‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 65 sur 110 · BAN · texte numérisé non relu

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dans une fournaise ardente trois compagnons de Daniel, qui avaient refusé d'adorer la statue d'or de ce prince ; ils en furent sauvés par miracle, et ce prodige est raconté entièrement dans le texte hébreu; c'est seulement le cantique d'action de grâces de ces trois jeunes hébreux qui ne s'y trouve point.

Chap. 4, Dieu envoie à ce prince un autre songe prophétique, où il lui révèle sa propre destinée ; sous la figure d'un grand arbre que l'on coupe et que l'on dépouille, mais dont la racine est conservée. Daniel, pour le lui expliquer, lui annonce qu'il sera banni de la société des hommes, qu'il demeurera parmi les bêtes sauvages, qu'il mangera de l'herbe comme un bœuf, mais qu'après sept années de châtiment, il sera rétabli sur son trône. Cette prophétie fut accomplie. Pour la rendre ridicule, les incrédules ont supposé qu'elle annonçait que Nabuchodonosor serait changé en bête.

Mais les expressions du prophète signifient seulement que, par un effet de la puissance de Dieu, Nabuchodosor tomba dans la maladie nommée lycanthropie, dans laquelle un homme s'imagine qu'il est devenu, loup, bœuf, chien ou cerf, prend les manières et les goûts de ces animaux, fuit dans les forêts, hurle, frappe, dévore, etc. Cette maladie n'est ni inconnue aux médecins, ni incurable ; mais pour en prédire les accès, la durée, la guérison, comme le fait Daniel, il fallait être éclairé d'une lumière surnaturelle. Voy. le ch. S, f 21.

Quand aucun auteur profane n'aurait parlé de cette maladie de Nahuchodonosor, cela ne serait pas étonnant, puisque presque toutes les anciennes histoires des Chaldéens sont perdues; mais parmi les fragments qu'Eusèbe en a conservés, Prép. eu., 1. 9, il rapporte, d'après Abydène et Mégasthène, que Nabuchodonosor, saisi d'une fureur divine, annonça aux Babyloniens la destruction de son empire par un mulet persan ; et qu'après cette prédiction il disparut de la société des hommes. Dissertation sur la métamorph. de Nabuchodonosor.

Bible d'Avignon, tome H, p. 33.

Chap. 8, Daniel explique à Balthasar, fils et successeur de Nabuchodonosor, l'inscription tracée sur un mur, par une main invisible qui lui prédisait sa chute et sa mort prochaine.

Ce prince est nommé, par les auteurs grecs, Evil-Mérodach, ou Mérodac l'insensé.

Chap. 6, Darius Je Mède, meurtrier de Balthasar, et qui est appelé Nériglissor par les auteurs profanes, fait jeter Daniel dans la fosse aux lions, à l'instigation des grands de son royaume, jaloux du crédit et de la faveur de ce prophète.

Chap. 7, Daniel a un songe prophétique, dans lequel il voit de nouveau quatre monarchies qui se succèdent, sous la figure de quatre animaux qui se dévorent successivement; ensuite il voit descendre sur les nuées le Fils de l'homme, à qui Dieu a donné, la puissance, la gloire et la royauté, dont le pouvoir est éternel, dont le royaume est celui des saints, etc.

Chap. 8, l'angeGabriel apprend au prophète que le premier des animaux qu'il a vus est le roi des Mèdes et des Perses; le second le roi des Grecs, qui aura quatre successeurs moins puissants que lui; qu'après eux viendra un roi cruel qui persécutera le peuple saint, et ôtera la vie à plusieurs. Dans le premier de ces princes, on ne peut méconnaître Cyrus , Alexandre dans le second, Antiochus dans le troisième. Daniel les désigne de nouveau, chap. 11, et les caractérise par leurs exploits. Il prédit que le roi de la dernière monarchie sera attaqué et vaincu par des peuples qu'il nomme Kittim ou Occidentaux ; ce sont évidemment les Romains, qui se sont rendus maîtres de la Syrie, et en ont dépouillé les Antiochus.

C'est la clarté de cette prophétie, et l'exactitude avec laquelle elle a été accomplie, qui ont fait dire aux incrédules que celui qui l'a faite est un imposteur, qu'il a vécu après l'événement, et qu'il l'a raconté d[une manière prophétique, pour faire illusion à ses lecteurs.

Tel est l'entêtement des incrédules ; quand on leur cite des prophéties qui ont quelque chose d'obscur, ils disent que ces prédictions ne prou

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vent rien, parce qu'on peut les appliquer à divers événements et à des personnages différents; quand elles sont claires, et qu'il n'est pas possible d'en méconnaitre le véritable objet, ils soutiennent qu'elles ont été faites après coup.

Ciiap. 9, le prophète marque le temps auquel doit commencer le royaume des saints et du Fils de l'homme dont il a parlé, ch. 7. Il dit qu'en lisant Jérémie, il vit que la désolation de Jérusalem ne devait durer que soixante-dix ans; par conséquent la captivité de Babylouc allait finir; Daniel demande à Dieu l'accomplissement de sa parole. L'ange Gabriel, envoyé pour l'instruire, lui apprend que ces soixante-dix ans « sont l'abrégé de soixante-dix se- » maines qui regardent son peuple » et la ville sainte, pour mettre lin » aux prévarications et au péché, ef- » facer les iniquités, faire naître la » justice éternelle, accomplir les vi- » sionsetles prophéties, et oindre le y> Saint des saints, ou le Saint par » excellence. Sachez donc, continue » l'ange, et faites attention que du » moment auquel la prédiction du » rétablissement de Jérusalem sera » accomplie, jusqu'au Christ, chef du » peuple, il s'écoulera sept semaines » et soixante deux : or, les places pu- » bliques et les murs seront rebâtis » dans peu de temps. Et après soixante- » deux semaines, le Christ sera mis >> à mort, non pas pour lui. Alors un » peuple, qui doit venir avec un chef, i) ruinera la ville et le sanctuaire, et » la guerre finira par une destruction » et une désolation entière. Pondant v une semaine, l'alliance sera conclue » avec plusieurs ; au milieu de cette » semaine, les victimes et les sacrifi- » ces cesseront, l'abomination sera » dans le temple, et cette désolation » durera jusqu'à la fin et à la con- » sommation de toutes choses. »

Le paraphraste chaldéen et les anciens docteurs juifs, aussi bien que leschrétiens, ont entendu par le Christ, chef du peuple, le Messie ; tous sont convenus que cetteprédiction marque le temps" auquel il doit arriver. Lui seul est le Saint des saints, il doit faire cesser les péchés, effacer les ini-

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quités, faire régner la justice, accomplir les prophéties. Tous conviennent encore que les semaines dont parle Daniel, sont des semaines d'années, puisque 70 ans en sont l'abrégé : or, 70 semaines d'années font 490 ans, après lesquels la vil e de Jérusalem et le temple doivent être détruits pour toujours.

La difficulté est de savoir à quelle époque on doit commencer à compter ces 490 ans. On sait qu'il y a eu trois édits des rois de Perse, portant permission de rétablir Jérusalem : le premier, accordé à Esdras par Cyrus, qui permet aux Juifs de rebâtir le temple; le second, donné par Darius Hystaspes, la quatrième année de son règne, qui permet d'achever cet édifice, dont la construction avait été interrompue ; le troisième accordé à Néhémie par Artaxerxès Longue- Main, la vingtième année de son règne, et qui permet de rebâtir les murs de Jérusalem. 11 parait que ce troisième édit est celui que le prophète a eu en vue, puisqu'il parle de la reconstruction des murs et des places publiques ; mais il est encore difficile de fixer l'année à laquelle on doit compter la vingtième d' Artaxerxès.

Sans nous embarrasser d'aucun calnul, il nous suffit de remarquer : 1° que l'époque précise de la reconstruction des murs de Jérusalem par Néhémie ne pouvait pas être ignorée au temps de Jésus-Christ ; lui-même a dit que l'abomination et la désolation, prédites par Daniel, étaient prochaines. Matt., c. 24, f 15. En effet, la ruine de Jérusalem et du temple est arrivée moins de 40 ans après sa mort, et cette désolation dure depuis plus de 1700 ans. 2° Que quandJésus- Christ a paru dans la Judée, on était persuadé que la prophétie de Daniel, touchant la venue du Messie, allait s'accomplir ; Tacite, Suétone, Josèphe, font mention de cette persuasion des Juifs ; plusieurs prétendus messies parurent en effet, et séduisirent les peuples. 3° De tous ceux qui se sont donnés pour tels, nous demandons quel est celui qui a rempli les fonctions que Daniel lui attribue, qui a fait cesser les péchés et fait régner

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la justice, qui a effacé les iniquités, accompli les prophéties, qui a été mis à mort, non pas pour lui, mais pour le peuple, selon l'expression même du pontife juif, qui a condamné Jésus-Christ à la mort. Joan. c. 11, ^ 49; c. 18, f 14. 4°' Quand nous ne pourrions pas faire cadrer exactement le nombre des années avec l'événement, ni résoudre toutes les difficultés de chronologie, il ne s'en suivrait pas moins que le Messie est arrivé depuis plus de 1700 ans ; qu'ainsi les Juifs ont tort de prétendre qu'il n'est pas encore venu. Ils ont cherché vainement dans leur histoire un personnage auquel on pût adapter les caractères tracés par Daniel; ils . n'en ont point trouvé, et les incrédules n'y réussiront pas mieux, Voyez la Dissert, sur ce sujet, Bible d'Avignon, tome 11, pag. 110.

Dans le chap. H, Daniel annonce la conquête du royaume de Perse par les Grecs, sous Alexandre, les guerres qui devaient régner entre les successeurs de ce conquérant, la destruction de leurs royaumes par les Romains, Le chap, 12, $ 7, 11 et

12, renferme les cycles astronomiques dont nous avons parlé ; le chap.

13, l'histoire de Suzanne, et le 1 Ie, celle de l'idole de Bel et du dragon.

Les Juifs mettent Daniel au rang des hagiograpb.es, et non des prophètes ; mais41s n'en ont pas moins de respect pour ses prophéties, et jamais ils n'ont douté de l'authenticité de ce livre. Bergier.

DANIEL (Gabriel) ( Théol. hist.

biog. et bibliog. ) — Ce jésuite, mort en 1728, s'est illustré comme bon historien, comme philosophe fort médiocre et comme polémiste. On cite :

1° parmi ses écrits historiques, son Histoire de France, 17 vol. in-4°, qui a pour la première fois mis dans leur véritable jour plusieurs dates historiques relatives à la première et la seconde race des rois de France ; Voltaire lui-même nomme à ce sujet Daniel un historien exact, sage etvrai.

Elle passe pour une des meilleures histoires de France qui existe, jusqu'au règne de Louis XI ; Histoire de la milice française, 2 vol. in-4°, sur

l'art militaire en France depuis les Gaulois jusqu'à Louis XIV ; Abrégé de l'histoire deFrance, 9, vol. — 2°parmi ses écrits philosophiques, Voyage du monde de Descartes, réfutation du système de Descartes, voilée sous la forme d'un voyage ; elle fut traduite en anglais, en italien et enlatin ; Entretiens de Cléàntheet d'Eudoœe, observations sur les Lettres de Pascal, qui parurent en cinq langues . — 3° ses 3 vol. in-4° de polémique, sous ce titre : Ouvrages philosophiques, théologiques, apologétiques et critiques.

Le Noir.

DANIEL (Jacques-Louis) (Théol.

hist. biog. et bibliog.) — Ce prélat français, né àContrières (Manche), en 1794, et mort il y a quelques années, après avoir été longtemps proviseur du collège de Caen, puis recteur de l'Académie de cette ville, fut nommé en 1860 à l'évèché de Coutances. . Il a laissé qnelques ouvrages qui nous permettent d'inscrire ici son nom :

un Abrégé chronologique de l'histoire universelle, 1831 ; un nouvel Abrégé Chronologique, 1833 ; Choix de lectures on premières leçons de littérature et de parole 1837 ; quelques discours; etc. Le Nora.

DANIELO (l'abbé Jean-Paul) (Théol'.

hist. biog. et bibliog.) — Cet abbé fran çais né à Port-Louis (Morbihan), en 1808, et mort en 1857, après avoir été représentant en 1848, a laissé des Éléments de géologie sacrée à l'usage des séminaires et des collèges, 1851.

Le Noir.

DANSE. Si nous voulons en croire la plupart de nos littérateurs modernes, la danse, chez presque tous les peuples, a fait partie du culte divin.

Les hommes, disent -ils, rassemblés au pied des autels, sous les yeux de la Divinité, pénétrés de joie, de reconnaissance, de sentiments de fraternité, ont exprimé naturellement leurs transports par les accents de leurs voix et par les mouvements du corps les plus animés. On ne peut pas douter que les païens n'aient souvent dansé autour des statues de leurs dieux. Chez les Sauvages, la danse

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est encore un exercice important, qui fait partie de toutes les cérémonies ; ils s'y livrent pour faire honneur à un étranger, pour cimenter une alliance, pourentamerune négociation, pour faire la paix, pour se préparer à la guerre, même pour honorer les morts ; et l'on peut citer plusieurs exemples de cet exercice religieux parmi les adorateurs du vrai Dieu.

Suivantl'opinion d'un savant écrivain, les plus anciens monuments poétiques sont des chants. Chanter et parler furent ,dans les premiers temps, une seule et môme chose. La danse, qui exigeait des vibrations plus fortes, appela les instruments sonores au secours de la voix : ainsi le pas, la voix, le son, allèrent toujours d'accord. Lorsque les événements astronomiquesfurent devenus religieux par l'iufluence du sabisme, on les chanta dans les grandes fêtes, dans les jeux, dans les mystères.. La danse, à laquelle cette musique servait d'accompagnement, fut par conséquent une cérémonie religieuse; et puisque c'est ici une expression de joie aussi naturelle que le chant, il n'est pas étonnant que les anciens aient cru pouvoir honorer leurs dieux par des pas symétriques aussi bien que par des sons cadencés.

Si tout cela est vrai, c'est une réfutation complète du préjugé des incrédules, qui ont prétendu que la religion, dans son origine, est née des sentiments de tristesse et de la crainte des fléaux qui ont souvent affligé la terre ; que la plupart des fêtes et des cérémonies étaient destinées à rappeler le souvenir des malheurs du genre humain ; que la joie et le contentement du cœur sont incompatibles avec la piété. Certainement la danse ne fut jamais l'expression de la tristesse, de la crainte ou de la douleur.

Mais nous n'avons pas besoin de suppositions arbitraires ni de vaines conjectures pour réfuter les incrédules. Ce que pratiquent les Sauvages, ce qui s'est fait chez les païens, ne conclut rien pour ni contre les adorateurs du vrai Dieu : nous soutenons crue parmi ceux-ci la danse n'a jamais fait partie du culte divin. Los religions fausses ont été l'ouvrage des

passions humaines, la vraie religion a toujours eu Dieu pour auteur : or, Dieu n'a jamais commandé la danse à ses adorateurs, et il n'y a aucune preuve positive qu'il l'ait formellement approuvée dans son culte.

On ne peut en citer aucun exemple parmi les patriarches, sous la loi de nature, pendant un espace de deux mille cinq cents ans; cela serait étonnant, si la danse avait été un exercice naturellement inspiré par les sentiments de religion.

Avant que Moïse eût publié ses lois, immédiatement après le passage de la mer Rouge, les Israélites, sauvés par un miracle, chantèrent un cantique d'actions de grâces. Il est dit que Marie, sœur d'Aaron, prit un tambour, et que, suivie par toutes les femmes, elle répétait en grand chœur le refrain du cantique, Exod., c. 15,v 20.

mais l'historien n'ajoute point qu'elles dansèrent : du moins le mot hébreu mecholah ne signifie pas toujours la danse, quoique les Septante et Onkélos l'aient ainsi entendu. Quand les femmes auraient dansé, il ne s'ensuivrait pas que les hommes firent de même, et que la da7ise était une pratique ordinaire de religion. A la vérité, il paraît que les Israélites dansèrent autour du veau d'or, Exod., c. 32, f 6 et 19 ; mais ce fut une profanation, et une imitation des danses que ce peuple avait vu pratiquer par les Egyptiens autour du bœuf Apis.

Cet exemple n'est pas propre à prouver la thèse que nous attaquons, mais plutôt h la détruire.

Le seul que l'on puisse nous opposer est celui de David. Il est dit que, quand ce roi fit transporter l'arche du Seigneur, de la maison d'Obédédom dans la ville de David, il dansait de toutes ses forces devant le Seigneur, If Reg., c. 6, y 14; mais on ajoute mal h propos qu'il se joignit aux lévites, pour donner à entendre que les lévites dansèrent avec lui ; le texte n'en dit rien, et le reproche que Michol, épouse de David, lui fit d'avoir dansé et de s'être dépouillé de ses ornements devant ses sujets, prouve que ce n'était ni un usage commun, ni un usage pieux.

Il est probable, dit-on, que plusieurs

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des psaumes de David ont été composéspourêtrechantéspar des chœurs de musique et accompagnés de danses. Nous répondons qu'il est beaucoup plus probable que cela n'est point. Dans tous les psaumes, il n'est question de danses que dans un seul endroit, Ps. 67, j^ 26, et ce sont des danses déjeunes filles ; le texte môme peut signifier simplement des chœurs de musique. Dans tous les autres endroits de l'Ancien Testament, il n'est fait mention de la danse que comme d'un exercice purement profane.

Moïse, en parlant aux Israélites de leursfètes, leur dit ; Vous vousréjouirez devant le Seigneur votre Dieu. Il n'ajou te point : Vous exprimerez votre joie par des danses. Ainsi, quoique les filles juives aient dansé les jours de fêtes, Jud., c. 21, f 21, il ne s'ensuit point que cet exercice ait été un acte de piété.

On nous allègue le témoignage de Philon, qui nous apprend que les thérapeutes d'Egypte, après leur repas, pratiquaient une danse sacrée, dans laquelle les deux sexes se réunissaient ; mais il faudrait prouver que les thérapeutes avaient pris cet usage des anciens Juifs, et non des Egyptiens, au milieu desquels ils vivaient (1).

Puisque l'on ne peut pas faire voir que la danse a jamais fait partie du culte religieux chez les Juifs, beaucoup moins en trouvera-t-on des vestiges dans le culte des chrétiens.

Au second siècle, un célèbre imposteur nommé Leuce Carin, qui professait l'hérésie des docètes et celle des marcionites, forgea une histoire intitulée les Voyagesdes Apôtres, dans laquelle il racontait, qu'après la dernière cène du Sauveur, la veille de sa mort, les apôtres chantèrent avec

(1) Bergier nous parait attacher trop d'intérêt à cette question. Les faits qu'il cite en les appliquant à sa manière prouvent plutôt la thèse opposée. La religion admet desréjouissances, des fêtes joyeuses, et 1 on ne voit pas pourquoi elle n'exprimerait point la joie sainte par des danses sacrées comme elle exprime les sentiments contraires par des mimiques, des costumes, des processions, etc., d'un autre caractère, et qu'on peut aussi considérer comme des espèces de danse. Tout cela constitue une gymnastique religieuse qui correspond au corps comme le culte intérieur correspond à l'Aine.

Lk Noir.

lui un cantique, et dansèrent en rond autour de lui. Beausobre, qui avoue que cette imagination paraît extravagante, prétend néanmoins que Leuce n'était point un insensé ; qu'ainsi il faut que son récit n'ait rien eu de contraire aux bienséances du temps et du lieu où cet auteur écrivait, d'où il donne à conclure que la danse pouvait être regardée pour lors comme un exercice sacré, llist. du Munich., 1. 2, c. 4, § 6.

Si un Père de l'Eglise, ou un écrivain catholique, avait rêvé quelque chose de semblable, Beausobre l'aurait couvert d'ignominie ; mais comme il s'agissait d'un hérétique dont les priscillianistes respectaient les écrits, ce critique a cru d'avoir les excuser.

Mais n'est-il pas absurde d'imaginer qu'au second siècle, lorsque les chrétiens étaient obligés de se cacher pour s'assembler et pour célébrer les saints mystères, ils y mêlaient des chants bruyants et des danses ; que les repas de charité, nommés agapes , finissaient ordinairement par une danse, etc. ? Tout cela est faux et avancé sans preuve.

Au contraire, dès que l'Eglise chrétienne a eu la liberté do donner de l'éclat à son culte extérieur, les conciles ont défendu aux fidèles de danser, même sous prétexte de religion.

Le concile de Laodicée, l'an 367, can. 54 ; le troisième concile de Tolède, l'an 589; le concile in Trullo, l'an692, et plusieurs autres dansla suite des siècles, ont absolument défendu la danse, surtout les jours de fête (1). Les Pères de l'Eglise ont montré le danger de la danse, par l'exemple de la fille d'Hérodiade, dont le funeste talent fut cause de la mort de saint Jean-Baptiste.

Ainsi nous n'ajoutons aucune foi à ce que disent nos dissertateurs, savoir, que les anciens cénobites, dans leurs déserts, se livraient à l'exercice de la danse les jours de fête, par motif de religion ; que l'ou voit encore àRome et ailleurs d'ancienues églises,

(1) On conçoit ces défenses à cause des abus ; mais elles prouvent le fait; on ne défend point ce qui nesefait pas, ni ce dont o'i n'abuse point quand la chose n'est pas mauvaise en soi,

LeXoib.

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dont le chœur, plus élevé que la nef, est disposé de manière que l'on pouvait y danser aux grandes solennités ; que, dans l'origine, le mot de chœur signifiait plutôt une assemblée de danseurs qu'une troupe de chantres et de musiciens, etc. Rien de tout cela n'est fondé sur des preuves positives, et ce sont des suppositions formellement contraires aux lois ecclésiastiques. Il est absolument faux que la danse ait fait partie du rituel mozarabique, rétabli dans la cathédrale de Tolède par le cardinal Ximénès.

Les abus qui se sont souvent introduits au milieu de l'ignorance et de la grossièreté des mœurs qui ont régné dans les bas siècles, ne prouvent rien, puisque cela s'est fait au mépris des lois de l'Eglise. Peu nous importe de savoir s'il est vrai que, dans plusieurs villes, les fidèles passaient une partie de la nuit, la veille des fêtes, à chanter des cantiques et à danser devant la porte des églises ; qu'en Portugal, en Espagne et en Roussillon , cela se fait encore par les jeunes filles, la veille des fêtes de la Vierge; que vers le milieu du dernier siècle on dansait encore à Limoges, dans l'église de saint Martial ; que le père Ménétrier a vu, dans quelques cathédrales, les chanoines danser avec les enfants de chœur, le jour de Pâques. Toutes ces indécences doivent être mises au même rang que la fête des fous, et les processions absurdes que l'on a faites,- pendant si longtemps, dans les villes de Flandre et ailleurs (1).

Quand il serait vrai que les danses prétendues religieuses ont été sans inconvénient lorsque les mœurs étaient simples et pures, et lorsque les peuples ne pouvaie.it point trouver de

(1) Notre auteur est là, ce nous semble, trop sévère. Des danses convenables bien conçues et religieusement conduites ne sont point des indécences à comparer aux burlesques démonstrations qu'il cite. On en conçoit de très-graves pour les hommes euxmêmes, qui pourraient être une mimique éloquente. L'inconvénient consiste plutôt, à notre avis, en ce que l'art de la danse ne souffre pas la médiocrité et est trop difficile de bonne exécution. Ce qui nous fait en juger de la sorte, c'est que nous n'aimons la proscription absolue d'aucune chose humaine ; cous n'aimons que la proscription de l'abus.

Le Noir.

consolation ailleurs que dans les pratiques de religion, elle no peut entrer décemment dans le culte divin, dès qu'elle sert sur le théâtre à exciter les passions. (1) Les pasteurs, bien convaincus des désordres qu'elle peut produire, font tous leurs efforts pour en détourner les jeunes gens, et l'on ne peut trop applaudir à leur zèle (2). On a beau dire que la danse est un des exercices qui contribuent à former le corps des jeunes gens; on pourrait le former sans imiter les gestes efféminés et les attitudes lascives des acteurs de théâtre (3). Il en est de cet art comme de celui de l'escrime, qui aboutit souvent à produire des spadassins et des meurtriers (4).

Plusieurs laïques sensés ont pensé sur ce sujet comme les Pères de l'Eglise ; le comte de Bussi-Rabutin, que l'on ne peut accuser d'une morale trop sévère, dans son traité de l'Usage de l'adversité, adressé à ses enfants, leur représente, dans les termes les plus forts, les dangers de la danse, il va jusqu'à dire qu'un bal serait à craindre, même pour un anachorète ; que les jeunes gens courent le plus grand risque d'y perdre leur innocence, quoi qu'en puisse dire la coutume ; que ce n'est point un lieu que doive fréquenter un chrétien. L'historien Salluste, dont les mœurs étaient d'ailleurs très-corrompues, dit d'une dame romaine nommée Sempronia, qu'elle dansait et chantait trop bien pour une honnête femme (S). Un historien anglais a fait l'application de ces paroles à la reine Elisabeth. Ce qui est dit des danses religieuses dans le

(i) Cette raison est mauvaise; il s'ensuivrait qu'on devrait également proscrire de l'Eglise, comme les calvinistes, la musique, lapeinture etc., et, comme les jansénistes, les fleurs des autels, puisque Mut cela sert aussi, dans les théâtres et les casinos, à exciter les passions. Le Noir.

(2) ici la question change. On ne peut assurément qu'applaudir au zèle des pasteurs qui cherchent à moraliser la jeunesse en la garantissant autant que possible des occasions; mais des danses religieuses pourraient être parfois une meilleure garantie que la proscription absolue.

Le Noir.

'(3) Voilà ce qui s'appelle passer, en Escobar, d'une question à une antre. Le Noir.

(4) Faut-il pour cela, proscrire i'escrime ?

Le Noir.

(5) « Et chantait trop bien » est plaisant.

Le Noir.

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Dictionnaire de Jurisprudence, a besoin de correctif (1). Bergier.

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DANSE (la) chez les hébreux {Théol.

kist.) — Voici, comme correctif de l'article de Bergier sur la danse, le suivant de M. Schegg, (trad. de l'allem. )arl. Goscliler) qui est impartial et îxprime plus fidèlement la vérité hisiorique :

« La danse est, avec la musique et le chant, l'expression la plus ancienne et la plus naturelle de la joie, surtout dans la jeunesse ; mais elle l'est aussi bien chez les vieux que chez les jeunes dans un peuple encore simple, et de là le proverbe de Salomon :

Esttempusplangendi et saltandi (2). La danse est mentionnée dans les plus anciens livres de la Bible, à propos : 1° de marches triomphales de guerriers et de rois (3) ; 2° de fêtes publiques (4); 3° de processions religieuses et de solennités saintes (5) ; 4° enfin à l'occasion du culte des idoles (6). Les danses jointes aux festins, comme on en voit un exemple à la cour d'Hérode, s'introduisirent fort tard chez les Juifs, et ne furent qu'une imitation des Grecs, quoique Xénophon en parle déjà (7) et que les rois d'Assyrie emmenassent à la guerre une partie de leurs danseuses. Dans les occasions marquées aux n° 1 et 2, c'étaient surtout des femmes et des jeunes filles qui dansaient; dans les deux autres, des hommes et des femmes. C'étaient des hommes seulement qui, pendant la fête des Tabernacles, exécutaient une danse aux flambeaux, dans le vestibule du temple, devant les femmes assemblées.

« Les hommes pieux (D'>T>Dn) et les hommes d'action (ntJJJQ 'ÉfoN), c'est-à-dire des bonnes œuvres (les Essôniens, d'après quelques-uns), dansaient devant les spectateurs avec des torches allumées (que, selon la Gé-

(1) Bergier insinue dans tout cela des tendances jansénistes — mais voyez notre Art. bals somptueux.

Le Nom.

(2) Ecoles., 3, 4.

(3) Juges, 13, 34. 1 Rois, 18, 6.

(4) Exode, 15, 20, Judith, 15, 15; 16,24.

(5) Il Bois, 6, 5. Conf. l'art. Fêtes (des anciens Hébreux). Ps. 149. 150.

(6) Exode, 32, 19. M Rois, 18, 26.

(7) Cyropxd., 4, 6, 7.

mara, ils lançaient en l'air et rattrapaient), et chantaient en même temps des cantiques, au son des instruments des lévites (1). C'est avec raison qu'on n'a pas fait valoir le texte des Rois, I, 6, 20, contre l'usage de la danse exécutée par des hommes, car Michol ne reproche à David que d'avoir oublié sa dignité royale en dansant comme le vulgaire, et la réponse du roi en est la preuve : « Oui, j'ai dansé devant le Seigneur, qui m'a choisi plutôt que votre père, et , quand je serais encore plus vil que je n'ai paru, ma gloire n'en sera que plus grande devant les servantes dont vous parlez. »

« Cependant la Gémara se croit déjà obligée de justifier, chez des hommes sérieux et considérés, un plaisir qui parait convenir surtout à la jeunesse, et elle le fait en insistant sur le cantique de louanges que les hommes chantaient en même temps :

« Bienheureuse est notre jeunesse, puisqu'à notre âge nous n'avons pas à en rougir, et bienheureux est notre âge mûr que notre jeunesse a ménagé. » Servius, dans son commentaire sur Virgile, Eclog., S, 75, justifie l'usage de la danse : Vt in religionibus saltaretur, hœc ratio est quod nidlam majores nostri partem corporis esse voluerunt quas non sentiret religionem ; nom cantus ad animam, saltatio ad mobilitatem corporis pvrtinet. Les Romains méprisaient la danse ; personne ne danse à moins d'être ivre, nemo saltatnisi ebrius, était leur proverbe.

Cependant les matrones des familles les plus patriciennes dansaient dans les solennités religieuses ; Horace (2) dit de la femme de Mécène : Quam...

Nec ferre pedem dedeenit ehoris, Nec certare joco, nec dare braehia Ludentem nitidis virginibus, sacro Dianœ celé! ris die.

A quoi Bentley ajoute : In sacris soîemnibus nonnisi libéras et honestas, seu virgines, seu matronas, saUitasse compertum est.

« Nous ne savons sur la manière dont dansaient les Hébreux que ce

(1) Sueca, 5, 4.

(2) Carmen II, 12, 16-20.

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que peuvent indiquer les expressions

SlH et S'A, se mouvoir en cercle; il est

probable que c'est ce qu'on en voit encore en Orient, sauf ce qui est inconvenant et lascif. La danse de l'Orient, dit Scholz (1), qui en a été témoin, consiste aujourd'hui en des mouvements semicirculaires, accompagnés de pas et de gestes rhythrniques, mais irréguliers, qui, chez les nomades, sont exécutés par des groupes de jeunes iilles placées entre deux rangées d'hommes, ne se touchant pas, ne se rapprochant guère, et suivant un chant assez agréable, en même temps que les jeunes filles frappent la mesure sur leurs tombours. Les danseuses juives chantaient en dansant (2) et en frappant ellesmêmes un petit tambourin qu'elles portaient à la main (adulfes) ; quand il y avait d'autres instruments (des harpes, des cymbales, des trompettes) (3) ce n'étaient plus les danseuses qui jouaient du tambour. On dansait volontiers au son de la flûte (4) chez les Grecs et les Juifs (5). Dans les temps les plus anciens on ne dansait pas seul en public. La fille de Jephté conduisait seulement le chœur et dansait la première, comme on le voit d'après le texte des Juges (6). La danse de Salomé devant Hérode était une immoralité qui s'introduisit postérieurement (7), et qui rappelle beaucoup Horace (8) :

Motus doceri gaudet Innieos Matura virgo, et fiegitur artibua Jam nuoe et incestos amores De tenoro meditatur ungui. »

Le Noie.

DANSEURS. Dans l'Histoire ecclésiastique de Mosheim, quatorzième siècles, deuxième partie, c. 5, § 8, il est fait mention d'une secte de danseurs

(1) Archeol. bibl, Bonn., 1834, p. 431.

(2) 1 Dois, 18, 6-29.

(3) Conf. Succa, 5, 4.

(i)Matth., 11, 17.

(5) Conf. Bava, Alez., 6,1. Buxtorf, Lex-lhalrn.,

e. ▼. tHH {tibia adhibentur in nupliis et in funeribm).

(6) Juges, 11, 34.

miUatth., 14, 6.

(8) Carm. III, 6, 21.

qni se forma, l'an 1373, à Aix-la-Chapelle, d'où ils se répandirent dans le pays de Liège, le Hainaut et la Flandre. Ces fanatiques, tanthommes que femmes, se mettaient tout à coup à danser, se tenaient les uns les autres par la main, et s'agitaient au point qu'ils perdaient haleine, et tombaient à la renverse, sans donner presque aucun signe de vie. Us prétendaient être favorisés devisions merveilleuses pendant cette agitation extraordinaire. Ils demandaient l'aumône de ville en ville comme les flagellants ; ils tenaient des assemblées secrètes, et méprisaient, comme les autres sectaires, le clergé et le culte reçu dans l'Eglise.

Les circonstances de cette espèce de frénésie parurent si extraordinaires, que les prêtres de Liège prirent ces sectaires pour des possédés, et employèrent les exorcismes pour les guérir. Behgier.

DANTE ALIGHIERI. (Thcol. Hst.

biog et bibliog.) Ce célèbre poète épique de l'Italie et de toute l'Europe au moyen âge, naquit à Florence en 1265, et mourut pauvre, àRavenne, en 1321, après une existence agitée. Sa Divine comédie: l'enfer, le purgatoire et le ciel, est le grand poème chrétien des temps scolastiques. L'enfer est resté la partie la plus célèbre, mais les deux autres parties ne lui sont point inférieures, si ce n'est peut-être par la matière qui prêtait moins à l'imagination ou qui l'écrasait davantage Le Dante est un des plus grands poètes qu'ait produits l'humanité. Il peut être placé à côté des Homère et des Virgile, et au-dessus des Tasse et des Hilton. Lamennais a fait de son épopée une traduction tout a fait littérale qui fait bien comprendre la grandeur du texte qu'on peut lire en regard; il a écrit aussi des pages d'études sur le Dante qui sont d'une grande beauté, et qui le mettent au premier rang des poètes. C'est la philosophie et la religion qui ont fait le Dante. Le Noir.

DARBOY (Georges) (Théo!, hist.

biog. et bibliog.) — Né à Fayl-Billot, (Haute-Marne) en 1813, M. Darboij devint archevêque de Paris et sénateur

DM

DAR

sous l'empire. Il fut du nombre de cette soixantaine d'otages (d'autres nous ont dit quatre-vingt dix-sept, y compris le honteux massacre des treize dominicains d'Arcueil) que fit fusiller Raoul-Rigault, préfet de police de la Commune, dans la semaine sinistre, dernière du mois de mai 1871, pendant laquelle l'insurrection tenait encore quelques quartiers contre les troupes de Versailles, auxquelles on avait ouvert une des portes du sud dans la nuit du 27 au 28...

La nouvelle de ce meurtre nous arriva dans une circonstance que nous ne saurions oublier. Lorsqu'elle vint évoquer devant notre esprist l'image sanglante de ces cadavres d'hommes innocents, nous avions sous les yeux, dans un petit carré de maisons en retraite non loin de la place Maubert, le spectacle d'une soixantaine de victimes d'un autre meurtre ; c'étaient des hommes que les vainqueurs avaient fusillés pendant la nuit, et parmi ces hommes , il y avait deux femmes , dont l'une paraissait être la mère et l'autre la fille; elles portaient le brassard d'infirmières; le cou et la poitrine étaient criblés de balles ; elles reposaient côte à côte; la fille était jeune et belle, d'une blancheur virginale ; elle était vêtue d'une élégante robe de soie noire, portait bracelets et bagues à gros chatons ; elle avait attendu la mort, la main dans la main de sa mère, l'enthousiasme au front, et le sourire aux lèvres ; le feu de peloton avait stéréotypé, dans l'immobilité et dans le silence, ces derniers signes de mouvement et de vie.

Revenons à celui dont nous apprenions l'assassinat devant ce monceau de cadavres. Mgr. Darboy avait professé la philosophie et la théologie dogmatique (1841). Ses idées étaient généreuses, libérales, nobles et grandes ; son style était beau ; il présentait la religion sous l'aspect qui convenait à son temps et à la métropole des arts, des lettres et des sciences. Il a laissé plusieurs ouvrages : une traduction avec introduction et notes des œuvres de saint Denis l'aréopagite , in-8, 1845; Les Femmes delà Bible, édition de luxe, illustrée par Stall, 2 vol. b° édit. 1859: Les Saintes fem-

mes, in-8°, avec gravures, 1830; unetraduclion de l'Imitation de Jésus-Christ, avec gravures d'Overbeck , 4 édit.

1839; brochures en réponse à l'abbé Cornbalot, sur la hiéraerhie ecclésiastique ; la Vie de saint Thomas Becket, 2 édit. 2 vol. 1860 ; etc. Le Noir.

DARRA.S (l'abbé J. E.) (Théol. Met.

biog. et Libliog.) — M. l'abbé Barras, vicaire général d'Ajaccio, a partagé sa vie entre ses devoirs de prêtre libre, l'éducation particulière, et des travaux pour la défense de l'Eglise et de la papauté. Il est l'auteur d'une histoire abrégée de l'Eglise catholique depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours, en 4 vol. in-8°, qui a eu une grande vogue dans les séminaires et qui a été traduite en espagnol par M. P. de Torrecilla. Il a fait aussi une Histoire de Notre- Seigneur Jésus-Christ, exposition des saints évangiles, en 2 vol. in-8°, et saint Denis l'aréopagite, premier évêquede Paris, en 1 vol. in-8° ; mais son grand ouvrage est l'Histoire générale de l'Eglise depuis la création jusqu'à nos jours, ouvrage à caractère militant qui atteint à peine aujourd'hui la moitié des trente volumes environ dont il se composera, et dont plus de dix mille exemplaires se trouvent déjà dans les bibliothèques ecclésiastiques. M. Darras écrit avec facilité, pureté et élégance; il ne craint pas la lutte, il l'appelle sur toutes les matières, et ses travaux tirent de cette tendance même la vitalité, le mouvement, l'actualité et l'intérêt.

Le Noir.

DARWIN. (Charles). {Théol. hist.

biog. et bibilog.) — M. Darwin est un savant anglais, observateur ingénieux et grand théoricien, qui s'est fait, dans ces derirères années l'auxiliaire du positivisme philosophico-scientifique par un livre célèbre intitulé : De l'origine des espèces par sélection naturelle, ou des lois de la transformation des êtres organisés . Ce livre a été traduit en français par Clémence Royer, etpublié, en2° édition, avecune préface et des notes du traducteur, en 1864, par Victor Masson et fils, 1 vol. m-8 de 600 pages.

M. Darwin avait donné au public

DAR

DAV

une première édition de cet ouvrage en 1859, et, loin d'être athée ou même de passer sous silence la question de Dieu, il avait, dans cette lr0 édition, porté pour point de départ de la vie animale et de ses transformations indéfinies, un Créateur intelligent; on y lisait cette phrase : Le premier type animal avait reçu la vie du Créateur.

Mais son livre ayant trouvé un traducteur allemand, M. Bronn, ce traducteur exigea que cette phrase fût biffée. M. Bronn était-il athée, ou jugeait-il qu'il fallait, pour le succès, faire cette concession au mouvement positivitiste du moment? Nous l'ignorons; toujours est-il que M. Darwin céda, qu'aujourd'hui la phrase n'est plus dans son livre, et qu'il n'y est pas plus question, dans ce livre, de Dieu ni de Créateur que s'il n'en existait pas et que la vie, comme tout le reste, pût s'en passer.

La théorie qui est exposée dans l'ouvrage de M. Darwin, et qui a pris le nom de Darwinisme, n'est nouvelle que par ses détails ingénieux; ce n'est au fond que celle de Lamark rajeunie, laquelle consiste, comme on le sait, à nier les causes finales, les plans conçus en vue de résultats prévus et prédéterminés. D'après cette théorie les espèces prennent naissance par sélection naturelle, c'est-à-dire par une sorte d'élection aveugle — deux mots contradictoires pourtant — que détermine la prédominance de la force sur la faiblesse. M. Darwin appelle cette élection par la nature sélection naturelle, et le mouvement dans lequel elle se produit la concurrence vitale, ou le combat pour la vie. Cette théorie conduit à faire descendre l'homme du singe , le singe d'un autre type moins parfait et finalement toutes les espèces d'un premier type doué d'une vie animale, aussi peu développée qu'on I puisse l'imaginer, moins développée j encore que celle de l'huitre, ou du polype le plus imparfait. « Selon Darwin, dit M. Figuier, tous les caractères qui distinguent le plus essentiellement l'homme de la brute ont été acquis lentement et progressivement, par une longue série de variétés de plus en plus humaines, HT.

qui se sont supplantées les unes les autres. » M. Figuier ajoute qu'il «repousse » cette théorie, mais que l'ouvrage est rempli de vues fécondes et d'ingénieux aperçus ; nous félicitons HL Figuier de sa profession de foi.

Le Noir.

DASSANCE (l'abbé) (Thêol.hist.biog.

et bibliog.) — Né en 1805 à Bayonne, M. Dassance est mort dans cette pieuse villeenl85G,aprèsavoirétéprofesseur de littérature sacrée à la faculté de théologie de Paris. On a de lui: Nouvelle bibliothèque des prédicateurs, 15 vol.

1837 et 38; Abrégé des vies des Saints, 4 vol. 1839; Cours de littérature ancienne et moderne, 6 vol. 1844 ; Traduction de l'imitation de Jésus-Christ, illustrée magnifiquement, 1836; le Concile de Trente^ vol. 1842; le Catéchisme du concile de Trente, 2 vol. 1849; le Nouveau Testament, 1851; etc.

Le Nom.

DAVID, fils d'Isaïe ou Jessé de Bethléem, successeur de Saùl dans la dignité de roi des Juifs. 11 est souvent appelé le roi prophète, parce qu'il a réuni ces deux qualités, et le psalmiste, à cause des psaumes qu'il a composés. Les manichéens, Bayle, les incrédules de notre siècle, ont formé contre ce roi des accusations dont l'odieux retombe sur les historiens sacrés; les théologiens sont donc forcés d'y répondre.

David, disent ces censeurs bilieux, fut rebelle envers Saùl et usurpateur de sa couronne, chef de brigands, perfide envers Achis, qui lui avait donné retraite, infidèle à son ami Jonathas , cruel envers les Ammonites, après les avoir vaincus ; adultère et homicide ; voluptueux dans sa vieillesse ; vindicatif à l'article de la mort. Ce malfaiteur est cependant appelé dans l'Ecriture un homme selon le cœur de Dieu, proposé aux rois comme un modèle ; la prospérité dont il a joui semble avoir justifié tous ses crimes.

Nous supprimons les termes indécents et grossiers dans lesquels la plupart de ces reproches ont été faits :

nous y répondrons le plus brièvement qu'il nous sera possible.

DÀY

DAV

1° En quoi David fut-il rebelle ?Par sa victoire sur Goliath, il donna de la jalousie à Saùl; celui-ci, attaqué de mélancolie, veut tuer David, après lui avoir donné sa fille en mariage. David s'enfuit. Maître d'ôter la vie à Saûl, qui le poursuivait à main armée, il l'épargne et se justifie. Saûl confondu reconnaît son tort, pleure sa faute et s'écrie : David, mon fils, vous êtes plus juste que moi ; vous ne m'avez fait que du bien, et je vous rends le mal. I Reg., c. 24. Il n'y a point là de rébellion.

2° Dans sa fuite, il se met à la tête d'une troupe de brigands et fait avec eux des incursions chez les ennemis de sa nation. Mais, dans les premiers âges du monde, cette guerre privée était regardée comme une profession honorable, c'était le métier des braves; les philosophes grecs ne l'ont point désapprouvé ; ils l'ont considéré comme une espèce de chasse. Une connaissance plus exacte du droit des gens nous le fait envisager bien différemment ; mais il ne faut pas chercher au siècle de David des idées dont nous sommes redevables à l'Evangile, et qui ne font loi que chez les nations chrétiennes. Il n'est dit nulle part que David a exercé des violences contre les Israélites.

David, prêt à tirer vengeance de la brutalité de Nabal, remercie Dieu d'en avoir été détourné, par la prudence et par les prières d'Abigaïl.

Après la mort de Nabal, à laquelle il n'eut aucune part, il épouse cotte femme : Saùl lui avait enlevé celle qu'il lui avait donnée, et l'avait mariée à un autre. 1 Reg., c. 25, f 44. Dans tout cela nous ne voyons aucun crime.

3° Réfugié chez Achis, il fait des incursions chez les Amalécites, qui étaient autant ennemis d' Achis que des Israélites, puisqu'ils ravagèrent les terres des uns et des autres. I Reg., c. 30, f 16. Il ne garde point pour lui les dépouilles qu'il enlève aux Amalécites, il les envoie aux différentes personnes chez lesquelles il avait séjourné avec son monde afin de les dédommager, ibid., f 31 ; à la vérité il trompe Achis, en lui persuadant qu'il fait des expéditions contre les

Israélites; mais un simple mensonge, quoique répréhensible, ne doit pas être nommé une perfidie. Il servit utilement ce roi, même en le trompant.

4° Il n'est pas vrai que David ait usurpé la couronne. Il fut sacré par Samuel, sans l'avoir prévu et sans avoir rien fait pour attirer sur lui le choix de Dieu. Pendant la vie de Saûl, il ne montra aucun désir de remplir sa place ; on le calomnie sans preuve quand on suppose que les larmes qu'il répandit sur la mort funeste de ce roi ne furent pas sincères. Il fut élevé sur le trône par le choix libre de deux tribus ; il n'y avait aucune loi qui rendit le royaume héréditaire:

il laissa, régner pendant sept ans Isboseth, fils de Saùl, sur dix tribus ; il ne fit aucun effort pour s'emparer du royaume entier : après la mort d'Isboseth, les tribus vinrent d'ellesmêmes se ranger sous l'obéissance de David.

5° On l'accuse encore injustement d'avoir été perfide envers Saûl son beau-père, ingrat et infidèle à son ami Jonathas : il n'a été ni l'un ni l'autre. A la conquête de la Palestine par Josuê, les Gabaonites le trompèrent, ils feignirent que leur pays était fort éloigné, et il leur promit par serment de ne pas les détruire.

Il leur tint parole ; mais pour les punir de leur imposture, il les condamna à l'esclavage, à couper du bois et à porter de l'eau pour le service du tabernacle. Il les sauva même de la fureur des autres Chananéens qui voulaient les détruire. Jos., c. 9 et 10. Ainsi les Gabaonites furent conservés parmi les Israélites pendant quatre cents ans et jusque sous les rois.

Saùl, par un trait de cruauté, en extermina une partie contre la foi de l'ancien traité; aprè9 sa mort, Dieu envoya la famine dans Israël, et déclara que c'était en punition de ce crime. Les Gabaonites exigèrent qu'on leur livrât ce qui restait des descendants de Saûl, pour user sur eux de représailles; David lit forcé d'y consentir. Il Reg., c. 2.

Il n'est pas vrai qu'il eût juré a Saûl de n'ôter la vie à aucun de ses

EAV

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