inventeur de malice contre l'Eglise, comment fuira-t-il la main du Seigneu? (ïbid., v 31.) Dieu n'exceptera personne : il ne craindra la grandeur de qui que ce soit, parce qu'il a fait le petit et le grand (Sag., 6, 8). Les plus forts sont menacés des plus forts tourments. (Ibid., v. 9.) Plût à Dieu que nous pussions, à quelque prix que ce fût, et môme au prix de notre vie, détourner la perdition éternelle, assurer le salut de nos persécuteurs, que nous avons toujours aimés, et que nous ne cessons pas d'aimer de cœur! Plut à Dieu qu'il nous fût permis de ne jamais nous départir de cette charité, de cet esprit de mansuétude (I Cor., 24, 21) que la nature nous a donné, et que notre volonté a mis en pratique, et de laisser dans le repos cette verge qui nous a été attribuée dans la personne du bienheureux Pierre, prince des apôtres, avec la garde du troupeau universel du Seigneur, pour la correction et la punition des brebis égarées et obstinées dans leur égarement, et pour l'exemple et la terreur salutaire des autres 1

« Mais le temps de la douceur est passé ; il n'y a que celui qui veut être aveugle qui puisse ne pas voir où conduisent ces attentats, ce qu'ils veulent, à quoi ils doivent aboutir, si l'on n'emploie à temps les moyens d'en arrêter les excès. Tout le monde voit, d'ailleurs, qu'il ne reste plus au-

cun sujet d'espérer que les auteurs de ces attentat;-, soient fléchis par des admonitions, par des conseils, par des prières et par des représentations de l'Église. A tout cela ils ont fermé tout '"accès , à tout cela ils sont sourds; ils ne répondent qu'en entassant injures sur injures. Il ne peut arriver qu'ils obéissent à, l'Eglise comme à une mère, ni qu'ils écoutent la maîtresse comme des disciples, ceux qui n'entreprennent rien, n'avancent rien, ne poursuiventrien, que pour soumettre l'Église, comme la servante d'un maître, et la détruire de fond en comble après l'avoir soumise.

« Si nous ne voulons pas encourir le reproche de négligence, de lâcheté, la tache d'avoir abandonné honteusement la cause de Dieu, que nous restet-il sinon de mépriser toute raison terrestre, de repousser toute prudence de la chair et d'exécuter ce précepte évangélique : Que celui qui n'écoute pas l'Eglise soit pour toi comme un païen et un publicain ! Matth., 7, 17.) Qu'ils apprennent une fois qu'ils sont soumis par la loide Jésus-Christ ànotre commandement et à notre trône; car nous exerçons aussi un commandement et une puissance plus élevée, à moins qu'il ne soit juste que l'esprit cède à la chair et que les choses célestes cèdent aux choses terrestres (1). Autrefois, tant de pontifes recommandables par leur doctrine et leur sainteté en sont venus à ces extrémités contre les rois et des princes endurcis, parce que la cause de l'Église l'exigeait ainsi, pour l'un et pour l'autre de ces crimes que les canons sacrés frappent d'anathème : craindrons-nous de suivre l'exemple de ces pontifes, après tant d'attentats si méchants, si atroces, si sacrilèges, si connus et si manifestes à tous ? N'est-il pas plus à craindre que nous ne soyons accusé, justement et à bon droit, d'avoir proclamé trop tard, plutôt qu'avec témérité et précipitation, surtout lorsque nous sommes averti par ce dernier attentat, le plus grave de tous ceux par lesquels on n'a pas cessé d'atta-

(1) Saint Grégoire de Nazianze, Oral. 17, p. 323, Paris, 1778.

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quer notre principal temporel, que nous ne serons plus libre et assuré d'accomplir les devoirs si importants et si nécessaires de notre ministère apostolique?

« A ces causes, par l'autorité du Dieu tout-puissant, des saints apôtres Pierre et Paul, et parla nôtre, nous déclarons que tous ceux qui, après l'invasion de cette illustre ville et des possessions ecclésiastiques, après la violation sacrilège du patrimoine de saint Pierre, prince des apôtres, entreprise et consommée par les troupes françaises, ont commis, dans Rome et dans les possessions de l'Église, contre l'immunité ecclésiastique, contre les droits temporels de l'Église et du Saint-Siège, les excès ou quelquesuns des excès que nous avons dénoncés dans les deux allocutions consistoriales susdites et dans plusieurs protestations et réclamations publiées par notre ordre; nous déclarons que ceux qui sont ci-dessus désignés, et en outre leurs mandants, fauteurs, conseillers, adhérents, et les [autres qui ont ordonné l'exécution desdits attentats, ou qui eux-mêmes les ont exécutés, ont encouru Y excommunication majeure et les autres censures et peines ecclésiastiques infligées par les sainls canons, par les Constitutions apostoliques et particulièrement par les décrets des conciles généraux et surtout du concile de Trente (sess.

XXII, c. 4, de Reform.); et, si besoin est, nous les excommunions et anathématisons. Nous déclarons qu'ils ont encouru les peines de la perte de tous les privilèges, grâces et induits accordés, de quelque manière que ce soit, ou par les pontifes romains nos prédécesseurs, ou par nous. Nous déclarons qu'ils ne peuvent être absous et déliés de telles censures par personne, excepté par nous, ou le souverain Ponlife alors existant (excepté à l'article de la mort, car ils doivent retomber sous les susdites censures en cas de convalescence), et que, de plus, ils sont inhabiles et incapables dans leurs demandes d'absolution, jusqu'à ce qu'ils aient rétracté, révoqué, cassé et aboli publiquement, de quelque manière que ce soit, ces attentats, jusqu'à ce qu'ils aient rétabli

pleinement et effectivement toutes choses en leur ancien état, et que d'ailleurs ils aient donné à l'Église, à nous et à ce Saint-Siège, la digne satisfaction qui est due sur les chefs ci-dessus énoncés. C'est pourquoi nous statuons et nous déclarons pareillement, par la teneur desdites présentes, que non-seulement tous ceux qui sont dignes d'une mention spéciale, mais encore leurs successeurs dans les offices, ne pourront, en vertu des présentes, ni sous aucun prétexte que ce soit, se croire libres et déliés de la rétractation, de la révocation, de la cassation et de l'abolition qu'ils doivent faire pour les attentats ci-dessus rappelés, ni de la satisfaction due à l'Eglise, à nous et à ce Saint-Siège, satisfaction qui devra être réelle et effective ; voulant que toutes ces obligations conservent leur force, et qu'autrement ils ne puissent obtenir le bénéfice de l'absolution .

« Enfin, pendant que nous sommes contraint de tirer du fourreau le glaive de la sévérité de l'Eglise, nous n'oublions pas que nous tenons sur la terre, malgré notre indignité, la place de celui qui, même lorsqu'il déploie sa justice, se souvient de sa miséricorde. C'est pourquoi nous ordonnons et nous entendons, nous adressant à nos sujets, ensuite à tous les peuples chrétiens, en vertu de la sainte obédience, que personne ne présume apporter dommage, injure, préjudice ou tort quelconque à ceux que les présentes concernent, ou à leurs biens, droits, prérogatives, à l'occasion et sous le prétexte des présentes lettres. Car, en infligeant à ceux que nous condamnons le genre de peine que Dieu a mis en notre puissance, et en vengeant tant et de si grandes injures faites à Dieu et à son Eglise sainte, nous nous proposons particulièrement de voir ceux qui nous tourmentent actuellement se convertir pour être tourmentés avec nous, si heureusement Dieu leur envoie la pénitence, afin qu'ils connaissent la vérité (Il Timoth., 11, 25).

« Ainsi donc, levant nos mains vers le ciel, dans l'humilité de notre cœur, tandis que nous remettons et que

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nous recommandons de nouveau à Dieu la juste cause que nous défendons, et qui est bien plus la sienne que la nôtre, et que nous protestons être prêt, par le secours de sa grâce, à boire, jusqu'à la lie, pour l'Eglise, le calice qu'il a daigné boire le premier pour elle, nous le supplions, nous le conjurons, par les entrailles de sa miséricorde, de ne pas rejeter, de ne pas mépriser les oraisons et les prières que nous adressons, jour et nuit, pour leur repentir et salut. Certes, il ne brillera pas pour nous de jour plus fortuné et plus consolant que celui où nous verrons la miséricorde divine nous exaucer, et nos fils, qui nous envoient aujourd'hui tant de tribulations et de causes de douleur, se réfugier dans notre sein laternelet s'empresser de rentrer dans te bercail du Seigneur.

« Nous entendons que les présentes lettres, et tout ce qu'elles contiennent, ne puissent être attaquées, sous prétexte que les susdits et autres quelcunques y ayant ou prétendant, de quelque manière que ce soit, y avoir Intérêt, à quelque état, grade, ordre, prééminence, dignité qu'ils appartiennent, quelque mention individuelle qu'ils réclament, de quelque expression qu'ils se jugent dignes, n'auraient pas consenti, n'auraient pas été appelés et entendus à l'effet des présentes, et que leurs raisons n'auraient pas été suffisamment écoutées, vérifiées, et justifiées; nous entendons que ces lettres ne pourront également, et sous aucune cause, couleur ou motif , être regardées jamais comme entachées du vice de subreption, ou d'obreplion, ou de nullité, ou de défaut d'intention de notre part ou des intéressés. Le contenu des lettres ne pourra , sous quelque autre prétexte que ce soit, être attaqué, rejeté,- rétracté, remis eu discussion ou restreint dans les termes de droit; il ne sera pas licite d'alléguer contre elles la réclamation verbale, le droit de restitution en entier dans son premier état, ni tout autre remède de droit, de fait et de grâce. On ne pourra opposer que ce remède, après avoir été sollicité, a élé accordé, et qu'il est émané de

notre propre mouvement, science et pleine puissance ; il est entendu qu'il ne pourra servir d'aucune manière ni aider à qui que soit en jugement et hors du jugement. Nous déclarons que les présentes lettres doivent exister fermes, valides et efficaces, qu'elles auront et sortiront leur plein et entier effet, et qu'elles doivent être observées inviokiblement par ceux qu'elles concernent et qu'elles concerneront dans la suite ; ainsi, et non autrement qu'il est dit dans les présentes, elles doivent être jugées et définies par les juges ordinaires et par les auditeurs délégués du palais apostolique, par les cardinaux de la sainte Église romaine, par les légats a latere et les nonces du Saint-Siège et autres jouissant ou devant jouir de quelque prééminence et pouvoir que ce soit, entendant leur ôter, à eux et à chacun d'eux, la faculté et l'autorité de juger et d'interpréter différemment ; déclarons finalement nul et non avenu tout ce qui pourrait être tenté contre elles, par quelque autorité que ce soit, sciemment ou par ignorance.

« En conséquence de ce que dessus, et en tant que do besoin, nonobstant la règle de notre chancellerie apostolique sur la conservation des droits acquis, et les autres constitutions et décrets apostoliques accordés à quelques personnes que ce soit, et tous les autres statuts et coutumes corroborés par serment et autorisation apostolique ou toute an Lie confirmation, nonobstant les coutumes, usages, styles, même immémoriaux, privilèges, induits, lettres, accordés a quelques personnes que ce soit, de quelque dignité ecclésiastique ou séculière qu'elles soient revêtues, quelles que soient leurs qualifications, et quand même elles prétendraient invoquer une désignation expresse et spéciale, sous quelque teneur et forme que ce soit, quand même elles se prévaudraient des clauses dérogatoires et d'autres clauses plus efficaces, trèsefficaces, insolites et irritantes, et d'autres décrets, même dévolus contrairement de mouvement, science, plénitude de puissance et consistoriaiement , OU d'autres manières, de

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concessions faites, écrites et plusieurs fois réitérées, approuvées, contirmées et renouvelées. Nous déclarons que nous dérogeons par ces présentes

d'une façon expresse et spéciale à ces constitutions, et nous entendons qu'il y soit dérogé, quoique ces actes, ou quelques-uns deux, n'aient pas été insérés expressément dans ces présentes, quelque dignes qu'on les suppose d'une mention spéciale, expresse et individuelle, ou d'une forme particulière en pareil cas, voulant que ces présentes aient la même force que si la teneur des constitutions, celle des clauses à observer y était nommément et mot à mot exprimée, et qu'enfin elles obtiennent leur plein et entier eifet, nonobstant les choses à ce contraires.

« Comme les présentes lettres , ainsi qu'il est de notoriété, ne peuvent être publiées en sûreté particulièrement dans les lieux où il importerait qu'elles le fussent, nous voulons que ces lettres ou leurs copies soient affichées, selon la coutume, aux portes de l'église de Latran et de labasilique du prince des apôtres, à celles de la chancellerie apostolique , de la CAiriti Campo di/ Fiovi de Rome, et qu'ainsi publiées et affichées elles obligent tous et ebacuu de ceux qu'elles concernent comme si elles avaient été intimées personnellement et nominativement à chacun d'eux.

« Nous voulons encore que, tant en jugement que dehors, partout, en tout lieu, et chez toute nation, on ajoute foi à chaque extrait ou copie ou imprimé de ces présentes, muni de la signature de quelque personue constituée en dignité ecclésiastique, comme onajouteraitfoiaux présentes si elles étaient exbibées et montrées.

ci Donné à Rome, près de Sainte- Marie-Majeure, SOUS l'anneau du pécheur, le dixième jour de juin, l'an 1800, de notre pontificat le dixième. «Pius PP. VU. »

« Des mains courageuses et fidèle?, dit M. Thiers, affichèrent dans Saint-Pierre, et dans la plupart des ses de Rome, la bulle d'excommunication qui osai) frapper Napoléon sur son trône, et qui, n'ayant plus

pour elle la force du sentiment religieux depuis longtemps affaibli, en devait trouver une eependant dans la justice humaine, révoltée des violences, des ingratitudes commises par ce guerrier envers le Pontife qui l'avait sacré. »

(Bist. du Consultai et de l'hmpire, t. XI, p. 30G.)

Le 6 juillet suivant Pie VII fut emmené en captivité ;le 25 février 1810 la déclaration du clergé de France de 1682fut proclamée loi de l'empire, et le 28 du même mois paraissait un décret qui modifiait quelques-uns des articles organiques, sans taire droit à plusieurs des réclamations les plus importantes. Pendant ces entrefaites, Pie VII refusait toujours de confirmer diverses nominations qui remontaient jusqu'au premier consul, et celles de plusieurs évèques que l'empereur avait nommés. C'est alors (1811) que Napoléon convoqua le concile national du 2o avril pour tâcher de trouver le moyen, par ce concile, de se passer des confirmations du Pape. Le concile, docile en commençant aux vues de l'empereur, finit par ne pas vider les mesures proposées, et fut dissous sans résultat obtenu.

Cependant on agissait activement auprès du Pape toujours captif à Fontainebleau; et en 1813 l'empereur réussit à lui arracher la signature d'un nouveau Concordat qui portait, par son article i, ce qui suit :.

« Dans les six mois qui suivront la notification des nominations faites par l'empereur aux sièges archiépiscopaux et épiscopaux vacants dans l'empire et dans le royaume d'Italie, le Pape donnera, conformément aux Concordais , l'institution canonique aux prélats nommés, et, en vertu du présent induit, les informations préalables seront laites par le métropolitain. Si les six mois s'écoulent sans que le Pape ail accordé l'institution, le métropolitain, à son défaut, ou s'il s'agit de lui, l'évèque le plus ancien de la province procédera a l'institution de L'évèque nommé, de sorte qu'aucun siège ne restera jamais vacant plus d'une année. »

« Mais, dit M. liuss, ce Cow

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resta sans effet par suite de la chute de l'empire. » Nous avons lu aussi que Pie VII se rétracta de son acte de faiblesse.

Après la restauration, le Concordat de Léon X et de François I fut remis en vigueur par un nouveau Concordat qui fut conclu le 17 juin 1817 entre Pie VII et Louis XVIII, lequel annulait celui de 1801 et ses articles organiques; mais ce Concordat fut repoussé par la chambre des députés et resta sans exécution. Le Pape arrêta seulement en 1819 des dispositions provisoires relatives aux nominations des évêques; et depuis 1830, ' c'est toujours le Concordat de 1801 et ses articles organiques qui sont réputés, en France, la loi ecclésiasticopolitique et civile, bien que cette loi paraisse tendre dans la pratique, à tomber en désuétude. Le Nom.

CONCORDE ou HARMONIE DES EVANGILES, ouvrage destiné à montrer la conformité de la doctrine enseignée, des faits et des circonstances rapportés par les quatre évangélistes.

On voit que ce n'estpas la même chose qu'une concordance ; celle-ci est une table alphabétique de tous les passages de l'Ecriture sainte, dans lesquels tel mot se trouve : une concorde est la comparaison des dogmes, des préceptes, des faits écrits par différents auteurs, pour en faire une histoire suivie, selon l'ordre des événements.

Comme la narration des actions et des leçons ds Jésus-Christ a été écrite par quatre auteurs différents, il a fallu les rapprocher et les comparer afin de montrer que l'un ne contredit pas l'autre , que ces quatre histoires forment une chaîne qui se soutient trèsbien, et réfuter ainsi les incrédules, qui prétendent y trouver des contradictions. De même, l'histoire des rois du peuple juif est contenue non-seulement dans les quatre livres des Rois, mais encore dans les deux livres des Paralipomènes, et il y a des variétés dans ces deux narrations, qui n'ont pas été écrites par le même auteur; il a donc fallu les confronter et les concilier.

La première concorde ou harmonie des Evangiles est attribuée à Tatieu,

disciple de saint Justin, qui virait au second siècle ; il l'intitula Diatessaron, c'est-à-dire, par les quatre, et c'est ce que l'on a nommé dans ta suite l'Evangile de Tatien et des encratites.

Cet auteur n'a point été accusé d'avoir altéré le texte des Evangiles ; mais son ouvrage n'a pas laissé d'être mis au nombre des évangiles apocryphes, parce que Tatien pouvait s'être trompé dans la comparaison des faits et des dogmes. Saint Théophile d'Antioche, qui vivait à peu près dans le même temps, avait fait aussi une concorde des Evangiles, au rapport de saint Jérôme, qui, cependant, fait plus de cas do celle d'Ammonius d'Alexandrie. On en attribue encore une à Eusèbe de Césarée ; mais il ne nous reste rien de ces anciens ouvrages : nous avons seulement les trois livres de saint Augustin, de consensu Evangelistarum.

Dans le siècle passé et dans le nôtre, plusieurs écrivains ont fait des concordes ou harmonies ; Toinard, Whiston,le docteur Arnaud, etc. Celle qui nous a paru la plus commode pour l'usage, est celle de M. Le Roux, curé d'Andeville, au diocèse de Chartres, imprimée m-8° h Paris, en 1699.

On trouvera dans la Bible d'Avignon, tom. 5, pag. 22 et 149, la concorde de l'histoire des rois, tom. 13, p. 27 et 561, celle des Evangiles.

Les protestants ont aussi nommé concorde, ou formulaire d'union, deux écrits différents, célèbres parmi eux.

Le premier fut l'ouvrage d'un théologien luthérien, intitulé, Formula consensus, composé l'an 1576, par ordre d'Auguste, électeur de Saxe ; ce prince et les ducs deWirtemberg et de Brunswich voulaient la faire adopter par les théologiens de leurs États, dont plusieurs penchaient versles opinions de Calvin touchant l'eucharistie. Mais cette tentative, quoique appuyée par la force du bras séculier, loin de calmer les disputes, les anima davantage; la prétendue concorde fut attaquée, non-seulement par les calvinistes, mais par plusieurs docteurs luthériens; il y eut des écrits violents de part et d'autre. Le second, qui parut chez les calvinistes en 1075, sous le même titre, fut composé nar

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M. Henri Heidegger, professeur de théologie à Zurich, dans le dessein de conserver, parmi les théologiens de la Suisse, la doctrine du synode de Dordrecht, et d'en bannir les opinions d'Àmiraut et de quelques autres ministres français. Ce formulaire d'union ne produisit pas de meilleurs effets que celui qui avait révollé les luthériens; il fut supprimé, en 1086, dans le cantonde Bâle et dans la rêuphlique de Genève, sur les instances de Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg. En 1718, les magistrats de Berne voulurent le faire signer par tous les ministres, surtout par ceux de Lausanne ; ils n')' réussirent point : le roi d'Angleterre et les Etats de Hollande employèrent leur médiation pour le faire supprimer.

Enlin, l'on appelle concorde le livre que Molina, jésuite, avait intitulé Concordia liberi arbitra, cum auxiliis divinx yratix, ouvrage qui a excité de vives contestations parmi les théologiens. Voyez Mollmsme.

Bergier.

CONCOURS de Dieu aux actions des créatures. C'est une vérité de foi que la grâce, qui est l'action immédiate de Dieu lui-même, nous estnécessaire pour toute action surnaturelle et utile au salut, que cette grâce est nonseulement concomitante ou coopérante, mais prévenante. Ce dogme a donné lieu de demander si nous avons besoin d'un pareil concours immédiat de Dieu pour les actions naturelles.

Comme cette question est purement philosophique, nous ne devons pas y toucher. Nous remarquerons seulement que nous ne connaissons aucun passage formel de l'Ecriture, ni aucune raison théologique qui puisse Inous engager à prendre parti dans [ cette dispute. 11 n'y a aucune comparaison à faire entre les actions naturelles et les actes surnaturels.

CONCOURS POl'R LES CHARGES ECCLÉSIASTIQUES. (Tkêol. hist. gêner.) — Le droit commun dans l'Eglise est que les charges soient mises au concours, et soient données aux plus dignes. Voici comment M. Per-

maneder résume cette loi ecclésiastique, et ce qu'il expose delamanière donl elle est plus ou moins mise à exécution dans plusieurs pays catholiques de l'Europe :

« Il faut, pour remplir une fonction dans l'Église, appartenir à l'état ecclésiastique et posséder, outre les autres qualités canoniques, les connaissances nécessaires pour la charge spéciale à laquelle on aspire. C'est sous ce rapport que le concile de Trente a spécialement prescrit, pour ceux qui prétendent à des bénéiiees ayant charge d'âmes, un examen ou concours qui doit avoir lieu devant trois examinateurs au moins, nommés par l'évèque, en présence de l'évèque ou de son vicaire général. Les candidats les plus dignes doivent être élus à la majorité des voix de la commission d'examen, et, si les voix se disséminent ou se partagent également, la voix de l'évèque ou de son vicaire général est prépondérante.

L'accomplissement exact du décret du concile, sess. XXIV, c. 18, de Reform., a été vivement recommandé aux évèques par la bulle de Pie V, du 18 mars 1566, In conferendis, parla circulaire de Clément XI, du 10 janvier 1721, et par la constitution de Benoit XIV.

« Actuellement, abstraction faite des épreuves que doit subir celui qui est élu ou présenté pour un bénéfice avec charge d'âmes, pour l'institution canonique, devant l'évèque ou le vicaire général, il y a presque partout en Allemagne, pour ceux qui aspirent à une charge de prédicateur, de curé ou toute autre fonction du ministère sacré, un concours qui se passe devant une commission composée d'autorités civiles (1) et épiscopales.

En Autriche dans tous les diocèses, il y a tous les ans, au commencement de mai et à la fin d'août, un concours général sur toutes les parties de l'enseignement de la théologie, auquel ne sont régulièrement admis que les ecclésiastiques qui ont passé trois ans dans le ministère ou

(lj Nous De vivons pas pourquoi les autorités civiius sout uuM'Jei la JeJous. Le Xoib.

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dans une fonction équivalente ; ce n'est que par exception et avec l'autorisation de l'Ordinaire qu'un ecclésiastique peut être admis à ces épreuves avant l'écoulement des trois ans.

Il faut répondre par écrit et en latin aux questions de l'examen; les épreuves de la prédication et du catéchisme se font dans la langue usuelle (1).

« En Prusse , il n'y a pas de concours proprement dit , mais nul n'est admis à une fonction ecclésiastique sans avoir préalablement subi un examen sur ces connaissances et savie passée. Il existe une circulaire ministérielle spéciale sur l'examen que les candidats du clergé catholique ont à subir après trois années d'études théologiques et une année de ministère, devant une commission épiscopale (2).

« En Bavière il y a, tous les deux ans, au siège de chaque archevêque ou évêque, un concours pour les aspirants aux fonctions de curé, de prédicateur et autres bénéfices ayant charge d'àmes et droits curiaux, dépendant d'un patronage seigneurial ou autre, concours qui est toujours annoncé quelque temps d'avance par les feuilles officielles. Ne sont admis à ces concours que des candidats nés en Bavière ou ayant obtenu l'indigénat, qui peuvent établir qu'ils ont achevé le cours régulier de leurs études par certificats d'une université ou d'un lycée du royaume, et constater leurs bonnes mœurs et leurs services dans l'enseignement des écoles plus quatre années au moins de ministère, par le témoignage légal de l'Ordinaire épiscopal, de l'inspecteur des écoles du district, du curé du lieu et des autorités de police compétentes. Les aspirants qui n'ont point au moins la troisième note de l'Ordinaire sont évincés sans examen ultérieur.

La commission d'examen, présidée

(1) Décret de la C. I. R. d'Autriche du 24 déc 1785. Décréta de la chimcell. aul. du 16 «ou. 1S04 du îijuin 18(1, des iiféor. et 29 octobre 1812 dû 3 feu. 1S20, du 17 avril 1829, du 18 avril 1339. Bjr;k-Barthenheim, Aff. eccl. d'Autr., p. 57 §§

(2) Droit public genér. de Prusse, t. II, tit. 1 1 § 62. Circul. minisl. du 31 juillet 1320, dans Giseff, Compte)!, des lior. de Droit de pruss., t. 1, p. III, p. 536. '

par un conseiller du gouvernement bavarois catholique, est composée de deux ou trois chanoines, de deux ou trois professeurs de théologie (de l'université ou d'un lycée), d'un curé en fonctions et du directeur du séminaire épiscopal. Ceux qui sont refusés faute de capacité ne peuvent se présenter que deux fois au concours; les candidats de la première et de la seconde classe peuvent refuser trois fois un bénéfice et en attendre un qui leur convienne mieux II)..

« Dans la province ecclésiastique du Haut-Rhin, un concours est, chaque année et dans chaque diocèse, ordonné par une commission composée d'autorités civiles et religieuses, en faveur de ceux qui aspirent à une cure ou à un autre bénéfice ecclésiastique. On n'admet que des ecclésiastiques qui ont exercé au moins deux ans le ministère comme prêtres auxiliaires et qui ont de bons témoignages de leur conduite ; on a égard dans les nominations à la suite des épreuves, à la classification du candidat (2). « En France il n'y a point de concours ; les prêtres qui sont dans le ministère des paroisses sont seulement soumis tous les ans, pendant trois ou cinq ans suivant les diocèses, à un examen de théologie, sur des matières désignées d'avance, devant une commission présidée par un vicaire général. Il n'y a de concours que poulies places de chapelain de l'église patronale de Sainte-Geneviève, de Paris.

Ce concours a lieu devant une commission nommée par l'archevêque de Paris et présidée par un grandvicaire. »

Nous complétons cet article en empruntant au manuscrit de notre

DICTIONNAIRE DES DÉCISIONS HUMAINES, SUR LA FOI, LA MORALE ET LA DISCIPLINE, LES PLUS INTÉRESSANTES ET LES PLUS

pratiques au xrxe siècle (3), le court

(1) Ord. de Bav. du 27 août 1813, Gazette du Gouoern., 1843, n° 30, col. 601-620.

(2) Ordonn. de la Prou. eccl. du Haut-Rhin, du 30 janv. 1830, §8 29, 30, daus Longoer, A If. de droit des éeêgues de la Prou. eccl. du Haut- Rhin, p. 525.Coiif., pour le grand-duché de Hosso, Longner, etc., p. 264-268; pour Bade, Longner, p. 270 ; ibid., p. 475, pour lo Wurtemberg.

(3) Cet ouvrage n'a pas encore paru.

La Nota.

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passage suivant, dans lequel se trouve expliquée la méthode suivie à Rome et dans son district pour les concours paroissiaux :

« Les examens se fontpar écrit. En vertu de l'encyclique quo parochialcs de Clément XI, et en verlu de la constitution cura illud de Benoit XIV, les examinateurs tiennent compte aussi des qualités morales sous peine de nullité de concours. Depuis la première de ces deux encycliques tous les examens oraux ontdisparu.de la pratique des examinateurs romains.

a On fait prêter un serment aux candidats. 11 y a trois examinateurs, dont deux sont désignés par le sort. Le R.

maître du S. palais donne trois cas de théologie morale à résoudre; les deux autres en donnent aussi chacun trois, ce qui en l'ait neuf. Deux heures sont données pour achever la composition sans aucun livre. On doit, en outre, écrire un sermon sur un des évangiles qu'un des examinateurs tire au sort. Les écrits sont renfermés dans une urne qu'on scelle avec le sceau du cardinal vicaire et qui est conservée jusqu'au jour du scrutin par le secrétaire.

a Prennent part au scrutin les examinateurs et de plus le vice-gérant, le lieutenant civil du tribunal du^ icariat, le secrétaire de la visite apostolique, le doyen des clercs de la chambre, l'avocat fiscal, le lieutenant criminel et le secrétaire du tribunal criminel. Ils commencent par fixer les réponses qui ne peuvent être que, ou affirmatives ou négatives.

« Le jour du vote, le candidat est introduit ; le secrétaire lit devant lui son sermon et ses réponses.; puis il se retire et on procède au vote qui est plein, semi-plein ou négatif.

« Pour les paroisses de Rome, cette méthode, telle que le concile de Trente l'institua et que les .S. P. l'ont perfectionnée, est observée dans toute sa rigueur. Il y a édit public, appel fait à tous ceux qui veulent concourir, y compris les étrangers pourvu qu'ils aient deux ans de domicile à Rome, et ouverture de la liste d'inscription pendant dix jours.

« Le concile de Trente avait suppose l'examen verbal ; ce sont les S. P. qui

y ont .substitué l'examen par écrit. »

Le Nqjr.

CONCUBINAGE, -commerce habituel entre un homme et une femme, qui demeurent libres de se quitter quand il leur plait. 'Il ,est évident que ce désordre est criminel en lui-même, et contraire au bien de la société, par conséquent, défendu, non-seulement par la lai positive du Christianisme, mais par la loi naturelle. Ceux qui en sont coupables ne souhaitent point d'avoir des enfants, ils le craignent plutôt ; ce serait une charge pour eux quand ils viendraient à se séparer. On ne préfère cet état à un nialiage légitime, que pour se dispenser de remplir les devoirs de père et .de mère ; et lorsqu'il en provient des enfants, ils sont ordinairement abandonnés.

Dans les écrits des censeurs de l'histoire sainte, il est souvent parlé du concubinage des patriaches; ce terme est déplacé, il ne faut pas confondre le désordre qu'il exprime avec la polygamie. Nous n'en voyons point d'exemple chez les patriarches, mais seulement la polygamie : à cet article, nous prouverons qu'alors elle n'était pas contraire au droit natiu'el.

Les deux femmes de Lameeli sont nommées ses épouses.. G-en., c. 4, f 19 et 23. Il est dit que les enfants de Dieu prirent des épouses parmi les filles des hommes, qu'ils avaient choisies; ce dernier terme ne signifie point qu'ils les avaient prises d'abord pour concubines, comme on affecte de le supposer.. Sara, stérile, donne à son époux Agar, sa servante ou son esclave, afin qu'il en ait des enfants, résolue elle-même de les adopter :

c'était une espèce 'de mariage. En effet, Ismaël fut regardé comme enmut légitime. 11 n'est éloigné de la maison paternelle, avec sa mère, que par ua ordre exprès de Dieu, et pour des raisons particulières; il se réuuit à Isaac, pour donner la sépulture à leur père commun. Gcn., c. 25, f 9. Les enfants que Jacob eutdc ses servantes, furent réputés aussi légitimes que ceux de ses épouse-s, etc.

Dans l'état de société purement domestique, où les servantes étaient es-

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claves, mais pouvaient hériter, où la polygamie était à peu près inévitable et permise, il ne faut pas donner aux termes le même sens que l'on y attache dans l'état de société civile, où le droit naturel n'est plus le même.

Voyez. Droit naturel. Beugier.

CONCUPISCENCE, dans le langage théologique, signifie la convoitise ou le désir immodéré des choses sensuelles, effet du péché originel.

Le père Malebranche attribue l'origine de la concupiscence aux impressions faites par les objets sensibles sur le cerveau de nos premiers parents au moment de leur chute, impressions qui se sont transmises, et continuent de se communiquer à leurs descendants. De même, dit-il, que les animaux produisent leurs semblables et avec les mêmes traces dans le cerveau, les mêmes sympathies ou antipathies, ce qui produit la même conduite dans les mêmes circonstances : ainsi nos premiers parents, qui reçurent par leur chute une impression profonde des objets sensibles, la communiquèrent à leurs enfants. Il ne serait pas difficile de montrer le peu de justesse de cette comparaison; l'on doit se borner à croire le péché originel et ses effets, sans vouloir les expliquer.

Les scolastiques nomment appétit concupiscible, le désir naturel de posséder un bien, et irascible, le désir d'écarter et de fuir le mal.

Saint Augustin, L. 4, contra Julian., c. 14, n° 65, distingue quatre choses dans la concupiscence, la nécessité, l'utilité, la vivacité et le désordre du •sentiment ; il soutient avec raison que ce désordre est un vice, au lieu que les pélagiens en blâmaient seulement l'excès; mais indépendamment de l'excès, ce penchant est un mal, puisqu'il faut y résister et le réprimer. Il reste dans les baptisés et dans les justes comme une suite et une peina du péché originel, pour servir d'exercice à la vertu ; c'est ce qui nous rend la grâce nécessaire pour faire le bien.

Saint Paul donne souvent à la concupiscencele nom de péché, parce que c'est un effet du péché originel, et qu'elle nous porte au péché ; ainsi

CON

l'explique saint Augustin. L. i, contra duas Epist. Pelàg., c. 13, n° 27 : Op. imperf., 1. 2, n° 71, etc. Conséquemment, lorsque le saint docteur soutient que la concupiscence est nn péché, l'on doit entendre un vice, un défaut, une tache, et non une faute imputable et punissable.

En effet, ce saint docteur a retenu constamment la définition qu'il avait donnée du péché proprement dit, en réfutant les manichéens. « C'est, dit- « il, la volonté de faire ce que la loi » défend, et ce dont il nous est libre » de nous abstenir. » Mais il observe que cela ne nous est pas aussi libre qu'il était à Adam. Rétract., 1. 1, c. 9, 15 et 23. Il ne s'ensuit pas de là que la tache originelle ne soit un péché proprement dit; mais cette tache ne consiste pas dans la concupiscence seule. Voyez Originel . Si Beausobrey avait fait plus d'attention, il n'aurait pas accusé saint Augustin d'avoir raisonné sur la concupiscence, comme les manichéens, et d'avoir soutenu qu'elle est vicieuse et criminelle en elle-même. B.ergier.

CONDIGNITE. Les théologiens scolastiques appellent mérite de condiguité, meritum de condigno, celui auquel Dieu, en vertu de sa promesse, doit une récompense à titre de justice; et mérite de congruité, meritum de concjruo, celui auquel Dieu n'a rien promis, mais auquel il accorde toujours quelque chose par miséricorde.

Lo premier exige des conditions de la part de Dieu.de lapart del'homme, et de la part de l'acte méritoire. De la part de Dieu, il faut une promesse formelle, parce que Dieu ne peut nous riendevoir par justice, sinon en vertu d'une promesse. De la part de l'homme, il faut, 1° qu'il soit en état de justice ou de grâce sanctifiante ; 2° qu'il soit encore vivant et sur la terre. L'acte méritoire doit être libre, moralement bon, surnaturel dans son principe, c'est-à-dire, fait par le mouvement de la grâce, et rapporté à Dieu.

De ces principes, les théologiens concluent qu'un juste peut mériter, de condigno, l'augmentation de la grâce et la vie éternelle ; mais que

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l'homme ne peut mériter de même

la première grâce sancliliante, ni le don de la persévérance finale ; il il peut cependant obtenir l'un et l'autre par miséricorde., et il doit l'espérer. Voyez Mérite.

Bergier.

CONDILLAC (Etienne Bonnot de Mably). [Théol. rdst. Moflf. et bibliog.)

— Le célèbre Condillac, né à Grenoble en 1714, mourut dans sa terre de Flux, près de Beaugency, dans l'Orléanais. Frère de l'abbé de Mably, historien connu, il fut lui-même abbé de Mureaux et membre des Académies de Paris et de Berlin. Tout le monde sait le succès momentané qu'il obtint en France en y important les idées empiriques de Loke, et les présentant, avec beaucoup moins de profondeur que le maître, comme formant un système opposé à la logique de Descartes, qui n'est autre que celle de tous les grands philosophes de tous les temps. Ce système sensualiste vint au secours du philosophisme du xviii0 siècle ; il contribua à « mettre, dit avec raison M. Ila.'uslé, la négation religieuse à l'ordre du jour, à unir le scepticisme au désordre des mœurs, et à réduire la philosophie à un pur matérialisme, en faisant passer l'esprit pour le rêve de la chair et l'amour pour l'hypocrisie de l'égolsme. »

« La clarté du style, continue M. Hœuslé, qui est le principal mérite d''s écrits de Cowlilhii;, sa méthode, simple en apparence, et des recherches de psychologie empirique, intéressantes en elles-mêmes, exciter, ut un engouement général, et Condillac fut pour la théorie du sensualisme i e qu'llelvélius devint pour le matérialisme pratique, ("est à ce point de vue et dans cet esprit que fut rédigée ï I. . prétendu sommaire de

toutes les sciences humaines, hostile à toute tendance sura ilui ell •. bo

avant tout à l'idée d'un Être unique

et éternel. Cependant il est impo Lie de rendre ConâiBae responsable de toutes les conséquencai qu'eut le sensualisme en France. Son mérite

Sbilosopbique est beaucoup trop auessous de l'opinion qu'il en avait

lui-même et qu'il en avait donn ses contemporains; il se réduit à ane prétendue théorie sur le développement de nos facultés et à quelques efforts ponr expliquer L'association des idées, l'origine du 1 ingage et les rapports de l'homme avec les animaux.

« Condillac s'est trompé, et les résultats de ses recherches sont peu tisfaisants, parce qu'il est resté à moitié route, -voulant arriver à L'esprit par la nature au lieu de concevoir la nature par l'esprit. I . par une

singulière ironie, donna le nom de Métaphysique on Bystème qu'il voulait faire prévaloir, et la première i de son Traité des Systèmes I] esl qu'il faut rejeter les idées de la raison pure comme des hypothèses arbitraires, tout comme il "faut renoncer à toute tentative de pénétrer l'essence des choses et les mystères de la nature, l'homme ne devant pas aller au-delà de la portée de sa raison.

« En vertu de cette' règle, inclina plus vers Locke que ver- Descartes, et ne s'écarta du philosophe anglais qu'en ce qu'il rejeta ses idées d'in?Unct et de mécanisme, et déduisit les facultés intellectuelles de l'homme de la sensation. La (acuité de sentir est pour lui le principe du développement spirituel, et tons Les phénomènes de l'esprit sont ramenés à la sensation, dont elles dérivent et qu'elles manifestent. Les idées, la science, les faeuliés, la réflexion, l'habitude, tout est pour lui transformation de la sensation; la sensation change de forme comme la glace quand elle se fond en eau et s'évanouit en vapeur. Le langage n'est qu'une transformai ion de la sensibilité vocale, et : n'est qu'une langue bien faite.

« Pour établir sa démonstration, d ms son fameux 7, - nsattOM

i , il applique son rj rtéme I une

tue éprouvant peu t peu le- i ■

après tes autres toutes les lensatl qui constituent l'ensemble d-- la vie

intellectuelle et finissent par en faire un homme organisé. Il décrivit aiusi

I) UHir», 1746 1^8, ï toi. io-19.

t) L air. etP«ii(, 1754, î f

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l'histoire de la connaissance humaine, à laquelle il ajouta en supplément une dissertation spéciale sur la liberté. Celle-ci, suivant ce philosophe, est une détermination de la volonté, résultant de la réflexion d'une influence objective, influence qui précède tous les actes de notre volonté, tous les mouvements de notre pensée.

Dans son Traité des Animaux (1), il fait une vive critique du système de Buiïon sur la nature des animaux et de quelques autres opinions de ce savant, pour répondre aux reproches qu'on lui faisait d'avoir lui-même suivi le système de ce naturaliste.

Chez les animaux comme chez l'homme, dit Cori&illac, toutes les facultés et les aptitudes sont le résultat de l'expérience.

a Son Cours d'études pour l'instruction du prince de Parme (2) eut un sort particulier ; il fut imprimé à Parme en 1769-1773 ; mais quelques allusions qui déplurent à la cour d'Espagne firent supprimer la première édition, dont un exemplaire, échappé à la suppression, parvint à Deux-Ponts et y servit à faire une seconde édition portant le nom de Parme. On autorisa alors la publication de la première édition, moyennant quelques cartons, et elle parut sous le titre également faux de Deux-Ponts. Cet ouvrage renferme une grammaire philosophique qui étudie les signes de la pensée; il contient une analyse des principes de l'art d'écrire, des éléments de mécanique, d'astronomie, de physique, d'histoire ancienne et moderne, le tout mêlé à une foule d'allusions politiques.

« Condillac fit un très-malheureux essai de sa méthode analytique appliquée à la politique dans son livre le Commerce et le Gouvernement (3). »

Le premier des ouvrages de Condillac, celui qui lui avait donné tout d'abord de la réputation et lui avait valu des relations assez intimes avec Rousseau, Diderot, Duclos et même le préceptorat de l'infant Ferdinand- Louis duc de Parme, petit-fils de Louis

(il 1755, in-12.

(21 Deux-Ponts, 1782, 13 vol. in-8».

(3) Auist. et Paris, 1776, in-12; 1795, in-So

xv, dont il s'acquitta avec zèle et conscience, avait été son Essai sur l'origine des connaissances humaines.

Outre ceux dont il a été question plus haut, on peut encore citer : La logique, ou les premiers éléments de l'art de penser K Paris, 1781, in-12, et 1788 in-8 î-écrit destiné aux écoles nationales de Pologne, dont Condillac s'exagéra la portée en croyant, bien à tort, avoir le premier introduit la méthode analytique dans l'enseignement de la philosophie. La règle générale en est très-bonne et très-pratique; elle consiste a dire « qu'il faut ramener la pensée à son principe le plus simple, pour arriver sûrement à la vérité. »

Mais n'est-ce pas ce qu'on a toujours fait, et Descartes plus qu'aucun autre?

Le Noir.

CONDITIONNEL. Les théologiens, aussi bien que les philosophes, se sont trouvés dans la nécessité de distinguer les futurs conditionnels, d'avec les futurs absolus. David demande au Seigneur, IReg., c. 23, f 11 : «#Si » je demeure dans la ville de Ceïla, » Saùl viendra-t-il pour me prendre, » et les habitants me livreront-ils » entre ses mains? » Le Seigneur répond : « Saùl viendra, et les habi- » tants vous livreront. » David se retira, Saùl ne vint point, et David ne fut point livré. Jésus-Christ dit aux Juifs dans l'Evangile, Matth., c. 11, fï[ :« Si j'avais fait à Tyr et à » Sidon les miracles que j'ai faits » parmi vous, ces villes auraient fait » pénitence sous la cendre et le ci- » lice. » Ces miracles ne furent point faits à Tyr, et les Tyriens ne firent point pénitence. A l'égard de ces sortes de futurs conditionnels, qui n'arriveront jamais, les théologiens demandent si Dieu les connaît par la science de simple intelligence, comme il connaît les choses simplement possibles; ou s'il les connaît par la science de vision, comme les futurs absolus.

Les uns tiennent pour la science de simple intelligence, les autres prétendent qu'il faut admettre, pour ces sortes de futurs, une science moyenne entre la science de simple intelligence

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et la science de vision. Cette dispute a fait beaucoup de bruit, parce qu'elle tient à la matière de la grâce; ce n'est point à nous de la terminer.

Voyez Science de Dieu. Beïigier.

CONDITIONNELS (décrets). Les calvinistes rigides ou gomaristcs prétendent que tous les décrets de Dieu, relatifs au salut ou à la damnation des hommes, sont absolus; les arminiens soutiennent que ces décrets sont seulement conditionnels et que, quand Dieu veut réprouver tel homme, c'est qu'il prévoit que cet homme résistera aux moyens de salut qui lui seront accordés. Parmi les théologiens catholiques, plusieurs admettent un décret absolu de prédestination; mais ils n'admettent aucun décret absolu de réprobation.

Les pélagiens et les semi-pôlagiens prétendaient que le décret ou la volonté de Dieu d'accorder la grâce airs hommes, est toujours sous condition que l'homme se disposera de luimême, et par ses forces naturelles, à mériter la grâce. Cette erreur a été justement condamnée ; elle suppose que la grâce n'est pas gratuite, qu'elle peut être la récompense d'un mérite purement naturel : supposition contraire à la doctrine formelle de l'Ecriture sainte, qui nous enseigne que de nous-mêmes nous ne sommes pas seulement capables de former une bonne pensée, mais que toute notre Suffisance ou notre capacité vient de Dieu. II Cor., c. 3, f 5.

Mais il y a des décrets conditionnels d'une autre espèce et fort différents.

Quand on dit : Dieu veut sauver les hommes s'ils le veulent, cette proposition peut avoir un sens catholique et un sens hérétique. Dieu veut les sauver s'ils le veulent, c'est-à-dire, si, par leurs désirs et par Ietrrs efforts naturels, ils préviennent la grâce et la méritent : voilà les sens pélagien et hérétique. Dieu veut le sauver s'ils le veulent, c'est-à-dire, s'ils correspondent à la grâce qui les prévient, qui excite leurs désirs et leurs efforts, mais qui leur laisse la liberté de résister : voilà le sens catholique. Souvent on les a confondus malicieusement, pour avoir lieu d'accuser de

pélagianisrne des théologiens orthodoxes. Voyez Volom'é de J.>iec.

liERGIEIt.

CONDORMANTS, nom de secte; il y en a eu deux ainsi nommées.

Les premiers infectèrent l'Allemagne au treizième siècle ; ils eurent pour • chef un homme de Tolède. Us s'assemblaient dans un lieu près de Cologne ; là ils adoraient, dit-on, une image de Lucifer, et y recevaient ses oracles; mais ce fait n'est pas suffisamment prouvé. La légende ajoute qu'un ecclésiastique y ayant porté l'eucharistie, l'idole se brisa en mille pièces ; cela ressemble beaucoup à.

une fable populaire. Us couchaient dans une même chambre, sans distinction de sexe, sous prétexte de charité.

Les autres, qui parurent au seizième siècle, étaient une branche des anabaptistes ; ils tombaient dans la même indécence que les précédents, et sous le même prétexte. Ce n'est pas la première fois que cette turpitude a paru dans le monde. Voyez Adamites, Beugier.

CONFÉRENCES ECCLESIASTI- QUES. (Thcol. hist. gêner.) Ces conféraicespeuvcntêtre ordonnées pnr l'ordinaire ou libres. M. Schaubei ger fait comme il suit le précis historique des premières :

« On les voit paraître pour la première fois au neuvième siècle ; elles semblent être nées des synodes diocésains.

« Tant que les diocèses furent restreints et que chaque ville de quelque importance fut un siège épiscopal, les synodes purent suffire, et c'est pourquoi avant le neuvième siècle on ne trouve pas de trace do e&nférences.

Baisloi's(|iie,a]irèslachirtcderenipire romain, de nouveaux périples entrèrent dans l'Eglise et que le Christianisme se répandit sur beaucoup de vastes contrées, les diocèses s';i "rendirent. On y tint d'abord des synodes provinciaux et diocésains, d'après ïefl capitulaires de Théodulphe et de Pépin, Actif conciliiAquisgr.aneniii, 836, etc. Mais connue il était à peu près impossible, du moins très-difficile,

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que tous les prêtres parussent à ces synodes, il fut ordonné qu'ils se réuniraient, par canton, cliez l'arehiprêtre ou le doyen, pour y former des conférences qu'on nommait calendes, calendse, parce qu'elles se tenaient le premier jour de chaque mois, quand ce n'était pas unjour de fête. On les appelait aussi chapitres, conférences, capitulaires, consistoires, synodes, sessions. Ces conférences furent ordonnées â différentes époques, d'après Thomassi (1), Régine (2), Hardouin (3) et d'autres auteurs ; ainsi par Charlemagne, dans ses capitulaires ; par Hérard, évèque de Tours ; par Hincmar , archevêque de Reims (840); par Riculf, évoque de Sion, en Suisse ; par Ulrich, évèque d'Augsbourg ; par Atton de Verccil ; en Angleterre par le concile d'Extcr(Exccstercemi),H3l, et par celui de Londres, 1237 .

Après cette période elles semblent être tombées en désuétude," du moins on n'a plus de preuve de leur tenue.

« Il en est fait de nouveau mention, après le concile de Trente, dans l'archevêché de Milan, où S. Charles Borromée, suivant les décisions du concile, tint, à partir de 1565, des synodes provinciaux et diocésains et des conférences capitulaires, surlesquell'es il donna des dispositions détaillées et formelles dans le premier, le second et le quatrième synode (1565, 1509, 1576).

Cet exemple fut généralement suivi, et les conférences furent ordonnées :

1581, au concile de Rouen; 1583, au concile de Reims ; 1590, au concile de Toulouse, c. 3, n. 6, 7 ; 1596, au concile d'Aqviilée, c. 18 ; 1607, au concile de Malines, tit. 7, n. 10, 14 ; 1680, par l'évêquo de Luçon (règlement des conférences de l'évêché de ! Luçon de 1680, publié en 1685). Les Acte conciliorum Cleri Gallicani et les Acta Parochorum Parisiensium, publiés en 1682, à Paris, en rendent aussi témoignage. On considéra même ces conférences comme des suppléments des synodes diocésains, et elles furent

(1) De et. Get Nov, Eccl, discipl, p. II, 1. III, c.74.

Il) Lib. i, can. 216.

(3) Concil. Cuil., t. VI, p. 42,9; Acta Coutil Medîolan,

déclarées telles en 1720 parla congrégation des cardinaux instituée à Rome pour l'exécution des décrets du concile de Trente, d'après Benoit XIV, de Synod. diœc, 1. 1, c. 5, § 5.

« Dans les temps modernes elles ont été réorganisées en Allemagne par le prince-évêque Charles-Théodore, dans ses ordonnances du 28 ïnars 1801, du 5 janvier 1803 et du 16 août 1 80 i, et elles continuent dans l'archevêché de Fiibourg. On les institua aussi en 1829-1835 dans le diocèse d'Augsbourg. Elles sont en activité dans la plupart des diocèses de France; chaque mois les prêtres d'un canton se réunissent chez le curé ou doyen du canton; on y traite les ■questions qui sont d'ordinaire désignées à la suite soit de YOrdo du dro>cèse, soit d'un mandement, soit d'une circulaire spéciale de l'évèquc, et dont chacune porte sur un point de dogme, de morale ou de liturgie.

« Si nous examinons l'organisation des Calendes, d'après les sources que nous avons indiquées, nous trouvons qu'elles ont toujours été ordonnées par des synodes ou des évêques; qu'elles devaient, dans les temps les plus anciens, se tenir deux fois par mois ; que c'était l'archiprêtre ou l'archidiacre, que ce fut plus tard le vicarius forensis ou le doyen qui convoquait les prêtres; que les réunions avaient lieu chaque fois chez un autre curéensuivantrordre;qu'ellesétaient annoncées huit jours d'avance aux prêtres et au peuple, en chaire, et s'ouvraient par un sermon, l'office des Morts et une grand' messe ; que la présidence en appartenait à. l'archiprêtre ou au vicarius forensis ; que celui-ci, le curé du lien où se tenait la réunion, exposait les matières à traiter; que chacun des assistants pouvait à son rang exprimer son opinion ; qu'on recueillait finalement les voix, on rédigeait la décision et on la transmettait à l'évêque ; qu'en cas de doute ou d'indécision on s'en remettait à la décision de l'évêque ; que les prêtres séculiers ayant charge d'âmes, ainsi les curés et les chapelains ou vicaires, pouvaient seuls assister à ces réunions ; que ce ne fut que plus tard qu'on permit aux reli-

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gieux qui étaient employés au ministère d'y prendre part. Quaud d'autres ecclésiastiques désiraient y assister, il fallait qu'ils en demandassent la permission à l'évèque ou du moins au président de la conférence. Toutefois ces prêtres étrangers, et les vicaires ou chapelains , devaient se retirer lorsque les curés, après s'être consultés, avaient à s'entretenir plus confidentiellement des affaires de leurs paroisses et de certains cas de conscience. A la fin de la conférence le président devait annoncer l'époque et le lieu de la prochaine réunion.

Ceux qui s'absentaient sans motif étaient condamnés à des amendes.

Saint Charles Rorromée avait ordonné en outre que chaque prêtre remit au président son billet de confession ; les absents devaient l'envoyer. Moyennant ces conférences les évoques avaient la garantie que les prêtres ayant '"barge d'âmes possédaient ou acquéraient les connaissances nécessaires à l'administration convenable de leur ministère, et que le clergé en général avait unecertaine instruction, une certaine culture d'esprit et de mœurs ; c'est pourquoi tous les documents authentiques dont nous avons parlé exigent que, durant les conférences, on traite des questions ecclésiastiques et des cas de conscience, qu'on pouvait tirer du Missel , du Psautier , de l'Antiphonaire, du Martyrologe, du Lectionnaire [Missale, Psalterium. Antiphonarium, Martijrologium, Lecàonarium), des quarantes homélies de saint Grégoire le Grandet d'autres livres édifiants et instructifs. On devait traiter des questions relatives à l'administration des sacrements, aux cas réservés, aux cas de conscience difficiles, au ministère pastoral, aux décisions des conciles, aux matière^ des sermons, à la manière de prêcher, de faire les prières publiques, etc., etc. Dans les temps les plus anciens, lorsque la discipline de l'Église était encore publique , on traitait des moyens de maintenir cette discipline, on examinait les cas intervenus depuis la dernière conférence, tant pour les prêtres que pour les laïques, et l'on prononçait les peines ecclésiastiques encourues.

« Dans certains cas, des laïques étaient entendus comme témoins, par exemple le comte de la province, cornes provinciœ, et d'autres personnages considérés. Cette pratique de la discipline de l'Église ayant changé plus tard, ces informations judiciaires disparurent des conférences,

« Ce que nous venons de voir établit l'utilité des Calendes ; mais, quelque utiles qu'elles fussent, elles ne durèrent qu'un temps, et quelque peine que se donnassent les évoques pour obtenir, par leurs avis comme par leurs reproches et leurs punitions, la tenue exacte de ces conférences salutaires, ils se virent obligés d'en restreindre le nombre, et de les limiter à trois, à doux, puis à une seule par année. Finalement elles cessèrent tout à fait- »

Quant aux conférences libres, elles ont toujours été vues avec plaisir par l'Eglise, pourvu qu'elles soient animées par le zèle du bien et par l'amour de la science. Si elles devaient être très-fréquentes et régulières, elles devraient être autorisées par l'ordinaire. Elles ne doivent point dégénérer en clubs ni pouvoir être considérées comme tels, sur motifs raisonnables et fondés, par l'administration civile. Le Noir.

CONFESSEUR, chrétien qui a professé publiquement la foi de Jésus- Christ; qui a souffert pour elle, et qui était disposé à mourir pour cette cause ; il est distingué d'un martyr, en ce que celui-ci a souffert la mort pour rendre témoignage de sa foi.

Dans l'Histoire ecclésiastique, ces deux noms sont souvent confondus ; mais plus ordinairement l'on nomme confesseurs ceux qui, après avoir été tourmentés par les tyrans, ont survécu et sont morts en paix, et ceux qui, sans avoir souffert des tourments, ont vécu saintement et sont morts en odeur de sainteté.

On n'appelait point confessextr, dit saint Cyprien, celui qui se présentait lui-même au martyre sans être cité, on le nommait professeur; mais ce zèle n'était pas approuvé par l'Eglise»

» Nous n'approuvons pas, disaient au » second siècle les fidèles de Smyrne,

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» ceux qui s'offrent d'eux-mêmes au » martyre, parce que l'Evangile ne » l'enseigne point ainsi. » Epist. Ecclcsix Smyrnen., n° 4. En effet, Jésus- Christ dit à ses apôtres : « Lorsque » vous serez persécutés dans une ville, » fuyez dans une autre. tiMaMh., c.

Saint Clément d'Alexandrie dit que celui qui va de lui-même se présenter aux juges, imite la témérité de ceux qui provoquent un animal féroce, et se rend aussi coupable du crime de celui qui le condamne h la mort, Strom., 1. 4, c. 10, p. 397 et S98. Un concile de Tolède défendit d'accorder les honneurs du martyre à ceux qui s'y étaient allés présenter eux-mêmes.

Il n'est donc pas vrai que les Pères aient soufflé aux chrétiens le fanatisme du martyre, comme les incrédules ont osé le leur reprocher.

Si quelqu'un, par la crainte de manquer de courage et de renoncer à la foi, abandonnait son bien, son pays, etc., et s'exilait lui-même volontairement, on l'appelait extorris, exilé.

CONFESSEUR est aussi un prêtre séculier ou régulier, qui a le pouvoir d'entendre la confession des pécheurs et de les absoudre dans le sacrement de pénitence. On l'appelle en latin confessarius , pour le distinguer de confessor, nom consacré aux saints.

On comprend assez combien la fonction de confesseur est délicate, périlleuse, redoutable, à l'égard de tous les fidèles sans exception ; combien elle exige de lumières et de vertus : on doit reconnaître la sagesse des précautions que prennent les évèques, pour n'y admettre personne qu'après un rigoureux examen.

Behgier.

CONFESSION AURICULAIRE et SACRAMENTELLE : c'est une déclaration qu'un pécheur fait de ses fautes à un prêtre, pour en recevoir l'absolution.

Les protestants ont fait les plus grands efforts pour prouver que cette pratique n'est fondée ni sur l'Ecriture sainte, ni sur la tradition des premiers siècles. Daillé a fait un gros

livre sur ce sujet; il a été réfuté par plusieurs de nos controversistes, en particulier parD. Denis de Sainte- Marthe, dans un Traité de la confession, contre les erreurs des calvinistes, imprimé à Paris en 1683, m-12. Cet auteur a rapporté les passages de l'Ecriture sainte et ceux des Pères de tous les siècles, à commencer depuis les apôtres jusqu'à nous : il a fait voir qu'il n'y a aucun point de foi ou de discipline sur lequel la tradition soit plus constante et mieux établie.

Dans l'Evangile, Matth.,c. 18, f 18, Jésus-Christ a dit à ses apôtres :

» Tout ce que vous lierez ou délierez » sur la terre sera lié ou délié dans » le ciel. » Joan., c. 20, ^ 22. « Re- » cevez le Saint-Esprit ; les péchés » seront remis à ceux auxquels vous » les remettrez et ils seront retenus » à ceux auxquels vous les rctien- » drez. » Les apôtres ne pouvaient faire un usage légitime et sage de ce pouvoir, à moins qu'ils ne connussent quels étaient les péchés qu'ils devaient remettre ou retenir, et le moyen le plus naturel de les connaître était la confession.

En effet, nous lisons dans les Actes desapèt.,c. ÎO,^ 18, qu'une multitude de fidèles venaient trouver saint Paul, confessaient et accusaient leus péchés. « Si nous confessons nos péchés, » dit saint Jean, Dieu juste et fidèle » dans ses promesses nous les re- » mettra. >> I Joan., c. 1,^0. Lorsque saint Jacques dit aux fidèles, c. 3, ^16: Confessez vos péchés les uns aux autres, nous ne pensons pas qu'il les ait exhortés à s'accuser publiquement et à toutes sortes de personnes indifférentes. Nous verrons ci-après de quelle manière les protestants entendent ces passages.

Au premier siècle, saint Barnabe dit, dans sa lettre, n° 19, vous confesserez vos péchés. Et saint Clément, Epist. 2,n°8 : «Convertissons-nous...

» Car, lorsque nous serons sortis de » ce monde, nous ne pourrons plus » nous confesser ni faire pénitence. »

Au second siècle, saint Irénôe, adv.

Ilxr., 1.1, c. 9, parlant des femmes qui avaient été séduites par l'hérétique Marc, dit qu'étant converties et revenues à l'Eglise, elles confessèrent

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qu'elles s'étaient laissé corrompre par cet imposteur. L. 3, c. 4, il dit que Cerdon revenant souvent à l'Eglise et faisant sa confession, continua de vivre dans une alternative, de; confessions et de. rechutes dans ses erreurs.

Tertullien, L. de Pœnit.,. c. 8 et suiv., parle de la confession comme d'une partie essentielle' de la pénitence ; il blâme ceux qui, par honte,, cachent leurs péchés aux hommes, comme s'ils pouvaient aussi les cacher à Dieu.

Origène, Homil. 2, in Lenit-, n° 4,.

dit qu'un moyen pour le pécheur qui veut rentrer en grâce avec Dieu, est de déclarer son péché au prêtre du Seigneur, et d'en chercher le remède. Il répète la même chose , Hom.ZJnPs. 37, f 19 (1).

Au troisième siècle l'Eglise condamna les montanistes, et ensuite les novatiens, qui lui refusaient le pouvoir d'absoudre des grands crimes ;.

comment pouvait-on les distinguer d'arec les fautes légères, sinon par la confession ?

(1) Le même docteur, dans l'homélie 2 sur le psaume 37, s'exprime ainsi : <t Voyez ce qu'ensei- » gne la divine Ecriture, qu'il ne faut point couver il intérieurement ses péchés. Car, ainsi que ceux » t'ont l'estomac se trouve surchargé pesamment » d'un aliment indigeste, d'humenrset do pblcgmes, n s'il» viennent à les vomir, sont soulagés à i'ins- » tant : de même le pécheur qui cache et retient » eu lui-même ses fautes ( relles-ci sont-elles se«- » i-rè'es ), en est intéreuremonit pressé et snflo- « que, comme nar l'humeur et le phlogme du pé- » ohé : mais qu il devienne son propre accusateur » qn'il dénonce et confesse sou état ; il vomit aus- » sitôt, avec le pécbé, la cause de sa maladie irr » terne. Seulement, soyez circonspect : examinez ; » voyez à qni vous devez confesser votre péché : » connaissez d'avance le médecin auquel vous de- » vez exposer votre langueur: qu'il sache, par ! compassion et condoléance, se faire infirme avec ï les infirmes, pleurer avec ceux qui pleurent.» 11 enseigne la même doctrine dans [son Homélie %1 sur saint Luc : « Si nous découvrons nos péchés » dit-il, non-seulement à Dieu, mais à ceux aussi » qui peuvent porter remèdo a nos plaies ot à nos » iniquités, nos péchés seront effacés par celui qui » dit : Voilà que j'ai dissipé les iniquités comme un » nuage, et les péchés comme une ombre, u

Saint Cyprien, dans son livre de Lapsis, reconnaît de la manière la plus expresse la nécessité de confesserses péchés: «Combien la foi, dit-il, n'est-elle u pas plus vive et la conscience plus timorée dans » ceux qui, sans avoir poussé le crime jusqu'à sali crifier, ou à recevoir du magistrat nne fausse ot » indigne attestation de l'avoir fait, mais pour en *• avoir eu la pensée uniquement, sont venus avec a simplicité et douleur le confesser aux piètres de • Dieu, leur ont ouvert leur conscience, en ont dé-

Samt Cyprien, .de Lapsis, p. 190' et, 191, fait mention de ceux qui confessaient aux prêtres la simple pensée qu'ils avaient eue de retomber dans l'idolâtrie; il exhorte les fidèles à faire de même, pendant que la rémission accordée par tes p>rètres est agréée de Dieu.

Laetanee, Divin. Instit., 1. 4, t. Il, dit que la confession des péchés,, suivie de la satisfaction,, est la circoncision du cœur que Mm. nous a.

commandée par les prophètes. Cli. 30, il dit que la véritable Eglise est celle qui guérit les maladies de l'âme par la confession et la pénitence.

Nous nous abstenons de citer les Pères du. quatrième siècle et des suivants ; on peut voir leurs passages!, non-seulement dans D. de S-ainte- Marthe, mais dans le père D'rouin,, de re Sacramerdaria, tome 7. L'essentiel est de prouver la fausseté de- ce qui a été soutenu par les protestants,, savoir, qu'il n'y a aucun vestige de confession sacramentelle dans. les trois premiers siècles de l'Eglise.

Ils prétendent que, dans les testes

» posé le fardeau à leurs pieds, el solKcfté un re- » jnède salutaire à leurs plaies, quoique plus lé- » gères et plus modiques. Il; savent qu'il est écrit: ii On ne se joue pas du Seigneur; car avec lui las » ruses, les tromperies ne sont point de mise : et n eelui-là pèche plus grièvemeat qui, pensant de ii Dieu comme d'un homme, s'imagine échapper à » à la punition du crime, parée que son crime n'a >y point éclu/fé. Sans doute ils. ont moins péehé ceux r qui n'ont point envisagé les idoles,, e£ux qui, aous « les yeux d'une multitude insultante, n'ont point d profané le sainte majesté de la foi, n'ont point «, «mille leurs mains par de funestes [sacrifices, et a leur boucue par des mets exécrables. Leur u crime a été moindre, voilà ce qu'ils ont ganné ; u mais leur conscience n'en est pas pour cela & innocente... Qu'ils aillent doue tousse confesser, » tandis qu'ils vivent et respirent encore, tandis » que leur confession peut être admise, et que la ii satisfaction, l'absolution donnée par le prêtre^ u peuvent encore être agréables à Dieu. »

Saint Atbanase, sur le Léoitinue : » Examinonsn dans notre conscience si nos liens sont dissous; » que s'ils ne l'étaient pas encore, livrez-vous aux » disciples de Jésus qui sont à. vos côtés et prêts à » vous délier en vettu. de la puissance qu'ils ont » reçue du Sauveur : Tout ce que vous délierez » sur la terre sera délié dans le ciel, etc. »

Saint Basile, dans les règles qu'il a données, guœst. 229, dit, « que l'on doit garder pourra coau fession des péchés la même mesuro que l'on suit » ponr les maladies du corps. Ainsi, ajoute-t-il, « comme uous ne découvrons pas les maladies de n notre corps à tout le monde, ni aux premiers va- » n:s, mais uniquement à ceux qui savent les guéii rip : de môme la confession des péchés ne peut » so faire qu'à ceux qui peuvent les guérir.... H

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de l'Ecriture et des Pères que nous alléguons, il n'est point question de confession auriculaire ni cl absolution, mais d'un aveu que les fidèles se faisaient l'un à l'autre par humilité, pour obtenir le secours de leurs prières mutuelles; que, quand les auciens se servent du ternie Êo[j.oW- ■ppKi confession , ils entendent la confession publique, qui faisait partie de la pénitence canonique.

1° Cela est faux : dès le second siècle, Cirigène parle d'une confession faite au prêtre, et non au commun des fidèles. Au troisième, saint Cyprien s'explique de même, des péchés secrets confiés aux prêtres, et' de la rémission accordée par les prêtres :

donc il l'entend de IeP confession sacramentelle et de l'absolution.

2° Supposons, pour un moment, qu'il est question d'une confession publique; les Pères la jugent nécessaire ; pouvait-elle l'être, si Jésus- Clirist et les apôtres ne l'avaient pas commandée ? les pasteurs de l'Eglise auraient-ils prescrit, de leur propre

» faut nécessairement, dit-il, règl. 283, découvrir » ses péchés à ceux qui out reçu lu dispensation » des mystères de 'Dieu. h

feint Pacien, dans son Exhortation à la Pétiiterne , parle ainsi anx fidèles : « Que faites-vous, » vous qui trompez le prêtre, vous qui l'égarez » par l'ignorance dans laquelle vous le laissez, ou » le jetez dans l'embarras do juger, eu no lui «donnant pas une pi eine connaissance de vous-mêmes? » Je vous conjure doue, mes frères, par ce Dieu à qui » rien n'échappe, cessez de me cacher votre cons- » cieuce ulcérée, je vous le demande à cause du » danger où vous m'exposez. Les malades qui ont de » la prudence ne rongissent pas de se montrer au r> médecin, lors même qu'il doit porter le for ou « le feu aux parties le; plus cachées, d

Saint Grégoire de Ny=se, dans sa Lettre à Vévêgue de BTityUne : « Ainsi que dans le traitement » des maladies corporelles, la médecine n'a qu'un » but, la guérison de celui qui souffre, mais une » grande variété dans l'application des remèdes » f car suivant la variété des maladies, les remèdes n elle régime doivent être propres et convenables i a chacun ); de même dans les maladies de l'âme, u tes affections 'étant très-variées, la guérison doit » l'être aussi, puisqu'il faut appliquer les remèdes » suivant les affections, h

Dans son Discours sur la femme pécheresse : s Prenez un prêtre comme un père, faites-en le » confident de vos peines, l'assolé de votre affile- » tion. Montrez-lui hardiment ce qui est recelé dans s votre àme. Découvrez-lui les secrets de votre a conscience, comme les blessures cachées se dé- ■ couvrent au médecin. Lui, a son tour, prendra » le soin de votre honneur et de votre santé. »

Saint Ambroise, au second livre sur la Pénitence c. 8, exhortant les pécheurs âne pas différer leur conversion jusqu'à la mort : u Nous devons, dit-il,

autorité, une pratique aussi humiliante, et les fidèles auraient-ils voulu s'y soumettre ? Donc toute l'antiquité a cru qu'en vertu des paroles de Jésus-Christ et des apôtres il fallait, pour la pénitence , une confession faite aux prêtres, soit en public, soit en particulier. De quel droit les protestants n'en veulent-ils admettre aucune? Que l'Eglise, après avoir reconnu les inconvénients de la confcssvm publique , n'ait plus exigé qu'une confession secrète et auriculaire, c'a été un trait de sagesse; la conduite des protestants, qui rejettent toute confession, et tordent à leur gré le sens de l'Ecriture sainte, est une folle témérité.

Les apôtres et leurs disciples ont dit : Confesses vos péchés ; quinze cents ans après, les réformateurs leur ont dit : N'en faites rien ; la confession est une invention que les Papes ont mise en usage pour asservir les fidèles au clergé : et l'on a écouté les réformateurs plutôt que les apôtres.

Bingham, qui a tant étudié l'anti-

> nous emsteoir dès à présent do tous les vices, » parce que nous ignorons si nous pourrons alors' » nous confesser à Dieu et an prêtre. » Réfutant dans le mémo livre, c. 2, les prétextes de ceux qui refusent de s'approcher du sacré tribunal de la pénitence, il s'exprime comme il suit : « Nuls ne font » une grande injure au ciel que ceux qui veulent ï abroger ses ordonnances, et annuler la commis- » sion qu'il a donnée. Car Notre-Seigneur ayant j dit : * quiconque vous remettrez les péchés, ils ï leur seront1 remis ; à quiconque vous les retien- » drez, et ils leur se: ont retenus ; lequel des deux » l'ignore davantage, celui qui obéit à son » ordre, ou celui qui lui résiste ? Mais l'Eglise b se moutre obéissante, soit qu'elle lie, soit qu'elle » relâche les péchés. »

An rapport de snint Paulin, qui a écrit la vie de saint Ambroise, « lorsque ce grand évêqno enten- » daitla confusion d'un pêcheur, il pleurait jusqu'à » le faire pleurer aussi. Il semblait à ceux qni « étaient tombés être tombé lui-même. II ne parlait « des crimes qu'on lui avait avoués qu'a Dieu seul u dont il intercédait la clémence, »

Saint Jean ChrysuBiome, Homélie 1 sur la Genèse : « Si le pécheur vent se hâter de' faire la i confession de ses crimes, s'il vont déc urvrir l'ult cère à un médecin qui le traite sans se permettre de s reproches, s'il veut eu accepter les romèdes, de » parler qu'à lui seul, à l'insu de tout autre, mais » lui avouer exactement tous ses péchés, il parvien- » dra facilement à les guérir, car la confession des u péchés commis en est l'abolition. »

Saint Jérôme sur le chapitre rlixième de l Ecclesiat. : « Si lé serpent infernal avait porté à qnel- » qu'un une morsure cachée, si, à l'écart et sans » témoin, il lui avait insinué le venin du péché, et » que la malheureux infecté s'obstinat à n'en point » parler, à ne point faire pénitence, à ne pas dé-

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quité, après avoir rapporté les trente arguments que Daillé a faits contre la confession auriculaire," est forcé de convenir que les anciens tels qu'Origène, saint Cyprien, saint Grégoire de Nysse, saint Basile, saint Ambroise, saint Paulin, saint Léon, etc., parlent souvent d'une confession faite aux prêtres seuls ; mais il en imagine différentes raisons, et ne veut pas convenir que c'a été afin de recevoir des prêtres l'absolution sacramentelle.

Origin., ecclés., 1. 18, c. 3, § 7 etsuiv. Dans ce cas, nous demandons de quelle manière les prêtres ont donc exercé le pouvoir que Jésus-Cbrist leur a donné de remettre les péebés.

Siles fidèlesn'avaientpas euconfianee à ce pouvoir, pourquoi se seraient-ils confessés aux prêtres plutôt qu'aux laïques ?

Dans le fond, les trente arguments de Daillé se réduisent à un seul, qui consiste à faire voir que, dans les premiers siècles, l'on n'a pas parlé de la confession aussi souvent et aussi expressément qu'on l'a fait dans les derniers. Mais qu'importe, pourvu que l'on en ait dit assez pour nous convaincre que l'on reconnaissait alors la nécessité d'une confession quelconque? Il en résulte toujours que les

protestants ont tort de n'en admettre et de n'en pratiquer aucune.

Si Daillé avait eu la bonne foi de citer les passages des Pères que nous venons d'alléguer, il aurait vu que c'est la réfutation complète de ses trente arguments.

Ce théologien en impose encore, quand il avance que les Grecs, les jacobites, les nestoriens, les arminiens, ne croient point la confession nécessaire; le contraire est prouvé d'une manière incontestable, par les livres et par la pratique de ces différentes sectes. Voyez Perpétuité de la Foi, tom. 4, pag. 47 et 85 ; tom. 3, 1. 3, c. 5. Assémani, Bibl. orient., t. 2, préf., § S. Ces sectes, séparées de l'Eglise romaise depuis douze cents ans, n'ont certainement pas emprunté d'elle l'usage de la confession. Il faut donc que cet usage ait été celui de toute l'Eglise dans le temps de leur séparation, et non une nouvelle discipline introduite dans l'Eglise romaine au treizième siècle, comme le prétendent les protestants.

Bingham convient que les novatiens furent traités comme schismatiques, parce qu'ils contestaient à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés, Ibid., c. 4, § S ; mais il ne nous apprend pas

» couvrir sa blessure à son frère et à son maître, « le maître, qui possède les paroles de la guérison, ii ne lui sera pas plus de ressource qne le médecin » au malade qui rougit de s'ouvrir à lui. Car ce s qu'elle ignore, la médecine ne le guérit pas. o Quod enîm ignorât, medicina non curât, b

Saint-Augustin, Homélie sur le psaume 66 : n Soyez donc triste avant la confession, mais réjouisd sez-vous après: carvous serez guéri. Le venin h s'était amassé dans votre conscience ; l'aposturne » s'était gonflé, vous mettait à la torture, et ne vous » laissait aucun repos. Le médecin vient y-apposer o le baume des paroles, ou quelquefois y porter un n feu salutaire ;il ouvre, il ampute; reconnaissez sa b mainbieufaisante. Confessez- vous, etque par votre b confession sorte et découle tout ce qui s'y était 11 accumulé de pourriture. Alors soyez joyeux et b content : le reste sera d'une gnérison facile, 'i

Le même 'docteur, parlant du pécheur en général, lui adresse les instructions suivantes : n Qu'il aille s se présenter au pontife, car à lui est confiée l'adb mioistration des clefs: qu'il en reçoive le mode b convenable de satisfaction, qu'il fasse ce qu'il faut b pour recouvrer le salut et servir d'exemple am p autres ; que si sou péché lui a causé un graud b dommage et beaucoup de scandale aux ai:tres, si b le pontife estime expédient pour l'édification de » l'Eglise qne ce péché devienne connu, non-seuleb ment de plusieurs, mais encore de tout le peuple, » qu'il ne s'y refuse point, qu'il ne résiste pas, et

i que par honte il n'aille point ajouter une tumeQr i funeste à une plaie déjà mortelle, b

ii Faites pénitence, dit-il ;dans son sermon 372, i comme elle se fait dans l'Eglise, alîn que l'Eglise i prie pour vous. Que personne ne se dise : Je la i lais intérieurement et devant Diou ; qu'il me par-

i donne, il sait que je la fais dans mon cœur

i Eh quoi I C'est donc en vain que les clefs en ont

i été données à l'Eglise! Ce serait frustrer

i l'Evangile; ce serait frustrer les paroles de Jésusi Christ, ii

Saint Léon, dans sa lettre 136, c. 2 : « Tandis i qu'il suffit, dit-il, d'indiquer aux seuls prêtres, et par une confession secrète, les délits des consciences. Car, quoique louable que paraisse cette plénitude de fui qui, en vue de Dieu, ne craint pas de rougir devant les hommes, cependant commo tous les péchés ne sont point de nature a ce que les pénitents ne puissent avoir aucune frayeur de les manifester, qu'on renonce à cette blâmable pratique, de crainte que plusieurs ne s'éloignent des remèdes de la pénitonce, détournés soit par la honte, soit par la peur de publier devant leurs ennemis des actions qui' pourraient être frappées par les lois civiles. 11 suffit d'une confession faite d'abord à Dieu, ensuite au prèlre qui intereè'lo pour les péchés du pénitent. Par là plusieurs seront attirés à la pénitence, lorsque les consciences ne seront plus ouvertes devant le public, b Gousset.

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de quelle manière et par qui l'Eglise exerçait ce pouvoir qu'elle s'est constamment attribué en vertu des paroles de Jésus-Christ; si elle donnait ou refusait l'absolution des péchés qu'elle ne connaissait pas, et qui n'étaient pas confessés. Or, nous soutenons que, dans tous les temps, un des préliminaires indispensables de l'absolution a toujours été la confession; que l'on s'est confessé aux évoques et aux prêtres, et non à d'autres.

Cela est prouvé par un fait du troisième siècle, dont les protestants ont voulu tirer avantage. Socrate, Hist.

ecclés., 1. S, c. 19, rapporte qu'après la persécution de Dèce, par conséquent vers Tan 250, les évèques établirent un prêtre pénitencier, pour entendre les confessions de ceux qui étaient tombés après leur baptême.

Il dit que cet usage avait subsisté jusqu'à son temps, excepté chez les novatiens, qui ne voulaient pas que l'on admît ces tombés à la communion; mais qu'à Constantinople, le patriarche Nectaire, placé sur ce siège l'an 381, supprima la pénitence, parce que Ton sut, par la confession d'une femme, qu'elle avait péché avec un diacre ; qu'ainsi Nectaire laissa chaque fidèle dans la liberté de se présenter à la communion selon sa conscience, et qu'il fut imité par les autres évêques homousiens. C'est le nom que les ariens donnaient aux catholiques. Sozomène, Hist. ecclés., liv. 7.

'c. 16, raconte la même chose, avec de légères variétés dans les circonstances.

De la nous concluons : 1° qu'avant l'an 2S0, ce n'étaient pas ordinairement les prêtres, mais les évêques, qui entendaient les confessions des tidèles. L'^n 390, le concile de Cartilage, can. 3 et 4, n'accorda encore aux prêtres le pouvoir de réconcilier les pénitents que dans l'absence de l'éveque. 2° Que l'on jugeait la confession nécessaire avant de recevoir la communion. 3° Que l'on n'exigeait pas une confession publique, autrement l'établissement d'un pénitencier aurait été inutile. 4° Que Nectaire ne lit autre chose, en supprimant le pénitencier , que rétablir la discipline telle qu'elle était avant l'an 250.

Les protestants, au contraire, soutiennent que Nectaire abolit toute espèce de confession, chose qu'il n'aurait pas osé faire et qui n'aurait pas été usitée par les autres évêques, si l'on n'avait cru que la confession était commandée par Jésus-Christ ou par les apôtres. Cette prétention est certainement fausse. En premier lieu, Socrate et Sozomène ne disent point que Nectaire abolit toute confession; et quand ils l'auraient dit, nous ne serions pas obligés de les croire. Ils disent, à la vérité, que Nectaire laissa chaque fidèle dans la liberté de se présenter à la communoin selon sa conscience ; cela signifie que l'on n'exigea plus, comme autrefois, de chaque fidèle, une confession quelconque , mais qu'on lui laissa la liberté de juger s'il en avait besoin on non. Ils disent que le changement de discipline causa du relâchement dansles mœurs, et l'on ne peut pas douter que la confession publique n'ait été un frein puissant pour les mœurs, lorsqu'elle était en usage. En second lieu, nous voyons, par les canons du concile de Carthage, et par le témoignage des Pères du cinquième siècle, que l'on continua d'exiger au moins la confessoin secrète ou auriculaire, et qu'elle n'a jamais cessé d'être pratiquée.

Encore une fois, personne n'aurait voulu s'y soumettre, si l'on n'avait pas été persuadé que Jésus-Christ l'avait commandée.

Lorsque les nestoriens se sont séparés de l'Eglise catholique au cinquième siècle, et les eutychiens au sixième, ils ont emporté avec eux l'usage de la confession auriculaire ; il y subsiste encore, quoiqu'il y ait été quelquefois interrompu. Vainement nos adversaires ont voulu contester ce fait, il est prouvé par des témoignages et par des monuments irrécusables. De quel front peuvent-ils soutenir que c'est une invention nouvelle de la politique des Papes et de l'ambition du clergé?

Plus d'une fois les protestants se sont repentis d'avoir aboli l'usage de la confession. Ceux de Nuremberg envoyèrent une ambassade à Charles- Quint, pour le prier de la rétablir chez eux par un édit. Soto, in 4e dis.

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18, q. 1, art. 1. Ceux de Strasbourg auraient aussi voulu la remettre en

usage. Lettre du père Schefmacher, lettre, § 3. Elle a été conservée eu Suède, parce que c'est" un des articles dont on était convenu dans la Confession d'Augsbourg. Bossuet, Hist. des Variât., liv. 3, n° 46. Moshcim nous apprend qu'elle est encore pratiquée dans la Prusse, et il blâme un ministre de Berlin, qni, en 1697, s'avisa de prêcher contre cet usage. Hist. ecclrs., du dix-septième siècle, sect. 2, 2° part., c. 1, § 55. Quelques incrédules d'Angleterre ont accusé le clergé anglican d'en souhaiter le rétablissement, et d'y travailler. Etat présent de l'Eglise romaime, Epitre au pape, pag. 30 et 31. Vaines tentatives : dès que l'on est parvenu à persuader aux protestants -que la confession sacramentelle n'est pas une institution de Jésus- Chiist, jamais ils ne consentiront à en reprendre le joug; et jamais les premiers fidèles ne s'y seraient assujettis, s'ils avaient été dans la même opinion.

Par ces mêmes faits, il est prouvé que les protestants modérés rougissent aujourd'hui des invectives que leurs réformateurs ont vomies contre la confession auriculaire ; ce fut cependant un des principaux sujets de leur schisme, et un des attraits par lesquels ils séduisirent les peuples. Mais les incrédules, peu délicats sur le choix de leurs arguments, n'ont pas dédaigné de répéter les plus faux et les plus aisés à réfuter.

Ils disent, avec Bayle, que la confession est dangereu-e pour le confesseur et pour la plupart des pénitents ; que c'est une tentation terrible pour le premier d'entendre le récit.de certains désordres, et qu'il y a, surtout poulies jeunes personnes, beaucoup de danger à entrer dans ce détail. Nous soutenons, au contraire, que, pour tout homme sensé, le meilleur préservatif contre les désordres, est de voir à quels excès ils conduisent. Dans un siècle où la corruption des mœurs est à son comble, y a-t-il rien de plus mortifiant et de pins douloureux pour un homme qui croit en Dieu, que de voir jusqu'à quel point l'oubli de la morale chrétienne, le mépris de toutes

les lois, la dépravation de tous les principes régnent dans le monde? Si e'était un attrait pour des coeurs gâtés les ecclésiastiques les plus vicieux s&! raient aussi les plus empressés à exercer la fonction de confesseur : en estil ainsi? A moins qu'une personne n'ait perdu toute honte et toute crainte de Dieu, il est impossible que le récit de ses désordres ne serve à l'humilier .et à lui causer du repentir; celles qui veulent y pei-sévérer ne se' confessent plus.

Pour rendre la doctrine catholique .odieuse, ils affeci .eut de supposer que nous attribuons à la confession toute nue le pouvoir de remettre les péchés ; c'est une fausse imputation.

Suivant la croyance, catholique, la confession n'a de vertu que comme partie du sacrement de pénitence, et qu'autant qu'elle est jointe à la contrition ou au repentir d'avoir péché, à la résolution de n'y plus retomber et de satisfaire à Dieu et au prochain.

D'un côté, les protestants exagèrent la difficulté de la confession, elle leur parait une pratique capable de bourreler la conscience ; de l'autre, les incrédules tournent en ridicule la facilité avec laquelle les plus grands pécheurs sont absous, dès qu'ils se confessent : contradiction palpable.

Puisque, la confession est humiliante et difficile, un pécheur ne peut guère s'y résoudre, à moins qu'il ne soit déjà repentant et résolu de se réconcilier avec Dieu ; mais cette difficulté est bien adoucie par l'espérance d'être absous et purifié; donc c'est un abus d'envisager la confession seule, comme séparée des dispositions essentielles dont elle doit être accompagnée, et de l'absolution dont elle est suivie.

Nos adversaires soutiennent que ceux qui se confessent n'ont pas les mœurs plus pures que les autres; qu'il y a moins de vices chez les protestants depuis qu'ils ont aboli la confession. Double fausseté. Tous ceux qui se livrent au désordre, commencent par abandonner la confession, et ils y reviennent lorsqu'ils veulent se convertir. Le motif qui a engagé plus d'une fois les protestants à désirer le rétablissement de la confession parmi eux, est le dérèglement des mœurs

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dont l'abolition de cette pratique a été suivie. Plusieurs de leurs écrivains sont convenus de ce fait essentiel, et ont avoué que leur prétendue réforme aurait grand besoin d'être réformée.

On objecte que plusieurs scélérats se sont confessés avant de commettre des forfaits, que d'antres se confessent afin de pallier leurs désordres sous une apparence de piété, et de conserver leur réputation. Outre l'incertitude tous ces faits, qui ne sont rien moins que prouvés, nous répondons qu'il en résulte seulement que les scélérats peuvent abuser de tout, et que, dans aucun geure , l'exemple des monstres ne peut servir de règle. At-on comparé le nombre de ceux qui ont abusé de la confession avec la multitude de ceux qui y ont renoncé afin de pécher plus librement? Ceux qui se sont confessés avant de commettre une mauvaise action, ne la regardaient pas comme un crime, donc ils n'en ont pas fait confideuce à leur confesseur.

Le quatrième concile do Latran, tenu l'an 1213, sous Innocent III, can. 21 , ordonne à tous les fidèles de l'un et de l'autre sexe, parvenus à l'âge de discrétion, de confesser tous leurs péchés, au moins une fois l'an, à leur propre prêtre.... Que si quelqu'un, pour une juste cause, veut confesser ses péchés à un prêtre étranger, il en demandera et en obtiendra la permission de son propre prêtre, parce qu'autrement cet étranger ne pourrait le lier ni le délier. C'est de ce canon que les protestants ont pris occasion de soutenir que la confession sacramentelle est une invention du pape Innocent III, et qu'elle ne remonte pasplus haut quele treizième siècle ; le contraire est .suffisamment prouvé.

Mais on a disputé, même parmi les catholiques, pour savoir ce que le concile de Latran a entendu par propre 'prêtre et prêtre étranger. Plus d'une fois les religieux ont voulu soutenir quele propre prêtre est nonseulement le curé, mais tout confesseur approuvé ; ils ont obtenu plusieurs bulles des Papes qui le déclaraient ainsi. En 1321, Jean XXII condamna Jean de Poilly, docteur de

Paris, qui avait soutenu le contraire, à se rétracter publiquement. Fleury, Eist. ecclrs., liv. .92, § 34.

Cependant l'an 1280, un synode de Cologne , et l'an 1281, un concile de Paris, composé de vingt-quatre évoques, et d'un grand nombre de docteurs, avaient déjà décidé la contestation en faveur des curés. Aus?i, eu 1451 et 44b6, la faculté de théologie de Paris, en 1478, le pape Sixte IV, confirmèrent celte décision ; et elle a toujours été suivie dans le .clergé de France. C'est évidemment le sens du concUe de Latran, puisqu'il exige que celui qui voudra se confesser à un prêtre étranger, eu obtienne la permission de son propre prêtre. Certainement, tout prêtre approuvé ne peut pas donner cette permission, et sous le nom de prêtre étranger, le concile n'a pas entendu un prêtre non approuvé ; aucune permission ne pourrait suppléer au défaut d'approbation.

Mais cela n'ôte point aux évèques le droit d'accorder à tout prêtre approuvé pour leur diocèse, le pouvoir d'entendre les confessions pascales, sans qu'il soit besoin d'une permission expresse des curés.

Ce même concile de Latran a déclaré que le secret de la confession est inviolable dans tous les cas, et sans aucune exception. Il l'est en effet de droit naturel, puisque le bien de la société chrétienne l'exige ainsi ; sans cette sûreté, quel est le pécheur coupable de grands crimes, qui voudrait les accuser à un confesseur ? Quoique l'on ne connaisse aucune loi divine positive qui ordonne ce secret inviolable, on ne peut pas croire que Jésus-Christ ait imposé aux pécheurs le \oug delà. Confession, avec le danger de se diffamer eux-mêmes; il n'a pas même exigé l'aveu formel de ceuxauxquels il accordait le pardon, parce qu'il connaissait leur intérieur. Quant à la loi ecclésiastique, qui prescrit aux confesseurs un silence absolu, elle est très-ancienne, puisque, au quatrième siècle, on supprima les pénitenciers, parce qu'un crime accusé h celui de Constanlhiople était devenu public, et avait causé du scandale.

Il est doue étonnant que, dans le Dictionnaire de Jurisprudence, on ait

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décidé qu'il faut excepter du secret de la confession le crime de lèse-majesté au premier chef, c'est-à-dire les conspirations tramées contre le roi ou contre l'Etat, et que le confesseur se rendrait coupable en ne les révélant pas. Nous soutenons avec tous les théologiens, qu'au contraire il se rendrait très-coupable en les révélant.

Où est le criminel qui voudrait accuser, dans le tribunal de la pénitence, un pareil crime, s'il savait que le confesseur doit le révéler au magistrat ?

C'est le sceau inviolable de la confession qui seul peut l'engager à s'accuser, qui met le confesseur à portée de le détourner de ce forfait, de l'obliger même, par le refus de l'absolution, à en prévenir l'exécution par des avis indirects ou autrement. L'opinion du jurisconsulte que nous réfutons, loin de pourvoir à la sûreté des rois et de l'Etat, les met en plus grand danger. Henri IV le comprit très-bien, lorsque le père Colton, son confesseur, lui allégua cette raison.

L'auteur du Dictionnaire s'en est laissé imposer par un de nos philosophes, qui a écrit qu'en 1610, trois mois après le meurtre de Henri IV, le parlement de Paris décida, par un arrêt, qu'un prêtre qui sait, par la confession, une conspiration contre le roi et l'Etat, doit la révéler aux magistrats. Si cet arrêt était réel, il faudrait l'attribuer à un défaut de réflexion et à la consternation dans laquelle tout le royaume fut plongé par la mort funeste de ce bon roi.

Mais comment ajouter foi à un écrivain aussi célèbre par ses mensonges, et qui ajoute en même temps une autre imposture ? Il dit que Paul IV, Pie IV, Clément VIII et, en 1622, Grégoire XV, ont obligé les confesseurs à dénoncer aux inquisiteurs ceux que leurs pénitentes accusaient en confession de les avoir séduites et sollicitées au crime dans le tribunal de la pénitence. C'est une fausseté calomnieuse ; voici ce que ces Papes ont ordonné. Lorsqu'une pénitente déclare à son confesseur, qu'elle a été sollicitée au crime dans la confession, même par un autre, ils exigent que ce confesseur oblige sa pénitente à révéler aux supérieurs ecclésiastiques

le crime du confesseur coupable, mais ils ne prescrivent pas au confesseur de faire cette révélation lui-même ; il ne peut et ne doit la faire dans aucun cas. La loi qu'ils imposent est donc établie contre la sûreté des confesseurs, et non contre celle des pénitents ; mais le philosophe a confondu malicieusement la révélation faite par une pénitente, avec larévélation faite par un confesseur, afin d'avoir occasion de dire qu'il y a une contradiction absurde et horrible entre cette décision des Papes et celle du concile de Latran, et une opposition formelle entre nos lois ecclésiastiques et nos lois civiles. Il n'y a rien ici d'absurde ni d'horrible que la mauvaise foi du philosophe, de laquelle un jurisconsulte a été la dupe.

On sait qu'en 1383, saint Jean-Nepomucène aima mieux endurer des tourments cruels et la mort, que de révéler à l'empereur Venceslas la confession du l'impératrice son épouse.

Dès le sixième siècle, saint Jean Cliniaque a dit : « Il est inouï que les » péchés, dont on a fait l'aveu dans » le tribunal de la pénitence, aient » été divulgués. Dieu le permet ainsi, » afin que les pécheurs ne soient pas » détournés de la confession, et qu'ils » ne soient pas privés de l'unique es- » pérance de salut qui leur reste. »

Epist. ad Paston., c. 13. Voyez Pénitence. Bergier.

CONFESSION DE FOI, déclaration publique et par écrit de ce que l'on croit. Les conciles ont dressé des confessions ou professions de foi, que l'on a aussi nommées symboles, pour distinguer la doctrine catholique d'avec les erreurs ; les hérétiques en ont fait de leur côté, pour exposer leur croyance. Au concile de Piimini, les ariens présentèrent aux évêques catholiques une formule ou confession de foi qui portait en tête, le 22 mai 359, sous le consulat de etils voulaient que l'on s'en contentât, sans avoir égard aux décrets des conciles, ni aux formules précédentes. Par l'inscription ou la date, les évêques catholiques reconnurent que c'était la dernière formule de Sirmich, qui était mauvaise; ils la rejetèrent et se

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moquèrent de l'inscription. Socrate, Hist. ecclésiastique, liv. 2, chap. 37.

La plupart des hérétiques ont varié, comme les ariens, dans leurs confessions de foi; jamais ils n'ont pu contenter tous leurs sectateurs, ni se satisfaire eux-mêmes ; on a souvent fait ce reproche aux protestants en particulier.

Ils ont fait un recueil de leurs confessions de foi, divisé en deux parties : la première partie en contient sept; savoir : 1° la confession helvétique, dressée par les églises protestantes de la Suisse. Il y eu avait déjà une faite à Bâle en 1836; mais comme elle ne parut pas assez ample, on en dressa une seconde en 1366, à laquelle ils prétendent que toutes les églises calvinistes, non-seulement de la Suisse et des Grisons, mais encore- de l'Angleterre, de l'Ecosse, de la France et de la Flandre, souscrivirent ou acquiescèrent.

2° Celle que les calvinistes de France présentèrent à Charles IX au colloque de Poissy, l'an 1561 , qui avait été dressée par Théodore de Bèze; elle .

fut souscrite par la reine de Navarre, par Henri IV son fils, par le prince de Condé, par le comte de Nassau, etc.

3» La confession anglicane, rédigée dans un synode de Londres, l'an 1562, et publiée sous la reine Elisabeth, l'an 1571.

4° Celle des Ecossais, faite en 1568, dans une assemblée du parlement de ce royaume.

5° La confession belgique, dressée en 1561, pour les églises de Flandre, approuvée dans un de leurs synodes, en 1379, et confirmée au synode de Dordrecht, en 1619.

6° Celle des calvinistes polonais, composée dans un synode de Gzenger, l'an 1570.

7° Celle que l'on nomma des quatre villes impériales, savoir : Strasbourg, Constance, Memmingue et Lindau, présentée à Charles-Quint, l'an 1530, en même temps que celle d'Augsbourg.

La seconde partie du recueil renferme les confessions de foi des églises luthériennes, et celles qui y ont le plus de rapport. En premier lieu, la confession d'Augbourg, dressée par

Mélanethon, en 1 530, et présentée à Charles-Quint par plusieurs princes de l'empire, dans la diète tenue dans cette ville.

2° La confession saxonne, faite à Wirtemberg en 1551, pour être présentée au concile de Trente.

3° Une autre, dressée dans la même ville, en 1552, et qui fut en effet présentée au concile de Trente par les ambassadeurs du duc de Wirtemberg.

4° Celle de Frédéric, électeur palatin, mort l'an 1566, et publiée en 1577, comme il l'avait ordonné par son testament.

5° La confession des bohémiens ou des vaudois, approuvée par Luther, par Mélanethon et par l'Académie de Wirtemberg, en 1532, publiée par les seigneurs, et présentée à Ferdinand, roi de Hongrie et de Bohème, en

6° La déclaration intitulée Consensus in Fide, etc., dressée par les ministres des églises de Pologne, dans un synode de Sandomir, en 1370.

On a mis à. la suite les décrets du synode de Dordrecht, tenu en 1618 et en 1619. Enfin, la confession de foi que les protestants reçurent de Cyrille- Lucar, patriarche grec de Constantinople, en 1631. Cette multitude de confessions de foi, données par les protestants dans un espace de quarante ans, fournit matière à plusieurs réflexions.

En premier lieu, nous ne voyons pas de quoi elles peuvent servir à des sectes qui soutiennent toutes que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi ; que les hommes n'ont droit d'y rien ajouter; qu'aucune décision de concile ni de synode (1) n'a par elle-même aucune autorité ; que l'on n'est obligé d'y déférer qu'autant qu'elle parait conforme à l'Ecriture sainte ; qu'après l'avoir signée, l'on est encore en droit de la contredire, dès que l'on s'apercevra que cette doctrine ne s'accorde pas avec la parole de Dieu. En obligeant les particuliers à y souscrire, et les ministres à s'y conformer, les protestants ont évidemment renversé le

(I) Aujourd'hui Bergier dirait : ni do papo, ni do concile, ni de synode.

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principe fondamental de la réforme.

Vainement nous voudrions argumenter contre eux sur leur prétendue profession de foi, ils seraient toujours en droit de nous répondre : Ainsi pensaient nos pères, mais nous ne croyons plus de mêm« aujourd'hui.

En second lieu, si l'Ecriture sainte est claire, formelle, suffisante sur tous les points de foi, comme le prétendent les protestants, c'a été de leur part un . attentat d'oser y ajouter quelque chose, ou de vouloir en réformer les expressions; se sont-ils flattés dé mieux parler que le Saint-Esprit? une explication quelconque n'est plus la parole de Dieu, mais celle des hommes. Il est étonnant qu'aucune de ces sectes n'ait voulu se borner à mettre bout à bout les passages de l'Ecriture sainte, pour rendre témoignage de sa foi. Si les premiers qui ont dressé leur confession, en 1330, ont bien pris le sens de l'Ecriture sainte, pourquoi aucune secte n'a-telle voulu s'y tenir, et pourquoi a-t-il fallu sans cesse y revenir sur nouveaux frais?

En troisième lieu, quiconque prendra la peine de comparer ces confessions, verra que, loin d'avoir établi l'uniformité de croyance entre les différentes sectes protestantes, elles ne servent qu'à démontrer l'opposition de leurs sentiments. Aussi, depuis cette époque, les luthériens n'ont pas été mieux d'accord avec les calvinistes ; les uns ni les autres ne se sont pas rapprochés davantage des anglicans ; les sociniens et d'autres sectes n'en ont pas moins fait bande à part.

Si toutes pensaient de même, une seule profession de foi suffirait pour toutes, de même que les décisions du concile de Trente ont suffi et suffisent encore pour réunir tous les catholiques dans la même croyance. Inutilement l'on nous répondra que tous les protestants sont unanimes dans la croyance des articles fondamentaux; si cela suffit, l'on a eu tort de mettre d'autres articles dans les confessions de foi; il fallait se borner à dire ; chacun croira ce qui luLparaîtra clairement révélé dans l'Ecriture sainte.

Bossuet, dans son Histoire des Variations, a fait voir l'inconstance, les

équivoques, les contradictions de toutes ces confessions de foi.

En quatrième lieu, puisqu'il a été permis à chacune des sectes de faire sa déclaration de foi particulière, nous ne voyons pas pourquoi le concile de Trente n'a pas eu aussi le droit de dresser une ample profession de la croyance catholique. Si les protestants se sont vantés de fonder leur doctrine sur l'Ecriture sainte, ce concile y a de même fondé la sienne, il en a cité les passages aussi bien que les protestants ; il reste à savoir si ces derniers ont été mieux éclairés que lui par le Saint-Esprit, pour en prendre le vrai sens. A la vue de treize ou quatorze confessions de foi, il nous paraît qu'un simple particulier protestant ne doit pas être peu embarrassé à juger quelle est la meilleure.

Ils ont fait, contre celle du concile de Trente, des reproches contradictoires. Ils disent d'un côté, que l'on y a décidé, comme article de foi, plusieurs opinions sur des points obscurs et difficiles, sur lesquels il étaitpermis à chacun de croire ce que bon lui semblait. D'autre part, ils se plaignent de ce qu'on y a exprimé plusieurs choses d'une manière ambiguë, à cause des débats qui régnent parmi les théologiens. Ainsi, les protestants sont mécontents de ce que le concile a décidé trop d'articles, et de ce qu'il en a décidé trop peu; ils trouvent encore mauvais, que les Papes aient expliqué par des bulles ce qui n'était pas exprimé assez clairement dans les décrets du concile. Mosheim, Ilistoire ecclèsiast., seizième siècle, section 3, première partie, c. 1, § 23 et 24. Comment contenter de pareils censeurs ?

Quant à le confession de foi de Cyrille-Lucar, que les protestants ont pompeusement intitulée confession de foi orientale, on sait que cette affaire ne leur a pas fait beaucoup d'honneur. Ce patriarche, qui avait étudié en Italie et voyagé en Allemagne, avait pris du goût pour les opinions des protestants, et voulut les introduire dans son Eglise, lorsqu'il fut placé sur le siège de Constantinople.

Son clergé même et les autres évoques grecs s'y opposèrent. Après avoir

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été chassé et rétabli cinq ou sis fois, il fut mis en prison et étranglé par ordre du Grand-Seigneur, en 1638.

Ses erreurs furent désavouées et condamnées par Cyrille de Bérée, son successeur, dans un concile de Constantinople, tenu cette même année, auquel assistèrent Mélrophane, patriarche grec d'Alexandrie, et ïhéophane, patriarche de Jérusalem. Elles le furent dans un synode de Jassy en Moldavie; dans un autre concile de Constantinople, en 1612; dans un synode de Leucosie, ville de l'Ile de Chypre, en 1668; dans un synode de Jérusalem, sous les patriarches Nectaire et Dosithée, eu 1672; et plusieurs théologiens grecs les ont réfutées dans des ouvrages composés exprès.

A peine la confession de Cyrille-Lucar fut-elle imprimée à Genève, en '1633, que Grotius et plusieurs théologiens luthériens s'en moquèrent, parce que Ton vit qu'elle avait été copiée sur les Institutions de Calvin.

Plus de cinquante ans auparavant, Jérémie, prédécesseur de Cyrille- Lucar,avait réfuté la confession d'Augsbourg, qui lui avait élé envoyée par les théologiens de Wirtemberg. On peut voir, par les divers monuments rassemblés dans la Perpétuité de la foi, que jamais les Grecs n'ont été dans les mêmes sentiments que les protestants sur aucun des articles pour lesquels ceux-ci se sont séparés de l'Eglise romaine. Voyez Grecs.

B ERG 1ER.

CONFESSION, en termes de liturgie et d'histoire ecclésiastique, était un lieu, dans les églises, ordinairement placé sous le grand autel, où reposaient les corps des martyrs ou des confesseurs. La confession de saint Pierre, placée dans l'Eglise qui porte son nom à Rome, est célèbre.

Bergieii.

CONFESSIONNISTES. Les catholiques allemands nommèrent ainsi, dans les actes de la paix de Westphalie, les luthériens qui suivaient la confession d'Augsbourg. Bergier.

CONFIANCE EN DIEU. A proprement parler, c'est la même chose que

l'espérance chrétienne; ainsi, Tonne peut pas mettre en question si c'est pour nous un devoir de nous confier en la miséricorde infinie de Dieu, et de bannir toute inquiétude par rapport à notre salut. En nous imprimant l'auguste caractère d'enfants de Dieu, notre religion ne tend à autre chose qu'à nous inspirer, envers ce souverain bienfaiteur, la même confiance que des enfants bien nés ont pour leur père, dont ils n'ont jamais cessé d'éprouver la tendresse.

Pour remplir ses apôtres de courage, Jésus-Christ leur dit : Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. Joan., c.16, f 33. Saint Paul exhorte les fidèles à ne jamais perdre leur confiance, à laquelle (une grande récompense est attachée. Hebr., c. 10, jl' 33. Il représente la crainte comme le caractère distinclif du judaïsme, Rom., c. 8, f 1S. Saint Jean dit que celui qui a l'espérance en Dieu se sanctifie, comme Dieu est saint lui-même.

IJoan., c. 3, f 3. C'est donc se tromper étrangement que de prétendre sanctifier les âmes en leur inspirant une frayeur excessive des jugements de Dieu, plutôt qu'une ferme confiance en sa bonté.

Jésus-Christ, les apôtres, les anciens Pères, les hommes apostoliques de tous les siècles, n'ont pas cherché à épouvanter les pécheurs, mais à les gagner par la confiance ; ils ont fait beaucoup de promesses et peu do menaces ; ils ont pardonné à tous et n'ont rebuté personne; ils ont parlé avec force et très-souvent de la bonté de Dieu, de sa patience envers les pécheurs, de la charité de Jésus-Christ, de l'efficacité de la rédemption, du pardon promis au genre humain, de la récompense éternelle, rarement de la damnation. Ceux qui sont chargés d'instruire peuventils suivre de meilleurs modèles?

On dira sans doute que, dans un siècle pervers à l'excès, ce n'est pas le temps d'inspirer la confiance, mais la crainte. Sans comparer le tableau de noire siècle avec celui que les Pères de l'Eglise ont tracé du leur, nous demandons si la crainte convertit les pécheurs plus efficacement que la confiance; si, parmi ceux qui persévè-

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rent dans le crime, le plus grand nombre y est retenu par la présomption et non par le désespoir; si les prédicateurs les plus rigides sont ceux qui gagnentle plus grand nombre d'âmes à Dieu.

Nous connaissons un Judas perdu par le désespoir, l'Ecriture ne nous montre aucun pécheur endurci par un excès de confiance en Dieu. Saint Pierre tomba parce qu'il s'était lié à ses propres forces, et non à la bonté de son maître. Jésus-Christ le fit rentrer en lui-même par un regard de tendresse, et non par un coup d'oeil d'indignation. Saint Augustin demeura dans le désordre, tant qu'il se défia de la grâce; il en sortit, dès qu'il fut animé par la confiance. Saint Paul nous apprend que les païens se sont livrés à l'impudicité par désespoir. Eph., c. 4, y 19.

Sur ce point de morale très-important, il faut consulter les hommes blanchis dans les travaux du saint ministère, et non les docteurs qui ne connaissent que leurs livres et leur cabinet. Lorsque l'un d'entre eux aura converti autant de pécheurs par ses écrits, que saint François de Sales par la douceur de ses maximes et par l'attrait invincible de sa charité, il méritera d'être pris pour maitre. Mais Jésus-Christ nous ordonne de nous défier des pharisiens, qui mettent sur' les épaules des autres un fardeau insupportable, et ne veulent pas seulement le remuer du doigt. Matth., c. 23, y 4. Bergier.

CONFIRMATION, sacrement de la loi nouvelle, qui donne à un fidèle baptisé, non-seulement la grâce sanctifiante et les dons du Saint-Esprit, mais des grâces spéciales pour confesser courageusement la foi de Jésus- Christ. Il est administré par l'imposition des mains, et par l'onction du saint chrême sur le front du baptisé.

De là, les théologiens disputent pour savoir laquelle de ces deux actions est la matière essentielle et principale de ce sacrement : les uns ont pensé que c'était la première, d'autres que c'étaitla seconde ; le sentiment le plus suivi est que l'une et l'autre sont nécessaires pour l'intégrité du sacre-

ment, conséquemment que la prière qui accompagne l'imposition des mains, et les paroles jointes à l'onction, font également partie de la forme. La confirmation est un des trois sacrements qui impriment un caractère.

Dans l'Eglise grecque, et dans les autres sectes orientales, on donne ce sacrement immédiatement après le baptême, et on l'administre, comme dans l'Eglise romaine, par l'onction du saint chrême; au lieu que chez nous, l'évêque dit au confirmé : Je vous marque du signe de la croix, et je vous confirme par le chrême du salut, au nom du Père, etc.; les Grecs disent : C'est ici le signe, ou le sceau du don du 'Saint-Esprit.

Les protestants qui rejettent ce sacrement comme une institution nouvelle, prétendent qu'il n'en est pas question dans l'Ecriture sainte ; ils se trompent. Jésus-Christ, Joan., c. 14, f 16, dit à ses apôtres : « Je prierai » mon Père, et il vous donnera un » autre consolateur, afin qu'il de- » meure avec vous pour toujours ; » c'est l'Esprit de vérité, etc. » C. 17, f 20, il dit à son Père, en parlant des apôtres : « Je ne prie pas seule- » ment pour eux, mais encore pour » tous ceux qui croiront en moi, par » leur parole. » Dans les Actes, c. 2, y 38, saint Pierre dit à ceux qui l'écoutaient : « Que chacun de vous re- » çoive le baptême, et vous recevrez le » don du Samt-Esprit ; car la promesse » vous regarde, vous et vos enfants, » et tous ceux qui sont encore éloi- » gnés, mais que le Seigneur notre » Dieu appellera. » En eifet, c. 8, f 17, etc. 19 f 6, « les apôtres imposaient » lesmainssuHes baptisés, etleur don- » naient le Saint-Esprit. «Voilà donc la promesse du Saint-Esprit faite par Jésus-Christ à tous les fidèles, suivie de l'exécution, et un rit mis en usage par les apôtres pour en produire l'effet.

Il n'est pas vrai que le saint-Esprit, donné par l'imposition des mains des apôtres, ait été seulement le don des langues, de prophétie et des miracles.

Jésus-Christ avait promis l'Esprit de vérité. Saint Pierre promettait à tous les fidèles le Saint-Esprit, et tous ne recevaient pas les dons miraculeux.

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L'onction de laquelle parle saint Jean est la connaissance de tontes choses, et non le pouvoir de faire des miracles. Selon saint Paul, les fruits ou les effets du Saint-Esprit sont toutes les vertus chrétiennes. Galat., c. S, ?22.

Les protestants en ont. encore imposé, lorsqu'ils ont assuré qu'il n'y a aucun vestige du sacrement de confirmation dans la tradition des premiers siècles. Mosheim, mieux instruit que le commun de leurs écrivains, convient que, dès les premiers siècles, les évèques, en permettant aux anciens ou prêtres de baptiser les nouveaux convertis , se réservèrent le droit de confirmer le baptême. Hist.

ecclés. du premier siècle, 2° part., c. 4, § 8. Il fallait dire, de confirmer dans la foi lesfidèles baptisés. Saint Jérôme, Dial. contra Lucifer., témoigne que tel était l'usage de son temps ; et le concile d'Elvire, tenu à la tin du troisième ou au commencement du quatrième siècle, l'ordonna ainsi.

Au second, saint Théophile d'Antioche, L. i, adAutol., n. 12, dit que nous sommes nommés chrétiens, parce que nous recevons l'onction d'une huile divine. Saint Irénée, Adv. hxr., liv. 1 , c. 21 , n. 5, dit des valentiniens, qu'après avoir baptisé à leur manière leurs néophytes, ils leur faisaient une onction de baume ; c'était une imitation de ce qui se faisait dans l'Eglise catholique.

Au troisième, Tertullien, L. de Bapt., c. 7, dit : « Au sortir des fonts » baptismaux, nous recevonsl'onction » d'une huile bénite, suivant l'ancien » usage de consacrer les prêtres par » une onction; cette onction ne tou- » che que la chair, mais elle opère « un effet spirituel. Ensuite on nous » impose les mains, en invoquant, » par une bénédiction, le Saint-Esprit.

» L. de Resurr. carnis, c. 8. La chair » est baptisée, afin que l'âme soit » purifiée; la chair reçoit une onc- » tion, un signe, une imposition des » mains, afin que l'âme soit consa- » crée, fortifiée, éclairée par le Saint- » Esprit. » L. de Prsescript., c. 40, il dit que le démon, singe de la Divinité, fait imiter par les idolâtres les divins sacrements, qu'il les fait baptiser,

signer au front, et célébrer l'offrande du pain. L. 1, contra Marcion., c. 14, il joint encore l'onction des fidèles au baptême et à l'eucharistie, et les nomme sacrements.

Saint Cyprien, Epist. 73, ad Jubaianum, pag. 131 et 132, dit que « si » quelqu'un, dans l'hérésie et hors » de l'Eglise, a pu recevoir la rémis- » sion de ses péchés par le baptême, » il a pu recevoir aussi le Saint- » Esprit, et qu'il n'est plus besoin, » lorsqu'il revient, de lui imposer » les mains et de le signer, afin qu'il » reçoive le Saint-Esprit. Or, notre » usage, dit-il, est que ceux qui ont » été baptisés dans l'Eglise soient » présentés aux évêques, afin que, » par notre prière et par l'imposition » des mains, ils reçoivent le Saint- » Esprit, et soient marqués du signe » du Seigneur. » Il le répète, Epist. 74, ad Pompeium, pag. 139.

Le pape Corneille, dans une de ses lettres, dit de Novatien, qu'après son baptême il ne fut point signé par l'évêque ; que, par le défaut de ce signe, il n'a pas pu recevoir le Saint- Esprit. Dans Eusèbe, 1. 6, c. 43, p. 313.

Nous pourrions citer, au quatrième siècle, les conciles d'Elvire, de Nicée et de Laodicée, Optât de Milève, saint Pacien de Barcelone, saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise et saint Jean Chrysostome ; au cinquième , saint Jérôme, le pape Innocent Ie1', saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie , Théodoret , etc. Le père Drouin, de re Sacram., tom. 3, a rapporté leurs passages et ceux des siècles suivants.

Les protestants prétendent que ces Pères parlent d'une onction qui faisait partie des cérémonies du baptême, et non d'un sacrement différent ; mais outre que le contraire est évident, par la seule force des termes, quand cela serait vrai, les protestants seraient encore condamnables d'avoir retranché du baptême une cérémonie à laquelle on attribuait la vertu de donner le Saint-Esprit.

N'est-il pas absurde de supposer que le baptême pouvait être administré par un prêtre, par un diacre, par un laïque; et qu'une simple cérémonie

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ne pouvait être faite que par l'évêque, quoique ce ne fût pas un sacrement différent?

De là même il est évident que le concile de Trente a suivi la tradition primitive lorsqu'il a décidé, sess. 7, can. 3, que le ministre ordinaire de la confirmation est l'évêque seul, et non le simple prêtre. Cette tradition n'est pas in oins constante que celle qui établit la matière, la forme, les effets du sacrement, le caractère qu'il imprime au chrétien, etc.

Quand on a examiné cette question, que peut-on penser des assertions fausses, des impostures et des puérilités que Basnage a rassemblées sur ce sujet? Hist. de l'Eglise, 1. 27, c. 9. Ce n'était pas la peine, après deux cents ans, de renouveler les preuves de l'ignorance affectée et de la mauvaise foi de Calvin.

Dans l'Eglise grecque, le même prêtre qui donne le baptême donne aussi la confirmation, et, selon Lue Holstenius, cetusage del'Eglise orientale est de la plus haute antiquité.

Selon les théologiens catholiques, les prêtres ont pu donner la confirmation comme délégués des évoques ; mais ceux-ci en sont les ministres ordinaires. Le concile de Rouen prescrit que celui qui donne la confirmation, et celui qui la reçoit, soient à jeun. Les cérémonies et les prières qui accompagnent l'administration sont édifiantes ; on peut le voir dans le pontifical et dans les rituels. Yoy. Vancicn Sacram. , par Grancolas , 2° part.

p. 114 et 193.

Ce sacrement était surtout nécessaire dans le temps des persécutions, lorsque tous les chré Liens devaient être prêts à répandre leur sang pour attester leur foi;- il n'a pas cessé de l'être depuis que le Christianisme est établi. Lafoi a toujours été combattue par les hérétiques, par les incrédules, par les chrétiens scandaleux : elle l'est encore. Mais la grâce que Dieu nous accorde pour résister, ne nous est pas donnée pour attaquer ; le vrai zèle de religion n'est ni inquiet, ni ombrageux, ni malfaisant., « Dieu, » dit saint Paul, ne nous a point » donné un esprit de crainte, mais » de force, de charité et de niodéra-

» tion. » IL Tim., cap. 1, f 7. C'est donc très-injustement que plusieurs incrédules ont dit que le sacrement de confirmation était institué pour inspirer aux chrétiens un zèle fanatique, intolérant et persécuteur.

Bergier.

CONFIRMATION (la) CHEZ LES PROTESTANTS. (Théol. hist. sacrem.

et cérêm.) — Les réformateurs rejetèrent la Confirmation comme sacrement proprement dit : Melanchton la nommait à ce titre, « une cérémonie vide, » Luther « une singerie » et Calvin dépassait l'un et l'autre en style énergique, mais ils la gardèrent en général, comme cérémonie simple.

L'ordonnance ecclésiastique de Brandebourg autorisée par Luiher dit :

« Quoique la Confirmation ait donné lieu à bien des abus, elle a cependant eu dans l'origine un motif grave, savoir que ceux qui avaient admis !a foi chrétienne et avaient été baptisés étaient examinés pendant les visites des évèques, et, lorsqu'il était établi qu'ils avaient compris l'enseignement de la religion, les évèques priaient et leur imposaient les mains pour les confirmer, les conserver et les fortifier dans la foi; ils leur faisaient un signe de croix sur le front, pour désigner par là que le Chrétien doit professer publiquement sa foi, sans crainte et sans respect humain, et ne pas rougir de l'Évangile du Christ.

Quand les évèques trouvaient que l'instruction était insuffisante, ils reprenaient sérieusement les curés et les parrains, leur rappelaient les engagements qu'ils avaient contractés au Baptême et que leur imposait la charge pastorale. Cet usage n'est, par conséquent, point à dédaigner; il facilite l'enseignement et la direction de la jeunesse, porte des fruits salutaires; c'est pourquoi nous voulons que la Confirmation soit maintenue selon l'ancien usage. »

Lesautres Etats allemands suivirent, en général, l'exemple du Brandebourg ; la guerre de Trente ans dérangea tout ; mais ajjrès celte guerre on reprit,peu à peu, les usages antécédents ; le piétisme de Spener se montra partout favorable à ce rétablissement,

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et les réformés finirent par faire comme les autres protestants. Les rituels de l'Eglise protestante unie admettent généralement la cérémonie de la Confirmation.

M. Riess expose comme il suit cette cérémonie protestante :

« C'est, dit-il, un acte ecclésiastique par lequel, chez les protestants, les jeunes garçons et les jeunes filles, après un examen préalable, sont publiquement déclarés majeurs quant à leur instruction chrétienne, et, par conséquent, membres parfaits do la communauté, dans laquelle ils renouvellent librement, et avec connaissance de cause, les vœux du Baptême. L'âge exigé pour la Confirmation est de quatorze à seize ans pour les jeunes gens, de treize à quatorze pour les jeunes filles. La Confirmation a lieu d'ordinaire à Pâques, c'est-à-dire le dimanche avant ou après Pâques, quelquefois le jour de la Pentecôte.

En vue de cet acte les pasteurs donnent un enseignement spécial, qu'ils nomment préparation à la Confirmation; ils constatent l'instruction des candidats par un examen public, que suit immédiatement l'imposition des mains et la prière, ce qui constitue la cérémonie en elle-même ; elle est terminée par la participation à la Cène, qui, d'ordinaire, cependant, a lieu le dimanche suivant. »

Le Nom.

CONFRÈRE, nom que l'on donne aux personnes avec lesquelles on forme une société particulière par motif de religion. Dans l'origine du Christianisme, les fidèles se nommaient les frères; une association, formée pour pratiquer les mêmes bonnes œuvres de piété ou de charité, établit entre eux une nouvelle fraternité, Bergier.

CONFRÉRIE, société de plusieurs personnes pieuses, établie dans quelques églises pour honorer particulièrement un mystère ou un saint, et pour pratiquer les mêmes exercices de piété et de charité. Il y a des confréries du Saint-Sacrement, de la sainte Vierge, de la Croix ou de la Passion, des Agonisants, etc. Plu-

sieurs sont établies par des bulles de Papes, qui leur accordent des indulgences ; toutes ont pour but d'exciter les fidèles aux bonnes œuvres, de cimenter entre eux la paix et la fraternité.

Comme les bonnes œuvres font la gloire du Christianisme, et en sont la meilleure apologie, les incrédules de notre siècle n'ont rien omis pour rendre suspectes et odieuses, toutes les confréries ou associations qui tendent à les multiplier. Bergier.

CONFUCIUS, ou Kong-Feu-Tseu, ou Kong-Fou-Tsé, ou Kong-Tseu. (ThéoL mixt. et hist. biog. et bibliog. philos, relig. étr.) — L'histoire philosophique et religieuse de l'humanité présente, en dehors du judaïsme et du.

Christianisme, quelques grands chefs de la pensée qui ont exercé une influence énorme et qui continuent, encore aujourd'hui, d'exercer cette influence par les livres qu'ils ont laissés , par la vénération dont les multitudes entourent leur mémoire et par les cultes dont ils ont été plus ou moins les fondateurs ; tels sont Véda-Vyaça, le compilateur de ces Vidas dont nous avons longuement parlé au mot brahmanisme, le Bouddha qui a donné lieu à notre longue étude du bouddhisme, Zoroastre ou l'auteur du Zend-Avesta qui sera étudié au mot mazdéisme, Mahomet ou mieux Mohammed qui aura son étude au mot islamisme; tel est aussi Kong-Feu-Tseu ou Kong-Tseu, dont le nom a été latinisé par nos missionnaires ésuites en celui de Confucius sous lequel il est devenu chez nous populaire, et qui mérite une longue étude faite sur les sources mêmes, c'est-à-dire sur lecture immédiate des kings ou livres sacrés des Chinois, dont ce philosophe se fit le rééditeur, ou plutôt le restanrateur, environ 000 ans avant notre ère. C'est cette étude que nous allons donner clans cet article.

Nous la finies il y a 23 ans telle qu'on va la lire, sur les kings euxmêmes, comme nous venons de le dire, et nous eu avons pu vérifier, depuis, l'exactitude quant aux citations qu'elle présente, en entendant M. Stanislas Julien traduire mot à.

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mot ces livres du chinois antique.

Cette étude d'ailleurs, sera mise au jour, dans cette publication, pour la première fois.

Ayant de la donner, citons les appréciations suivantes de M. Fritz sur Confucius et sa doctrine dans le Dictionnaire encyclopédique allemand de la théologie catholique :

« Dans le désir qu'avait conçu ce grand homme, de contribuer à la régénération de son pays, Confucius ne se présenta point comme le fondateur d'une religion nouvelle, il se présenta comme le restaurateur de la foi ancienne, comme un prédicateur moral, dont l'ambition était non pas d'annoncer au peuple des nouveautés religieuses, mais de le ramener à l'heureuse simplicité d'autrefois, et à son antique gloire sous ce rapport, en rassemblant les trésors des traditions du passé et en les coordonnant dans ses ouvrages, afin que chacun y trouvât le vrai modèle de sa vie morale, et que « les générations suivantes apprissent, « par ces trésors qu'il leur léguait, « la bonne manière d'administrer la « chose publique, la discipline des « mœurs, et la saine doctrine. »

« Il y a deux manières opposées d apprécier la philosophie de Confucius, et l'une et l'autre ont de solides défenseurs. Cette divergence est causée par le double sens que présentent souvent les livres sacrés des Chinois, les kings (ij, par suite de leur style laconique, de leur forme hiéroglyphique, de la profondeur même des doctrines qu'ils renferment et du mode fabuleux et excentrique dans lequel ont été rédigés des commentaires nombreux et contradictoires, à des époques de domination étrangère.

Confucius lui-même , voulant rétablir les kings dans leur autorité primitive, se plaignait déjà que les lacunes et les obscurités qu'ils présentaient permettaient à peine d'y entrevoir l'antiquité comme à travers d'épais nuages.

« D'après une des opinions relatives a la doctrine de Confucius qui appar-

(1) Un des kings qu'avait laissés Confucius est perdu ; niais il en reste cinq qui sont parfaitement intègres et qui constituent encore de nos jours, avec les commentaires do Confucius, le fondement et la régie de l'empire.

tient aux plus distingués d'entre les missionnaires, et, dans les temps les Plus modernes, à Windischmann et a H.-J. Schmitt, les plus anciens livres canoniques des Chinois présentent une theodicée monothéiste et beaucoup de notions conformes à celles de l'Ancien Testament. C'est pourquoi les missionnaires, les Jésuites surtout, prétendirent que la doctrine du Christ qu'ils annonçaient n'était que l'accomplissement de la doctrine que les Chinois avaient obtenue par une révélation divine immédiate à l'origine de leur histoire ; que l'idée primordiale, simple et pure, de la nature de Schangti était identique avec celle du Jéhova de l'Ecriture sainte, et que cette doctrine révélée du peuple chinois découlait de la même source que celle de nos livres saints. Cette opinion s'appuie sur d'excellents motifs ; car les missionnaires jésuites, ayant été sur les lieux initiés directement et complètement aux usages et à la langue des Chinois, purent par là même étudier les livres canoniques (kings) dans l'original et s'en former un jugement autrement compétent que ceux pour qui le texte original des kings est comme un livre fermé par un septuple sceau. Un dogme contenu dans les livres sacrés de la Chine, qui parle en faveur d'une source de révélation identique à celle de l'Ancien Testament, est celui qui fait descendre tous les hommes d'un couple unique, dogme qui est parfaitement d'accord avec les résultats des recherches les plus récentes de la philosophie de la nature. Des investigations profondes, telles que celles de S. Martin, dans son Histoire d'Arménie, d'Abel Rémusat dans-ses Recherches sur les Langues tartares et de Klaproth dans son Asia polyglotta, ont clairement démontré que les pè- >res de la race chinoise y sont arrivés des contrées occidentales, et qu'à partir des temps les plus anciens des rapports, très-rarement interrompus, ont existé entre les races chinoises et les populations de lArménie et de la Mésopotamie.

« Ceux qui soutiennent l'opinion contraire nient que les traditions chinoises aient primitivement une oi i-

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gine révélée analogue à celle de l'Écriture sainte, et prétendent qu'il faut précisément affirmer le contraire, l'idée ontologique de Confucius étant en soi une idée païenne, c'est-à-dire polythéiste. Ils ne nient pas que, dans les opinions religieuses des peuples païens les plus nobles et les plus cultivés, il ne se trouve une foule de pensées hautes et sublimes qui ont de l'analogie avec les doctrines morales du Christianisme ; mais, disentils, on n'est pas en droit d'en conclure que ces idées ont une source identique et découlent d'une même révélation primordiale. Ils ajoutent que, quant à ce qui concerne l'ancienne doctrine religieuse des Chinois, rien n'est moins démontré que l'identité de la nature de Jéhova et de Schangti; qu'on peut bien sans doute considérer Schangti, dans le sens païen, comme une puissance spirituelle, comme la raison suprême, sans pour cela que son identité avec l'idée hébraïque de Jéhova soit établie; que cela résulte également de ce que l'expression Schangti (1) n'est pas exclusivement employée pour exprimer l'Être suprême; que les Chinois sacrifient au ciel et à la terre, et que Rome défendit aux Jésuites, dans leur discussion avec les Franciscains et les Dominicains, de se servir de l'expression Schangti pour désigner le Dieu suprême.

« A quoi on réplique que, dans toutes les langues, on peut comprendre Dieu sous l'expression qui désigne proprement le ciel; que c'est précisément le cas dans la langue chinoise, qui est si riche en métaphores, et qu'ainsi le terme Schangti ou Tien (= ciel) peut parfaitement désigner Dieu. De plus on voit d'après le Schu-King, et en général d'après les anciens livres de l'empire et leurs interprètes les plus considérés, que ce mot Schangti correspond aux noms à'Adonaî et de Kiipioç, comme Thian

(I) Elle est appliquée aussi à l'empereur. Il y a encore le mot thien et le mot tao; la mot thien, le ciel signifie aussi, le ciel matériel ; mais quand il * S*."™** d'un signe particulier de personnification il signifie Dieu, et le tao, la raison par excellence, ne pont signifier que Dieu. Y. Dbva, Dit. Taûos, Thibk, Tao, Dieu.

(Tien) aux expressions Elohim et e;d?

et que les anciens sages devaient comprendre sous les mots Schangti et Thian un Être spirituel, intelligent et libre, un Etre sans égal, si l'on ne veut pas complètement défigurer et obscurcir le sens et la tendance des documents primitifs dans lesquels tout devient intelligible du moment qu'on comprend sous ces noms le Dieu vivant. Si Rome défendit aux missionnaires catholiques de se servir des mots Schangti et Thian pour désigner Dieu, ce fut en s'écartant complètement de la signification ancienne et primitive de ces mots, et la défense fut fondée sur ce que, dès les premiers siècles après J.-C, l'antique idée avait été obscurcie et défigurée la doctrine de Dieu et de ses rapports avec le monde était devenue équivoque, et l'on avait agité la question de savoir si les Chinois comprenaient réellement sous le nom de Schangti un Dieu esprit, infini et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, puisque, dans le cours des siècles, quelques empereurs s'étaient donné le nom de Schangti et se faisaient adorer comme Dieu; puisque, dans la première moitié du treizième siècle, l'empereur donna le surnom de Schangti à un savant magicien de l'école de Tao-Szô, tandis que, d'un autre coté, il est vrai, l'empereur Kang-tri et son fils et successeur Yung-Dscliing, ainsi que les mandarins de l'empire, avaient donné leur assentiment à l'interprétation des .Jésuites, appliquant le terme Schangti au Seigneur, maître suprême du ciel et de la terre. Quant au sacrifice offert au ciel et à la terre, ce n'est, d'après Confucius, qu'un sacrifice offert au Dieu du ciel et de la terre. C'est ce qui est clairement exprimé dans une inscription que les missionnaires adressèrent à l'empereur Schingtsu, qui la confirma et la fit insérer dans les feuilles publiques de l'empire comme authentique et n'ayant pas besoin de justification. Il y est dit : « Dans l'accomplissement du rit que suivent tous les seigneurs et rois en offrant leurs sacrifices au ciel, et qui, d'après l'interprétation des savants, sont adressés au Seigneur souverain suprême,

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il ne s'agit certainement pas du ciel matériel et sensible que nous voyons de nos yeux, mais du Seigneur et Maître du ciel, de la terre et de toutes choses, qu'on n'osait pas toujours nommer de son -vrai nom par respect, et en vue de sa sublimité, et qu'on nommait le ciel suprême, le ciel sans limites, etc. » — Dans tous les cas il faut admettre qu'avec le cours des temps la doctrine de Confucius a été de plus en plus défigurée, et que l'idolâtrie et les idées polythéistes ont envahi la Chine. »

Maintenant que le lecteur commence d'être initié aux questions qui concernent Confucius, et les kings, donnons l'étude originale que nous avons faite, comme nous l'avons dit, sur les sources mêmes : cette étude affectait plutôt, comme on va le voir, la forme de simples notes que celle d'une dissertation avec idées préconçues :

Koung-Feu-Tseu, ou Koung-Tseu, est un des grands personnages de l'extrême Orient qui ont été les premiers connus en Europe, grâce à nos missionnaires de la Chine qui nous le firent admirer sous le nom latinisé de Confucius ; mais depuis que la société savante de Calcutta fondée, en 1784, par Williams Jones, nous envoie des flots de lumière sur les littératures de l'Inde et de la Chine ; depuis que les sinologues, tels que de Guigues, Rémusat, Burnouf, Morrisson, qui est mort sur le théâtre même de ses recherches, Stanislas Julien (que nous venons de perdre, 1873), et heaucoup d'autres, nous ont révélé tant de richesses, ignorées des peuples mêmes qui les possédaient, ce grand philosophe est venu, pour nous, prendre sa place à côté de Socrate et de Platon.

Koung-Feu-Tseu naquit et vécut vers le sixième siècle avant Jésus-Christ, à peu près cent ans avant le prince des philosophes grecs.

Il était d'une ville delà principauté de Lou. Mandarin à dix-sept ans, il se retira, à la mort de sa mère, dans une retraite profonde pour étudier les anciens, et en sortit avec le projet d'o-

pérer une grande réforme dans l'état moral de son pays.

Il voyagea prêchant la justice et la vertu, fut suivi de nombreux disciples et devint assez célèbre pour que le roi de Lou en fit son premier ministre.

Pendant qu'il occupa cette charge, il s appliqua à faire fleurir la justice 1 agri culture et le commerce.

L'arrivée, à la cour du jeune roi de Lou, de plusieurs filles fort belles envoyées par le roi de Tsé, ayant été 1 occasion de graves désordres dans les mœurs, le philosophe se retira et alla enseigner la sagesse dans la contrée de Siu.

Son école devint célèbre ; plus de trois mille disciples assistaient à ses leçons ; et plusieurs le suivaient dans de longs voyages qu'il exécutait, de temps à autre, en prédicateur des principes lumineux de la raison.

JRevenu au lieu de sa naissance à 1 âge de soixante- quinze ans, après avoir été en butte à des persécutions de la part des rois et des courtisans, il termina sa belle vie, simple particulier, mais entouré d'une auréole de vénération et de gloire qui effaçait celle des empereurs et qui devait être immortelle.

Le voyageur va visiter son tombeau, dans le lieu même où était son Académie, près de la ville de Bio-Fu.

Beaucoup de collèges portent encore gravées sur leur frontispice, en lettres d'or, des épigraphes à la gloire de ce grand nom, telles que les suivantes :

Au premier docteur.

Au saint.

Au roi des lettres.

Au précepteur des peuples.

Au grand maître. Quand un officier de robe passa devant ces antiques souvenirs, il descend de son palanquin et fait quelques pas en avant pour honorer la mémoire du grand homme.

Ses descendants sont mandarinsnés et exempts du tribut.

Koung-Feu-Tseu était équitable, doux, affable et gai de caractère.

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Il était censeur rigoureux de luimême et indulgent pour les autres.

Il parlait peu et pensait beaucoup.

Nul ne l'égalait en modestie.

Il s'exerçait sans relâche dans la pratique du bien.

Il disait aux rois « qu'ils tenaient du ciel leur mandat pour faire le bonbeur de leurs peuples, et que ne point accomplir leur mandat c'était perdre leur charge. »

Il disait à tous que « pour perfectionner les autres il faut se perfectionner soi-même. » « Si je possédais, disait-il encore, le mandat de la royauté, il ne me faudrait pas plus d'une génération pour faire régner partout l'humanité et la vertu. »

Comme toutes les belles âmes, il ne croyait pas- à la méchanceté du genre humain.

Il avait divisé sa doctrine en quatre parties, et son école en quatre catégories de disciples correspondantes.

La première partie de ses études avait pour objet la vertu, chose propre à tous et obligatoire pour tous, nonobstant le degré de la connaissance et du talent ; et la première classe se composait de ceux qui ne s'occupaient que de la culture de la vertu.

La seconde partie avait pour objet non-seulement les qualités qui font l'homme vertueux, mais encore et, avec elles, celles qui font l'homme éloquent; et, par conséquent, sa seconde classe de disciples comprenait tous ceux qui, en s' appliquant à la vertu, s'appliquaient aussi à l'éloquence.

La troisième partie ajoutait à la vertu la politique, et la troisième classe comprenait ceux devant lesquelsil développaitl'art degouvefner les hommes.

Enfin la quatrième partie avait pour objet l'art de rédiger, en beau style, les réflexions les plus justes sur la bonne direction des mœurs ; et la quatrième classe de ses élèves s'exerçait à cette rédaction.

Koung-Feu-Tseu disait souvent « qu'il n'avait point inventé sa doc-

trine, qu'ill'avait moissonnée dans les livres des philosophes anciens qui l'avaient précédé de plus de quinze siècles. »

Ainsi ont toujours parlé les vrais sages. Il n'y a que les insensés qui osent insulter Dieu et l'humanité en se disant les premiers inventeurs des vérités qu'ils prêchent.

Koung-Feu-Tseu, est le centre autour duquel se groupent tous les livres sacrés des Chinois.

Ces livres sont appelés les Kings c'est-à-dire les livres par excellence, les doctrines certaines et invariables.

Le plus ancien et le plus respecté de ces livres est l'Y-King, ou le livre des sorts, ou encore le livre des principes. Le philosophe le revit et l'édita de nouveau. On croit partout, en Chine, que ce livre a quarante-six ou quarante-sept' siècles d'existence, ce qui le reporte au quatrième ou cinquième siècle après le déluge, vers l'époque de la mort de Noé, à peu près trois mille ans avant Jésus- Christ, treize cents ans avant Moïse et deux mille ans avant Homère.

Il n'y a aucune raison de contester à l'Y-King l'antiquité que lui attribuent les Chinois, pas plus que celle de leur premier roi, Fo-hi, qui, disentils, écrivit lui-même les premières pages de ce livre des principes, ou des sorts.

Celui qui vient en première ligne après l'Y-King est le Chou-King, ou livre des annales ; il est de Koung- Feu-Tseu, quoique l'auteur se soit servi, pour le composer, délivres trèsanciens, et y ait intercalé des morceaux existant déjà depuis plus de quinze cents ans. Il porte aussi le titre de Chang-Chou (chou, livre; chang, supérieur). On adjoint au Chou-King le Chi-King, ou livre des chants, recueil fait par Koung-Feu-Tseu, petite pièce lyrique, dans lequel se trouvent, comme dans le Chou-King, des morceaux remontant au moins à trois mille ans, entre autres des tableaux de mœurs fort curieux.

On y joint encore le Li-Ki ou Li-Ki- Ki, traité des rites et cérémonies, et

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Thchun-Thsieou (le printemps et l'automne) lesquels n'ont pas encore été traduits en Europe. Le dernier est en entier du philosophe chinois.

Ces livres, dont Koung-Feu-Tseu a été le compilateur, le restaurateur, ou l'auteur, forment les grands kings.

Tous les autres sont postérieurs au Chou-King et ne présentent que des développements de la morale qu'il contient.jlls sont au nombre de quatre et forment la collection des livres classiques ou moraux.

Le premier est le Ta-Hio ou la grande étude. Il renferme un chapitre de Koung-Feu-Tseu et dix de son disciple Thseug-Tseu.

Le deuxième est le Tchoung-Young ou l'invariabilité dans le milieu. Il fut mis en ordre par Tseu-Ssé, petit fils et disciple du philosophe.

Le troisième est le Lun-Yu, ou les entretiens philosophiques, do Koun°-- Feu-Tseu avec ses disciples. Il fut rédigé par un de ceux-ci, si ce n'estpar le maître lui-même.

Enfin le quatrième est plus moderne ; c'est le Meng-Tseu. Il porte le nom de son auteur, qui vivait, d'après son propre témoignage, cent ans et plus après Koung-Feu-Tseu.

On attribue encore à ce dernier un autre ouvrage, le Hiao-King, on le livre de la piété filiale, qui, selon quelques-uns serait de son disciple Thseng-Tseu.

Il existe enfin un traité philosophique du philosophe Lao-Tseu,contemporien et rival de Koung-Feu-Tseu.

C'est le Tao-Te-King, ou le livre de la raison primordiale ; Dieu y est considéré comme la loi suprême qui régit la nature ; et la secte dont ce livre est l'oracle compte encore à peu près cent millions d'adeptes.

Les plus anciens livres de la Chine présentent une cosmogonie presque semblable à celle de Moïse, quoique beaucoup moins claire et, par conséquent, moins sublime.

Le premier principe est bien défini en tant qu'incompréhensible, intelligent et sans limites.

Il est appelé Taï-y, la grande unité,

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ou pai un nom qui signifie le grand comble, et représenté comme le Créateur de toutes choses.

La Trinité est assez clairement indiquée sous cette formule : « La raison produit un ; un produit deux ■ deux produisent trois; et trois produisent tout. »

La lin du monde présent est annoncée. L'univers verra passer sur lui douze périodes, et, la douzième révolue, il rentrera dans le chaos. Puis il se réformera pour recommencer une seconde révolutiou de douze périodes; et ainsi de suite éternellement.

Quelques-uns contiennentunepartie mythologique ; et dans cette mythologie sont quelques traits curieux. Voici les principaux.

Parmi les fils de Dieu, il y en a un qui s'appelle Tien-Hoang. C'est le fils par excellence, c'est l'intelligence du Ciel, qui nourrit et embellit toutes choses. Il naquit sur une montagne.

Parmi les autres s'en trouvent quelques-uns qui ont, à peu près, les mêmes attributs et qu'on pourrait prendre pour Je même transfiguré sous diverses formes et divers noms.

Il est parlé de géants monstrueux qui vivent des siècles et plusieurs fois mille ans.

On y représente un roi joignant ensemble deux morceaux de bois, l'un droit et l'autre en travers, pour honorer la grande unité.

Jusqu'alors Fo-Hi n'a pas encore paru.

Fo-Hi eut pour mère une vierge qui, se promenant le long d'un fleuve, marcha sur les traces d'un grand homme, s'émut, fut enveloppée d'un arc-en-ciel, et conçut.

j Niu-Va, sœur oufemme de Fo-Hi, a d'autres noms qui signifient : la souveraine des Vierges, la souveraine mère, la lumière pacifique. Elle obtint, par ses prières, d'être vierge et épouse tout ensemble.

Il est dit dans l'y-king que les anciens rois faisaient respecter le grand jour, qui était le septième, qu'on fermait, ce jour-là, les portes des maisons, qu'on ne travaillait pas, qu'on priait.

Chin-Noug est représenté tout en •

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semble tel qu'Homère a peint Esculape et Orphée. Il porte une lyre.

Il réunit en sa personne deux natures. Il chercha la mort et ne put la trouver.

Lo-Pi, un des héros de cette espèce de poème, à la pensée d'un scélérat dont il est question, prononce cette sentence :

« Tous ceux qui font le bien sont comblés de félicité; tous ceux qui font le mal sont accablés de misère ; c'est la loi fxe et immuable du Ciel. »

On remarque des traits qui indiquent que, dans ces premiers âges, on tenait beaucoup à la musique comme chez les Grecs.

La morale de l'Y-King est bonne, la physique mauvaise, et la religion très-peu développée.

Tels sont les plus anciens livres qui soient peut-être sur la terre.

Le Chou-King, ainsi que tous les livres de Koung-Feu-Tseu ou de ses disciples, n'a point de mythologie. Le philosophe s'était placé sur le terrain de la droite raison, et, sans attaquer les cosmogonies et tout ce qui se rattachait aux mystères de la divinité, il avait pris le parti de se taire sur ces choses, qu'il ne comprenait pas.

On y trouve cependant une superstition, celle des sorts et de la grande tortue qui sont consultés par les Pou, espèces de magiciens, à l'aide de cérémonies bizarres. Le philosophe raconte peut-être ces consultations d'oracles comme simple historien, puisque le Chou-King est principalement composé de dialogues et de discours attribués à de grands personnages de l'antiquité, ainsi que de notions historiques sur ces personnages ; cependant il faut avouer que Koung-Feu-Tseu paraît croire luimême aux sorts et à la grande tortue qui indiquent les ordres du ciel.

A part cette superstition singulière, si, toutefois, il n'y a pas sous ces expressions de la grande tortue et de la consultation des sorts quelque idée raisonnable, revêtue d'expressions métaphoriques et qui ne seraient plus comprises, question que résoudront

peut-être les philosophes orientalistes, le livre du philosophe est pur de toute erreur.

Peut-être aussi Koung-Feu-Tseufitil cette concession aux livres anciens, pour lesquels il avait une grande vénération et dont il cite même quelques passages entiers dans le Chou- King.

Ce qu'il y a de remarquable c est qu'en paraissant croire aux magiciens il condamne leurs moeurs.

Si l'on ajoute que le chant du faisan est considéré, dans le Chou-King comme un mauvais présage, on aura signalé tous les vestiges de superstitions qui y figurent.

Yao, le plus ancien des grands personnages du Chou-King, connaissait l'année de 365 jours et l'année bissextile de 366. Ce Yao naquit, d'après Kang-Mo, l'an 2357 av. J.-C. et, d'après Tsou-Chou, l'an 2205.

Il est question d'une éclipse de soleil; (2e partie, ch. 4, f 4). C'est la fameuse éclipse du Chou-King, la plus ancienne dont il soit fait mention dans l'histoire. Elle arriva lapremière année durègnedeTchoug-Kang. Cette année est placée par Kang-Mo à la date 2159 av. J.-C. et par Tsou-Chou à celle de 2012. On a calculé cette éclipse, et il paraît bien établi par les données astronomiques que l'année dontil s'agit est la2155(! av. J.-C, ce qui donne, à bien peu de chose près, raison à la chronologie de Kang-Mo.

Tching-Vang est un des meilleurs rois dont il soit question dans le Chou- King. Il avait pris pour modèles Vou- Vang et Veu-Vang; il les citait sans cesse. Il mourut l'an 1068 av. J.-C, et alors il y avait déjà plusieurs livres de morale et d'histoire ancienne.

On décrit en détail la cérémonie de ses funérailles et celle du couronnement de son fils.

Le Chou-King raconte très-peu de faits. Il se compose, presque en totalité, d'entretiens d'empereurs avec leurs ministres, sur le gouvernement, dans le but de rendre les peuples heureux.

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Il commence au roi Yao et finit au roi Mou-Kang l'an 621 av. J.-C.

Voici en quels ternies il y est question du déluge :

« Quand la grande inondation s'éleva jusqu'au ciel, quand elle couvrit les montagnes et les lieux élevés, le peuple troublé fut submergé par les eaux. »

C'est Yu qui parle ainsi à l'empereur Chun.

L'auteur du Chou-King ne s'élève jamais haut sur les questions métaphysiques ; il semble toujours les éviter. Ce n'est pas le vol audacieux de Platon; c'est la morale simple et modeste de l'honnête homme.

On y trouve cependant un certain nombre de phrases qui, supposent l'immortalité de l'âme, les peines et les récompenses futures, et qui suffisent pour prouver que l'auteur avait une grande idée de Dieu, quoique son génie ait reculé devant l'étude de ses mystérieuses profondeurs.

« Les âmes des ancêtres viennent assister aux cérémonies, soit dans le bonheur soit dans le malheur. »

« Ce sont les ancêtres qui avertiront le sublime prince dans la cérémonie et qui lui diront : Punissez nos neveux qui font mal. »

« Il n'y a que le Ciel qui soit souverainement intelligent et éclairé :

l'homme parfait l'imite. »

Ce beau précepte rappelle celui du Christ : « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. »

« Le Ciel observe les hommes d'icibas et il veut qu'ils ne fassent que ce qui est conforme à la raison et à la justice. »

Le dogme de la liberté morale est impliqué dans des préceptes comme celui-ci : « Ce n'est pas le Ciel qui perd les hommes, les hommes se perdent eux-mêmes en transgressant les lois éternelles. »

Le principe fondamental de Koung- Feu-Tseu, c'est « qu'on doit se régler sur la droite raison, qui annonce la vérité immuable et certaine, » Ne dirait-on pas un cartésien?

Il n'oublie jamais le Ciel en faisant parler ses héros, mais il n'aborde

aucune explication philosophique.

Il établit, dans un passage, des rapports entre les événements matériels de la nature et les choses morales de l'intelligence ; mais je n'ai pas bien compris le fond de la pensée.

« Les noms du Ciel — Tien — sont l'Auguste Ciel, le souverain Seigneur — Chang-Ti — Chang , Souverain; Ti, Seigneur. »

« Les anciens et vertueux rois sont dans le ciel. »

« Le Souverain Seigneur conduit les hommes par la vraie douceur. Il puml les coupables. »

Au reste, il faut ajouterque presque toujours la punition dont on parle dans le Chou-King, consiste dans le retrait du mandat céleste.

« Le Ciel n'a pas été avec lui, est-il dit d'un mauvais prince, parce qu'il n'a pas suivi le principe lumineux de la raison. »

« L'Auguste Ciel ne fait acception de personne ; mais ses faveurs sont toujours pour l'homme vertueux. »

« Le Seigneur avertissait le roi de Hiu par des calamités. »

« C'est le Ciel qui enseigna ce qui pouvait rendre les hommes vertueux. »

On trouve dans le Chou-King un fait de révélation surnaturelle ; c'est un empereur qui a une communication du Ciel ou des esprits par un songe sur l'élection d'un ministre.

Dans ce songe un homme lui est montré ; les traits de cet homme sont gravés dans sa mémoire ; on cherche en tout lieu celui qui lui ressemble; on le découvre; et il devient ministre.

Le philosophe chinois est réservé sur le culte, comme sur la métaphysique. Cependant il prêche le culte des morts, les cérémonies aux ancêtres, et il parle de sacrifices consistant dans l'immolation d'animaux.

Il cite un roi, Tching-Vang, qui fut un des bons, lesquels sont ï'ares. et qui défendit l'usage du vin, excepté dans les sacrifices.

Il parle aussi de prières accompagnées d'offrandes. Il en rappelle une grande qui fut faite dans l'era-

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pire pour la conservation de la dynastie dans un moment critique.

Faire une cérémonie du culte s'appelle « avertir le ciel, les esprits ou les ancêtres. »

Le droit de sacrifier au chang-ti, au souverain seigneur, est réservé au roi seul.

Koung-Feu-Tseu cite cet usage comme un fait existant , et il ne le blâme pas. Au reste il peut s'agir d'un sacrifice solennel comme ceux qui étaient réservés au grand prêtre dans la loi mosaïque. Toujours est-il que cela prouve la confusion absurde et fuueste qu'on a toujours faite en Chine, comme dans tous les pays non éclairés parla révélation évangélique, du trône et de l'autel.

Il est partout enseigné, dans le Chou-King, que l'empereur est empereur par le ciel. Il est appelé le fils du ciel. Il a reçu un mandat céleste pour rendre les peuples heureux.

Mais cette doctrine est expliquée et corrigée par beaucoup de maximes semblables à celles que voici :

« Le peuple est le fondement de l'état. Le devoir du chef est de le respecter. «

« La puissance du chef est détruite, lorsqu'il a rompu son mandat, c'està-dire lorsqu'il n'a pas rempli sa mission. »

« Tous les peuples sont naturellement bons.-.)

« Le mandat du chef lui enjoint de travailler au perfectionnement du peuple. »

« Quand le roi n'accomplit pas son mandat les peuples peuvent se révolter, »

« Ce que le Ciel voit et entend est ce que le peuple voit et entend ; ce que le peuple juge digne de récompense ou de punition est ce que le Ciel veut punir et récompenser. Que ceux qui gouvernent les peuples soient donc attentifs et réservés. »

« Vou-Yang se révolta, se mit à la tête d'une armée, et, par une bataille, renversa l'ancienne dynastie, parceque l'empereur s'était fait maudire du peuple et du Ciel. Vou-Vang fut un grand roi. »

« Ce n'est pas l'eau qu'on doit prendre pour miroir ; c'est le peuple. »

« Le Souverain Seigneur a détruit la dynastie Yu, il a donné des forces à la vertu de Vou-Yang, et lui a remis le soin de l'empire. »

Koung-Feu-Tseu raconte que, quand un empereur n'avait pas fait son devoir, le peuple le changeait contre un autre, et qu'alors s'élevaient des discussions ; que plusieurs prenaient parti pour la dynastie tombée, et qu'onles embarrassait fort en leur citant le fondateur de cette dynastie.

On discutait quelquefois cettequestion devant l'empereur lui-même, et, quand les interlocuteurs remontaient ainsi jusqu'à l'origine, il disait : « Silence; on ne doit pas s'occuper de cela. »

Les empereurs du Chou-King sont absolus; ce sont eux qui sont les juges de tous les différends et qui font punir les coupables. Seulement ils doivent le faire d'après la justice.

Il est certain que, si un chef suivait toutesles maximes etprescriptions de ce livre, il serait parfait, n'étant mu que par l'amour du peuple et par la volonté de faire cesser les maux de ceux qui soutirent.

On lit dans les ch. 3 et 4 de la' 3e partie deux discours admirables, le premier adressé au peuple par un nouvel empereur qui a chassé l'ancienne dynastie, le second adiessépar son ministre à son successeur.

Onremarque, enlisant le Chou-King, que l'établissement des mandarins remonte aux temps les plus antiques,

« On gagne à être patient, dit Koung-Fcu-Tseu, et savoir supporter les défauts des autres est une grande vertu. »

Malgré la douceur et l'aimable tolérance du philosophe, il est question de quelques usages cruels qu'il aurait dû passer sous silence, ou ne rapporter que pour lesflétrir, ce sont des supplices tels que des marques sur le visage, l'amputation du nez, la castration, la mort. Quand il y a doute sur le crime, on en délivre toujours le criminel. Cette peine se rachète ; injustice criante.

Le dernier mot de ce livre dans

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lequel règne, comme une passion, l'amour du peuple avec la recherche de ce qui peut le rendre heureux, est celui-ci :

« Un seul homme peut mettre le royaume dans une grande misère, et la vertu d'un seul homme peut aussi faire régner le bonheur et la paix. »

Les Chinois disent que l'âme est composée de deux parties ; l'une subtile d'où vient la faculté de connaître; l'autre grossière et fixe d'où vient la faculté de sentir : la première est nommée hoen, et la seconde pé.

A la mort, hoen retourne au ciel et devient chin, pé retourne à la terre et devient kouei.

Parla vertu des sacrifices aux mânes, les deux parties se réunissent pour y assister.

Ils font beaucoup de sacrifices au ciel, à la terre, aux fleuves, aux ancêtres, etc.

Il n'est pas question dans les livres de Koung-Feu-Tseu de cette philosophie ni d'autres sacrifices que de ceux aux ancêtres et à l'auguste ciel.

Ramsay, dans son discours sur la mythologie, expose comme il suit la doctrine théologique du philosophe Tchouang-Tsé :

« Dans l'état du premier ciel , l'homme était uni, au dedans, à la souveraine raison, et, au dehors, il pratiquait toutes les œuvres de la justice. Le cœur se réjouissait dans la vérité ; il n'y avait, en lui, aucun mélange de fausseté. Alors les quatre saisons de l'année suivaient un ordre réglé sans confusion ; rien ne nuisait à l'homme et l'homme ne nuisait à rien, une harmonie universelle régnait dans toute la nature,... mais les colonnes du ciel furent rompues, la terre fut ébranlée jusqu'aux fondements. L'homme s'étant révolté contre le Ciel, le système de l'univers fut dérangé et l'harmonie générale troublée ; les maux et les crimes inondèrent la face de la terre. »

« D'après le livre Likyki « l'homme méprisa le souverain empire; il vouut disputer du vrai et du faux ; et

ces disputes bannirent la raison éternelle. Il regarda ensuite les objets terrestres, et les aima trop : de là naquirent les passions.... Voilà la source de tous les crimes, et ce fut pour les punir que le Ciel envoya tous ces maux. » (p. 146 et suiv.)

Nous u'avons vu dans les kings déjà traduits rien qui rappelle aussi clairement la tradition grecque de l'âge d'or et de l'âge de fer, et, par là même, la Genèse, relativement à la déchéance; mais nous n'avons pas lu ceux d'où cette exposition est tirée.

Nous disons de même de ce passage de Benjamin Bergman, analysé par A. F. Ozanam.

« L'état de nos premiers pères, disent les Mongols, ne fut pas de longue durée ; ils virent bientôt s'échapper, par leur faute, toutes les félicités qui avaient, jusqu'alors, embelli leur existence. A la surfacedu sol croissait en abondance la plante du schismx, blanche et douce comme le sucre ; son aspect séduisit un homme, qui en mangea, et tout fut consommé. »

LeTa-hio ou la grande étude a pour objet le perfectionnement de soimême pari'applicationde cette grande loi morale : « Il faut développer le principe lumineux de la raison que nous recevons du ciel. »

On y cite un vieux livre appelé livre des vers.

On y trouve le syllogisme et toute la manière de procéder des anciens Grecs.

« La première condition, pour bien gouverner, c'est de savoir mettre le bon ordre dans sa famille. »

Le morale du Ta-hio est aussi parfaite que celle des autres ouvrages de Koung-Feu-Tseu.

Il est précédé d'une préface composée l'an H 91 de notre ère par le docteur Tchou-Hi.

Dans cette préface on distingue, en dehors des disciples de Koung-Feu- Tseu, le secte des Tao-Ssé, qui eut, pour fondateur Lao-Tseu, adversaire du philosophe, et la se :te des boudhistes, fondée par Boudha, réforma-

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teur indien dont il sera question, et antérieur à Koung-Feu-Tseu d'à peu près 400 ans.

La doctrine des Tao-Ssé est qualifiée par l'auteur de doctrine du vide et de la non-entité ; et celle des boudhistes de doctrine du repos absolu et de l'extinction finale.

Celle de Koung-Feu-Tseu, qui tient le milieu, est celle de la raison pure. Observons ici que, malgré la vérité de cette observation et la belle morale du philosophe, ses livres ne sont pas de nature à faire avancer la civilisation. Ils laissent le peuple trop loin de la divinité ; ils le centralisent trop dans l'empereur.

Il ne suffit pas de dire que Dieu est la grande raison, la grande unité, le souverain Seigneur, le Ciel auguste, etc. Il faut encore, pour qu'un peuple marche, ne point tendre entre lui et cette grande raison le rideau d'un seul homme ; il faut le mettre en rapport direct et immédiat avec Dieu luimême ; c'est alors qu'il comprend ce qu'il est, qu'il entend ses affaires, et qu'ilserésume dans sa destinée. Voilà ce qu'a fait Jésus-Christ, et lui seul l'a fait.

Au reste, il est heureux que la civilisation chinoise soit là, depuis tant de siècles, en exemple de ce que peut opérer la droite raison. Elle prouve au monde qu'il lui faut deux bras pour aller à son terme, celui de la nature et celui de la grâce; qu'avec le premier seul il reste à moitié chemin.

Le Tchoung-Young ou l'invariabilité dans le milieu, recueil de maximes de Koung-Feu-Tseu, par Tseu- Ssé, son petit-fils et son disciple, est le deuxième livre classique.

Il est profond dans la science morale et n'offre rien à reprendre.

Il a pour but de montrer que la grande règle de la vie intellectuelle et morale consiste à éviter, en toute chose, de se jeter dans les extrêmes.

Il contient une foule de maximes belles comme celle-ci :

« Celui dont le cœur est droit et qui porte aux autres les mêmes sentiments qu'il a pour lui-même ne s'é-

carte pas de la loi morale du devoir présentée aux hommes par leur nature rationnelle. Il ne fait pas aux autres ce qu'il désire qui ne lui soit pas fait à lui-même. » (Ch. 13. f 3.)

On y rencontre des pensées très-philosophiques et très-élevées sur Dieu et la nature humaine.

« Le parfait est par lui-même parfait, absolu. »

« La loi du devoir estpar elle-même, loi du devoir. »

« Le parfait est le commencement et la lin de tous les êtres. »

« Sans le parfait les êtres ne seraient pas. »

« Il n'y a que l'homme qui soit capable de discerner le bien du mal. »

Le chap. 31 renferme de fort belles choses sur la sublimité de l'âme humaine. « Ses facultés, est-il dit, ses vertus puissantes l'égalent au ciel. »

Voici une phrase singulière : « Le prince sage est cent générations à attendre le saint homme , et il n'est pas sujet à nos erreurs ; il cherche la preuve de la vérité dans les esprits et les intelligences supérieures. »

Il n'est question, à toutes les pages de ce livre, que de la droite raison.

M. Abel Rémusat fait les réflexions suivantes sur le saint homme des cent générations dont il est parlé dans l'Invariable milieu :

Il cite une glose d'un auteur chinois portant « que le saint homme des cent générations (pëchi) est trèséloigné, et qu'il est difficile de se former, à son sujet, une idée nette; que, dans l'attente où il est du saint homme des cent générations, le sage se propose à lui-même une doctrine qu'il a sérieusement examinée ; et que, s'il parvient à ne commettre aucun péché contre cette doctrine, qui est celle des saints, il ne peut plus avoir de doute sur lui-même. » Et il ajoute : « Pë-chi, cent générations, est ici une expression indéfinie qui marque un long espace de temps. Mais un chi est l'espace de trente ans, cent chi font donc trois mille ans ; et, à l'époque ou vivait Confucius, il serait bien extraordinaire qu'il eût dit que le saint homme était attendu depuis

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trois mille ans. J'abandonne du reste aux réflexions du lecteur ce passage, qui, à ne le prendre même que. dans le sens ordinaire, prouve du moins que l'idée de la venue d'un, saint était répandue à la Chine dès le sixième siècle avant l'ère vulgaire. »

(Traduction Je l'Invariable mileu. p. 158.]

Le même orientaliste cite un traité de la religion musulmane écrit en chinois, dans lequel on litce morceau : « Le ministre phi consulta Confur dus, et lui dit : 0 maître, n'ètes-vous pas un saint homme ? Il répondit :

Quelque effort que je fasse, ma mémoire ne me rappelle personne qui soit digne de ce nom. Mais, reprit le ministre, les trois rois n'ont-iîs pas été des saints? Les trois rois, répondit Confucius, doués d'une excellente bonté, ont été remplis d'une prudence éclairée et d'une force invincible; mais moi, Kbiéou, je ne sais pas s'ils ont été des saints. Le ministre reprit ; Les cinq seigneurs n'ont-ils pas été des saints? Les cinq seigneurs, dit Confucius, doués d'une excellente bonté, ont fait usage d'une charité divine et d'une justice inaltérable ; mais, moi Kbiéou, je ne sais pas s'ils ont été des saints. Le ministre lui demanda encore : Les trois Augustes n'ont-ils pas été des saints ? Les trois Augustes, répondit Confucius, ont'pu faire usage de leur temps ; mais, moi, Kbiéou, j'ignore s'ils ont été des saints. Le ministre, saisi de surprise, lui dit enfin : S'il en est ainsi, quel est donc celui que l'on peut appeler saint ?

Confucius, ému, répondit pourtant avec douceur à cette question : Moi, Kbiéou, j'ai entendu dire que, dans les contrées occidentales, il y aurait un saint homme qui, sans exercer aucun acte de gouvernement, préviendrait les troubles; qui, sans parler, inspirerait une foi spontanée; qui, sans exécuter de changements, produirait naturellement un océan d'actions méritoires; aucun homme ne saurait dire son nom; mais, moi, Khiéou, j'ai entendu dire que c'était là le véritable saint. » If Invariable milieu de M. Rômusat : p. 144 nota.)

M. de Guignes dit que a c'était en Chine une ancienne croyance qu'à la.

religion desidoles, qui avait corrompu

la religion primitive,, succéderait la dernière religion, celle qui devait durer jusqu'à la destruction du monde. »

(Mémoire de l'Académie des Inscriptions, t, xlv p. 543.J

Ramsay affirme que « les livres de Liiyki parlent d'un temps où tout doit être rétabli dans la première splendeur par l'arrivée d'un héros nommé Kiuntsê, qui signifie pasteur et prince, à qui ils donnent aussi les noms de Trés-Saint, de Docteur Universel et de Vérité Souveraine. C'est, dit-il, le Mithxa des Perses, T'Orus.

des Egyptiens, et le Brahma des Indiens. Les livres chinois, poursuit-il, parlent même des souffrances et des combats de Kiuntsé.... II paraît que la source de toutes ces allégories est une très-ancienne tradition, commune à toutes les nations, que le dieu mitoyen,, à qui elles donnent toutes le nom de Soter ou Sauveur, ne détruirait les crimes qu'en souffrant luimême beaucoup de maux. » [Discours sur la mythologie p. 150.)

Enfin le livre intitulé : Morale de Confucius, dit, n° 196 que, « d'après ce philosophe, un saint devrait êtreenvoyé du ciel; qu'il saurait toute* choses, et qu'il aurait tout pouvoir an ciel et sur la terre. »

■ Le P. Intorcesta rapporte, dans sa vie de Confucius, que ce grand homme parlait d'un « saint qui existait ou qui devait exister dans l'Occident. ».

Sur quoi M. Abel Rémusat fait observer que « cette particularité ne se trouve ni dans les kings — nous ne l'y avons pas vue en effet — ni dans les tsé-chou, mais qne cette parole du philosophe chinois se trouve consignée dans le ssé-vven-Iouï-thsiu, ch.

33 ; dans le chan-thang-ssékhaofching-tsi, ch. 1er et dans le lieï-tsenthsio-nan-chou. » (L'invariable milieu., p.. 144.)

« D'après le décret de Xacca (c'est le Eo dont le peuple suit la doctrine dans la Chine, dans la Cochinchine»

au Tonquin, à Siain, au Japon, etc.f On croit qu'un Dieu sera l'auteur du salut des hommes, après qu'il aura satisfait au Dieu suprême pour les.

péchés des hommes. »

C'est Huet qui disait cela, il y a deux cents ans. Avant de donner" foi

entière à des traditions .de ce genre, il faut les bien constater ; sur celle-là les témoignages sont très-nombreux.

Le plus beau de tous les livres où est exposée la doctrine du philosophe est le Lun-Yu, ou les Entretiens philosophiques ,, troisième livre classique.

Il est divisé en deux parties, le Chang-lun et le Hia-Iun.

Voici la forme : « Le philosophe — c'est-à-dire Young-Feu-Tseu — dit...

Yéou-Tseu — ou un autre nom — dit » — Tous ces personnages secondaires sont autant de disciples du maître.

Il est encore parlé de sacrifices aux ancêtres et à des esprits, ainsi que du grand sacrifice royal incompréhensible.

« Si, le matin, vous entendez la voix de la raison céleste, le soir vous pourrez mourir. »

« La vertu ne restera pas comme une orpheline abandonnée ;, elle aura des voisins. »

La grande vertu du philosophe, celle qui est le résumé de toutes les autres, est exprimée par un mot qui correspond à l'humanité. Ce terme est à peu près synonyme, dans l'esprit des interlocuteurs, du mot sainteté chez les chrétiens.

On y trouve quelques traits satiriques :

« Je n'ai pas encore vu un homme qui ait pu s'apercevoir de ses défauts et qui s'en soit blâmé intérieurement. »

Le philosophe résume sa vertu de l'humanité, qu'il n'ose presque pas nommer par respect, dans ce principe:

i< Agir envers les autres comme nous voudrions qu'on agît envers nous-même — il n'y à rien au delà. »

« Ma doctrine est simple et facile à pénétrer, dit le philosophe — cela est certain, reprit un disciple — le philosophe étant parti, les autres disciples demandèrent ce que cela voulait dire — Thscng-Tseu répondit :

la doctrine de notre maître consiste uniquement à avoir la droiture du cœur et à aimer son prochain comme soi-même. »

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« Le philosophe dit : celui qui connaît les principes de la droite raison n'égale pas celui qui les aime. Celui qui les aime n'égale pas celui qui en fait ses délices et les met enpratique.» .

« Le philosophe pleure sur les vices ] des hommes qui ne se corrigent pas.»

Les esprits les plus ardents à dénigrer la philosophie la respecteront dans le philosophe Chinois, ne seraitce que par condescendance pour les liens de parenté qu'elle présente avec la charité évangélique, dont voici le portrait tracé par S. Paul.

« La charité est patiente; elle est douce, elle ne cherche à surpasser personne, elle n'agit point avec témérité, elle ne s'enfle point.

« Elle n'est point ambitieuse; elle ne suit point ses intérêts, elle ne s'irrite point; elle ne pense point le mal.

« Elle ne se réjouit point dans l'injustice; mais elle se plaît dans la vérité.

« Elle tolère tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. »

(Cor. xni, 4 et suiv.)

Ici le coup d'œil est plus assuré, le pas plus ferme, et le résumé plus rapide.

« Le philosophe n'a fait qu'étudier les anciens. »

« Le philosophe n'a rien de caché pour ses disciples. »

« Le philosophe ne peut parvenir à voir un saint homme. Tout ce qu'il peut c'est de voir un sage. »

« Le philosophe péchait à l'hameçon. »

« Le philosophe était malade. Il demande que ses disciples prient pour lui les esprits et les génies. On lui répond : cela convient, car il est dit dans le livre Lou'i : adressez vos prières aux esprits et aux génies d'en haut et d'en bas. »

« Le philosophe perdit son disciple Hoéi. Oh! qu'il aimait son disciple iloéi I Oh! nu il était sage, Hoéi !... Il était pauvre, Hoéi!... Le philosophe pleurait Hoéi, car il était mort jeune! »

« Le philosophe faisait des sacrifices. Il avait pour lui des jours d'abstinence. Alors il se mortifiait. »

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« Le philosophe ne mangeait jamais de primeurs. Il ne mangeait jamais sans offrir un peu de ses aliments en oblation ou sacrifice. »

« Le philosophe allait à la cour. Il dinait aussi dans les cabanes invité par ceux du village. »

« Le philosophe saluait toujours une personne en deuil ; pour la saluer il descendait de son attelage. »

« Le philosophe aime et vante le pauvre.... les richesses, c'est pour lui le nuage flottant qui passe. »

« Le philosophe dit : On connaît la dimension des angles d'un carré quand on en connaît un. Il en es1 ainsi des vertus. »

Koung-Feu-Tseu est représenté par ses disciples comme un homme parfait.

JVII

Voici une règle de conduite :

« Marcher droit sans faire attention aux autres, même aux anciens. »

Voici encore une définition de la vertu d'humanité : « Avoir un empire absolu sur soi-même, retourner aux lois primitives de la raison céleste manifestées dans les sages coutumes, dompter ses penchants, vaquer à la pratique des lois primitives. »

« La vie et la mort sont soumises à une loiimmuable fixée dès l'origine.

Richesses et honneur viennent aussi du Ciel. »

« Un grand dit : Que servent les ornements de l'éducation à. l'homme supérieur? Un disciple répond : Les ornements de l'éducation et le naturel sont une même chose. »

Il est question de sacrifices pour demander de la pluie. Mais tous ces sacrifices ne paraissent pas être permis au peuple ; c'est le prince qui les fait comme grand sacrificateur.

« L'homme supérieur hésite dans ce qu'il ne connaît pas bien. »

Rien n'est plus exact que cette observation. Le doute, toutes les fois qu'il n'y a pas connaissance certaine, est le caractère distinctif de l'homme supérieur par le cœur et par l'intelligence.

« Le philosophe dit : Si des hommes sages et vertueux gouvernaient cet état pendant sept années, ils pour-

raient dompter les hommes cruels el supprimer tous les supplices. »

Cette réflexion est admirable pai l'esprit qui l'inspire et elle prouve que le philosophe avait son franc parler.

« Le philosophe dit : Si je possédais le mandat du Ciel, il ne me faudrait pas plus d'une génération pour faire régner partout la vertu de l'humanité. »

Le philosophe trouvait donc ceux qui gouvernent bien sots ou bien coupables.

« Ce qui prouve en votre faveur, c'est l'amour des hommes vertueux et la haine de ceux qui ne le sont pas.»

On pourrait objecter que l'amour de tous prouve encore davantage ; mais l'objection prouverait qu'on n'aurait pas compris.

« Le philosophe ne veut pas du suicide. Il dit : Vous devez vivre poulie bien que vous avez à faire ; celui qui se tue ne pratique pas la vertu de l'humanité. »

C'est en parlant d'un grand ministre qui, s'il s'était donné la mort dans une occasion qui semblait l'y inviter, n'aurait pas civilisé son pays comme il le fit ensuite, que Koung- Feu-Tseu donne cette leçon.

Mohammed dit dans le Koran :

Rendez le mal pour le mal.

Jésus dit dans l'Evangile : Rendez le bien pour le mal.

Koung-Feu-Tseu, quand la même question se présente à son esprit, est embarrassé. Il prend un milieu. Il dit :

« Si l'on rend bienfait pour injure; avec quoi paiera-t-on le bienfait luimême? payez l'injure par l'équité; et le bienfait par le bienfait. »

Il y a en effet une différence entre l'équité pure et le bi< nfait. L'équité consiste à ne pas faire ce qui est mal ; le bienfait est un acte de charité que l'on ne doit pas.

Koung-Feu-Tseu, en résolvant ainsi laquestion, était dans la raison droite; Mohammed était dans l'erreur ; et l'Evangile est dans la perfection surnaturelle.

« Le philosophe dit : Je ne suis pas connu des hommes. Si quelqu'un me connaît, c'est le Ciel. »

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« Sois sévère envers toi-même et indulgent envers les autres. »

« Le philosophe dit : L'homme supérieur ne s'afllige pas d'être ignoré et méconnu des hommes. »

« Les hommes vertueux, qu'ils sont rares ! »

« Le mot chou signifie : faire aux autres ce que nous voulons qu'ils nous fassent. Le philosophe a répandu partout le mot chou. »

« Ne te fie pas au jugement de la foule. »

« Instruis tout le monde sans distinction de rang. »

Ce précepte laisse loin derrière lui certaines théories égyptiennes etgrecques : il rappelle l'Evangile.

Le Lun-yu, comme le Chou-king, donne d'excellentes règles de clémence aux empereurs, mais en les appelant les fils du Ciel et en exagérant le respect qui leur est dû.

Il donne, au reste, à penser que le philosophe était plus que hardi à l'égard des rois.

11 exalte l'importance des rites et de la musique. « Le philosophe dit : Ne donnez pas d'avis à un supérieur sans y avoir été invité. »

« Le livre des vers est propre à réunir les hommes dans une mutuelle harmonie. »

Il est probable que ce livre des vers était un poëme.

« Le philosophe dit : Les hommes aux paroles artificieuses et fleuries, aux manières engageantes, sont rarement doués de la vertu d'humanité. »

Rien de plus juste.

« On demande au philosophe de parler davantage. Il répond : Le ciel, comment parle-t-il?... Les quatre saisons suivent leurs cours ; les êtres de la nature reçoivent tour à tour l'existence. Comment le ciel parlet-il?.. »

H serait difficile d'imaginer plus de profondeur, de finesse et de poésie.

« Le philosophe chantait sur la gnitare. »

Lao-Tseu était son adversaire et professait d'autres doctrines . mais il n'en dit pas de mal.

» Un disciple dit : Les fautes de l'homme supérieur sont des éclipses de soleil »

On ne lit dans toutes les œuvres de Koung-Feu-tseu, soit rédigées par luimême, soit rédigées, sous ses yeux, par ses disciples, qu'un seul mot qui sente le fatalisme. C'est dans le Hia- Lun du Lun-Yu, c'est-à-dire le second livre des entretiens philosophiques ; voici ce mot.

« Le philosophe dit : Si la voie de la droite raison doit être suivie, c'est le décret du Ciel. Si elle est abandonnée, c'est le décret du Ciel. Comment arrêter les décrets du Ciel. »

Comme le philosophe enseigne , dans beaucoup d'autres passages, le dogme de la liberté morale dans l'homme, celui-ci peut s'entendre à peu près comme le dogme chrétien de la prédestination; reste ensuite à concilier, dans sa philosophie, comme dans notre théologie, l'influx de Dieu et sa prescience avec la liberté de nos volitions.

Passons au quatrième des livres classiques, à celui de Meng-Tseu, qu'on a latinisé en Mencius.

Meng-Tseu dit :

«DeYaoà Tching-Tang, cinq cents ans et plus ; de Tchin-ïang à Veu- Vang, cinq cents ans et plus ; de Veu-Vang àKoung-Tseu, (Koung-Feu- Tseu) cinq cents ans et plus ; de Koung-Tseu à moi, cent ans et plus. »

Le philosophe Meng-Tseu ou Moun- Tsê, était un admirateur de Koung- Feu-Tseu;il fit un livre, lequel porte son nom, où il développa la philosophie du maître sous forme d'entretiens avec des rois, des ministres ou ses disciples.

Ce livre, qui est le quatrième des livres classiques, n'a pas la même physionomie que les précédents ; il a une teinte plus moderne ; il est plus suivi, forme un ensemble plus symétrique. Ce sont les idées de Koung- Feu-Tseu exprimées d'une manière qui annonce un peuple plus avancé en littérature.

Les discours de Meng-Tseu au roi et aux ministres sont longs, et renferment des avis très-développés sur les moyens à prendre pour rendre le peuple heureux.

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Dans ce livre on cite beaucoup le Chou-king.

Il n'y est pas question explicitement d'une autre vie; mais on y remarque des choses qui en supposent l'existence.

Meng-Tseu appelle , comme Homère, les rois les pasteurs des hommes.

« Quand vous voyez des hommes morts de faim, vous dites: Ce n'est pas ma faute, c'est celle de la stérilité de la terre — c'est comme celui qui aurait tué un homme et qui dirait :

Ce n'est pas ma faute, c'est celle de mon épée. — Voilà ce que dit Meng- Tseu. »

a 11 dit encore : Y a-t-il de la différence entre tuer un homme avec une épée ou le tuer avec un. mauvais gouvernement? »

« Celui qui ne gouverne pas bien, c'est safaute, il suffit du bon vouloir. »

« Meng-Tseu est sévère contre les richesses , contre la fureur de la chasse et la passion du plaisir chez les rois. Les rois doivent passer leur temps à visiter l'empire et à s'occuper des sujets qui souffrent. »

« Le livre des vers dit : On peut être velu et puissant; mais il faut avoir de la compassion pour les malheureux , pour les veuves et pour les orphelins. »

« Le roi cite Vou-Vamg, sujet, qui avait mis à mort Chéou-Sin, dernier roi de la deuxième dynastie, et il ajoute : Un sujet a-t-il le droit de tuer son prince ? Meng-Tseu répond : Un voleur et un tyran sont des hommes isolés, réprouvés. Vou-Vang a mis à mort un isolé, un réprouvé nommé Chéou-Sin. Il m'a pas tué son prince, a

« Meng-Tsen dit : les princes sont les sujets des sages et des hommes éclairés. »

•« Meng-Tseu dit : L'intelligence est la partie la plus noble; l'esprit vital vient après ; il faut l'harmonie entre l'un et l'autre. »

■« Meng-Tseu dit : Il u'y a que le ciel qui soit grand, disait Koung-Tseu.

Il n'y a que Yao qui ait imité sa grandeur. »

« Faire de l'obéissance et de la sou-

mission sa règle de conduite est la loi de la femme mariée. »

Dans les livres chinois on ne parle du mariage qu'en y supposant un seul homme et une seule femme. Cependant Meng-Tsen semble dire qu'on pouvait avoir une deuxième femme.

La première est appelée la femme légitime et la seconde est appelée concubine ou femme du deuxième rang.

« Ne parlez pas, dit-il, à votre épouse de votre concubine. »

Meng-Tseu condamne et qualifie de méprisables les amants qui, avant le mariage, se voient à la dérobée.

« Meng-Tseu dit : Si l'on sait que ce que l'on pratique n'est pas conforme à la justice, il faut cesser incontinent. Pourquoi attendre à l'année prochaine ? » Il s'agissait, quand il écrivit ce précepte, d'un homme qui volait des poules.

Meng-Tseu, à l'imitation de Koung- Tseu, rappelait aux hommes les anciennes traditions.

« Koung-Tseu peut être nommé le grand ensemble de tons les sons musicaux qui concourent à former l'harmonie.»

« Il y aune destinée, disait Koung- Tseu. »

«Les saints hommes de l'antiquité avaient la même tendresse pour l'enfant au berceau et pour le premier venu. »

ce Meng-Tseu dit : Respectez le plus âgé. Servez, le premier, en versant le vin, le dernier du village, s'il est le plus âgé. »

« Selon Lao-Tseu, la nature, par elle-même n'est nibonne ni mauvaise; Meng-Tseu dit qu'elle est bonne et que, si on la suit, on sera bon. »

Cette phrase est remarquable; elle établit une ligne de démarcation entre la philosophie de Koung-Feu- Tseu et celle de Lao-Tseu, son adversaire, fondateur de la secte des Tao- Ssé.

Voici un principe fécond qui a été rendu par saint Augustin sous cette formule concise, la vertu est l'ordre dans l'amour, et qui est la base de toute philosophie morale :

« Tout le bien consiste à préférer ce qui est préférable. L'équité est préférable à la vie ; c'est pourquoi, dit

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Meng-Tseu, la mort serait -en face de moi que je ne lafuiraispasponr suivre l'iniquité. »

On remarquera, dans l'énoncé, la forme syllogistique laquelle est, en effet, inévitable dès que l'on parle ou que l'on écrit.

Voici la même idée sous d' autres expressions:

« Celui qui néglige ce qu'il y a de noble en lui pour soigner ce qu'il y a de vil (il s'agit de l'âme ef dn corps) est comme le jardinier qui néglige les arbres Ou et Kia pour le jujubier. »

« Bonne renomméevaut mieux que ceinture dorée. »

« Préférez les rites atout. »

Les rites étaient les modes d'adoration de la grande unité.

^ « Meng-Tseu dit: Le ciel est la source d'où la raison procède. Celui qui connaît la raison connaît le ciel. Celui qui alimente sa nature rationnelle se conforme aux intentions du ciel. »

« Sous Yao les eaux débordèrent de toutes parts. Ce furent les grandes et vastes eaux. »

« Le pbilosopbe dit : Si la tyrannie qu'exerce un prince est extrême, alors sa personne est mise à mort, et son royaume est détruit. Le peuple lui donne le surnom d'bébôté et de cruel. La postérité de l'hébété et du cruel fùt-elle sage, elle ne pourra changer ces noms imposés par la justioe populaire. »

« La base de l'empire est dans le royaume ; la base du royaume est dans la famille ; la base de la famille est dans la personne. »

La manière dont est formulé ce principe évident, que les théories communistes retournent à l'envers, prouve qu'alors la Chine était une fédération du royaume centralisée dans un empereur unique. Il y avait contradiction entre la maxime du philosophe et la constitution, sans que le philosophe parfit s'en douter.

« Obtenir le peuple, c'est obtenir l'empire. Un'ya pas d'autremoyen. »

Remarquez que, malgré sa théorie apparente du droit divin, le philo-

sophe, creusant la question soit dogmatiquement soit empiriquement, conclut toujours à la souveraineté du peuple.

« Chun aida Yao dans l'administration pendant vingt-huit ans ; cela ne fut pas le résultat de la puissance de l'homme, mais du Ciel. »

La Providence est partout invoquée dans la philosophie chinoise.

« Les intentions du Ciel pour la succession de l'empire se manifestent par le vœu populaire; et le vœu se produit sous trois formes, l'adhésion des vassaux, l'adhésion du peuple et l'adhésion des poètes. »

Il est à remarquer que les poètes 'ne soient pas oubliés dans les livres philosophiques d'où la poésie, avec le surnaturel, est le plus rigoureusement bannie.

« Meng-Tseu appelle les princes qui pressurent les peuples des voleurs de grands chemins. »

« Dès que les sages ont quitté les abords du prince, ceux dont le visage donne toujours un assentiment arrivent en foule. »

Diminuer les désirs est le moyen de faire croître en nous l'humanité. »

« Meng-Tseu attribue aux orphelins et aux enfants dont le père est inconnu plus de vertu qu'aux autres, parce qu'ils sont le fruit de leurs propres œuvres. »

Cela suffirait pour montrer combien Koung-Feu-Tseu et son école étaient au-dessus des préjugés .

Les livres de Koung-Feu-Tseu ont eu les honneurs de la persécution.

L'empereur Hi-Hoanti, deux cents ans après la mort du 'philosophe, en ordonna des auto-da-fé dans tout l'empire, et en aurait détruit, s'il avait pu, fous les exemplaires.

Les livres du philosophe chinois ressemblent beaucoup à ceux de nos livres sacrés qu'on a nommés les livres sapientiaux, aux proverbes de Salomon, au livre de la sagesse et à l'ecclésiastique.

Ceux-ci l'emportent sur les Kings en ce qu'ils sont exempts de toute apparence de superstition, ce dont

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Kormg-Fcu-Tseu, malgré sa prudence exirème, n'est pas tout à fait pur ; en ce qu'ils sont inspirés par une théologie dogmatique qui se montre sans cesse avec largeur et hardiesse; et en ce qu'ils se distinguent par une virilité, une énergie, un ton divin beaucoup plus propices au développement du beau que la grande modestie de Koung-Feu-Tseu.

Qu'on en juge par le début de l'ecclésiastique, dans lequel le mot sagesse doit être considéré comme le synonyme de celui clc droite raison, dont use le philosophe :

« Toute sagesse vient du Seigneur Dieu.

« Elle fut toujours avec lui.

« Elle est avant le temps .

« Qui a compté l'arène des mers, et les gouttes de la pluie, et les jours de la durée?

« Qui a mesuré la hauteur du ciel, la lalilude de la terre, et laprofondeur de l'abîme ?

« Qui a scruté la sagesse de Dieu, précédant toutes choses ?

« La sagesse a été créée la première des choses et la lumière de la prudence dès le pi'incipe.

« La source de la sagesse estle Verbe de Dieu dans les hauteurs, et ses voies sont les lois éternelles.

« La racine de la sagesse, à qui at-elle été révélée, et quia pénétré ses artifices ?

« La discipline de la sagesse, à qui a-t-elle été révélée et manifestée ?

Qui a compris la multiplicité de ses démarches?

« Le Très-Haut seul, créateur toutpuissant, roi fort, et redoutable, assis sur son trône, et Dieu dominateur.

« Lui-même l'a créée dans l'espritsaint, et il l'a vue, et il l'a nombrée, et il l'a mesurée, et il l'a répandue sur toutes ses œu vres, et sur toute chair, selon son choix, et il l'a donnée à ceux qui l'aiment, etc.. » (22cclésiastique, ch. 1.)

Les livres de Koung-Feu-Tseu sont malheureusement presque complètement ignorés du peuple chinois. C'est une des causes de l'état d'immobilité

dans lequel il dort depuis si longtemps, quoique la connaissance de ces livres ne fût pas de nature à l'aiguillonner beaucoup, parce que Dieu n'y joue pas un rôle assez frappant.

Il semble que la sagesse la plus pure est frappée elle-même de stérilité, quand elle ne nomme pas Dieu, et ne le montre pas aux yeux sous une forme visible.

Ce n'est pas que la Chine soit sans révolutions. Nulle part il n'y a eu plus de changements de dynasties; on en compte plus de vingt qui se sont succédé ; mais ses révolutions sont stériles, quant à l'état moral, social et religieux de la population. Elles se bornent à mettre sur le trône une famille nouvelle.

Il y a trois sectes religieuses dans l'empire chinois : celle d'Yu, ou de Koung-Feu-Tseu qui se compose des lettrés, celle de Fo ou de Bouddha (V. Bouddhisme) et celle de Tao, dont les partisans se nomment Tao-Tsé, et ont eu pour chef d'école le philosophe Lao-Tseu, quiétaitl'adversaire de Koung-Feu-Tseu. Le mot tao signilie raison ; ils se donnent donc pour rationalistes, mais c'est un singulier rationalisme que celui-là, comme on va le comprendre.

Les lettrés seraient des hommes respectables s'ils n'étaient que des disciples du grand philosophe dont nous venons de faire connaître la doctrine; mais ils sont mandarins, tyrans, font adorer les empereurs, pressurent le peuple, et ont réduit toute religion et toute philosophie à un système politique de compression.

Ils font des sacrifices au Ciel ; c'est dans ces sacrifices que consiste le culte public, officiel et orthodoxe.

Mais il paraît que, dans l'esprit de beaucoup, il s'agit directement du ciel matériel que Koung-Feu-Tseu payait malheureusement pas assez distingué de l'intelligence suprême qu'il qualifiait de ce nom. Cependant les lettrés doivent être classés parmi les monothéistes. Tant que le mandarinat ne sera pas aboli dans la Chine, il n'y aura ni révolution réelle ni progrès.

Ce que nous venons de dire ne

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s'applique pas à tous les mandarins ; il y en a quelques-uns qui comprennent leur maitre, mais très-peu, et cela vient de leurs vieux privilèges de richesse et de domination qui les matérialisent, quand ils n'en font pas des monstres.

Tout cela n'ôte rien au mérite du sage Koung-Feu-Tseu, mais arrache à tout esprit de bonne foi cette conclusion : Que sont les sages de ce monde près de notre Christ ?

La secte des Tao-Tsé est celle des plus ignorants ; ses apôtres sont des jongleurs et des magiciens qui vont par les villes et les villages raconter des historiettes, faire des enchantements, et de l'astrologie. Ils sont fatalistes, ne raisonnent point, et paraissent, malgré cela, oublier complètement la divinité. Quand le feu prend à une maison, ils ne l'éteignent pas, parce que « ce serait impossible. »

Leurs logis sont pleins de talismans, de ligures d'animaux, de combinaisons de lettres. Les chauves-souris sont pour eux des oiseaux de bon augure. Leur religion n'est qu'une nécromantie ; ils tirent l'horoscope de l'empire sur les astres immuables.

Enlin, comme cette secte est trèsrépandue, on peut dire que tout, en Chine, est ensorcelé.

On sait, au reste, que le peuple chinois a sa civilisation particulière.

Il a fait ses inventions peu à peu ; il possède encore beaucoup de secrets et de procédés que nous ignorons; il possédait une espèce d'imprimerie dès le x° siècle. Il avait la poudre et l'aiguille aimantée bien avant nous.

C'est la stéréotypie qui est sa passion. Ilyd,enChine,beaucoup délivres et ils sont assez lus. Le théâtre est le jeu favori ; on remarque dans les comédies des scènes pleines de naturel et de charme. Presque toutes les sciences y sont cultivées, mais à l'état de notions élémentaires imparfaites. Le système de construction des Chinois est très-solide. Us ont une classification des animaux qui ne ressemble àaucune des nôtres. Ils ontdes oiseaux de pèche qui vont chercher le gibier et le rapportent. L'esclavage existe en Chine, quoiqu'il n'en soit pas question dans Koung-Feu-Tseu. Le sol est

très-travaillé et très-cultivé, le pays très-salubre. Les Chinois méprisent tout ce qui leur vient d'ailleurs .

Puisse la révolution qui se fait en ce moment (1) dans cet immense empire, déplus de 37S millions d'hommes, disent les uns, de plus de 250 millions, disent les autres, être enfin une véritable révolution sociale, religieuse, morale, scientifique, politique, humanitaire, et en amener d'autres qui complètent son œuvre.

Le Nom.

CONGNET ( l'abbé Louis-Henri. ) (Thcol. hist. biog. etbibliog.) — Grammairien français , né à Soissons , en 1793, M. l'abbé Congnct, membre de la Société Asiatique et de l'Institut Historique, est l'auteur d'une nouvelle méthode pour apprendre la langue grecque, méthode qu'il a qualifiée d'enseignement positif. On peut citer de lui divers ouvrages adoptés dans les établissements religieux, tels que : Grammaire grecque comparée avec le latin, 3e édit., 1845 ; Lexique grec- français , 1846; Prosodie grecque, 1848; Cours de thèmes, corriges, exercices, traductions, etc. Le Noir.

CONGRÉGATION. L'on appelle ainsi à Rome une assemblée formée par des théologiens nommés consulteurs, et présidée par un ou plusieurs cardinaux, pour s'occuper de divers objets relatifs au gouvernement de l'Eglise. Quelques-unes sont établies pour toujours , d'autres seulement pour un temps. Il y a une congrégation du concile de Trente, destinée à résoudre les doutes qui pouvaient survenir sur le sens ou sur la manière d'exécuter les décrets de ce concile; elle subsiste encore ; une congrégation de auxiliis, chargée d'examiner si le système de Molina sur la grâce était orthodoxe ou hérétique. Voy. Mou-

NISME.

Il y a une congrégation des rites, pour juger si telle pratique introduite dans le culte est louable ou superstitieuse, pour permettre ou rejeter les offices ou les cérémonies que l'on veut

(I ) Il s'agissait, quand nous écrivions, du mouvement suscité par Fai-Pinzg-Vang, Le Nom.

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mettre en usage, pour procéder à la béatification et à la canonisation des saints. La congrégation de propaganda fide, s'occupe des missions et des missionnaires qui travaillent à la conversion des infidèles, etc. Voyez PRO- PAGANDE. BERGIER.

Voyez aussi, comme article supplémentaire au précédent qui est insuffisant, notre arlicle Cardinaux (congrégations de.) Le Noir.

CONGRÉGATION, société de prêtres séculiers, qui, sans faire de vœux, se sont réunis pour s'employer à des services d'utilité publique, tels que le soin des collèges et des séminaires, les missions de la ville ou de la campagne, etc. Les eudistes, les joséphites, les lazaristes, les oratoriens, 'ceux de Saint-Sulpice , etc., sont de ce nombre. L'utilité de ces congrégations est de rendre les établissements solides et les services plus constants, parce qu'elles ont toujours des sujets préparés pour remplir les places vacantes. Plusieurs ont été établies pendant le dernier siècle ; mais comme le goût du nôtre est de détruire, si l'on écoutait nos pbilosoplies politiques, on n'en laisserait peut-être subsister aucune. Bergier.

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