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DENYS LE CHARTREUX. (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre et fécond écrivain du xve siècle, nommé aussi Denys Rickel et Denys de Leuwis ou de Leewis, naquit à Rickel, dans le Limbourg en 1403, se fit chartreux dès que l'âge le lui permit, c'est-à-dire aussitôt qu'il eut 20 ans, et passa dans cet ordre quarante-huit ans, sans se distraire un instant de ses travaux. Il était d'une force extraordinaire ; il disait lui-même que sa tète était de fer et son estomac d'airain ; les aliments bons ou mauvais lui étaient indifférents, ainsi que la faim, la soif, le froid et les veilles. Il avait, d'ailleurs, un esprit pénétrant, une raison forte et beaucoup de conscience dans l'étude des questions.
Les écrits de ce colosse à tout point de vue, excepté pourlavoix qu'ilavait faible, qui fut surnommé, à cause de ses fréquentes extases, le docteur extatique, doctor exstaticus, sont innombrables. Son biographe du Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, parle de quelques-uns comme il suit :
« Lorsque le célèbre cardinal Ni- -colas deCusa fit, en 1451, en sa qualité de légat du Pape, son voyage à travers l'Allemagne et les Pays-Bas, pour soumettre à une réforme générale la discipline ecclésiastique et surtout celle des couvents, il appela auprès de lui l'humble chartreux, dont les conseils et l'expérience l'aidèrent efficacement dans sa difficile mission. Denys composa alors son traité de Munere et regimine legati, accompagna le cardinal pendant plusieurs mois, et nous trouvons la preuve de l'appui qu'il prêta au légat dans le discours énergique et hardi qu'il tint à l'évêque de Liège, pour reprocher à ce prélat belliqueux son esprit et sa conduite antiépiscopale (1).
« Denys écrivit aussi, à la demande du cardinal, un long ouvrage sur le Coran, sur les erreurs mahométanes, ainsi qu'un petit traité de Heformatione claustralium; et lorsqu'il fut
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(2) ScharpfT Nicolas de Cuse, I, 160 et I77.C<mf. Acta SS. Boll. Mart.,\. II, p. VU.
rentré dans sa cellule, il continua à.
écrire une foule de traités analogues, par lesquels il venait en aide aux efforts du pape Pie II et des hommes les plus graves de son temps, travaillant avec ardeur à la reforme de l'Église.
« Ses épitres au duc de Gueldre, Arnold, et à son fils Adolphe arrêtèrent la guerre civile qui était près d'éclater entre le père et le fils, et après la déplorable chute de Constantinople, en 1453, il publia une lettre aux princes catholiques, Epistola ad principes catholicos, qui les appelait à une expédition commune contre les Turcs ; mais, avant tout, il exhortait les princes et leurs sujets à réformer leurs mœurs et à vivre chrétiennement. C'était le cri de la vérité et du désespoir que lui arrachaient les dangers qui menaçaient la Chrétienté; il ne fut pas écoulé, et les plus belles provinces de l'Europe restèrent au pouvoir des Turcs.
On fonda, à son instigation, peu avant sa mort, en mémoire de l'antique métropole de Constantinople, changée en mosquée, la chartreuse de SainfSophiejprès de Herzogenbuseh, dont il fut le premier prieur.
« Cependant la faiblesse de l'Age et le trouble qu'apportaient dans ses méditations et ses travaux les soins de la bâtisse nouvelle le ramenèrent à Roermonde, où il mourut le 12 mars 1471, le jour de lafète de S.Grégoire.
« Le nombre de ses ouvrages est trop considérable pour que nous puissions les citer ici. Le P. Théodoric Loer, Chartreux, auteur d'une biographie de Denys a soigné la publication complète de ses œuvres.
Son principal ouvrage, Enarrationes ou Commentant, commentaires sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, a paru, en sept volumes in-folio, chez Pierre Quentel, à Cologne, 1530-1536.
« Denys fut aussi un des plus célèbres commentateurs : 1° de Denys l'Aréopagite, qu'il nommait son auteur favori (Colon., impens. P. Quentell, 1536, in-f°); 2° de Pierre Lombard, Commentant in libros IV 5F«gistri Sente ntiarum, Colon., 1535;
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Venetiis, 1384, t. IV; 3° de S. Thomas d'Aquin, Enterionc, ici est medullae operum S. Thomx, et Supplementum Summseex scripto ejusdem S. Thomœ super Qucirtum Sententiarum; 4° de Guillaume d'Auxerre ; 5° de Boëce ; 6° de Jean Climaque; 7° de Jean Cassien.
« Outre ses commentaires il publia plus de cent écrits originaux: sur les sujets les plus divers, tous écrits de sa main. On peut à peine concevoir comment lanie d'un homme a pu suffire pour écrire matériellement tant de livres. »
Le Nom.
DENYS- LE - PETIT. Dionysius exiguus.( Theol. hist. biog. et bibliog.) — Selon les uns, il tira son surnom de sa petite stature et selon d'autres de son humilité. « Il vécut, dit M.Hauswirth, dans la première moitié du sixième, siècle, à Rome. L'année de sa mort est incertaine ; on la place entre 540 et 850. Quoique Denys fût Scythe d'origine, il était savant, connaissait parfaitement les littératures grecque et latine, tenait un rang honorable parmi les lettrés de son temps, au rapport de son ami Cassiodore. Arrivé d'Orient en Italie, il se fixa à Rome, y devint moine et abbé d'un couvent et fut bientôt réputé pour sa vie austère et ascétique, son esprit sacerdotal et son assiduité à méditer l'Ecriture (1) ; mais il s'adonna surtout à l'étude de la chronologie, introduisit l'ère chrétienne dite Dionysienne qui compte à partir de la naissance du Christ, ab Incarnations Domini. Elle commence à 754, et se trouve, d'après les recherches des critiques modernes, de sept années en retard (3)....
Elle a été insensiblement adoptée dans le monde chrétien.
Le nom de Denys le Petit est encore fameux par une collection de canons ecclésiastiques qu'il forma et qui fut peu à peu acceptée, d'après Cassiodore dans l'Egliseromaine, d'après Hincmar dans l'Eglise franke et les autres Eglises latines. En outre Denys compléta le code de l'Eglise
(1) Ideler, Manuel, 2 roi., Borlin, 1841. Sepp. Viedu Christ, Ratisl.. 1843. r.hcrior, Imt. hist. eccl., tom. 1, Pesth, 1840-1841.
universelle par cinquante canons apostoliques, par les canons du concile, de Sardique, et par ceux de cent trente-huit conciles d'Afrique, et un supplément de décrétâtes des Papes, commençant au pape Sirice (485), allant jusqu'à Anastase II (498), et répondant à diverses questions, relatives aux fonctions ecclésiastiques, soumisesaux papes. Les Ballerini ont donné une description détaillée de cette collection de Denys, d'après des manuscrits (1). Le Nom.
DENYS (l'abbaye et le chapitre de Saint). (Théol. hist. ordr. rel. et dign. eccles.) — Nous emprunterons à M.
Gams un précis historique sur l' ancienne abbaye de Saint-Denys, et nous ajouterons à ce précis l'acte officiel de reconstitution légale du chapitre de Saint-Denys, en date du 18 décembre 1838, sous Napoléon III.
« L'abbaye de Saint-Denys, dit M.
Gams, située près de Paris, appartenait à l'ordre des Bénédictins de la congrégation de S. Maur. Ce fut une des abbayes les plus importantes d'Europe, par l'influence qu'elle exerça sur l'histoire politique et ecclésiastique de la France. On fait remonter son origine àlafondation d'une pieuse femme, nommée Catulle, qui ensevelit les corps de S. Denys et de ses compagnons, Rustique et Eleuthère, et éleva un petit monument sur le lieu où reposaient leurs reliques (2).
« D'après Mabillon, les Bénédictins se fixèrent en cet endroit dès le milieu du sixième siècle. En 589 Clotaire II fit une donation au couvent. En 627 une pieuse et noble matrone, nommée Tbéodetrudes, dota richement l'abbé Dodon et ses frères, desservant l'église de Saint-Denys. Cependant c'est le roi Dagobert, fils de Clotaire, que ses grands bienfaits font passer pour le véritable fondateur de l'abbaye. 11 y érigea une église qui était plus magnifique que toutes celles de France, qu'il orna de colonnes de marbre et d'un parquet précieux. Il introduisit
(1) Conf. Ballerini, de Antiq., Collect. canon., en tèto du t. III, Opp. Léon. M., et dans Gallandii Syl or/e, t. I.
(2) Fortunat Pict., Vit. S. IHonys.
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la coutume de la psalmodie, comme à Saint-Martin de Tours, et il assigaa aux moines de si nombreux domaines que sa pieuse libéralité causa une surprise générale.
« Dagobertfut enterré dans l'église, qui, après lui, reçut la plupart des rois franks et des rois de France.
« L'église de Saint-Denys, originairement église paroissiale du village de Saint-Denys, fut, avec le cours des temps, enrichie des plus grands privilèges. Philippe, évèque de Beauvais, la nomme une église digne du respect de toute la chrétienté, que la générosité des rois très-chrétiens, des prélats et des fidèles, a comblée de richesses et d'honneurs. Paul Jovius lanomme le mausolée delà France, la couronne du royaume , la sépulture des rois.
Après Dagobert, Pépin le Bref restaura et agrandit l'église ; sa construction fut achevée sous Charlemagne et sous l'abbé Fulrad, en 775.
« Le célèbre abbé Suger /H40) reconstruisit la nef et les tours, posa le fondement de la partie antérieure de l'église (capitium), et l'orna de chapelles. Cefutl'abbôOdonqui, en 1230, entreprit le renouvellement de toute l'église, et l'abbé Matthieu qui, en 1281, acheva l'œuvre. C'est de cette époque que date l'église dans sa forme actuelle. Elle a, d'après la description de Félibien, 335 pieds de long, 90 pieds de haut, 120 pieds de large dans la partie transversale qui fait la croix; elle avait quatre tours carrées, des cloches d'un métal pur, des battants de porte en airain doré...
« Le nombre des abbés de Saint- Denys,& partir despremiers noms connus, s'élève à soixante-treize. La série commence à Dodon. Cunoald fut abbé sous le roi Dagobert. Le douzième abbé, sous Charles Martel, fut Godobald. Sous Pépin et Charlemagne, le célèbre Fulrad dirigeaitl' abbaye... Il alla au-devant du pape Etienne II, qui venait personnellement demander le secours de Pépin contre les Lombards, et le reçut avec honneur dans son abbaye. C'est là qu'Etienne consacra de nouveau Pépin, sa femme et ses fils, Charles et Carjoman. Fulrad obtint aussi du pape Etienne de grandes distinctions personnelles, des privilè-
ges pour son abbaye, le droit de fonder à volonté de nouveaux couvents, de les placer sous la juridiction immédiate du Pape et de faire sacrer un évêque spécial pour son abbaye. Fulrad mourut en784.
« Le quinzième abbé fut Maginaire, qui accompagna Charlemagne dans sa guerre contre les Saxons et fut un des missi dominiez.
Le dix-huitième abbé fut le célèbre Eilduin, élève d'Alcuin, d'une noble famille. Les écrivains du temps le citent avec de grands éloges... Il y avait alors cent cinquante moines à Saint- Denys. Hilduin écrivit, à la demande de Louis le Débonnaire, une histoire de Denys l'Aréopagite, et c'est à partir de cette époque que s'établit la tradition que le Denys des Actes est l'apôtre de la France et le patron de Paris, tradition qui ne fut complètement ébranlée et abandonnée que sous Louis XIV.
a Sous l'abbé Louis PT, parent et chancelier de Charles le Chauve, les Normands envahirent Paris (857) et l'incendièrent, ainsi que la plupart de ses églises. L'église de Saint-Denys fut sauvée au prix d'une forte somme d'argent. Les Normands emmenèrent Louis prisonnier et firent payer aux moines une autre somme énorme pour sa rançon.
« En 865 l'abbaye fut de nouveau pillée.
« Après la mort de Louis, Charles le Chauve s'empara des revenus de l'abbaye, et ne crut pas indigne de lui de prendre le titre d'abbé de Saint- Denys. Robert Ier, frère de Charles, lui succéda dans cette dignité. Hugues le Grand, duc frank et comte de Paris, reçut, comme un héritage paternel, l'abbaye de Saint-Denys et la conserva jusqu'à sa mort (956). Hugues Capet concéda de nouveau aux moines le droit d'élire leur abbé. Il appela Odilon, abbé de Cluny, et le chargea de rétablir la discipline déchue dans le cuuvent. L'abbé Renier obtint en 1004 , du pape Alexandre II, la confirmation du privilège en vertu duquel le couvent était exempt de la juridiction de l'archevêque de Paris, qui ne pouvait s'attribuer aucun droit sur l'abbaye absque hor-
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