VIII. Le monde n'est pas l'Etre nécessaire. Le
monde est la même chose que toutes ses parties;
donc si le inoDde existe nécessairement et par lui-
uènie, tontes ses parties existent nécessairement et
que nous avons publié, il y a quinze ans, dans notre Dictionnaire des droits de la raison dans la foi, sur la latitude laissée à l'opinion touchant la création et les créatures, par l'orthodoxie qu'ont fixée sur cette matière les Papes et les conciles. Nous allions loin peut-être en élargissant autant que nous pensions le pouvoir la liberté de pensée du philosophe chrétien sur le mystère des mystères; nous n'avons pas reçu de munition ni de censure ; cependant avant de répéter nos appréciations ici même, nous disons à ceux qui les liront ce que saint' Augustin disait à ses lecteurs dans son livre l du don de la •persévérance, chap. 21 : « Je voudrais que personne n'embrassât mes idées au point de me suivre ailleurs que là seulement où il verra que je ne me suis point trompé. » Neminem velim sic amplecti mea, ut me sequatur, nisi in Us in quibus me non errare perspexerit.
Nous commencions notre petit traité intitulé : création et temps ou dieu naturellement DANS LES CRÉATURES, par
le préambule suivant :
« Avant de remplir nos chapitres
par elles-mêmes. Si les parties du monde exisleat nécessairement et par elles-mêmes, elles sont ca qu'elles sont nécessairement et par elles-mêmes elles ne peuvent donc changer, parce que les natures des choses ne changent point.
Loin d'apercevoir dans toules le6 paities du monde cette inaltérabilité, qui est l'apanage de l'Etre qui existe nécessairement et par lui-même, nous ne voyons dans plusieurs qu'une continuelle vicissitude. Combien de changements n'a pas éprouvés la terré parla suite des années! Les hommes, les animaux, les plantes naissent, croissent et meurent, d'autres leur succèdent qui auront le même sort. Changements, vicissitudes, altérations qui nous démontrent que ces parties ne sont pes nécessairement, puisqu'elles n'ont pas cette immobilité d'état qui caractérise l'Etre nécessaire ; changements, vicissitudes, altérations, qui, en détruisant ia nécessité d'exister dans quelques-unes des parties du monde, la détruisent également dans le tout.
IX. La matière et le monde ont été créés. La matière et le monde existent : or, ils n'existent pas par eux mêmes, ainsi qu'on vient de le prouver; donc ils ont reçu l'existence d'un autre; donc ils sont créés, donc il y a un Etie créateur distingué du monde et de la matière: c'est ainsi que la raison même, instruite par la révélation, démontre la création qui est au-dessus de la raiso.1 qu'elle ne peut comprendre. — M. Bergier, Traité de la vraie Religion, tom. 2, in-8o ; Bullet, L'existence de Dieu démontrée par les merveilles de la naturele cardinal delà Luzerne, Dissertation sur l'existence et les attributs, de Dieu, première partie. Voyez l'article dibo, Goussbt,
CRÉ
CRÉ
sur la question des créatures considérées dans leurs rapports nécessaires et naturels avec Dieu, et quant à leur origine, et quant à leur évolution, et quant à leur fin, ramenons à quelques points principaux tous les problèmes que cette question renferme.
« I. La première chose à se demander est celle-ci : Y a-t-il des créatures, c'est-à-dire, des êtres substantiels qui soient distincts de Dieu sans lui être coéternels ni par indépendance, ni par dépendance ; en d'autres termes, qui soient des produits temporels de son activité?
« Cette question résolus affirmativement implique le rejet d'un triple panthéisme : 1° du panthéisme par consubstantialité, lequel enseigne que tout est tellement un substantiellement qu'il n'y a de distinction que dans les modes divers sous lesquels peut se montrer ce tout-un ; 2° du panthéisme par coéternités indépendantes, lequel enseigne que toutes choses sont éternelles, quoique distinctes sous tous rapports ; ce panthéisme est un polythéisme qui peut s'appeler dualisme, atomisme, etc., selon la manière dont on l'explique; 3° du panthéisme par coêternitê dépendante, lequel soutiendrait que tout ce qui n'est pas Dieu, ou l'univers des créatures, est une production éternelle de la cause éternelle ; ce qui fait tout rentrer dans l'absolu, sous l'apparence d'une distinction, en faisant de l'univers un Fils de Dieu essentiel à son Père; qu'on explique, d'ailleurs, la production éternelle comme on voudra, soit par émanation, soit par génération, soit par extension, soit par l'emploi de tout autre mot, ce ne sera jamais qu'un pur synonyme, la coéternité étant d'abord posée.
« Mais le triple panthéisme que nous venons de signaler n'est relatif qu'à l'origine des créatures, et il a ses correspondants, quant à leur fin:
1° le premier, s'il n'était pas un roman incompatible avec l'essence des choses, entraînerait naturellement , comme lin des formes après leur évolution, une résorption de ces formes dans la substance une et identique qui s'est modifiée en elles ; 2° le
second entraînerait un parallélisme éternel, dans l'avenir comme dans le passé, entre tous les êtres vivants et indépendants les uns des autres; 3° le troisième engendrerait, pour fin des natures, soit la réabsorption périodique des extensions, émanations, etc., dans le Père d'où elles sortent, hypothèse qui se confond dans celle du premier panthéisme; soit la persistance éternelle de ces générations, hypothèse qui se confond dans le second panthéisme, avec cette différence, qu'au lieu d'avoir des dieux rivaux, on n'a qu'un Dieu père avec un fils ou des fils qui en sont un perpétuel écoulement, et, par suite, toujours dépendants, quoique éternels, mais «dépendants par nature, et non par loi morale.
« Il suit de là que la solution affirmative de la question: Y a-t-il de véritables créatures1} suppose également la négation des panthéismes quant à la fin des êtres. Si, en effet, ils ne sont, par rapport à Dieu, niconsubstantiels, ni coéternels par indépendance, ni coéternels par dépendance, leur lin ne peut être qu'un anéantissement véritable et substantiel, ou une immortalité véritable et substantielle, dépendant, l'un et l'autre, de sa puissance, de sa sagesse et de sa volonté.
« N'oublions donc pas que tous ces problèmes, s'il est permis d'user de ce mot, sont impliqués dans la simple question : Y a-t-il de véritables créatures f
« II. La seconde question à se faire, après que la précédente est résolue affirmativement, est-celle-ci : Combien d'espèces de créatures ou de créations de Dieu sont parvenues à notre connaissance, soit par les moyens naturels, soit par les moyens surnaturels?
et Dieu en est-il le créateur médiat ou immédiat?
a III. La troisième consiste à se demander quels sont les rapports nécessaires de Dieu à ces créatures quant à leur destinée totale qui implique leur création, leur évolution et leur fin.
« Or, cette question ramène toutes celles de la substance divine et de ses attributs considérés au dehors :
CRÉ
CRÉ
nous les réduisons aux suivantes :
« 1 " Question de la substance de Dieu relativement aux substances créées quant à l'être, quant au temps et quant à l'espace, question dont la réponse est, en bonne philosophie, que la substance divine soutient les substances créées, précède, accompagne et suit leur temps, remplit et contient leur espace.
« 2° Question de la toute-puissance Se Dieu en fait d'opérations ayant pour termes des créatures : question dont la réponse est, en bonne philosophie, que cette puissance peut tout, en concrétion de plans idéaux et en réalisation de ces plans, excepté ce qui est contrafce à l'essence des choses ou l'impossible en soi, excepté ce qui est contraire à la sagesse infinie, ou l'absurde etl'insensé, excepté enfin ce qui est contraire à la bonté infinie, ou le mal.
« 3° Question de la toute-science, dont la réponse est que cette science sait tout par une idée simple et permanente, sauf ce dont une telle idée impliquerait contradiction.
« 4° Question de la liberté absolue, dont la réponse est que cette liberté est complète dans les limites susdites de la toute-puissance.
« 5° Question de la toute-puissance, de la toute-science et de la toute-liberté, relativement au développement des créatures réalisées, ou question de la. providence qui implique: 1° celle de la conservation de l'être et de ses harmonies ; 2° celle de Y illumination ne l'intelligence, quand il s'agit d'êtres pensants ; 3° celle de l'activation de la volonté, quand il s'agit d'êtres libres. Cette question de la providence n'est autre que celle de la grâce naturelle essentielle à toute créature pour qu'elle puisse être ce qu'elle est, et faire ce qu'elle fait.
« 6° Question des mêmes attributs relativement à la destinée totale des créatures réalisées, ou question de la prédestination, c'est-à-dire, du devoir être de ces créatures dans la science que Dieu a d'elles, et dans le décret libre sur elles de sa volonté toute-puissante.
« 7° Enfin, question de la mise en application de la liberté toute-puis-
sante de Dieu relativement aux espèces de créatures qui nous sont connues. — Il s'agit dans ce dernier problème de ce que Dieu a décrété sur les destinées des créatures existantes ; nous savons, par la réponse à la question de la nature en général posée en premier lieu, qu'il peut les anéantir ou les rendre immortelles; lequel des deux a-t-il résolu pour celles que nous connaissons et dont nous faisons partie ? Tel est le problème : mais ce dernier problème sera un de ceux de la troisième partie de cet ouvrage, que nous avons appelé 1' Anthropudicée catholique.
« Reste donc à nous demander, sur les autres, en laissant de côté tout ordre surnaturel, quelles sont les réponses de la foi, quelle latitude est laissée à l'opinion et ce qu'il faut penser de l'enseignement catholique au triple point de vue du vrai, du beau et du bien. »
Et, après avoir ainsi jalonné l'ensemble des questions sur la créa/ion a lescréatures.aupointde vue philosophique, nous faisions un premier chapitre qui n'avait pour but que do citer textuellement les documents officiels ecclésiastiques et d'en extraire les articles de foi, d'une part, et les certitudes catholiques, d'autre part. Nous ne citerons ici, de ce chapitre assez long, que les propositions de foi que nous crûmes pouvoir être posées comme résumant toute la foi rigoureuse de l'Eglise sur la matière :
il y a des créatures vraiment créatures, et dieu est vraiment ctiéateub de toutes les créatcuks.
il y a des créatures invisibles et spirituelles. il y 1 la créature angélique qui est spirituelle et invisible; la créature mondaine, ou notre univers corporel et visible ; enfin la créature humaine qui tient des deux premières, étant, d'une part, spirituelle et invisible, étant, d'autre part, corporelle et visible.
Dieu a créé ces trois sortes d'êtres PAR SA TOUTE-PUISSANCE, SOIT DIRECTEMENT ET IMMÉDIATEMENT, SOIT EN SE SERVANT, COMME MOYEN, DE CAUSES SECONDES DÉJÀ CRÉÉES ELLES- MÊMES.
CRÉ 324
Dieu embrasse tous les temps et