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sa folie ; il n'y a point là de miracle. Mais de quel droit Jésus fait-il périr près de deux mille pourceaux qui ne lui appartenaient pas?
Réponse. Nous avons déjà remarqué que si la possession n'avait pas été réelle, laprétendue condescendance de Jésus-Christ aurait autorisé une erreur très-grave, et que cette conduite ne convenait pas au Sauveur du monde, qui n'avait pas besoin de feintes pour opérer des miracles; il est d'ailleurs impossible qu'une frénésie naturelle ait donné à un homme assez de forée pour briser des chaînes, et un simple mouvement de frayeur n'engage point un troupeau de deux mille animaux à se précipiter. Tout ce prétendu naturalisme est absurde.
Il ne faut pas oublier que Gadara ou Gérasa était dans la Décapole, pays qui avait fait autrefois partie du royaume de Basan, célèbre pas ses forêts de chênes, propre par conséquent à nourrir des pourceaux, et qui était païen. Comme les pourceaux étaient les victimes les plus ordinaires dans les sacrifices du paganisme, il était défendu aux Juifs non-seulement d'en manger, mais d'en nourrir et d'en faire commerce. Si le troupeau dont il est ici question appartenait à des Juifs, ils étaient transgresseurs de la loi ; Jésus-Christ, en qualité de prophète et de Messie, avait droit de les punir; s'il appartenait à des païens, le Sauveur, en exerçant un empire absolu sur les démons, démontrait l'absurdité et l'impiété du culte qu'on leur rendait; cette leçon frappante devait en désabuser lesGéraséniens; il n'y a donc ni ridicule, ni injustice. Comme ce miracle confond tout à la fois les Juifs sadducéens et les matérialistes, qui n'ont jamais cru aux esprits, les païens qui les adoraient, les philosophes incrédules qui nient la réalité des possessions, il n'est pas étonnant qu'ils soient blessés et déconcertés par cette narration de l'Evangile. Bergeir.
DÉMONSTRATION. Ce terme est souvent pris par les théologiens dans un sens différent de celui que lui donnent les philosophes. Ceux-ci entendent par démontrer, faire voir la
vérité d'une proposition par la notion claire des termes dont elle est composée : ainsi ils démontrent que le tout est plus grand que sa partie, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits : alors l'évidence de la proposition est intrinsèque, tirée de la nature même de la chose, ou de la signification des termes qui l'énoncent.
Les théologiens soutiennent qu'une proposition, qui est obscure en ellemême, peut être démontrée par des témoignages auxquels il nous est impossible de ne pas acquiescer. Ainsi ils disent que l'existence des couleurs, d'un miroir, d'une perspective, est démontrée aux aveugles-nés, quoique ces objets soient incompréhensibles pour eux, parce qu'il y aurait autant d'absurdité, de leur part, de nier cette existence qui leur est prouvée par le témoignage de ceux qui ont des yeux, qu'il y en aurait à nier une proposition démontrée en elle-même. Mais cette espèce d'évidence ou de certitude invincible , qui résulte du témoignage ; est une évidence extrinsèque et non tirée de la nature de la chose.
Dans le même sens, nous disons que la vérité des dogmes de notre religion nous est démontrée par la certitude des preuves de la révélation, ou par le témoignage de Dieu même; qu'il y aurait de notre part autant d'absurdité à les nier ou à les révoquer en doute, qu'à douter des propositions desquelles nous avons une démonstration rigoureuse, ou une évidence intrinsèque.
A l'exception des vérités de géométrie, de calcul, et de quelques principes métaphysiques, toutes les autres vérités ne nous sont démontrées que par des preuves extrinsèques. Nous sommes évidemment convaincus, par le sentiment intérieur, que notre âme remue notre corps, quoique nous ne concevions pas quelle liaison il peut y avoir entre une volonté et un mouvement. Nous sommes certains qu'un corps mû communique le mouvement à un autre, quoique nous n'apercevions pas pourquoi cela se fait, ni la liaison qu'il y a entre le mouvement de l'un et celui de l'autre ; ce phéno-
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mène nous est évident par le témoignage de nos sens. Nous sommes invinciblement persuadés de la réalité de plusieurs phénomènes physiques que nous n'avons jamais vus, dont nous ne concevons pas la cause ni le mécanisme ; nous les croyons sur le témoignage irrécusable de ceux qui les ont constatés par l'expérience.
Rien n'est donc plus absurde que de prétendre, comme font certains incrédules, qu'à l'exception des vérités démontrées en rigueur par une évidence intrinsèque, il n'y a rien de certain, d'absolument incontestable, dont il ne soit permis de douter.
Nos droits, nos possessions, notre état, nos devoirs civils et moraux, ne sont fondés que sur des démonstrations morales, sur des preuves de fait, qui ne sont point susceptibles d'une évidence métaphysique. Nous ne laissons pas d'en être invinciblement persuadés ; inutilement les philosophes entreprendraient d'ébranler cette certitude par leurs sophismes. Eux-mêmes y donnent leur confiance comme le reste des hommes ; pourquoi exigentils une plus grande certitude pour les vérités de la religion ? Le commun des hommes n'est pas fait pour argumenter, mais pour agir. Les philosophes les plus entêtés sont convenus que, s'il fallait toujours nous conduire par des raisonnements, le genre humain périrait bientôt, et que la société ne pourrait subsister. Voyez Evidence. Beegiee.
DENIER DE S. PIERRE. (Théol.
hist. génér.) — « Dès le temps du pape Damase (366 à M$, dit M.
Schrôdl, le Saint-Siège était entouré d'éclat et pourvu de richesses, et sous Grégoire le Grand (590-604) il possédait, dans toutes les parties du monde chrétien, beaucoup de domaines importants, qui mirent les Papes en état de venir à leur tour en aide aux besoins de l'Église, à des œuvres pieuses, à de nobles et saintes entreprises. Mais ce furent les rois et le peuple d'Angleterre qui se signalèrent parmi les princes et les nations en envoyant au Saint-Siège, outre des dons accidentels, le tribut annuel appelé le denier de S. Pierre. Longtemps avant