CHIENS
CONTRADICTION. Les incrédules, dans le dessein de prouver que nos Livres saints ne sont rien moins que des ouvrages divins, se sont appliqués à y chercher des condraclictions, et ils se sont flattés d'y en avoir trouvé un grand nombre. Mais, en se servant de leur méthode, il n'est aucune histoire ni aucun livre dans lequel il ne soit aisé d'en montrer encore davantage.
Si l'un des quatre évangélistes
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rapporte un fait ou une circonstance de laquelle les autres n'aient pas parlé, nos subtils critiques disent qu'il est en contradiction avec eux, comme si le silence d'un historien était la même chose qu'une réclamation et une opposition formelle ; aucun des évangélistes ne s'est proposé d'écrire exactement tout ce que Jésus- Christ a dit et a fait, ni de garder scrupuleusement l'ordre des événements, mais seulement d'en donner une connaissance suffisante aux fidèles pour fonder leur foi. Les Evangiles, dit un célèbre incrédule, nous ont été donnés pour nous enseigner à vivre saintement et non pas à critiquer savamment. Il est fâcheux qu'il ait souvent oublié lui-même cette sage réflexion.
Lorsque deux ou plusieurs auteurs contemporains ont fait une même histoire, ont parlé d'un événement chargé de circonstances, leur est-il jamais arrivé de le raconter précisément de même, sans aucune variété? Dans ce cas, on penserait que l'un a copié l'autre ou qu'ils ont usé de collusion. Ceux qui ont voulu composer un corps complet de l'histoire romaine, ont été obligés de rapprocher et de comparer ensemble tous les anciens historiens, de suppléer au silence de l'un par la narration de l'autre ; et, quand ils ont cru y apercevoir de l'opposition, ils ont cherché le moyen de les concilier : nous ne voyons pas que les incrédules aient blâmé cette conduite. Voilà aussi ce que l'on a fait en dressant la concorde ou l'harmonie des quatres évangiles ; on en a ainsi rendu la narration plus suivie et plus aisée à entendre, et l'on voit qu'il n'y a point de contradiction^ Il a fallu de même comparer les livres des Rois avec ceux des Paralipomènes, qui rapportent les mèmes faits, mais avec quelques variéi.és; ilafallu enfin rapprocher l'un de l'autre les deux livres des Machahëes, dont les auteurs n'ont pas suivi exactement l'ordre chronologique.
Mais dès qu'il est question des écrivains sacrés, les incrédules ne veulent plus de conciliation, ils ne cherchent pas à savoir la vérité, mais à l'obscu rcir tant qu'ils peuvent.
Une seule circonstance omise, et qui parait minutieuse à celui qui écrit, suffira dans la suite des temps pour jeter de l'obscurité et de l'embarras dans son récit; il paraîtra contradictoire à ceux qui le liront sans être suffisamment instruits de ce qui se passait pour lors. Dans le temps que les évangélistes ont pris la plume, cet inconvénient n'avait pas lieu, parce qu'ils écrivaient des faits publics dont la mémoire était encore toute récente. Il n'en est plus de même après un grand nombre de siècles; nous ne connaissons plus assez les mœurs, les usages, les habitudes, le langage des habitants de la Judée, leur état civil et politique, la tournure de leur esprit, la situation des lieux, etc. Ce qui était fort clair pour eux, est devenu obscur pour nous.
Les commentateurs de l'Ecriture sainte n'ont passé sous silence aucune des contradictions prétendues dont les incrédules font trophée; c'est dans les écrits des premiers que nos savants critiques sont souvent allés les prendre, en laissant de côté les éclaircissements et les réponses. Ils se sont, ensuite copiés les uns les autres, et se sont transmis leurs arguments par tradition. Nous les examinerons en particulier dans les articles qui y ont rapport, et nous ferons voir que la narration des auteurs sacrés ne se contredit point.
Souvent aussi on a reproché aux théologiens l'esprit de contradiction, l'amour de la disputera promptitude avec laquelle ils prennent feu sur tout ce qui choque leurs opinions. Nous convenons que ce défaut, si c'en est un, est l'apanage universel do l'humanité; il ne règne pas moins parmi ceux qui cultivent les autres sciences, et ceux qui s'en plaignent en sont quelquefois attaqués sans s'en apercevoir. Mais en cela les théologiens sont peut-être les moins blâmables.
La nécessité de veiller de près sur tout çc qui peut donner atteinte aux vérités révélées, la multitude d'erreurs qui ont troublé l'Eglise, la facilité avec laquelle on saisit l'occasion d'attaquer la religion, doivent rendre attentifs ceux qui sont chargés de la
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défendre. Il ne faut donc pas condamner leur exactitude à relever les plus légères fautes; ils ont appris, par une longue expérience, que la moindre étincelle peut causer un embrasement.
Bergier.
CONTRAINTE. Voyez Persécution.
CONTRAT SOCIAL. Voyez Société.
CONTRE-REMONTANTS ou GOMA-
RISTES. Voyez Arhimiens.
CONTRITION, regret d'avoir péché. Ce terme, dérivé de eonterere, broyer, briser, exprime l'état d'une âme déchirée et pénétrée de douleur d'avoir offensé Dieu, qui désire ardemment de se réconcilier avec lui et de recouvrer la grâce. Il est tiré de l'Ecriture sainte. Joël, c. Il, y 13, disait aux Juifs : Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ; et David, Ps.SO : Vous ne rejetterez pas, Seigneur, un cœur brisé de douleur et humilié.
Le concile de Trente, sess.,;i4, c. 4, définit la contrition, une douleur de l'âme et une détcstation du péché commis, avec un propos de ne plus pécher à l'avenir; il déclare que cette contrition a été nécessaire dans tous les temps pour obtenir la rémission des péchés. Cela est prouvé par les exemples de David pénitent, des Ninivites, d'Achab, de Manassès, de la pécheresse de Naïm, etc.
Sous la loi évangélique, la contrition exige de plus le -désir de remplir tout ce que Jésus-Christ a ordonné pour la rémission des péchés, par conséquent la volonté de les confesser et de satisfaire à la justice divine : aussi les théologiens, après saint Thomas, définissent la contrition, une douleur du péché, accompagnée du propos de le confesser et de satisfaire.
Luther s'est beaucoup écarté de ces notions, lorsqu'il a réduit toute la pénitence au changement de vie, sans exiger aucun regret pour le passé, aucune confession du péché.
Outre les exemples du contraire que nous voyons dans l'Ecriture, on pouvait lui opposer la croyance et la pratique constante de l'Église attes-
tées par les Pères, et fondées sur ces exemples mêmes. Le concile de Trente a donc justement condamné cette erreur de Luther, sess., 14,can 5 Comment ce sectaire a-t-il pu soutenir que la crainte des peines éternelles et la contrition ne servaient qu'à rendre l'homme hypocrite et plus grand pécheur. Isaïe, c. 57 f 25 dit : « Que Dieu demeure avec ceux » qui ont l'esprit humble et contrit et
» qu'il leur rend la vie Sur qui
» jetterai-je les yeux, dit le Seigneur, » sinon sur le pauvre qui a l'esprit » contrit, et qui tremble à ma pa- » rôle? » c. 66, f 2. Jésus-Christ s applique ces paroles : « Le Seigneur » m'a envoyé pour guérir les cœurs » contrits, et mettre les captifs en » liberté. » Luc, c. 4, f 18. Après la première prédication de saint Pierre, les Juifs furent touchés de repentir ■' compuncti simt corde, et demandèrent:
Que ferons-nous? Faites pénitence, répondit l'apôtre, et recevez le baptême Ad., c. 2, f 37. Ce n'était là ni de l'hypocrisie, ni une augmentation de péché.
^ Pour être efficace, la contrition doit être sincère, libre, surnaturelle, vive et véhémente. Sincère, puisque Dieu exige la douleur du cœur. Libre, et non forcée ou extorquée par la crainte et les remords. Surnaturelle, non-seulement dans son principe, qui est la grâce, sans laquelle nous ne pouvons nous repentir sincèrement, mais dans son motif, et avoir Dieu pour objet.
Conséquemment, l'assemblée du clergé de France, en 1700, condamna comme hérétique la proposition de quelques casuistes, qui disaient que ïattrition, conçue par un motif naturel, pourvu qu'il soit honnête, suffit dans le sacrement de pénitence.
Enfin la contrition doit être vive, véhémente, ou souveraine; un cœur vraiment pénitent doit être dans la disposition de préférer Dieu à tout de mourir, s'il le faut, plutôt que de l'offenser; se porter à Dieu aussi vivement qu'il déteste le péché, haïr tous ses péchés sans exception.
Les théologiens distinguent deux sortes de contrition : l'une parfaite, l'autre imparfaite, qu'ils nomment attrition.
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La première est celle qui a pour motif l'amour de Dieu, ou la charité proprement dite ; elle réconcilie déjà le pécheur avec Dieu, avant la réception du sacrement de pénitence ; mais elle doit toujours renfermer le désir et la volonté de le recevoir.
Ainsi s'exprime le concile de Trente, sess. 14, can. 4.
La seconde, selon le même concile, est la douleur ou la détestation du péché, conçue par la considération de la turpitude du péché, et par la crainte des peines de l'enfer. Il déclare que, si elle exclut la volonté de pécher, et renferme l'espérance du pardon, non-seulement elle ne rend point l'homme hypocrite etplus grand pécheur, mais qu'elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement, de pénitence. Il décide que cette attriiion est un don de Dieu et un mouvement du Saint-Esprit, qui n'habite pas encore dans l'âme du pénitent, mais qui l'excite à se convertir ; qu'elle ne le justifie point par elle-même sans le sacrement, mais qu'elle y sert de disposition.
Sur cette décision du concile, les théologiens disputent pour savoir en quoi consiste précisément la différence entre la contrition parfaite et l'attrition. Les uns veulent que le motif de l'une et de l'autre soit absolument le même, savoir, l'amour de Dieu ; que toute la différence soit en ce que cet amour est plus vif dans la contrition parfaite, et plus faible dans l'attrition. Les autres soutiennent que le motif de l'attrition est différent ; que c'est, selon le concile, la turpitude du péché, la crainte de l'enfer, l'espérance du pardon; que toute douleur du péché, conçue par le motif de l'amour de Dieu, quelque faible qu'il soit, est la contrition parfaite.
Conséquemment les premiers prétendent que l'attrition seule ne suffit pas dans le sacrement de pénitence ; ils se fondentsur ce que le concile de Trente, en parlant de la justification, exige, comme une disposition essentielle, que le pécheur commença à aimer Dieu comme source de toute justice.
Sess. 6, can. 6. Ce commencement d'amour, disent-ils, ne peut être
autre chose qu'une charité encore faible, mais pure, par laquelle on aime Dieu pour lui-même.
Lessecondsrépondentque ce commencement d'amour est un amour d'espérance ou de concupiscence, par lequel nous nous portons à Dieu comme à l'objet dû notre bonheur éternel ; qu'en comparant les deux décisions du concile, on voit que tel en est le sens. Ils s'appuient de l'autorité de saint Thomas, 2, 2, q. 17, qui décide que l'espérance et tout mouvement de désir vient d'un sentiment d'amour, et qui distingue ainsi la charité parfaite d'avec l'amour imparfait.
Il est impossible, disent-ils, qu'un chrétien, qui croit l'efficacité du sacrement, qui espère d'en obtenir l'effet par la miséricorde de Dieu, ne soit pas touché d'un sentiment de reconnaissance de ce que Dieu veut bieu pardonner au repentir. Si la reconnaissance n'est pas un amour du bienfaiteur, qu'est-ce donc?
En 1700, le clergé de France a condamné la proposition qui disait, que l'attrition qui nait de la crainte de l'enfer suffit sans aucun amour de Dieu. Le clergé exige donc, comme le concile de Trente, un commencement d'amour de Dieu; mais de quel amour? Est-ce de la charité pure par laquelle on aime Dieu pour lui-même, ou de l'amour d'espérance par lequel on aime Dieu comme bienfaiteur? Le concile ni le clergé ne le décident point : il y a donc de la témérité à vouloir le décider.
Il y en a encore davantage à soutenir que la charité, pure, lorsqu'elle est faible, ne suffit pas pour justifier le pécheur et le réconcilier avec Dieu, avant le sacrement.
Le parti le plus sûr est donc de s'en tenir à la décision du clergé, conçue en ces termes : « Voici, selon le con- » cile de Trente, les deux avis ou » points de doctrine que nous avons » jugés nécessaires. Le premier, que » pour les sacrements de baptême et » de pénitence, il n'est pas absolu- » ment besoin d'avoir la contrition, » conçue par le motif de la charité » parfaite, et qui, avec le vœu du sa- » crement, réconcilie l'homme avec » Dieu avant la réception actuelle du
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» sacrement. Le second, que pour » l'un et l'autre de ces mêmes sacre- » ments, uu homme ne doit pas se » croire en sûreté, si, outre les actes » de foi et d'espérance, il ne com- » mence pas à aimer Dieu comme » source de toute justice. » Il est difficile de ne pas entendre ces dernières paroles de l'amour de reconnaissance.
Les partisans de la proposition condamnée, que l'on a nommés les attritionnaires, n'étaient fondés que sur un raisonnement absurde. Si, pour obtenir le pardon de nos fautes, disaient-ils, il faut absolument aimer Dieu, quel avantage avons-nous sur les Juifs? A quoi sert le sacrement de pénitence, s'il ne supplée pas au défaut de l'amour, et ne nous décharge pas de l'obligation pénible d'aimer Dieu actuellement?
A Dieu ne plaise que l'obligation de l'aimer puisse paraître pénible à un chrétien, ou que le privilège de laloi nouvelle au-dessus de l'ancienne soit la dispense d'aimer Dieu. La différence entre ces deux lois, selon saint Paul, est que l'ancienne était une loi de crainte, et que la nouvelle est une loi d'amour. Un chrétien qui reçoit des grâces plus abondantes qu'un Juif, est sans doute plus obligé à être reconnaissant et à aimer son bienfaiteur. Y a-t-il un bienfait plus précieux que le pardon du péché accordé au repentir par les mérites de Jésus-Christ?
Mais en voulant pousser trop loin la perfection et la sublimité des sentiments, il est dangereux de tendre un piège aux âmes timorées, et d'étouffer en elles l'amour de Dieu par la crainte, en voulant faire le contraire (1). Voy. l'ancien Sacfamentaire par Grancolas, 2e part.,pag. 4S8, 46S.
Bergier.
CONTROVERSE, dispute de vive voix ou par écrit sur les matières de religion. Ces sortes de disputes sont inévitables, parce que le Christianisme
(I) Bergier, comme tons les théologiens gallicans, a une tendance an rigorisme janséniste ; maisil est sans cesse sur ses gardes pour la modérer; c'est une justice qu'il faut lui rendre.
Le Noir. ■
a toujours eu des ennemis, et qu'il en aura toujours. Elles sont nécessaires, parce qu'on ne doit rien négliger pour ramener dans la bonne voie ceux qui se sont égarés. Si elles troublent la paix, il faut s'en prendre à ceux qui en sont les premiers auteurs, et qui lèvent l'étendard contre renseignement de l'Eglise. Pour qu'elles produisent de bons effets, il faut que de part et d'autre elles soient non-seulement libres, mais toujours retenues dans les bornes de la politesse et de la modération.
Il nous parait qu'en général les controversistes catholiques, surtout ceux du dernier siècle, ont mieux observé cette règle que leurs adversaires. Bossuct, Nicole, Pélisson, Papin, etc., sont des modèles en ce genre :
nous ne pouvons mieux faire qne de les imiter dans nos disputes actuelles aTec les incrédules.
Lorsqu'une controverse commence, il est rare qu'elle prenne d'abord la tournure qu'il faudrait lui donner pour la terminer proinptement.
Comme les novateurs sont tous des sophistes, ils ne manquent jamais de dénaturer la question ; les théologiens catholiques qui veulent les suivre pour les réfuter, s'exposent à faire beaucoup de chemin hors de la vraie route, et sans avancer d'un pas vers le terme.
Ainsi, lorsque les prétendus réformateurs parurent, si on avait commencé par leur demander des preuves de leur mission, ils auraient été fort embarrassés. Ils n'étaient envoyés par aucun pasteur légitime ni par aucune société chrétienne; il fallait donc qu'ils prouvassent par des miracles une missionsurnaturelle, extraordinaire, comme Moïse, Jésus-Christ et les apôtres avaient prouvé la leur : ils n'étaient rien moins que des thaumaturges.
Selon eux, l'Ecriture sainte doit être la seule règle de foi ; la première question à décider était donc de savoir quels sont les livres que l'on doit regarder comme Ecriture sainte. Ils rejetaient une partie des livres reçus par l'Eglise catholique ; est-ce encore par l'Ecriture qu'il fallait terminer cette contestation? Si chaque fidèle
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doit en juger selon ses lumières et son goût particulier, pourquoi le goût d'un catholique était-il moins sûr que le goût d'un prédicant? Tout homme sensé pouvait lui dire : Puisque l'Ecriture est ma seule règle de foi, je n'ai besoin ni de vos leçons ni de vos explications; je sais lire aussi bien que vous; c'est à moi de voir dans l'Ecriture ce que Dieu y a révélé, et non à vous de me le montrer. La Bible est mon seul docteur; la fonction d'enseigner que vous usurpez, est déjà une contradiction avec votre propre principe.
A la vérité, nos controversistes leur ont fait cet argument, mais ce n'a été qu'après de longues disputes; il aurait été mieux de commencer par là, et de ne pas donner le temps à ces hommes sans aveu de séduire les ignorants par l'étalage de leur doctrine.
La même faute avait été commise dans les contestations que l'on avait eues dansles siècles précédents avecles hussites, les wicléfites, lesvaudois, les manichéens nommés albigeois. Dans les ouvrages qui ont été écrits contre eux, nous ne voyons pas que l'on ait insisté sur le défaut démission de ces novateurs, ni sur la contradiction de leurs principes.
Dès le commencement du troisième siècle, Tertullien avait tracé dans son Traité des Prescriptions contre les hérétiques, la manière de les réfuter tous ; il leur demande des preuves de leur mission, refuse de les admettre à disputer sur l'Ecriture, leur oppose la tradition des Eglises apostoliques, les confond par leurs propres dissensions, et par l'opposition constante de leurs divers systèmes. Un théologien catholique ne peut mieux faire que de suivre toujours cette méthode; elle est non-seulement invincible , mais respectable par son antiquité.
Après avoir décidé que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi, les protestants ont encore prétendu qu'elle , est le seul juge des controverses. Mais c'est d'abord abuser du terme que d'appeler juge la lui selon laquelle le juge doit prononcer, et de laquelle il doit déterminer le vrai sens. Dans toutes les controverses, la question est de savoir si tel dogme est révélé dans l'E-
ciitnre sainte, ou s'il ne l'est pas ; quel est le vrai sens des passages que chaque parti allègue pour appuyer son opinion; comment cette même Ecriture peut-elle faire lafonction déjuge, et terminer la contestation? 11 est évident que le simple particulier qui récuse toute espèce de tribunal, se rend lui-même juge de ce qu'il doit croire.
Pour terminer, par exemple, la controverse touchant l'eucharistie, il s'agit de savoir quel sens il faut donner à ces paroles de Jésus-Christ, ceci est mon corps. Selon la croyance de l'Eglise catholique, elles signifient que le corps de Jésus-Christ est véritablement présent sous les apparences du pain; que ce n'est plus du pain, mais le corps de Jésus-Christ. Suivant l'opinion de Luther, ce corps y est à la vérité, mais avec le pain, dans le pain, ou sous le pain ; il ne s'y fait aucun changement (1). Si nous écoulons Calvin, ces paroles signifient seulement, ce pain est la figure de mon corps ; mais le fidèle , en mangeant ce pain, recevra par la foi {et spirituellement le corps de Jésus-Christ. Chacun de ces trois disputants allègue d'autres passages de l'Ecriture pour confirmer son explication; C'est donc au simple fidèle de juger lequel des trois a raison, et de s'en tenir à son propre jugement.
Le fidèle catholique no fait point ainsi la fonctionde juge. Lorsque l'Eglise a décidé, par la bouche de ses pasteurs, soit dispersés, soit rassemblés (2), que tel est le sens de tel passage de l'Ecriture (3), il soumet son propre jugement à celui de l'Eglise, et croit humblement ce quelle a prononcé. Dans le fond, un protestant fait de même, sans vouloir en convenir, ou sans s'en apercevoir; avant de lire l'Ecriture sainte, il était déjà déter-
(1)11 ne faut jamais perdre de vue, quaDd il s'agit de fixer le vrai seus catholique de la présence réelle, le mot transubstantîation qui indique, ni une introduction, ni une concomitance, ni une substitution, mais un changement dans le genre de celui que la nature opère sur l'aliment par la digestion, et qae les physiologistes appellent assimilation. L'aliment devient la chair et les os. Il est naturellement transubstantiûé. Le Nota.
(2) Bergier ajouterait aujourd'hui : ou par la boni lie de son chef. Le Nom.
(3) Concernant la foi ou la moralo.
Le Nota.
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miné, par le catîiéchisme qu'on lui a enseigné dans son enfance, a donner aux passages sur lesquels on dispute le sens adopté par la société dans laquelle il est né.
Il est bon de savoir quel jugement les protestants ont porté de nos controversistes et de leurs différentes méthodes ; ce qu'en a dit Mosheim nous paraît mériter quelques réflexions.
En parlant de la naissance du luthéranisme, et des disputes touchant la confession d'Augsbourg, Histoire ecclés., seizième siècle, scct, 3 c. 2, § 4, il dit qu'il n'y avait que trois moyens de les terminer : le premier, et le plus raisonnable à son gré, était d'accorder aux protestants la liberté de suivre leurs sentiments particuliers, et de les laisser servir Dieu selon les lumières de leur conscience ; pourvu qu'ils ne troublassent point la tranquillité publique. Mais le protestantisme pouvait-il s'établir sans troubler la tranquillité publique? Il s'agissait nonseulement d'embrasser de nouvelles opinions spéculatives, mais d'abolir les pratiques, le culte extérieur et toute la discipline de l'Eglise, de déposséder les évoques et les prêtres, de chasser les moines et les religieuses, etc. Aucun prédicant, lorsqu'il s'est trouvé le maître, n'a laissé aux catholiques la liberté de servir Dieu selon les lumières de leur conscience ; Luther à Wirtemberg, Zwinglo à Zurich, Calvin à Genève, ont-ils toléré l'exercice du catholicisme? En 1530, lorsque l'électeur de Saxe et les autres princes protestants présentèrent leur confession de foi à la diète d'Augsbourg, commencèrent-ils par jurer et promettre qu'ils accorderaient aux catholiques la même liberté qu'ils demandaient pour eux? Déjà là religion catholique n'existait plus dans leurs états.
Le second moyen était de forcer les protestants, l'épée à la main, de rentrer dans le sein de l'Eglise. Cette méthode, dit Moslieim, étaitla plus conforme à l'esprit du sié'cle, surtout au génie despotique et aux conseils sanguinaires de la cour de Rome. Mais il réfute lui-même cette calomnie. En proposant un troisième expédient, qui
était d'engagerlesrieuxparties contondantes à modérer leur zèle, à rabattre quelque chose de leurs prétentions respectives, il dit que ce moyen fat généralement approuvé; que le Pape lui même ne ni parut le rejeter, ni le mépriser; aucun des théologiens qui entrèrentenconférence avec les novateurs ne fut blâmé : où sont donc les preuves de l'esprit oppresseur du siècle,du génie despotique etsanguinaire de la courde Rome? Mosheim convient, § 5, que les moyens de conciliation n'ayant produit aucun effet, l'on eut recours à la force du bras séculier et àl'autorité impérieuse des édits. Donc on n'en vint là qu'à la dernière extrémité; l'on y fut forcé, non-seulement par l'opiniâtreté aveclaquelleles protestants se refusèrent à toute instructions, mais parles voies de fait et les violences qu'ils employèrent pour exterminer la religion catholique.
En exposant les différentes méthodes dont les controversistesde l'Eglise romaine se sont servis pour ramener les protestants, Mosheim n'a eu garde de dire qu'ils commencèrent toujours parprouvernos dogmes par l'Ecriture sainte. Pourquoi ce silence affecté?
C'est que ce procédé de nos controversistes satisfait pleinement aux plaintes, aux reproches, aux clameurs des protestants. Ils ne réclamaient que l'Ecriture sainte, et, quand on la leur opposait, ils ne l'écoutaient pas.
Il parle avec modération du jésuite Bellarmin et de ses controverses, section 3, première partie, c. 1, § 20; il rend justice, non-seulement aux talents de cet écrivain, mais à la candeur et à là sincérité avec laquelle il propose les raisons et les objections de ses adversaires dans toute leur force; ensuite, par un trait demalignité pure, il ajoute que ce théologien aurait eu plus de réputation parmi ceux de sa communion, s'il avait eu moins d'exactitude et de bonne foi. Où est la preuve ? Parmi les rivaux même des jésuites, y en a-t-il un seul qui ait blâmé Bellarmin de son exactitude et de sa bonne foi? On lui a reproché peut-être de n'avoir pas su profiter assez de ses avantages, de n'avoir pas donné à ses réponses autant de force que l'on fait les controversistes posté-
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rieurs; cela est fort différent. Quelques lignes plus haut, Moslieim avait dit que les contre- versistes jésuites surpassèrent tous les autres en subtilité, en effronterie et en invectives; l'exemple de Bellarmin n'est certainement pas propre àjustitier ce reproche.
Il n'a pas été plus équitable envers les controversistes du siècle dernier, .dix-septième siècle, sect. 2, lrD partie, c. 1, § 13. Sans oser déprimer leurs talents, il les accuse d'avoir eu recours aux fraudes pieuses, parce qu'ils s'attachèrent à faire voir que les prolestants déguisaient les dogmes catholiques pour les rendre odieux; qu'en les exposant tels qu'ils sont, ils ne se trouvent plus aussi opposés aux sentiments des protestants, que ceux-ci le prétendent. C'est ce qu'à fait en particulier Bossuet, dans son Exposition de la Foi catholique, qui parut en 1671. Moslieim observe d'abord que ces théologiens conciliateurs agissaient en leur propre et privé nom, sans y être autorisés par les chefs de l'Eglise : remarque trèsridicule. Faut-il donc, pour traiter la controverse, être muni d'une procuration de l'Eglise universelle ? Dans une note du traducteur, il est dit que le Pape n'approuva cette Exposition de la Foi qu'au bout de neuf ans; que Clément XI refusa de l'approuver; qu'en 1685 l'université de Louvain la condamna comme un livre scandaleux et pernicieux.
Voilà les fables par lesquelles on abuse de la crédulité des protestants.
Le bref d'approbation de ce livre, donné par Innocent XI, est du 4 janvier 1679, et il le donna pour fermer la bouche aux protestants, qui publiaient que Bossuet n'exposait pas fidèlement la foi de l'Eglise romaine. Déjà, en 1672, il avait été approuvé par onze évèques de France, par les cardinaux Bona et Chigi, par le maître du sacré palais ; il le fut ensuite par l'évêque de Paderborn, et par deux ou trois consulteurs du saint office. Il a été traduit en plusieurs langues ; et l'on ose écrire qu'en 1685 l'université de Louvain l'a condamné; que Clément XI, placé sur le Saint-Siège en 1700, a refusé, de l'approuver. Après un siècle entier
d'éloges prodigués à cet ouvrage, on ne rougit pas de dire que c'est une fraude pieuse, imaginée pour en imposer aux protestants. On leur a dit cent fois : Voulez-vous signer une profession de foi conforme à cellelà? l'Eglise catholique vous recevra dans son sein et vous absoudra de toute hérésie. Aucun d'eux ne voudrait le faire, et ils persistent à dire que ce n'est point là ce que croient les catholiques.
Ajoutons que cette exposition de notre doctrine est précisément la même que celle qu'avait déjà faite François Véron, curé de Charenton, mort en 1649, et qui est intitulée Régula Fidei catholicx. Aussi Moslieim range ce controversiste, avec les frères de Wallembourg et d'autres, parmi ceux qui ne disputaient pas de bonne foi. Nous voudrions savoir en quoi ils ont été convaincus de mauvaise foi.
Mais il ne donne pas une meilleure idée des conciliateurs, même protestants, tels que Le Blanc, d'Iluisseaux, La Milletière, Forbes, Grotius, George Calixte. Il n'ose décider s'ils agiront par amour de la paix, ou par des vues d'intérêt et d'ambition. C'étaient, dit-il, des médiateurs imprudents, qui ne s'accordaient pas entre eux, qui n'avaient pas assez de génie ni de dextérité pour éluder les sophismes des catholiques. Aussi ne retirèrentils point d'autre fruit de leurs travaux que de mécontenter les deux partis, et de s'attirer le reproche de leurs Eglises, lbid,, § 14. Ceux qui ont voulu rapprocher les luthériens des calvinistes, ou concilier les anglicans avec les deux autres sectes, n'ont pas eu un meilleur succès, Voyez Syn-
CnÉTISTES.
Il est donc démontré que les protestants n'ont jamais voulu la paix, mais la guerre. Tout moyen d'instruction, toute voie de conciliation, toute méthode de découvrir la vérité leur a toujours déplu. Toujours ils se sont plaints du ton de hauteur et du despotisme de la cour de Rome, et toujours ils se sont déliés des démarches qu'elle a faites pour les regagner ; parce qu'ils ont reconnu disent-ils, que son but était bien moins
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de se réconcilier avec eux, que de procurer à ses évêques l'empire despotique qu'ils exerçaient jadis sur le monde chrétien. Ainsi, au défaut de griefs extérieurs, ils noircissent les motifs et les intentions, vrai langage d'enfants ingrats et révoltés contre leur mère.
Cependant, les controversistes catholiques n'ont pas laissé de faire, de temps en temps, des conversions ; mais Mosheim, fidèle au génie de sa secte, les attribue à des motifs vicieux. Voyez Conversion.
Nos littérateurs modernes disent que quiconque se consacre au genre polémique et à la guerre de plume, sacrifie l'avenir au présent; qu'en voulant amuser ou occuper ses contemporains, il consent à être indifférent à ceux qui viendront après lui.
Soit. Il s'ensuit déjà que les controversistes préfèrent les intérêts de la vérité et de la religion à la gloriole que cherchent uniquement la plupart des autres écrivains. Ce n'est pas là un sujet de blâme. Mais la réflexion de leurs censeurs est fausse en elle-même. Les ouvrages de controverse de Bossuet et de quelques autres n'ont pas aujourd'hui moins de réputation que dans le siècle passé, ni que les écrits des auteurs qui ont traité d'autres matières. La plupart de ceuxdes Pères ont été faits pour Téfuter les païens, les juifs ou les hérétiques ; ils seront lus et estimés tant qu'il y aura des chrétiens zélés pour leur religion ; le mépris qu'en font les protestants ne leur est pas fort honorable. Bergier.
CONVENTUEL. Voyez Franciscain.
CONVOI FUNÈBRE. Voyez Funérailles.
CONVERSION, changement. Il se dit non-seulement du pécheur qui se repent de ses fautes, et se détermine sincèrement à les expier et à s'en corriger, mais encore d'un homme qui abandonne l'erreur pour faire profession de la vérité. Quelquefois l'Ecriture sainte semble nous enseigner que notre conversion est notre propre ouvrage ; souvent aussi elle nous fait
comprendre que ce doit être l'ouvrage de la grâce. Un prophète dit aux Juifs de la part de Dieu : Convertissez-vous à moi, et je retournerai à vous. Malach., c. 3, f 7. Convertissez-nous, Seigneur, et nous retournerons à vous, Thren., c. S, f 11 ; parce que la conversion est tout à la fois l'effet de la grâce qui nous prévient, et de la volonté qui correspond librement à la grâce. Mais, l'invitation que Dieu fait aux pécheurs de se convertir serait illusoire, s'il refusait de les prévenir par la grâce.
Il y a des théologiens qui regardent la conversion d'un pécheur comme un miracle aussi grand et presque aussi rare que la résurrection d'un mort; conséqnemment ils sont trèsréservés à accorder aux pécheurs l'absolution et la communion, persuadés que l'une et l'autre sont seulement pour les justes ou pour les pécheurs convertis depuis longtemps.
Il est aisé dans cette matière de pécher par l'un des deux excès, soit en se fiant trop aisément aux moindres signes de conversion, soit en poussant trop loin la défiance, soit en se persuadant que les sacrements sont destinés à nous faire persévérer dans le bien, et non pour nous fortifier contre le mal.
Il faut toujours se souvenir cpie la pénitence est le tribunal de la miséricorde de Dieu, et non celui de sa justice; que l'homme, toujours faible et inconstant, ne tient pas mieux les résolutions qu'il a faites dans une maladie de conserver sa santé, qu'il n'exécute celles qu'il a faites dans la pénitence de ne plus pécher; qu'ainsi les rechutes ne sont pas toujours une preuve du peu de sincérité des résolutions. Le meilleur modèle à suivre dans la manière de traiter les pécheurs est la conduite de Jésus-Christ notre divin maître.
Il n'est pas étonnant que les incrédules tournent en ridicule toute espèce de conversion. Lorsque, dans une maladie, un mécréant renonce à son impiété, ils tâchent de persuader qu'il a eu l'esprit affaibli par la crainte de la mort ; comme si l'obstination dans l'erreur et dans l'irréligion, pour n'avoir pas la honte de se dédire, était