V. 17.) — Voyez DÉCHÉANCE, RÉDEMPTLON
et le morceau du P. Bail cité plus loin (2).
« Telles sont donc les hypothèses que la raison imagine quand elle se met en face- de l'exacte justice.
« V . Ce n'est pas encore tout. Dans chacune des classes que nous avons supposées, comme il y a autant de degrés de perfection, soit reçue, soit acquise, qu'il y a d'individus, il y a aussi autant de degrés de félicité ou d'infortune que d'individus.
« Dans la première, le chrétien qui aura joint la science la plus profonde et le caractère le plus fort à l'amour le plus désintéressé sera le plus grand au festin de Jésus-Christ, et, après lui, viendront successivement tous les autres, puisqu'étant posé le principe que l'état futur soit mesuré sur l'état présent, la justice éternelle doit garder les plus minutieuses proportions entre les causes et les effets.
« Dans la seconde classe, le chrétien qui, à la science et au caractère les plus sublimes, aura joint le plus de perversité sera placé le plus bas pour la même raison, et, au-dessus de lui, s'élèveront les autres, degrés par degrés, jusqu'au moins malheureux.
« Tout sera proportionné également dans les deux purgatoires ; mais nous ne devons plus en parler, puis qu'ils ne sont pas le but final.
« Il en sera de même dans le paradis et l'enfer des infidèles; et enfin quant à ce qui concerne les enfants et les simples, s'il n'y a aucune différence entre les individus sous le rapport du mérite, puisqu'ils en seront tous absolument dépourvus au sortir de cette vie, pourquoi n'y en auraitilpas relativement aux perfections que
(1) Les théologiens intendant toujours par ks mots gloire, glorification, bienheureux, vision intuitive, béatitude céleste, etc., l'eut dont on joint dans le ciel de Jésus-Christ (note qui existait).
(ï) On peut lire ces articles dans nos harmonies, et le morceau du P. Bail, indiqué, dans l'art, de içetto uilicaiion nouvelle : vie ETERMEU.B (les états divers la) (1873).
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la bofntédeDieu aura pu leur départir, en des sommes diverses, dès leur origine? La beauté générale du plan nous paraît réclamer cette variété comme les autres.
« Il suit de la théorie que nous venons d'exposer, que l'univers des âmes immortelles formera, dans la maison du Père, sous le rapport de leur état devant le bien souverain, comme une immense échelle divisée en plusieurs parties distinctes, et chaque partie divisée en autant d'échelons qu'il y aura d'âmes.
« Les bons chrétiens occuperont toute la partie la plus élevée, avec le Christ au sommet.
« Les baptisés morts avant l'âge de raison viendront à leur suite. »
« Les bons infidèles leurs succéderont dans leur demeure à part.
« Lesnon-baptisésmorts avant l'âge de raison occuperont les dernières places dans cette demeure.
« Les mauvais infidèles formeront la première série des états de remords.
« Et les mauvais chrétiens formeront la seconde.
« N'oublions pas que, dans chaque série, chacun a son échelon parfaitement mesuré sur ses prérogatives reçues ou acquises, et bonnes ou mauvaises en ce qui regarde celles qui sont acquises, en sorte que la transition d'une série à une autre se fera par deux individus qui ne seront pas, sans doute, dans des états aussi différents que l'imagination porterait! le croire.
« Quoi de plus juste, de plus raisonnable et de plus beau que cette organisation des créatures humaines!
c'est l'harmonie la plus grandiose que nous puissions concevoir . Or, elle nous parait renfermée tout entière dans ce dogme, si souvent rappelé, qu'au delà du tombeau tout sera pesé dans la balance de la plus exacte justice.
« VI. Il ne faut pas oublier de faire entrer dans la série des causes de ces divers états les deux grandes révolutions du monde moral, la déchéance et la rédemption, ainsi que nous l'avons fait, sans quoi l'utopie ne serait pas orthodoxe. Si le genre humain s'était développé sans qu'il survint aucune déchéance dans aucune
des phases de sa durée, il n'y aurait eu d'autre classification que celle des individus fondés sur les ditlerences de perfection entre eux. Il n'y aurait pas eu, non plus, au moins probablement, de noces du Fils incarné, quoi qu'en aientpensé autrement plusieurs Pères de l'Fglisc et plusieursphilosophes.il y aurait eu un festin du Père, du Fils et de l'Esprit sur lequel la révélation ne fournit pas les données suffisantes pour qu'on en puisse raisonner. C'est la chute de l'humanité qui est venue donnerlieu a la divisoin de la maison du Père que nous avons exposée.
A-t-elle été, pour l'ensemble, un mal ou un bien? c'est encore ce qu'il nousest impossible de dire, quoique nous ayons, devant nous, les eilbrts de génie de Leibnitz et de Malebranche pour prouver qu'elle fut un bien dans ses résultats, et même un bien nécessaire à la réalisation du plus beau des univers possibles. Nous serions, au reste, assez de l'avis de ces Pères de l'Eglise qui, en adorant le mystère du Christ et en admirant la manière dont la sagesse infinie a retourné, à notre avantage, les conséquences delà chute, s'écriaient : « Heureuse faute! » « L'Eglise, dès le principe, n'entra point dans les détails de la classification des âmes; elle se contenta de diviser l'échelle en deux parties ; l'une supérieure renfermant la catégorie des chrétiens qui se sont sanctifiés, et celle des enfants et des simples qui n'ont été sanctifiés que par le baptême; l'autre inférieure renfermant les quatre compartiments extérieurs ou la république de Jésus-Christ; elle nomma la première partie le ciel par allusion au firmament qui estau-dessus de nos têtes, et la seconde l'enfer par allusion à l'intérieur de la terre qui est en bas. La raison qui la détermina à s'arrêter là dans la classification, c'est l'importance infinie qu'elle mettait et qu'elle mettra toujours à attirer les hommes dans la voie qui mène au festin de Jésus Christ ; en dehors de ce festin sont les ténèbres extérieures relativement à la grande lumière qui y règne, bien que, dans ces ténèbres relatives, se développent aussi des illuminations qui rendent heureux en des degrés inférieurs.
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« Telle fut donc la première division qu'adopta l'Eglise appelant salut, béatitude, vision face à face, etc., l'état des convives de Jésus, et dam ou damnation, c'est-à-dire perte ou absence de cette gloire, l'état de toutes les autres âmes. . .
« Mais bientôt, cette division ayant donné lieu à des confusions fâcheuses et à des discussions graves sur le sort des enfants morts sans baptême et des infidèles négatifs, c'esi-à-dire ayant vécu selon les prescriptions de leur conscience qui est leur loi à eux-mêmes d'après saint Paul, ipsi sibi sunt lex, (Rom., il, 14.) il se trouva de grands hommes dans l'Eglise, qui, pour ôter une confusion dont les ennemis du catholicisme pouvaient grandement profiter, ne voulurent plus nommer enfer que les deux séjours les plus inférieurs, celui des mauvais infidèles et celui des mauvais chrétiens, laissant les deux autres sans dénomination ou leur cherchant des noms de pure fantaisie. Les théologiens de cette opinion se sont peu à peu multipliés, et maintenant on peut dire que l'Église n'entend guère, par enfer, que le séjour des méchants soit chrétiens soit infidèles, continuant d'appeler ciel le séjour des élus de Jésus-Christ, soit enfants soit adultes, et ne s'occupant pas d'attribuer officiellement un nom au ciel des bons infidèles et des enfants morts sans baptême, bien qu'elle laisse s'accréditer, de plus en plus, parmi les peuples chrétiens, celui de Limbes, qui restera très-probablement à cet heureux séjour (1).
« C'est ainsi que l'Eglise, sans entrer dans les détails, accepte volontiers les conclusions où la raison nous a conduits, en se traînant scrupuleu-
(1) D'après le décret du concile de Florence, qu se borne à signaler les deux grandes divisions, du ciel de J.-C. et do ce qui en en dehors, ou de la récompense surnaturelle et de la privation de cette récompense, qui est une peine relativement aux destinées primordiales de l'humanité en général, mais peine qui peut n'êlre pas sentie, ni même connue pour telle, par ceux qui sont dedans, d'après ce décret, ce ne serait ni ciel ni limbes qu'il faudrait appeler les demeures dont nous parlons ici, mais enfer. Les mots ne font rien aux eho es, lorsq'i on en emploie de différents pour signifier des i lioses identiques. (1873).
sèment sur l'idée de justice » (1). Le Nom.
DEMI-ARIENS. Voyez Ariens.
DÉMON, esprit, génie, intelligence Le nom grecSaîiiuv vient de SaUo, connaître ; il signifie un être doué de connaissance: ainsi ce terme n'a rien d'odieux dans son origine. Un préjugé universellement répandu chez tous les peuples a été de croire toute la nature animée, remplie de génies ou esprits qui en dirigeaient les mouvements. Comme on leur supposait une force et des connaissances supérieures à celles de l'homme, que l'on éprouvait de leur part du bien et du mal, on crut que ces génies étaient les uns bons, les autres mauvais ; on en conclut qu'il fallait, par des respects, par des prières, par des offrandes, gagner l'affection des premiers, apaiser la colère et la malignité des seconds. Delà le polythéisme, l'idolâtrie, les pratiques superstitieuses, la divination, etc. Voyez Paganisme.
Cette opinion ne fut pas seulement celle du peuple et des ignorants, mais celle des philosophes, des pythagoriciens, des platoniciens, des Orientaux. Tous admirent des dieux, des génies oudes démons de plusieurs espèces, des esprits mitoyens entre la diviuité et l'âme humaine, les uns bons, les autres mauvais. Il parait que ces philosophes ne regardaient pas ces êtres comme de purs esprits, mais comme des intelligences revêtues au moins d'un corps aérien et subtil; quelques-uns les croyaient mortels, d'autres les supposaient immortels, et on leur attribuait une nature et des inclinations à peu près semblables à celles des hommes. Sur un fait aussi obscur et auquel l'iaiamagination avait la plus grande part les opinions ne pouvaient pas être uniformes. On voyait dans l'univers une infinité de phénomènes, qu" n'était pas possible d'expliquer par un mécanisme ; d'autre côté, l'on ne concevait pas que Dieu les produisit
(1) La bonté vient apporter son influence. On ne comprendra bien tout le système que quand on un lu tous les autres articles indiqués dans In prenne uote1 p. 48b. (1873).
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immédiatement par lui-même, quelques-uns ne s'accordaient pas avec ses divines perfections : l'on était donc forcé de recourir à des agents intermédiaires plus puissants que l'homme, mais inférieurs à Dieu.
Les Juifs trouvaient cette opinion fondée sur les livres saints ; l'on y voit la distinction d'esprits des deux espèces; les uns, bons et fidèles àDieu, sont nommés ses anges ou ses messagers; les autres, méchants, sont représentés comme ennemis des hommes. A la vérité, Moïse n'en parle pas dans l'histoire de la création; mais il nous apprend que la première femme fut engagée à désobéir à Dieu par un ennemi perfide, caché sous la forme du serpent. Gen., c. 3, f 1. Dans le Deut., c. 32, j^ 17, il dit que les Israélites ont immolé leurs enfants aux esprits méchants et malfaisants, sehedim ; le psalmiste en dit autant, Ps. 106, v 37; toutes les anciennes versions traduisent ce terme démons. Dans le livre de Job, c. 1, v 12, Satan, ou l'ennemi auquel Dieu permet d'aflliger ce saint homme, est un esprit malin ; le prophète Zacharie, c. 3, v 1 et 2, le nomme aussi Satan. C'est le synonyme du grec ôbêtAo? celui qui nous croise et nous traverse. III Reg., c. 22, v 21, Dieu permet à un esprit menteur de se placer dans la bouche des faux prophètes. C'est un démon qui tue les sept premiers maris de Sara. Tob. , c. 3, v 18.
Quelques incrédules ont assuré que les Juifs n'avaient aucune idée des démons avant d'avoir fréquenté les Chaldéens ; mais les livres de Moïse, celui de Job, ceux des Rois, ont été écrits longlemps avant que les Juifs pussent consulter les Chaldéens, et dans un temps où ces deux peuples étaient ennemis déclarés. Job, c. 1, f 17. Est-ce chez les Chaldéens que les Chinois, les Nègres, les Lapons, les Sauvages de l'Amérique, ont puisé la notion des esprits bons ou mauvais? Cette idée est commune à tous les peuples ; elle ne leur est pas venue par emprunt, mais par l'inspection des phénomènes de la nature, et par la révélation primitive (1).
(1) La notion des bons et des mauvais génies se
Dans le Nouveau Testament, le nom de démons est toujours pris en mauvaise part, excepté Act., c. 18, J 18; partout ailleurs il signifie un esprit méchant, ennemi de Dieu et des hommes. Jésus-Christ et ses apôtres lui attribuent les grands crimes, l'incrédulité des Juifs, la trahison de Judas, l'aveuglement des païens, les maladies cruelles, les possessions et les obsessions. Ils le nomment le père du mensonge, le prince de ce monde, le prince de l'air, l'ancien serpent, Satan ou le diable ; ils nous font entendre qu'il était l'objet du culte des païens. 1 Cor., c. 10, f 20, etc. Jésus-Christ souffrit d'être tenté par le démon, mais il le chassait du corps des possédés, et il donna le même pouvoir à ses disciples ; il déclara que, par sa mort, le prince de ce monde serait chassé et désarmé, etc. Saint Pierre, saint Jude et saint Jean nous apprennent qne les démons sont des anges prévaricateurs que Dieu a chassés du ciel, qu'il a précipités dans l'enfer, où ils sont tourmentés, et qu'il les réserve pour le jour du jugement. II Petr. c. 2, jî' 4, Jud., $ 6; Apoc, c. 12, j* 9; c. 20, f 2, etc.
L'opinion des Juifs, qui attribuaient au démon les maladies extraordinaires et terribles, comme l'épilepsie, la catalepsie, la frénésie, les convulsions des lunatiques, etc., n'était donc pas absolument mal fondée; loin de la combattre, Jésus-Christ l'a plutôt confirmée, en commandant aux démons de sortir des corps, eu leur permettant de s'emparer d'un troupeau de pourceaux, en donnant à ses disciples le pouvoir de les chasser, en attribuant à ces esprits impurs des discours et des actions qui ne pouvaient pas convenir à des hommes. Si cette persuasion des Juifs avait été une erreur, Jésus-Christ, sagesse éternelle, envoyé pour instruire les hommes, n'aurait pas voulu les y entretenir ; il aurait cherché plutôt à les détromper. Les Pères de
rapporte évidemment à la distinction des bons et des mauvais anges, qui fait partie des dogmes de la révélation primitive Voyez l'article Aisge.
Goi'SSET.
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l'Eglise ont fait remarquer qu'à la venue du Sauveur, Dieu avait permis au démon d'exercer sou empire et sa malignité d'une manière plus sensible qu'auparavant, parce que la victoire éclatante que Jésus-Christ et ses disciples devaient remporter sur lui, était le moyen le plus capable de confondre les sadducéens, de dissiper l'aveuglement des païens, de leur apprendre que le démon était l'ennemi de leur salut, et non une divinité digne de leur culte ; c'est en effet ce qui est arrivé.
Aussi, en faisant l'apologie du christianisme, et en écrivant contre les philosophes, les Pères de l'Église ont souvent insisté sur ce point ,• ils ont fait valoir contre les païens le pouvoir qu'avait tout chrétien de chasser le démon du corps des possédés, de déconcerter ses prestiges et les opérations des magiciens, de le forcer même à confesser ce qu'il était. Nous ne voyons pas qu'aucun des défenseurs du paganisme ait essayé de répondre à cet argument.
Cependant l'on en fait aujourd'hui un crime aux Pères de l'Eglise : Ils ont cru, comme les païens, disent nos critiques modernes, que les démons étaient des êtres corporels, qu'ils recherchaient le commerce des femmes, qu'ils étaient avides de la fumée ^ des victimes et des parfums, que c'était pour eux une espèce de nourriture, qu'ils excitaient les persécuteurs à sévir contre les chrétiens, parce que ceux-ci travaillaient à faire retrancher les sacrifices et les offrandes .
Ainsi ont pensé saint Justin, Tatien, Minutius-Félix, Athénagore, Tertullien, Julius-Firmicus, Origène, Synésius, Arnobe, saint Grégoire de Nazianze, Lactance, saint Jérôme, saint Augustin, etc. Ce préjugé a fait conserver dans le christianisme une partie des superstitions du paganisme, les conjurations, les exorcismes, la confiance aux formules de paroles, conséquemment la théurgic, la magie, les sortilèges, les amulettes, etc.
Cette plainte, qui retentit dans les écrits des plus habiles protestants, est-elle sensée?
1° La divination, les sortilèges, la magie, la confiance aux paroles effi-
caces, la croyance aux enchantements et aux amulettes, régnaient parmi les païens avant la naissance du christianisme ; ou les retrouve encore chez les nations ignorantes et barbares, d'un bout de l'univers à l'autre. Ce ne sont certainement ni les philosophes platoniciens, ni les Pères de l'Eglise qui les y ont fait éclore ; ainsi la conjecture de nos savants critiques est fausse à tous égards. Les Pères se sont opposés de toutes leurs forces à tous ces abus, ils en ont fait rougir les philosophes de leur temps : c'est donc une injustice et une absurdité de prétendre que les Pères ont contribué à les entretenir ; nous soutenons, au contraire, qu'ils ne pouvaient mieux s'y prendre pour les déraciner.
2° En effet, que devaient-ils faire?
Fallait-il soutenir, comme les épicuriens, les sadducéens et les matérialistes, que les démons sont des êtres imaginaires; que, s'ily en a, ils n'ont aucun pouvoir, qu'ils ne peuvent agir ni sur les hommes, ni sur la nature? Il fallait donc contredire l'Ecriture sainte, blâmer la conduite de Jésus-Christ et des apôtres, 3'exposcr à la dérision des philosophes, qui avaient puisé dans les écrits des anciens leur croyance sur l'existence et sur la nature des démons, et qu'il était impossible de réfuter par des arguments philosophiques. Nos savants disputeurs y auraient encore moins réussi que les Pères. Le plus court était donc de s'en tenir aux leçons et aux exemples de Jésus- Christ et des apôtres, qui ont exorcisé, chassé et confondu les démons, puisqu'encore une fois les philosophes n'ont pu rien opposer à ce fait incontestable. Si c'est une superstition, ce ne sont pas les Pères qui en sont les auteurs, mais Jésus-Christ et les apôtres. Aussi les incrédules, meilleurs logiciens que les protestants, ne s'en prennent pas aux Pères de l'Eglise,mais à Jésus-Christ lui-même; et c'est ainsi qu'en toutes choses les protestants sont les précepteurs des incrédules. Mosheim, dans ses Notes sur Cudworth, c. 5, § 82, fait vainement tous ses efforts pour prouver que ce qu'il dit contre les Pères ne
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favorise point les incrédules. Luimême, § 84 et 89, est forcé d'avouer qu'il n'y a aucune raison démonstrative qui prouve que jamais Dieu n'a permis au démon de rendre aucun oracle, ni de faire aucun prodige pour confirmer les païens dans leur fausse religion. Donc il a tort de blâmer les Pères.
3° Supposons que les Pères ont mal raisonné sur les passages de l'Ecriture sainte, où il est question des opérations corporelles des démons, qu'ils ont eu tort d'attribuer à ces esprits des corps légers, les goûts et les inclinations de l'humanité. Cette erreur, purement spéculative sur une question très-obscure, ne déroge à aucun dogme de la foi chrétienne ; il ne s'ensuit pas que les démons sont, par leur nature, des êtres matériels, ou sortis du sein de la matière ; mais qu'ils ont besoin d'être revêtus d'un corps subtil, lorsque Dieu leur permet d'agir sur les corps.
4° Nous savons très-bien que, dans toutes les questions philosophiques ou autres, il y a un milieu à garder; mais nous ne voyons pas que les protestants l'aient mieux trouvé que les Pères. Sur la fin du dernier siècle, Becker, ministre protestant, fit un livre intitulé Le monde enchanté, où il entreprit de prouver que les esprits ne peuvent agir sur les corps ; que tout ce que l'on dit de leurs apparitions, de leurs opérations, de la magie, des sorciers, des possédés, etc., sont ou des délires de l'imagination, ou des fables forgées par des imposteurs pour tromper les ignorants; que le démon, depuis sa chute, est renfermé dans les enfers, d'où il ne peut sortir pour venir tenter ni tourmenter les hommes. Cet auteur fut non-seulement censuré par le consistoire d'Amsterdam, et interdit de ses fonctions, mais réfuté par plusieurs protestants. On lui fit voir qu'il tordait le sens des passages de l'Ecriture sainte pour les ajuster h son système, qu'il accusait d'imposture les personnages les plus respectables, que ses principes louchant l'infiuence des esprits sur les corps allaient droit au matérialisme. Cela n'a pas empêché que Becker ne trou-
vât des imitateurs et des défenseurs, soit en Hollande, soit en Angleterre.
Si les Pères ont donné dans l'excès opposé, ils sont beaucoup plus excusables que tous ces raisonneurs, qui se jouent de l'Ecriture sainte comme il leur plaît. Nous examinerons leurs raisons dans l'article suivant.
On objecte que Dieu ne peut pas permettre aux démons de nuire à des créatures qu'il destine au bonheur. Il ne peut pas, sans doute, leur laisser une liberté absolue et sans bornes, telle que les païens l'attribuaient à leurs prétendus dieux ou démons ; il restreint cette liberté et ce pouvoir comme il lui plaît ; il donne à l'homme, par sa grâce, les forces nécessaires pour combattre et pour vaincre. Il n'est pas plus indigne de Dieu de punir les pécheurs, ou d'éprouver les les justes par les opérations du démon, que de le iaire par les fléaux de la nalure. En général, les lumières de la philosophie sont trop courtes pour savoir ce que Dieu peut ou ne peut pas permettre ; c'est à lui de nous apprendre ce qu'il fait et ce que nous devons croire.
Depuis que Jésus-Christ a détruit, par sa mort, l'empire du démon, il ne convient plus d'exagérer le pouvoir de cet esprit impur, surtout à l'égard d'un chrétien consacré à Dieu par le baptême, et soustrait ainsi à la puissance des ténèbres ; celte imprudence est capable de produire deux effets pernicieux : l'un de persuader aux imaginations faibles que le démon les obsède; l'autre de leur faire conclure que leurs péchés ne sont pas libres... « Chacun, dit saint Jacques, » est tenté par sa propre convoitise... » Résistez au démon, et il s'enfuira.»
» Ch. I, f 14; c. 4, $ 7. » Jésus- » Christ, dit saint Clément d'Alexan- » drie, nous a délivrés, par son pré- » cieux sang, des maîtres cruels » auxquels nous étions autrefois as- » sujettis, en nous délivrant de nos » péchés, à cause desquels les ma- » lices spirituelles nous dominaient.»
Eclog. Prop. 20. Saint Augustin enseigne que quand l'Ecriture nous exhorte a. résister au démon, et à combattre contre lui, elle entend que nous devons résister à nos passions
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et à nos appétits déréglés, parce que c'est là que le démon nous subjugue.
De agone Christ., n. 1 et 2.
La rêverie de l'Anglais Gale, qui a prétendu que l'idée du démon et de ses opérations a été formée sur la.
notion du Messie, est trop absurde pour qu'elle vaille la peine d'être réfutée. Dans l'histoire de la chute de l'homme, l'Ecriture fait mention du tentateur, avant de parler, du Fils de la femme, qui doit lui écraser la tète. Les Juifs ont eu la notion des génies ou esprits, soit bons, soit mauvais, dès qu'ils ont commencé à connaître les prétendus dieux de leurs voisins, et ces êlres réels ou fantastiques n'avaient aucun rapport au Messie. Les divinités cruelles auxquelles ces Juifs, devenus païens, immolaient leurs enfants, n'étaient certainement pas amies des hommes; on ne pouvait les envisager autrement que comme des démons malfaisants, ni leur offrir ces sacrifices abominables par un autre motif que par la crainte de leur' colère.
On ne doit pas faire plus de cas du reproche des incrédules modernes, qui ont dit qu'en admettent un ou plusieurs démons, appliqués à traverser les desseins de Dieu et à nuire aux hommes, on adopta l'erreur des manichéens, et que le manichéisme est ainsi la base de toutes les religions. Les manichéens supposaient deux principes étemels, incréés, indépendants, l'un bon, l'autre mauvais ; ce dernier n'a aucune ressemblance avec les esprits créés de Dieu, qui sont devenus méchants par leur faute, que Dieu punit, et dont il réprime le pouvoir comme il lui plaît.
Dissert, sur les bons et les mauvais Anges, Bible d'Avignon, t. 13, p. 255.
Bekgier.
DÉMONIAQUE, possédé, homme dont le démon s'est emparé, qu'il fait agir et qu'il tourmente. On distingue la possession d'avec l'obsession:
par la première, le démon agit au dedans de la personne de laquelle il s'est rendu maître ; par la seconde, il agit seulement au dehors. Les possédés sont aussi appelés énerguménes, c'est-à-dire agités au dedans.
Nous avons vu, dans l'article pré codent, que Becker et d'autres incrédules, ont soutenu que le démon ne peut agir sur le corps; que toutes ses prétendues opérations sont illusoires; qu'il n'y eut jamais, par conséquent, ni possession, ni obsession réelle ; qne les démoniaques sont des hommes dont le cerveau est troublé, qui s'imaginent faussement être tourmentés par le démon, que c'est une maladie très-naturelle, qui doit être guérie, non par des exorcismes, mais par les remèdes de l'art : il parait que c'est le sentiment commun des protestants à l'égard de tous les démoniaques modernes ; conséquemment ils tournent en ridicule les exorcismes de l'Eglise. Cette opinion est déjà suffisamment réfutée par les passages de l'Ecriture sainte que nous avons déjà cités, touchant le pouvoir et les opérations des démons en général ; mais ce qui regarde les démoniaques ou possédés a été solidement traité dans une dissertation sur ce sujet, qui remplit le troisième volume de l'ouvrage de Stackouse sur le sens littéral de l'Ecriture sainte, etc. Sans nous assujettira la copier, nous donnerons d'abord les preuves de la réalité des possessions, nous répondrons ensuite aux objections par lesquelles on a voulu éluder les conséquences de ces preuves.
1° Comme les protestants ne tiennent point pour authentique le livre de Tobie, ils ont passé sous silence ce qui y est dit du démon qui obsédait Sara, fille de Raguel, c. 3, f 8, c. 6, ? 8;c. 8, f 3; c. 12, f 14; mais le sentiment des protestants n'est pas une loi pour nous : il résulte de cette histoire que c'était véritablement un démon, nommé Asmodée, qui affligea cette vertueuse fille, qui mit à mort les sept premiers hommes qui l'épousèrent, et qu'elle en fut délivrée par l'ange Raphaël.
Lorsque les Juifs accusèrent Jésus- Christ de chasser les démons par le pouvoir de Béelzébub, prince des esprits de ténèbres, il leur répondit : « Si Satan se chasse lui-même, il est » donc son propre ennemi; comment » son empire se soutiendra- t-il ? Si je » chasse les démons par Béelzébub,
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» par qui vos enfants les chassent-ils? » Pour cela même ils serviront à votre » condamnation ; si au contraire je » les chasse par l'esprit de Dieu, le » royaume de Dieu vous est donc ar- » rivé... Lorsque l'esprit impur est » sorti de l'homme, il est errant et » ne trouve point de repos ; il dit : » Je retournerai dans le séjour d'où » je suis sorti ; il prend avec lui sept » autres esprits plus méchants que « lui ; ils y rentrent et y habitent ; le » dernier état de cet homme devient » pire que le premier.» Matth.. c.12, f. 26,43.
Le Sauveur parle et commande aux démons, ils lui répondent et obéissent, ils confessent qu'il est le Fils de Dieu. Lorsqu'il veut les chasser du corps d'un possédé, ils lui demandent de ne pas les renvoyer dans l'abîme, mais de leur permettre d'entrer dans un troupeau de pourceaux ; Jésus y consent, et le troupeau va se jeter dans les eaux. Luc. c. 8 f. 27.
Il donne à ses apôtres le pouvoir de guérir les maladies et de chasser les démons, c. 9, f. 1 ; quelque temps après ils lui disent : « Seigneur, les » démons nous serontsoumis en votre » nom; il leur répond : J'ai vu tomber » Satan du ciel comme l'éclair. » Ch.
10, f. 17. Il promet que ceux qui croiront en lui auront le même pouvoir, il le distingue formellement d'avec celui de guérir les maladies Marc, c. 16, f. 17.
Si les possessions sont des maladies naturelles, Jésus-Christ, par ses discours et par sa conduite, confirme le faux préjugé dans lequel étaient les Juifs, que c'était véritablement un esprit malin qui faisait agir et souffrir les démoniaques ; il induit ses apôtres en erreur, et il travaille à faire durer l'illusion parmi tous ceux qui croiront en lui : ce procédé serait indigne du Fils de Dieu, qui était la sagesse et la vérité même, et qui avait promis à ses apôtres que le Saint- Esprit leur enseignerait toute vérité.
2° Les apôtres ont pris à la lettre ce que leur Maflre avait dit touchant les démoniaques ; et ils ont, à son exemple, exorcisé et chassé les démons. Dans la ville de Phiiippes, saint Paul guérit par un exorcisme, au
nom de Jésus, une fille possédée, qui procurait à ses maîtres un gain considérable en découvrant les choses cachées ; il dit au mauvais esprit : « Je » te commande, au nom de Jésus- » Christ, de sortir de cette fille; et le » démon sortit sur-le-champ. »Act., c. 16, ^16. Saint Paul fut maltraité pour avoir fait ce miracle, et il en opéra un semblable à Ephèse, cap. 19, f 12 et 1 S. Si la connaissance que cette fille avait des choses cachées était un talent naturel, ou un artifice, comment un exorcisme fait par saint Paul a-t-il pu le faire cesser?
3° L'on ne peut récuser le témoignage unanime des Pères des quatre premiers siècles, sans donner dans un pyrrhonisme absurde ; ils attestent constamment que les exorcistes chrétiens chassaient les démons du corps des païens qui en étaient possédés, qu'ils forçaient ces esprits impurs d'avouer ce qu'ils étaient ; les Pères prennent à témoin de ces faits les païens eux-mêmes ; ils disent que plusieurs d« ceux qui ont été ainsi guéris se sont faits chrétiens. L'on ne peut supposer ici ni influence de l'imagination, puisque ces possédés, étant païens, ne pouvaient avoir aucune confiance aux exorcismes des chrétiens ; ni collusion entre eux et les exorcistes pour favoriser les progrès du Christianisme ; ni maladie naturelle, puisqu'alors des paroles n'auraient pas pu la guérir ; ni crédulité, ni exagération, ni mensonge de la part des Pères, puisqu'ils parlaient de laits publics, et qu'ils invitaient leurs ennemis à venir s'en convaincre par leurs propres yeux.
Saint Félix de Noie, atteste qu'il a vu un possédé marcher contre la voûte d'une église, la tête en bas, sans que ses habits fussent dérangés, et que cet homme fut guéri au tombeau de saint Félix. « J'ai vu, dit Sul- » pice Sévère, un possédé élevé en » l'air, les bras étendus, à l'approche » des reliques desaint Martin.» Dial, 3, c. 6. Voilà des témoins oculaires qu'il est difficile de réfuter, ut des faits que nos adversaires ne parviendront pas à concilier avec leur système.
Encore une fois, il est absurde de vouloir soutenir, contre les incrédules
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que tout ce qui a été dit par les écrivains du Nouveau Testament est vrai, et que ce qui a été attesté par les Pères est faux.
4° Au témoignage des Pères, nous pouvons ajouter celui des auteurs profanes. Fernel, médecin de Henri II, et Ambroise Paré protestant, font mention d'un possédé qui parlait grec et latin, sans avoir jamais appris ces deux langues. On pourrait citer d'autres exemples de même espèce.
Cudworth, Syst. întell., c. 5, § 82, en ; allègue plusieurs.
Voilà des preuves positives; que 4 peuvent y opposer nos adversaires?
Des conjectures, de prétendues probabilités, des suppositions sans fondement.
Pour se débarrasser de l'Ecriture sainte, ils disent que chez les Juifs, comme chez les païens, démon signifiait seulement génie, fortune, sort bon ou mauvais, malheur, maladie ; que la mélancolie noire, l'épilepsie, la frénésie, les attaques de folie périodique, sont appelés dans l'Ecriture mauvais esprits : Jésus-ChrLt, ajoutent-ils, par condescendance, parlait comme le peuple ; il se conformait à l'imagination blessée des malades, afin de les guérir plus aisément ; il ne disputaitpas sur les termes, il guérissait. Il ne fallait pas moins un pouvoir divin pour guérir des maladies naturelles par une parole, ou par un simple attouchement, que pour chasser les démons : le miracle est égal dans l'un et l'autre cas.
Mais les Juifs ni les païens, se sontils jamais avisés d'appeler une maladie naturelle Satan, diable, Béehébub, prince des démons, légion des démons, esprit impur, de lui adresser la parole, de supposer que c'est un personnage qui parle et qui agit, comme fait Jésus-Christ dans vingt endroits ? Il n'était pas question de disputer, mais de ne pas induire en erreur les Juifs, les malades, les apôtres, et tous les croyants. Icil'erreur était pernicieuse, puisque, selon nos adversaires, elle a introduit dans l'Eglise les superstitions païennes. Jésus-Christ, revêtu de la toute-puissance divine, avait-il besoin de tromper l'imagination des malades pour la guérir? II ne s'agit
pas de savoir si les miracles de Jésus- Christ étaient plus ou moins grands, mais si les discours et la conduite qu'on lui prête s'accordent avec la sincérité qu'il recommandait luimême, avec la charité d'un médecin tout-puissant, avec la sagesse et la.
sainte lé divine; et nous soutenons que cela ne se peut pas.
On ne justifiera pas mieux la conduite des apôtres. Dès qu'ils avaient reçu le Saint-Esprit et le pouvoir de faire des miracles, pourquoi exorciser les dénions, et leur commander au nom de Jésus-Christ ? Il ne leur en aurait pas coûté davantage pour guérir les démoniaques sans cérémonie. Saint Pierre, Act., c. 10, f 38, dit que Jésus-Christ a guéri tous ceux qui étaient opprimés par le diable.
Saint Paul emploie indifféremment les mots démon, Satan, diable, pour signifier l'esprit malin ; il lui attribue les prestiges, les tentations, les obstacles au progrès de l'Evangile, et les maladies corporelles; I Cor., c. 5, f 5, il menace un pécheur public de le livrer à Satan, pour faire mourir en lui la chair et sauver l'esprit. Si les apôtres n'ont entendu par là que des maladies naturelles, ces façons de parler sont inexcusables.
Pour éluder le témoignage des Pères, leurs censeurs ont dit que les Pères, imbus du platonisme, étaient, sur le pouvoir et sur l'opération des démons, dans le même préjugé que les peuples ; que la plupart croyaient les démons corporels, qu'ils attribuaient les opérations dont ils parlent au pouvoir naturel des démons, que probablement ils ont exagéré les faits. Ainsi ont raisonné non-seulement les incrédules elles protestants, mais encore les défenseurs des convulsions qui se faisaient à Paris pour accréditer des erreurs condamnées par l'Eglise.
Nous prétendons au contraire que les Pères ont puisé dans l'Ecriture sainte, et non dans Platon, l'opinion qu'ils ont eue touchant le pouvoir et les opérations du démon, puisqu'ils citent l'Ecriture sainte, sans faire aucune mention de Platon ni de sa doctrine. Ce n'est point le platonisme qui leur a suggéré le sens qu'ils ont
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donné à l'Ecriture sainte, mais la force et l'énergie des termes tels qu'ils sont, et la comparaison des divers passages. Que les Pères aient cru les démons corporels ou incorporels, qu'ils leur aient attribué un pouvoir naturel ou surnaturel, cela ne fait rien à la question ni à la réalité des faits qu'ils ont attestés, et dont ils ont pris leurs ennemis mêmes à témoin. Dire qu'ils les ont exagérés, c'est suspecter leur sincérité sans raison et sans fondement ; ceux qui les accusent leur prêtent le défaut dont ils sont euxmêmes atteints et convaincus.
Ce qu'ils allèguent contre les attestations des médecins et des naturalistes n'est pas plus solide ; ils disent que ces auteurs étaient mal instruits, et qu'on l'est beaucoup mieux aujourd'hui. Depuis que la médecine s'est perfectionnée, on ne voit plus de possessions que parmi les peuples superstitieux, et cet accident n'arrive qu'à des personnes d'un esprit faible et d'un tempérament mélancolique.
Lorsque des hommes se sonterus changés en loups, em bœufs, être de verre ou de beurre, etc., on n'a pas attribué cette maladie au démon, mais à une bile noire, à une chaleur excessive de cerveau, et au dérèglement de l'imagination ; ils ont été guéris par des remèdes : on réussirait de même à l'égard des possédés ou démoniaques.
Nous n'avons garde de contester les progrès de la physique et de la médecine ; cependant nous ne voyons pas que Ton guérisse beaucoup mieux les malades qu'autrefois, ni que l'on soit parvenu à faire vivre les hommes plus ^longtemps. Que prouvent les faits que l'on nous oppose? Qu'en ce qui regarde les possédés ou démoniaques, il y a souvent eu de l'ignorance, de la crédulité, du dérangement, de l'imagination, quelquefois de l'imposture et de la fourberie; on en a vu des exemples dans tous les siècles, même dans le nôtre; toutrécemment lesexorcismes de Gasner ont fait du bruit, et il n'en est plus question. Mais, quand ces exemples seraient en plus grand nombre,on aurait encore tort d'enconclure en général que jamais il n'y eut rien de réel eu ce genre, et que tous ceux qui
ont attesté le contraire étaient dansl'errcur. La saine logique ne permet point de tirer une conclusion générale d'un certain nombre de faits particuliers ; il s'ensuit seulement que, dans cette matière, il faut juger avec beaucoup de circonspection, et n'y supposer du surnaturel qu'après un examen trèsréfléchi; nous verrons, dans un moment, qu'il y a des signes indubitables d'une vraie possession.
Il reste encore quelques objections à résoudre. Il est impossible, disent nos adversaires, que, sans miracle, le démon suspende les fondions de l'âme d'un possédé, et qu'il soit l'auteur de ses opérations : or, si l'on accorde au démon un pouvoir miraculeux, la preuve que l'on tire des miracles devient absolument nulle. D'un côté, si le démon avait naturellement le pouvoir de s'emparer des corps, il remplirait le monde de possédés et de possessions ; de l'autre, si Dieu voulait le lui permettre, il ne le ferait sans doute qu'à l'égard de quelques impies pour les punir : or, nous voyons que cette maladie est arrivée à des personnes très-innocentes. Enfin, quand l'efficacité des exorcisnies de l'Eglise serait incontestable, elle ne prouverait encore rien, puisqu'il y a eu des exorcistes dans toutes les religions, vraies ou fausses ; il y en avait chez les Juifs, l'Evangile atteste qu'ils réussissaient, qu'ils chassaient véritablement les démons, et Jésus-Christ ne voulait pas qu'on les empêchât, lorsqu'ils le faisaient en son nom.
Matth., c. 12 f 27 ; Mure, c. 9, t 37; Ad., c. 19, jh 13.
Nous répondons qull n'est pas nécessaire que le démon agisse sur l'âme d'un possédé pour être cause de ses opérations, il suftit qu'il dérange l'organisation du corps; Clarke, Locke, Mallebranclie, et d'autres philosophes, ontfait voir que cela est très-possible. Que ce pouvoir soit naturel ou surnaturel, peu importe, dès que le démon ne peut l'exercer sans une permission de Dieu : or, Dieu peut le permettre non-seulement pour punir des pécheurs, mais pour éprouver des justes, et c'est ainsi qu'il le permit à l'égard de Job et de Sara, fille de Raguel, dont l'Ecriture atteste la vertu. Que
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des exorcistes juifs, convaincus de la puissance de Jésus-Christ, aient chassé les démons en son nom, et que le Sauveur ne l'ait pas trouvé mauvais, cela n'est pas étonnant; mais il n'y a aucune preuve qu'ils aient réussi autrement :
on peut encore moins prouver qu'il y a eu des exorcismes efticaces dans les religions fausses, àl' égard de gens véritablement possédés.
Supposons, pour un moment, que 1 es exorcismes de l'Eglise n'ont point d' autre vertu que de calmer l'imagination de ceux qui se croient possédés, c'est encore une injustice d'en blâmer l'usage ; nos adversaires euxmêmes supposent que Jésus-Christ et les apôtres les ont employés par ce seul motif; comment peuvent-ils faire un crime à l'Eglise de suivre cet exemple ? L'Eglise n'a pas le pouvoir de faire des miracles et de guérir les maladies comme Jésus-Christ et les apôtres ; elle a donc une raison de plus de recourir aux prières. Parmi les pauvres et les ignorants des campagnes, les Esculapes ne sont pas fort communs ; l'Eglise est donc louable d'accorder aux malheureux, par charité, le seul secours qui soit en son pouvoir.
De l'aveu des physciciens et des naturalistes les plus habiles, une possession est indubitable lorsque l'on y voit quelques-uns des signes suivants :
1» lorsque les possédés ou obsédés demeurent suspendus en l'air pendant un temps considérable, sans que l'art puisse y avoir aucune part ; 2° lorsqu'il parlent différentes langues sans les avoir apprises, et répondent juste aux questions qu'on leur fait dans ces langues; 3° lorsqu'ils révèlent ce qui se passe actuellement dans des lieux éloignés, sans que l'on puisse attribuer cette co nnaissance au hasard ; 4° lorsqu'ils découvrent deschoses cachées qui ne peuvent être naturellament connues, comme les pensées, les désirs, les sentiments intérieurs de certaines personnes. Lorsqu'une prétendue possession n'est accompagnée d'aucun de ces caractères, il est trèspermis de la regarder comme fausse.
Voyez les lettres de M. de Saint-André sur les possédés, les Lettres théologiques de D. La Taste aux défenseurs des convulsions, \& Dissertation deD. Calmet
sur les obsessions et les possessions du démon, Bible d'Avignon , tome 13, p. 293.
Entre, les divers démoniaques dont l'Evangile rapporte la guérison, celui de Gadara ou Gérasa, dont il est parlé, Matth., c. 8, f 28; Marc, c. S, f IjImc, c. 8, f 26, a prêté le plus à la critique des incrédules. Les uns ont voulu en faire disparaître le merveilleux, les autres y ont trouvé du ridicule et de l'injustice. Saint Marc et saint Luc, ne parlent que d'un seul possédé; saint Matthieu suppose qu'il y en avait deux; mais saint Marc et saint Luc n'ont fait mention que du plus remarquable, avec lequel Jésus- Christ conversa, et ils n'ont rien dit de l'autre ; ce n'est pas là une contradiction. Ils disent que ce furieux brisait les chaînes dont on le garrottait, ne voulait souffrir aucun vêtement, se retirait dans les lieux déserts et les tombeaux, hurlait et se frappait à coups de pierre ; qu'il maltraitait ceux qu'il rencontrait, et répandait la terreur aux environs ; l'on sait que les Juifs enterraient souvent les morts dans les cavernes des montagnes. En voyant Jésus-Christ, le possédé s'écria:
Jésus, Fils du Dieu Très-Haut, qu'y a t-il entre vous et moi? ne me tourmentez pas. Jésusdemanda audémon:
quel est ton nom ? Je me nomme Légion, répondit l'esprit impur, parce que nous sommes ici en grand nombre, ne nous envoyez pas dans l'abîme, laissez-nous entrer dans ce troupeau de pourceaux qui pàit dans la campagne. Jésus le permit, et sur-lechamp ces animaux, au nombre de près de deux mille, allèrent se précipiter dans le lac de Génésareth. Les Geraséniens, effrayés de ce prodige, prièrent Jésus de se retirer de cette contrG6.
Cet homme, disent nos critiques, étaitun insensé qui se croyait possède d'une légion de démons; Jésus, par condescendance, lui parle sur le même ton, et lui accorde ce qu il demande. Les gardiens des pourceaux, effrayés à la vue du démoniaque, se sauvent ; les pourceaux, épouvantes decemouvement,s'enfuient d'un autre
côté, et vont se précipiter ; le démoniaque imaginaire se trouve guéri QC
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