DE
DEI
les dates. Les premiers déistes ont paru immédiatement après, les sociniens, et ils avaient commencé par être protestants. En Angleterre, ils firent du bruit sous Cromwel, au milieu des débats des anglicans, des puritains et des indépendants. C'est de cette source impure que le déisme a passé en Hollande et en France, pour dégénérer bientôt en athéisme. Toyez Calvinisme, Erreur, Protestants.
Il y a un argument des déistes, qui, de nos jours, a fait du bruit :
« Une religion, disent-ils, dont les » preuves ne sont point à la portée de » tous les hommes raisonnables, ne « peut être la religion établie de Dieu » pour les simples et pour les igno- » rants : or, de toutes les religions » qui se prétendent révélées, il n'en » est aucune dont les preuves soient » à la portée de tous les hommes rai- » sonnables ; donc aucune de ces reli- » gions ne peut être établie de Dieu » pour les simples et pour les igno- » rants. »
D'abord la première proposition de
ce syllogisme est captieuse ; elle renferme deux équivoques. Une preuve peut être à la portée des ignorant»
dans ce sens que tous la comprendront dès qu'elle leur sera proposée en termes clairs. Elle peut être aussi à leur portée dans ce sens qu'elle viendra à l'esprit de tous, dès qu'ils feront usage de leur raison, sans qu'il soit besoin de leur suggérer cette preuve d'ailleurs. Dans le premier sens, la proposition est vraie ; dans le second, elle est fausse. Quoique la religion chrétienne soit révélée de Dieu pour tous les hommes, il y en a cependant beaucoup qui en ignoreront les preuves pendant toute leur vie, parce qu'elles ne leur seront pas proposées; ainsi ils ne seront jamais à portée de les connaître. Cette religion est cependant établie de Dieupow eux dans ce sens qu'ils seraient coupables, s'ils refusaient de l'embrasser dans le cas que ces preuves leur fussent proposées, parce qu'ils sont capables de les comprendre. Mais elle n'est pas établiepour eux dans ce sens qu'ils seront
gueil, ils bravent ses fureurs et morcellent son empire. De nouvelles sectes s'élèvent, se divisent aussitôt et se subdivisent à l'infini. On enseigne toute doctrine, et l'on nie toute doctrine ; la confusion de l'enfer n'est pas plus grande, ni son désordre plus efft ayant. Alors, désespéiant d'établir la paix dans son sein, et de se soutenir par ses propres forces, la réforme appelle à son secours 1 ancienne Eglise qu'elle a répudiée; elle appelle les hérétiques de tous les siècles ; elle appelle ses nombreux enfants, et les rassemble autour d'elle avec leurs baines implacables, leu-s ardentes animosités, leurs symboles contradictoires ; et de cet incohérent amas de vérités et d'erreurs, elle essaie de former une seule religion ; de cette anarchie monstrueuse de sectes qui se repoussent mutuellement, de partis irréconciliables, elle essaie de former une seule Eglise. 0 éternelle bonté de la raison humaine I Oui, voilà la vraie religion, comme les pensées inconstantes de l'homme sont les immuables pensées de Dieu-, voilà l'Eglise, comme l'empire divisé de Satan estleroyaume de Jésus-Christ. Mais enfin ces idées avaient prévalu dans la réforme. Elle cédait, en dépit d'elle-même, à l'insurmontable ascendant de ses maximes ; et offrant la paix à toutes les erreurs, tolérant tout , même la vérité , elle s'avançait à grands pas vers l'indilférenee absolue des religions, où nous allons voir que le système des articles fondamentaux conduit inévitablement...
Le. système des articles fondamentaux une fois admis, les divisions cessent, non par l'accord des doctrines, mais par leur anéantissement. La discordance des opinions, ladiversité infinie des croyances, remplissent tout l'espace qui sépare la religion catholique de l'athéisme : i'unité ne se rencontre qu'à ces deux tenues ; imité de foi dans la religion catholique, parce qu'elle renferme la plé-
nitude de la vérité; dans l'athéisme, unité d'indif-
férence, parce que l'athéisme n'est, au fond, que a plénitude de 1 erreur.
En vain les protestants s'efforcent de se maintenir à une distance égale de ces deux termes extrêmes, la raison ne souffre pas qu'on s'arrête entre deux. Tolérer dogmatiquement une seule erreur, e'eBt s'engager à les tolérer toutes. Le problème à résoudre est alors celui-ci : conserver le Christianisme sans exiger la foi spéciale d'aucun dogme. L'on n'a jamais pu et l'on ne pourra jamais y trouver d'autre solution que celle de Chillingworth, qui réduit les articles fondamentaux « à une foi implicite en Jésus-Christ et en sa parole, h [La religion des protestants, une voie sûre au salut. Rep. à la Pref. de son advers., n. 26.) Mais 08 symbole si court, Bossuet forçait encore le ministre anglais à l'abréger; et sans qu'il pnt s'en défendre, il le poussait jusqu'à la tolérance de l'athéisme. » Cette foi dont il est content, disait Pévèque de » Meaux, je crois ce que vent Jésus-Christ, ou ce « qu'enseigne son Ecriture, n'est autre cho-e que » dire : Je crois tout ce que je veux, et tout ea » qu'il me plaît d'attribuer à Jésus-Christ et à sa. v parole, sans exclure de cette foi aucune^ religion » et aucune secte de celles qui reçoivent l'Ecriture a sainte, pas même les Juifs, puisqu'ils peuvent i dire comme nous : Je crois tout es que Dieu veut » et tout ce qu'il a fait dire du Messie par ses » prophètes ; ce qui renferme autant toute vérité,
> et en particulier la foi en Jésus-Christ, que la » proposition dont notre protestant s'est contenté, s On peut encore former sur ce modèle une autre
> foi implicite, que le mahométan et le déiste peu- 1 vent avoir comme le joif et le chrétien : Je crois » tout ce que Dieu sait ; ou si l'on vent encore » pousser plus loin, et donner jusqu'à l'athée, pour ■ ainsi parler, une formule de foi implicite : Je