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la conquête des Normands, toute famille qui possédait un revenu annuel de 30 deniers en biens-fonds ou en bestiaux payait un denier d'argent par an, et le montant en était consciencieusement envoyé au Pape.
« Beaucoup d'écrivains ont considéré comme le premier auteur du denier de S. Pierre, Iua, roi de Wessex, qui fonda à Rome l'école des Saxons, schola Saœonum, pour de pauvres pèlerins anglais et de jeunes Anglo- Saxons, et qui mourut dans cette ville en 728 ; mais le silence de Bède et de tous les écrivains des cinq siècles suivants rend cette opinion plus que douteuse. Il y a beaucoup de raisons d'attribuer cette institution aux rois Offa et Èthelwulf. Offa, roi de Mercie, mort en 795, qui attribuait sa victoire à S . Pierre, lui promit, en son nom et en celui de ses successeurs, un tribut annuel de 300 marcs, et confirma cette promesse par un vœu solennel en présence des légats du Pape. Offa tint religieusement sa promesse, mais ses successeurs semblèrent l'avoir peu à peu négligée. Ethelwulf, père de l'illustre roi Alfred, renouvela, durant un séjour qu'il fit à Rome en 855, la promesse d'Offa, d'une rente annuelle de 300 marcs, qui serait partagée en deux portions égales entre les églises de Saint-Pierre, et de Saint- Paul, et le trésor pontifical....
« Alfred, dès qu'il eut soumis les Danois et les Normands, envoya le tribut annuel rétabli par son père, et sous le règue d'Edouard (901-924) on parlait du denier de S. Pierre comme d'une institution permanente. Les législateurs postérieurs font souvent mention de ce denier et insistent sur cette obligation traditionnelle. Henri VIII fut le premier qui l'abolit.
« On voit, dans les intéressants catalogues ajoutés par ordre de Grégoire VII aux registres de Latran, que la perception de ce tribut était confiée aux évêques de chaque diocèse, et que toute la somme s'élevait vers cette époque à peu près à 200 livres. On sait que Grégoire VII pria Guillaume le Conquérant de rétablir le denier de S. Pierre, qui était interrompu depuis plusieurs années, et qu'il fut exaucé.
Le même Pape demanda à la France
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que chaque maison remît annuellement un denier de contribution au Saint-Siège, qui avait de grands besoins à cette époque, et il en appela àl'ordre que Charlemagne avait donné jadis de prélever un impôt de ce genre dans trois villes de son royaume. »
Le Nom.
DEiNIS (Saint) l'aréopagite. 1) est dit dans les Actes des apôtres, c. 17, f 34, que saint Paul prêchant dans la ville d'Athènes, convertit Denis l'aréopagite et quelques autres personnes.
Eusèbe, Hist. ecclés., 1. 3, c. 4, et 1. 4, c. 23, nous apprend que ce disciple de l'apôtre fut fait évûque d'Athènes, et c'est une opinion constante qu'il souffrit le martyre. Pendant longtemps on l'a confondu avec saint Denis, premier évèque de Paris, et plusieurs auteurs ont soutenu que c'était le même personnage; mais on convient aujourd'hui que ce sont deux hommes qui n'ont pas vécu dans le même temps, que l'un est mort sur la fin du premier siècle, l'autre vers le milieu du troisième.
Il n'est pas moins certain que les ouvrages qui portent le nom de saint Denis l'aréopagite , ne sont pas du saint évèque d'Athènes , mais on ignore quel en est le véritable auteur; les critiques mêmes ne sont pas d'accord sur le temps précis auquel ils ont commencé à paraître : les uns pensent qu'ils ont été composés avant la lin du quatrième siècle ; d'autres, au commencement du cinquième , quelques-uns soutiennent qu'ils sont seulement du sixième. Le premier écrit authentique où il en soit fait mention, est la conférence qui se tint l'an 332, dans le palais de l'empereur Justinien, entre les catholiques et les sévériens ; ceux-ci les citèrent en leur faveur, les catholiques en soutinrent l'orthodoxie, et depuis ce temps-là plusieurs Pères de l'Eglise en ont allégué l'autorité. La Croze avait prétendu prouver que Synésius, évèque dePtolémaïde, était l'auteur de ces ouvrages. Brucker, Hist. de la philos., tome 3, pag. 807, a réfuté cette opinion; il pense que c'est la production d'un philosophe de l'école d'Alexandrie, postérieur à Synésius.
Ces ouvrages ne furent connus en Occident qu'au neuvième siècle. L'an 824, Michel le Bègue, empereur grec, en envoya une copie à Louis le Débonnaire, qui les fit traduire en latin, et ils sont devenus célèbres dans l'Eglise latine depuis ce temps-là, parce que l'on crut, parerreur, qu'ils avaient été réellement composés par les disciples de saint Paul, et que c'était le même que le premier évèque de Paris.
La dernière et la meilleure édition qui en ait été faite, est celle de Paris, de l'an 1634, en deux volumes in-folio, en grec et en latin. Ils renferment quatre traités, l'un de la Hiérarchie céleste, l'autre des Noms divins: le troisième, de la Hiérarchie ecclésiastique; le quatrième, de lathéologie mystique, et dix lettres écrites à différentes personnes. Celui de la Hiérarchie ecclésiastique est le plus utile, parce que Fauteur y rend compte des rites et des cérémonies qui étaient en usage de son temps, et l'on y voit que le secret des mystères était encore observé pour lors. C'est pour cela même que ce livre déplaît aux protestants.
Mais celui qui leur a donné le plus d'humeur, est le Traité de la Théologie mystique ; ils en ont dit tout le mal qu'ils ont pu. Si nous voulons les croire, l'auteur est un platonicien fanatique, qui a introduit dans la théologie chrétienne l'inintelligible jargon du platonisme ; qui, au lieu de la religion raisonnable de l'Evangile, afait adopter, par les imaginations vives et les esprits mélancoliques, une dévotion chimérique, qui leur a persuadé que le meilleur moyen d'élever l'âme à Dieu est d'exténuer le corps par les jeûnes, les Teilles, les prières et les macérations, et que la perfection chrétienne consiste dans une oisive contemplation: doctrine absurde, disent-ils, qui a défiguré le Christianisme, et a produit des abus infinis dans l'Eglise. Pour nous, il nous semble que cette déclamation tient un peu du fanatisme que l'on reproche au prétendu aréopagite. C'est ainsi cependant qu'en parlent Brucker, Mosheim et son traducteur. Du moins il ne fallait pas ajouter que la confusion de saint Denis de Paris avec l'aréopagite a fait une impression si du-
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rable sur l'esprit des Français, qu'on n'a jamais pu les en désabuser. Il est constant que personne n'a écrit contre cette opinion avec plus de force que les Français, et qu'il n'y a plus personne en France qui s'avise de la soutenir. Tillemont, t. 4, p. 710.
C'est une autre injustice, de la part de ce traducteur, d'ajouter de son chef que le moine Hilduin a inventé cette fable avec une hardiesse sans égale. Hilduin a pu se tromper sans avoir aucun dessein de tromper les autres; la seule ressemblance du nom a suffi pour faire confondre deux personnages très-distingués ; l'ignorance et le défaut de critique ne sont pas des preuves de mauvaise foi. Quand Hilduin serait le premier qui a écrit cette fable, il ne s'ensuivrait pas qu'il n est l'auteur.
Behgier.
DENIS (Jean-Michel-Côme). (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce Jésuite, grand littérateur allemand, naquit à Scharding on 1729, entra dans l'ordre en 1747, fut chargé d'une chaire dans le theresianum de Vienne en 1759, fut inconsolable de l'abolition de son ordre et de la fermeture du theresianum qui eut lieu en 1784, chanta, en 1799, cette abolition dans une élégie devenue fameuse en Allemagne, et mourut eh 1800 le jour de sa fête à Vienne.
« Son mérite principal, ditM. Haas, consiste dans les efforts qu'il lit pour relever la littérature nationale allemande; il y contribua par ses traductions d'Ossian, par ses chants des bardes, ses cantiques religieux, dont quelques-uns sont très-connus en Allemagne. Ses chants des bardes furent publiés à Vienne en 1772, in-8°, sous ce titre : Chants de Sined le barde (anagramme de Denis), avec un avantpropos et des notes. En 1784 parurent, en cinq volumes in-8° : Chants d'Ossian et de Sined (nouv. édition, Vienne, 1791-1792). Denis rendit d'éminents services à la bibliographie.
Il écrivit plusieurs ouvrages sur ce sujet, entre autres : Esquisses de Bibliographie ou de la Science des livres, Vienne, 1774, in-8° ; — Esquisses de l'Histoire littéraire, Vienne, 1776, in-8° ; — Introduction à la Bibliogra-
phie, t. I; Bibliographie, t. II; Hist.
litter., Vienne, 1777, 1778, gr. in-4°.
Il publia des sermons inédits de S. Augustin, tirés de manuscrits, Vienne, 1792. Il composa aussi des ouvrages théologiques et ascétiques, par exemple : Souvenirs de la foi et des mœurs chrétiennes de tous les siècles, choisis et traduits par Denis, 3 vol. gr. in-8°. — Il voulut écrire sa vie, en cinq livres : Commentarium de vita sua, libri V; mais il ne put achever que les deux premiers, allant jusqu'en 1759.
On peut encore citer parmi ses œuvres littéraires ses pièces de théâtre. Denis était en correspondance avec toutes les notabilités savantes de son temps.
Sans violer en rien la fidélité qu'il devait à l'Église et à son ordre, il était l'ami de Nicolaï, de Gleim et de Klopstock ; sans donner aucun gage à l'erreur, il savait honorer les honnêtes gens de tous les partis, et sa tolérance le faisait aimer de tout le monde. Il avait le cœur chaud, le caractère ardent, le goût fin ; son patriotisme était sincère, sa piété simple et vraie, sa droiture irréprochable ; il était d'une aimable modestie et d'une fidélité exemplaire à tous les devoirs de son état. » Le Nom.
DÉNOMBREMENT. A l'occasion de ce terme, nous avons deux faits à éclaircir.
1° Il est dit, dans le second livre des Rois, c. 24, que David lit faire le dénombrement du peuple, et qu'en punition de cette faute, Dieu fit périr par la peste soixante-dix mille âmes. Etait-ce une faute de la part d'un roi, de vouloir savoir le nombre de ses sujets? Si c'en était une, pourquoi punir le peuple de la faute de son roi?
Remarquons 1° que, selon l'historien, la colère du Seigneur continua de s'irriter contre Israël, et qu'elle excita David à faire ce dénombrement.
Si le Seigneur était déjà irrité, il fallait que le peuple fût coupable, quoique l'auteur sacré ne nous apprenne point quelle était sa faute ; il ne fut donc pas puni de la faute de son roi mais de la sienne.
2° Selon le texte hébreu et selon la version des Septante, David ne vint
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pas à bout de faire dénombrer les Jeunes gens au-dessous de vingt ans.
I Parai., c. 27, f 22. Son intention avait donc été de les faire comprendre dans le dénombrement, et l'ordre qu'il avait donné n'exceptait personne. Or, Dieu avait défendu de comprendre dans les dénombrements les jeunes gens au-dessous de vingt ans. Exod., c. 30, ? 14. David semblait se délier de la promesse que Dieu avait faite de multiplier la race d'Israël comme les étoiles du ciel.
I Parai, c. 17, f 23. Voilà pourquoi Joab représenta que le Seigneur serait irrité de ce dénombrement, lbid., c. 11, ^3. David s'obstina et voulut que ses ordres fussent exécutés.
3° Le savant Micbaôlis, dans une dissertation sur le dénombrement des Hébreux, prouve, par l'énergie dutexte original, et par la comparaison de divers passages, que le dessein de David n'était pas seulement de faire dénombrer ses sujets, mais de les faire enrôler, soit pour porter les armes, soit pour leur imposer des corvées ; que c'est pour cela qu'il en donna la commission à Joab, son général d'armée, et non à un officier civil. Cet ordre était un acte de despotisme qui devait paraître très-dur au peuple, et déplaire à Dieu.
4° Si la vulgate semble dire que la colère de Dieu excita David à commettre cette faute, elle rectifia l'expression ailleurs, et dit que ce fut un mauvais esprit qui excita David à dénombrer le peuple. I Parai., c. 21, f 1 . II. Il est dit dans saint Luc, c. 2, f I , qu'Auguste ordonna de faire le dénombrement de tout l'empire ; que ce premier dénombrement fut fait par Cyrinus, ou Quirinus, président de Syrie, et que Jésus vint au monde à cette occasion.
Les censeurs de l'Evangile objectent que les bistoriens d'Auguste ne font aucune mention de ce dénombrement général; que s'il y en eut deux dans la Judée, Jésus-Cbrist n'est point né à l'occasion du premier, mais du second ; que Cyrinus n'a été président ou gouverneur de Syrie que plus de dix ans après le premier dénombrement.
Il faut observer que le texte de
saint Luc peut se traduire à la lettre : ce dénombrement fut fait premier que, ou avant que Cyrinus fût gouverneur de Syrie ; Herwart, le cardinal Noris, le père Pagi, le père Alexandre ont fait cette observation, et l'on peut citer vingt exemples de la même expression; alors le texte ne donne aucune prise à la censure.
L'empereur Julien fait mention du dénombrement dont parle saint Luc, il ne le révoque point en doute.
Saint Justin le cite à l'empereur Antonin, saint Clément d'Alexandrie le suppose certain ; Tertullien dit qu'il est dans les archives de Rome ; Eusèbe le rappelle dans son histoire, et Cassiodore dans ses lettres; Suidas en parle au mot àiroYpa'fn- Ce fait est donc incontestable. Saint Luc en cite deux, l'un dans son Evangile, l'autre dans les Actes; Josôpbe ne parle que du second, fait par Cyrinus, et qui excita une sédition.
Il ne faut pas s'étonner de ce que saint Luc parle d'un dénombrement de toute la terre ; cette expression signifie seulement tout le pays ou toute la Judée. Saint Luc l'emploie dans ce sens, non-seulement dans son Evangile, ebap. 4, f 25 ; c. 23, f 44, mais encore dans les Actes, c. 11, ^ 28. Le cens, imposé aux Juifs par les Romains, se payait par tête, et Jésus- Christ le paya lui-même. Matth. , cap. 17. f 23. Il confondit les Juifs, qui lui firent à ce sujet une question captieuse. Matth., c. 22, f 17. Il avait donc fallu un dénombrement pour l'établir. C'est un trait d'opiniâtreté de la part des incrédules de vouloir le contester. Prideaux, Hist. des Juifs, 1. 17, tom. 2, pag. 2S0, le prouve par des monuments irrécusables.
Bergier.