‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 28 sur 110 · CONSOMMATION · texte numérisé non relu

CONSOMMATION

Ayant traité, dans nos harmonies de la raison et de la foi, la triple question économique de la production, de l'échange et de la consommation, et trouvant, dans le traité sommaire qui concerne cette triple question, les trois résumés dontnous parlons, nous les transcrirons tels qu'ils y figurent. Le lecteur aura de la sorte trois parties d'un même article qu'il pourra rapporter l'une à l'autre, s'il veut les lire selon l'ordre méthodique que nous venons d'indiquer : production, échange, consommation.

Voici la partie qui concerne la consommation.

« Le troisième objet de l'économie sociale est la consommation.

« I. Que dit sur cet objet la science solide et vraiment rationnelle? — Sur ce troisième objet, comme sur les deux autres, elle établit des principes, constate des vices et propose des moyens.

1° Principes.

Premier principe . — Liberté pour chacun de consommer à son bon plaisir, sauf l'abus nuisible aux droits d'autrui, ce dont il est propriétaire légitime par travail, échange, ou quelqu'une des formes du don.

« Second principe. — Liberté d'exercer la charité par le don.

« Troisième principe. — La charité libre est la grande loi moitié propre à amener l'équilibre dans la consommation, comme la liberté du travail et la propriété sont les grandes lois de justice de la production, comme l'égalité est la grande loi de justice de l'échange.

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« Quatrième principe. — II y a deux modes d'exercice de la charité, le mode par lequel chaque individu la fait en son particulier, et le mode par lequel les individus se réunissent pour en organiser une application commune .

Ces deux modes sont également louables. — Le second peut être exercé dans un petit cercle; tels sont les bureaux de bienfaisance maintenant en usage, ou dans un grand cercle , comme serait une association universelle de toute une nation, avec divisions et subdivisions, librement voulue par cette nation.

« Cinquième principe. — Une société peut même, du consentement de tous ses membres, renoncer à des droits de propriété par motif de charité publirque, pour obviera des inconvénients inévitables sans des mesures de ce genre — C'est un communisme libre qui peut être marqué au coin de la morale, du dévouement et d'une sage prévoyance.

« Sixième principe — C'est la consommation qui provoque la production; et, par suite, une nation n'est sage que quand elle ne consomme des produits inutiles et de luxe qu'autant qu'elle produit tout le nécessaire et tout l'utile pour la vie du corp'i et pour la vie de l'âme, pour la nourriture, le vêtement, le logement, suffisamment confortables, pour la science, pour l'art, et pour la religion — autrement, ily aura production excessive d'objets inutiles, superflus ou même nuisibles ; par suite, occupation du travail à cette production ; par suite encore, production insuffisante de l'utile et même de l'indispensable ; et en dernier résultat, détresse ou misère pour le plus grand nombre.

2° Vices sociaux dans la consommation.

« Les principaux de ces vices sont les suivants :

« Premier vice : le luxe — La science économique entend par ce mot l'invasion du goût et de la consommation de ce qui satisfait les passions de l'opulence, mais qui n'est ni indispensable ni utile pour le corps ou pour l'âme, pour la vie matérielle, ou pour la vie intellectuelle, ou pour la vie artistique, ou pour la vie mo-

raie et religieuse. Il reste vrai à jamais que les anciens ne se trompaient en rien quand ils disaient que le luxe est la cause principale de la décadence des nations. C'est le vice contraire au cinquième principe, lequel explique la cause de ses fâcheux effets. « Second vice : l'imprévoyance sociale et le défaut de connaissance du but oà l'onmarche. — Ce vice consiste dansune anarchie du travail, telle que chacun se jette dans telle ou telle industrie, ou produit avec surabondance telle ou telle chose sans pouvoir se douter de l'accumulation excessive qui en résultera dans un temps donné , et par suite, de la disette d'autres produits qui deviendront très-chers, pendant que celui-là tombera en dépréciation. Ce malheur résulte de ce qu'il n'y a d'autre thermomètre de la production que l'offre et la demande du jour même, en d'autres termes, que l'on ne sait que l'effet du passé, et non celui du présent, que l'on ne peut penser au remède que quand le mal est consommé, en un mot, que la production est réglée par son propre désordre, tandis qu'elle devrait l'être par les besoins de l'avenir. M.

Ottexplique-trèsbien, dans son Traité d'économie sociale, ce mal social qui amène tant de hausses et de baisses, tantde fluctuations, tant de ruines, tant de crises pour l'agriculture et l'industrie .

« Troisième vice. — Le progrès dans l'industrie et les inventions est un bien, maisunbien qui engendre beaucoup de maux, quand la société est établie sur un mauvais pied ; dans ce cas, elle invente et progresse pour quelques-uns contre l'intérêt général.

Le principal résultat, en effet, du progrès industriel est une production plus abondante en moins de temps, avec moins de peine et avec moins de bras; ce sont d'ailleurs les forts, et seulement les forts, qui peuvent mettre à profit les instruments nouveaux, les machines, usines, etc. ; ceux-là donc deviennent plus indépendants des ouvriers, et peuvent les assujettir plus librement à leurs conditions; les machines remplacent ces derniers, en partie; on peut se passer d'ungrand nombred'entre eux ; delà,

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diminution de salaire, manque d'ouvrage, et aussi diminution du prix des choses, mais, somme toute, aux dépens du faible ; c'est le faible qui paie le montant de cette diminution, le fort empoche tout. C'est cerésultat immédiat qui donne au peuple tant d'animosité contre les machines, bien qu'elles soient l'honneur de l'intelligence humaine et la source d'un bienêtre à venir. Au reste il n'est pas de mal qui n'emporte son remède avec lui, et c'est précisément le vice que nous venons de signaler qui provoquera toujours les réformes économiques. Le peuple est une force contre laquelle on ne résiste pas, quand elle est excitée ànn certain degré; c'est le besoin qui l'excite, et, comme le progrès industriel produira forcément et rapidement ce besoin, on le verra amener fatalement de nouvelles organisations compensatrices dans larépartition des richesses. C'est même ce progrès irrésistible, providentiel, fatal, qui sera, en ce sens, la cheville ouvrière de toute nouveauté sociale ; mais supposons que tous les moyens proposés parla science, et que nous avons exposés, fussent appliqués à la fois, on même d'autres, meilleurs encore,qui serontpeut-être inventés; assurément, l'inconvénient que nous vevons de signaler aurait à peu près disparu ; non-seulement chacun ne vivrait plus que de sa vraie propriété, et non de celle d'autrui, selon le précepte de l'apôtre, soit qu'il produisît pour le corps, soit qu'il produisit pour l'âme, l'échange étant là pour donner à tous les besoins légitimes de quoi se satisfaire ; mais encore chacun ne pourrait attirer en ses mains, par les moyens aujourd'hui connus, les instruments de travail pour en faire des instruments d'exploitation de la société faible; et cependant, il resterait encore un danger d'absorption, provenant du progrès même de l'industrie et de l'invention des machines.

« Supposons l'impossible pour comprendre le possible; qu'un homme industrieux vienne à inventer une machine si ingénieuse et si puissante qu'en la faisant marcher avec ses seuls bras, il produise autant avec elle, soit du blé ou autre chose, que

des milliers d'hommes réunis; point d'usure , point d'exploitation humaine, et, malgré cela, accumulation de capitaux énormes dans les mains de cet homme, car il vend comme les autres, fait la concurrence, écrase les exploitations rivales, achète et' accumule, puis fait la loi. On comprend assez ce qui peut surgir du possible dans cet ordre d'hypothèses.

Donc, malgré tous les moyens, il reste encore une possibilité cV absorption pernicieuse pour la société, et génératrice d'une nouvelle misère, bien que les chances en soient trèsconsidérablement diminuées.

« Quoique ce vice, presque inséparable de la nature humaine, et peutêtre sans remède, parce qu'il ne naît d'aucune injustice, mais seulement de l'inégalité des talents, se rapporte autant à la production qu'à la consommation, nous le signalons sous ce dernier chef, attendu que, s'il est possible de le prévenir, ce sera par une disposition de charité sociale, consentie par tous, laquelle ne se rapporte qu'à la distribution des biens à consommer, et ne peut avoir pour base que la liberté qu'a chacun de faire ce qu'il veut des fruits de son travail.

« quatrième vice. — Celui-ci résulte encore de la nature et est sans remède dans son germe. Il y aura toujours des faibles par constitution, des vieillards, des infirmes, des orphelins, des idiots, des malheureux sans leur faute qui ne produiront rien, à qui leurs parents ou amis ne laisseront pas le nécessaire pour vivre, et qui, cependant, ne devront pas mourir de faim, ni même souffrir plus que les autres. Il y aura aussi des paresseux, des coupables qui se trouveront, par leur faute, dans la misère, n'ayant pas, à un jour donné, le nécessaire pour leur consommation. Malgré les avantages des assurances, on rencontrera de ces êtres sur la terre.

« cinquième vice. — Ce dernier vice tient encore à la nature, et plus que tout autre. Il consiste dans l'absence de proportion entre l'augmentation de la population et l'augmentation de la production. L'augmentation de la population dans une société bien

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organisée sous tous les rapports est indéfinie, tandis que la surface du sol ne s'accroît pas, et que sa fécondité, toute susceptible qu'elle soit de dilatation énorme par le travail et par le progrès agricole et industriel, n'est pas cependant sans terme. Fénélon, dans sa philanthropie et son espérance, disait, en y pensant, que la terre nourrirait cent fois plus d'habitants qu'elle n'en nourrit ; supposant cette maxime le résultat d'un calcul mathématique, et faisant aujourd'hui le même calcul, on trouverait déjà, en moins de deux siècles, quelque chose comme un vingtième de diminution , pour le globe entier , et beaucoup plus pour tous les pays civilisés, puisqu'il y en a, comme la France, qui ne peuvent déjà plus nourrir tous leurs habitants ; Cormenin l'a prouvé. D'ailleurs Malthus, a fait là-dessus des calculs irréfutables. Nous raisonnons pour toute la durée du genre humain qui peut être énorme, et qui parait n'être qu'à son début , au moins par appréciation géologique. Nous devons donc signaler cet inconvénient, d'autant plus qu'en ce qui concerne les contrées les plus civilisées il ouvre une perspective effrayante pour un temps prochain.

Ce malheur ne tient à la faute de personne, il est inhérent à la constitution humaine depuis qu'il a été dit à la femme : Je multiplierai tes conceptions. (Gen. m, 16.) ,

« Tels sontles principauxvices que constate la science économique.

3° Moyens.

« Quels moyens propose-t-elle?

« Contre le luxe nous n'en connaissons pas d'autre que l'organisation même qui a été exposée (1), laquelle aurait pour résultat d'empêcher les trop grandes fortunes, et aussi une institution comme l'imagine M. Ott qui ferait connaître l'état de la production et de la consommation à des périodes rapprochées, montrerait à tous les tendances du travail, rappellerait sans cesse les yeux sur l'abîme où l'on court, pourrait ainsi faire réfléchir

(I) Voyez écàhan-ge (égal).

les conso mmateurs et les producteurs, et mettre le luxe en discrédit.

a Contre l'imprévoyance sociale, nous ne voyons aussi qu'une institution de ce genre, qui jouerait dans l'état, à titre d'avertissement continuel, sans gêner la liberté de personne, le rôle d'une comptabilité bien tenue dans une ferme vis à vis du directeur de l'exploitation (2).

« Contre le troisième vice, nous ne pouvons concevoir qu'un esprit de charité qui déterminerait tous les citoyens à renoncer à une partie de leurs droits pour compenser perpétuellement, jusqu'à un degré raisonnable, les inégalités qui surgiraient.

« M. Huet imagine une législation sur les héritages qui atteindrait ce but; d'après cette idée tout fruit du travail ne pourrait être hérité qu'une fois ; le producteur seul aurait droit de transmettre ce qu'il aurait produit, et tout ce qui aurait déjà passé par une autre main que celle de son producteur, serait déclaré appartenir à une caisse commune, laquelle servirait à doter les jeunes gens qui auraient besoin d'être dotés; la société leur donnerait ainsi l'instrument de travail. Ce communisme mitigé serait un attentat au droit de propriété qui implique le droit de transmettre, soit qu'il naisse immédiatement du travail, soit qu'il naisse du don, puisque le don absolu met le donataire dans tous les droits du donateur, et, par suite, du producteur lui-même ; mais, s'il était accepté bénévolement par une cité, il n'y aurait plus attentat puisque chacun ferait, par son consentement même, l'acte de charité consistant à abandonner à la caisse du patrimoine général ce qu'il aurait déjà hérité d'un autre. Une telle cité rappellerait la primitive Église, et ne serait que digne d'admiration.

« Ce quinousparaîtévident, c'est la nécessité de quelque mesure de ce genre, librement acceptée par toits pour prévenir les trop grandes inégalités, qui, malgré les autres moyens, pourraient encore résulter duperfectionnement industriel mis àprolîtpar les uns pour faire aux autres une con-

(2) Voyez production.

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currence écrasante, toute légitime et pure d'exploitation usuraire qu'elle pût être.

« Contre le quatrième vice, nous ne voyons de proposé par la science que les assurances dont nous avons parlé (1), et pour ceux qui y échapperaient encore, que l'assistance libre, particulière et publique, organisée et non organisée. Mais, dans tout état de cause, il faudrait, pour être sage, que la charité n'allât point jusqu'à garantir la paresse contre la souffrance; la punition devrait suivre la faute, comme le veut la justice naturelle, sans quoi, la production générale en souffrirait et la société deviendrait misérable.

« Enfin, contre le dernier inconvénient , nous trouvons la science muette; car les moyens immoraux, qui reviennent à l'infanticide à tous les degrés, et que pratiquèrent officiellement un grand nombre de peuples en dehors du Christianisme, fonthorreur.bien que des économistes aient eu l'audace, eu pleine civilisation moderne, de nous les proposer; et ceux qui consistent à appeler les destructions providentielles au secours de la société, sont en sens inverse de ses tendances raisonnables, qui sont et à la paix d'une part et à la santé de 1 autre.

« II. Consultons maintenant le Christianisme — Nous avons à peine besoin, aprèsnotre analyse, de faire remarquer l'harmonie de l'esprit évangélique avec la vraie science.

« Touslesprincipes, quenousavons posés d'abord, reposent sur celui de la charité libre, et chacun sait que cette charité est la base de la morale chrétienne. C'est l'Église du Christ qui en a popularisé le devoir.

« Quant aux vices que nous avons énumérés, ceux qui résultent d'excès dont l'homme ou la société sont responsables, ne cessent d'être en butte depuis Moïse et Job, à toutes les apostrophes et malédictions de la révélation; on sait avec quelle fureur sainte retentit, l'anathème de la prophétie hébreue.puis de Jésus, puis des apôtres,

(1) Voy. production eUcHAitois (égal).

puis des Pères de l'Eglise, puis des orateurs chrétiens, contre le luxe et les trop grandes richesses, contre les dépenses inutiles et l'absorption des biens parles forts, contre la folle prodigalité d'une part et, d'autre part contre la dévorante avarice.

Quant aux moyens proposés pour contrebalancer, autant que possible, les effets de ces vices, ils naissent de trois idées fondamentales : la justice en premier lieu, la sagesse prévoyante en second lieu, et, en troisième lieu la charité ; or ces trois vertus sociales ne sont-elles pas l'objet des prédications incessantes de l'église catholique ? Ce qui regarde l'assistance du malheur naît aussi de la charité évangélique, et est spécialement enseigne par toutes les exhortations à la pitié et à l'aumône: de quelque manière que l'assistance se fasse, dés qu'elle sort du contrat d'assurance et a pour base le don, elle est une aumône; seulement le mode de cette aumône peut être plus ou moins digne, plus ou moins conforme à la fraternité humaine; et quand la société est assez vertueuse pour prendre des mesures qui se rapprochent de celles qu'employèrent entre eux les> premiers chrétiens, c'est alors qu'elle obéit le plus parfaitement aux instructions du Christ et aux désirs de son église. Cependant la doctrine chrétienne craint aussi l'oisiveté, comme la craint la science, et, tout en prêchant la pitié du malheur coupable, elle la flétrit de toutes ses forces en lui attribuant la hideuse maternité de tous les vices.

« Reste Je cinquième inconvénient auquel la science ne propose que des remèdes insuffisants et de faibles palliatifs, tels que le moins de précocité dans les mariages. Or ici l'Eglise est en mesure ; et elle seule a trouvé le moyen ; elle répond au danger croissant d'une augmentation trop grande de la population, par l'honneur qu'elle attribue à la virginité et au célibat, ainsi que par ses règles de continence relatives à ceux qui se consacrent à son ministère. C'est le seul remède moral, saint, approuvé de Dieu ; le seul que puisse aussi approuver la science, bien qu'il n'entre pas dans

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sa mission de le proposer, car toute mesure humaine sur une telle matière serait de l'oppression ; il n'y a que la puissance morale qui ait droit de pousser à de tels moyens, lesquels ne peuvent, par leur essence même, être mis en usage que par la liberté individuelle. Mais on conçoit que cette puissance morale de la religion parvienne à élever la virginité tellement en honneur qu'un assez grand nombre d'hommes et de femmes choisissent cet état, pour qu'il y ait compensation à l'augmentation excessive des populations. Aujourd'hui, la compensation est loin d'exister, mais aussi la terre est loin d'être pleine; et nous croyons qu'à l'avenir est réservée la gloire d'opposer ce remède d'une manière complètement efficace, aux calculs de Malthus. C'est ainsi que la société ne sera jamais obligée de périr par sa multiplication même :

et l'Eglise aura le mérite exclusif de la sauver sous ce rapport. Oui, si la cité cosmopolite de la justice et de la fraternité se réalise jamais telle que le rêvent les cœurs généreux, elle verra, dans son sein, notre Eglise multiplier les vierges selon la proportion équivalente à ce que serait le trop plein. Nous savons qu'aujourd'hui, la béte humaine, pour user du mot de Lacordaire , rugit encore à de telles prédictions; mais ce n'est pas une raison pour nous taire; et, de plus, elle ne nous fait pas peur.

« L'homme de bonne foi avouera que, sur tous les points fondamentaux de l'économie sociale, en ce qui concerne la consommation comme en ce qui concerne la production et l'échange (1), nous avons trouvé la doctrine chrétienne, non-seulement en harmonie avec la science, mais la précédant, et projetant sur le but que la science vise, depuis les temps les plus antiques, quelques rayons de son flambeau divin. » (harmonies de

LA RAISON ET DE LA FOI. art. SOCIALES

[sciences] p. 1561.) Le Nom.

CONSORT, société ou confrérie du tiers-ordre de saint François, établie

(1) Voy. ces mots. (1873).

à Milan, et composée d'hommes et de femmes, pour le soulagement des pauvres. On lui avait coniié la distribution des aumônes; elle s'en acquitta avec tant de fidélité, que l'on reconnut bientôt la faute que l'on avait faite en la privant de cette fonction délicate. Il fallut la médiation du pape Sixte IV pour l'engager à la reprendre : preuve qu'elle n'y avait trouvé que des peines méritoires pour l'autre vie ; avantage que la piété solide peut aisément se procurer. Le débat le plus scandaleux qui pourrait survenir entre des chrétiens, serait celui qui aurait pourobjet l'économat du bien des pauvres ; mais ceux qui ont le courage de s'en charger, sont souvent accusés très-mal à propos.

Bergier.

COXSTANCE. Le concile général tenu dans cette ville, fut assemblé sur la fin d'octobre, l'an 1414, et dura jusqu'au mois d'avril 1418. Un des principaux objets de cette assemblée était de mettre fin au schisme, qui durait depuis l'an 1377, entre plusieurs prétendants à la papauté, et qui tous avaient des partisans. Il y en avait encore trois pour lors, savoir, Jean XXIII, qui avait convoqué la concile, Grégoire XII, et Benoit XIII; ces deux derniers avaient déjà été déposés au concile dePise,cinqansaupa.ravant; ils le furent de nouveau à Constance : le concile déposa aussiJean XXIII, et élut à sa place Martin V, qui fut universellement reconnu. Les autres objets étaient de condamner les erreurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague, qui étaient les mêmes que celles do Wiclef, et deréformer l'Eglise, tant dans son chef que dans ses membres.

Le décret de ce concile, publié dans la quatrième session, est remarquable : il porte que le concile de Constance, légitimement assemblé au nom du Saint-Esprit, faisant un concile général qui représente l'Eglise catholique militante, a reçu immédiatement de Jésus-Christ une puissance à laquelle toute personne, de quelque état et dignité qu'elle soit, même papale, est obligée d'obéir dans ce qui regarde la foi, l'extirpation du schis-

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me et la réformation de l'Eglise dans son chef et dans ses membres. Il ne manque rien à cette décision pour avoir une pleine autorité, puisque Martin V, élu pape au mois de novembre 1417, donna, immédiatement après son élection, une bulle par laquelle il veut que celui qui sera suspect dans la foi, jure qu'il reçoit tous les conciles généraux, et en particulier celui de Constance (1) représentant l'Eglise universelle, et que toutee qui a été approuvé et condamné par ce concile, soit approuvé et condamné par tous les fidèles. Par conséquent, ce pontife approuve et confirme luimême ce qui avait été décidé dans la quatrième session : illit la même chose dans deux bulles contre les bussites, le 22 février 1418 ; et dans la dernière session du éoncile, il confirma encore expressément tout ce qui avait été fait en pleine assemblée, conciliariter.

Ce même décret fut approuvé et confirmé de nouveau par le concile de Bàle, en 1431. C'est aussi la doctrine ■à laquelle le clergé de France a toujours fait profession d'être attaché, notamment dans son assemblée de 1682 (2).

Dans la quinzième session, le concile condamna les erreurs de Wicîef et de Jean Hus, qu'il avait déjà proscrites dans la huitième. Comme Jean Sus ne voulut point se soumettre à cette condamnation, ni se rétracter, il fut déclaré hérétique, dégradé et livré au bras séculier qui lui fit subir le supplice du feu. Jérôme de Prague, son disciple, après s'être rétracté dans la dix-neuvième session, désavoua cette rétractation dans la vingt-unième, soutint opiniâtrement ses erreurs, et eut le même sort que son maître.

Le concile, dans la troisième, prononça l'anathème contre ceux qui soutenaient que la communion sous une seule espèce était illégitime et abusive; c'était une des erreurs de Jean Hus. Dans la quinzième, il déclare hérétique, scandaleuse et séditieuse la proposition de Jean Petit,

(1) Voyez la note sur l'art. Coscile. Gocssit.

(2) Cette doctrine de l'ancien Clergé de France est précisément le vieux Gallicanisme qui vient o être implicitement condamné par le concile dn Vatican. " i,E jfoah

docteur -de Paris, qui, en 1408, avait soutenu publiquement qu'il est permis d'user de surprise, de trahison et de toutes sortes de moyens pour se défaire d'un tyran, et qu'on n'est pas obligé de lui garder la foi qu'on lui a promise. Dans les sessions, 40, 42 et 43, on fit quelques décrets pour réformer les abus introduits dans la discipline.

Plusieurs protestants et plusieurs incrédules ont accusé le concile de Constance d'avoir violé le droit naturel et les lois de la justice et de l'humanité, en livrant Jean Hus au bras séculier pour être puni du dernier supplice, malgré le sauf-conduit qui lui avait été donné par l'empereur; c'est une calomnie que nous réfuterons au motllussiiEs. Bergier.

CONSTANTIN. Nous ne devrions avoir rien à dire sur cet empereur ; mais les critiques modernes se sont appliqués à le noircir, afin de rendre suspecte sa conversion au Christianisme, et de décréditer les écrivains ecclésiastiques qui ont fait l'éloge de ses vertus. Dasnage leur a fourni les matériaux. Histoire de l'Eglise, toni.

2, pag. 1077. Mosheim n'a été guère plus équitable. Ht'sfc christ., sac 4, pag. 9S2. Un théologien doit savoir à quoi s'en tenir sur le caractère de ce prince.

I. Ou lui reproche les meurtres de Licinius son beau-frère, assassinémalgré la foi des traités ; de Licinien son neveu, massacré à l'âge de douze ans ; deMaximicnsonbcau-père,égorgépar son ordre à Marseille; de son propre fils Crispus, prince de grande espérance, injustement mis à mort, après lui avoir vu gagner des batailles ; de l'impératrice Fausta son épouse, étoufée dans un bain. On insiste sur la cruauté avec laquelle il fit dévorer par des bêtes féroces, dans les jeux du cirque, tous les chefs des Francs avec les prisonniers qu'il avoit faits dans une expédition sur le Rhin : on ajoute que tous ces crimes exécrables flétriront à jamais sa mémoire.

S'ils étaient tous vrais, il serait étonnant que Julien, qui ne ménage pas Constantin dans la Satire des Césars, n'en eût rien dit, pendant qu'il trai-

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tait de monstres les deux compétiteurs Constantin; que Zozime, historien païen, très-indisposé eontrelui, ne lui eût pas reproché ces crimes; que Libanais et Praxagore, autres païens zélés, eussent osé faire un éloge complet des vertus de Constantin, lorsqu'il n'existait plus, et que l'on pouvait flétrir impunément sa mémoire.

Mais les païens comtemporains ont été moins injustes que les philosophes du dis-huitième siècle; les premiers l'ont adoré comme on dieu après sa mort; les seconds veulent le faire détester comme nn scélérat.

Pour juger Constantin sans partialité, il faut consulter Tillemont ; il n'a supprimé aucun des reproches qui ont été faits à ce prince : il y oppose non le témoignage des auteurs chrétiens, mais celui des historiens païens, d'Anrélius Victor, cFEutrope, d'Ammien Marcellin, de Libanius, de Julien : la plupart ont écrit après la mort de Constantin, et après l'extinction de sa famille; ils n'avaient aucun intérêt de déguiser la vérité.

Il est faux que Constantin ait fait assassiner Licinius malgré la foi des traités. Trois fois Licinius avait armé contre lui, avait été vaincu en bataille rangée, et avait été pardonné.

Après avoir solennellement renoncé à l'empire, devenu simple particulier, il cabalait encore ; il violait donc . les traités, il ne fut donc pas mis à mort contre la foi des traités : la mort d'un sujet rebelle, ordonnée, par un empereur despote, après trois pardons accordés, ne fut jamais nn assassinat.

Constantin n'est point l'auteur du meurtre du jeune Licinien, aucun écrivain n'a osé l'en accuser; et il n'y en a aucune preuve.

Maximien, son beau-père, avait attenté à sa vie, c'était d'ailleurs un monstre couvert de crimes; après avoir renoncé à l'empire, il voulait s'en emparer de nouveau et l'arracher à son gendre ; il fut réduit à s'égorger lui-même. Se défaire d'un compétiteur injuste, ou plutôt d'un assassin, pane prévenir de nouvelles guerres civiles, est-ce un crime?

Nous avouons le meurtre injuste

de Crïspus. Sa belle-mère Fausta l'accusait d'avoir attenté à sa pudeur ; Constantin, trop crédule, eut tort de ne pas mieux vérifier ce crime prétendu; mais lorsque, persuadé de l'innocence de son- fils, Constantin punit la calomnie de Fausta, nous soutenons qu'il fit un acte de justice. Aucun écrivain chrétien n'a cherché à justifier ni à pallier le meurtre de Crispus.

Quant à la cruauté exercée contre les chefs des Francs et contre les prisonniers, il faut se souvenir que depuis longtemps la coutume des Romains était de faire contre les Barbares la guerre sans quartier ; qu'après la victoire remportée sur Maxence Constantin avait racheté à prix d'argent la vie des prisonniers; qu'il avait placé dans l'Illyrie et dans la Thrace trois eent mille Sarmates, chassés de leur pays par d'autres Barbares ; ce n'était donc pas un monstre altéré de sang humain. Ses prédécesseurs avaient, pendant trois cents ans, fait dévorer par les bêtes, dans le cirque, les chrétiens qui n'étaient ni des Francs, ni des Sarmates, mais des Romains ; et les censeurs de Constantin Font trouvé bon.

IL Ses accusateurs ont cherché à rendre suspects les motifs et les causes de saconversion an Christianisme; les uns ont dit, sur la foi de Zozime, historien païen très-prévenu contre ce prince, qu'il se fit chrétien, parce que les pontifes du paganisme l'assurèrent que leur religion n'avait point d'expiation assez puissante pour expier les crimes qu'il avait commis.

Cette absurdité est assez réfutée par les éloges que lui ont prodigués d'autres auteurs païens, et par le culte idolâtre qui lui a été rendu par les païens après sa mort. Eutrope, 1. 40.

D'autres empereurs, plus coupables que lui, n'avaient pas cru avoir besoin d'expiation, et l'on sait d'ailleurs si Iespontifes du paganisme étaient des censeurs fort rigides à l'égard des empereurs. Les autres disent que Constantin se fit chrétien par politique, parcequ'ilvit queles chrétiens étaient déjà nombreux et puissants, qu'il pouvait compter sur leur fidélité, que leurreligion était plus capable que le pa-

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gauisme de contenir les peuples dans l'obéissance. Soit pour un moment.

Il eu résulte déjà que Constantin fut plus sage et meilleur politique que ses prédécesseurs, qu'il rendit au Christianisme plus de justice que ne lui en rendent les incrédules, et que par l'événement il ne fut pas trompé, puisque sonrègnefut paisible et heureux.

Mais les motifs de politique ne dérogent en rien aux preuves que ce prince put acquérir d'ailleurs de la divinité du Christianisme.

Constantin a raconté lui-même, qu'avant de livrer bataille à son compétiteur Maxence, il avait vu, après midi, dans le ciel et au-dessus du soleil, une croix lumineuse avec ces mots : Sois vainqueur par cesigne ; que les soldats qui l'accompagnaient en avaient été témoins. Il ajoutait que la nuit suivante Jésus-Christ lui était apparu, et lui avait ordonné de faire une enseigne militaire, ornée du signe qu'il avait vu. Constantin la fit exécuter en effet ; c'est ce qui fut nommé le labarum. Après sa victoire, ce prince ût placer à Rome sa statue, tenant à la main une lance en forme de croix, avec cette inscription : Par la vertu de cesigne, j'ai délivré votre ville du joug de la tyrannie, etc. Eusèbe, dans la Viede Constantin, liv. 4, c. 28 et suiv., assure qu'il tenait ce fait de la propre bouche de cet empereur, qui le lui avait attesté avec serment, et dit qu'il avait vu plus d'une fois le labarum. Il en parle encore dans le panégyrique de ce prince, prononcé en sa présence, la trentième année de son règne, ou l'an 333. Orat. de laud. Constant., c.

6 et 9. Constantin lui-même semble y faire allusion dans son discours à l'assemblée des saints. Orat. ad Sanct.

cœtum, c. 26, lorsqu'il dit que ses exploits militaires ont commencé par une inspiration de Dieu.

Lactance, auteur contemporain, Lib. de Mort, persec, c. 44, dit seulement que Constantin fut averti en songe de faire graver sur les boucliers de ses soldats le signe céleste de Dieu, avant de commencer le combat, et qu'il ht en effet marquer sur les boucliers le signe de Jésus-Christ. Socrate, Sozomène, Philostorge, Théodoret, Optatianus, Porphyre, dans unpoëme

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à la louange de Constantin, deux orateurs païens dans les panégyriques de ce prince, le poète Prudence et d'autres, conflrmentlanarrationd'Eusèbe.

Jusqu'au seizième siècle, aucun écrivain ne l'avait attaquée ; mais, comme les protestants ont vu qu'elle pouvait servir à autoriser le culte de la croix, plusieurs d'entre eux ont entrepris de lui ôter toute croyance. Ils ont dit que tous les témoignages que l'on produit en faveur de ce miracle, se réduisent, dans le fond, à celui de Constantin; que ce fut, de sa part, une ruse militaire pour animer ses soldats au combat. Chaussepié, dans le Supplément au Dictionnaire de Bayle, a rassemblé toutes les objections et les conjectures de ces critiques. Mosheim a fait de même. Hist. Christ, ssec. 4, p. 978. Les incrédules modernes en ont triomphé, et l'on n'a pas manqué de mettre un long extrait de cette dissertation dans l'ancienne Encyclopédie, au mot vision de Constantin.

En 1774, M. l'abbé Duvoisin leur a opposé une dissertation plus exacte et plus solide ; il a rapporté les preuves et les témoignages que nous venons d'indiquer, il en a fait sentir la force, et a répondu à toutes les objections ; l'on peut consulter cet ouvrage. On y verra, dans tout son jour, la témérité avec laquelle les protestants ont travaillé à jeter du doute sur les faits de l'Histoire ecclésiastique, qui paraissent les mieux constatés, et les armes qu'ils ont fournies aux incrédules pour attaquer tous les faits favorables au Christianisme.

Nous nous bornons à remarquer que l'on suspecte, sans aucune raison, la probité de Constantin. l°A-t-on prouvé queDieun'apas pu ou n'a pas dû faire un miracle pour convertir cet empereur, et pour préparer ainsi le triomphe du Christianisme? 2° Il fiut supposer que tous les soldats de son armée étaient chrétiens, ce qui ne peut pas être, puisque alors ce prince n'avait pas encore professé la religion chrétienne ; des soldats païens ne pouvaient avoir aucun respect ni aucune confiance au nom ni au signe de Jésus- Christ ; il élait à craindre au contraire que ce signe, détesté par les

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païens, ne les fit déserter et passer du côté de Maxence. 3° Après la victoire une fois remportée sur Maxence, quel intérêt pouvait avoir Constantin à faire attester par ses enseignes, par sa statue et par d'autres monuments, 1 imposture qu'il avait forgée pour inspirer du courage à ses soldats? 4° 11 en avait encore moins à répéter cette fable à Eusèbe douze ou quinze ans après, à l'attester par serment, à dire que le prodige avait été vu par les soldats qui l'accompagnaient pour lors. Si cela n'était pas vrai, les païens, surtout les soldats, ont dû se moquer de la fourberie de l'empereur et de ses prétendus monuments, et s'obstiner davantage dans la profession du paganisme. D'un côté, l'on attribue à ce prince une politique très-rusée, de l'autre une imprudence inconcevable.

5° La vision de Constantin n'est pas , dans le fond, une preuve fort nécessaire au Christianisme ; il peut aisément s'en passer ; nous ne voyons pas que ceux qui la rapportent en tirent aucune conséquence ni aucun avantage. Ils ont donc eu moins d'intérêt ^l'accréditer, que les protestants et les incrédules n'en ont à la suspecter.

Voyez encore Vies des Pérès etdes Martyrs, t. 8, p. 488 et suiv.

III. Les accusateurs modernes de Constantin lui refusent la qualité de sage législateur, parce qu'il accorda des immunités aux clercs, et donna lieu d'en augmenter le nombre ; parce qu'il donna aux évoques de grands privilèges, en particulier celui d'affranchir les esclaves ; parce qu'il favorisa le célibat, en abolissant la loi Papia Poppœa, qui privait les célibataires des successions collatérales.

Quand Constantin aurait eu tort en tout cela, ce qui n'est pas, aurait-il détruit par là le bien qu'ont dû produire plus de quarante lois fort sages, qu'il a faites sur divers objets de police?

Elles sont dans le Code Théodosien ; Tillemont les a rapportées; mais, par un trait d'équité exemplaire, nos critiques les passent sous silence : il serait trop long d'en faire le détail et d'en montrerles heureuxeffets. Voyez le Traité de la vraie religion, tom, 1 1 , c. 10. art, 1, § 9.

Mais Constantin était meilleur poli-

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tique que ceux qui osent le blâmer. Il accorda aux médecins et aux professeurs de belles-lettres les mêmes immunités qu'aux clercs; nous espérons qu'on ne lui en saura pas mauvais gré ; mais, loin d'augmenter le nombre des clercs, il ordonna que l'on ne ferait point de clercs qu'à la place de ceux qui seraient morts et que l'on préférerait ceux qui n'étaient pas riches. Sous la république romaine , les Pontifes avaient eu déplus grands privilèges que n'en eurent jamais les évèques; on ne conçoitpas comment des philosophes osent faire un crime à cet empereur d'avoir facilité l'affranchissement des esclaves, lorsque l'empire était dépeuplé par les guerres civiles et étrangères qui avaient précédé. C'est pour le repeupler qu'il accorda des terres à trois cent mille Sarmates, chassés de leur pays par d'autres Barbares. La loi Papia Poppwa était injuste et absurde, parce qu'elle punissait les innocents aussi bien que les coupables ; elle n'avait produit d'ailleurs aucun effet; il est faux, qu'après son abolition, le célebat soit devenu plus commun qu'il n'était auparavant.

Enfin, l'on a écrit et répété que Constantin employa la violence et les supplices pour exterminer le paganisrne.etmettre la religion chrétienne à sa place; c'est une calomnie que nous réfuterons aumot Empereur.

Bergier.

CONSTANTINOPLE. Outre les conciles particuliers qui ont été tenus dans cette ville, il y en a quatre qui sont regardés comme généraux ou œcuméniques. Le premier fut convoqué, l'an 381, par ordre de l'empereur Théodose, et composé d'environ cent cinquante évèques orientaux, dont un grand nombre était recommandable par leur capacité et par leurs vertus. Après avoir placé un évèque légitime sur le siège de cette ville, qui était occupé par un intrus, le concile condamna de nouveau les ariens et les eunomiens; il proscrivit les erreurs de Macédonius, qui niait la divinité du Saint-Esprit, et celles d'Apollinaire, qui attaquaient la vérité de l'incarnation. Conséquemment il

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décida que le Saint-Esprit est consubstantiel au Père et au Fils , que ces trois Personnes ont une seule et même divinité; il confirma le symbole de Nicée, et il y fit quelques additions relatives aux nouvelles erreurs; enfin, il dressa quelques canons de discipline. L'année suivante, le pape Damase, et dans la suite, les évêques d'Occident, acceptèrent les décisions de ce concile ; c'est ce qui lui a donné l'autorité d'un concile général.

Le deuxième, qui est aussi nommé le cinquième général, fut convoqué par l'empereur Justinien, l'an 533, sous les yeux du pape Vigile, qui ne voulut cependant pas y assister ; il s'y trouva au moins cent cinquante évêques presque tous orientaux. Le motif de la convocation était de condamner les trois cliapitres. L'on entendait sous ce nom: 1° les écrits de Tbéodose de Mopsueste -, 2° ceux que Théodoret, évêque de Cyr, avait composés pour réfuter lesanathèmatismes dressés par saint Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius; 3° une lettre qu'Ibas, évêque d'Edesse, avait écrite à un Persan nommé Maris. Plusieurs évêques, aussi bien que l'empereur, jugeaient qu'il était nécessaire de condamner ces ouvrages, parce que les nestoriens s'en servaient pour autoriser leurs erreurs, et prétendaient que ces mêmes écrits avaient été approuvés par le concile de Chalcédoine, ce qui était faux. Les eutycbiens, de leur côté, demandaient la condamnation de ces écrits, pour fermer la bouche aux nestoriens ; Tbéodore de Césarée, qui était du parti des eutychiens acéphales, avait assuré l'empereur que, sous cette condition, ses adhérents se réconcilieraient volontiers à l'Eglise.

D'autre part, parmi les catholiques mêmes, surtout parmi les Occidentaux, 'plusieurs désapprouvaient la condamnation que Justinien, de sa propre autorité, avait faite des trois chapitres ; les uns, parce qu'ils étaient persuadés que ces écrits étaient orthodoxes, et que les nestoriens avaient tort de s'en prévaloir ; les autres, parce qu'ils croyaient que ces ouvrages avaient été approuvés en effet parle concile de Chalcédoine, et que

la demande des eutychiens n'était qu'un piège imaginé paur affaiblir l'autorité de ce concile; d'autres enfin parce qu'il leur paraissait indécent de faire le procès aux morts, et de flétrir la mémoire de trois évêques décédés dans la communion de l'Eglise.

Tel était le sentiment du Pape Vigile. Appelé à Constantinople, l'an 546, par Justinien, et tourmenté par cet empereur, ileonsentit enfin, après deux ans de résistance, et après avoir consulté un synode de 70 évoques, à condamner les trois chapitres ; il le fit par un écrit public, qui fut nommé Judicatum ou Constitutum, mais qui portait la clause, sans préjudice du concile de Chalcédoine. Cette complaisance ne laissa pas de brouiller le Pape avec les évêques d'Afrique et d'Italie. Vainement Justinien employa la violence pour obtenir de lui une condamnation pure et simple, Vigile démanda la convocation d'un concile général, et l'obtint. En attendant, il retira son Judicatum et la signature des évêques qui y avaient souscrit, et défendit, sous peine d'excommunication, de rien écrire pour ou contre les trois chapitres avant la décision du concile.

Lorsqu'il fut assemblé, Vigile refusa d'y assister, parce qu'il n'y avait qu'un très-petit nombre d'évêques occidentaux, et parce qu'il prévit que les suffrages n'y seraient pas libres.

Le concile ayant condamné absolument les trois chapitres, et prononcé l'anathème contre les auteurs, il n'est pas certain que Vigile y ait souscrit ; plusieurs prétendent qu'il ne l'a jamais fait, d'autres ont produit un Constitutum de ce pape, de l'an 534, dans lequel il déclare, qu'après avoir mieux examiné les écrits dont il est question, il les a jugés condamnables.

Cette pièce est rapportée dans les nouvelles collections de Baluze.

Cette condamnation causa un schisme parmi les évêques occidentaux, toujours persuadés que les trois chapitres avaient été approuvés par le concile de Chalcédoine. La division parmi eux ne finit que plus d'un siècle après; elle dura aussi longtemps parmi les Orientaux, dont les uns

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