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soixante ans, ne savait pas ce qui se faisait chez les Philistins, à dix on douze lieues de sa demeure. La plupart des objections que font nos critiques incrédules contre l'histoire sainte, ne sont pas plus sensées que celles-là. Bergieii.
DAILLÉ (Jean) ou DALL^EUS.
[Théol. hist. biog. et bibliog.) Ce célèbre théologien et prédicateur réformé naquit à Châtellerault en 1594, fit ses études à Saumur, voyagea en Suisse où il se lia avec le fameux Fra Paolo Scarpi, l'historien du concile de Trente, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, et mourut pasteur de la paroisse réformée de Charenton en 1670. Niceron compte trente-quatre ouvrages de Daillé, tous remplis d'une merveilleuse érudition ; voici les principaux : Bisputatio adversus Latinorum de cultus religiosiobjcctotraditioncm, qua demonstralur vetustissimis, ad ann. B. 300, Christianis ignotos et inusitatos fuisse eos cultus quos nunc in Romana communione soient Eucharistice, Sanctis, Rcliquiis, Imaginibus et Crucibus déferre, Genevœ, 1 66i-, in-40. — De Cultibus religiosis Latinorum libri IX, Gen., 1071, in-4». —De Conpmatione etExtrema Unctione, Gen., 1669, in-4°.
— De sacramentali sive auriculari Latinorum Confessione, Gen., 1661, in-4°. — De Jejuniis et Quadragesima, Divent., 1634, in-8°. — De PseudepigrapMs Apostolis, Harderw., 1653, in-S°. — De Pœnis et Satisfactionibus humanis lib. VII, Amst., 1699; in-4».
— De la créance de Pères sur le fait des images, Genève, 1641, in-8°; traduit en latin par Baillé lui-même, Leyde, 1642, in-8°. — Apologie des Églises réformées, 1633, in-8°: traduite en latin par l'auteur, Amsterdam, in-8°; en anglais par Smith, Londr., 1653.
« L'ouvrage de Daillé , dit M. Séback, qui excita le plus l'attention fut celui qu'il écrivit en français en 1632, et qu'on imprima à Genève sous le titre de Traité de l'emploi des saints Pères pour le jugement des différends de la religion, traduit en latin par Messager, prédicateur de Saint-Quentin, De usu Patrum ad ea dcfiniendare-
ligionis capita quss sunt hodie controversa, Genève, 1056, in-4°, et traduit en anglais probablement par Smith, Lond., 1651 , in-4°. Cet ouvrage, dans lequel Daillé rabaisse beaucoup les saints Pères, qu'il déclare juges incompétents et sujets à l'erreur dans les matières de foi controversées, quoiqu'il eût lu leurs écrits avec assiduité et qu'il en fit grand usagé dans ses livres postérieurs, fut ardemment défendu et non moins vivement attaqué. Parmi ses adversaires on compte le théologien anglais Matthias Scrivener : Apologia pro sanctis Ecclesix Patribus, adversus J. Dallsei libros de Usu Patrum, London, 1672, in-4°. »
Les sermons seuls de Daillé forment une collection de vingt volumes, qui furent imprimés de 1644 à 1670 (2<>édit., Genève, 1701).
Le Nom.
DALE (R. Thomas) . {Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce théologien et poëte anglais, né en 1797, devint célèbre dès 1817, avant même d'être entré dans les ordres, par le Proscrit du Taurus et Irad et Aclah, nouvelles qu'il publia pendant le cours de ses études et qui eurent rapidement six éditions. Son cours de morale religieuse, qu'il termina en 1849 à l'église Sainte-Marguerite de Londres, fut toujours très-suivi. Ses ouvrages sont : un recueil de poésies, Poems, 1 vol., 1836; une traduction anglaise des tragédies de Sophocle, a translation from Sophocles, 1824; une édition du poëte Cooper, avec notes critiques et biographiques, 2 vol. ; Sermons et discours religieux, 1830 à 1836 ; beaucoup de livres ascétiques ou moraux, tels que le Compagnon du dimanche, the Sabbath companion, 1844, le Bon pasteur, GoodSheperd, 1845, la Liturgie domestique, The domesiic liturgy, 1846, les Psaumes dorés, the Golden psalm., 1847, etc. Le Noir.
D'ALEMBERT(JeanLeRond). (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Savant mathématicien et physicien, d'Alembert s'est aussi rendu célèbre par l'introduction de l'encyclopédie de Diderot qui porte pour titre : Discours préliminaire. On a dit qu'il était athée, nous
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ne croyons pas qu'il soit allé jusques là; sa correspondance avec Voltaire, Catherine de Russie et Frédéric II de Prusse, ainsi que sa défense de la philosophie de l'abbé de Prades prouvent plutôt qu'il était déiste. En tout cas, dans les écrits imprimés qu'il signait, il était très-loin de se montrer athée ; on peut même lui reprocher de leur avoir donné une nuance, peu conforme à ses sentiments intérieurs, qui le ferait, assez justement, accuser d'hypocrisie. Il était né à Paris en 1717, et il y mourut en 1783.
Le Nom.
DALMATIQUE. Voyez Habits sacrés OU SACERDOTAUX.
DAM, DAMNATION. Voyez Enfer.
DAMASCENE (saint Jean), Père de l'Eglise, a vécu au huitième siècle, sous la domination des Sarrasins mahométans, desquels il s'attira le respect et la conliance. Après avoir été gouverneur de Damas sa patrie, il se retira dans un monastère à Jérusalem, où il mourut vers l'an 780. Il a écrit principalement contre les manichéens, contre les monophysites, et contre les iconoclastes; il a fait quelques traités contre les mahométans, et plusieurs sur le dogme et sur la morale; ses quatre livres de la Foi orthodoxe sont un abrégé de la théologie. Ses ouvrages ont été recueillis par le père Lequien, dominicain, et publiés à Paris en 1712, en 2 vol. infol. Ils ont été réimprimés à Vérone, avec des additions, en 1748.
Plusieurs critiques protestants ont rendu justiceàl'érudition,à la science de la théologie, à la netteté et à la précision qui se font remarquer dans les ouvrages de ce Père ; mais il leur aurait été douloureux de ne pas avoir quelque reproche à faire contre un défenseur du culte des images.
1° Ils lui savent mauvais gré d'avoir mêlé à la théologie la philosophie d Aristote. Nous leur répondons que si les hérétiques n'avaient pas employé les arguments de cette philosophie pour attaquer nos dogmes, les Pères n'auraient pas été obligés d'employer les mêmes armes pour les dé-
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fendre. C'est pour donner aux théologiens un moyen de démêler les sophismes des sectaires, que saint Jean Damaseéne a fait un traité de logique. Il tient chez les Grecs le même rang que Pierre Lombard et saint Thomas parmi nous.
2° Ils le blâment d'avoir été attaché aux superstitions qui régnaient de son temps, parce qu'il a défendu, contre les iconoclastes, le culte deg images, et d'avoir poussé à l'excès le respect pour les anciens, parce qu'il se sert de la tradition pour combattre les hérétiques. Sur ces deux points, le saint docteur n'a pas besoin d'apologie.
3° Ils disent que ce Père n'a pas fait scrupule d'employer le mensonge pour défendre la vérité. C'est une calomnie. On ne doit point taxer de mensonge un écrivain qui est quelquefois mal servi par sa mémoire, ou qui cite de bonne foi des faits apocryphes, mais communément reçus comme vrais : il peut pécher par défaut d'exactitude, sans manquer pour cela de sincérité.
Nous n'entreprendrons pas de prouver la vérité du fait rapporté par l'auteur de la vie de saint Jean Damaseéne, qui dit que les mahométans lui firent couper la main, et qu'elle lui fut miraculeusement rendue par la sainte Vierge. Ce n'est pas lui qui raconte ce miracle, il n'a été publié que cent ans après sa mort.
4° Basnage a poussé la témérité plus loin, il accuse ce saint docteur de pélagianisme, ou du moins de semi-pélagianisme, parce qu'il a enseigné : 1° que Dieu détermine, par ses décrets, les événements qui ne dépendent pas de nous, comme la vie et la mort, et ceux qui dépendent de notre libre arbitre, comme les vertus et les vices. 2° Que si l'homme n'était pas maître de ses actions, Dieu lui aurait donné inutilement la faculté de délibérer. 3° Que Dieu est l'auteur et la source de toutes les bonnes œuvres, mais que l'homme est maître de suivre ou de ne pas suivre Dieu qui^ l'appelle ; que Dieu nous a créés maîtres de notre sort, et qu'il nous donne le pouvoir de faire le bien, alin que les bonnes œuvres viennent de
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lui et de nous. 4° Que ceux qui veulent le bien, reçoivent le secours de Dieu, et que ceux qui se servent bien des forces de la nature, obtiennent par ce moyen les dons surnaturels, comme l'immortalité et l'union avec Dieu. Voilà, dit Basnage, le pélagianisme pur. De là il conclut que saint Jean Damascéne est bonoré très-mal à propos comme un saint. Selon lui, du dogme de la prédestination s'ensuit qu'il faut une grâce efficace qui convertisse nécessairement l'boniine, et le conduise sûrement au ciel.
Histoire de l'Eglise, I, 12, c. 6, § 10 et 11.
Il suffit d'avoir la moindre connaissance du pélagianisme, pour voir que Basnage en impose sur saint Jean Damascéne. Ce Père suppose évidemment que l'bomme ne fait le bien que (juand il suit Dieu qui l'appelle ; donc il entend que l'bomme a besoin d'être prévenu par la vocation de Dieu ou par la grâce; donc, lorsqu'il parle de ceux qui se servent bien des forces de la nature, il entend qu'ils s'en servent bien avec le secours de la grâce; et il n'est pas vrai que, par ce sesours, il entende seulement nos forces naturelles, comme le prétend Basnage. Il est singulier que ce critique regarde comme pélagien ou semipélagien, quiconque n'admet pas avec lui une grâce qui convertisse nécessairement l'homme, et qui détruise le libre arbitre. Voyez Pélagianisme.
Il s'est efforcé de tourner en ridicule la manière dont saint Jean Damascéne a parlé de la présence de Jésus-Christ dans l'eucharistie : il en a conclu que ce Père ne croyait pas la transsubstantiation; mais il l'a aussi mal prouvé que le prétendu pélagianisme de ce saint docteur, Bergieh.
DAMASE. (Théol. hist. pap.) — Deux Papes ont porté le nom de Damase.
DAMASE Ier. Probablement romain de naissance, mais espagnol d'origine, « Il naquit vers 306, dit son biographe du Dict. encyclop. de la théol. car thol. trad. de l'allern. par I. Goschler, et se distingua de bonne heure par son
application, sa piété, sa modestie, se consacra à l'état ecclésiastique dès sa jeunesse, et fut nommé archidiacre de Rome en 333. Le pape Libère ayant été banni par Constant, Damase, fidèle à son évêque, le suivit à Bérée; mais il revint bientôt après à Rome, et prit part à l'administration de l'Eglise lorsque Libère lui-même fut de retour.
« A la mort de ce Pontife, en 366, Damase fut élevé au siège de S. Pierre par la grande majorité du clergé et du peuple romain; il fut sacré dans l'Église de Saint-Laurent, dont il portait le titre avant son élévation, tandis qu'un parti contraire avait élu le diacre Ursinus. Celui-ci se fit consacrer dans l'église de Sicinus, par l'évèque de Tivoli, en violation des anciens statuts de l'Église , qui exigeaient trois évêques pour un sacre, et de la coutume traditionnelle de Rome qui reconnaissait à l'évèque d'Ostie seul le droit de sacrer le Pape. Les deux partis en vinrent aux mains, et le sang coula dans les rues et jusque dans les églises de Rome. Cependant le parti de Damase l'emporta, et Ursinus, banni par le préfet Juventius, dut s'éloigner. Pendant cette lutte, l'empereur Valentinien Ier (367) avait promulgué un décret en vertu duquel l'évèque de Rome devait faire les enquêtes sur les discussions des autres évêques et les juger, décret qui vint puissamment en aide au Pape nouvellement élu. Malgré ce décret, les agitations durèrent encore quelque temps, l'antipape Ursinus ayant su arracher à Valentinien la permission de revenir à Rome, où il ne cessa pas de répandre des semences de division, jusqu'à ce que, banni pour la seconde fois, il fut relégué avec ses partisans dans les Gaules. Damase fit tout ce qui dépendait de lui pour apaiser les esprits, et il parvint même à gagner ses adversaires. Toutefois sa sévérité dans l'application de la discipline ecclésiastique lui suscita de nouveaux ennemis. L'empereur Valentinien, pour entraver les menées de certains ecclésiastiques, qui captaient des donations en faveur des églises aux dépens des héritiers naturels, promulgua, en 370, une loi qui interdisait
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aux ecclésiastiques et aux moines de s'introduire dans la maison des veuves et des orphelins, et d'admettre des donations, des legs et d'autres dépots, et Damase prit les mesures les plus rigoureuses pour faire exécuter cette loi impériale, qu'il avait probablement provoquée. Cependant ces agitations s'apaisèrent, et Damase put tourner son regard vers l'Église en général, qui était alors tristement éprouvée ; car, à la suite du concile de Rimini (359), l'arianisme avait fait de tels progrès que, au rapport de Saint Jérôme (1), le monde entier s'étonna d'être devenu arien.
« En Orient, où les ariens jouissaient de la faveur de Valens, les saints évêques d'Alexandrie et de Césarée, Athanase et Basile, après avoir combattu intrépidement pour la foi orthodoxe, s'adressèrent à Damase, déjà occupé à lutter contre l'hérésie arienne qui avait pris racine en Illyrie et à Milan. Il tint à cette lin à Rome, en 368 et en 370, deux conciles dans lesquels il condamna les deux évoques illyriens Ursace et Valens d'une part, et de l'autre l'évêque arien de Milan Auxence et ses partisans. Il ne mit pas moins de sollicitude à apaiser le schisme d'Antioche, à extirper l'hérésie des Apollinaristes, des scmiariens et des Macédoniens, et assista dans ce but, en 38 1 , au concile de Constantinople, convoqué par Théodose, concile qui confirma les décrets de celui de Nicée et se prononça solennellement contre les doctrines d'Apollinaire et de Macôdonius. Ce concile obtint, par l'assentiment du Pape et des évêques d'Occident, le rang et la valeur de second concile œcuménique.
« Toutes ces luttes n'avaient pas empêché Damase de contribuer beaucoup à l'embellissement de Rome, en construisant plusieurs églises, en enrichissant leurs autels, en y déposant de saintes reliques, en ornant les tombeaux des martyrs de la manière la plus somptueuse. Il bâtit une église nouvelle près de la voie Ardieune, reconstruisit celle de Saint-Laurent, dans laquelle il fit élever une double
(1) Adv. Lucifer., uo 19.
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rangée de colonnes de marbre ; il ordonna de précieuses peintures pour l'église de Sainte-Athanasie. Parmi les corps saints dont il commanda la translation et dont il orna les tombeaux, on nomme S. Chrysantlie, Ste Darie, S. Maur, S. Félix et S. Adauctus, S. Protus et S. Hyacinthe.
« Il laissa aussi quelques écrits, !
parmi lesquels on cite ses Lettres à S. Jérôme et ses Poèmes. On en a conservé quarante; le style en est dur, mais ils n'en sont pas moins une preuve des pieux sentiments de ce Pape, et une réfutation péremptoire des outrages qu'ont voulu répandre sur sa mémoire les adversaires d'un Pontife si remarquable par la pureté de ses mœurs. Comme il était dans les rapports les plus intimes avec S. Jérôme, ill'engagea à entreprendre la correction des versions latines de la Bible, jusqu'alors très-divergentes entre elles. »
Damase mourut après dix-huit ans de pontificat, à l'âge de quatre-vingts ans, le 10 décembre 384.
DAMASE II, « né, on le suppose, dit le même biographe, enBavière, so nommait Poppo et était évèque de Brixen. Après la mort du pape Clément II, l'élection tomba surll allard, archevêque de Lyon, qui refusa ; Damase, qui jouissait de la faveur de l'empereur Henri III, fut élu (1048). Cependant il ne put immédiatement prendre possession du Saint-Siège, l'antipape Benoit IX s'étant, pour la quatrième fois, arrogé la dignité papale après la mort de Clément. Ce ne fut que le jour même de l'intronisation du Pape légitime que Benoit, soudainement saisi de la pensée de sa fin prochaine, quitta Rome, pour se retirer dans un couvent où il passa le reste de ses jours dans l'exercice de la pénitence. Malheureusement, au bout de vingt-trois jours Damase emporta dans la tombe les justes espérances qu'on avait fondées sur sa science et sa piété. Il mourut le 17 juillet 1048 à Préneste, où il s'était rendu pour se rétablir. »
Le Noia.
DAMIANISTES, nom de secte : c'ô-
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tait une branche des acéphales sévériens. Voyez Eutychiens. Comme le concile de Chalcédoine, en 451, avait également condamné les nestoriens, qui supposaient deux personnes en Jésus-Christ, et les eutychiens, qui n'y reconnaissaient qu'une seule nature, un grand nombre de sectaires rejetèrent ce concile, les uns par un attachement au sentiment de Nestorius, les autres par prévention pour celui d'Eutychès, La plupart de ceux qui n'attachaient pas une idée nette aux mots nature, personne, substance, se persuadèrent que l'on ne pouvait condamner l'une de ces hérésies, sans tomber dans l'autre; quoique catholiques dans le fond, ils ne savaient s'ils devaient admettre ou rejeter le concile de Chalcédoine.
D'autres enfin firent semblant de s'y soumettre, mais en donnant dans une autre erreur ; ils nièrent, comme Sabellius, toute distinction "entre les trois Personnes divines, regardèrent les noms de Père, de Fils et de Saint- Esprit, comme de simples dénominations. Comme ils n'eurent d'abord point de chef à leur tête, ils furent appelés acéphales. Sévère, évêque d'Antioche, se mit ensuite à la teîe de ce parti, qui se divisa de nouveau. Les uns suivirent un évêque d'Alexandrie, nommé Damien, et furent nommés damianistes ; les autres furent appelés sévériens pétrîtes, parce qu'ils s'étaient attachés à Pierre Mongus, usurpateur du siège d'Alexandrie. Il est clair que ces sectaires ne s'entendaient pas les uns les autres, qu'ils étaient animés par la fureur de disputer, plutôt que conduits par un véritable zèle pour la pureté de la foi. Voyez Nicéphore Calixte, 1.
18, c. 49. Bergier.
DAMIEN, patriarche d'Alexandrie.
(Théol. hist. biog.) — V. Damianistes.
DAMIEN (S. Pierre) (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce célèbre cardinal, évêque d'Ostie, un des grands hommes du xie siècle, naquit à Ravenne en 988 ou 1002, passa sa première enfance dans la misère, après avoir été exposé par samère qui, pourtant, le reprit par tendresse, garda lespour-
ceaux, fut instruit par son frère, devint professeur des belles lettres et hmt par se retirer parmi les ermites de Fontavellano, qu'il réforma.
Ses écrits exaltent presque tous le monachisme ; tels sont : ses Vies de S. Odillon, de S. Romuald, de S. Dominique le cuirassé, et de S. Rodolphe.
Il opposa une incroyable énergie aux vices du temps, qui étaient surtout la simonie et le concubinage des prêtres.
Il fut l'ami du célèbre Hildebrand (Grégoire VII). Ce fut en 10S1 qu'il publia son fameux Gomorrhianus, ouvrage violent, dont le ton exagéré s'explique à cette époque, et en 1032 que parut son autre livre Gratissimis.
Il fut alors créé par Etienne IX évêque d'Ostie. Plus tard on lui reprocha de ne pas faire exécuter avec assez de rigueur les décrets du concile de Latran de 1059, et il menaça de donner sa démission. Ses lettres, dans lesquelles il délimite les rapports de la puissance pontificale et de la puissance impériale, sont des chefs-d'œuvre d'argumentation carrée. Il mourut à Faenza en 1071.
Le Noir.
DAMIRON (Jean-Philibert). (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce philosophe français, un des derniers, naquit à Belleville en 1794. Il est un des principaux disciples de Cousin et une des colonnes de ce qu'on a appelé la philosophie éclectique^ laquelle n'est point une philosophie, mais seulement une manière pratique de philosopher en étudiant et exposant les divers systèmes. Ce qui manque le plus souvent aux éclectiques modernes, c'est précisément une théorie propre, en sorte que leur philosophie consiste plutôt à ne pas avoir de philosophie ; mais ils exposent bien, en général, les systèmes des autres.
Les principaux ouvrages de M. Damiron sont : Essai sur l'histoire de la philosophie en France au xixe siècle 3 édit.,2 vol. 1834; Cours de philosophie, 3 vol. 2 edit. 1842 ; Les nouveaux mélanges de Jouffroy, dont il fut l'éditeur littéraine ; De la "Providence, 1849; Appendice à ce traité, 1850; série de Mémoires sur les philosophes du xvme siècle, d'Uolbach, Diderot, Helvétius,
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d'Alembert, etc. Ces monographies sont réunies en 2 vol. in-8, 2 édit.
1858 ; etc.
La publication que fit Damîron des mélanges deJouff'roy fut l'occasion d'une chaude polémique à laquelle Pierre Leroux prit part; c'est à cette occasion qu'il fit son livre De la mutilation des manuscrits de ilf. Jouffroy ; il parait, en effet, que U.Damiron avait fait des suppressions et des changements, pour éviter de fournir des armes contre l'Université. Jouiïroy en était venu, dans ses recherches, à perdre toute foi, et ses derniers écrits, paraît-il, ne le dissimulaient pas. Bamiron ne put se résoudre à publier de tels aveux de son ami, par intérêt pour l'Université; mais une tactique, qui repose sur le mensonge, ou tout au moins, sur la restriction mentale, n'est jamais permise en pareil cas.
Le Noir.
DAMOREAU (Mm Laure Cinthie Montelant dite cinti) (théol. hist. biog. et œuv. d'art.) — Cette célèbre cantatrice française, née à Paris en 1801, a laissé dans les souvenirs de sa voix souple, douce, légère, pure et juste, une méthode qui a fait école et qui l'a rendue classique aux théâtres de l'Opéra et surtout de l'Opéra Comique.
Après sa retraite, elle a professé le chant au Conservatiore. On a d'elle un Album de romances et une Méthode de chant. Elle compte parmi les talents qui brillèrent au sein du grand mouvement romantique essentiellement chrétien de la première moitié du XIXe siècle.
Les principales pièces qui ont fait sa réputation sont à l'opéra : Fernand Cortés, Le Siège de Corinthe, Moïse, la Muette, Robert le Diable, etc., à l'opéra comique, Actéon, V Ambassadrice, le Domino noir, Zanetta.
Le Noir.
DANEMARK (le Christianisme dans le), (théol. hist. eglis.) — Ebbon, frère de lait de l'empereur Louis, et archevêque de Reims, alla, en 823, prêcher le Christianisme aux Danois qui, depuis le vie siècle, étaient venus des profondeurs de laScandinavie tout envahir jusqu'aux" frontières des Sa-
xons ; mais les moeurs de ces peuples opposèrent une longue résistance.
Vers 948 quelques sièges épiscopaux furent enfin fondés ; les premiers furent Schleswig, Ripen et Aarhuus.
Enfin le règne de Canus le Grand de 1014 à 1035, fut décisif en faveur du Christianisme.
Plus tard viendra la réforme ( 1 526 à 1 S 3 6) , sous les règnes de Christian II, Frédéric I et Christian III. Le Nom.
DANIEL, l'un des quatre grands prophètes, était sorti de la race royale de David. Il fut mené à Babylone, dans sa première jeunesse, avec un grand nombre d'autres Juifs, sous le règne de Joakim, roi de Juda. Il prophétisa pendant la captivité de Babylone, et parvint au plus haut degré de faveur sous les monarques assyriens et mèdes. On montre encore son tombeau dans la Susiane.
Des quatorze chapitres dont sa prophétie est composée, les douze premiers sont écrits partie en hébreu et partie en chaldéen ; les deux derniers, qui renferment l'histoire de Susanne, de Bel et du dragon, ne se trouvent plus qu'en grec. Daniel parle hébreu, lorsqu'il récite simplement; mais il rapporte en chaldéen les entretiens qu'il a eus en cette langue avec les mages, avec les rois Nabuchodonosor, Balthasar, et Darius le Mède. Il cite, dans la même langue, l'édit que Nabuchodonosor fit publier, après que Daniel lui eut expliqué le songe que ce prince avait eu, et dans lequel il avait vu une grande statue de différents métaux. Ce qui montre l'exactitude extrême de ce prophète à rendre jusqu'aux propres paroles des personnages qu'il introduit. Dans le chap. 3, le verset 24 et les suivants, jusqu'au 91", qui contiennent le cantique des trois enfants dans la fournaise, ne subsistent plus qu'en grec, non plus que les chap. 13 et 14, qui renferment l'histoire de Suzanne, de Bel et du dragon.
Tout ce qui est écrit en hébreu ou en chaldéen, dans ce prophète, a été généralement reconnu pour canonique, soit par les Juifs, soit par les chrétiens ; mais ce qui ne subsiste plus qu'en grec a souffert de grandes
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contradictions, et n'a été unanimement reçu comme canonique, même par les orthodoxes, que depuis la décision du concile de Trente. Les protestants ont persisté à le rejeter. Du temps de saint Jérôme, les Juifs euxmêmes étaient partagés à cet égard :
ce Père nous l'apprend dans sa préface sur Daniel, et dans ses remarques sur le chap. 13. Les uns recelaient toute l'histoire de Suzanne, d'autres la rejetaient, plusieurs n'en admettaient qu'une partie. Josèphe l'historien n'a rien dit de l'histoire de Susanne, ni de celle de Bel ; Joseph Ben-Gorion rapporte ce qui regarde Bel et le dragon, et ne dit rien de l'histoire de Susanne.
Plus d'un siècle avant saint Jérôme, vers l'an 240, Jules Africain avait écrit à Origène, et lui avait exposé toutes les objections que l'on faisait contre cette partie du livre de Daniel. Origène en soutint l'authenticité, et répondit à toutes les objections : ce sont encore les mêmes que les protestants renouvellent aujourd'hui.
Orig. Opt., tom. 1er.
1° Origène pense que les trois fragments contestés étaient autrefois dans le texte hébreu, mais que les anciens de la synagogue les en avaient ôtés, à cause de l'opprobre que jetait sur eux l'histoire de Susanne. En effet, les deux derniers chapitres de Daniel étaient dans la version des Septante, ils sont dans l'édition que l'on a donnée à Rome, en 1772, de la traduction de Daniel par les Septante, copiée sur les tétraples d'Origène ; et le manuscrit, qui appartenait au cardinal Chigi, à plus de huit cents ans d'antiquité. Daniel y est en quatorze chapitres, comme dans la version de Théodotion et dans la vulgate, sans omettre le cantique des trois enfants.
Or, il a été plus aisé aux anciens de la synagogue de retrancher du texte hébreu, dont ils étaient seuls dépositaires, qu'à un Grec d'interpoler tous les exemplaires de la version des Septante, pour y mettre ces trois fragments ; et il faut que Théodotion les ait encore trouvés dans l'exemplaire hébreu sur lequel il a fait sa version, puisqu'en cet endroit il n'a pas copié les Septante.
2° Africain disait que le style de l'histoire de Susanne lui paraissait différent de celui du reste du livre ; Origène répond que pour lui il n'y voit aucune différence.
3° Dans cette histoire, continuait Africain, Daniel parle par inspiration, au lieu que partout ailleurs il parle d'après une vision. Origène lui oppose le mot de saint Paul, Hcb., c. 1. f 1 : « Dieu a parlé autrefois à nos » Pères, par les prophètes, en plu- » sieurs manières ».
4° Au jugement de ce même critique, cette histoire n'est point conforme à la gravité ordinaire des écrivains sacrés. « Je m'étonne, répond » Origène, de ce qu'un homme aussi » sage et aussi religieux que vous, » ose blâmer la manière de narrer » de l'Ecriture -, si cela était permis, » l'on tournerait en ridicule, avec » plus de raison, l'histoire des deux » femmes qui disputèrent devant Sa- » lomon, au sujet d'un enfant ».
S0 La plus forte objection était le jeu de mots que fait l'historien sur le nom de deux arbres, et qui ne peut avoir lieu qu'en grec. Origène avoue que comme l'hébreu n'existe plus, il ne peut pas y montrer la même allusion ; mais saint Jérôme, dans son prologue sur Daniel, fait voir que l'on pourrait en faire voir une à peu près semblable en latin.
6° Les protestants nous objectent aujourd'hui qu'Eusèbe, Apollinaire et saint Jérôme ont rejeté cette histoire comme fabuleuse. Saint Jérôme atteste le contraire, Contra Ru fin, 1. 2, Op., tom. 4, col. 431. » Je n'ai fait, dit-il, » que rapporter les objections des » Juifs et de Porphyre ; et si je n'y ai » pas répondu, c'est que je ne you- » lais pas faire un livre.... Méthodms, » Eusèbe, Apollinaire, se sont conten- » tés de répondre à Porphyre que ce » morceau ne se trouve point dans » l'hébreu; je ne sais pas s'ils ont sa- » tisfait la curiosité des lecteurs. »
C'est donc avec raison que l'Eglise catholique, au concile de Trente, a jugé que les fragments de Daniel soht authentiques. Les protestants ne fondent l'opinion contraire que sur les objections des Juifs et de Porphyre,, rapportées par Africain, et auxquelles
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on a répondu il y a plus de seize cents ans.
Mais toutes les prophéties de Daniel sont suspectes aux incrédules. Comme ses prédictions leur paraissent trop claires, ils- prétendent, comme Porphyre et Spinosa, que Daniel n'a vécu qu après la persécution d'Antiochus, qu'il en fait l'histoire et non la prophétie.
Mais il est prouvé que Daniel a véritablement vécu à Babylone, sous les rois assyriens, mèdes et perses, et qu'il a écrit son livre près de quatre cenis ans avant le règne d'Antiochus.
Ezéchiel, son contemporain, parle de lui comme d'un prophète, c. 14, f 14 et 20, c. 28, f 3. L'auteur du premier livre des Machabées, c. 1, f B7, et e. 2, y S9, le nomme encore, et cite deux traits de ses prophéties.
L'historien Josèphe fait d^ même, Antiq., 1. 10, c, 12, et 1. 11, c. 8. Il est certain d'ailleurs que le canon des livres saints était formé plus de trois siècles avant le règne d'Antiochus, et que depuis cette epoqno les Juifs n'y ont ajouté aucun livre ; Josèphe, contra App., 1. 1 ; cette tradition est constante chez eux. Il y a de plus une réflexion à faire à laquelle les incrédules ne répondront jamais. Selon les remarques astronomiques de M. Cheseaux, sur le livre de Daniel, il faut ou que ce prophète ait été l'un des plus habiles astronomes qui aient jamais existé, ou qu'il ait été divinement inspiré, pour trouver les cycles parfaits qu'il a indiqués. Donc ce livre a été écrit dans le temps que l'astronomie était cultivée avec le plus de succès chez les Chaldésns ; sous le règne d'Antiochus, aucun Juif n'était ni astronome ni prophète.
M. de Gébelin, dans ses Dissertât, sur l'hist. orientale, page 34 et suivantes,a donné une chronologie exacte de la prophétie de Daniel ; il a fait voir que le livre de ce prophète, non plus que ceux d'Ezéchiel et de Jéré- . mie, ne peuvent pas être des livres supposés; il a très-bien concilié la narration de ces prophètes avec celles des historiens profanes. Ces savantes observations sont d'un tout autre poids que les conjectures frivoles de quelques incrédules ignorants.
Ezéchiel, c. 30, prédit que Nabir chodonosor subjuguera Chus, Phut, Lud, tout le Warb, le Chub, la terre d'Alliance et l'Egypte. M. de Gébelin prouve que Chus est l'Arabie, Phut l'Afrique, qui est à l'occident de l'Egypte, ou la Cyrénaïque, Lud la Nubie, Chub la Maréotide; que tout le Warb, ce sont les côtes occidentales de l'Afrique, et les côtes méridionales de l'Espagne ; qu'en etfet Nabuchodonosor a parcouru toutes ces parties du monde en conquérant, après avoir ravagé la Judée et l'Egypte. C'est lui qui lit assiéger Tyr et Jérusalem, qui détruisit le temple, et transplanta les Juifs dans la Chaldée ; c'est lui qui est l'objet des prophéties de Daniel.
Notre savant critique observe que, dans le chapitre 1er de ce prophète, f 21, le nom de Cyrus a été mis mal à propos dans le texte, par une fausse comparaison de ce verset avec le 28° du chapitre 6. Daniel a seulement voulu faire entendre qu'il était à Babylone la première année du règne de Nabuchodonosor.
Chap. 2, ^ 41, le prophète explique à ce prince un songe qu'il avait eu et qu'il avait oublié. Sous la figure d'une grande statue, composée de quatre métaux différents, Dieu avait voulu lui annoncer le sort de sa monarchie, et de trois autres qui devaient y succéder, savoir : celle des Mèdes, que Daniel appelle un règne d'argent; celle des Perses , qui est nommée un royaume d'airain; celle d'Alexandre et des Grecs, semblable au fer, et qui devait briser toutes les autres. Ce prophète n'oublie pas de faire remarquer les divisions qui devaient régner entre les successeurs d'Alexandre ; enfin, il promet l'avénemcnt du royaume des cieux ou du Messie, qui devait commencer après la destruction des précédents, subjugués par les Romains.
Les incrédules ont confondu ce songe prophétique avec celui qui est rapporté dans le chapitre 4, et ont prétendu qu'il y a contradiction entre l'un et l'autre; nous verrons dans un moment que ce sont deux songes très-différents, et qui n'ont aucun rapport.
Chap. 3, Nabuchodonosor fait jeter
DAN