‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 3 (volume 5)Chapitre 76 sur 110 · BEL · texte numérisé non relu

BEL

DEL

travailler comme partout ailleurs.

3° Dans une partie des Vosges, les carrières de pierre de grès sont couchées par lits aussi réguliers et posés aussi horitonzalement que les bancs de pierres calcaires le sont ailleurs; quelques-unes rnême se lèvent parfeuilles assez minces: cette position ne prouve donc pas l'opération des eaux. 4° Le porphyre d'Egypte, matière vitrescible et qui est couchée par lits, paraît à plusieurs physiciens être pétri de pointes d'oursin ; s'il a été formé par les eaux, sa nature n'a pas changé pour cela, elles ne l'ont pas rendu calcaire. b° Il n'est pas possible que les eaux aient pu disposer les matériaux des montagnes par couches parfaitement horizontales jusqu'au sommet. Qu'elles aient ainsi placé les premiers lits des montagnes, cela se conçoit ; mais dès que la superficie d'une couche a commencé à devenir convexe, il a fallu que la convexité des suivantes augmentât toujours pour former enfin un sommet de montagne isolé ou un cône, sans cela il ne s'en trouverait aucun formé en pic ou en pain de sucre.

De tout cela nous concluons qu'il est beaucoup plus simple de nous en tenir au fait du déluge universel attesté par l'histoire sainte, confirmé par l'ancienne tradition des peuples et par l'inspection du globe, que d'avoir recours à des hypothèses trèsincertaines, et qui ne peuvent rendre raison de tous les phénomènes.

Nous n'avons garde de blâmer les efforts que font les physiciens pour expliquerla narration deslivressaints, et pour l'accorder, autant qu'il est possible, avec les observations d'histoire naturelle ; nous y applaudissons au contraire, lors même que leurs hypothèses nous paraissent insuffisantes et fautives. Mais on ne peut trop censurer l'entêtement des incrédules, qui sont toujours prêts à embrasser aveuglément un système, dès qu'il leur semble contredire l'histoire sainte. Jamais ils n'ont mieux montré cette disposition folle et vicieuse qu'au sujet du déluge universel.

Bergier.

DÉLUGE TRADITIONNEL (le).

(Théol. mixt. scien. hist.) Nous ajouterons ici, comme complément de nos articles âges géologiques et âges paléontologiques, en ce qui concerne le déluge, aussi bien que comme résumé des traditions antiques, dont il est question dans l'article précédent de Bergier, le tableau sommaire que nous avons donné dans notre Dictionnaire des harmonies de la raison et de la foi, de ces traditions du déluge, que la foi catholique n'oblige pas de croire universel (1), mais dont la science géologique nous révèle les traces dans tous les lieux de la terre, aussi bien sur les montagnes que dans les vallées. V, diluvium.

« I. Histoires et traditions grecques — Déluge d'Ogygès attribué par Varron à l'année 1G00 avant la première olympiade, ce qui lui donnerait en 1830, 4226 ans d'antiquité, époque trop moderne pour le grand déluge de Moïse ; mais les Grecs, au lieu d'allonger les temps, les raccourcissaient plutôt, h rencontre de beaucoup d'autres peuples.

« Déluge de Deucalion, dont les circonstances ressemblent à une transfiguration d'une tradition analogue à celle qu'implique le récit de Moïse. Ce déluge est universel, puisque Deucalion et Pyrrha sont obligés de reproduire des hommes miraculeusement, au moins d'après Ovide.

Deucalion, dit Letronne, signifie, par étymologie, fabrieateur de coffre.

« II Traditions pliènicicnncs — récit mythologique identique à celui des Grecs. A Ilicrapolis on célébrait tous les ans une fête commémorative du déluge, qu'on disait avoir été instituée par Deucalion.

« III. Traditions chaldéennes — Xisuthrus, d'après Berose, reçut de Cronos (Dieu) la prédiction d'un déluge universel, l'ordre de construire un vaisseau etc., etc., et tout le reste pareil au récit de Moïse. Xisuthrus

(1) Voisins, M. de Luc, la plupart des critiques d'Allemagne et un très-grand nombre de savants exégètes, ont soutenu que le déluge de Moïse fut particulier, l'Eglise s'est tue à ce sujet. Mabilloa empocha, comme le raconte M. do Geuoude, uQO congrégation romaine de flétrircette thèse d'aucune note, dans une occasion célèbre. D'ailleurs n'est-ce pas une question qui ne touche, de sa nature, ni la foi ni les mœurs ? Le Nom.

DEL

DEL

avait écrit une histoire des événements antérieurs l'avait enterrée àSippara, et cette histoire fut retrouvée plus tard. — C'est Le Cyncelle qui rapporte ce fragment de Berose.

IV. Traditions égyptiennes. — Grande inondation du ciel sous Osiris — Mutardicite d'après Abumassan,deux anciens livres égyptiens qui parlaient d'un déluge qui avait renouvelé le genre humain lorsque le soleil était au premier degré du bélier, et Régulus dans le colure du solstice — Diodore parle d'un grand navire de 280 coudées de long construit par les Thébains. Hérodote parle de deux colombes dont l'une se percha sur un hêtre à Dodone.

« V. Traditions arméniennes — D'après Joseph il y avait au pied du mont Ararat une ville appelée le lieu de la descente, Nachidchevan — les Persans appellent le mont Ararat Koh-nouh, mont de Noê, ou Sahat- Topuz, heureuse colline — Joseph, Bérose, Nicolas de Damas, disent que, de leur temps, on montrait encore les restes de l'arche et qu'on y prenait, comme un préservatif salutaire, la poudre du bitume dont elle était enduite — on en croira ce qu'on voudra.

« VI. Traditions musulmanes. — ■ On peut la lire dans les livres arabes; mais elle n'est qu'une reproduction du récit de Moïse.

VII. Livres des Parsis — Déluge envoyé de Dieu sur le genre humain corrompu malgré l'assistance des anges, lequel dure dix jours et dix nuits, et le détruit tout entier.

« VIII. Livres indous — Le viti livre du Bhagawata raconte, avec autant de clarté que d'élégance, l'histoire d'un déluge qui arriva sous le règne de Vaivaswata, l'enfant du soleil, et détruisit tous les hommes excepté Vairaswata, sept riebis (saints) et leurs femmes.

Apparition de Vichnou, prédiction du déluge, dans sept jours, promesse de conservation dans un vaisseau, etc.

« Déluge indien arrivé il y a 21,000 ans, dans lequel la mer couvre tout, sauf une montagne du nord (Transact.

philos, de 1701J.

« Déluge des Banians, venant terminer le premier âge, et laver la

terre de ses infamies, lesquelles on gagné brahmanes, kckatrigas (guerriers) soudras (marchands) et vaysias (serviteurs), en un mot, toutes les castes de la société brahminique,(dj'c£.

hist. de la relig. des Banians)

Déluge de Manou que tout le monde a pu lire dans le livre qui porte son nom, etc. , etc.

« IX. Traditions tartares. — Chacun des âges du monde, d'après le chamanisme, finit par un déluge universel : invasion des crimes, des guerres, etc., abréviation de la vie humaine, esprits célestes qui annoncent les pluies et les torrents, tempêtes grandioses; il pleut des glaives; horribles tableaux; quelques hommes saints, vainqueurs de leurs passions, survivent, pratiquent la vertu et vivent heureux une vie de 80,000 ans.

Ainsi racontent les Mongols et les Kalmouks.

« X. Livres chinois. — Point de déluge universel proprement dit ; mais grande inondation sous Yao 2297 avant Jésus-Christ. « Quand la grande inondation, dit le Chou-king, s'éleva jusqu'au ciel, quand elle enveloppa les montagnes, les peuples troublés périrent dans les eaux. »

« Autre déluge sous Fo-IIi, environ 3100, avant Jésus-Christ. Coup de corne du rebelle Koung-Koung contre la montagne; colonnes du ciel brisées ; ciel écroulé au nord-ouest et au sud-ouest; terre fondue. Koung- Koung parait être une personnification du génie du mal.

« Mous passons' à l'Europe dont les traditions sont moins précises.

«XL Mythologie Scandinave. — Les enfants de Bore tuent le géant Ymer, père de la race des géants méchants comme lui, et il s'écoule tant de sang de ses plaies que tous les géants sont noyés, à la réserve de Bergelmer, qui se sauve avec une barque sur l'Oc éan rouge.

« XII. Traditions celtiques. — Déluge qui fait périr tous les hommes sauf Dwivan et Dwivach qui se sauvent sur un vaisseau sans voiles avec des couples d'animaux.

« XIII. Lapons. — Quand les mers et les fleuves sortirent de leur lit, un frère et une sœur sont transportés

DEL

DEL

par le bras de Dieu sur une montagne: ils cherchent des hommes, se rencontrent seuls plusieurs fois, se reconnaissent, recommencent leurs recherches, et enfin, ne se reconnaissant plus la dernière fois, s'unissent sans scrupule et repeuplent le monde.

« Nous passons aux nations de l'Amérique et de l'Océanie.

« XIV. Brésiliens. — Ils chantent un frère et une sœur qui échappèrent seuls à une inondation causée par un puissant étranger ennemi de leurs ancêtres. Ils chantent aussi les palmiers qui sauvèrent la famille du vieillard blanc quand Dieu avertit Tamandouaré, de fuir l'inondation universelle en grimpant sur leurs forsiicliGS.

« XV. Péruviens. — Manco Capac descendait d'une des six personnes qui échappèrent à l'inondation. Suivant Acosta, il y en eu sept, a au sortirent les Incas. Dans le Pérou, vénération pour l' arc-en-ciel.

« XVI. Ancien Cundinamarca. — Le dieu Chibehaclmm, offensé par les Muyscas, crée les torrents qui les inondent, mais s' adressant à Bochica, le dieu suprême, ce dieu leur apparaît sur l'arc-en-ciel, avecunebaguetto d'or, fend la montagne pour ouvrir un passage aux torrents, d'oùla grande cataracte du saut de Tequendama, et punit Chibchachum en le condamnant à porter la terre sur afs épaules ; quand il change d'épaule, pour se délasser, il occasionne les tremblements de terre.

« XVII. Traditions mexicaines. — Déluge de Coxcox, le Noé de ces peuples, avec une histoire toute pareille à celle de la Genèse, dans tous ses détails. — Ce sont eux qui appelaient Dieu téotl presque comme les Grecs téos.

« XVIII. Tlascaltêques, Aztèques, Miztèques, Zapotèques, Méchoamnéses. — Hommes échappés au déluge, changés en singes, et recouvrant peu à peu leur raison.

« XIX. Chiapanêses. — Vieillard sauvé dans un radeau de l'inondation qui détruisit la majorité du genre humain. Ce vieillard travaille au grand édifice jmais l'ouvrage est interrompu,

et chaque famille reçoit un langage différent.

« XX. Caraïbes. — Déluge par suite de la méchanceté des hommes.

« XXI. Achagua. — « Pourquoi, disait un insulaire de Cuba, à Gabriel de Cabrera, pourquoi me grondes-tu, puisque nous sommes frères ? ne descends-tu pas comme moi, de celui qui construisit le grand vaisseau qui sauva notre race ? »

« XXII. Floridiens. — Le soleil ayant retardé sa course de vingtquatre heures, le lac Théomi déborda jusqu'aux sommets des plus hautes montagnes, à la réserve de celle d'Olaimi où était un temple au soleil. Les pèlerins furent sauvés ; au bout de vingt-quatre heures, le soleil sécha tout.

XXIII. Iroquois. — Le grand Esprit envoya un déluge; Messon députa un corbeau qui s'acquitta mal de sa coinmission ; il envoya le rat musqué qui rapporta un peu de limon ; il lança des flèches contre les troncs d'arbres, et ces flèches devinrent des branches ; puis il épousa une femelle du rat musqué, et le genre humain actuel se reforma.

« XXIV. Canada. — Déluge avant la création de l'homme ; castor, rat musqué, corbeau, voilà les principaux acteurs de cette fable.

« XXV. Mandans. — On trouve encore dans leurs édifices de petits modèles d'une tour en bois, en souvenir d'une arche qui avait sauvé une partie de la nation d'un déluge suscité par les blancs. On célèbre aussi pendant quatre jours la fête d'Okippe, à la même intention.

« XXVI. Taïti. — Touroa, le grand Dieu, en colère contre le monde, le précipita dans l'Océan, et tout fut submergé excepté quelques éminences. — Dans le groupe de l'ouest, il y a une légende d'un pécheur sauvé seul avec ses compagnons par Tou- Marama, le dieu des mers. On donne dans ces lies, pour preuve du déluge, lesmadrepores et les coquillages qu'on trouve sur la montagne.

« XXVII. Il en est des Madécasses comme des Musulmans. Leur histoire diluvienne est tirée du récit de Moïse.» Le Nom.

rv0*-

DEL

DEM

DELRIO ( Martin-Antoine ) ( théol.

hist. bioget bibliog.) Ce docteur de Salainanque, placé parBaillet parmi les enfants prodiges, naquit à Anvers en 1551, fit ses études à Paris sous Maldonat, et mourut, jésuite, à Louvain en 1608. Il parlait neuf langues, et, quoique très-savant, était un peu • crédule. Son style est négligé. Dès l'âge de vingt ans, il fit paraître des remarques très-estimés sur Solinus. Ses ouvrages sont :

InCaiiSolinipolyhistorem notse, Anvers, 157 I , in-8°; — In Claudiani poematanotse, Anvers, 1572, in-12 ; — In Senecss tragœdias adeersarîa, Anvers, 1574, 1593, in-4°; Paris 1619, in- 4°; — Misaellanea scriptorwrn ad universum jus civile, Paris, 1580; Lyon, 1606. — écrits avant d'être jésuite; Floriada Mariana, scu de Laudibus Virginis, Anvers, 1598; Lyon, 1607 ; — Disquisitionummagicarum librisex, Louvain, 1599, in-4°, souvent réimprimé. C'est l'ouvrage le plus célèbre de Delrio et celui où l'auteur montre le plus de crédulité. André Duchesne en fît un extrait qu'il traduisit eu français, Paris, 1611, in-4°. On préfère la traduction à l'original. — Un commentaire sur le Commonitorium S.

Orienta et sur les Miiigmata S. Althelmi, Anvers, 1662, in-8°; In cantica canticorum, Inglost., 1604, ia-fol.; Paris, 1607; Lyon, 1671, in-4° ; — Vindictes Areopagitss, contre J. Scaliger, Anvers, 1607, in-8° : l'auteur y défend l'authenticité des écrits de S. Denys ; — Pharus sacrx sapientiœ, comment, sur la Genèse, Lyon, 1008, in-4°, peu estimé ; — - Peniculus foriarum elenchi Scaliyeriani, Anv., 1609, in-12, sous le nom de Liberius Sanga Varinus, contre Scaliger ; — Commentarius rerum in Belgio gestarum, Cologne, 1611, in-4°, sous le nom de :

Rolandus Miriteus Onatinus ( anagramme de son nom ); — Adagialia sacra Veteris et Novi TestameiUi, Lyon, 1612 ; — Commentaires sur les Lamentations de Jérémie, 1608, iu-4°, et sur les Décades de Tite-Liue, 1606, in-8°, écrits après son entrée dans la compagnie de Jésus.

Le Nom.

DÉMARCATION. Ce terme est de-

venu célèbre dans les écrits des censeurs modernes du Christianisme. Les rois d'Espagne et de Portugal ne pouvaient pas s'accorder sur les limites de leurs conquêtes respectives dans le Nouveau Monde ; plutôt que d'en venir à une rupture ouverte, ils prièrent le Pape Alexandre VI d'être l'arbitre de leur différend, et de tracer la ligue de démarcation qui devait servir de borne à leurs possessions.

Nos philosophes demandent à quel titre le pape disposait ainsi d'un bien qui no lui appartenait pas, donnait à deux rois des terres et des nations sur lesquelles ils n'avaient foncièrement aucun droit: quelques-uns ont poussé l'éloquence jusqu'à dire que c'est là un des plus grands crimes commis par Alexandre VI.

Nous les prions d'observer qu'il n'était pas question de décider si les conquêtes des rois d'Espagne et de Portugal étaient légitimes ou non, mais de prévenir entre eux une guerre qui n'aurait certainement pas rendu le sort des Américains meilleur. Pour servir d'arbitre entre "deux prétendants, il n'est pas nécessaire d'avoir autorité sur eux, ou sur la chose qu'ils se disputent, il suffit que l'un et l'autre consentent à s'en rapporter à la décision. Il n'est donc pas vrai que dans cette occasion, le Pape ait donné ce qui n'était pas à lui, ait décidé du sort des Américains, ait disposé des états et des possessions de deux sou»

verains, etc. Bergier.

DÉMÉRITE ; c'est ce qui rend un homme digne de blâme ou de châtiment ; c'est l'opposé de mérite. Ni l'un ni l'autre ne pourraient avoir lieu si l'homme n'était pas> libre, maitre de son choix et de ses actions: tel estle sentiment commun du genre humain. Sans avoir besoin de le consulter, notre propre conscience nous atteste cette vérité. Elle ne nous reproche jamais une action que nous n'avons pas été maitre d'éviter et ne nous inspire aucun mouvement de vanité pour une bonne action que nous avons faite par hasard.

Bergier.

DEM

DEM

DEMEURES ETERNELLES, (les) ou LA VIE ÉTERNELLE DEVANT LA RIGOUREUSE JUSTICE {Thèol.mixt.

et pur. philos, et fin. der.) — Sous le titre : la vie éternelle devant la raison et devant la foi, nous avons donné, dans nos harmonies, un traité sommaire de la vie éternelle, au point de vue des questions les plus délicates que puisse présenter la matière devant l'orthodoxie catholique.

Nous ne croyons pas avoir dépassé les limites permises; nous croyons, au contraire, nous être maintenus sur la lame du rasoir; c'est pourquoi nous oserons, dans ce nouveau travail, en citer les divers morceaux dont l'ordre alphabétique nous amènera les titres, en mettant toujours cette réserve : sauf réclamation et correction de l'autorité compétente, c'està-dire du pontife romain, en pareille matière.

Aujourd'hui que le mot demeures éternelles nous rappelle la parole de Jésus : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père, » nous citerons, tel qu'on peut le lire dans nos hahmonîes, le début et le premier chapitre du traité sommaire dont nous venons de parler, en y ajoutant, s'il en est besoin, quelques notes.

« Il est dans l'Évangile une parole précieuse, d'où la raison peut tirer de lumineuses déductions sur cette vie des âmes que le symbole des apôtres appelle 2a vie éternelle, et le symbole de Nicée, la vie du siècle futur. Voici cette parole évangélique.

« Jésus était sur le point de quitter le cénacle, où il venait de faire son dernier repas avec ses disciples, pour aller au Gethsémani ; Judas était sorti afin de se mettre à la tête de la troupe qu'il devait conduire dans ce même lieu pour saisir son maitre.

Le Seigneur avait annoncé aux onze disciples fidèles le terrible drame qui allait se passer la nuit même, et, aux expressions figurées dont il s'était servi lorsqu'il avait parlé de glaives, leur visage avait témoigné de l'émotion. C'est alors qu'il leur dit:

« Que votre cœur ne se trouble point !..

vous croyez en Dieu ; croyez aussi er> moi...

« Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père, sinon, je vous l'aurais dit, car je vais vous préparer le lieu, et lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé le lieu, je reviendrai et vous prendrai avec moi afin que, où je serai, vous soyez aussi. » {Joan., xiv, 1, 2, 3-)

« La maison du Père, c'est la vie éternelle dans toute son étendue, c'est la durée des créatures immortelles, et de nous autres hommes en particulier.

Dans cette maison du Père, il y a plusieurs demeures, plusieurs régions; et l'une de ces régions, la plus belle sans doute, la plus désirable, c'est ce lieu même que Jésus est allé préparer à ses disciples, dans lequel on jouit de sa présence et, en commun avec lui, des complaisances du Père.

« Voilà le sens direct et évident de cette parole ; il nous reste à exposer la théorie rationnelle et catholique des principales régions de la vie éternelle, en partant de la donnée qu'elle fournit.

« Il faut encore ajouter à cette donnée cellede l'immortalité de l'être humain que fournit aussi l'Évangile, et, de concert avec l'Évangile, la philosophie raisonnant sur les phénomènes de ce monde et sur la croyance universelle des peuples.

« Il faut, entin, y ajouter celle de la déchéance et de la rédemption, dont la révélation seule nous rend certains, avecles conséquences qu'elle engendre sur la classification des membres de l'humanité relativement à l'initiation au royaume du rédempteur. VOy. DÉCHÉANCE et RÉDEMPTION (1).

« En nous établissant sur ces bases, notre raison pourra concevoir une distribution harmonique d'états dans l'éternité, qui se trouvera en accord parfait avec les enseignements de la foi.

« Pour bien comprendre cette distribution, il faut distinguer d'abord deux ordres de lois éternelles existant en Dieu et produisant des effets divers, qui s'harmonisent toujours en

(l) On peut lire ces articles dans nos harmonie*.

DEM

DEM

dernier résultat ; ce sont l'ordre de la justice et celui de la bonté. Comme nous sommes obligés, dans notre imperfection terrestre, de ne raisonner que par abstractions, en détachant, les unes des autres, des vérités qui n'en font qu'une devant la raison divine, afin de les réunir ensuite, considérons successivement ce qui doit découler des lois de la justice, et ce qui peut suivre des lois de la bonté en modification des premières. Nous terminerons par quelques questions dont la solution peut dépendre, en même temps, de ces deux ordres (1).

Page 1