‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 34 sur 110 · DON · texte numérisé non relu

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la marque d'un grand courage. Rien n'est plus détestable que la perversité de ceux qui ont obsédé leurs confrères dans les derniers moments, qui ont écarté d'eux non-seulement les prêtres, mais tous ceux qui auraient pu les engager à rentrer c?, c^jmêmes. Ils triomphent quand ils ont réussi à faire mourir un prétendu philosophe avec l'insensibilité d'un animal , Lorsque, sur le retour de l'âge, les femmes commencent à mener une vie plus régulière et plus chrétienne que dans leur jeunesse, ils publient qu'elles se convertissent, non parce qu'elles sont dégoûtées du monde, mais parce que le monde est dégoûté d'elles. Quand cela serait vrai, elles montreraient encore plus de sagesse que celles qui s'obstinent à s'y attacher, malgré l'indifférence et le mépris que l'on y a pour elles. Mais, en général, c'est une injustice absurde de vouloir pénétrer les motifs intérieurs et les intentions secrètes de nos semblables, et de juger qu'elles sont vicieuses, lorsqu'elles peuvent être bonnes et louables.

On a droit de reprocher cette iniquité aux protestants. 1° Ils ont suspecté les motifs par lesquels les peuples barbares, les Goths, les Francs, Jes Bourguignons, les Vandales, les Lombards, ont embrassé le Christianisme, ou se sont rénnis à l'Eglise près avoir professé l'arianisme. Leurs conjectures viennent de pure malignité et de l'intérêt de leur système, puisqu'elles n'ont aucun " fondement raisonnable. Parla, ils ont autorisé les incrédules à jeter les mêmes soupçons sur les motifs de la conversvm des Juifs et des païens dans lespremiers temps du Christianisme ; et c'est à quoi les incrédules n'ontpas manqué. Voyez Mission.

2° Ils ont traité de même le changement de eeux qui ont renoncé au protestantisme pour rentrer dans le sein de l'Eglise romaine , soit en France, soit ailleurs ; ils n'ont épargné ni les princes, ni les savants qui ont eu ce courage. Mosheim dit que si l'on retranche ceux que l'adversité, l'avarice, l'ambition, la légèreté, les attachements personnels, l'empire de la superstition sur les esprits faibles,

ont engagés à cette démarche, le nombre de ces prosélytes sera trop petit pour exciter l'envie des Eglises protestantes. Jurieu, Spanheim et d'autres en ont parlé avec encore moins de modération.

Pourquoi donc nous aecus^it-ils de calomnier, lorsque nous attribuons à ces mêmes motifs l'apostasie de ceux qui ont embrassé la prétendue réforme à sa naissance ? Des princes qui pillaient les biens ecclésiastiques et se rendaient plus indépendants, des moines et des religieuses qui désertaient les couvents pour se marier, des prédicants qui se mettaient à la place des évêques et des pasteurs, des aventuriers qui acquéraient le droit d'exercer lebrigandage, des ignorants excités par les déclamations fougueuses des nouveaux docteurs , avaient-ils des motifs plus purs et plus respectables que les princes et les savants dont nos adversaires dépriment la conversion? Il y a du moins en faveur de ceux-ci un préjugé bien fort; les sectaires secouaient le joug des lois de l'Eglise dont ils n'ont pas cessé d'exagérer la pesanteur; ceux qui sont venus le reprendre renonçaient à une liberté qui leur paraissait très-douce et très-commode.

Depuis que la première fougue du fanatisme a été calmée, on n'a pas vu des catholiques abandonner une fortune considérable, un état honnête, une famille bien unie, pour se faire protestants; au lieu que l'on peut citer un bon nombre de protestants qui ont fait tous ces sacrifices pour revenir à l'ancienne religion. On ne connaît aucun apostat du catholicisme qui soit devenu plus homme de bien pour l'avoir quitté ; on a vu, au contraire, un bon nombre de protestants convertis , mener jusqu'à la mort une vie très-édifiante. Or, l'Evangile nous autorise à juger des hommes par les actions, et de l'arbre par ses fruits : A fructibus eorurn cognoscetis eos. Matth., c. 1, f 16.

Rdhgier.

CONVULSIONNAIRES , secte de fanatiques qui a paru dans notre siècle, et qui a commencé au tombeau de l'abbé Paris. Les appelants de la

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bulle Unigenitus voulaient avoir des miracles pour appuyer leur parti ; bientôt ils prétendirent que Dieu en opérait en leur faveur au tombeau du diacre Paris, fameux appelant; une foule de témoins prévenus, trompés ou apostés, les attestèrent. Plusieurs prétendirent éprouver des convulsions sur ce même tombeau ou ailleurs ; on voulut encore les faire passer pour des miracles : cette nouvelle espèce décrédita la première et couvrit leurs partisans de ridicule.

Jamais les appelants n'ont pu répondre à cet argument si simple : où sont nées les convulsions, là sont nés vos miracles; les uns et les autres viennent donc de la même source. Or, de l'aveu des plus sages d'entre vous, l'œuvre des convulsions est une imposture, ou l'ouvrage du diable :

donc il en est de même des miracles.

En effet, les plus sensés d'entre les appelants ont écrit avec force contre ce fanatisme; ce qui a causé parmi eux une division en anticonvulsiounistes et en convulsionnistes. Ceux-ci se sont redivisés en uugustiuistes, vaillantistes, secouristes, discernants, figuristes, mélangistes, etc. : noms dignes d'être placés à côté de ceux des ombilicaux, des iscariotistes, des stercoranistes , des indorfiens , des orébites, des éoniens, et autre sectes aussi illustres.

Arnaud, Pascal, Nicole, appelants sensés et instruits, n'avaient point de convulsions, et se gardaient bien de prophétiser. Un archevêque de Lyon disait, dans le neuvième siècle, au sujet de quelques prétendus prodiges de ce genre : « A-t-on jamais ouï parler de » ces sortes de miracles qui ne gué- » rissentpointles maladies, mais font » perdre à ceux qui se portent bien la » santé et la raison ? Je n'en parlerais » pas ainsi, si je n'en avais été témoin » moi-même; car, en leur donnant » biendescoups, ils avouaient leur im- » posture. » Voyez Abrégé de l'Histoire ecclcs., en deux volumes i'n-12, Paris, 1752, sous l'année 844. C'est en effet un étrange thaumaturge quecelui qui estropie au lieu de guérir.

Il est peut-être encore plus étrange que lespartisans d'un fanatisme si scandaleux et si absurde se soient parés

d'un prétendu zèle de religion, aient voulu faire croire qu'ils en étaientles seuls défenseurs ; rien n'a contribué davantage à faire éclore l'incrédulité.

Heureusement cet accès de démence paraît uni.

Il y a eu en Angleterre des réfugiés convulsionnaires ; c'étaient les mêmes que. les prophètes des Cévennes. Sshafsbury, Lettres sur l'Enthousiasme, sect. 3, p. 23. On sait que le docteur Hecquet, dans un ouvrage intitulé le Naturalisme des Convulsions, a démontré l'illusion de ce prétendu prodige. Bergier.

COPERNIC (le chanoine Nicolas) ou

LE SYSTÈME DU MONDE. (Théol. mixt. et

hist. scien. astron. biog. et bibliog.) — Nous avons déjà dit plusieurs fois que nous ferions exception à notre sobriété ordinaire, en fait d'études historico-scientitiques et industrielles, en faveur de quelques génies qui ont été dos soleils, points de départ de progrès immenses dans la marche de l'humanité. Copernic est un de ces soleils; c'est de ce prêtre catholique, dont la vie d'ailleurs, ne se signale que par des bienfaits, que date l'astronomie moderne, comme la géographie moderne date de Christophe Colomb, comme l'imprimerie date de Coster et de Guttemberg ; c'est de lui aussi, par conséquent, que commencent à rayonner la véritable exégèse biblique en cosmologie (V. âges cosmologiqces), et les grandeurs harmoniques de l'œuvre de Dieu à se faire comprendre de l'esprit humain, à se faire ad mirer d'une manière digne d'elles et de leur auteur. Nous ne serons donc pas hors de notre objet et de nos visées, en nous arrêtant assez longuement sur cette gloire, d'autant plus grande qu'elle fut plus modeste à son début, dont s'enorgueillissent et dont ont droit de se prévaloir, à la fois, la science moderne, le Christianisme et le clergé lui-même de l'Eglise romaine.

Nicolas Copernic naquit à Thorn, petite ville de la Prusse orientale ou polonaise en 1473, et mourut en 1543, à l'âge de 70 ans, des suites d'une attaque d'apoplexie, étant chanoine de Frauenbourg, et après avoir pendant

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trente ans travaillé seul, dans sa retraite, à construire son système.

Ayant perdu son père à l'âge de dix ans, il fut élevé par son oncle l'évêque de Warmie; celui-ci l'envoya à dis-huit ans à l'université de Cracovie pour "y suivre les cours. Là, le jeune Nicolas s'appliqua surtout aux études philosophiques et aux études médicales, sans oublier les mathématiques ni l'astrolabe dont Brudzewski lui apprit à se servir pour prendre les hauteurs des astres. Il s'occupait aussi de dessin, de perspective et de peinture. Il faisait même des portraits très-ressemblants.

A l'âge de vingt-trois ans, il alla en Italie, et il fut couronné à Padoue sur la philosophie et la médecine. A Bologne, il reçut les leçons de l'astronome Dominique Maria avec lequel il commença à faire des observations, et à vingt-sept ans il fut nommé professeur de mathématiques à Rome.

Il enseignait alors le système de Ptolemée, mais, trouvant que ce système avait le défaut d'une complication inacceptable pour la raison, il travailla, à partir de ce moment, en son particulier, avec des visées contraires, et commença de bâtir son système.

Bientôt, le célèbre prédicateur dominicain Savonarole ayant payé du bûcher ses éloquences de tribun contre la tyrannie des Médicis et contre la corruption de la cour d'Alexandre "VI, Copernic qui aimait le calme et la liberté, donnait sa démission et retournait à Varsovie. C'est alors qu'il se faisait prêtre, devenait chanoine de Frauenbourg et se vouait, en même temps, aux devoirs de son état et à l'exercice gratuit de la médecine, voulant être à la fois le médecin des âmes et le médecin des corps, mais sans négliger, pour lui-même, ses études favorites, qui avaient pour objet d'une part la philosophie, astronomie des âmes, et d'autre part l'astronomie, philosophie des cicux .

Voilà bien l'homme universel ; or, l'homme universel est l'homme de

I génie ; nous n'avons plus aujourd'huique des spécialités, des médiocrités par là même. Copernic continua jusqu'à sa mort de partager son temps entre ces diverses occupations, parmi

lesquelles la religion et la piété n'étaient pas omises.

Il soutint, d'ailleurs, avec fermeté une lutte constante contre les chevaliers teutoniques qui devinrent ses mortels ennemis après qu'il les eut forcés, en gagnant un procès contre eux, à restituer des biens qu'ils avaient volés à des églises. Les altérations qui étaient alors pratiquées par les états dans la fabrication des monnaies, furent encore pour lui une occasion de faire un mémoire d'une grande clarté et d'un grand bon sens sur cette question. Enfin, à propos de son système du monde, quand il commença à s'ébruiter par ce qu'il en disait à ses connaissances, et quoiqu'il n'eût rien publié sur l'astronomie, il fut tourné en ridicule et charivarisé par les comédiens; ils venaient jouer sa personne jusque devant sa demeure; mais il n'y lit jamais attention, et n'eut pas même l'idée d'en tirer la moindre vengeance. Sa patience, ses vertus, les services qu'il rendait gratis aux malades, et d'autres services encore, tel que celui par lequel il se signala dans la ville de Frauenbourg en y établissant une machine de son invention à faire monter l'eau et dont nous parlerons, finirent par amener une réaction en sa faveur, etilfutmèmenommé, au concile de Latran, membre de la commission pour la réforme du calendrier.

Il sut aussi se faire des amis dévoués qui le soutinrent jusque dans ses idées sur l'astronomie ; tels furent le cardinal de Capoue, Nicolas Schomberg, Georges Joachim Rhéticus, professeur de mathématiques à Vittemberg, qui fut toujours son plus grand admirateur, Schoner, professeur des mômes sciences à Nuremberg, l'évêquedeCulm, Tideman Gypsius, qui le poussa plus que tout autre à publier son grand ouvrage, fruit de trente années de méditations et d'observations qu'il faisait, autant que possible, dans un petit observatoire qu'il s'était arrangé dans sa maison même ; et beaucoup d'autres.

Le livre de Copernic, Des révolutions des corps célestes, De revolutionibus corporum cœlestium, ne parut que quelques jours avant sa mort. L'auteur

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s'adressait au Pape et lui disait dans la préface :

« Des hommes éminents en assez grand nombre, me poussaient, m'exhortaient, dans l'intérêt des études mathématiques, à pu] (lier mon ouvrage, et à ne pas hésiter plus longtemps, retenu par lacrainte, à le produire au grand jour. Ils pensaient que plus la doctrine de l'auteur paraissait absurde à un grand nombre de personnes, à cause du mouvement de la terre, et plus la faveur et l'admiration avec lesquelles on accueillerait son ouvrage seraient grandes, lorsque, par les démonstrations les plus claires on aurait rendu plus intelligibles les endroits obscurs. Persuadé par ces raisons et aussi un peu séduit par l'espoir du succès, il a permis enfin à ses amis de faire cette publication pour laquelle ils l'avaient si longtemps sollicité. »

Ce bon, naïf et simple abbé put encore voir, dans son lit, avant de rendre le dernier soupir, le premier exemplaire du fameux traité, qui fut, comme onle sait, quelque temps après, condamné par l'inquisition et mis à l'index avec la clause donec corrigatur (V. notre dissertation préliminaire.)

Tel fut, dans sa vie pratique, ce génie, placé aux frontières du moyen âge et delà renaissance, et aussi digne d'admiration par sa simplicité que par sa grandeur.

Gypsius,l'évêque de Culm, a dit de lui, « qu'il ne fut étranger à aucune science, mais que, dans l'art de guérir en particulier, il passait pour un Esculape. Il préparait, conclut-il, certains médicamentsavectantd'habileté et il les appliquait si heureusement, que les pauvres, soulagés par ses soins, le vénéraient comme une divine providence. »

La parole de Gypsius, que « Copernic ne fut étranger à aucune science »

est d'une vérité qui trouve sa preuve dans divers écrits inconnus et dans divers faits de la vie de ce grand homme, qu'a fait oublier le retentissement de son système du monde.

Avant de faire l'exposé de ce système tel qu'il se développa dans le génie du chanoine de Frauenbourcr, citons

quelques-uns de ces écrits et de ces faits scientifiques.

Il existe, par exemple, un traité de Copernic sur la géométrie rectiligne et sphérique, qu'avait publié, non pas lui, mais George Hermann, ami de son père, bien avant que parût son livre des révolutions; et c'est Copernic qui donna, le premier, la solution de cet important problème : « Dans un triangle sphérique quelconque, étant donnés les trois côtés, trouver les trois migles, et la réciproque : étant donnés les angles trouver les cotés, dans le cas même où il n'y a pas d'angle droit. » Voici un fait de la vie de Copernic, dont nous avons déjà dit un mot; ce fait se perd, sans doute, dans sa gloire, d'astronome, mais il suffirait, à lui seul, pour illustrer un homme. Il s'agit de mécanique appliquée à l'hydrostatique. C'est l'abbé Copernic qu'on devrait considérer comme l'inventeur du système de pompe foulante par lequel la machine da Marly, ou plutôt le courant de la rivière, à l'aide de cette machine à grandes roues de moulin, fai t monter l'eau dans un long tube incliné posé sur la terre en pente, jusques sur les hauteurs d'où elle coule ensuite à Versailles. Voici comment Martin Molski raconte le fait curieux dont nous parlons à l'occasion d'un pèlerinage qu'il lit, en 1802, aux lieux qu'habita le paisible chanoine de Frauenbourg. «Fraueubourg, dit- il, situé » sur une montagne, où se trouve » l'église, manquait d'eau, et toute la « banlieue n'avait point de moulin. A » une demi-lieue de la ville coule » une rivière nommée Borda. Copernic b en éleva les eaux moyennant une » écluse qui avait quinze aunes et » demie depente; les conduisit au pied » de la montagne, où il ht construire » un moulin et, à coté, un rouage dont » le jeu poussait l'eau avec une force » qui la faisait remonter à la hauteur » de la tour de l'église. Cette eau, » conduite par des tuyaux au haut de » la montagne, suffisait à. fournir aux » besoins de ses habitants, et tous les » chanoines en furent pourvus chez » eux abondamment par le moyen des » communications qui l'amenaient » jusque dans la cour de leurs mai-

» sons. Cette construction intéressante » porte l'inscription suivante pour « perpétuer la mémoire de Copernic :

t Ici les eaux sont forcées de s'élever ea liant, i Aûn que l'habitant altéré des monts cesse d'avoir

soif; i Ce qu'a refusé la nature, l'art de Copernic l'a

donné ; i Que la renommée célèbre ce bienfait avant tout

autre.

« La machine se trouve aujour- » d'hui enpartie détruite. Le chapitre, » restreint dans ses revenus par les » événements de 1772, se propose de » la rétablir avec le moins de frais » possible. Il se conserve une tradi- » tion parmi les personnes instruites » que, sous Louis XIV, on en atvait de- » mandé un modèle. »

C'est donc bien l'abbé Copernic qui fat le véritable inventeur du système de Marly. Mais venons au grand point de sa gloire.

Copernic n'est pas et ' ne prétend pas être le créateur du système du monde quiporte mainlenantsonnom, si l'on considère ce système dans son idée fondamentale . Les anciens avaient eu cette idée ; et Copernic a soin de le rappeler par quelques citations dans la préface de son fameux livre Des révolutions des corps célestes. Outre Pytbagore et Platon, Nicétas, au témoignage de Cicéron, avait dit que la terre se meut ; Pbilolaùs, d'après Plutarque, avait enseigné « que la » terre tourne autour de la région du » feuenparcourant le zodiaque. »Timée de Locres avait écrit. « Il faut sup- » poserla terre non pas immobile à la » mairie place, mais tournant, au » contraire, sur elle-même en se transi) portant dans l'espace. » Aristarque de Samos, selon le rapport d'Archimède dans son Arenaire, avait composé un ouvrage dans lequel il réfutait l'opinion commune des astronomes, qui disait que « le monde est » une sphère dont le centre est le » même que celui de la terre et dont » le rayon est égal de la distance de » la terre au soleil» et dans lequel il soutenait a que le monde est beau- » c jupplus grand que ne le veut cette » opinion commune; que le soleil » est immobile ainsi que les étoiles ; » que la terre tourne autour du so-

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» leil comme centre ; et que la gran- » deur de la sphère des étoiles fixes, » dont le centre est celui du soleil, est » telle que la circonférence du cercle » décrit par la terre est à la distance » des étoiles fixes comme le centre » d'un cercle est à sa surface.

Ces passages, et beaucoup d'autres, ne laissent aucun doute sur l'existence d'un ancien système astronomique qui attribuait à la terre le double mouvement de rotation et de translation ; mais ce système était perdu depuis deux mille ans; il avait été proscrit par toutes les religions; on avait détruit les ouvrages qui en renfermaient l'exposition ; et, d'ailleurs, avait-il été jamais formulé d'une manière précise? Copernic eut la gloire de lui donner cette forme quand il n'en restait plus la moindre trace, de l'appuyer sur des observalions, et de s'élever seul, dans la solitude de son génie, contre la croyance universelle, pour diriger, pendant trente ans, ses travaux en vue de l'établir.

Voici ce système, tel que Copernic le donna à ses contemporains, avec les erreurs et les lacunes que devaient éliminer ou combler plus tard Kepler, Galilée, et Newton.

Copernic admet, d'abord, le mouvement diurne de rotation de la teiTe sur elle-même, d'occident en orient, « On observe, dit-il, divers mouve- » ments,dontle plus remarquable est » le mouvement diurne. Il est la me- » sure de tous les autres. Il nous sert » à mesurer le temps. » C'est ce mouvement qui nous montre successivement, en vingt-quatre heures, tous les points de la voûte céleste, et qui explique comment l'ensemble des étoiles appelées fixes parait tourner tout d'une masse autour de nous. La principale raisou pour laquelle Ptolémée avait rejeté ce mouvement était celle-ci : que ce mouvement supposerait, dans chacun des points de la surface terrestre, une vitesse énorme de translation (9000 lieues en 24 h), vitesse dont la force centrifuge lancerait les objets dans l'espace.

Mais il ne pensait pas à la force d'attraction vers le centre, laquelle est calculée par le Créateur pour faire compensation, et bien au delà. Cette

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dernière force, qui produit le poids des corps, et qu'on appelle centripète parce qu'elle les rappelle constamment vers le centre, est telle que le poids des objets situés à l'équateur, où la force centrifuge est la plus grande, puisque c'est le lieu le plus éloigné de l'axe de rotation, n'est diminué par celle-ci que d'environ trois grammes par kilogramme. Au reste Copernic ne pensa pas non plus à cette réponse, toute simple qu'elle fût, que devait donner Newton, et il n'en eut que plus de mérite à maintenir son système; car l'objection, avant la réponse donnée par l'attraction newton ienne, était réellement considérable. Il eut recours à une distinction subtile et sans valeur entre ce qu'il appela le mouvement violent et le mouvement naturel, prétendant que ce dernier ne produisait pas les mêmes effets que le premier.

Toujours est-il qu'il maintint la rotation.

Copernic admit, ensuite, les mouvements de translation de la terre et des planètes autour du soleil, et celui de la lune aulcu1 de la terre. Voici le passage du fameux chapitre où il expose cette théorie nouvelle :

« Ces planètes (Mercure et Vénus) » ne tournant pas autour de la terre, » l'orbe de Mercure sera renfermé » dans celui de Vénus ; mais qui nous » empêchera de rapporter au même » centre Saturne, Jupiter et Mars?

» Il nous suffira de donner des rayons » convenables à leurs orbes, qui » embrasseront celui de la terre. Ces » planètes, dans leur opposition res- » pective avec la terre, en seront évi- » demment plus rapprochées que » dans toute autre position et surtout » que dans leurs conjonctions, ce qui » montre suffisamment que le soleil » est le centre de leurs mouvements » de translation, comme il est celui » des mouvements analogues de Mer- » cure et de Vénus. Entre ces planètes » et Mars, nous placerons l'orbite de » la terre, et, autour de la terre, l'or- » bite de la lune, qui en est insépa- » rable. Nous ne rougirons pas de » déclarer que l'orbite de la lune et » le centre de la terre tournent en » un an autour du soleil, dans cette

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» grande orbite terrestre dont le so- » leil est le centre. Le soleil sera im- » mobile; et toutes les apparences » seront expliquées par le mouvement » de la terre. Le rayon de cette or- » bite, quelque grand qu'il soit, n'est » pourtant rien en comparaison de » 'celui des fixes.... Au-dessous est la » sphère de Saturne, qui fait sa révo- » lution en trente ans ; et puis celle » de Jupiter, qui fait la sienne en » douze ans, et successivement Mars, » la Terre, Vénus, Mercure qui accom- » plissent respectivement leurs révo- » lutions, la première en deux ans, » la seconde en un an, la troisième » en neuf mois, la quatrième en 88 » jours. Enfin, au centre réside le so- » leil. Evidemment, pour tout éclai- » rer, il ne saurait occuper une place » plus convenable. Cet ordre présente » une symétrie, une relation de mou- » vemenfset de grandeurs réellement » admirables. »

Et, dans son admiration contemplative de ces grandeurs, il s'écrie :

« Qui pourrait assigner,dans ce temple » du monde, un autre lieu d'où le » flambeau pût distribuer plus con- » venablement ses rayons dans l'es- » pace immense qu'il embrasse ? Ce » n'est point sans raison que les uns » le nomment lumière, cause de la » formation des images; les autres » âme, esprit, source de la vie orga- » nique; d'autres, suprême directeur.

» Trismégiste le regarde comme un » dieu visible, et Sophocle comme une » puissance électrique qui anime et » contemple l'ensemble de la créa- » tion. C'est ainsi que l'astre du jour, » assis sur son trône royal, au centre » de notre univers, gouverne la fa- » mille céleste, qui tourne dans l'es- » pace autour de lui. »

Voilà tout le système de Copernic dans ce qu'il a de vrai et de beau, exposé par lui-même; et cette conception le rend immortel devant Dieu et devant les hommes ; devant Dieu dont il a fait admirer aux hommes, avec intelligence, l'infinie sagesse; devant les hommes qui lui doivent un éternel merci de leur avoir montre les réalités sublimes de l'universelle harmonie. Bailly a fait ressortir le mérite et la grandeur de la con-

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ceptiondu prêtre astronome dans une page qu'on lira avec plaisir.

« Si jamais, dit-il, il a été proposé » un système hardi, c'est celui de » Copernic. Il fallait contredire tous » les hommes qui ne jugent que par » les sens; il fallait leur persuader » que ce qu'ils voient n'existe pas.

» En vain depuis leur naissance, où » le jour a frappé leurs regards, ils » ont vu le soleil s'avancer majes- » tueusement de l'orient vers l'occi- » deut, et traverser le ciel, entrer » dans sa course lumineuse ; en vain » les étoiles, lihres de briller dans » son absence, s'avancent sur ses pas » et font le même chemin pendant » la nuit; en vain le soleil parait, » chaque jour et dans le cours de » l'année, s'éloigner des étoiles qui se » dégagent successivement de ses » rayons : soleil, étoiles, tout est im- » mobile ; il n'est de mouvement que » dans la lourde masse que nous ha- » bitons. Il faut oublier le mouvement » que nous voyons pour croire à » celui que nous ne sentons pas. C'est » un homme seul qui ose le proposer ; » et tout cela pour substituer une cer- » taine vraisemblance de l'esprit, sen- » tie par un petit nombre de philoso- » phes, à celle des sens qui entraîne » la multitude. Ce n'est pas tout; il » fallait détruire un système reçu, » approuvé dans les trois parties du » monde, et renverser le trône de a Plolemée, qui avait reçu les hom- » mages de quatorze siècles (1).... Un » esprit séditieux donne le signal; et » la révolution s'opère. » liist. de l'astron. anc. liv.IX.)

Nous avons dit que Copernic ne pensa point à donner pour réponse à l'objection tirée du mouvencnt rapide de la surface terrestre qui devrait lancer dans l'espace tous les corps dont elle se compose, l'attraction

(l) Bailly pourrait ajouter qu'il s'agissait aussi pour nu prêtre catholique, .pieux, moral et simple, de l.raver les foudres do l'Église qui avait pris sous sa protection le système ptoléméea, bien que ces matières fussent clairement en dehors Je sa compétence telle que devait la préciser plus tard le concile du Vatican par ces paroles : Doctrina de pie vel moribvs. Disciplina et regimen eccleùss. Et cependant ce prêtre fit imprimer son livre avant de mourir. rjE jjoih>

vers le centre qui compense l'impulsion centrifuge ; cependant on ne peut dire que son génie ne l'ait pas flairée ; car il eut avant Newton l'idée de l'attraction, et Newton n'a fait, au fond, que développer Copernic sur ce point capital de toute la mécanique céleste.

Voici, en effet, ce que tout le monde peut lire dans le livre I des révolutions des corps célestes,]}. 9 :

« Je pense que la pesanteur est une » tendance que l'auteur de la nature » a imprimée à toutes les parties delà » matière pour s'unir et se former en » masse. Cette propriété n'est point » particulière à la terre ; elle appar- » tient également au soleil, à la lune » et à toutes les planètes. C'est par » elle que les molécules de la matière, » qui compose ces corps, se sont réu- » nies et arrondies en globes et conser- » vent leur forme spbérique. Toutes » les substances placées à la surface » des corps célestes pèsent également » vers les centres de ces corps, sans les » empêcher de circuler dans leurs » orbites. Pourquoi cette circonstance » mettrait-elle obstacle au mouve- » ment de la terre? ou, si l'on sup- » pose que le centre de gravité doive » être nécessairement celui de tous » les mouvements, pourquoi encore » placerait-on ce centre dans la terre, » tandis que le soleil et toutes ses » planètes ont aussi leurs centres de » gravité, et que le soleil, en raison » de sa masse infiniment prépondé- » rante, mériterait plutôt cotte pré- » férence? ce choix est d'autant plus » raisonnable qu'on en déduit, d'une » manière simple et aisée, toutes les » apparences, tous les phénomènes » dans les mouvements des étoiles et » des planètes. »

Il y a, dans ce morceau, autant de génie que dans l'autre; on y voit plus que le germe de toute l'attraction newtonienne, et l'on ne comprend pas que Copernic n'ait point eu l'idée d'appliquer cette raison à l'objection de Ptolémée plutôt que d'imaginer son mouvement naturel. Cela ne ressemble qu'à une distraction.

Mais la distraction dura trente années, puisqu'il mit trente ans à composer son livre. Le fait est tel, et nous, devons l'accepter tout incom-

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préhensible qu'il paraisse. Au reste, nous venons, en le citant, de signaler le second trait de génie de Copernic, et ces deux eonceptious, celle du mouvement de rotation et de translation qui impliquent la force centrifuge, celle du centre de gravité et de la pesanteur des corps qui implique l'attraction, forment tout le bagage de ce grand homme, bagage le plus beaupeut-ètre que puisse jamais présenter un homme de science. Si nous lui en demandons davantage, nous ne trouverons plus que des erreurs, des lacunes, des taches qui désolent à côté de ces deux lumières.

Copernic conserve à tous les corps célestes la forme sphérique exacte comme la plus belle de toutes les figures : « La terre est sphérique » dit-il, parce que, ainsi que le di- » saient les anciens, la sphère est, de » toutes les ligures, la plus parfaite. » C'est, d'ailleurs, celle qui, sur la » même étendue en superficie, cir- » conscrit, en tous sens, le plus » grand espace. Le soleil et la lune » sont de l'orme sphérique. C'est la » forme qu'affectent naturellementles » corps, comme on le voit par les » gouttes d'eau. Ainsi, sansnul doute, » tous les corps célestes sont de forme » sphérique. » Cette erreur, assez naturelle a professer quand on ne tient pas compte de l'origine des astres, tels que la terre, qui furent d'abord à l'état fluide et à l'état liquide, ainsi que du double mouvement de rotation et de translation imprimé à ces corps lorsqu'ils étaient dans ces états, sera corrigée par les Kepler, Newton, Galilée, Halley, Laplace et d'autres, qui prouveront que la terre n'est point une sphère exacte, mais un sphéroïde aplati vers ses pôles.

« Copernic enseigna encore, avec les anciens, que le mouvement de translation des globes est exactement circulaire. « Le cercle seul peut ra- » mener ce qui est déjà arrivé, dit- » il : un corps céleste est simple et » ne peut se mouvoir inégalement » dans une orbite. » Le grand Kepler corrigera cette seconde erreur; enposant la seconde de ses lois, il établira que les courbes décrites par les planètes dans l'espace sont elliptiques et

non circulaires, et que le soleil en occupe un des fbyers.

Copernic admit l'immobilité des étoiles fixes et chercha à expliquer leur scintillation « par ta différence » sensible qui existe entre les corps » immobiles et les coips enmouve- » ment. ». Troisième erreur, qui sera corrigée par les contemporains.

Quant à la scintillation, elle n'est pas encore expliquée d'une manière complètement satisfaisante.

Copernic, pour rendre compte de la variation du mouvement des planètes, de la précession des équinoxes, des apogées, etc., faits d'observation qui ne s'accordaient pas avec ses orbites exactement circulaires et son immobilité absolue du soleil, ajouta à son beau système du double mouvement de la terre, un troisième mouvement consistant dans une oscillation des pôles,- et, ce qui fut plus grave, ramena des epicycles, des excentriques, des déférents, et, par ces retours aux vieilles idées ptoléméennes, compliqua samécanique céleste d'inextricables contradictions. Voilà ses grandes taches. S'il avait eu l'heureuse idée des ellipses d'une part, et celle d'un grand orbe décrit parle soleil luimême, avec sa famille de planètes, dans les immensités, tout se serait expliqué de soi.

Mais le même homme ne peut pas tout faire; attendons Kepler ; et nous admirerons mieux encore la grandeur et la sagesse de Dieu dans ses ouvrages, V. kepler. Le Noir.

COPHTES ou COPTES, chrétiens d'Egypte, de la secte des jacobites ou monophysites, qui n'admettent qu'une seule nature en Jésus-Christ. Ils sont soumis au patriarche d'Alexandrie.

On dérive ordinairement leur nom, de Coptos-, ou Coptos, ville d'Egypte; mais ce n'est peut-être qu'une altération du mot ïvutctoç, nom grec de l'Egypte. Comme cette Eglise schimatique est séparée de l'Eglise romaine depuis plus de douze cents ans, il est à propos d'en connaître l'origine, la croyance et la discipline.

Après la condamnation d'Eutychès, au concile de Chalcédoine en 451, Dioscore, patriarche d'Alexandrie,

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homme accrédité et très-respecté des Egyptiens, demeura opiniâtrement attaché au parti et à la doctrine d'Eutychès ; il eut le talent de persuader à son clergé et à son peuple que le concile de Chalcédoine, en condamnant Eutvchès, avait adopté et consacré l'hérésie de Nestorius, quoique ce concile eût dit anathème à l'un et à l'autre. Les vexations et la violence qu'employèrent les empereurs de Constantinople, pour faire recevoir en Eçvpte les décrets du concile de Chalcédoine, aliénèrent les esprits ; on y envoya de Constantinople des patriarches, des évèques, des gouverneurs, des magistrats; les Egyptiens, exclus de toutes les dignités, civiles, militaires et ecclésiastiques, conçurent une haine, violente contre les Grecs et contre le catholicisme ; un grand nombre se retirèrent dans la haute Egypte avec leur patriarche schismatique.

Vers l'an 660, lorsque les Sarrasins ou mahométans arabes vinrent attaquer l'Egypte, les cophtes ou Egyptiens schématiques leur livrèrent les places qu'ils auraient dû défendre, et obtinrent, par des traités, l'exercice public de leur religion; ainsi, sous la protection des mahométans, les cophtes se virent en état d'opprimer à leur tour les Grecs catholiques qui se trouvaient en Egypte, et de les rendre suspects à leurs nouveaux maîtres. Dès ce moment, les cophtes ont prévalu ; ils prétendent avoir conservé jusqu'à présent la succession de leurs patriarches depuis Dioscore, et il en résulte que leurs ordinations sont valides.

Mais, lorsque les mahométans se vii rent paisibles possesseurs de l'Egypte, I et n'eurent plus rien à craindre de la part des empereurs grecs, ils violèrent les promesses qu'ils avaient faites aux cophtes, ils défendirent l'exercice public du Christianisme; ce n'est qu'à force d'argent que les cophtes sont parvenus à se faire tolérer et à conserver leur religion. Ces chrétiens sont la partie la plus pauvre des Egyptiens ; c'est à eux que les mahométans ont confié la recette des deniers publics de l'Egypte. On prétend que, dans le temps de la conquête, ils étaient au nombre de six cent mille,

et qu'à présent ils sont réduits à quinze mille tout au plus.

Depuis que l'arabe est devenu la langue vulgaire de l'Egypte, les naturels du pays n'entendent plus la langue cophte, qui est un mélange de grec et d'ancien égyptien; ils ont cependant continué de célébrer l'office divin dans cette langue, et ils ont traduit en arabe leur liturgie, afin que lesprêtres aient connaissance de ce qu'ils disent en cophte. Pour les leçons de l'office, les épitres et les évangiles, après les avoir lus encophte ils les lisent dans une Bible arabe, pour entendre ce qui a été lu. Voyez Biijle cophte. Leur bréviaire est fort long.

En général, le clergé cophte est pauvre et ignorant. Il est composé d'un patriarche, et des évèques au nombre de dix ou douze. Le patriarche est élu par les évèques, par le clergé et parles principaux laïques; on le prend toujours parmi les moines du monastère de Saint-Macaire, au désert de Scété. Il nomme seul les évèques, et les choisit entre les séculiers qui sont veufs; la dime est tout leur revenu, et ils la recueillent dans leur diocèse pour eux et pour le patriarche. Les prêtres sont ordinairement de simples artisans; quoiqu'ils aient la liberté de se marier, plusieurss'en abstionnent, observent la continence, sont tiès-respectés du peuple, et ils ont sous eux des diacres ; parmi les cophtes, il y a des religieuses aussi bien que des moines ; les uns et les autres font des vœux.

Ils ont trois liturgies, l'une de saint Basile, l'autre de saint Grégoire de Nazianze, la troisième de saint Cyrille d'Alexandrie ; elles ont été traduites en cophte sur l'original grec. La dernière est la plus semblable à celle de saint Marc, que l'on croit être l'ancienne liturgie dont se servait l'Eglise d'Alexandrie avant le schisme de Dioscore, ou avant le cinquième siècle ; les catholiques d'Egypte continuèrent à s'en servir pendant qu'ils subsistèrent; mais les schismatiques préférèrent celle dont nous venons de parler, et ils y ont inséré leur erreur touchant l'unité de nature en Jésus- Christ. Voyez Liturgie, § 2.

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C'est la seule erreur (rue l'on puisse leur reprocher sur le dogme ; dans tous les autres articles de la doctrine chrétienne, ils ont la même croyance que l'Eglise romaine. On voit par leurs liturgies, parleurs autres livres et par leurs confessions de foi, qu'ils admettent sept sacrements ; mais ils diffèrent le baptême des enfants mâles à quarante jours, et celui des filles à quatre-vingts. Ils ne l'administrent jamais qu'à l'église, et en cas de danger, ils croient y suppléer par des onctions. Us le donnent par trois immersions, l'une au nom du Père, la seconde au nom du Fils, la troisième au nom du Saint-Esprit, en adaptant à chacune les paroles de la formule ordinaire : Je te baptise, etc. Ils donnent la confirmation à l'enfant, et la communion sous l'espèce du vin seulement, aussitôt après le baptême.

Sur l'eucharistie, ils croient, comme les catholiques, la présence réelle de Jésus-Christ, la transsubstantiation, le sacrifice ; c'est un fait prouvé démonstrativement par leur liturgie.

Ils communient les hommes sous les deux espèces, et portent aux femmes l'espèce seule du pain, humectée de quelques gouttes de vin consacré; jamais ils ne portent le calice consacré hors du sanctuaire, dans lequel il n'est pas permis aux femmes d'entrer.

Quand il faut administrer un malade, la messe se dit à quelque heure que ce soit ; ils ne donnent le viatique que sous l'espèce du pain.

La confession est assez rare parmi eux, puisqu'ils se confessent tout au plus une ou deux fois par an ; mais ils attribuent à lapénitenee et à l'absolution le pouvoir de remettre les péchés, et ils y joignent ordinairement des onctions.

Rien ne paraît manquer à la manière dont ils fout l'ordinationpour être un vrai sacrement ; celle du patriarche se fait très-solennellement et avec beaucoup de prières. Ils regardent aussi le mariage comme un sacrement ; mais ils usent du divorce assez fréquemment.

Us administrent l'extrême-onction dans les indispositions les plus légères; ils oignent d'huile bénite, non-

seulement le malade, mais tous les assistants. Comme ils ont une huile bénite différente de celle dont ils se servent pour les sacrements, ils en :

font des onctions aux morts.

On trouve dans leurs liturgies l'invocation des Saints, la prière pour les morts, et on ne les accuse point de blâmer le culte des images et des reliques. On ne peut pas leur reprocher d'avoir changé ou altéré ces liturgies, excepté sur l'article d'une seule nature en Jésus-Christ ; puisque sur tout le reste elles se trouvent conformes aux liturgies des Grecs, des Syriens, des Arméniens et des nestoriens, avec lesquels les cophtes n'ont pas eu plus de liaison qu'avec l'Eglise romaine .

Leurs jeûnes sont longs, fréquents et rigoureux. Ils observent quatre carêmes : le premier, avant la pàque, commence neuf jours plustôtque celui des Latins ; le second, après la semaine de la Pentecôte, et avantla fête de saint Pierre et de saint Paul, est de treize jours ; le troisième, avant l'Assomption, do quinze jours ; le quatrième, avant Noël, est de quarantetrois jours pour le clergé, et de vingttrois jours pour le peuple.

Il est donc évident qu'à la réserve d'un seul article de doctrine, l'Eglise cophte a exactement conservé la même croyance que l'Eglise romaine ; qu'ainsi, avant le concile de Chalcédoine et le schisme de Dioscore, cette croyance était celle de l'Eglise universelle. C'est injustement que les protestants ont soutenu que cette doctrine est nouvelle, a été inventée dans les siècles postérieurs. Nous la retrouvons chez les Grecs schismatiques, chez les Syriens jacobites, chez les nestoriens, dans la Perse et dans les Indes, aussi bien que chez les Egyptiens et les Ethiopiens. Ces différentes Eglises ne se sont pas concertées entre elles, ni avec l'Eglise romaine, pour changer leur foi, leur liturgie, leur discipline. Dieu semble les avoir conservées pour attester l'antiquité des dogmes dont les protestants ont pris prétexte pour faire un schisme. Ces derniers sont les seuls dans l'univers qui professent la doctrine qu'ils soutiennent être la croyance ancienne et primitive.

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