‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 24 sur 110 · CONGRÉGATION DE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

CONGRÉGATION DE RELIGIEUX

Lorsque le relâchement s'est glissé dans les ordres monastiques, un certain nombre de religieux, qui voulaient embrasser la réforme et revenir à la faveur du premier institut, se sont séparés des autres, ont formé entre eux une nouvelle association sous des supérieurs particuliers. Ainsi les bénédictins, les augustins, les chanoines réguliers, etc., se sont divisés en différentes- congrégations.

Bergier.

CONGRÉGATION DE PIÉTÉ. Dans plusieurs paroisses, soit de la ville, .soit de la campagne, l'on a formé des associations de différents âges et des ■deux sexes, des hommes, des femmes, des garçons, des iilles, pour leur faire pratiquer ensemble des exercices de piété, pour leur donner en particulier les avis et les instructions qui leur

conviennent, pour les engager à se surveiller les uns les autres. Cet arrangement donne aux pasteurs des facilités pour remplir leurs devoirs plus commodément, entretient dans ces différentes sociétés une émulation louable, et contribue beaucoup au bon ordre des paroisses. Ordinairement ces congrégations sont établies à l'honneur de la sainte Vierge.

Par la même raison, l'on a formé dans les collèges une congrégation des écoliers, et dans les couvents une congrégation des pensionnaires, pour les exciter à la piété. Comme un article essentiel de la foi chrétienne est la communion des saints, il est bon d'accoutumer de bonne heure les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe à en prendre l'esprit, afin de les prémunir contre le culte isolé et, pour ainsi dire, clandestin, que la plupart des chrétiens, surtout les grands, affectent pour leur commodité.

Bergier.

CONGRÉGATION DE NOTRE- DAME, ordre de religieuses institué par le B. Pierre Fourier, chanoine régulier de Saint-Augustin, curé de Mataincourt en Lorraine; c'est lui qui en a dressé les constitutions. Cet ordre a beaucoup de rapport à celui des ursulines, il a été établi dans le même temps, pour l'éducation des jeunes filles et pour l'instruction gratuite des enfants des pauvres. En 1515 et 1516, Paul V permit à la mère Alix et à ses compagnes de prendre l'habit religieux, d'ériger leurs maisons en monastères, et d'y vivre en clôture sous la règle de saint Augustin. Ces religieuses furent agrégées g l'ordre des chanoines réguliers de la congrégation de notre Sauveur, par une bulle d'Urbain VIII, l'an 1628.

Elles ont un grand nombre de monastères en Lorraine, dans quelques autres provinces de France, et en Allemagne. La feue reine Marie, princesse de Pologne, leur a fait bâtir à Versailles un superbe monastère dans lequel la communauté de Compiègne a été transférée et confirmée par lettres patentes du roi en 1772. Ces religieuses y remplissent leur destination, sous la protection de Mesdames,

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héritières de la piété de la reine leur mère. Bergier.

C0NGRUI5ME, système sur l'efficacité de la grâce, imagiuépar Suarez, Vasquez, et quelques autres, pour rectifier celui de Molina.

Voici la manière dont ces théologiens conçoivent la suite des décrets de Dieu. 1° De tous les ordres possibles des choses, Dieu a choisi librement celui qui existe et dans lequel nous nous trouvons. 2° Dans cet ordre, Dieu veut, d'une volonté antécédente, mais sincère, le salut de toutes ses créatures libres, sous condition qu'elles le voudront elles-mêmes, c'est-àdire, qu'elles correspondront aux secours qu'il leur donnera. 3° Il donne en effet à toutes, sans exception, des secours suffisants pour acquérir le bonheur éternel. 4° Avant même de donner ces grâces, il connaît par la science moyenne ce que ■chacune de ses créatures sera, quelle que soit la grâce qu'il lui donnera ; il voit quelle grâce sera congrue on incongrue, aura ou n'aura pas un rapport de convenance avec les dispositions de la volonté de chacune des créatures en particulier; par conséquent, quelle grâce sera efficace ou inefficace. 5° Par une volonté purement gratuite, par un décret absolu et efficace, il choisit un nombre de ses créatures , et leur donne par préférenee des grâces congrues, ou dont il a prévu l'efficacité.

6° Par la science de vision, il prévoit quelles seront les créatures qui mériteront d'être sauvées, et quelles sont celles qui mériteront d'être réprouvées. 7° En conséquence de leurs mérites ou de leurs démérites prévus, il décerne aux unes la récompense éternelle, aux autres les supplices de l'enfer.

Selon les partisans de ce système, l'homme aidé par une grâce congrue, ou qui a un rapport de 'convenance avec les dispositions de sa volonté, choisirainfailliblement,quoiquelibrement et sans nécessité, le meilleur ; l'effet de la grâce et le consentement de l'homme sont donc infaillibles, puisque la science moyenne, par laquelle Dieu les a prévus, est infaillible.

Lorsqu'on demande aux congruistes en quoi consistel'e/'/icac^é delà grâce, ils répondent : Si par efficacité l'on entend la force que la grâce a de mouvoir et de déterminer la volonté, elle vient de la grâce môme. Si l'on entend l'effet qui s'ensuivra, il partira de la volonté aidée par la grâce. Si l'on entend la connexion qu'il y a entre la grâce et le consentement de la volonté, elle vient de l'une et de l'autre. Si enfiu l'on entend l'infaillibilité de cette connexion, elle vient de la science moyenne, qui ne peut pas se tromper.

On demandera sans doute quelle différence il y a entre ce système et celui de Molina. Elle consiste : 1° en ce que Molina disait que l'efficacité de la grâce venait uniquement du consentement libre de la volonté, au lieu que, selon les congruistes, cette efficacité vient delà congruité de la grâce, par conséquent de la force et de la nature de cette grâce même. 2° Molina prétendait que le bon usage de la grâce, considéré comme l'effet de la volonté ou du libre arbitre de l'homme, n'était pas un effet du décret ou de la prédestination de Dieu ; les congruistes pensent que cette abstraction est fort inutile : Puisque la grâce, disent-ils, est donnée en vertu du décret de Dieu, et que le consentement de l'homme est principalement l'effet de la grâce, aussi bien que de la volonté ou du libre arbitre, il est clair que ce consentement vient au moins médiatcment du décret de Dieu. 3° Molina soutenait que l'homme, sans la grâce, peut faire une action moralement bonne, et un acte de foi naturel ; que, quoique ces actes ne soient point tels qu'il les faut pour la justification, et ne la méritent point, Dieu cependant y a égard, en considération des nffiérites de Jésus-Christ. Or, les congruistes pensent que cette doctrine se rapproche trop de celle de Pelage ; que puisque Dieu donne des grâces à tous, plus ou moins, il y a de la témérité à vouloir deviner ce que l'homme peut ou ne peut pas sans le secours de la grâce. Voyez Molixisme.

Seloni'opinionque nous soutenons, disent encore les congruistes, tout ce que saint Paul et saint Augustin en-

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seignent, touchant la grâce et son pouvoir sur l'homme, est exactement vrai. C'est Dieu qai opère en nous le vouloir et l'action; puisque sa grâce nous prévient, c'est elle qui nous excite au bien, qui donne à notre volonté une force qu'elle n'aurait pas sans ce secours, et qui coopère avec elle ; la grâce est donc cause efficiente du bien, non cause physique, mais cause morale. Quand l'homme fait le bien, ce n'est pas lui qui se discerne d'avec celui que ne le fait pas ; c'est Dieu qui, par pure bonté, discerne celui auquel il donne une grâce congrue, et par là même efficace, d'avec celui auquel il ne donne qu'un secours inefficace ; avec ce dernier secours , l'homme aurait pu faire le bien, mais il ne l'aurait pas fait. Il ne peut donc se glorifier de l'avoir fait, toute la gloire en est due à Dieu. La bonne œuvre n'est pas veuue de ce que l'homme a voulu et a couru, mais de la miséricorde de Dieu ; il a été prévenu, excité, soutenu par la grâce, sans l'avoir méritée, sans s'y être disposé par ses propres forces.

Dieu a prévu d'avance que l'homme consentirait à cette grâce, et en suivrait le mouvement; mais ce n'est pas cette prévision qui a déterminé Dieu à donner la-grâce, ni à donner telle grâce plutôt que telle autre ; il l'a donnée par pure miséricorde, parce qu'il lui a plu, et en considération des mérites de Jésus-Christ.

Cela ne se peut pas, répondent les adversaires des congruistcs ; nous ne concevons pas qu'une cause morale puisse avoir l'influence que vous prétendez. Tant pis pour vous, répliquent les congruistes ; nous ne concevons pas mieux comment une cause physique n'a pas une connexion nécessaire avec son effet, et ne détruit pas la liberté. Voilà où la question est réduite depuis deux cents ans, après des volumes entiers écrits de part et d'autre, et il y a bien de l'apparence qu'elle y est pour longtemps.

On pourrait peut-être la terminer, si Ton commençait par convenir de part et d'autre du sens qu'il faut donner au mot grâce congrue. Quelques théologiens distinguent deux sortes de congmités; l'une intrinsèque, c'est la

force même de la grâce, et son aptitude à incliner le consentement de la volonté ; cette congruitè, disent-ils , est l'efficacité de la grâce par ellemême; l'autre extrinsèque, c'est la convenance qu'il y a entre les dispositions actuelles de la volonté et la nature de la grâce. Cette dernière espèce de congruitè, ajoutent-ils, est la seule qu'admet Vasquez, et qui est la base de son système.

Si cela est vrai, Vasquez a mal raisonné, et celte distinction n'est pas juste. En effet, puisque la congruitè est un rapport de convenance, elle renferme nécessairement deux termes, savoir, telle nature et telle force dans la grâce, et telles dispositions dans la volonté ; l'analogie ou la convenance doit être mutuelle, autrement elle ne subsiste plus. Cela n'est pas difficile à démontrer. Avant de donner une grâce, Dieu voit qu'un sentiment ou un motif d'amour, de .reconnaissance, de désir des biens éternels, de confiance, est plus propre à toucher la volonté de tel homme, qu'un sentiment de crainte, de dégoût du crime, de honte, etc.; il voit que ce sentiment ne sera efficace qu'autant qu'il aura tel degré de force ou d'intensité. Si Dieu le donne tel qu'il le faut pour le moment, peut-on dire que la congruitè de cette grâce et son efficacité, viennent uniquement des dispositions dans lesquelles la volonté de cet homme se trouve? La grâce ne serait pas congrue, si elle inspirait un motif de crainte où il faut de la confiance, et si le sentiment qu'elle donne était trop faible. Or, une grâce de confiance n'est-elle pas essentiellement et par sa nature, différente d'une grâce de crainte? Une grâce forte n'estelle pas, aussi,différen te par elle-même d'une grâce faible? Il n'est donc pas vrai que la congruitè de la grâce vient uniquement ab extrinseco, descirconstances ou des dispositions dans lesquelles se trouve la volonté de l'homme à qui elle est donnée. Il n'est guère probable que Vasquez ait commis cette faute de logique.

Lacongruitè bien entendue renferme donc essentiellement trois choses :

1° telle nature dans la grâce ; 2° telles dispositions dans la volonté ; 3° la cou-

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naissance infaillible que Dieu a de l'effet qui s'ensuivra. Si on laisse de côté l'une de ces pièces, on pèche par le principe.

Cela supposé, dira-t-on, qui empêche les congruistes de dire, comme leurs adversaires, que la grâce est efficace par elle-même et par sa propre nature, puisque sa congruité est une conséquence de sa nature? C'est que, pour admettre la grâce efficace par elle-même, il faut l'envisager comme cause physique de l'action qui s'ensuit; et conséquemment , selon les congruistes, il faut admettre entre la grâce et l'action une connexion nécessaire ; au lieu qu'ils ne reconnaissent dans la grâce qu'une causalité morale, et n'admettent entre la grâce et l'action qu'une connexion contingente. Voyez Grâce, § 4.

Le ternie de grâce congrue est emprunté de saint Augustin, 1. i , ad Simplieiun. q. 2, n° 13, ou le saint docteur dit ; llli electi, qui congruenter vocati, cujus miseretur (Deus,) sic eumvocat, quomodo sait ei congruere, ut vocantem non respuat.

Quelques littérateurs, qui ont voulu parler de théologie sans y/ien entendre, ont dit qu'il est difficile d'assigner la différence entre le système des congruistes et celui des semi-pélagiens. Cette différence n'est cependant pas fort difficile à saisir. Selon les semi-pélagiens, le consentement futur de la volonté à la grâce, consentement que Dieu prévoit, est le motif qui le détermine à donner la grâce ; d'où il s'ensuit que la grâce n'est pas gratuite. Selon les congruistes, au [contraire, ce prétendu motif est non seulement faux, mais absurde. En effet, en même temps que Dieu prévoit que l'homme consentira àtellegrâce, s'il la lui donne, il prévoit aussi que l'homme résistera à telle autre grâce qui lui serait donnée. Si le consentement, prévu pour la première, était un motif de la donner, la résistance, prévue pour la seconde, serait aussi un motif de ne donner ni l'une ni l'autre ; ce qui est absurde. Donc le choix que Dieu fait dedonner une grâce congrue, plutôt qu'une grâce incongrue, est absolument libre et gratuit de la part de

Dieu, c'est un effet de bonté pure, et Molina lui-même le soutenait aussi.

Si les adversaires des congruistes ont souvent mal conçu ou mal exposé leur système, ce n'est pas au dernier qu'il faut s'en prendre, mais peutêtre eux-mêmes ne se sont-ils pas toujours exprimés avec toute la précision nécessaire. Bergier.

CONGRUITÉ. Les théologiens admettent une espèce de mérite de congruité, de congruo, par opposition au mérite de condignité, de eondigno.

Voyez Condignité. Bergier.

CONJURATION, exorcismes, paroles et cérémonie par lesquelles on chasse les démons. Dans l'Eglise romaine, pour faire sortir le démon du corps des possédés, l'on emploie certaines formules ou exorcismes, des aspersions d'eau bénite, des prières et des cérémonies instituées à ce dessein. Voy. Exorcisme.

Entre conjuration et sortilège, ou magie, it y a cette différence, que dans la conjuration l'on agit au nom de Dieu, par des prières, par l'invocation des saints, pour forcer le démonà obéir; le ministre de l'Eglise commande au démon au nom de Dieu; dans le sortilège, au contraire, et dans la magie, on prie le démon luimême ; on suppose qu'il agira en vertu d'un pacte fait avec lui, qu'il s'entendra avec le sorcier pour faire ce que celui-ci désire.

L'un et l'autre sont encore différents des enchantements et des maléfices; dans ces derniers, sans s'adresser directement au démon, l'on suppose qu'il agira en vertu de telles paroles, de tels caractères, dételles pratiques, qui ont la force de le faire agir. Voyez Magie, Enchantement, etc.

Bergier.

CONONITES, hérétiques du sixième siècle qui suivaient les opinions d'un certain Conon, évêque de Tarse ; ses erreurs sur la sainte Trinité étaient les mêmes que celle des trithéistes ou trithéites. Il disputait contre Jean Philoponus, autre sectaire, pour savoir si, à la résurrection des corps, Dieu en rétablirait tout à la fois la

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matière et la forme, ou seulement l'une des deux; Conon soutenait que le corps ne perdait jamais sa fotme, que la matière seule aurait besoin d'être rétablie : ou cet. hérétique s'expliquait mal,ou iL enseignait une absurdité. Bekgier.

CONSANGUINITÉ ou PARENTÉ.

Voy. Mariage.

CONSCIENCE, jugement que nous portons nous-mêmes sue nos obligations morales,, sur la bonté ou la méchanceté de nos actions, soit avant de les faire, soit après les avoir faites. « Dans toutes vos œuvres, dit » l'Ecclésiastique, écoutez votre âme » et soyez-lui fidèle ; c'est ainsi que » l'on observe les commandements » de Dieu. » Eccli., cap. 32, y 27.

C'est par ce sentiment intérieur que Dieu nous intime sa loi, nous fait connaître nos devoirs, nous reproche nos fautes.

Lorsque nous ne sommes aveuglés par aucun intérêt, par aucune passion, ordinairement notre conscience est droite ; mais un vif intérêt, une passion violente, des préjugés ou des habitudes contractées depuis longtemps, rendent souvent la conscience erronée et fausse.

Saint Paul, lom., c. 14, f 23, dit:

<t Tout ce qui n'est pas selon la foi » est un péché. » Il est clair que par la /foi, saint Paul entend le jugement de la conscience ; qu'ainsi nous sommes obligés de suivre, dans nos actions, le dictamen de notre conscience, de fane ce qu'elle nous prescrit, d'éviter ce qu'elle nous défend, mais il y a sur ce sujet plusieurs observations à faire.

Bayle, dans son Commentaire philosophique, 2e part.,, ch. 8, 9 et 10, a rassemblé un bon nombre de sophismes, pour prouver que la conscience erronée et fausse nous impose la même obligation que la conscience droite; que nous. devons également suivre le jugement de' l'une et de l'autre. Ce principe est faux, parce qu'il est trop gènôrail; Bayle luimême a été forcé d'y mettre plusieurs restrictions.

Après avoir décidé que l'obligation

est la même, soit que la conscience nous trompe en matière de droit ou en matière de fait, il ajoute, pourvu que l'erreur soit absolument innocente et ne vienne d'aucune passion criminelle. Quand on lui objecte qu'il s-' ensuivrait, de son principe, que les magistrats ne peuvent légitimement punir un malfaiteur qui a jugé qu'il lui était permis de voler ou de commettre un meurtre dans telle ou telle occasion, ni un athée qui dogmatise, ni un insensé qui enseignerait que la prostitution, l'adultère, ne sont pas des crimes, dès qu'il se l'est persuadé ; Bayle répond que ces conséquences sont fausses : 1° parce qu'il ne peut point y avoir d'erreur innocente sur des points de morale aussi clairs que ceux-là ; 2° parce que, si un malfaiteur a négligé de s'instruire de ce que l'on doit faire ou éviter, il sera punissable pour avoir suivi une tausse conscience; 3° parce que les magistrats sont obligés de punir tout malfaiteur qui trouble la société, sans s'embarasser de savoir si sa conscience a été vraie ou fausse, droite ou erronée.

De même, avoir dit que, quand Dieu nous ordonne de suivre la vérité, cela doit s'entendre de ce qui nous, paraît vrai, de la vérité appaparente et putative, aussi bien que de la vérité absolue, il ajoute, pourvu toutefois que l'on ait aj^porté toute la diligence nécessaire pour ne s'y tromper pas, et sauf 5, voir quelle est la cause qui fait que le mensonge paraît quelquefois la vérité.

Enfin, après s'être objecté que, si son principe général est vrai, il excuse les persécuteurs qui suivent les mouvements de leur conscience ; il convient d'abord de cette conséquence, ensuite il la rétracte, en disant qu'il ne s'ensuit pas que l'on fasse sans crime ce que l'on fait selon sa conscience ; qu'un droit peut être mal acquis, et que l'on peut en abuser en le poussant à l'excès. Il n'est pas possible de se contredire d'une manière plus frappante.

Barbeyrac, qui a répété la plupart des sophismes do Bayle, Morale des Pères, ch. 12, § 55, a poussé l'entêtement encore plus loin : « Que l'erreur

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» d'un homme, dit-il, soit vineible » ou invincible, il aurait toujours » péché en ne la suivant pas, tant » qu'il en serait prévenu. » Suivant cette décision, voilà tous les malfaiteurs dont nous venons de parler pleinement justifiés, et c'est ainsique Barbeyrae corrige les erreurs de la morale des Pères de l'Eglise.

Il est évident, par les aveux de Bayle lui-même , que pour qu'une fausse conscience nous excuse devant Dieu, il faut : 1° que nous n'ayons rien négligé pour nous instruire, et que l'erreur dans laquelle nous sommes soit invincible ; 2° que cette erreur ne vienne d'aucun motif blâmable, d'aucune passion criminelle, d'aucun préjugé opiniâtre -, 3° que, quant à ce qui regarde les hommes, tout crime qui trouble la société est digne de châtiment et doit être puni, quelle qu'ait été la conscience de celui qui l'a commis de propos délibéré.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est . que ces deux auteurs ont touIu faire usage de leur principe pour prouver que les hérétiques ont droit de suivre et de professer leurs erreurs, dès qu'elles leur paraissent être la vérité ; que l'on pèche contre la justice quand on emploie la force pour les réprimer ; que vouloir les faire changer de religion, c'est les forcer d'agir contre leur conscience, leur oter tout respect.pour la vérité et la vertu, les précipiter dans le pyrrhonisme en fait de morale, dans l'athéisme et dans le libertinage, etc.

Mais, selon les réflexions évidentes que nous venons de faire, avant de décider que les hérétiques peuvent et doivent, en conscience, professer leurs opinions, et que l'on a tort de les gêner, il faut commencer par prouver que leur erreur est involontaire et invincible, qu'ifs n'ont rien négligé pour s'instruire, qu'ils ont cherché la vérité de bonne foi, qu'ils n'ont été poussés par aucune passion, ni par aucun motif suspect. 11 faut démontrer que, dans leur doctrine, il n'y a rien qui puisse inquiéter le gouvernement, et dans leur conduite, rien de contraire au repos et au bon ordre de la société. Il faut être assuré qu'ils ne porteront pas trop loin leurs pré-

tentions, qu'ils n'abuseront point de la tolérance qu'on leur accordera, qu'ils l'observeront eux-mêmes à l'égard des autres. Si quelqu'une de ces conditions manque, toutes les belles dissertations faites en faveur des hérétiques portent à faux, et ne sont que du verbiage.

Il n'est pas vrai qu'en les forçant à se laisser instruire, en les oblige d'agir contre leur conscience; on les contraint seulement à l'éclairer et à la- réformer ; le refus qu'ils en font n'est pas délicatesse de conscience, mais opiniâtreté pure : ce qui le démontre, c'est qu'ils ne sont pas scrupuleux sur les moyens d'écarter l'instruction et de se débarrasser des missionnaires. On ne les oblige donc point à fouler aux pieds- la vérité et la vertu, mais à chercher la vérité et à respecter la vertu. Il est singulier quelles hérétiques et leurs apologistes ne connaissent point de plus grande vertu que l'obstination malicieuse.

Comme, dans toute cette discussion, il est principalement question des calvinistes, nous verrons en son lieu de quelle manière ils ont formé leur conscience, par quels motifs ils ont embrassé ce qu'ils nomment la vérité, de quels moyens ils se sont servis pour la propager, le cas qu'ils ont fait des instructions et des voies de douceur, comment ils ont observé la tolérance eux, etc.

Ceux de nos incrédules modernes, qui ont voulu forger une morale indépendante de toute notion de Dieu, ont aussi raisonné sur la conscience a à leur manière. « La conscience, dit » l'un d'entre eux, est dans l'homme » la connaissance des effets que ses » actions produiront sur les autres.

» Pour le superstitieux (c'est-à-dire » pour celui qui croit un Dieu), c'est » la connaissance qu'il croit avoir des » effets que ses actions produiront » sur la Divinité : mais comme il n'a » que des idées fausses, sa conscience » erronée lui permet souvent de faire » le mal, d'être intolérant, persécu- » teur, cruel, turbulent, insociable.

» La conscience ne nous reproche, » pour l'ordinaire, que les choses » que nous voyons désapprouvées

qu'ils exigeaient pour

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» par nos semblables; nous n'éprou- » vons de la honte et des remords » que pour les actions que nous » croyons devoir paraître ridicules, » méprisables ou punissables aux » yeux des hommes.... Quand l'o- » pinion publique est viciée, nous fi- » nissons par tirer gloire du vice et » de l'infamie ; les homnes craignent » plus les yeux de leurs semblables » que les regards de la Divinité. »

Système social, lro part., chap. 13..

De cette belle théorie, il s'ensuit :

1° que la conscience d'un athée n'a point d'autre règle que le jugement des autres hommes; que quand un vice quelconque cesse d'être blâmé et puni, il le commet sans honte et sans remords. Où sont donc les prétendues notions de bien et de mal moral, de vice et de vertu, que quelques spéculateurs ont soutenu être immuables, indépendantes de toute loi divine et humaine"? 2° Que quand un athée ose professer sa doctrine, il est assuré qu'elle ne paraîtra ni blâmable, ni punissable aux yeux des hommes; autrement c'est un forcené qui agit contre sa conscience. 3° Que, dans le secret, et loin des yeux des hommes, un atbée peut en conscience commettre tel crime qu'il lui plaira.

4° L'auteur contredit sa propre doctrine, par l'exemple de tous ceux qu'il nomme superstitieux, puisqu'ils craignent plus les yeux de la Divinité que ceux des hommes. Combien d'hommes ne peut-on pas citer d'ailleurs qui ont mieux aimé souffrir le mépris, l'ignominie, les tourments et la mort, que de faire une action contraire à la loi de Dieu et à leur conscience ? Ils ne faisaient donc aucun cas du jugement des hommes, ils le bravaient pour suivre le jugement de leur conscience; 5° Combien de fois les malfaiteurs eux-mêmes ne sont-ils pas convenus qu'ils résistaient à la voix de leur conscience, en commettant des crimes pour lesquels ils savaient bien qu'ils n'avaient rien à redouter de la part des hommes? 6° Au milieu même des mœurs les plus corrompues, que l'on demande à un homme si telle action, qu'il s'est peut-être permise plus d'une fois, est bonne ou mauvaise, il décidera sans hésiter que

c'est un crime ; il condamnera ainsi tout à la fois et le jugement de ses semblables, et sa propre conduite. Il y a donc une autre règle de conscience que le jugement des hommes, et nous soutenons que c'est la loi de Dieu qu'il a lui-même gravée dans tous les cœurs, mais qui est souvent obscurcie parla stupidité, par les passions, par une mauvaise éducation, par la corruption des mœurs publiques.

Les remords de la conscience sont une grâce que Dieu fait au pécheur pour l'exciter à la pénitence. Le premier homme en fit l'expérience immédiatement après son péché ; il s'aperçut de sa nudité, se cacha, n'osa plus paraître aux yeux de son Créateur. Dieu dit à Caïn, lorsqu'il méditait un crime : « Si tu fais bien, n'en » recevras-tu pas le salaire? Si tu fais » mal, ton péché s'élèvera contre » toi. » Gen., c. 4, f 7. David dit en gémissant : « La vue de mes péchés » ne me laisse point de repos. » Ps.

37, $ 4. Un malfaiteur, qui serait parvenu à ne plus sentir de remords, serait un monstre redoutable.

Bergier.

CONSCIENCE (Liberté de). On a étrangement abusé de ce terme dans le siècle passé et dans celui-ci. Si ceux qui la réclamaient n'avaient demandé que la liberté de croire ou de ne pas croire ce qu'ils jugeaient à propos, cette demande aurait été absurde ; personne, dans ce sens, ne peut forcer la conscience d'un autre. Mais, sous le nom de liberté de conscience, les protestants voulaient la liberté de professer publiquement, et d'exercer avec tout l'éclat possible une religioi différente de la religion dominante, de s'emparer des églises, d'en banniï les catholiques, de chasser et d'exterminer les prêtres; c'est ce qu'ils ont fait dans tous les lieux où ils ont été les maîtres. Aujourd'hui les incrédules, en prêchant la tolérance, en soutenant que l'on ne doit forcer la conscience de personne, prétendent qu'il leur est permis de déclamer et d'écrire contre la religion, d'insulter impunément ceux qui sont chargés de l'enseigner; c'est ce qu'ils ont fait dans tous leurs livres.

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Pour fortifier leurs prétentions, ils ont fait cause commune avec les protestants, ils ont renouvelé leurs plaintes et leurs anciennes calomnies. Pourquoi ne pas appeler encore à leur secours les juifs, les turcs et les païens? Ceux-ci, sans doute, ont aussi une conscience, par conséquent le droit incontestable de venir prêcher et professer leur religion parmi nous.

Lorsque les premiers chrétiens demandaient aux empereurs païens la liberté de conscience, ils étaient plus modestes ; ils demandaient de ne pas être tramés aux pieds des autels pour offrir de l'encens aux idoles, de ne pas être envoyés au supplice pour le nom seul de chrétiens. On peut s'en convaincre par les Apologies de saint Justin et de Tertullien. Ce dernier dit que c'est une impiété de contraindre la religion et de forcer un homme d'adorer un dieu qu'il ne veut pas.

Apolog., c. 24. Nous ne voyons pas quel avantage l'on peut tirer de là en faveur de la prétention des protestants et des incrédules.

Les premiers chrétiens, livrés aux supplices dès leur naissance, n'ont point pris les armes pour obtenir par force la liberté de conscience; ils ne sont entrés dans aucune des conjurations formées contre la vie ou contre l'autorité des empereurs; ils n'ont point tenté de se saisir de leur personne, afin de leur donner des chrétiens pour ministres et pour conseillers. Ils n'ont point mis à leur tête des grands de l'empire, ambitieux et mécontents; ils n'ont point cherché à se procurer de l'influence dans les affaires de politique et de gouvernement; ils n'ont point publié d'écrits séditieux contre le prince ni contre les magistrats; ils auraient pu cependant alléguer d'aussi fortes raisons, pour le moins, que les calvinistes.

Lorsque Constantin et Licinius, tous deux païens, eurent donné un édit de tolérance, les chrétiens ne s'avisèrent point de demander des villes de sûreté, ni de s'en emparer pour y mettre garnison de soldats chrétiens, ni des chambres mi-parties dans les tribunaux; jamais ils n'ont eu l'insolence de traiter avec leur souverain comme d'égal à égal ; jamais

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ils n'ont adressé aux empereurs ni aux magistrats des mémoires menaçants, des plaintes contre les abus du gouvernement, des insultes contre l'ancienne religion, afin d'en faire défendre l'exercice.

Devenus les maîtres par la conversion des empereurs, ils n'ont pas pillé, démoli, brûlé les temples des païens, de leur propre autorité ; à peine peuton en citer un ou deux exemples; ils n'ont point massacré les prêtres des idoles, forcé les païens à fréquenter les assemblées chrétiennes et à se faire baptiser. Ils ne les ont point chassés des villes, ni dépouillés de leurs biens; ils ne se sont pas emparés par violence des fonds ni des édifices qui avaient appartenu aux idolâtres.

Julien, après avoir renoncé au Christianisme, rendit de nouveau le paganisme dominant; cependant les chrétiens ne lui présentèrent pas des mémoires, dans le style de ceux que les calvinistes adressèrent à Henri IV, après sa conversion; ils ne cherchèrent point à l'intimider par des menaces; ils ne tentèrent point de s'allier avec des princes étrangers; ils n'introduisirent point de troupes ennemies dans l'empire ; ils ne s'emparèrent point des revenus du fisc pour les soudoyer. Ils ne livrèrent aux Perses aucune des places frontières, ils ne formèrent point le projet d'établir une république dans le sein de la monarchie; les soldats chrétiens continuèrent à servir dans les armées romaines avecautant de fidélité qu'auparavant. Aucun décret des conciles n'a jamais enjoint ni permis aux chrétiens d'avoir recours à la force et aux voies de fait, sous prétexte de se faire rendre justice ; aussi, n'ont-ils jamais eu besoin d'édits d'abolition, d'amnistie, ni de pardon de leurs révoltes passées.

Il en fut de même, lorsque quelques empereurs se déclarèrent protecteurs de l'arianisme. Plusieurs évèques catholiques furent dépossédés, exilés, emprisonnés, tourmentés, mais aucun ne prêcha la révolte à ses ouailles; plusieurs refusèrent de livrer de gré h gré des églises aux ariens, mais ils ne formèrent aucun

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attentat contre l'autorité civile. Les peuples ne furent pas moins soumis aux nouveaux conquérants barbares, qu'ils ne l'avaient été à leurs anciens maîtres. Dans les siècles suivants, les missionnaires, qui sont allés prêcher le Christianisme chez les infidèles, l'ont établi par l'instruction, par la persuasion, par l'ascendant de leurs vertus, et non par la violence ; les protestants ont fait de vains efforts pour noircir le zèle et les travaux de ces hommes apostoliques.

Les excès contraires des calvinistes sont consignés non-seulement dans notre histoire, mais dans les fastes des nations qui nous environnent; ils ont été les mêmes en France, en Suisse, en Hollande, en Angleterre et en Ecosse. Nulle part ils ne se sont établis sans répandre du sang ; c'était l'esprit du fondateur de leur secte; tous les crimes qu'ils se sont permis ont été justifiés et consacrés par les décrets de leurs synodes, et par les écrits de leurs théologiens. Bergiek.

CONSCIENCE (liberté de), (thêol.

mixt. philos, et thêol. social.) — Y. liberté DE CONSCIENCE.

CONSCIENTIAÏRES ou CONSCIEN- TIARII, {Théol. hist. sect,). — M. Héfélé explique en peu de mots, comme il suit, ce qui concerne cette secte de libres-penseurs protestants du xviie siècle, dont le fondateur et le chef fut Matthias Knutsen, dit aussi Knutzen, d'Oldensworth ville du Schleswig.

« Kuntsen, candidat de théologie, vint en 1C74 à Iéna , s'entom-a de quelques étudiants libertins couime lui, et répandit à profusion des manuscrits impies dans lesquels il niait l'existence de Dieu, l'autorité de la Bible, la différence entre le mariage et la prostitution, et ne reconnaissait, en place de la sainte Écriture et de l'autorité, que la raison propre, la conscience personnelle, comme norme de la pensée et de la vie. Le ciel et l'enfer, disait-il, ne sont que des rêves : le ciel est la bonne conscience de^ ceux qui sont en paix avec euxmêmes, l'enfer est la conscience troublée.

^ « De là leur nom de Conscientiarii- Knutsen se vantait, d'après cela, d'avoir des partisans partout, dans toutes les capitales et toutes les universités d'Europe, à Rome comme à Paris; il prétendait en avoir 700 à Iéna, ce qui valut une triste réputation à cette haute école.

« Une instruction exacte démontra qu'il n'y avait que peu d'étudiants à Iéna qui fussent tombés aussi bas, et le professeur de théologie Dr Jean Musœus écrivit en 1674 son livre : Réfutation de la calomnie d'après laquelle il serait né dans la résidence princière d'Iéna une nouvelle secte dite des Conscientarii.

« Onn'entendit plus parler, au bout d'un certain temps, de Knutsen et de ses adhérents. » Le Noir.

CONSÉCRATION, action par laquelle on destine au culte de Dieu une chose commune ou profane, par des prières, des cérémonies, des bénédictions. C'est le contraire du sacrilège et de la profanation, qui consiste à employer à des usages profanes une chose qui était consacrée au culte de Dieu.

La coutume de consacrer à Dieu les hommes destinés à son service, leslieux, les vases, les instruments qui doivent servir à son culte, est de la plus haute antiquité. Dieu l'avait ordonné dans l'ancienne loi, et en avait prescrit les cérémonies.

Dans la loi nouvelle, lorsque ces consécrations regardent les hommes, et se font par un sacrement, on lesappelle ordinations ; mais on nomme sacre l'ordination des évèques et l'onction des rois. Quand elles se font seulement par une cérémonie instituée par l'Eglise, ce sont des bénédictions ; la consécration des temples et des autels est appelée dédicace ; celleci est la plus solennelle et la plus longue des cérémonies ecclésiastiques ; nous en parlerons au mot Eglise.

Un incrédule anglais, qui a fait un livre d'invectives contre le clergé, a tourné en ridicule les consécrations qui se font dans l'Eglise romaine ; il les regarde comme des superstitions, des impostures, des fraudes pieuses

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du clergé catholique. Il demande qui a chargé les prêtres de faire toutes ces belles choses ; s'il y a dans le Nouveau Testament un seul passage qui nous apprenne qu'un être inanimé ou un lieu est plus saint qu'un autre, qu'un homme peut le rendre sacré ou lui communiquer une sainteté qu'il n'a pas lui-même.

Nous n'aurons pas beaucoup de peine à le satisfaire. Indépendamment des passages de l'Ancien Testament, dans lesquels Dieu avait ordonné de consacrer par des cérémonies le tabernacle, les autels, les vases destinés à son culte, les prêtres mêmes, leurs mains et leurs habits, et de ceux où toutes ces choses sont appelées saintes, sacrées, sanctuaire, etc., le Nouveau Testament nous en fournit assez d'autres. Dans saint Matthieu, c. 7, f 6, Jésus-Christ dit : « Ne donnez point les choses saintes » aux chiens . » Il est question là de choses inanimées. Ch. 23, ^ 17, il demande aux pharisiens, lequel est le plus grand, l'or offert clans le temple, ou le ternple-qui sa7ictifie\'or; le don placé sur l'aulel, ou l'autei qui sanctifie le don. Les pharisiens auraient donc pu demander à leur tour, comme l'auteur anglais, de quelle sainteté étaient susceptibles l'or et les offrandes présentés dans le temple. Dans ce même Evangile, c. 27, ji 53; dans l'Apocalypse aussi bien que dans les livres de l'Ancien Testament, Jérusalem est appelée la cité sainte. Saint Pierre, IL Petr., c. 1 , y 13. parlant de la montagne sur laquelle arriva la transfiguration du Sauveur, lanomme lamcntagnc sainte.

Saint Paul, I. Tim. , c. 4, f 4, dit que les aliments des lidéles sont sanctifiés par la parole de Dieu et par la prière. Il appelle les chrétiens en général les saints, non-seulement à cause de leurs vertus, mais à cause de leurs consécration faite à Dieu par le baptême; il les avertit que leurs corps mêmes et leurs membres sont les temples du Saint-Esprit. I Cor., c. 6.

Nous n'avons pas besoin des leçons du critique anglais pour savoir que saint, sacré, sanctifié, 'etc. , sont des termes équivoques. Dieu est saint,

parce qu'il défend et punit toute espèce de mauvaise action, qu'il commande et récompense tout acte de vertu, qu'il exigeun cultepur, sincère, exempt d'indécence, de superstition et d'hypocrisie. Un homme est saint, non-seulement lorsqu'il aime Dieu et pratique la vertu constamment, mais encore lorsqu'il est dévoué, consacré, destiné particulièrement au culte de Dieu . C'est dans ce sens qu'il est dit : » Tout enfant mâle premier- » né sera consacré au Seigneur. » Et cette expression est appliquée à Jésus- Christ lui-même, Luc. , c. 2, f 23.

Lorsqu'il dit à son Père, en parlant de ses disciples, Joan., c. 17, f 19 : « Je me sanctifie pour eux, afin » qu'ils soient aussi sanctifiés en vé- » rite, » cela signifie évidemment : Je me dévoue pour eux à votre culte et à votre service, afin qu'eux-mêmes s'y dévouent et s'y destinent aussi sincèrement ; il est clair que Jésus- Christ, saint par essence, ne pouvait acquérir une nouvelle sainteté intérieure.

Dans le même sens, une chose inanimée est sa \nte et sacrée, c'est-à-dire, destinée au culte de Dieu ; dès ce moment elle est respectable, et ne doit plus être employée à des usages profanes. L'action par laquelle elle est ainsi destinée, dévouée, et, pour ainsi dire, mise à part, est nommée consécration, bénédiction, sanctification, selon le style même de l'Ecriture sainte: où est l'inconvénient"?' Dans l'origine, et selon l'étymologie du terme, consécration ne signifie rien autre chose que choix, destination, séparation d'avec les choses communes; au contraire, Act. , c. 10, f 14, commun est la même chose qu'impur ; et Marc, c. 7, f 15, communicare, rendre commun, signifie souiller. Il est triste que nous soyons réduits à faire aux protestants et aux incrédules desleçons de grammaire. Voye-§\ixT.

11 n'est donc pas vrai que, par des consécrations, les prêtres prétendent changer l'essence des choses, leur communiquer une vertu divine, y faire descendre quelqu'une des qualités du Très-Haut, comme le censeur anglais les en accuse ; cette absurdité n'a pu entrer que dans la tête de nos

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incrédules. Mais les prêtres soutiennent que, dès qu'une chose quelconque est consacrée au culte de Dieu, on doit la respecter; ne plus la regarder comme une chose profane, ne plus l'employer à des usages vils et communs, parce que cette marque de mépris serait censée retomber sur Dieu lui même. Il n'est pas vrai non plus que ce soit là un usage futile et superstitieux, puisque Dieu l'a ainsi ordonné dès le commencement du monde. Une cérémonie sensible, une consécration publique est nécessaire, afin d'inspirer aux hommes du respect pour ce qui sert au culte de Dieu, et afin de frapper leur esprit du souvenir de la présence de Dieu.

Il est encore faux que notre culte soit aussi agréable à Dieu dans un lieu que dans un autre. Dieu avait commandé à Moïse de lui construire un tabernacle, ou une tente, et à Salomon, de lui bâtir un temple ; longtemps auparavent, Jacob avait consacré la pierre sur laquelle il avait eu une vision mystérieuse, et l'avait appelée la maison de Dieu ; c'est là qu'il éleva un autel par ordre de Dieu même, et qu'il offrit un sacrifice. Gtn., c. 28, f 16 ; c, 33, y 1. Déjà ce lieu avait été consacré par Abraham, c. 12, y 7 ; il fut constamment nommé Béthel, maison de Dieu, et fut respecté dans toute la suite des siècles, jusqu'à ce qu'il fut profané par Jéroboam. III Ueg., c. 12, y 29. Lorsque le temple fut bâti, dédié ou consacré, Dieu dit à Salomon : « J'ai exaucé votre » prière, j'ai sanctifié cette maison, » mes yeux et mon cœur y seront » pour toujours. » III Reg. , c. 9, f 3.

Dieu, sans doute, est présent partout, en tout lieu il entend nos prières et agrée notre culte, lorsque nous l'adorons en esprit et en vérité.

Joan. , c.4, y 22. Mais de tout temps il a voulu qu'il y eût des lieux consacrés spécialement à son culte, dans lesquels ses adorateurs se rassemblassent, pour lui rendre leurs hommages et lui adresser leurs prières en commun, comme des enfants se rassemblent autour de leur père , et ce culte est pics agréable qu'un culte isolé et particulier. Jésus-Christ a confirmé cette croyance par ses leçons

et par son exemple ; il priait partout, mais il allait aussi prier dans le temple; il a répété ce que Dieu avait dit par un prophète : « Ma maison » sera un lieu de prière. » Matth. , c 21, y 13. Il a puni les profana- j teurs, et il a dit: «Lorsque deux ou » trois personnes sont assemblées en » monnom, je suis au milieu d'elles. » Ckap. 18, y 20.

Défions nous d'une philosophie perfide et hypocrite, qui veut nous détourner du culte extérieur et public, sous prétexte d'adorer Dieu en esprit et en vérité; ceux qui la prêchent n'adorent plus Dieu ni en esprit, ni en corps, ni en vérité, ni en apparence. Voy. Culte, Eglise, etc.

Beugieh.

CONSÉCRATION; ce terme, pris dans un sens plus étroit que le précédent, signifie l'action par laquelle un prêtre, qui célèbre le saint sacrifice de la' messe, change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus- Christ On comprend d'abord que les hétérodoxes, qui ne croient point la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, ont dû bannir de leur liturgie le terme de consécration.

Le sentiment commun des théologiens catholiques, après saint Thomas, est que la consécration du pain et du vin se fait par ces paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, etc. On ne peut pas prouver qu'avant saint Thomas il y eu là-dessus une opinion différente dans l'Eglise latine.

Mais on a disputé pour savoir quel est aujourd'hui et quel a été de tout temps le sentiment de l'Eglise grecque sur les paroles de la consécration.

Pour comprendre l'état de la question, il faut savoir que dans la liturgie romaine, avant de prononcer les paroles de Jésus-Christ, le prêtre fait à Dieu une prière, par laquelle il le supplie de changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ.

Dans la liturgie grecque et dans les autres liturgies orientales, outre cette première prière, il y en a une seconde qui se fait en mômes termes, après que le prêtre" a prononcé les paroles de Jésus-Christ. C'est cette dernière

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que les Grecs nomment l'invocation du Saint-Esprit ; quelques-uns la croient essentielle à la consécration.

D'où plusieurs théologiens ont conclu que, selon les Grecs, la consécration ne se fait pas par les paroles de Jésus- Christ; sentiment qu'ils ont taxé d'erreur.

Pour justifier les Grecs, le père Lebrun, après l'abbé Renaudot, avait fait un ouvrage pour prouver que la consécration se fait non-seulement par les paroles de Jésus-Christ, mais encore par l'invocation. Explication de de la messe, lom. 5, p. 212 et suiv.

Bingham, théologien anglican, avait été de môme avis. Orig . ecclés. 1. 15, c. 3, § 12. Le père Bougeant, jésuite, soutint, contre le père Lebrun, qu'elle se fait par les seules paroles de Jésus- Christ. Un troisième théologien a fait, dans une dissertation imprimée à Troyes, en 1733, le résumé de la dispute, et a conclu par adopter l'opinion du père Bougeant.

Il observe qu'avant le quatorzième siècle, ou avant le concile de Florence, les Grecs et les Latins n'avaient entre eux aucune dispute sur les paroles essentielles à la consécration, quoique les théologiens latins fussent très-bien instruits des termes dont se servent les Grecs, dans leur seconde invocation. Par conséquent les scolastiques, qui ont attaqué les Grecs sur ce point, sont allés plus loin que leurs prédécesseurs.

Il ne fut point question de cette dispute au second concile de Lyon, l'an 1274, ni dans les temps postérieurs, si ce n'est entre quelques théologiens. Mais au concile de Florence, en 1439, la contestation fut vive sur ce point entre les Grecs et les Latins. On voit, par les actes du concile, que les Grecs, à la réserve de Marc d'Ephèse, convinrent que la consécration se fait par les paroles de Jésus-Christ : mais ils ne voulurent pas que cette décision fût mise dans le décret d'union, de peur qu'elle ne parût être une condamnation de leur liturgie.

Dans le décret du pape Eugène, pour les arminiens, il est dit que l'eucharistie se fait par les paroles de Jésus-Christ; de là plusieurs théologiens ont conclu que le concile de

Florence avait décidé la question. Mais alors les Grecs n'étaient plus au concile, ils étaient partis. Ce décret a décidé d'autres articles, sur lesquels les théologiens ont cependant conservé la liberté des opinions, comme la matière de l'ordre, le ministre de la confirmation, etc.

Depuis cette époque même, les Grecs ne sont pas d'accord entre eux sur la forme essentielle de la consécration; les uns tiennent pour les paroles de Jésus-Christ; les autres pour l'invocation; plusieurs pour l'une et l'autre. Mais aucun d'entre eux n'a nié la nécessité des paroles de Jésus- Christ pour consacrer; la dispute, sur ce point, n'est donc ni inconciliable, ni aussi essentielle que le prétendent quelques théologiens.

Les Latins eux-mêmes ont disputé pour savoir si Jésus-Christ, après -la cène, a consacré par sa bénédiction, ou par ces paroles : Ceci est mon corps; Salmeron est témoin que cette question fut agitée au concile de Trente, mais ce concile ne voulut rien décider là-dessus. Le père Lebrun pense que le Sauveur consacra par sa bénédiction, avant de dire : Ceci est mon corps.

Les Pères les plus anciens se servent les uns du terme d'invocation, les autres des termes de bénédiction, d'eucharistie ou d'action de grâces, ou de prières; mais presque tous assurent que la consécration se fait par les paroles de Jésus-Christ.

On sait d'ailleurs qu'ils ont souvent nommé prière et invocation les formes mêmes des sacrements, qui sont pure- *-. ment indicatives, comme l'a fait voir le père Merlin, Traité des formes des Sacrements, c. 4, 9 et 14.

Il est incontestable qu'un prêtre qui, hors de la liturgie, proférerait les paroles de Jésus-Christ sur du pain et du vin, ne consacrerait pas, parce que le sens de ces paroles ne serait pas déterminé par la suite d'actions qui doivent 'es accompagner ; l'invocation ou la prière qui les précède est donc nécessaire. Ainsi le supposent les rubriques, qui exigent que, dans le cas d'elfusion du calice, etc., on recommence les paroles qui précèdent la consécration.

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Dans les liturgies orientales, aussi bien que dans celle de l'Eglise latine, il y a une invocation qui précède la consécration ; celle-ci est donc parfaite avant la seconde invocation, autrement les Latins ne consacreraient pas. Les Grecs ont donc tort de supposer la nécessité de leur seconde invocation; mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit erronée et abusive.

Elle ne suppose pas que la consécration et la transsubstantiation ne soient pas faites, puisqu'il y a des termes semblables dans les liturgies gallicane et mozarabique ; jamais cependant les théologiens gallicans ni les Espagnols n'ont pensé que la consécration ne fût pas faite par les paroles de Jésus- Christ, qui ont précédé. On doit donc entendre cette seconde invocation dans le môme sens que les prières par lesquelles l'évèque demande la grâce du sacrement de conlirmution pour ceux qu'il vient de confirmer, et comme l'on entend les exorcismes du baptême à l'égard d'un enfant qui vient d'être ondoyé ou baptisé sans cérémonie.

L'invocation qui suit la consécration n'opère pas plus d'effets que celle qui la précède ; mais elle sert à déterminer le sens des paroles de Jésus-Christ, elle fait comprendre que ces paroles ne sont pas purement historiques, mais sacramentelles et opératives. Quant à l'adoration de l'eucharistie, qu'elle se fasse plus tôt ou plus tard, cela est égal ; elle prouve seulement que Jésus-Christ est présent, et que telle est la croyance de ceux qui l'adorent.

On ne voit pas quel avantage Bingham ou d'autres protestants peuvent tirer de la dispute qui a cil lieu entre quelques théologiens catholiques et les Grecs, touchant les paroles de la consécration. La question entre les protestants et nous est de savoir si les Orientaux onttoujourscru, comme nous, que, par ces paroles, le pain et le vin sont réellement changés au corps et au sang de Jésus-Christ : or, leurs liturgies témoignent qu'ils l'ont toujours cru ainsi et qu'ils le croient encore. Peu importe de savoir si ce changement s'opère par ces mots seuls : Ceci est mon corps, ceci est mon

sang, ou par l'invocation qui suit, ou par l'un et l'autre indistinctement.

Nous pensons unanimement qu'il faut une invocation avant ou après, pour déterminer le sens des paroles de Jésus-Christ, pour marquer que le prêtre ne les prononce pas comme une bistoire, mais comme une forme sacramentelle efficace, et qui opère ce qu'elle signifie. Nous convenons encore de part et d'autre que, par une invocation réunie aux paroles de Jésus-Christ, la consécration est parfaite, et l'effet opéré. D'où il résulte que, sur ce mystère, la croyance des Orientaux, la même que la nôtre, est très-opposée à celle des protestants.

Il en résulte encore que les anglicans, ni les autres protestants, ne consacrent point. Dans la liturgie anglicane, imprimée à Londres en d 606, pag. 208, l'invocation qui précède les paroles de Jésus-Cbrist, se borne à demander à Dieu, qu'en recevant le pain et le vin nous puissions être faits participants de son corps et de son sang précieux. Mais les anglicans sont persuadés que ce pain et ce vin ne sont réellement ni le corps ni le sang de Jésus-Cbrist, que l'on peut seulement participer au corps et au sang de Jésus-Cbrist, par la foi, en recevant les symboles. Ainsi, les paroles de Jésus-Cbrist qu'ils prononcent n'ont qu'un sens historique et ne produisent rien.

Ce n'est pas là ce que pensent les Orientaux, puisque l'invocation qu'ils ajoutent exprime le contraire ; pourquoi les anglicans l'ont-ils changé", s'ils ont la même croyance que ces chrétiens séparés de l'Eglise romaine .

Ce n'est pas là non plus le sentiment des Pères qui disent que les paroles de Jésus-Christ sont efficaces, opératives, douées du pouvoir créateur:

Sermo Chriiti vivus et efficax, opifex, operatorius, efficientid plenus, omnipotentiâ verbi, etc. Bingham lui-même en a cité plusieurs passages qui auraient dû lui dessiller les yeux. Il a vu que saint Justin, Apol. 1, n. 66, compare les paroles eucharistiques à celles par lesquelles le Verbe de Dieu s'est fait ebair. Il a lu dans saint Jean Chrysostome, Hom. I, inprodit.Judx, n. 6, Op., tom. 2, p. 384: « Ce n'est

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» pas l'homme qui fait que les dons » offerts deviennent le corps et le >> sang de Jésus-Christ, mais c'est » Jésus-Christ lui-même crucifié pour » nous. Le prêtre fait l'action exté- » rieur (sy-r.aa,) et prononce les pa- » rôles, mais la puissance et la grâce » de Dieu y est. Ceci est mon corps, » dit-il; cette parole transforme les j> dons offerts, de même que ces mots : » croissez, multipliez, peuplez la terre, » une fois prononcés, donnent dans » tous les temps, à notre nature, le » pouvoir de se reproduire; ainsi les « paroles de Jésus-Christ, une fois » dites, opèrent depuis ce moment «jusqu'à son avènement, à chaque » table de nos églises, un sacrifice » parfait. » Cela signifie seulement, dit Bingham, que Jésus-Christ, en prononçant une fois ces paroles, a donné aux hommes le pouvoir de faire son corps symbolique, c'est-à-dire, la figure de son corps. Mais pour faire une figure, une image, une représentation, est-il besoin du pouvoir de Jésus-Christ, de la puissance et de la grâce de Dieu? Selon saint Chrysostome, c'est Jésus-Christlui-mème qui, à la parole prononcée par le prêtre, transforme les dons offerts, produit son corps et son sang. Dans une simple figure, où est la transformation?

Le pain et le vin, par eux-mêmes, sont une nourriture corporelle ; ils sont donc par eux-mêmes la figure d'une nourriture spirituelle, par conséquent du corps et du sang de Jésus- Christ : un pouvoir divin n'est pas nécessaire pour leur donner cette signification.

Aussi, les nouveaux écrivains protestants, devenus plus sincères, ne font grand cas ni des passages des Pères, ni des liturgies orientales; ils ont vu que la forme de la consécration y est trop claire, et que le sens en est encore fixé par les marques d'adoration rendue à l'eucharistie. Voyez la "Perpétuité de la foi, tom. 4, 1. 1, c. 9 ; tom. 5, Préface. Autant les anciens controversistes protestants ont témoigné d'empressement pour obtenir le suffrage des Orientaux, autant ceux d'aujourd'hui le dédaignent.

Dans la messe romaine, après la consécration, le pré Ire dit à Dieu :

« Nous offrons à votre majesté su- » prême, l'hostie pure, sainte, sans » tache, le pain sacré de la vie éter- » nelle, et le calice du salut perpé- » tuel ; sur lesquels daignez jeter un » regard propice et favorable, et les » agréer comme il vous a plu d'avoir » agréables les présents du juste Abel, » le sacrifice d'Abraham et celui de n Mclchisédech, saint sacrifice, hostie » sans tache. Nous vous en supplions, » ô Dieu tout-puissant, commandez » qu'ils soient portés sur votre autel » céleste, en présence de votre divine » majesté, par les mains de votre » saint ange, afin que nous tous qui, » en participant à cet autel, aurons » reçu le saint et sacré corps et le » sang de votre Fils, soyons remplis » de toute bénédiction céleste et de » toute grâce, par le même Jésus- » Christ Notre-Seigneur. »

Bingham argumente encore sur cette prière : si les dons consacrés, dit-il, sont véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ, il est ridicule de prier Dieu de les agréer, de les comparer aux sacrifices des patriarches, qui n'étaient que des figures ; sûrement cette prière a été composéa avant l'invention du dogme de la transsubstantiation. Orig. ecclés., 1.

15, c. 3, § 31. Nous soutenons au contraire que cette prière suppose la transsubstantiation, puisqu'elle nomme les dons eucharistiques le saint et sacré corps et le sang du Fils de Dieu, qu'elle les appelle une hostie pure et sans tache, un saint sacrifice; expressions condamnées et rejetées par les protestants. Le prêtre ne demande pas simplement à Dieu d'agréer ces dons, mais de les accepter, afin que ou de manière que ceux qui y participeront, reçoivent les mêmes bénédictions célestes que les patriarches : on ne compare donc point ce sacrifice aux leurs, quant à la valeur, mais relativement aux grâces accordées à ceux qui les ont offerts.

Mais telle a toujours été la méthode des protestants; lorsque dans l'Ecriture, ou dans les anciens monuments, il y a des expressions qui les incommodent, ils les tardent, ils leur donnent un sens vague, ils les regardent comme des façons de parler abusives;

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s'il s'y trouve seulement un mot qui semble les favoriser, ils le pressent, ils le prennent à la lettre et dans la dernière rigueur. Bergier.

CONSEILS ÉVANGÉLIQUES, ou MAXIMES DE PERFECTION. Jésus- Christ les distingue évidemment d'avec les préceptes. « Un jeune homme lui » demandait ce qu'il faut faire pour » obtenir la vie éternelle; Jésus lui » répondit : Gardez les commande- » ments. Je les ai observés dès ma » jeunesse, répondit ce prosélyte; que » me manque-t-il encore? Si vous » voulez être parfait, répliquale Sau- » veur, allez vendre ce que vous pos- » sédez, donnez-le aux pauvres, vous » aurez un trésor dans le ciel ; alors » venez et suivez-moi. » Matth., c. 19, f 16; Marc, c. 10, f 17; Luc, c, 18, f 18. Selon ces paroles, ce que Jésus- Christ lui proposait n'était pas nécessaire pour obtenir la vie éternelle, mais pour pratiquer la perfection et pour être admis au ministère apostolique.

Plusieurs censeurs de l'Evangile ont dit que la distinction entre les préceptes et les conseils est une subtilité inventée par les théologiens pour pallier l'absurdité de la morale chrétienne. Il est clair que ce reproche est très-mal fondé. La loi ou le précepte se borne à défendre ce qui est crime, à commander ce qui est devoir; les conseils ou maximes doivent aller plus loin, pour la sûreté même de la loi; quiconque veut s'en tenir à ce qui est étroitement commandé, ne tardera pas de violer la loi.

D'autres ont été scandalisés du terme de conseils; il ne convient pas à Dieu, disent-ils, de conseiller, mais d'ordonner. Cette observation n'est pas plusjuste que la précédente. Dieu, législateur sage et bon, ne mesure point l'étendue de ses lois sur celle de son souverain domaine, mais sur la faiblesse de l'homme ; après avoir commandé en rigueur, sous l'alternative d'une récompense ou d'une peine éternelle, ce qui est absolument nécessaire au bon ordre de l'univers et au maintien de la société, il peut montrer à l'homme un plus haut degré de vertu, lui promettre des grâ-

ces pour y atteindre, lui proposer une plus grande récompense. C'est ce qu'a fait Jésus-Christ.

En général, on ne peut donner à l'homme une trop haute idée de la perfection à laquelle il peut s'élever avec le secours de la grâce divine. Dès qu'il est pénétré de la noblesse de son origine, de la grandeur de sa destinée, des pertes qu'il a faites, des moyens qu'il a de les réparer, du pris que Dieu réserve à la vertu, il n'est rien dont il ne soit capable ; l'exemple des saints en est la preuve.

Au reste, la prévention des incrédules contre les conseils évangéliques leurvientdes protestants, ceux-cin'erj ont pas parlé d'une manière plus sensée. Ils ont dit que Jésus-Christ avait prescrit à tous ses disciples une seule etmêmerègle dévie et de mœurs; mais que plusieurs chrétiens, soit par le goût d une vie austère, soit pour imiter certainsphilosophes, prétendi rent que le Sauveur avait établi une double règle de sainteté et de vertu, l'une ordinaire et commune, l'autre extraordinaire et plus sublime: la pre mière, pour les personnes engagées dansle monde; la seconde, pour ceux qui, vivant dans laretraite, n'aspiraient qu'au bonheur du ciel ; qu'ils distinguèrent conséquemment, dans la morale chrétienne, les préceptes obligatoires pour tous les hommes, et les conseils qui regardaient les chrétiens plus parfaits.

Cette erreur, dit Mosheim, vint plutôt d'imprudence que de mauvaise volonté ; mais elle ne laissa pas d'en produire d'autres dans tous les siècles de l'Eglise, et de multiplier les maux sous lesquels l'Evangile a souvent gémi. De là, selon lui, sont nées les austérités et la vie singulière des ascètes, des solitaires, desmoines, etc. Hist. ecclêsiast. du second siècle, 2e part., ch. 3, § 12. Mais nous demandons aux protestants si Jésus-Christ imposait un précepte àtous les chrétiens, lorsqu'il disait : « Quiconque d'entre vous ne re- » noncepas à tout ce qu'il possède, ne » peut pas être mon disciple. » Luc.,c. » 14, f. 33. Heureux les pauvres, ceux » qui ont faim, ceux qui pleurent :

» donnez à quiconque vous demande, » et s'il vous enlève ce qui vous appar- » tient, ne le répétez pas. » Ch. 6, f

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20 et 30. « Si quelqu'un veut venir » après moi, qu'il renonce à lui-même, » qu'il porte sa croix tous les jours, » et qu'il me suive. » Ch. 9, f 23.

« 11 y a des eunuques qui ont renoncé » au mariage pour le royaume des » cieux ;. que celui qui peut le com- » prendre, le comprenne. » Matth., c. 19, JH2. Les commentateurs, même protestants, ont été forcés de reconnaître dans ce passage un conseil et non un précepte. Voyez la Synopse sur cet endroit.

Saint Paul a dit, I Cor., c. 7, f 40 : « Une veuve sera plus heureuse si elle » demeure dans cet état selon mon » conseil or, je pense que j'ai aussi » l'esprit de Dieu. » En exhortant les Corinthiens à des aumônes, il leur dit : « Je ne vous fais pas un eomman-

» dément mais je vous donne un

» conseil: parce que cela vous est » utile. » II Cor., c. 8, f 8 et 10. Et aux Galates, c. 5, f 24 : « Ceux qui » sont à Jésus-Christ ont crucifié leur » chair avec ses vices et ses corrup- » tions. » Si les chrétiens du second siècle se sonttrompés en distinguant les conseils d'aveelespréeeptes, c'estJésus- Christ et saint Paul qui les ont induits en erreur. Pour estimer et pour pratiquer des austérités, des mortifications, des abstinences, et le renoncement aux commodités de la vie, ils n'ont pas eu besoin de consulter l'exemple des philosophes, le goût des Orientaux, ni les mœurs desEsséniens ou des Thérapeutes ; il leur a suffi de lire l'Evangile.

Quant aux maux prétendus qui en ont résulté, sont-ils si terribles? Nos anciens apologistes nous attestent que la mortification, la chasteté, le désintéressement des premiers chrétiens, aussi bien que leur douceur, leur charité, leur patience, ont causé de l'admiration aux païens, et ont produit une infinité de conversions. Dans les siècles suivants, les mêmes vertus, pratiquées par les solitaires, ont fort adouci la férocité des barbares ; si les missionnaires qui ont converti les peuples du Nord, n'avaient pas pratiqué les conseils évangèliques, ilsn'auraient pas attiré, peut-être, un seul prosélyte. Voilà les malheurs qui, au jugement des protestants, ont fait

gémir l'Eglise dans tous les siècles, et que les incrédules déplorent avec eux.

Heureusement, les réformateurs sont venus au seizième siècle réparer tous ces maux ; ils ont formé des sectateurs, non par des exemples de vertus, mais par des déclamations et par des arguments, ils ont fondé une nouvelle religion, non sur la perfection des mœurs, mais sur l'indépendance et sur le mépris des usages religieux; aussi n'ont-ils converti ni des païens, ni des Barbares ; ils ont perverti des chrétiens. Bergier.

CONSERVATEUR, CONSERVA- TION. La révélation se réunit à la lumière naturelle, pour nous apprendre que Dieu conserve les créatures auxquelles il a donné l'être, et maintientî'ordre physique du monde ; l'auteur du livre de la Sagesse lui dit : « Comment quelque chose pourrait- » elle subsister, si vous ne le vouliez » pas, ou se conserver, sans votre » ordre? » Sap., c. 11, f 2(3. Il conserve l'ordre moral entre les créatures intelligentes, par l'instinct moral qu'il leur a donné, par la conscience qui leur intime sa loi et leur fait craindre le châtiment du crime.

C'est dans cette double attention que consiste la providence.

Mais rien ne nous montre mieux l'action continuelle de Dieu dans la marche de la nature, que le pouvoir parlequelil en suspend les lois quand il lui plaît. Le monde noyé dans les eauxdu déluge, le feu du ciel lancé sur Sodome, les mers divisées pour donner passage aux Hébreux et submerger les Egyptiens, etc. : voilà les événements par lesquels Dieu a convaincu les hommes, qu'il est le seul maître, le seul conservateur de l'univers. Il fallait alors des miracles, parce que le commun deshommes n'était pas en état de raisonner sur l'ordre physique du monde, d'y remarquer une main attentive et bienfaisante.

Ainsi, Dieu a prévenu d'avance les hommes, encore ignorants et grossiers, contre les faux systèmes des philosophes qui ont enseigné, les uns, que Dieu est l'âme du monde, et que le monde est éternel; les autres, que Dieu, après l'avoir construit, en a laissé le

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soin à des intelligences subalternes. Le dogme d'un seul Dieu, créateur et conservateur, est la croyance primitive; si les peuples avaient été fidèles aie garder, ils n'auraient été égarés ni par le polythéisme, ni par l'idolâtrie, ni par les prestiges de la philosophie.

Mais dès qu'une fois cette grande vérité a été généralement méconnue, il a été besoin d'une nouvelle révélation pour en rétablir la croyance, et tel était le principal objet des leçons que Dieu donna aux Hébreux par Moïse. Voyez Révélation. Bergier.

CONSERVATION DES PRODUITS DELA NATURE ET DE L'INDUS- TRIE. (Thcol. mixt. scien chim.) — Parmi les ressources que Dieu a préparées sur le globe terrestre pour que l'homme les découvre et améliore, par les applications qu'il en fera, les conditions de son séjour et de son développement, sont à remarquer les procédés chimiques de conservation des choses qui se détériorent par la fermentation. Ces moyens sont tous modernes, au moins ceux dont nous voulons parler; car l'homme trouva de tout temps, dans l'eau de la mer et dans les mines, le sel tout composé par la nature pour la conseï'vation des aliments et de tout ce qui a besoin d'être gardé, sous peine de pertes sèches qui doivent être évitées avec d'autant plus de soin que la population croit davantage et que le germe humain se multiplie. Nous allons dire un mot des principes sur lesquels la chimie, science de notre temps, s'appuie pour réaliser ces procédés et ouvrir la voie à la découverte d'autres qui sont encore dans l'inconnu.

La chimie a constaté que quatre conditions sont nécessaires pour la putréfaction : la présence, dans la substance , de matières azotées ; de l'eau ; de l'air ; et de la chaleur. La matière organique est d'autant plus fermentescible et plus prompte à se décomposer qu'il y a chez elle plus de substances azotées, plus d'azote, et les trois autres agents sont également nécessaires. Toutcequinecontient pas d'azote, par exemple le sucre, la fé-

cule, l'huile, la gomme, ne se décompose pas; et, d'ailleurs, si un seul des trois autres éléments, l'eau, l'air ou l'oxygène, et la chaleur, est absent, il n'y a point fermentation et putréfaction.

De là, on a cherché à empêcher ou retarder ce phénomène soit en faisant prédominer sur les matières azotées des matières non azotées, soit en faisant disparaître un des trois autres agents ; et c'est ainsi qu'on est arrivé auxprocédés de conserevation qui constituent un des grands progrès de notre siècle. Le sucre, la gomme, l'huile sont employés quand il s'agit de substances que l'addition de ces éléments n'empêche pas de servir ; c'est ainsi que les sardines se conservent dans l'huile. L'enlèvement de la chaleur par la glace, qui l'absorbe pour tendre à se fondre et pour se fondre, est également un moyen trèsusité, surtout pour le transport du poisson et la conservation de la viande; mais ce moyen n'est praticable qu'en petit et a l'inconvénient de désagréger les tissus , de leur enlever leur solidité, en sorte que les produits qui sont soumis à la congélation se décomposent trèsrapidement aussitôt qu'ils sont rendus à la température ordinaire. L'enlèvement de l'air, avec plus ou moins de perfection, ou la conservation dans le vide, serait un excellent moyen ; mais jusqu'à présent l'homme n'a pas inventé la machine pneumatique, c'est-à-dire la pompe à air avec le bocal hermétiquement clos, d'un usage facile et économique ; ce procédé erf resté à l'état d'expérience de laboratoire. Mais il y a, dans cette voie, du nouveau à découvrir , et on peut compter que tôt ou tard l'homme le découvrira. Il faut dire pourtant que déjà Appert, dontleprocédésirépandu pour la conservation des viandes cuites porte le nom, a trouvé que la conservation se réalise aussi bien par la raréfaction de l'air dans un bocal bien bouché, au moyen du bainmarie à l'eau bouillante, que par le vide complet, et que ce procédé est devenu d'une grande utilité pratique.

Il faut dire aussi qu'on a déjà constaté qu'il suffit de la soustraction d'un des

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éléments de l'air, par, exemple de l'oxygène ; c'est sur ce principe que M. Lamy a conservé des viandes et des légumes, en les plaçant dans un milieu d'acide sulfureux, lequel acide absorbe l'oxygène de l'air pour se transformer lui-même en acide sulfurique.

Enfin la suppression de l'eau seulement, soit par dessication, soit par concentration des substances, est le moyen le plus pratiqué peut-être jusqu'à présent. C'est le procédé par lequel on conserva de tout temps les fourrages, les graines, le houblon, les plantes médicinales, etc. Les substances animales ont été aussi conservées, de temps immémorial, par la dessication ; les viandes sécbées au soleil (came sèche) étaient la nourriture des esclaves et l'on en prépare encore aujourd'hui à Buenos-Ayres et à Montevideo; ces viandes sèches ont l'inconvénient de prendre un goût de rance par leurs parties graisseuses.

Tout cela tire son origine d'assez loin dans le passé; mais il y a plusieurs procédés d'invention toute récente qui reposent sur le même principe, et qui sont appliqués tout à fait en grand par l'industrie surtout pour les besoins de la marine dans les voyages de long cours ; ce sont, par exemple, les légumes desséchés et réduits par la compression en gâteaux ; on les charge facilement sur les navires à cause de leur réduction à un petit volume et il suffit, pour leur rendre leur eau, de les mettre à, tremper assez longtemps quand on veut s'en servir. Tous les légumes peuvent se conserver de la sorte, et l'effet de leur mélange à la nourriture des marins estsouverainpour prévenirparmi eux l'invasion du scorbut. C'est aussi le lait concentré de Liebig, professeur allemand qui vient de mourir ; ce lait est amené, par la soustraction de l'eau, à l'état de pâte gluante et sucrée; il suffit de délayer cette pâte dans de l'eau pour en obtenir un véritable lait tout sucré pouvant servir à tous les usages ; il ne diffère du lait frais que par le sucre qu'il contient, et que souvent on serait obligé de lui ajouter dans la cuisine. M. de Ligna c est un de ceux qui ont donné leur nom à cette conserve , qui se

garde dans des boites de fer-blanc.

Il faut ajouter à l'espèce de mélasse qui est dans les boites environ trois fois le même volume d'eau. Grimewade, patenté en Angleterre, réduit le lait à l'état de poudre, après l'avoir additionné d'un peu de sucre et de carbonate de soude. Cette poudre , chauffée dans huit fois son volume d'eau, redevient un excellent lait ; elle se conserve indéfiniment.

Nous sortirions de notre cadre, si nous en expliquions davantage. Nous en avons assez dit pour prouver crue quand l'homme aura terminé sa mission sur la terre, mission qui n'aura son terme, croyons-nous du moins, que quand la terre et toutes ses forces seront parfaitement asservies, l'homme ne pourra pas dire à son Créateur:

Tu m'avais dit de régner, et tu ne m'en avais pas donné les moyens....

Il en sera de même pour chacun de nous, et pour tous ensemble, en ce qui concerne les destinées de l'autre vie. Le Nom.

CONSIDÉRANT (Victor -Prosper).

(Thèol. hist. biog. et bibliogr.) — Cet économiste socialiste français, né à Salins, dans le Jura, en 1808, et élève de l'école polytechnique, de laquelle il sortit pour entrer dans le génie et y devenir bientôt capitaine, renonça à l'avenir brillant que lui promettait cette carrière pour se faire le chef de l'école dite sociétaire et continuer la propagande du saint-simonisme et du fourriérisme. Entre autres journaux propagateurs de ces doctrines, on peut citer le Nouveau Monde ou la Réforme industrielle ; et, plus tard (1836), après la mort du maître, la Phalange, dans laquelle il soutient le phalanstère, l'unité harmonienne, le travail attrayant, etc. Des souscriptions et surtoutleslargesses de l'anglais Young lui vinrent en aide et lui permirent de tenter des essais de phalanstère en France(àCitaux,Coudé-sur-Vègreetc), en Belgique, et au Brésil. Après la Phalange vint la Démocratie pacifique, qui attira assez de ressources pour la fondation d'une librairie spéciale et de cours publics, que mirent, presque sous nos yeux, en désarroi — car nous habitions alors le même quar-

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?oL~ dlvers Plllages bourgeois de 1848 ou 1849. M. Considérant, après les événements qui amenèrent la fuite et l'exil de Ledru-Rollin, dont il suivait la politique, alla.au Texas,tenta de nouveau l'application de son système, revint en France, et retourna encore au Texas où il fonda la commune sociétaire de colonisation appelée la Réunion.

Toutes ces tentatives de communisme libre qui ont leur modèle dans le couvent chrétien et aussi dans le couvent bouddhiste, ne paraissent guère pouvoir réussir si l'ony laisse comme ces écoles modernes, fermenter les passions; ce n'est que la religion et l'ascétisme qui jusqu'à présenties ont fait prospérer, et qui probablement le feront jamais.

Les ouvrages principaux de M. Considérant sont : Destinée sociale, 3 vol in-8o, 1834 à 1 844; Théorie de l'éducation naturelle et attrayante 1835 ; Débâcle de la politique en France, 1836 • Manifeste de l'école sociétaire fondée par Fourrier, ou bases de la politique positive, 1841; Principes du socialisme, 184/ ; Théorie du droit de propriété et dudroitau travail, 1848; Le socialisme devant le monde ou le vivant devant les morts, 1849; La dernière guerre et

la paix définitive de l'Europe, Bruxelles 1850. '

Il faut rendre à M. Considérant et à son école cette justice, que la violence est absolument exclue de leurs moyens de succès, et que leur propagande est essentiellement pacifique.

Le Noir,

officialités modernes: ils s'occupent principalement des affaires litigieuses et surtout de mariage.

En Saxe, il y a, en outre, le consistoire ecclésiastique catholique qui ne s'occupe que de l'administration purement ecclésiastique ; il se compose d'un directeur président et de quatre assesseurs consistoriaux dont deux ecclésiastiques et deux laïques.

Le Noir.

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