‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 73 sur 110 · BEI · texte numérisé non relu

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sauce, de sa sagesse, de sa bonté, de sa justice?

2° Si Dieu a donné une révélation, c'est un fait; il est ridicule d'argumenter contre les faits par des conjectures, par des convenances ou des inconvénients, par de prétendues impossibilités ; cette philosophie est celle des ignorants et des opiniâtres.

3" Quand la révélation ne serait pas absolument nécessaire aux philosophes, aux hommes dont la raison est éclairée et droite, elle serait encore nécessaire à ceux dont la raison n'a pas été cultivée, ou a été pervertie par une mauvaise éducation. Les premiers ne sont qu'une très-petite partie du genre humain ; ce que disent les déistes de la suffisance de la raison et de la lumière naturelle pour tous les hommes, est une vision ridicule.

4° Les anciens philosophes sont convenus de la nécessité d'une révélation en général ; on peut citer à ce sujet les aveux do Platon, de Socrate, de Marc-Antonin, de Jamblique, de Porphyre, de Celse et de Julien :

croirons-nous les déistes modernes p'us éclairés que tous ces anciens?

5° Le déisme ou la prétendue religion naturelle des déistes n'a existé nulle part, n'a été la religion d'aucun peuple. Tous ceux qui ont adoré le vrai Dieu l'ont fait ou en vertu de la révélation primitive, ou par le secours de celle qui a été donnée aux Juifs, ou à la lumière du flambeau de l'Evangile. Les polythéistes ont été tous égarés par de faux raisonnements, et ensuite par de fausses traditions.

Selon le système des déistes, ce serait le polythéisme qui serait la seule religion naturelle.

6° La prétendue religion des déistes est impossible ; ceux qui ont voulu en construire le symbole n'ont jamais pu s'accorder, et ils ne s'accorderont jamais ni sur le dogme, ni sur la morale, ni sur le culte. Il est impossible de concilier tous les hommes par le secours de la raison seule.

7° Le déisme n'est qu'un système d'irréligion mal raisonné, un palliatif d'incrédulité absolue. 11 autorise tous les sectateurs des fausses religions à y persévérer, sous prétexte qu'elles leur sont démontrées, et que la raison

leur en fait sentir la vérité. C'est aussi ce que prétendent les incrédules ; ils approuveront volontiers toutes les religions, excepté la véritable, afin d'être autorisés à n'en avoir aucune.

8° Les athées mêmesleur ont prouvé que, dès qu'ils admettent un Dieu, ils sont forcés d'admettre des mystères, des miracles, des révélations. Ils leur ont objecté que leur prétendue religion naturelle est sujette aux mêmes inconvénients que les religions révélées, qu'elle doit faire nailre des dis- ! putes, des sectes, des divisions, par conséquent l'intolérance, et qu'elle doit nécessairement dégénérer. Les déistes n'ont pas osé entreprendre de prouver le contraire.

9° Nous ne devons donc pas être surpris de ce que les partisans du déisme sont presque tous tombés dans l'athéisme ; ce progrès de leurs principes était inévitable, puisque l'on ne peut faire contre la religion révélée aucune objection qui ne retombe de tout son poids sur la prétendue religion naturelle. Aussi tons nos philosophes incrédules, après avoir prêché le déisme pendant cinquante ans, ont professé eucore l'athéisme dans presque tous leurs ouvrages.

Lorsque, à toutes ces objections, accablantes pour les déistes, nous joignons les preuves directes et positives de la révélalion, un esprit sensé peutil être encore tenté de donner dans le déisme ■?

Les partisans de ce système ne conviendront pas, sans doute, qu'ils sont obligés de croire des mystères ; il faut donc le leur démontrer.

1° S'ils admettent un Dieu en réalité, et non en apparence, ils son!

obligés de lui attribuer une providence, de juger qu'il y a en lui des décrets libres et des actions contingentes ; que cependant il est éternel et immuable : c'est un mystère rejeté par les sociniens.

2° Ou Dieu est créateur, ou la matière est éternelle : d'un côté, la création paraît inconcevable aux déistes, et les athées soutiennent qu'elle est impossible ; de l'autre, une matière éternelle serait un être immuable comme Dieu ; cependant elle

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change continuellement de forme.

3° Que Dieu soit créateur, ou seulement formateur du monde, il faut concilier l'existence du mal avec la puissance et la bonté infinie de Dieu : grande difficulté que la plupart des incrédules jugent insoluble, mais qui ne l'est point. Voyez Mal.

4° Jusqu'où s'étend la Providence?

prend-elle soin des créatures en détail, surtout des êtres intelligents, ou seulement de l'univers en gros ? Pendant deux mille ans les philosophes se sont querellés sur ce mystère, et ils cherclient vainement une démonstration pour terminer la dispute.

5° Si Dieu n'a pas distribué les biens et les maux avec une pleine liberté, nous ne lui devons aucune reconnaissance ni aucune soumission ; dans ce cas, en quoi consistera la religion? S'il a été libre, il faut faire un acte de foi sur la sagesse et la justice de cette distribution : les raisons nous en sont inconnues.

6° Ou l'homme est libre, ou il ne l'est pas. Dans le premier cas, il faut expliquer comment Dieu peut prévoir avec certitude nos actions libres ; dans le second, il faut nous faire comprendre comment l'homme peut être digne de récompense ou de châtiment.

7° Suivant l'opinion des déistes, il est indifférent de savoir quel culte nous devons rendre à Dieu : qu'un homme admette un seul Dieu ou plusieurs, qu'il soit sagement religieux ou follement superstitieux, cela est égal; dès qu'il suit le degré de lumière qu'il a reçu de la nature, il est irrépréhensible. Il est indifférent à Dieu de sauver l'homme par des vertus rélléchies, ou par des crimes involontaires ; consôquemment c'est un bonheur pour l'iiomme d'être né sauvage, stupide, abruti; il a moins de devoirs à remplir et moins de dangers à courir pour son salut que le savant le plus éclairé : cela est plus qu'inconcevable.

8° Suivant un autre principe, Dieu n'exige de l'homme que la religion naturelle, c'est-à-dire, une religion telle que chaque particulier est capable de la forger. Cependant tous les peuples ont eu la fureur de sup-

poser des révélations, et d'y croire ; comment Dieu, qui n'a jamais daigné se révéler à aucun, a-t-il souffert ce travers universel? C'est un défaut de la nature, sans doute, puisqu'il est général; Dieu en est donc l'auteur :

il a intimé la religion naturelle à l'homme, de manière qu'elle n'a jamais été pratiquée ni connue d'aucun peuple. A Dieu ne plaise que nous admettions jamais un mystère aussi absurde.

9° Non-seulement, selon les déistes, Dieu ne s'est jamais révélé, mais il n'a pas pu le faire, tout-puissant qu'il est ; il n'a pas pu revêtir une révélation de signes assez sensibles ni assez évidents, pour que des imposteurs ne pussent les contrefaire ; à cet égard, son pouvoir, quoique infini, est borné. Mystère sublime ! le comprendra qui pourra.

10° Si Dieu, disent les déistes, avait donné une révélation à un peuple, sans la donner à tous, ce serait de sa part un trait de partialité, d'injustice et de malice. Cependant il y a des peuples qui sont moins aveugles et moins corrompus, en fait de religion, que les autres : ou Dieu n'a point eu de part à cette ditférence, et sa providence n'y est entrée pour rien ; ou il a été partial, injuste, malicieux envers ceux dont la religion est la plus absurde et la plus mauvaise. Savants raisonneurs, tirez-vous de là.

Il y a plus : au jugement des déistes, ils sont les seuls hommes sur la terre auxquels il a été donné de connaître le vrai culte qu'il faut rendre à Dieu, et la religion pure de toute superstition ; heureux mortels, à qui Dieu à fait une grâce qu'il refuse à tant d'autres, dites-nous comment vous l'avez méritée? Dieu n'est-il bon, juste etsage que pour vous?

11° Ils n'oseraient nier que le Christianisme n'ait opéré une révolution salutaire dans les idées et les mœurs des nations qui l'ont embrassé ; il faut donc que Dieu se soit servi d'une imposture pour les instruire et les corriger. Une sagesse infinie devait leur donner plutôt le déisme, cette religion si sainte et si pure ; Dieu n'a pas trouvé bon de le faire.

12° Enfin, puisque toutes les reli»

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gions sont indifférentes, il doit être aussi permis aux chrétiens qu'aux autres peuples de suivre la leur : cependant les apôtres du déisme ne vont point le prêcher aux Tures, aux Indiens, aux Chinois, aux idolâtres, aux Sauvages; ils n'ont de zèle que pour pervertir les chrétiens. Si c'est Dieu qui le leur inspire, il devrait, pour ne pas faire les choses à moitié, nous donner aussi la docilité nécessaire pour écouter leurs leçons charitables.

Si ce n'est pas Dieu, nous sommes dispensés d'y avoir égard.

Nous pourrions pousser plus loin l'énumération des mystères du déisme, mais c'en est assez pour faire voir que le symbole des déistes est plus chargé de mystères que le nôtre.

Us diront, sans doute, que sur toutes ces questions ils ne prennent aucun parti, qu'ils demeurent dans un doute respectueux sur tout ce qui n'est pas clair. Donc ils ne sont pas déistes, car enfin le déisme et le scepticisme absolu ne sont pas la même chose. Comment des hommes, qui ne savent pas si Dieu a une providence, ou s'il n'en a point, s'il exige de nous un culte, ou s'il n'en veut aucun, s'il prépare ou ne prépare pas des récompenses pour la vertu, et des châtiments pour le crime, si le Christianisme est une religion vraie ou fausse, etc., ont-ils le front de professer le déisme'} Disons hardiment que ce sont des fourbes, que leur prétendue religion naturelle n'est qu'un masque sous lequel ils cachent une irréligion absolue. Voyez Incrédules, Religion naturelle, etc.

Les protestants ne sauraient se justifier du reproche d'avoir donné naissance au déisme en Europe (1) en y

(1) Luther choqué de quelques abusréels, au lieu d'y reconnaître l'inévitable effet des passions humaines, s'en prend a la doctrine même. Il attaque un point en apparence peu important de la foicatholique ; faible esprit qui n'apercevait pas la liaison vigoureuse des vérités du Christianisme 1 II n'a pas plutôt détaché un anneau de cette chaîne, que la chaîne entiire lui échappe. Une erreur appelle une antre erreur. Ce n'est plus seulement quelques dogmes isolés qu'il conteste, il ébranle d'un seul coup le fondement de tous les dogmes. La tradition, l'embarrasse, ilrejeitela tradition ; l'Eglise proscrit ses maximes, il nie l'autorité de l'Église, et déclare

faisant éclore le socinianisme, puisque le système des déistesn'est qu'une extension de celui des sociniens. Dès que les protestants eurent posé pour principe que la seule règle de notre foi est l'Ecriture sainte, entendue dans le sens que chaque particulier juge le plus vrai, les sociniens conclurent que tous les passages de l'Ecriture qui concernent la trinité des Personnes en Dieu, l'incarnation, le péché originel, la rédemption du genre humain, etc., ne doivent pas être pris à la lettre, parce qu'il en résulterait des dogmes contraires à la raison, et que c'est la raison qui doit nous servir de guide pour l'intelligence de l'Ecriture sainte. En suivant toujours ce principe, il est évident que tout ce que nous appelons mystère doit être rejeté, puisqu'il parait contraire à la raison, et c'est pour cela même que les protestants nient la transsubstantiation dans l'eucharistie. C'est donc à la raison qu'il appartient de juger souverainement si tel dogme est révélé, ou s'il ne l'est pas; par conséquent de décider si Dieu a révélé ou non ce qui nous parait enseigné dans l'Ecriture sainte.

Or, en écoutant le jugement de leur raison, les déistes décident qu'il n'y eut jamais de révélation, et qu'il ne peut point y en avoir. Ils reconnaissent les protestants pour leurs pères; mais ils disent que ce sont des raisonneurs pusillanimes, qui se sont arrêtés en beau chemin sans savoir pourquoi. Ainsi un protestant ne peut réfuter solidement un déiste, sans abandonner le principe fondamental de la prétendue réforme.

La généalogie de ces systèmes est prouvée d'ailleurs par les faits et par

daeiensement des livres saints une Epttre apostolique tout entière (l'Epitre de saint Jacques) : quand od lui demande de quel droit, il répond avec arrogance : « Moi, Martin Luther, ainsi je le veux, ainsi s je l'ordonne ; que ma volonté tienne lieu de rai- » son. » Ego, Martims Luther, sic volo, aie jubeo;sit pro rûtione voluntas. Ainsi, Martin Luther n'était pas seulement le fondateur, le chef de la réforme ; il en était encore le dieu, puisque sa volonté, suns autre raison, prévalait oontre les révélations divines consignées dans un authentique et sacré monument. .

Toutefois, plusieurs de ses disciples secouent 1» __ 3. e ':l «UU..J.:* u. ii..n(.r Onnnsant

XOUtelOlS, piUSieill» u« bC3 uioi^ifiiua d«lu"

mTo"aïinIt' d'autre rèdïdsfoi queï'Ecriture ; enfin joug de fer qu'il prétendait leur imposer. Opposant ?Eoriture elle-même le condamne, il retranche au- leurs opinions a ses opinions, leur orgueil à son or-

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