AVENIR DU MONDE TERRESTRE DEVANT LA
science un grand article dont celui-ci peut-être considéré comme une porte dérobée.
Les comètes sont des astres comme les planètes, mais fort étranges à tous leurs points de vue. Elles suivent, dans notre système solaire, les trois lois de Kepler; en vertu de la seconde, elles décrivent des ellipses dont le soleil occupe un des foyers ; en vertu de la première, leurs rayons vecteiirs décrivent des aires proportionnelles aux temps employés à parcourir ces aires, d'où il suit qu'elles vont d'autant moins vite qu'elles s'éloignent plus du soleil ; en vertu de la troisième, les demi grands axes de leurs orbites représentant leurs distances moyennes au soleil, élevés au cube, sont proportionnels aux carres des nombres qui représentent leurs révolutions en années, jours, minutes, etc.; et tout cela est vrai soit que l'on établisse la com pnraison entre deux points différents de la même orbite, soit qu'on l'établisse entre deux orbites, celte d'une comète et celle d'une planète par exemple. Elles ne paraissent pas, d'ailleurs, être plus
lumineuses par elles-mêmes que ne le sont les planètes. En quoi diffèrent-elles donc des planètes ordinaires? Elles en diM'érent : 1° en ce que leurs ellipses sont très-allongées et même peuvent l'être jusqu'à sortir du système; 2° en ce que ces ellipses sont disposées d'une manière quelconque dans l'espace, et comme sans harmonie avec les courses des planètes ; 3° en ce que la direction de leur mouvement peut être même rétrograde, c'est-à-dire dans le sens opposé à celle du mouvement des autres astres; 4° en ce que la constitution physique de la plupart parait se réduire à une simple nébulos té dont la masse est très-faible, le volume très-étendu, et la rarescence très-considérable.
Il n'y a pas longtemps que ces connaissances sur les comètes sont fixées ; avant Tieho-Brahé, on les considérait comme desmétéoresafnïo-.phéiiques; ce fut lui qui, en calculant leur parallaxe, trouva qu'elles étaient trèsloin de la terre, beaucoup plus loin que la lune; Kepler n'eut point luimême l'idée de leur appliquer ses lois; il crut qu'elles décrivaient dans le ciel des lignes droites indélinies; et Newton, après avoir calculé qu'un corps soumis à l'attraction du soleil pouvait aussibien décrire une branche d'hyperbole ou de parabole qu'une ellipse, émit cette idée que la course des comètes pourrait bien être parabolique, ce qui expliquait comment certaines comètes, après avoir passé près du soleil, ne revenaient plus.
On a constaté la périodicité d'un certain nombre de comètes depuis l'invention des télescopes; celle de Halley revient au périhélie tous les 76 ans, celle de Enke tous les trois ans et demi, celle de Bréla tous les six ans 3/4, celle de Faye tous les sept ans environ, celle de Brorsen tous les cinq ans environ, celle de d'Arrest, reconnue périodique en 1851 par Yvon de Villarceau, tous les six ans et demi à peu près. D'autres ne promettent qu'un retour probable, et sont attendues ; telle est la comète dite de Charles-Quint, de 1556, qui devait revenir avant 1860 et qu'on a cru un moment reconnaître dans celle do
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1861, mais qui, en réalité, n'a pas encore reparu.
Les comètes présentent des difficultés considérables à l'observation et à leur calcul. Elles ne sont visibles que quand elles se trouvent, à la fois, assez voisines du soleil et de la terre, ce qui n'arrive que lorsquelles entrent dans le voisinage de leur périhélie ou qu'elles en sortent. Cela vient, du moins probablement, de ce qu'elles ne sont point lumineuses par elles-mêmes, et qu'elles ont besoin, pour être visibles, d'être fortement éclairées par le soleil; toujours est-il qu'il en résulte qu'on ne peut les observerque pendant un temps court, qui ne permet pas de fixer en assez de points leur courbe pour en calculer exactement toute l'orbite.
On a mentionné l'apparition de sept à huit cents comètes ; sur ce nombre, on n'a pu inscrire les éléments que de deux cents à peine et, parmi ces deux cents il n'y a que celles que nous avons citées dont l'orbite entière, et par suite la périodicité, soit constatée.
Nous venons de résumer à peu près tout ce qu'il y a de certain et de connu sur ces astres ; mais nous n'avons pas dit ce qu'elles présentent de plus mystérieux ou de plus étrange, soit dans leurs formes, soit dans leur constitution physique, soit dans leurs perturbations.
Quand une comète revient au périhélie, après avoir fait sa révolution elliptique, elle a généralement changé de forme, en sorte que s'il n'y avait que cette forme pour la reconnaître, on ne la reconnaîtrait pas. Elle peut avoir perdu sa queue, si elle en avait une, elle peut l'avoir épanouie ou resserrée, elle peut l'avoir mise en auréole, etc., et il ne reste, pour constater son identité, que les éléments de sa révolution s'ils sont à peu près les mêmes. Comment expliquer ce changement de costume durant son voyage à travers les espaces?....
Ce n'est pas tout. Nous avons dit que les comètes paraissent n'être, pour la plupart du moins, que des nébulosités ; c'est ce qui ressort avec assez d'évidence de la transparence d'un grand nombre, assez bien constatée
par leur passage devant des étoiles .
qui continuent d'être visibles à travers leurs substances et même à travers leur point le plus dense qu'on appelle leur noj'au. Mais cela n'est point constaté pour plusieurs, et l'on peut penser qu'il y en a qui sont, dans ce noyau du moins, compactes et solides.
Il y en a aussi dont le volume est énorme; la comète de 1811 avait dix mille lieues de rayon ; et malgré cette immense étendue, on n'a pas encore constaté d'influence des comètes sur les planètes, tandis qu'elles-mêmes subissent des dérangements parfois considérables, sous l'action des planètes; il s'ensuit que leur 'densité et leur masse sont très-faibles, ce qui s'accorde avec leur transparence. D'un autre côté, peut-on dire qu'elles consistent dans des vapeurs légères, lorsqu'on sait que les gaz réfractent la lumière, et qu'on n'a jamais reconnu de réfraction dans les rayons des étoiles qui les traversent? Il y a là du mystérieux.
Quand la comète est éloignée du soleil, elle est globulaire, elle ne se forme en queue que. sous son attraction ; et la queue s'allonge dans le sens opposé au soleil, mais selon la ligne droite, menée d'elle à lui; elle s'allongea, dans la comète de 1680, jusqu'à occuper un espace de 34 millions de lieues, et dans celle de 1843, encore davantage. Au moment où la comète fait le tour du soleil, au bout périhélie de son orbite, elle va d'une vitesse extrême; celle de 1843 ne mit que deux heures à décrire un arc de 180° autour du soleil ; mais alors, il se fait un changement complet de direction dans la queue par rapport an noyau ; avant d'arriver au périhélie la queue suit la tète, et après ce passage, c'est la queue qui va devant, en sorte qu'elle est toujours à l'opposite du soleil. C'est durant le temps de cette course, que les changements de forme s'opèrent, et ces changements sont à l'infini ; tous ces changements prouvent assez bien la rarescence, l'inconsistance et la mobilité, sinon du noyau, au moins de toute la partie qui forme la chevelure, la queue, l'éventail , etc. , laquelle pourrait ,
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dans les cas où le noj'au serait solide, être une grande atmosphère qui changerait de formes sous l'action du soleil selon la distance.
Les perturbations dans la marche des comètes peuvent être très-considérables soit par des influences connues et même susceptibles d'être calculées, soit par des influences inconnues et peut-être même iudécouvrables ; voici ce qu'on sait à cet égard :
Une grosse plané te , telle que Jupiter, dans le voisinage de laquelle passera une comète, peut l'attirer assez fortement pour la faire dévier dans le tracé de son ellipse et même la déranger assez pour modifier à jamais sa course, en lui imprimant une direction plus ou moins différente. C'est ainsi que la comète de Halley est troublée dans sa marche par les influences de Jupiter et de Saturne, et que Clairaut ne put fixer son retour pour le milieu d'avril 1759 qu'à la condition de faire entrer dans le calcul de ses éléments celui de ces perturbations ; et c'est ce qui fait que ce retour, jusqu'à présent, varie son époque d'une année, entre 73 et 76 ans. On a même profité de ces influences perturbatrices pour calculer parfois les masses des planètes qui les exercent. La comète de Enké, par exemple, a donné par ce biais, des indications sur la masse de Mercure qui en perturbe l'orbite.
On a même constaté des cas où la perturbation a été si considérable pour une comète qu'elle en a pris une autre direction et qu'elle est même sortie,probablemcnt, de notre système planétaire, pour aller, dans les espaces, se rattacher à quelque autre soleil, ou devenir peut-être aussi le satellite d'une planète trop éloignée pour qu'on put voir son nouveau satellite décrire son orbe autour d'elle.
C'est ce qui arriva pour la magnifique comète de Lexell qu'avait- découverte Messier en juin 1770, et dont la période, d'après les calculs de Lexell était de cinq ans, cinq dixièmes.
Comme on ne la revit pas en 1781, malgré l'attention qu'on y mit, Lexell la calcula de nouveau et constata qu'en août 1779 elle s'était par trop appro-
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chée de Jupiter, que l'action de cette planète sur elle était devenue supérieure à celle du soleil et l'avait lancée dans les espaces où elle s'était égarée sous d'autres influences inconnues, si Jupiter ne l'avait pas gardée comme satellite. C'était déjà Jupiter qui, en 1767, lui avait donné sa courte période de cinq ans et demi, et c'est lui qui a fini par nous la faire perdre, car elle n'est pas revenue depuis. La terre a-t-elle exercé de ces influences, qui produisent des perturbations dans notre univers? On ne saurait le dire. On sait seulement que plusieurs comètes se sont fortement approchées de notre globe; celle de Lexell, dont nous venons de parler, en passa à six fois seulement la distance de la lune; il n'eu résulta rien pour nous; mais qui pourrait dire qu'il n'en résulta rien pour la comète, et qui pourrait dire surtout que quelque comète n'est pas en route pour nous arriver un jour et modifier considérablement soit nos conditions astronomiques, soit nos conditions d'existence?
Sans parler de la fin du monde — nous en avons parlé — quel lecteur n'a conclu, dans son esprit, de ces faits cométaires, parfaitement constatés en astronomie, que l'ordre cosmologique de notre système solaire n'a rien de fixe et d'immuable ; que les astres, s'ils sont soumis à des périodicités dont les temps sont en harmonieavecles grandeurs deces corps, ne sont pas plus éternels ni immortels que nos petites existences terrestres. Ils peuvent faire, comme un voyageur de la terre, de mauvaises rencontres; et nous pouvons raisonnablement douter si, au premier jour, ne se montrera pas dans les deux l'astre nouveau pour nous, dont la destinée est de mettre fin à la nôtre. Nous n'avons de garantie, de la part du Créateur, que les périodicités; mais les comètes viennent nous dire, d'époques en époques, que ces périodicités ne sont point universelles, qu'il s'exerce des perturbations considérables qui les déconcertent, et que l'ordre du monde dont nous faisons partie, ne tient peut-être, comme celui de notre organisme, qu'à un fil
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sur lequel smt ouverts d'invisibles ciseaux. Le Noir.
COMMANDEMENTS DE DIEU. On
donne principalement ce nom aux dix préceptes que Dieu lit graver par Moïse surdes tables de pierre, comme le fond, et "sommaire de la morale.
Voyez Décai.ogie. Jésus-Christ a observé dans l'Evangile qu'ils se réduisent à deux, à aimer Dieu sur toutes choses, et le prochain comme nousmêmes. C'est le sommaire de la morale chrétienne, aussi bien que celle des Juifs ; il n'a pas été inconnu aux patriarches, puisque c'est la loi naturelle : on le trouve tout entier dans le livre de Job, et il vient de la révélation primitive que Dieu avait donnée à nos premiers parents.
Quoique cette loi n'ordonne rien qui ne soit prescrit par la loi naturelle et conforme à la droite raison, aucun peuple n'a parfaitement connu cette morale que par la révélation. Les philosophes mêmes, avec toute leur sagacité, ont été dans l'erreur sur plusieurs articles essentiels ; la plupart ont approuvé la vengeance, le mensonge, le meurtre des enfants, la prostitution ; ils ont méconnu le droit des gens, etc. Voyez Morale.
Dieu, sans déroger à sa sagesse, à sa bonté, à sa justice, a pu faire aux hommes d'autres commandements, leur donner des lois positives, auxquelles ils sont obligés de se conformer lorsqu'ils les connaissent.
Voyez Lois divines positives.
Bergier.
COMMANDEMENTS DE L'EGLISE; lois que les pasteurs de l'Eglise on faites en différents temps, pour établir l'ordre et l'uniformité, soit dans le culte divin, soit dans les mœurs. Sanctifier les fêtes, assister à la messe, observer l'abstinence et le jeûne à certains jours, respecter les censures ecclésiastiques, etc., sont des devoirs que l'Eglise a été en droit d'imposer aux fidèles, et auxquels ils sont obligés en conscience de satisfaire.
Au mot Lois ecclésiastiques, nous prouverons que l'Eglise a reçu de Jésus-Christ le pouvoir de faire des lois, que cette autorité lui était né-
cessaire, qu'elle en a fait usage depuis les apôtres jusqu'à nous, qu'il n'en résulte aucun inconvénient à. l'autorité des souverains, ni au gouvernement civil des états; les clameurs de ses ennemis contre les lois de discipline établies par l'Eglise, sont frivoles et injustes (1). Bergier.
COMMÉMORATION, COMMÉMO- RA1SON, souvenir que l'on a de quelqu'un, prière ou cérémonie destinée' à en rappeler la mémoire. Parmi les catholiques romains, ceux qui meurent font souvent legs à l'Eglise, a charge que l'on dira pour eux tant d« messes, et que l'on fera commémoration d'eux dans les prières.
Commémoration se dit encore, dans la récitation du bréviaire, de la mémoire que l'on fait d'un saint, ou de la férié, par une antienne, un verset et une oraison, à laudes et aux vêpres, et par une collecte, une secrète et une postcommunion à la messe.
La commémoration des morts est une fête qui se célèbre le second jour de novembre, en mémoire de tous les fidèles trépassés; elle fut instituée dans le onzième siècle par saint Odilon, abbé de Cluni. A l'article Morts, nous prouverons l'antiquité de l'usage établi dans l'Eglise chrétienne de prier pour les morts, les conséquences qui en résultent à l'avantage de la société, l'injustice des plaintes que les protestants ont faites contre cet acte de charité.
Dès les premiers siècles de l'Eglise, l'usage s'établit de faire, dans les assemblées chrétiennes, la commémoration des martyrs, le jour anniversaire de leur mort; la question est de savoir quelle était l'intention des fidèles dans cette pratique; nous disons que c'est un témoignage du culte rendu aux martyrs ; les protestants soutiennent qu'il n'y a dans cette coutume aucune marque ni aucune prouve de culte.
Basnyge, qui a traité exprès cette question, Wst. de l'Eglise, liv. 18, c.
(1) Il résulte des déclarations du concile du Vatican que c'est par ses Papes que l'Eglise exorce le droit de faire des lois générales* et cela non pas en vertu d'une transmission qu'elle leur ferait de son droit, omis eu vertu d'un droit propre que les Papes tiennent de Jésus-Cnrist. Le Nom.
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7, § 3 et suiv., prétend que l'on agissait ainsi : \" afin d'honorer la mémoire de ceux qui avaient combattu pour Jésus-Christ ; ainsi s'exprimait l'Eglise de Smyrne en parlant du martyre de saint Polycarpe. 2° Afin que les iidèles fussent encouragés par cet exemple à souffrir pour leur foi.
3° Dans les Constitutions apostoliques, 1. 8, c. 13, il est dit : Faisons mémoire des martyrs, afin que nous soyons trouves dignes de participer à leurs combats. 4° Saint Cyprien, Epist. 12 et 39, dit : Nous offrons des sacrifices pour les martyrs toutes les fois que nous oélébrons la commémoration anniversaire de leur passion. Ces sacrilices, selon Basnage, étaient les oblations que. l'on présentait à l'autel, et on les faisait pour attester que l'on conservait avec les martyrs l'union, qui est appelée dans le symbole la communion des saints. Ces oblations n'étaient point faites aux martyrs, mais à Dieu pour les martyrs.
Dans tous les éloges qu'en ont faits les auteurs des trois premiers siècles, nous ne trouvons aucune prière ni aucun vestige d'invocation adressée aux martyrs. L'Eglise de Smyrne dit :
Nous aimons les martyrs, mais nous n'adorons que Jésus-Christ. Eusèbe, liv. 4, c. 16. Enfin aucun des auteurs païens, qui ont écrit contre le Christianisme, n'a reproché aux chrétiens d'adorer, d'invoquer, ni de prier les martyrs. De toutes ces preuves, les protestants concluent que le culte des martyrs n'a commencé qu'au quatrième siècle.
Quand cela serait vrai, nous présumerions encore qu'au quatrième siècle l'on savait, pour le moins aussibien qu'au seizième, ce qni était conforme ou opposé à l'esprit du Christianisme, ce que Jésus-Christ et les apôtres avaient commandé, conseillé, permis ou défendu ; qu'à cette époque .Jésus-Christ n'a pas permis sans doute que son Eglise, qui jusqu'alors avait témoigné la plus grande horreur de l'idolâtrie, s'en rendit tout à coup universellement coupable. Mais nous avons de plus fortes preuves qu'une simple présomption,
1° Nous demandons quelle différence il faut mettre entre honneur et
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culte, entre culte religieux et honneur rendu par motif de religion^ lorsque les protestants auront satisfait à cette question, nous parviendrons peutêtre à nous entendre sur le reste.
L'honneur rendu aux martyrs n'était certainement inspiré par aucun motif humain, par aucun intérêt temporel, par aucune considération puisée dans la nature ; il était donc suggéré par la foi et par la religion.
2° Nous voudrions savoir en quoi consiste la communion des saints, que l'on voulait entretenu" avec les martyrs ; selon l'idée que nous en donnent les apôtres, c'est la participation ou la communication mutuelle de prières, de bonnes ouvres, de secours, d'assistance, de bienfaits spirituels et temporels. Rom., c. 12, ^ 13; Galat., c. 6, f d;Hebe., c. 13, f IQ ;I Pétri, c. 4, f 8. A quoi se réduirait cette communication avec les martyrs après leur mort, s'ils ne pouvaient ni prier, ni intercéder pour nous, ni nous secourir eu aucune manière; et de quoi nous servirait-elle? Basnage ne s'explique pas là-dessus.
3° Nous disons, aussi bien que l'Eglise de Smyrne, que nous adorons Jésus-Christ seul, dès que l'on entend par adoration le culte divin et suprême, et que nous aimons lesmartyrs ; pourquoi les aimerions-nous, s'ils ne nous aimaient pas eux-mêmes? Selon saint Paul, la charité doit être mutuelle, et cette charité ne meurt jamais ; elle subsiste donc dans les martyrs : s'ils nous aiment, ils s'intéressent à notre salut, ils le désirent, ils le demandent à Dieu, et sans celanous n'aurions aucun motif de les aimer.
4° Saint Cyprien ne parle pas seulement d'ob'lations ou d'offrandes, mais de sacrifices pour la commémoration des m-àrtyrs, oblationes et sacrificiel. Ep. 37, olim 12. Dans les Const. apost., 1. 8, e. 12, on lit : « Nous vous » offrons encore, Seigneur, pour tous » les saints,... apôtres, martyrs, con- » fesseurs,etc. » Est-il question làde l'eucharistie après la consécration?
Basnageo.n'avait garde de le remarquer. Ces oblations, dit-il, se faisaient à Dieu pour les mart3'rs, ou afin qu'ils obtinssent quelque nouveau degré de gloire, ou pour marquer que l'Eglise
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entretenait communion avec eux.
Nous soutenons que c'était pour l'un et l'autre. On demandait donc ainsi un nouveau degré de gloire pour les martyrs : or, c'en est un de pouvoir contribuer par leurs prières au salut de leurs frères ; on demandait à Dieu la communion avec eux ; et, encore une fois, cette communion aurait été nulle, si les martyrs ne pouvaient pas intercéder pour nous. C'est ce que fait encore l'Eglise, lorsqu'elle oifre le saint sacrifice à l'honneur des martyrs et des autres saints ; cette expression, sur laquelle les protestants ont tant glosé, ne signifie rien de plus que ce qu'a vu Basnage lui-même dans la pratique de l'Eglise primitive.
5° Est-il vrai qu'il n'y a dans les monuments des troispremiers siècles, aucun vestige d'invocation des martyrs? Si l'on croyait à leur intercession, comme nous venons de le prouver, l'invocation s'ensuit évidemment.
Saint Cypricn conjure des martyrs de se souvenir delui, lorsque le Seigneur aura commencé à honorer leur martyre. L. de lande Martyrii; à la lin, il fait la même prière à des vierges, L. de habitu Virgin. C'était les invoquer du moins d'avance ; nous apporterons d'autres preuves ailleurs.
Voyez Saints. Bergier.
COMMENCEMENT. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Gen., c. 1, y 1. Au Commencement était le Verbe, il était en Dieu, et il était Dieu. Joan., c. \ , f 1 . La comparaison de ces deux passages a donné lieu aux interprètes de faire plusieurs remarques importantes, et aux hérétiques d'imaginer plusieurs manières d'en pervertir le sens. Dans le premier, Moïse enseigne que le monde a commencé, qu'il n'est pas éternel, que c'est Dieu qu'il l'a créé ou l'a tiré du néant, qu'avant ce moment rien n'existait que Dieu et l'éternité. Ensuite il nous apprend que Dieu a donné l'être à toutes choses par une simple parole, par un acte de sa volonté, qu'il n'y avait par conséquent point de matière préexistante, de laquelle Dieu ait eu besoin peur en former le monde. Il dit : Que la lumière soit, et ia lumière fut, ainsi du reste. Deux
grandes vérités que les philosophes ont ignorées, qu'ils ont même combattues, puisque les uns ont admis l'éternité de la matière et les autres l'éternité du monde : erreurs qui en ont fu> naître une infinité d'autres.
Les sociniens ont fait de vains efforts pour soutenir que les paroles de Moïse ne prouvaient pas le dogme de la création d'une manière incontestable. Voy. Création.
Dans le second passage, saint Jean déclare que quand Dieu a créé le monde, le Verbe divin était déjà, qu'il était en Dieu, et qu'il était Dieu ; que c'était par conséquent une Personne subsistante et distinguée de Dieu le Père ; ce Verbe n'a donc point eu de commencement, il est coéternel à Dieu. Par là l'évangélisie réfutait Cérinthe et d'autres hérétiques qui niaient l'éternité et la divinité du Verbe. Voyez Verbe,
Les sociniens se sont encore tournés de toutes manières pour altérer le sens de ces paroles ; ils ont dit que saint Jean voulait seulement donner à entendre que Dieu a créé le Verbe avant les autres créatures. En cela ils ont contredit Moïse, qui enseigne que les premières choses auxquelles Dieu a donné l'être sont le ciel et ia terre ; cela ne serait pas vrai, si Dieu avait créé le Verbe auparavant. Ils ont contredit saint Jean lui-même, qui ajoute que par le Verbe toutes choses ont été faites, et que rien de ce qui a été fait ne l'a été sans lui ; certainement le Verbe ne s'est pas fait lui-même. D'autres- ont prétendu que saint Jean ne parlait point du commencement de toutes choses, mais, du commencement de la loi de grâce, qui a été comme une nouvelle création; Jésus-Christ, en effet, l'appelle la régénération, ou le renouvellement de toutes choses. Matth., c. 19, f 28. Mais pour quelles raisons les sociniens veulent-ils donner au mot commencement, dans saint Jean,"un autre sens que celui qu'il a dans "e premier verset de la Genèse? L'évangéliste fait assez comprend re qu'ilparle aussi-bien que Moïse, du commencement de l'univers, puisqu'il ajoute que toutes choses ont été faites parle Verbe, etc. 11 a donc voulu nous apprendre que ce
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Verbe a créé le monde. Le psalmiste a dit de même, que Dieu a fait les deux par sa parole ou par son Verbe, et leur arméepar le souffle de sa bouche, ou par son esprit ; telle est l'énergie du texte hébreu. Ps. 32 ; Hcbr ; 33, f 6. Aussi plusieurs interprètes ODt vu dans ce passage les trois Personnes de la Sainte Trinité, Dieu, son Verbe et son Esprit. Ceux donc, qui, dans les versions, font dire à saint Jean : De toute éternité était le Verbe, il était en Dieu, et il était Dieu, n'en altèrent pas le sens, puisque avant la naissance du monde rien n'existait que Dieu et l'éternité.
Une autre imagination fausse des sociniens, est de soutenir que ces paroles, toutes choses ont été faites par lui, signifient seulement que Jésus- Christ a renouvelé toutes choses.
Peuvent-ils citer, dans toute l'Ecriture sainte, un seul passage dans lequel faire signifie renouveler ? Saint Jean dit, f g et 10: Le Verbe était la lumière.... il était clans le monde, le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu. Certainement le Verbe n'a pas renouvelé le monde lorsque le monde ne le connaissait pas.
On ne peut pas approuver non plus l'interprétation du père Hardouin, qui, en réfutant très-bien les sociniens, les favorise cependant, en disant que par le monde on doit entendre le peuple juif. Peut-on soutenir qu'avant la naissance de Jésus-Christ, le Verbe n'existait, n'opérait et n'éclairait personne que chez le peuple juif? Ce n'est pas ainsi que l'ont entendu les Pères de l'Eglise, qui ont soutenu que, depuis la création jusqu'à nous, tout ce que les hommes en général ont reçu de grâces et de lumières, leur a été donné par le Verbe divin.
La seule manière de prendre le vrai sens de l'Ecriture sainte, est de nous en tenir à la tradition, à l'explication et au sentiment des Pères de l'Eglise, surtout des plus anciens.
Saint Ignace, disciple de saint Jean l'évangéliste, était sans doute bien instruit de la doctrine de son maître:
or, il enseigne, de la manière la plus positive, que le Verbe divin n'a point eu de commencement, qu'il est par
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conséquent co-éternel à Dieu. Epist' ad Magnes., n° 8. Il dit que Jésus- Christ est le lils de Dieu et son Verbe éternel, qui n'est point né du silence: Verbum ipsius œternum non à silentio progreeliens Voy. Verbe. Bergieh.
COMMENTAIRES , COMMENTA- TEURS ; interprétation des livres saints, auteurs qui les ont expliqués.
Des livres qui existent, les uns depuis dix-huit siècles, les autres depuis quatre mille ans, qui sont écrits dans des langues mortes, qui peignent des mœurs et des usages très-différents des nôtres, qui contiennent une doctrine que vingt sortes d'hérétiques ont tâché de corrompre, ne peuvent être aussi aisés à entendre que des livres modernes. Il faut donc, pour les expliquer, des hommes qui aient étudié les langues, l'histoire , les mœurs antiques, la géographie, l'histoire naturelle, etc., qui aient rapproché et comparé les passages, qui aient consulté la tradition; et toutes ces connaissances ne sont pas aisées à rassembler. Les commentateurs les plus estimés sont ceux qui les ont possédées au plus haut degré, qui se sout le plus attachés à développer le sens littéral et naturel des auteurs sacrés.
La multitude de leurs commentaires est immense; on peut s'en convaincre par l'ouvrage du père Le Long, intitulé Bibliotheca sacra.
Les uns ont travaillé sur toute l'Ecriture sainte, les autres sur certains livres en particulier; quelques-uns se sont bornés à discuter un seul fait de l'Ecriture sainte, ou un passage qui paraissait plus obscur que les autres. Plusieursl'ont fait pour établir et appuyer les dogmes de la foi catholique, les hétérodoxes pour étayer leurs opinions particulières et leurs erreurs.
A la vue de cette multitude de volumes, les incrédules ont dit que l'Ecriture sainte est donc un livre indéchifl'rable, puisqu'il a fallu tant de travaux pour en montrer le sens. Ils n'ont pas fait attention que les cornmentateurs ont écrit les uns en Italie, les autresen Espagne, ceux-ci en France, ceux-là en Allemagne ou en Angleterre, dans différents siècles, et dans
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les diverses communions chrétiennes, chez les Juifs même ; fort souvent tous disent la même chose, ils ne sont divisés que sur le sens d'un petit nombre de passages ; leur concert, sur tout le reste, démontre la vérité du sens que tous ont également aperçu.
Quelle multitude de commentaires n'a-t-on pas fait sur les poètes grecs et latins ! Cela ne prouvepas, sansdoute, que ces auteurs soient inintelligibles; cependant il n'y a pas longtemps que l'on a commencé ce genre de travail, au lieu que l'on s'est exercé sur l'Eoriture sainte dans tous les siècles.
Les ordonnances de nos rois ne sont pas, sans doute, un chaos d'obscurité; cependant à quelle multitude de commentaires n'ont-elles pas donné lieu !
Mais la nécessité de ces commentaires ne prouve que trop le besoin dans lequel sont les simples fidèles, d'une autre règle de foi que l'Ecriture sainte pour fonder et diriger leur croyance.
On ne conçoit pas comment les réformateurs qui ont posé pour principe que l'Ecriture sainte est la seule règle de foi, ont osé entreprendre de l'expliquer eux-mêmes. Si elle est claire qu'a-t-elle besoin d'explication ? Si les fidèles sont en droit de n'avoir aucun égard à cette explication même, à quoi peut-elle servir? Et il faut remarquer que les passages sur lesquels les protestants ont fondé leurnouvelle croyance et leur séparation d'avec l'Eglise romaine, sont justement ceux qui leur ont paru avoir le plus de besoin d'explication. D'où il résulte que leur foi est fondée non sur le texte, mais sur l'explication qu'ils en donnent, ou sur le sens qu'ils lui attribuent. A moins que leur explication ne soit infaillible, il est fort dangereux que leur foi ne soit une erreur, de même que leur méthode est une contradiction.
Les prolestants ont le plus grand intérêt à décrier les explications de l'Ecriture sainte, données par les Pères de l'Eglise et par les interprètes de tous les siècles, afin de persuader que ces livres divins n'ont été bien entendus que depuis que les réformateurs et hure disciples nous en ont donné l'intelligence ; aussi n'y
ont-ils pas manqué : il n'est pas possible déparier des commentateurs, en généra], avec plus de mépris que l'a fait Mosheim dans son Histoire ecclésiastique, et dans ses Instructions sur l'histoire chrétienne du premier siècle.
Dès cette époque, à commencer par saint Barnabe, il leur reproche d'avair suivi la mauvaise méthode des Juifs, d'avoir négligé le sens littéral des livres saints, de l'avoir défiguré par des explications mystiques et allégoriques. A ce défaut essentiel, ceux du second siècle ont ajouté un respect superstitieux pour la version des Septante. Au troisième, Origène, malgré ses travaux immenses sur le texte de l'Ecriture sainte, a communiqué aux écrivains de son temps, et à ceux qui ont suivi, le goût frivole pour les allégories. Au quatrième, saint Jérôme malgré les soins qu'il s'était donné pour apprendre l'hébreu, n'a pas été exempt de ce vice, non plus que saint Augustin. Selon lui, ce Père a trèsmal réussi, lorsqu'il a voulu donner des règles pour Tint lligence du texte sacré. Au cinquième, il -ne fait grâce qu'aux commentaires de Théodoret sur le Nouveau Testament, à ceux de saint Isidore de Damiette. qui a un peu moins donné que les autres dans le mauvais goût régnant et à ceux de Théodore de Mopsueste, conservés par les nestoriens. Depuis le sixième siècle, les interprètes se sont presque bornés à nous donner des chaînes des Pères, catense Patrnm, et ont ainsi perpétué le vice né dès le premier siècle, jusqu'à la naissance de la réforme.
Voilà donc, depuis la mort des apôtres, et pendant un espace de quinze c£nts ans, l'Eglise chrétienne privée de la véritable intelligence de l'Ecriture, qui ■cependant, selon le sentiment des protestants, devait être l'unique règle de sa croyance. En lui donnant des pasteurs et des docteurs, les apôtres ont oublié de leur prescrire la manière dont il fallait expliquer ce livre divin ; le Saint-Esprit, qui avaitd'abord prodigué le don des langues aux premiers fidèles, n'a pas trouvé bon de l'accorder à ceux qui en avaient le plus besoin, à ceux qui devaient prêcher au peuple la pure
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parole de Dieu ; les apôtres, qui en avaient reçu la plénitude, ne se sont pas donné la peine de faire une version plus exacte et plus correcte que celle des Septante.
Us ont fait bien pis : ils ont mis eux-mêmes cette version fautive à la main des fidèles, qui étaient incapables d'en connaître les défauts, et ce sont eux qui ont donné aux Pères de l'Eglise l'exemple des explications allégoriques de l'Eciiture sainte; la preuve en subsiste dans l'Evangile et dans les lettres de saint Paul. Aussi, les incrédules ont eu grand soin d'appliquer aux apôtres et aux évangélistes le reproche que les protestants font aux anciens commentateurs. Mosheim et ses pareils ont-ils pu l'ignorer? Ces deux considérations suffisent déjà pour justifier les anciens Pères; mais si nous examinons leur conduite en elle-même, les trouverons-nous aussi coupables qu'on le prétend? Est-il vrai que les commentateurs modernes, protestants ou autres, aient enfanté de si grandes merveilles en prenant une route tout opposée? Ceci mérite un moment de réflexion.
Les Pères ont cherché dans l'Ecriture sainte des leçons propres à sanctifier les moeurs, et non des connaissances capables de flatter l'orgueil et la curiosité ; ils ont pensé que ce livre divin nous a été donné pour nous inspirer des vertus, plutôt que pour nous enrichir d'une vaste érudition. Leurs commentaires sont sans doute moins savants que ceux des modernes, mais ils sont plus édifiants et plusehrétiens; s'ils ne rendent pas la lettre beaucoup plus claire, ils tendent plus directement à nous en faire prendre l'esprit, qui vaut beaucoup mieux. Ils ont fait grand usage des explications allégoriques, parce que c'élait le goût de leur siècle ; ils étaient forcés des'y conformer. Voyez Allégorie. Qu'ont fait les interprètes protestants et sociniens ?
Us ont traité les écrits des auteurs sacrés comme on a traitfrceux d'Homère, d'Aristote, de Pline, et des auteurs profanes; il n'y a pas plus de piété dans leurs notes sur les uns que sur les autres.
Mosheim lui-même a fait une longue dissertation contre les interprètes
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qui ont rempli les commentaires d'explications, d'allusions, de comparaisons et d'observations tirées des auteurs profanes. Syntag., Bissert. ad sanctiores Disciplin. pertin.. pag. 166.
On nous en impose, d'ailleurs, quand on veut nous persuader que les Pères se sont bornés à des explications allégoriques. Les livres de saint Jérôme, des Noms hébreux, des Lieux hébreux, les Questions hébraïques sur la Genèse, ses Commentaires sur h s prophètes, un très-grand .nombre de ses lettres ; le Traité de saint Epiphane, des poids et des mesures des Hébreux ; les Réponses de saint Augustin aux objections desmanichéens, etc., sontdes ouvrages d'érudition, qui pourraient faire honneur à des savants de notre siècle, et ceux-ci devraient être plus reconnaissants des secours qu'ils en ont tirés. Un grand nombre d'autres ouvrages des premiers fiècles, non moins estimables, ont péri par le malheur des temps. Les Hexaples d'Origène auraient plus contribué à l'intelligence de l'Ecriture sainte, que le plus savant, commentaire.
Il y a du ridicule à reprocher aux anciens Pères leur respect pour la version des Septanle, puisqu'alors il n'y en avait point d'autre qui fût connue ; à la réserve de saint Matthieu, les évangôlistes et les apôtres s'en étaient servis. Dès le troisième siècle, Origène sentit qu'il ne fallait pas s'y borner, puisque, dans ses Hexaples et dans ses Octaples, il la mit en comparaison avec le texle hébreu, et avec toutes les autres versions grecques qu'il put trouver. Il est encore plus absurde de leur savoir mauvais gré de n'avoir pas appris l'hébreu dans un temps où l'on manquait absolument de secours pour l'étudier, et lorsque les Juifs faisaient tous leurs efforts pour en dérober la connaissance aux chrétiens : on sait combien il en coûta de soins et de peines à saint J érôme, pour en recevoir des leçons.
Pour entendre l'Ecriture sainte, les Pères des premiers siècles avaient un guide plus infaillible que les règles de grammaire hébraïque; savoir, la tradition des Eglises apostoliques, conservée par les disciples immédiats des
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apôtres, et transmise sans interruption à leurs successeurs. Voilà ce qui a donné lieu de composer les chaînes des Pères, de rassembler et de comparer les explications que ces auteurs respectables avaient données des passages dont le sens était contesté parles hérétiques. Et en quel temps? Sur la tin du cinquième siècle ou pendant le sixième, immédiatement après les premières irruptions des Barbares. Les plus connus de ces ouvrages sont celui d'Olympiodore, moine grec du cinquième ou du sixième siècle, surlelivre de Job; on le trouve dans la Bibliothèque des Pères; celui de Victor, évoque de Capoue, de l'an 545, sur les quatre Evangiles ; celui de Primasius, évèqne d'Adrumète en Afrique, en 553, sur les épîtres de saint Paul ; celui de Procope de Gaze, rhéteur et sophiste grec, qui a écrit vers l'an 560, sur Isaïe et sur d'autres livres de l'Ecriture sainte.
On craignait alors avec raison que la plupart des monuments ecclésiastiques ne fussent bientôt détruits parla fureur des Barbares : on s'efforçait d'en sauver les débris, et l'événement a prouvé que cette crainte n'était que trop bien fondée. La multitude des hérésies qui avaient paru dans les siècles précédents, faisait sentir la nécessité de s'attacher à la tradition, et d'en avoir toujours la preuve sous les yeux. L'imperfection de ces ouvrages ne vient donc pas du mauvais goût des auteurs, mais de la nécessité des circonstances.
Quoi qu'en disent les protestants, ces compilations ne sont pas inutiles, puisque ce sont des chaînes de tradition; d'ailleurs nous y trouvons quelques fragments de livres anciens qui ne subsistent plus. Nous devons faire aussi peu de cas de l'opinion qu'en ont nos adversaires, qu'ils en font euxmêmes des monuments de l'antiquité; ils ne chercheraient pas à nous ôter nos guides, s'ils n'avaient pas envie de nous égarer.
Mosheim prétend que dans les bas siècles, jusqu'à la naissance de la réforme, les papes s'étaient opposés de toutes leurs forces à ce que les laïques pussent lire et entendre l'Ecriture sainte. Comme nous ne pouvons pas attribuer cette calomnie à l'ignorance de ce critique, nous sommes forcés de
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nous en prendre à sa malignité. Il est de toute notoriété que jusqu'au dixième
siècle, la langue latine fut dans toutes les Gaules ie langage non-seulement de la religion, mais encore de tous les actes publics et de tous les livres ; que le peuple l'entendait pour le moins' aussi bien que les habitants des diverses provinces de France, qui ont des jargons particuliers, entendent aujourd'hui le français. Il est donc incontestable que, au moins jusqu'alors, la vulgate latine pouvait être lue et ptvtenduepartous ceux qui savaient lire.
Peut-on citer un seul décret des Papes qui leur ait interdit cette lecture ?
Il n'est pas moins certain qu'à cette époque, et dans les trois ou quatre siècles suivants, les clercs seuls savaient lire et écrire ; que l'usage des lettres était regardé par les nobles comme une marque de roture : attribuerons-nous cette rouille barbare aux Papes, qui n'ont pas cessé de faire des efforts pour la dissiper? Ils y avaient le plus grand intérêt, puisque c'est l'ignorance grossière des siècles dont nous parlons qui fit éclore la multitude de sectes fanatiques qui troublèrent en même
temps l'Eglise et la
aussi bien
en Italie qu'ailleurs. Sans une aveugle prévention, l'on ne peut pas nier que le clergé n'ait fait tout ce qui était en son pouvoir pour conserver et pour renouveler l'usage des lettres. Voyez Lettres, Arrrs; Science, etc.
Pour faire illusion aux ignorants, Mosheim soutient que, de concert avec les Papes, le concile de Trente a mis un obstacle invincible, parmi les catholiques, à la véritable intelligence de l'Ecriture sainte, en déclarant la vulgate authentique, c'est-àdire, selon lui, fidèle, exacte, parfaite, à couvert de tout reproche; en imposant aux commentateurs la dure loi de n'entendre jamais l'Ecriture sainte en matière de foi et de mœurs, que' conformément au sentiment commun de l'Eglise et des Pères; en déclarant enfin que l'Eglise seule, c'est-à-dire, le Pape, qui est son chef, a le droit de déterminer le vrai sens et la vraie signification do l'Ecriture, llist. ecclèsiast., seizième siècle, sect. 3, lre partie, c. ■!,§ 25.
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En premier lieu, il est faux que le décret du concile de Trente, touchant l'authencité de la vulgate, ait le sens que Mosheim lui donne malicieusement ; nous prouverons le contraire au mot Vulgate. Son traducteur a eu la bonne foi d'en convenir dans une note, tome 4,pag. 216.
En second lieu, la loi dure imposée aux commentateurs par ce concile avait au moins déjà huit cents ans d'antiquité; le concile in Trullo, tenu l'an 092, et dont les décrets forment encore aujourd'hui la discipline de l'Eglise orientale, ordonna, can. 20, que s'il survenait des disputes entre les pasteurs sur le sens de l'Ecriture, elles fussent résolues suivant le sentiment et les lumières des anciens docteurs de l'Eglise. Nous verrons au au mot Tradition, qu'ils ont suivi euxmêmes cette règle en expliquant l'Ecriture sainte.
En troisième lieu, il est faux que, dans son décret, le concile de Trente ait entendu, par la sainte Eglise notre mère, le Pape qui est son chef. Indépendamment de l'enseignement du souverain Pontife, il y a l'enseignement public et uniforme des dilîérentes Eglises qui composent la société générale, que nous appelons l'Eglise catholique; enseignement de l'uniformité duquel nous sommes assurés par la communion de foi et de croyance qui régnent entre elles. Mais les protestants ne se corrigeront jamais de la mauvaises habitude de défigurer notre doctrine (1).
Voyons enlin les merveilles qu'ont opérées les réformateurs et leurs disciples,par leurs commentaires et leurs savantes explications de l'Ecriture sainte. Mosheim lui-même ne nous en donne pas une idée fort avanta-
(1) Sur le point particulier sur lequel Bergier répond ici à Mosheim, à savoir que c'est le Pape qui, en sa qualité de chef de l'Eglise, a le droit de déterminer le vrai sens de l'Ecriture Fairite, les récentes déclarations du concile du Vatican prouvent que Mosheim interpréta,! mieux que Bergier le vrai sens catholique; Berg er aurait dû accorder à son adversaire que c'est [e Pape qui décide de la vraie signification de l'Ecriture sainte, mais en ajoutant qu'il ne le fait infailliblement que quand la matière intéresse de sa nature la foi ou la morale, quand elle est de (ide val moribus. Voyez notre dissertation du commencement sur le concile du Vatican. La Nom.
geuse; il convient que les luthériens, dans les commencements, donnèrent plus d'application à la controverse qu'à l'explication des livres saints, qu'ils s'attachèrent trop à y rechercher des sens mystérieux, qu'ils appliquèrent à Jésus-Christ et aux ré volutions de l'Eglise plusieurs des anciennes prophéties qui n'y avaient aucun rapport. Noos voyons, en effet, que, dans leurs commentaires, ils se sont bien moins attachés à rechercher le vrai sens des passages, qu'à en tordre le sens pour l'ajuster à leurs prétentions; et toutes les fois qu'ils ont changé d'avis, ils n'ont pas manqué de voir dans l'Ecriture sainte le sens le plus conforme à leurs nouvelles opinions; ainsi, ce n'est pas le sens aperçu d'abord dans les livres saints qui a réglé leur croyance; c'est celle-ci, au contraire, qui a décidé du sens des auteurs sacrés. Etait-ce là le moyen de trouver infailliblement la vérité?
Il reproche à Calvin et à ses adhérents d'avoir appliqué aux Juifs la plupart des prophéties qui regardent Jésus-Christ, et d'avoir ainsi enlevé au Christianisme une partie essentielle de ses preuves. Peut-on imputer de pareils attentats aux commentateurs catholiques?
Cette dissension sur le vrai sens des Ecritures, qui s'est élevée d'abord entre les luthériens et les calvinistes, dure encore parmi ces derniers.
Grotius, qui a trouvé un bon nombre de partisans, surtout chez les sociniens, a soutenu que la plupart des prophéties, appliquées à Jésus-Christ par les auteurs du Nouveau Testament, désignent d'autres personnages dans le sens direct et littéral; mais que, dans un sens mystérieux et caché, elles représentent le Fils de Dieu, ses fonctions, ses souffrances, etc. Coccéius, au contraire, qui a formé aussi des disciples, envisage toute l'histoire de l'Ancien Testament comme un type et une ligure de celle . de Jésus-Christ et de l'Eglise chrétienne ; il prétend que toutes les prophéties regardent directement et littéralement Jésus-Christ, et prédisent toutes les révolutions qui doivent arriver dans son Eglise jusqu'à "la lin
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des siècles. Au lieu que celui-ci a vu Jésus-Christ partout, Grotius ne l'a vu nulle part, du moins dans le sens direct, littéral et naturel des termes.
De leur côté, un grand nombre de théologiens anglicans n'ont fait aucun cas de ces commentateurs modernes; ils ont soutenu que l'on ne doit interpréter les livres saints, en matière de foi et de mœurs, que dans le sens que leur ont donné les anciens docteurs de l'Eglise naissante. A la vérité, ils ont été vigoureusement attaqués par d'autres; on leur a reprochéqu'ils abandonnaient le principe fondamental de la réforme, qui est qu'en matière de foi et d'interprétation de l'Ecriture, chacun est en droit de s'en rapporter à son propre jugement, sans être subjugué par aucune autorité humaine.
Aussi, depuis que ce merveilleux principe a été suivi, l'on a vu vingt sectes différentes s'élever dans le sein du protestantisme, faire bande à part, soutenir, la Bible à la main, que leur doctrine était la seule vraie. Aucune de ces sectes n'a fait un plus grand nombre de commentaires sur les livres saints que les sociniens, aucune n'a poussé plus loin les subtilités de grammaire et de critique, aucune n'a mieux réussi à pervertir le sens de l'Ecriture ; les autres protestants en conviennent. Ainsi ce livre divin et les commentaires, loin de réunir les esprits dans une même croyance, sont devenus une source continuelle de divisions, et continueront de l'être, jnsqu'à ce qu'il plaise à tous les esprits rebelles de reconnaître la sagesse et la nécessité de la loi que l'Eglise catholique a imposée à tous les commentateurs, et qu'elle à suivie dans tous les siècles. Voyez Ecriture