LA VIE ÉTERNELLE DEVANT LA STRICTE JUSTICE
« I. La justice ne commence son règne qu'après des actes de pure bonté déjà posés; car Dieu ne doit absolument rien à ce qui n'est pas ; et comme la créature, en remontant le cours de ses annales, arrive nécessairement à une éternité durant laquelle elle n'était pas, elle trouve, par son essence même, sa racine primordiale dans un acte de bonté absolue qui est sa création.
« Mais ce fait supposé, il surgit aussitôt un ordre de justice, auquel Dieu est assujetti par son infinie perfection à l'égard de sa créature; car on conçoit, dès lors, diverses manières de la traiter ; or, parmi ces manières il y en a certainement qui seraient tyranniques, injustes, et qui répugnent à la nature divine ; il y en a d'autres qui sont justes, raisonnables, et dont on peut inférer l'application réelle ou au moins le possible, par déduction de leur rationalité mémo. C'est à ces déductions que nous allons nous livrer, après que nous aurons ajouté quelques mots sur le premier fait de bonté gratuite qui sert de base à tout ce qui concerne la créature.
(1) Noua ne citerons ici que ce qui concerne la rigoureuse justice; on pourra lire ce qui concerne la bonté inlinie avi mot: mitigation des peines daks la tir future; ce qui concerne la question de la fixation des âmes dans leurs catégories respectives, au mot : fixité des âmes dams la vie future ; ce qui concerne les états en eux-mêmes des âmes, au mot vie éternelle (les états divers de la) ; enfin ce qui concerne la question du nombre des élus, au mot élus (le nomb.6 des) (1873).
<( La création, telle que nous la voyons, implique des perfections variées à l'infini. Chaque créature a la sienne ; et leur ensemble forme une immense échelle dont les deux extrêmes sont déterminés, si ce n'est à nos regards, au moins à ceux dû.
Dieu. Outre que c'est le phénomène livré à nos observations et dont nous sommes enveloppés, si la raison l'étudié a priori elle n'a pas de peine à le justifier. Quoi de plus simple, que l'être infiniment bon, quand il s'agit de réaliser des existences ad extra, les réalise à des degrés de beauté différents selon sa volonté et les conceptions de son génie, pour qu'il en résulte un ensemble harmonique qui plaise à son goût? 11 en est de Dieu, au moment de la création, comme du distributeur des deniers de la parabole; ayant donné à l'un telle somme de bien, il peut évidemment donner à l'autre la même somme eri y surajoutant quelque chose encore^ et nul n'a droit de se plaindre puisque, dans ce cas, non-seulement celui qui reçoit moins n'avait pas droit au surplus que reçoit son voisin, mais n'avait pas même droit à ce qu'il reçoit lui-même puisque Dieu n'avait rien promis et n'avait pu rien promettre à ce qui n'était pas. D'ailleurs, si Dieu ne pouvait faire des créatures plus au moins parfaites, il ne pourrait en faire aucune, d'abord parce qu'il serait tenu, quand il crée, de créer le plus parfait possible, et que ce plus parfait possible est une pure illusion en fait de créature, Dieu seul étant l'être auquel il soit permis raisonnablement d'attribuer le superlatif absolu de la perfection; et, en second lieu, parce qu'il ne pourrait plus réaliser de sublimes univers, la variété de beautés dans les parties considérées isolément étant une condition essentielle de la sublimité du tout.
« De là une première nécessité d'appelés et d'élus dans la création sans aucune autre raison que la volonté et la sagesse du Très-Haut, puisque ce qui n'est pas ne peut fournir en soi aucun titre ni à l'être ni à telle ou telle somme d'être. Toutes les créatures sont donc appelées àl'exis-
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tence par la volonté créatrice, c'est une suite nécessaire de l'hypothèse même de la création ; mais toutes ne sont pas choisies pour briller de l'éclat le plus beau relativement aux autres; toutes ne sont pas élues; et le nombre de celles-ci est nécessairement le moindre, parce que, dans toute harmonie, c'est le plus rare qui est, relativement, l'objet de la prédilection.
« Or, ce que nous disons des créatures en général, il faut le dire de chaque espèce de créatures en particulier. Cha <ue classe, en effet, est composée d'individus, et les individus doivent, pour la même raison, recevoir des dons plus ou moins éclatants afin de pouvoir concourir, dans des proportions diverses, à la beauté de l'ensemble. Voyez les hommes; n'y en a-t-il pas qui sont plus favorisés, dans tous les ordres possibles ? Et qu'on ne fasse point intervenir, comme cause unique de cette inégalité, la déchéance, car, sans cette cause, le même phénomène eût été nécessaire pourla sublimité del'œuvre de Dieu. Qu'eût été le genre humain s'il avait présenté mêmes talents, mêmes formes physiques, mêmes puissances, mêmes vertus? Ne fallaitil pas déjà, pour l'harmonie du premier mariage, de profondes différences, sous tous les rapports, entre les deux époux? Voilà donc encore des appelés et des élus dans l'intérieur même de la famille humaine.
Tous sont appelés à être des hommes, mais tous ne sont pas élus pour la perfection humaine la plus excellente.
« Nous avions besoin d'établir ce principe des inégalités, non-seulement raisonnables, mais nécessaires dans les créatures qui doivent composer une association harmonique, avant de raisonner surlaloi dejustice dans ses rapports avec la vie éternelle.
« II. Dieu, malgré les inégalités, donne aux créatures raisonnables la liberté du bien et du mal ; et, ce don fait, sa justice doit les traiter d'après deux bases : 1° d'après la somme de perfection qu'elles ont reçue de la bonté dans la répartition première
— car une cause posée doit produire ses effets, et les effets doivent être proportionnels à la cause; les effets ne sont d'ailleurs que le développement de la cause même, d'où il suit que, la bonté ayant posé la cause, c'est un acte de justice relative que ces effets s'accomplissent ; — 2° d'après l'usage qu'elles ontfait de leur lot
— rien n'est plus juste, et plus sage; y aurait-il justice et sagesse à ce que celles qui ont fait bon usage de ce qu'elles ont reçu ne soient pas mieux traitées que celles qui en ontfait mauvais usage ? C'est encore une cause que pose la créature elle-même, de concert avec Dieu, si elle fait le bien, seule par retrait en elle-même, par égoïsme, si elle fait le mal, et cette cause doit être, comme la première, suivie de ses effets proportionnels d'après l'ordre absolu de la justice.
« II peut arriver aussi qu'il se trouve des créatures qui, par un résultat des lois compliquées de la création, n'aient pas joui, durant les jours de l'épreuve, de leur liberté morale et de la puissance du choix, qui, par conséquent, n'aient à présenter, dans la vie éternelle, que ce qu'elles ont reçu de la bonté de Dieu sans aucune addition ou soustraction par leur fait. Or, il est évident que la justice divine n'a qu'une base pour la détermination de leurs destinées immortelles, celle qui consiste dans la perfection de l'être tel que Dieu l'a fait ou modifié, et non tel qu'il s'est modifié lui-même.
« Ces principes nous paraissent évidents aux yeux de la droite raison.
Voici les riches conséquences qu'on en peut tirer.
ic III. Posé la création et, après elle, la rédemption, qui est une espèce de seconde création perfectionnant la première déjà modifiée par la déchéance, et un résultat pur de la bonté infinie aussi bien que la création elle-même, il se présente plusieurs catégories d'êtres raisonnables, soit par rapport à ce qu'ils ont reçu, soit par rapport à l'usage qu'ils en peuvent faire ; et la raison en aperçoit d'abord trois, principales que voici :
« 1° Ceux qui ont, durant la vie,
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connaissance de Dieu Créateur et de Dieu Rédempteur ; de Dieu Créateur par une voie quelconque, de Dieu Rédempteur par un écho quelconque de la révélation ; c'est la classe de tous les chrétiens de fait dans l'acception la plus large du mot.
« 2° Ceux qui n'ont connaissance que de Dieu Créateur. C'est la classe des étrangers au Christianisme, qu'onappelle, en théologie, les infidèles. Nous y comprenons tous ceux qui ont une idée de la divinité,, quelque peu développée qu'elle soit, et qui distinguent le bien du mal.
« 3° Ceux qui meurent sans avoir eu cette connaissance et sans avoir' joui de la liberté morale. C'est la classe des enfants morts avant l'âge de raison, des idiots de naissance, de tous les simples, en un mot, jusqu'au degré -où commence l'idée du juste et la liberté du choix.
« La raison voit encore que chacune de ces catégories se subdivise en plusieurs autres, comme il suit.
« Dans la première, se présentent :
« 1° Ceux qui usent, de leur mieux, des prérogatives qu'ils ont reçues de Dieu, dont la volonté est pleinement bonne, et qui meurent complètement fixés dans le bien, ou ce qu'ils croient le bien ; leur état, ainsi défini avec exclusiondetoute attacheàce quin'est pas le bien, implique l'amour parfait de la justice exacte, de la beauté souveraine, de la miséricorde infinie, de l'ordre éternel, en un mot, de Dieu.
Ce sont les bons chrétiens.
et 2° Ceux qui usent de leurs prérogatives dans le sens directement opposé et qui meurent décidément attachés au mal, ne voulant aimer ni Dieu ni leurs semblables, repoussant, de toute la force de leur liberté, l'amour du Christ, et la piiié des hommes, monstres d'égoïsme qui n'ont de considération que pourleurspropres plaisirs, ont mis volontairement leur conduite morale en antagonisme avec leur conscience et quittent la vie dans ces dispositions avec l'insouciance des
I scélérats ou le désespoir des lâches. Ce sont les mauvais chrétiens.
3° Ceux qui occupent les degrés mitoyens entre la bonté complète à l'égard de Dieu et des hommes, et le
mal voulu d'une manière décisive avec pleine connaissance de cause, degrés que Dieu seul apprécie, qu'il est impossible à toute créature de déterminer, mais dans lesquels nous pouvons dire seulement que c'est l'amour du bien qui l'emporte; car l'état d'indécision absolue est incompatible avec la liberté morale et n'appartient qu'à la classe des idiots.
« Dans la seconde catégorie revient la même subdivision selon une proportion inférieure. Nous imaginons les infidèles qui ignorent, sans leur faute, la rédemption: ou agissant de leur mieux devant Dieu et la loi naturelle qu'ils connaissent, etp;irlà,se constituant dans le bien qui leur est relatif; ou agissant contrairement à leur conscience et mourant dans une mauvaise volonté bien décidée ; ou enfin tlottant entre le bien et le mal,, de manière que le bien garde l'avantage, en dernier résultat, devant l'exacte justice, quoiqu'il reste encore un fâcheux mélange.
« Dans la troisième catégorie se présentent seulement deux classes :
celle des enfants ou des simples qui ont reçu le sacrement que le Christ à établi par pure aumône afin d'enrôler, par ce moyen, un grand nombre d'élus dans la république chrétienne, sans aucun mérite de leur part, et celle des enfants ou idiots qui n'ont pas reçu ce sacrement, et qui meurent pour cette raison , en dehors du royaume du Christ, sans avoir choisi ni le bien ni le mal.
« Telles sont les divisions et sousdivisions que conçoit la raison sur les données que nous avons établies en commençant.
Dans chacune de ces sphères, elle conçoit, de plus, des degrés entre les individus, soit par rapport aux qualités naturelles et surnaturelles indépendantes delà volonté humaine, soit par rapport à l'usage que cette volonté a pu faire de ces qualités; il est certain qu'il n'y a pas deux âmes ni deux corps parfaitement égaux sous l'un ou l'autre de ces rapports. Les enfants mêmes, morts avant l'âge de raison, ne sont point dans cette égalité parfaite; ils sont bien égaux relativement à l'usage de liberté, puis-
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qu'aucun deux n'en a joui par hypothèse ; mais ils ne peuvent l'être relativement aux germes de grandeur mis en eux, qui se seraient développés s'ils avaient vécu et qui se développeront d l'une autre manière dans la vie future.
« IV. Or, les catégories, leurs sousdivisions et les différences individuelles étant ainsi lixées, quel ordre doit suivre la justice inlinie dans la fixation du sort de chacun? Il nous semble que la raison peut ici tirer ses déductions, non pas en ce sens qu'elle puisse donner la description des divers états, car, comme l'a dit saint Jean, ce qui sera ne parait pas encore, et la révélation elle-même a gardé le silence sur ce point, sans quoi ce qui sera serait déjà connu, mais en cet autre sens qu'elle puisse établir les proportions relatives de ces divers états.
Elle a pour base le principe essentiel, que Dieu étant absolument juste , ne peut traiter personne de manière que la conscience la plus droite puisse lui en faire des reproches, et elle a de plus la faculté de voir clairement l'enchaînement des vérités qui découlent d'un principe comme celui-là ; double condition qui fait d'elle une prophétesse dans les limites de sa portée.
« Que fera donc la justice?
« 1° Ceux qui auront été doués de la plus belle armure, de la connaissance de Dieu créateur et de Dieu rédempteur, les chrétiens, et qui, de plus, en auront usé pour le bien, s'élevant chaque jour, jusqu'à la dernière heure, vers la perfection du père céleste, seront évidemment placés dans la plus belle des demeures, dans celle où règne celui-là même en association duquel il ont combattu, demeure dont il disait : il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ; je vais vous préparer la vôtre ; et où je serai vous serez avec moi. Ce qui signifie en réalité que Dieu se manifestera à leur esprit dans la proportion la plus grande, par l'entremise du Christ.
«Alors nous verrons face à face » , dit saintPaul ; (I Cor. 1 3, I2j et, en parlant du Christ : « Tout en lui, de lui et par « lui. (Col. I, 16.)
« 2° Ceux de ces mêmes hommes
qui auront profané leurs dons, en auront usé pour le mal et qui, malgré ces dons , se seront volontairement fixés dans l'inimitié de Dieu, de la vérité et de la vertu, tomberont évidemment le plus bas selon l'ordre de la justice. Cette chute se fera naturellement parla force même des cho ses. Morts en ne voulant pas de Dieu, du Christ et des hommes pour amis, ils demeureront dans l'éloignement de Dieu, du Christ et de l'humanité sainte ; le souverain bien dont ils auront méprisé les splendeurs ne se montrera pas à des yeux ennemis; et comme leur conscience leur rappellera les biens dont ils furent comblés, ainsi que le mauvais usage qu'ils en auront fait librement, ils seront malheureux, et malheureux dans la proportion relative la plus étendue, c'està-dire, privés plus qu'aucune autre créature humaine , de la douce et paisible jouissance qui accompagne l'entretien d'umour entre le père et sa fille rachetée par le sang de Jésus- Christ, lorsque leur amitié n'est pas rompue. C'est là cette demeure sombre que Jésus appelait les ténèbres extérieures relativement au festin des noces ; c'est là qu'est le riche qui n'a pas eu suffisamment pitié de Lazare lorsqu'il lui permettait seulement de partager , dans sa basse cour, le diner de ses chiens , et de vivre de ses restes, pendant qu'il se livrait aux jouissances de la table avec ses amis; c'est là qu'est le traître ; c'est là qu'est celui qui se fait appeler le bienfaiteur des peuples pour les dominer et qui n'a point la place entre ceux à qui Jésus disait: «Pour vous, non. pas ainsi ; vous êtes frères. (Matth. 23, 8.) C'est là que sont les maudits de l'Évangile qui ont laissé souffrir de la faim, de la soif et du froid les malheureux dece monde; et, avant eux encore, ceux qui ont organisé la misère, quand il y avait suffisamment pour tous.
« 3° Quoi de plus juste que les chrétiens de l'ordre intermédiaire , dans lesquels le bien l'emporte sur le mal et qui meurent dans cet état, soient soumis, dans l'autre monde, a une purification combinée par la sagesse inlinie, pour les rendre dignes d'être admis un jour dans le royaume
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du Christ? Cependant la justice absolue ne parait par l'exiger d'une manière rigoureuse aux yeux de la raison; quel reproche pourrait-on lui faire si elle constituait a jamais cette classe en bande à part traitée proportionnellement à sou état moral? Mais, d'un autre côté, il semble naturel que les conséquences d'une situation du cœur dans laquelle le bien a la victoire, doivent avoir pour terme la purification complète qui rend digne des premiers honneurs. La miséricorde paraît le demander mieux encore; et la révélation chrétienne nous affirme qu'il en est ainsi en nous enseignant l'existence d'un purgatoire dont elle ne délimite point la durée, ni ne résout les mystères : l'observation des hommes nous parait donner à conclure que cette demeure passagère est la plus habitée.
« 4° Que fera la justice des bons infidèles, de ceux qui n'auront eu que la connaissance de Dieu et du bien, et auront usé de leur liberté selon l'ordre de la loi naturelle, harmonisant ainsi leur pratique avec leur conscience , et faisant leur possible pour s'élever en sainteté et en vertu?
La réponse de la raison ne se fait pas attendre. Ils seront dans un état heureux, quoique en dehors des relations établies entre le monde et Dieu par la rédemption. Ils jouiront de l'amitié du Créateur, dans la proportion compatible, avec l'état dans lequel les a constitués la déchéance, et sans lui être unies par le Christ qu'ils n'ont pas connu. Leur esprit verra et aimera Dieu d'une manière bien ditt'érente de celle par laquelle les chrétiens le verront et l'aimeront, d'une manière que la théologie catholique a nommée naturelle par opposition à la première qu'elle a nommée surnaturelle. Mais l'éternel leur manifestera ses grandeurs dans la mesure relative à leur capacité, et ils seront bienheureux en célébrant ses louanges. Leur conscience ne leur dira-telle pas les biens qu'ils ont reçus de sa bonté et les efforts qu'ils ont faits pour coopérer à ses grâces naturelles? Or, la justice admet ce témoignage flatteur qui suffirait pour les combler de joie, et l'infinie miséri-
corde se gardera bien d'obscurcir en eux d'aussi douces pensées, d'aussi riants souvenirs. Cette demeure, dont s'occupe peu la foi catholique, parce qu'elle est en dehors de la rédemption, et que signale néanmoins plus d'un théologien , sera la seconde dans l'ordre du bonheur.
« 5° Ceux des infidèles qui auront usé de leur liberté pour mal agir, et méconnu les dons du Très-Haut, seront nécessairement, de par la justice, dans un état anormal et de souffrance où leur conscience suffira pour les jeter; mais comme elle ne leur reprochera point d'avoir abusé des mêmes grâces qu'auront reçues les mauvais chrétiens, ni d'avoir vainement connu Jésus-Christ, ils auront moins de remords, seront moins tristes, et ne regretteront pas comme les premiers d'avoir perdu l'amitié et la compagnie du Sauveur par leur faute. Ils seront dans les ténèbres extrêmes eu égard à la lumière dont jouiront leurs frères infidèles admis aux noces, non pas du Fils, mais du Père seul, tandis que les mauvais chrétiens seront dans la nuit opposée au grand jour de la réhabilitation par le Fils, nuit beaucoup plus profonde. C'est la seconde demeure dans l'ordre de l'infortune.
<> C° Faut-il imaginer un purgatoire naturel pour les infidèles de fa classe mitoyenne correspondante à celle des chrétiens dont nous avons parlé?
la théologie catholique ne traite pas cette question que n'a point abordée la révélation surnaturelle, mais la logique nous y mène, et la raisonne peut s'empêcher de combler cette lacune par l'hypothèse de ce purgatoire dont le terme et l'effet seront l'inauguration dans cette patrie future des bons infidèles, que nous avons signalée. La série dont nous déroulons les anneaux nous paraît suffire seule pour entraîner cette déduction. Et parmi les demeures étrangères à celle du Rédempteur, celle-là nous semble devoir être, jusqu'à la lin des temps, la plus peuplée.
« 7° Ceux qui seront morts sans avoir joui de l'exercice de la liberté, mais qui auront participé aux effets de la rédemption, par une élection
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pure de la bonté de Dieu, et sans aucun mérite de leur part, au moyen du sacrement de baptême, n'auront pas, pour les rendre heureux, le témoignage de la bonne conscience, le souvenrr de luttes et de victoires ; ils se pencheront, comme le jeune saint Jean, sur la poitrine du Christ, soupirant de reconnaissance et d'amour et lui disant sans cesse. : Merci, Seigneur! Ils seront heureux par Jésus- Christ comme les chrétiens, ils seront dans la môme demeure ; mais leur bonheur et leur gloire seront de beaucoup inférieurs au bonheur et à la gloire de ces braves athlètes à qui Jésus dira éternellement : Venez les élus de mon père, car j'ai eu faim et vous m'avez nourri. (Matth. , xxv , 34, 35.)
« 8° Ceux qui seront morts sans l'usage de la raison et qui n'auront pas été inscrits par le baptême sur la liste des appelés à la participation du mystère de la croix, n'auront, comme les précédents, aucun reproche à se faire. Ils seront donc heureux, mais ils le seront dans le bonheur correspondant à celui des bons infidèles et dans la même demeure, quoique beaucoup moins heureux, puisqu'il leur manquera le témoignage de la conscience qui se dit à elle-même :
j'ai bien combattu. Ils n'auront enfin que les joies de l'amitié primordiale du créateur au degré relatif à une créature déchue, sans sa faute, d'un état supérieur antécédent. Ils ne se pencheront pas sur le cœur de Jésus ; ils ne participeront pas au festin de l'Agneau, mais ils assisteront à l'éternel banquet réservé par le Père à toute créature qui ne s'est elle-même ni dégradée ni agrandie, et qu'il n'est pas entré dans le plan de sa sagesse d'élever plus haut par bonté pure ; et éternellement tombera de leurs lèvres sur le sein du Père ce doux mot d'amour : Père, merci l
« La théologie catholique s'est beaucoup occupée de cette dernière catégorie, et les conclusions auxquelles vient de nous conduire la logique du bon sens, sont conformes à celles du plus grand nombre des docteurs. « Encore « que ces enfants, dit saint Liguori, « soient séparés de Dieu quant à l'tt-
« nion de la gloire (1), ils lui seront « unis par la participation des biens « naturels ; et ainsi ils pourront se « réjouir en lui par une connaissance « et un amour naturels. » (a Sent.,