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reado anathemate. En H06 Adam donna l'hospitalité at
l'abbé au pape
Pascal, à Saint-JJem/s.
« Le trente-sixième abbe, successeur d'Adam, et le plus célèbre d'entre tous les supérieurs de Saint-Denys, fut Suçjer dont S. Bernard disait :
« Je connais cet homme ; il est » fidèle et habile dans les affaires » temporelles; il est ardent et humble » dans les affaires spirituelles, et, ce » gui est plus difficile et plus rare, » irréprochable dans les unes et dans
» les autres. » .'.du.*
« Alexandre III accorda à 1 abbe Guillaume de Gap le droit de porter la mitre, l'anneau et les sandales episcopales. Le roi Philippe fit cadeau de précieuses reliques à l'abbe Henni".
< Sous Matthieu de Vendôme, le quarante-huitième abbé, on déposa à Saint-Denys, en 1260, deux magnifiques diadèmes en or, garnis de pierres précieuses, destinés au couronnement des rois et des reines. En 1269 Louis IX le nomma son executuer testamentaire et administrateur du royaume, avec Simon de Neelle, durant la dernière croisade dans laquelle il mourut. Mathieu de Vendôme jouit de la même confiance auprès de Philippe III, successeur de b.
Louis. II rendit de grands services au monastère et à l'Église en restaurantses bâtiments, en agrandissant ses domaines, en rétablissant la discipline, et sa mémoire est en honneur dans les annales de Saint-Denys.
« Ce fut sous l'abbé Réginald que le pape Boniface VIII (1297) canonisa le roi Louis IX. On exhuma solennellement le corps du saint roi et on 1 exposa à la vénération des fidèles.
« A cette époque vivait dans le couvent le moine de Nangis, auteur d'une célèbre chronique. En 1411, sons l'abbé Philippe I", il y avait soixantedix moines dans le couvent, onze au collège de Paris, quarante-huit dans les différents prieurés et dans les succursales de l'abbaye.
« Deux moines de Saint-Denys assistèrent au concile de Constance, l'un au nom du roi, l'autre au nom de l'Université de Paris.
L'abbé Pierre II assista au concile de Pise. Son successeur, Aimar, fut
à proprement dire le dernier ahbé (1528). Ceux qui lui succédèrent et qui portèrent le nom d'abbé de Saint- Diiiys furent des abbés commendataires et remplirent de hautes fonctions dans l'État. Le grand-prieur administrait en leur nom les affaires intérieures de l'abbaye. Le premier abbé commendataire fut louis, cardinal de Bourbon-Vendôme mort en (1556). Il eut pour successeur Charles, cardinal de Lorraine, sous lequel l'abbaye souffrit d'énormes dommages de la part des huguenots (1666) et fut tout près de sa ruine. Charles eut pour successeur Louis 111 de Lorraine, assassiné en 1588.
Ce fut entre les mains de Charieslll, cardinal de Bourbon, qu'Henri IV fit sa profession de foi catholique, le 25 juillet 1593, dans l'église de Saint-Denys. ,
« Les abbés commendataires suivants furent ',: les cardinaux Louis IV de Lorraine,' Henri III de Lorraine.
Armand de Bourbon, Jules de Mazarin, et Gondy, cardinal de Retz.
« En 1693 les revenus de 1 abbe de Saint-Denys furent attribués par Louis XIV à l'institut royal des Dames de Saint-Cyr, ce qui n'eut pas une grande influence sur l'abbaye, qui, depuis longtemps, était régie par le grand-prieur. L'abbaye, avait des propriétés considérables même à l'étranger, en Angleterre, en Espagne, dans plusieurs provinces d'Allemagne, jusque dans la Valteline.
« Le concile de Trente avait ordonné aux couvents places sons la juridiction immédiate du Pape de se réunir en congrégations, s'ils ne voulaient pas se soumettre à la visite desévoques. Le couvent de Saint-Denys se mit à la tète d'une nouvelle congrégation, à laquelle s'associèrent neuf autres couvents, et qui fut confirmée en 1614 parle pape Paul V, sous le titre de Congrégation de Saint- Dam. Nicolas Eesselin, grand prieur de Saint-Denys, devint en 1607 général de la congrégation. Mais cette association se rompit bientôt; les couvents se réunirent les uns après les autres à la congrégation nouvelle et très-florissante de Saint- Maur; Saint-Bcnys s'y agrégea en 1633 et
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le couvent demeura dans cette situation jusqu'à la révolution française. »
Il étaitd'usage, avantla révolution, que chaque roi de France défunt fût déposé sur les marches de l'escalier du caveau de Saint-Denys jusqu'à ce que le corps de son successeur vint prendre sa place etlui permettre d'entrer dans le caveau.
L'église, qui avait été dévastée pendant la révolution, fut desservie, sous le premier Empire et sous la Restauration, par un chapitre qui fut appelé le chapitre impérial, puis le chapitre royal de Saint-Denys; ce chapitre était composé de deux ordres de chanoines. Le gouvernement français lit, à diverses reprises, des tentativespourfaire donner par Rome à ce chapitre l'institution canonique, et enfin ses efforts furent couronnés de succès en 1857. Une bulle du Saint-Siège du 31 mars de cette année institua canoniquement le chapitre de Saint-Denys, et, à la suite de cette bulle, fut inséré au bulletin des lois n° 656, un décret constitutif du chapitre dont voici la teneur.
« Napoléon, etc.
« Art, 1er . L'Église de Saint-Denis est consacrée à la sépulture des empereurs. Elle est desservie par un chapitre qui prend la dénomination de Chapitre impérial de Saint-Denis.
« Art. 2. Notre grand- aumônier est le chef du chapitre, sous le titre de primicier.
«Art. 3. Le chapitre est composé de chanoines-êvêques, ou du premier ordre, et de chanoines-prêtres du second ordre. 11 ne peut compter au 'plus que douze évêques, non compris 'le primicier, et vingt-quatre chanoines-prêtres.
« Art. 4. Tous les membres du chapitre sont nommés par nous, sur le rapport de notre ministre secrétaire d'État au département de l'instruction publique et des cultes, qui prendra 1 avis de notre grand-aumônier.
« Les chanoines du premier ordre sont choisis parmi les archevêques et évêques qui ont été titulaires en France, et parmi les évêques ayant exercé, en cette qualité, des fonctions reconnues et autorisées par le gouvernement.
« Les chanoines du second ordre sont choisis parmi les vicaires généraux et les chanoines, les curés de première classe, les aumôniers de terre et de nier et des établissements publics, ayant au moins dix ans d'exercice de leurs fonctions, et enfin parmi les ecclésiastiques qui se sont distingués pendant l'exercice de leur ministère.
«Art. 5. Le primicier, les chanoinesêvêques et les chanoines-prêtres reçoivent l'institution canonique conformément au bref donné à Rome, le 31 mars 1857, accepté et publié par décret du 17 juin do la môme année.
« Art. 6. Le primicier exerce la judiction spirituelle et jouit des prérogatives qui lui sont attribuées par le bref précité.
« Art. 7 . Si le primicériat vient à vaquer, soit par suite de décès, soit pour toute autre cause légitime, les chanoines élisent, dans le délai de huit jours, un vicaire capitulaire, qui recevra l'administration temporaire.
« Si l'élection n'est pas faite dans le délai fixé, l'archevêque de Paris désigne un des membres du chapitre pour remplir les fonctions d'administrateur provisoire.
« Le vicaire capitulaire on l'administrateur provisoire ne peut entrer en fonctions qu'avec notre agrément.
« Art. 8. Les chanoines-évèques conservent les honneurs et les prérogatives attachées à l'épiscopat. Ils ne sont pas astreints à la résidence.
« Art. 9. Les chanoines-prêtres sont astreints à la résidence. S'ils n'ont pas justifié dans les six mois de leur nomination qu'ils ont fixé leur résidence à Saint-Denis, ils sont réputés démissionnaires et immédiatement remplacés.
a Ils ne peuvent prendre plus de trois mois de vacances, et ne s'absenteront qu'avec l'agrément du primicier, qui en informera notre ministre des cultes. Il sera fait, sur le traitement de ceux qui s'absenteraient sans autorisation, une retenue dont la quotité sera réglée, suivant le cas, par une décision ministérielle.
« Art. 10. Le traitement des chanoines-êvêques reste fixé à 10,000 francs
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et celui des chanoines de second ordre à 4,000 francs.
« Le chanoine du second ordre qui remplit les fonctions de trésorier du chapitre continue à recevoir une indemnité de 600 francs.
« Art. ii. Les insignes des chanoines de Saint-Denis continuent à être réglés par le décret du 9 mars 1853.
« Art. 12. Le service de l'église et du chapitre est réglé par leprimicier, sous notre approbation.
« Art. 13. Le décret du 20 février 1806, articles 1 à 6; l'ordonnance du 23 décembre 1816 et le décret du 25 mars 1852 sont et demeurent rapportés. » Le Noir.
DENTS (les). (Théol. mixt. scien.
amt.) — V. bouche et causes finales.
DEPÉRY (Jeanlrénée) (Théol. hist.
biog. et bibliog). Ce prélat français, né à Chollex (Ain) en 1796, a écrit, entre autres ouvrages, l'Histoire apologétique de Belley, suivie des Archives saintes du même diocèse, 3 vol. 183b; la Biographie du département de l'Ain, 2 vol. 1835; des Vies de saints, des notices archéologiques ; etc.
DÉPÔT DE LA FOI. Saint Paul
écrit à Timothée : « Conservez avec
» foi et charité en Jésus -Christ les
» vérités que vous avez reçues de moi,
» gardez ce dépôt par le Saint-Esprit
» qui habite en vous,.. Ce que vous
» avez appris de moi devant plusieurs
» témoins, confiez-le à des hommes
» fidèles et capables d'enseigner les
» autres. » II Tim., c. 1, ^ 13 ; c. 2,
y 2, Vincent de Lérins dit à ce sujet :
« Qu'est-ce qu'un dépôt? C'est ce qui
» vous a été confié et non ce que vous
» avez inventé; vous l'avez reçu et
» non imaginé. Ce n'est point le fruit
» de vos réflexions, mais des leçons
» d'autrui ; ni votre opinion particu-
» Hère, mais la croyance publique.
» Il a commencé avant vous et il vous
» est parvenu ; vous en êtes non l'au-
» teur, mais le gardien ; non l'insti-
» tuteur, mais le sectateur ; vous ne
» montrez aux autres le chemin qu'en
» le suivant vous-même. » Quid est
depositum ? Id est quod tibi creditum
est, non quod a te inventum ; quod accepisti, non quod excogitasti ; rem non ingenii, sed doctrinse ; non usurpationis privatœ, sed publicx traditionis ; rem ad te productam, non a te prolatam ; in qua non auctor debes esse, sed custos ; non institutor, sed sectator ; non ducens, sed sequens. Commonit., n° 22. Des apôtres disent aux Juifs :
« Nous ne pouvons nous dispenser » de publier ce que nous avons vu et » entendu. » Act., c. 1, f 22. « Nous » vous annonçons et nous vous attes- » tons ce que nous avons vu et en- »ttnlu. » I Joan., c. 1, ? 1. Telle est la mission et la fonction des pasteurs de l'Eglise, d'enseigner aux autres ce qu'ils ont eux-mêmes reçu par tradition.
Ceux qui ont voulu rendre cet enseignement odieux ont donc eu tort de dire que les pasteurs sont les arbitres de la foi des fidèles, puisqu'ils sont assujettis eux-mêmes à la tradition, et sont chargés de la perpétuer. Si quelques-uns entreprenaient de la changer, les fidèles, dont plusieurs sont plus âgés que leurs pasteurs, et ont été instruits par des leçons plus anciennes, seraient en droit de déclamer contre la doctrine nouvelle, et d'en appeler à la croyance universelle de l'Eglise.
En effet, lorsqu'une doctrine est révélée de Dieu, ce n'est point aux hommes de la changer, d'y déroger, de l'entendre comme il leur plait;la révélation serait inutile, si elle n'était pas transmise dans toute sa pureté par une tradition sûre et inaltérable. Les livres de l'Ecriture ne suffiraient pas, parce que le laps des siècles, le changement des langues et des mœurs, la succession des opinions philosophiques, l'animosité des disputes, répandent nécessairement de l'obscurité sur les textes les plus clairs.
Pour conserver le dépôt de la foi dans toute son intégrité, l'Eglise catholique réunit trois moyens qui se tiennent et s'appuient l'un l'autre :
le texte de l'Ecriture, l'enseignement uniforme des pasteurs, le sens du culte pratiqué sous les yeux des fidèles. Celui-ci est un langage très-énergique, entendu parles plus ignorants.
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Lorsque ces trois signes sont d'accord, il y aurait de la démence à soutenir qu'ils ne nous donnent pas une certitude plus entière que le texte de l'Ecriture seul. Lorsque ce dernier a besoin d'explication, et que le sens en est contesté, c'est aux deux autres signes qu'il faut recourir pour terminer la dispute .
Quand la divinité de Jésus-Christ ne serait exprimée dans l'Ecriture sainte que par des textes équivoques, comme le prétendent les socinitns, la croyance constante des Pères, les signes du culte suprême ou de l'adoration rendue à Jésus-Christ, les prières et les cantiques de l'Eglise, suffiraient pour rendre le sensde l'Ecriture indubitable. Socin lui-même est convenu que, s'il fallait consulter la tradition, le triomphe des catholiques était assuré. Ce que nous disons de la divinité de Jésus-Christ, est applicable à chacun de nos dogmes en parti culier (1). Voyc. Doctrine Chrétienne.
Bergier.
DÉPRÉCATIF, se dit de la manière d'administrer un sacrement en forme de prière.
Chez les Grecs, la forme de l'absolution est déprécative, et conçue en ces termes : Seigneur Jésus-Christ, remettez, oubliez, pardonnez les péchés, etc. Dans l'Eglise latine, et dans quelques-unes des sectes réformées, on dit en forme indicative : Je vous absous, etc.
Ce n'est qu'au commencement du douzième siècle que l'on commença de joindre la forme indicative à la forme déprécative dans le sacrement de pénitence, et c'est au treizième que la forme indicative seule eut lieu dans tout l'Occident. Jusqu'à la première de ces époques on avait toujours employé la forme déprécative, comme le prouve le père Morin, liv. 8, de Pœnit., c. 8 et 0.
On aurait cependant tort de faire à l'Eglise latine un crime de ce change- Ci) Parmi les moyens do conservation du dépôt de la foi que Bergier signale, il se tait sur celui de l'infaillibilité du S.-P./ce qui se conçoit puisqu'il était gallican ; mais il faut, depuis Je' concile du Vatican, ajouter ce moyen et le donner comme résumant tous les autres. L» Noia.
ment ; elle y a été forcée par différentes sectes d'hérétiques qui lui contestaient le pouvoir de remettre les péchés, et qui regardaient l'absolution comme une simple prière. Puisque Jesus-Christ dit à ses apôtres :
Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, il n'y a pas plus d'inconvénient à dire à un pénitent: Je vous absous, qu'à un catéchumène: Je vous baptise; cette forme indicative paraît même plus conforme à l'énergie de la promesse de Jésus- Christ.
Bingham n'a pas pu en disconvenir, quoiqu'il soutienne, comme les autres protestants, que l'absolution du prêtre est seulement déclarative, qu'elle n'a point d'autre force ni d'autre effet que d'annoncer au pénitent que Dieu lui remet ses péchés. Mais Jésus-Christ n'a pas dit : Lorsque vous déclarerez que les péchés seront remis, ils le seront en effet ; il a dit : Lorsque vous les remettrez. La simple commission de déclarer ou d'annoncer une rémission ne suppose aucun pouvoir, la fonction de l'accorder est fort différente. Bingham convient que celui qui a juridiction peut dire avec vérité, je vous absous, à un homme duquel il lève l'excommunication, et c'est alors un acte judiciaire; pourquoi n'en est-ce pas un lorsqu'il l'absout de ses péchés? Jésus-Christ a donné à ses apôtres la qualité de juges. MM., c. 19, f 28. Bingham, Orig. ecclés., liv. 19, c. 2, § 6. Voyez Absolution.
Bergjer.
DERVICHE (Théol. hist. ordr. reli.
étrang.) — M. Kaerle a donné dans le Diction, eneyelop. de théol. cathol. un article curieux sur les derviches musulmans ; nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en le reproduisant dans ses principaux passages :
Après avoir expliqué le mot derviche qu'on fait dériver d'un mot persan qui signifie seuil de la porte, et dont notre mot pauvre est la traduction, il raconte d'abord comme il suit l'origine de ces espèces de moines mystiques, mais qui ne font pas de vœux et dont beaucoup se marient :
« II se forma, dit-il, dès le temps de Mahomet, parmi les habitants de
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la Mecque et de Médine, des association dont les membres se distinguaient des autres croyants par leur vie retirée, leurs sévères pratiques, leurs prières assidues et la communauté des biens établie entre eux. Ils se nommaient sufi ou sofi, du nom de leur grossier vêtement, suf, ou du mot grec ao-yk, sage, ou encore de Safa, une des stations autour de la Caaba à la Mecque. Abu Beker et Ali organisèrent d'après cet exemple, sous les yeux mêmes de Mahomet, deux associations, dont les membres s'unirent librement, ayant à leur tête, l'une Abu Beker, l'autre Ali. Ceux qui après eux tinrent leur place se nommèrent califes, c'est-à-dire successeurs. C'étaient ordinairement les personnages les plus âgés et les plus respectables de l'association qui en étaient les docteurs et les maîtres. Ce fut de ces deux associations, qui appartiennent à la classe des mystiques, que sortirent, avec le temps, les divers ordres de moines ou de derviches mahométans.
« En 657 après J.-C. (37 de l'hégire), Owais de Karn, dans l'Yemen, fonda le premier ordre. Owais prétendit qu'il avait été chargé en songe, par l'ange Gabriel, d'embrasser un genre de vie austère, qui lui imposait une masse énorme de prières à dire nuit et jour. Il poussa le fanatisme jusqu'à se casser les dents et à demander un sacrifice semblable à ses disciples, en souvenir* de la perte d'une dent que Mahomet avait faite dans un jour de bataille (1). Ce rigorisme extrême diminua le nombre de ses adhérents. Mais il s'éleva bientôt plusieurs autres ordres, et il en parut constamment depuis lors jusque dans les temps modernes. Les fondateurs se nommaient pir (guides) % et scheih (anciens), les disciples derviches. On en trouvait autrefois en Egypte, en Arabie, dans les royaumes de Perse et de Turquie, et c'est dans ce dernier État que se rencontre encore la majeure partie des derviches.
« La description du royaume ottoman de Mouradgea d'Ohsson énumère
trente-deux ordres de derviches ; il y en a soixante-douze selon d'autres (1).
Ils portent tous le nom de leurs fondateurs •, mais il n'y en a que trois des plus importants qu'on fasse descendre de l'association d'Abu Beker : ce sont les Bestami (fondés par Bajazed-Bestami, mort en 87 & apr. J.-C, 261 de l'hégire), les Nakschibendi (fondés par Mahomet Nakschibendi, mort en 1319 apr. J.-C, 719 de l'hégire), et les Bektaschi (fondés par Hadschi- Bektasch, mort en 1357 apr. J.-C, 759 de l'hégire). Les autres prétendent dériver de l'association d'Ali, et les scheiks s'efforcent de rattacher tous les fondateurs d'ordre à Mahomet ; ils établissent des tables généalogiques qui remontent au prophète, et qu'ils nomment Chaînes des Saints. C'est l'ordre des Nakschibendi qui s'écarte le moins de la manière habituelle de vivre de la plupart des hommes. Il n'a pas de signe extérieur distinctif ; chacun, à quelque état qu'il appartienne, peut en devenir membre en s'astreignant à quelques oraisons. Il y a, dans certaines villes, une salle spéciale, dans laquelle le supérieur de l'ordre récite à haute voix les prières, auxquelles l'assemblée entière répond Eu (Lui). »
Il expose ensuite de la manière suivante les règles et les cérémonies, la hiérarchie, le costume, le genre de vie etc., des derviches.
« Les règles des derviches sont (fa communes et observées par tous les ordres, ou spéciales, prescrites seulement pour tel ou tel ordre particulier.
Aux règles communes appartient la récitation quotidienne des prières, et c'est une prescription presque générale que celle d'après laquelle chaque derviche répète plusieurs fois par jour l'énumération des sept premiers attributs de Dieu, qu'ils appellent les noms divins, à savoir : « Il n'y a pas de Dieu hors le vrai Dieu! 6 Dieul ô Lui! ô Justice! ô Vivant! ô Être qui es ! ô Vengeur ! » Certains ordres ont des prescriptions toutes spéciales concernant des danses sacrées. Ces danses commencent ordinairement par laré-
(l)Conf. Mahomet le prophète, sa vie et sa doctrine, par G. Weil. p. 127.
(1) Conf. Blst. du royaume i J09. de Hammer.
Osmanlis, de
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citation des sept paroles que dit le supérieur ; puis il chante divers fragments tirés du Coran, et, à chaque repos, les derviches, placés en cercle, répondent par le nom d' Allah (Dieu) ou Eu (Lui).
« D'autres fois les derviches restent assis sur leurs talons, se serrant les coudes les uns contre les autres, et faisant tous ensemble, suivant un mêmerhythme, de légers mouvements de la tête et du corps. D'autres fois encore les derviches sont d'abord assis et finissent par se lever ; tout se fait en mesure et en cadence, le regard sombre et dirigé vers la terre. Ces exercices se nomment mokabata (mouvement vers Dieu) ou tauchid (reconnaissance de l'unité de Dieu).
« Dans quelques ordres, comme les Kaderi, les Rofai, les Chalvati, les Bairami, les Sonboli, les Gulscheniet les Olschaki, les premières danses se font en cercles, qu'ils nomment daur ou dewr (mouvement circulaire), devant représenter symboliquement la danse des sphères créées. Chaque derviche dansant est libre de rester dans le cercle tant que cela lui convient.
Les plus vigoureux persévèrent le plus longtemps, et cette persévérance est considérée comme un mérite particulier. Ils font un second cercle concentrique au premier, en posant les mains sur les épaules des danseurs de l'intérieur, et en s'écriant sans relâche : 0 Dieu, ô Lui!
« L'ordre des Rofai se distingue des autres par la division de cinq danses successives, qui durent chaque fois à peu près trois heures. La première partie commencepar l'hommage que les derviches rendent à leurs sebeiks devant la niche de la salle de danse. Les quatre plus anciens s'approchent, s'entrelacent deux à deux et se placent à droite et à gauche du supérieur. Les autres arrivent en procession, se jettent à genoux, baisent les mains du supérieur, se placent en demi-cercle dans la salle et récitent quelques prières. Le supérieur entonne le verset : Il n'y a pas de Dieu hors le vrai Dieu ! Les derviches reprennent sans interruption : Allah!
(le vrai Dieu), se meuvent en cercle, élèvent les mains au-dessus de la
tète ou les placent sur la poitrine.
« La seconde partie commence par la louange de Mahomet. Un des derviches placés à la droite du supérieur entonne un chant, les derviches s'entrelacent et se dandinent à droite et à gauche. On entend au milieu des acclamations : « O Dieu I ô Lui : »
des soupirs et des sanglots.
« Le second derviche de droite commence la troisième partie en entonnant un cantique en l'honneur de Dieu, composé par un des supérieurs mort en renom de sainteté . La danse a lieu comme la fois précédente, seulement elle est dirigée par un des quatre anciens derviches qui étaient à la droite du supérieur, et qui se place au milieu des danseurs.
« Dans la quatrième partie les derviches déposent leur coiffure, forment un cercle, placent les mains sur les épaules les uns des autres, etfont dans cette posture le tour de la salle à pas mesurés. Le supérieur encourage les derviches fatigués en se mettant au' milieu d'eux, et le mouvement recommence. Les derviches placés aux côtés du supérieur stimulent les danseurs pour qu'ils persévèrent jnsqu'à l'épuisement de leurs forces.
« Dans la cinquième partie \es derviches, arrivés à un certain enthousiasme, se soumettent à l'épreuve du feu. On suspend des couteaux et d'autres instruments aigus aux murs de la salle. Deux déniches prennent huit ou neuf de ces instruments, les chauffent à blanc et les donnent au supérieur. Celui-ci prie, invoque Ahmed Rofai, le fondateur de l'ordre, souffle sur ces couteaux ardents, les approche légèrement de sa bouche, et les distribue à ceux des derviches qui le lui demandent le plus instamment. Les derviches favorisés prennent les instruments, les lèchent, les mordent, scies plongent dans la bouche ; ils prennent aussi les couteaux suspendus aux murs et s'en déchiquettent la tête, les mains, les. pieds.
Ils attribuent un mérite particulier a. cet exercice, et, comme ils le supposentfort agréable aux yeux de Dieu, ils supportent ces tortures avec une indifférence extraordinaire, et ne se plaignent pas de leurs souffrances,
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même en succombant à leurs douleurs et lorsqu'ils sont emportés par leurs frères .
« L'exercice terminé, le supérieur parcourt la salle, visite les blessés, touche les plaies de sa salive, récite des prières et promet une prompte guérison. Comme il est rare que la guérison tarde plus de vingt-quatre heures, les derviches la réputent miraculeuse, et c'est ainsi que s'explique comment ces exercices insensés ont pu se conserver toujours en haute estime parmi ces fanât iques
«Ces exercices ont lieu une ou deux fois par semaine, chez les Rofai tous les jeudis, chez les Maulawi tous les mardis et vendredis, chez les autres un autre jour. La réunion a lieu dans la plupart des ordres immédiatement après la seconde prière, à midi; les Nakschibendi se réunissent le soir, après la cinquième prière, et les Bektaschi tiennent leurs exercices religieux la nuit.
« Les derviches emploient pendant leurs danses des instruments de musique, surtout des tambours de basque et des flûtes, dont ils accompagnent leur chant. Quoique ces danses, mêlées de musique, soient au fond très-contraires à l'esprit général dumahométisme, elles ont acquis parmi ses sectateurs un immense crédit.
Outre les pratiques communes, certains ordres se sont imposé des usages extraordinaires. Les derviches d'une haute piété s'enferment dans leurs cellules et se consacrent uniquement à la prière et à la contemplation. Durant les sept nuits tenues pour saintes par lesmahométans, quelques derviches combattent le sommeil par toutes sortes de moyens artificiels ; ils attachent leurs cheveux à une corde qui descend du plafond de leur cellule, ils se lient les pieds avec une forte courroie au siège sur lequel ils sont assis. Quelques-uns jeûnent au pain et à l'eau pendant douze jours, en l'honneur des douze imans des Sonnites, et se retirent dans la solitude, comme les Chahvati. D'autres restent dans la solitude pendant quarante jours, à l'imitation des quarante jours du carême chrétien, d'où leur
nom de Arbain, quarante. Les derviches prient, dans leur retraite, pour le bonheur des hommes et le progrès de leur religion. En fait d'œuvres de miséricorde, les Maulawi distribuent de l'eau parmi es pauvres, ce qu'ils appellent saka..
« Dans chaque couvent, qu'on nomme, d'après le persan, Tekiah, Changah ou Suwia, il y a sous un scheik vingt, trente ou quarante derviches.
Ils ont une nourriture fort simple, composée de deux ou trois plats au plus. Ils vivent dans des cellules. Ils y mangent généralement seuls; mais il leur est loisible de se réunira trois ou quatre. Les derviches mariés peuvent avoir leur domicile particulier; cependant il faut qu'ils passent au couvent, une oudeuxfois par semaine, toute la nuit qui précède leurs danses et leurs exercices religieux. Jamais un moine marié ne dort dans un couvent où se trouve le supérieur de l'ordre des Maulawi. Sauf la nourriture et le logement, le couvent ne donne rien aux derviches ; ils ont à se procurer d'une autre manière ce dont ils ont besoin.
« La plupart des ordres de derviches n'ont pas de fondatiousimmobilières ; ils dépendent de la bienfaisance publique ; mais, tout en vivant d'aumônes, il ne leur est pas permis de mendier : les Bektaschi seuls sollicitent la générosité des fidèles dans les maisons et dans les rues. Les couvents pauvres sont secourus par les couvents moins gênés.
« On est admis parmi les derviches après une période d'épreuves qui varie dans les différents ordres; l'épreuve la plus longue et la plus sévère est celle des Maulawi. Leur novice doit, pendant mille et un jours, remplir les fonctions les plus basses dans la cuisine, et se nomme par ce motif karrakullùktscha (le serviteur noir). Le temps d'épreuve ne peut être interrompu, et doit, en cas d'interruption, être recommencé. L'épreuve, chez les Bektaschi est auss1!
longue ; ils nomment le novice kutschclt (le petit), et celui qui l'admet morsched (le guide). L'admission est accompagnée de diverses cérémonies ; le supérieur touche les oreilles du
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récipiendaire, qui lui baise les mains; les autres derviches embrassent le nouveau confrère en signe de leur union. Les supérieurs des couvents, appelés scheiks, sont élus par le supérieur général, qui se nomme, pour cette raison, Rais-al-rnascJiajech (la tête des anciens)...
La dignité de supérieur général, chez les Ivaderi, les Maulawi et les Bektascbi, est héréditaire, les supérieurs d'ordres appartenant aux familles des fondateurs. Le mufti institue, mais ne nomme pas les supérieurs généraux de ces trois ordres.
Il a en même temps le droit de confirmer les scheiks des couvents et de nommer les supérieurs des autres ordres de derviches...
« Les derviches portent un costume d'étoffe grossière en une espèce de feutre blanc ou noir. Ce costume se nomme aba. Celui des scheiks est de drap vert ou blanc, doublé de fourrure en hiver. Leur coiffure est ou une sorte de bonnet élevé, nommé hulah, ou un bonnet bas en grossière toile de lin. nommé tukija, ou, le plus souvent, une sorte de turban (tasch). Ce turban entoure le bonnet de plus ou moins de bandes dont le nombre est la marque distinctive de l'ordre..,
« Il existe aussi des derviches voyageurs qui parcourent les pays mahométans. Les uns voyagent au nom de leurs supérieurs, comme les Bektaschi et les Rofai, pour recommander leur établissement à la bienfaisance des âmes pieuses ; d'autres sont des derviches renvoyés par leurs supérieurs, mais qui gardent leur costume et cherchent leur subsistance ; d'autres enfin sont des étrangers, comme les Abdalli, les 0>beki, les Hindi, peu estimés par les Turcs, qui ne les croient pas issus des deux associations primitives d'Abu Beker et d'Ali.
« Il y a encore les Molamija (hypocrites), qui furent souvent dangereux, même à l'État, par une rigueur exagérée, au moyen de laquelle ils parvinrent à soulever le peuple contre le gouvernement, qu'ils déclaraient infidèle aux prescriptions de la religion.
« Les derviches ne sont obligés par aucun vœu de rester dans leur ordre ; cependant il est très-rare qu'ils usent de leur liberté pour le quitter; ils sont retenus par la haute opinion qu'ils ont des mérites de leur genre de vie... » Le Noir.
DESCARTES (René), {théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce grand initiateur de tous les progrès modernes, au double point de vue de la philophie et de la science, naquit à La Haye en Hollande, le 31 mars 1396, et mourut, en Suède, à Stockholm, le M février 1050, à l'âge de 54 ans. Voici le précis biographique que donne de ce rare génie M. Hock dans le Dictionnaire encyclopédique- de la théologie catholique :
« Méprisant les espérances que pouvaient lui donner sa naissance, ses talents et son épée, il renonça au boiit de quelques années au service militaire, se retira en Hollande, vécut dans la solitude et le recueillement, ne conservantd' autres rapports ave: le monde que ceux qui résultaient de son active correspondance avec la plupart des savants de son temps et de l'influence qu'exercèrent dès l'origine ses nombreux ouvrages.
11 vivait habituellement à Egmont, petit bourg des Pays-Bas, dont les habitants, en majorité Catholiques, jouissaient de la liberté du culte et avaient à leur tète un prêtre pieux, zélé et instruit. En 1649 la reine Christine appela Descartes en Suède; il y succomba rapidement à l'âpreté du climat. Il était franchement dévoué à l'Eglise. Il avait été élevé chez les Jésuites et leur resta toujours attaché. Jeune encore il fit un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette ; plus tard il entra en liaison intime avec le cardinal de Bérulle, fondateur de l'Offertoire. »
Le même biographe analyse comme il suit la philosopliie cartésienne en tant qu'elle s'élève, avec résolution, contre le doute et l'incrédulité.
« Quand on douterait de tout, ditil, il y a dans le doute un point solide : la conscience de soi-même. Quiconque doute pense, et celui qui pense est: cogito, ergo sum. Quand nous
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nous examinons, quand nous étudions notre conscience, dans quel état nous trouvons-nous? Précisément dans le doute trompés et sujets à être trompés imbus Se préventions, dont nous Se pouvons nous défendre, en un mot conïme des êtres imparfaite et bornes.
Mais la conscience morne de notre imperfection et des bornes de notre être Lus transporte au delà de ces limités vers un Etre qui n est m borné ^imparfait, et sans lequel nous ne comprendrions pas que nous sommes Set incomplets. Cet Etre infini e parfait, qui est Dieu, par cela qu il S infini est indépendant et tout être qui n'est pas lui est dépendant de lui. Par conséquent l'homme, ses facultés ses puissances, tout ce qui existe hors de l'homme, tout est par Dieu, tout est créature de Dieu. Mais celui qui créa la pensée et les objets de la pensée ne peut, en tant qu'Être par ait être en contradiction avec lui-même et permettre que les objets que nous pensons soient différents en réalité oes pensées que nous en concevons.
L'existence de Dieu est pour nous Ja garantie delà vérité objective de notre connaissance. Il existe donc une vérité éternelle, inébranlable; la paresse et l'indifférence qui la négligent comme le doute et l'incrédulité qui la combattent, sont les unes et les autres également injustes et illogiques
« Ainsi Descartes introduisit une méthode nouvelle dans la science, la méthudesubjective Nous broy «ree que tout est créature de Dieu, et nous savons qu'il en est ainsi par le plus certain de tous les faits, par celui de la conscience que nous avons de nous-
m Tce's thèses de Descartes n'étaient Bas nouvelles. Saint Augustin et saint Anselme de Cantorbéry avaient enseigné la même chose et avaient entrevu la nécessité, par rapport aux sceptiaues de ramener les dogmes de 1 Eglise'à des faits de conscience incontestables pour celui même qui doute si tant est qu'il raisonne encore. Mais le mérite de Descartes est d'avoir pose cesthèses comme principe.aucommen-
cement de toute recherche philosophique, et, partant de la, davoii mo- ?édé systématiquement à la déduction
rigoureuse de toutes les vérités qui en découlent. »
M. Hock fait ensuite ressortir par quelques reflexions très -profondes, ; ce qui a manqué à la philosophie de Descartes pour qu'elle fût parfaite, mais en faisant observer qu'unhomme ne peut pas tout faire et que le grand mérite n'en revient pas moins a la première initiative. Tout ami que nous soyons de cette philosophie, nous n'en adhérons pas moins à la plupart de ces reflexions; les voici :
« Descartes aurait dû entrevoir qu'il y a des phénomènes intellectuels qui 'sont essentiellement différents entre eux, dont les uns nous sont communs avec les animaux des classes les plus élevées, savoir, les imaginations, conceptions purement passives, fatales, engendrées par le dehors; dont les autres, constituant la pensée proprement dite, démontrent une activité toute spéciale de l'esprit, en vertu de laquelle il se sent et se reconnaît le principe des phénomènes qui se passent en lui, et conçoit au delà des faits un être qui en est la base et le substratum, savoir, 1 idéal même. Il n'aurait pas dû prétendre que la nature n'a que deux qualités, l'extension et le mouvement (mécanisme) ; il n'aurait pas dû considérer les animaux comme de purs automates, et les idées comme achevées, parfaites ou innées en nous (innatx) (1) ; il aurait dû voir en Dieu plus que l'Etre parfait par excellence, et ne pas poser simplement entre Dieu et l'homme une différence extérieure, dépendant du degré de perfection; il aurait dû chercher cette diflerence
(il Nous croyons que cette observation sur les idées innées de Descartes provient de ce que M. Hock, "a pas bien compris n'a pas compns, du moins aS«zlarKen.ent, la théorie cartésienne sur ce
„, T e? idées nnées ne sont que des visions eu L» toi.. pTr 'ii dans notre lil intellectuel de manière à constituer sa nature même, a.ns, que le Sien Malebranche, faisant un pas au delà de sou maître dans la même voie, a si bien cherché à le faire comprendre ans hommes ; mais les hommes lui ont répondu :
Lui qui voit tout en Dieun'j voit pas qu'il est fou.
Saint Jean avait dit : « La lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. ,
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dans la substance même (1). Alors il n'aurait plus été effrayé en définitive des résultats de ses propres recherches ; il n'aurait pas passé sous silence les vérités les plus importantes de la foi, comme n'étant plus du domaine de la science, et n'aurait pas autorisé le divorce fatal de la philosophie et de la théologie.
« Toutefois, toute tentative qu'on fera désormais pour fonder une philosophie saine et chrétienne remontera nécessairement, dans son origine et ses principes, à celle de Descendes et au:: grandes vérités qu'il a établies, savoir : qu'il faut commencer par la conscience de soi-même et maintenir rigoureusement le dualisme entre le Créateur et la créature (2).... Aussi tous les savants qui de nos jours ont voulu sérieusement fonder la philosophie catholique se sont respectueusement rattachés à Descardes. »
Nous avons, dans cet article, cédé la parole à un autre, parce que nous craignions de nous laisser emporter par notre reconnaissance envers Descartes, qui est celui de tous les grands hommes auquel notre intelligence a le plus d'obligations, à un enthousiasme exagéré. Nous ajouterons une critique à la critique et un éloge à l'éloge.
(i) Parole profonde; Descartes mérite la critique qu'elle renferme ; il a trop substantifié la créature, il eu a trop fait l'égal de Dieu sous le rapport de la substance. Elle n'est pus plus son substralum radical et premier qu'elle n'est son moteur premier, son flambeau premier, sa cause première et le reste, elle n'est qu'une substance soutenue, comme elle n'est qu'une durée précédée, une activité activée, une cause causée, etc. C'est dans ce sens que nous ne craignons pas quelquefois déqualifier noire j pliuosophi ■ de panthéisme rationnel, et de nous dire panthéiste pour expliquer les origines, taud.s que nous sommes individualiste ponr expliquer et prufesser les destinées immortelles des âmes. La profession de l'immortalité do l'âme, en effet, est pour nous la pierre de touche par laquelle on peut distinguer à coup sûr du panthéisme erroné le ■panthéisme rationnel, qui n'est autre, en théologie, que la doctrine de saint Augustin et de 5aint Thomas sur la grûce. Le Nom.
(2) 11 faut ce dualisme et ce dualisme immortel, Bans quoi la personnalité de la créature, de son moi, perd toute solidité réelle dans son présent luimême ; mais ce sera Dieu qui sera le soutien substantiel par exeellen'-e de son être durant son immortalité, aussi bien que le promoteur de sa vie, comme il le fut dès le premier instant do sou apparition, lorsqu'il la causa. Le NotR.
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Le père de la philosophie du xvii8 siècle, a jeté, non pas dans ses ouvrages étudiés, médités, passés à sa logique, mais dans des lettres et des émissions moins réfléchies, des paroles que la vraie philosophie repousse et qu'ont admirablement iorrigées les Leibnitz, les Malebranche, et les Fénelon ; ces paroles conduisaient, ou plutôt pouvaient condu re l'esprit jusqu'à penser que Dieu fait, par sa volonté, les lois éternelles, que sa puissance n'est pas limitée par sa sagesse, et qu'il ne voit, dans l'avenir, les futurs contingents que parce qu'il les veut et les amène.
Quant aux lois éternelles de la sagesse, elles sont, en Dieu, la règle de sa volonté, et antécédentes, par priorité de raison, à ses déterminations et aux actes de sa puissance. Voyez au mot optimisme comment Leibnitz et Malebranche l'ont corrigé, là-dessus, par un excès contraire, et comment Fénelon et Bossuet ont, à leur tour, en corrigeant l'excès de Leibnitz et de Malebranche, ramené la raison humaine dans le milieu juste de la vérité.
Quant à la vision des futurs libres, Bossuet lui-même, avec les jansénistes, est resté dans l'excès cartésien qui consiste à trop accorder à la volonté toute puissante ; et c'est ici que nous faisons intervenir la science moyenne de Molina et de Suarez, antécédente au décret, pour rendre raison du plus écrasant de tous les mystères -, tout augustinien-thomiste que nous soyons pour expliquer rationnellement la création de l'être, l'illumination de l'intelligence, etl'activation delavolonté, nous ne croyons pas être en contradiction avec nousmême en devenant, dans les limites raisonnables et permises, pélagienmoliniste pour expliquer les libertés, lesresponsabilités et les personnalités immortelles. V. déterminisme et liber-
TISME, et PRESCIENCE ET LIIiERTÉ.
Le supplément d'éloge que nous avons à donner au grand homme qui nous occupe porte sur la science et ses progrès modernes ; notre cadre exige qu'il ne soit qu'indiqué. Descartes ne fut pas seulement le père de la rénovation philosophique et
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surtout de la logique subjective qui établit solidement le vrai critérium de la certitude humaine, il fut aussi le père de la grande explosion scientifique qui continue de se faire depuis deux cents ans. C'est lui qui ouvrit à l'esprit humain toutes les portes de la science théorique, comme François Bacon leur ouvrit celles de la science d'observation. 11 soumit, par exemple, la géométrie à la démonstration algébrique, et plongea à priori dans la Shysique de la lumière jusqu au principe radical que l'observation devait faire triompher contre la théorie newtonienne deux cents ans après lui Son système de l'éther et des tourbillons, qu'a développé Malebranche, après avoir fait rire lexvm* siècle, devait reparaître dans la seconde moitié du xix°, sous d autres noms ; que sont cesfluides impondérables engendrés par un fluide universel qui fait que tout est plein, comme il l'avait dit, sinon les tourbillons eux-mêmes? Descartes fut vraiment à tous les points de vue l'émancipateur de l'esprit.
Tout le monde connaît ses prm:
cipaux ouvrages : ses Méditations qui sont, à notre avis, la plus forte production peut-être de la pensée humaine; elles nous rendirent philosophe à quinze ans; ses Principes; son Discours de la méthode ; son Traité de l'homme; son Traité des passions ; son Traité de la géométrie; ses Lettres,
etc
Les meilleures éditions de ses œuvres sont celle de Boeve, 1692 et 1698 1701, in-4; 9 vol. ; et celle de M. Cousin, Paris 1824 et 1826, n vol.in-8°. Le Noir.
DESCHAMPS (Emile et Antony).
(Théol. hist. biog. et bibhog.) — Ces deux frères, poètes français, l'un plein d'esprit, d'élégance, de grâce, et 1 autre plein de sentiment et d'une mélancolie philosophico-poétique et religieuse, appartiennent à l'école dite romantique dont Lamartine et \ictor Hugo sont les deux grands astres
Emile, né à Bourges, en 1/91, et mort il y a peu d'années à Versailles, fit jouer, en 1818, avec H. de Latouche, deux comédies qui eurent un
grand succès : Selmonis de Florian et Le Tour de faveur ; il fournit, depuis, à Casimir Delavigne l'idée des comédiens.
Il fut un des soutiens de la lutte, dite des classiques et des romantiques, dans la Muse française avec V. Hugo, de Vigny, Nodier etc.
Nous aimons cette école romantique, tout en admirant l'autre, parcequ'elle est profondément empreinte du sentiment théiste et religieux.
Les principaux livres d'Emile Deschamps sont : Le Jeune moraliste du xixe siècle, 1826; Études françaises et étrangères, 1829, où l'on remarque surtout la traduction de la Cloche de Schiller, et la pièce des flomeoices sur Rodrigue; unemultitude de petits morceaux poétiques; Ivanhoe, traduction avec M. H. Blaze, duflon Juanàe Costi; traduction poétique deBomeo et Juliette (1839); traduction de Macbeth (1844); Enfin M. Emile Deschamps se fit, dans sa vieillesse, qui ne fut qu'une éternelle jeunesse de l'esprit, le poète des crèches et de la bienfaisance évangélique. .
Son frère Antony, ne à Pans en 1800, appartint, comme lui, au cénacle de la brillante école de 1830. Il a traduit en vers la Divine comédie du Dante (1832); il a fait trois satires, (1834); Dernières paroles, poésies, (1835) ; Résignation, autres poésies dans le genre élégiaque qui allait mieux à son caractère triste et doux (1839); Études sur l'Italie ; etc.. Antony a précédé son aine dans la tombe.
Le Noir
DÉSERT. Plusieurs incrédules ont demandé ponrquoi Dieu avait retenu pendant quarante ans les Israélites dans le désert : Dieu, disent-ils, avait promis qu'au bout de quatre cents ans, à compter depuis la naissance d'Isaac, la postérité d'Abraham serait mise en possession de la terre de Chanaan ; mais au moment qu'ils se disposaient à y entrer, ils sont battus par les Amalécites, et forcés d errer clans le désert pendant quarante ans.
Voilà donc au moins un très-long retard à l'accomplissement de la promesse divine.
Mais Dieu déclare formellement qu'il met ce retard pour punir les
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Israélites de leurs murmures. Num., cap. 14, y 22 et suiv. Il était d'ailleurs nécessaire de guérir ce peuple des mauvaises habitudes qu'il avait contractées en Egypte, surtout de l'esprit séditieux et du penchant à l'ido ■ latrie; il fallait une nouvelle génération élevée et formée par les lois de Moïse. Quarante ans de miracles, pour faire ainsi subsister cette nation, auraient dû sans doute l'attacher pour jamais à Dieu et à ses lois.
La promesse de Dieu est mal rendue par les censeurs de l'histoire sainte. Dieu promet à Abraham, dans la Palestine, qu'il aura un fils et une postérité nombreuse, que ses descendants seront voyageurs et habitants d'un pays qui ne leur appartiendra pas, pendant quatre cents ans ; qu'ils seront réduits en servitude, mais que Dieu punira leurs oppresseurs; qu'ils seront mis en liberté avec des richesses considérables ; qu'à la quatrième génération, ou plutôt au quatrième âge, ils reviendront dans la Palestine.
Gen., c. 15, f 13 et 16. En quel temps doit-on commencer les voyages de la postérité d' Abraham"! Sans doute à la mort de ce patriarche. Or, depuis la mort d'Abraham, 1821 ans avant Jésus-Christ, jusqu'à la conquête de la Palestine, en 451 , il n'y a que 370 ans. Il est donc exactement vrai que les descendants d'Abraham sont rentrés dans la Palestine pendant la durée du quatrième âge ou du quatrième siècle deleurs voyages. S'ilyades commentateurs qui calculent autrement, cela ne nous fait rien ; nous nous en tenons à la lettre du texte. Mais il est faux que les Amalécites aient battu leslsraélites ; ilest ditseulement qu'ils tuèrent les traineurs, et ceux que la fatigue empêchait de suivre leur troupe ; qu'ils furent mis en fuite par Josuéet passés au iil de l'épéc. Ëxod., c. 17, f 13; Deut., c. 25, y 18.
Il n'est pas étonnant que le séjour des Israélites dans le désert pendant quarante ans donne de l'humeur aux incrédules ; ils sentent bien qu'une nation, composée de plus de six cent mille hommes en état de porter les armes, Num., c. 2, f 32, n'a pas pu subsister dans un désert stérile autrement que par miracle ; et un miracle
de quarante ans est un peu difficile à expliquer. Mais si l'on veut se donner la peine de jeter un coup d'œil sur les tours, les retours et les campements que les Israélites ont faits dans ce désert, on verra évidemment que l'histoire n'en a pu être faite que par un témoin oculaire.
Quant à la tentation de Jésus-Christ dans la désert, voyez Tentation.
LSergier.
DÉSESPOIR DU SALUT. Il n'arrive que trop souvent à des personnes timides, scrupuleuses, mal instruites, de désespérer de leur salut, de se persuader qu'elles seront infailliblement damnées. C'est la plus triste situation dans laquelle puisse se trouver une âme chrétienne. Ce malheur arriverait peut-être moins fréquemment, si les écrivains ascétiques et les prédicateurs étaient plus circonspects, et s'exprimaient dans toute l'exactitude théologique, lorsqu'ils parlent de la justice de Dieu, de la prédestination, du nombre des élus, de l'impénitence iinale, etc.
Mais quelques livres de piété ont été faits avec plus de zèle que de prudence, par des hommes qui n'étaient rien moins que théologiens. Tout chrétien, médiocrement instruit, doit savoir que le désespoir du salut est injurieux à Dieu et à sa bonté, à la rédemption et aux mérites de Jésus- Christ, à la sainteté de la religion chrétienne; qu'il vient ou de faiblesse d'esprit, ou d'un fond de mélancolie naturelle, ou des opinions de quelques docteurs atrabilaires. Les leçons des apôtres et des anciens Pères de l'Eglise ne tendent qu'à nous inspirer la confiance, la reconnaissance envers Dieu, l'espérance et le courage.
C'est une fausse sagesse de prétendre mieux instruire qu'eux, et de s'imaginer que dans le siècle même le plus pervers l'on fera plus de bien par la terreur qu'ils n'en ont fait par des vérités consolantes.
Selon le langage des livres saints, Dieu nous a créés, non par haine, mais par bonté, Sap., c. 11, f 25; non dans le dessein de nous perdre, mais dans la volonté de nous sauver.
I, Tim., c. l,f 4. Par ces bienfaits,
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il démontre qu'il nous aime; il veut que nous l'appelions notre Père : nous fefusera-t-il des grâces, après nous avoir ordonné de lui en demander t En nous donnant son Fils unique, ne nous a-t-il pas donné tout avec lui / Rom., c 8, y 32. Un don si précieux n'était pas nécessaire, s'il n avait pas voulu sauver le monde entier. I'Joan., t 2 il ' Celui qui me voit, dit ce divin Sauveur, voit mon Père ; je suis en lui, et il est en moi: c'est lui-n^me crui agit par moi. Jocwi., c. 14, y 9; Dieu est donc tel qu'il a paru dans Jésus-Christ, bon, compatissant, miséricordieux, patient, charitable, indulgent pour les pécheurs, toujours prêt à les recevoir et à leur pardonner. Jamais il n'a dit à personne:
Craignez et tremblez; mais, ayez confiance, ne craignez point, venez a moi, je tous soulagerai et vous donnerai la paix. Il attend la Samaritaine et la prévient, il appelle le pubhcam et veut manger chez lui, il pardonne à la pécheresse convertie et prend sa défense il ne condamne point la femme adultère, mais il l'exhorte à ne plus pécher. Le pasteur qui court après la brebis égarée et la rapporte, le père qui reçoit le prodigue et l'embrasse : quels traits ! quelles
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servir de modèle aux incré- Bergiek.
images !
La crainte sans espérance ne convertit personne : elle accable et decourage. Selon saint Paul, les païens se stmt livrés au crime par désespoir.
Epftes., c. 5, f 19. Ce n'est point a la crainte, mais àla confiance^ qu une grande récompense est réservée.
hbr., c. 10, f 35.
Quelques incrédules, après Oalvm, ont osé dire que Jésus-Christ sur la croix a donné des marques de desespoir, parce qu'il a dit : Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ? Ces censeurs téméraires n'ont pas vu que ces paroles sont le premier verset du psaume 21, qui est une prophétie des souffrances du Messie. Jesus- Christ s'en est fait l'application sur la croix, pour montrer qu'il 1 accomplissait à la lettre. C'est un nouveau trait de lumière qu'il faisait briller aux yeux des Juifs, mais auquel ils furent encore insensibles, dignes eu
cela de dules.
DÉSIR. Nos désirs, dit très-bien un auteur moderne, sont des prières que nous adressons aux objets qui semblent nous promettre le bonheur.
Ainsi tout désir est un culte, et c'est le culte du cœur, par conséquent le principe de la religion naturelle.
Ceux qui ne remontent point à la première cause de tous les biens, ont autant de dieux qu'il y a d'êtres capables de leur procurer le bien-être; dès que l'homme a des désirs, il sait se faire des divinités. Saint Paul a eu la même idée, lorsqu'il a dit que les hommes sensuels se font un dieu de leur ventre, Philipp-, c. 3, f 19, et que l'avarice est une idolâtrie, Goloss., c. 3, f 5.
C'est avec raison que Dieu détend, dans sa loi, les désirs injustes et déréglés. Celui qui désire le bien d autrui ne manquera pas de s'en emparer, s'il en trouve le moyen ; le seul désir réfléchi des voluptés sensuelles est condamnable, parce que celui qui s'y livre cherche dans ce désir même une partie de la satisfaction qu'il se promet dans la consommation du crime. « Je vous déclare, dit le Sau- » veur, que celui qui regarde une » femme pour exciter en lui-même de » mauvais désirs, a déjà commis l'a- » dultère dans son cœur. » Matth.,
Il ne faut pas conclure delà que les désirs, même indélibérés auxquels nous ne consentons point, sont des péchés. Saint Paul, Rom., c. 7, fi et suiv. , donne le nom de péché à la concupiscence, à tout désir indélibéré du mal; mais il est évident, par la suite même de ce chapitre, que, par péché, il entend un vice, un défaut, une imperfection, et non un crime punissable, 11 appelle la concupiscence un péché, parce que c'est 1 effet du péché originel avec lequel nous naissons, et qu'elle est la cause du péclw, lorsque nous ne lui résistons pas C'est la remarque de saint Augustin, lib. 1, de Nupt. et Comup., c.
23 n 25; lib. 2, contra M., c. 9, n. 52'; Op. imperf., lib. 2, c. 226, etc. Si dans d'autres endroits ce saint doc-
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teur semble envisager la concupiscence comme un péché imputable et punissable, il faut les rectifier par l'explication qu'il a donnée lui-même.
On aurait tort de conclure de là que, selon saint Augustin, une action peut être un péché sans être libre, ou que, pour être libre, il n'est pas besoin d'être exempt de nécessité.
Bergieh.
DESPOTISME, gouvernement ffup seul avec une autorité absolue et illimitée.
Les incrédules soutiennent, trèsmal à propos, que le despotisme est né de la religion. Il est venu naturellement du pouvoir paternel, qui, dans les sociétés naissantes, n'est limité par aucune loi civile ; il n'est borné que par la loi naturelle, et celle-ci est nulle dans un liomme sans religion. L'on a faussement imaginé que le despotisme était né du gouvernement théocratique; les Romains, les Grecs, les Egyptiens, les Cbinois, les Nègres, n'ont point connu ce gouvernement; cependant le despotisme s'est établi chez eux, parce qu'une société naissante etencore mal policée, ne peut être gouvernée que par un pouvoir absolu.
L'homme., une fois constitué en autorité, veut naturellement être seul maître, et écarter toute barrière capable de gêner son pouvoir; il est impossible qu'il ne devienne despote, à moins que la religion ou la force ne mettent un frein à sa puissance.
La religion primitive, loin d'autoriser le despotisme des pères, ou l'abus du pouvoir paternel, leur a enseigné que leurs enfants sont un fruit de la bénédiction de Dieu, Gen., cl, f 28 ; c. 4, t 25 ; que tous les hommes sont enfants d'un même père, et doivent se respecter les uns les autres comme les images de Dieu, c. 1,^ 27.
L'Ecriture représente les premiers nommes (jui ont été puissants sur la terre, comme des impies qui ont abusé de leurs forces pour assujettir leurs semblables, c. 6, f 4. Nous ne voyons point dans la conduite des patriarches les excès insensés que se permettent les despotes chez les nations infidèles.
Chez les Israélites, il y avait un code de lois très-complet, très-détaillé et très-sage ; les prêtres, les juges, lesTois ne pouvaient y déroger; le gouvernement n'était donc livré au caprice ni des uns ni des autres. Le vrai despotisme n'a lieu que quand la volonté du souverain a, par ellemême, force de loi, comme on le voit à la Chine et ailleurs ; chez les Hébreux, au contraire, ce n'était pas l'homme qui devait régner, c'était la loi. Elle avait iixé les droits légitimes du roi comme ceux des particuliers, et les avait bornés. Deut . , c. 17, f 16. Si Samuel annonce aux Israélites des abus et des vexations comme les droits du roi, IReg., c. 8, ^ il, il est clair qu'il parle des droits illégitimes que s'attribuaient les souverains des autres nations, puisque la loi de Moïse, loin de les accorder au roi, les lui interdisait. Diodore de Sicile, très-instruit de la nature des gouvernements, dit que Moïse fit de sa nation une république ; Traduction de Terrasson, t. 7, pag. 147 : et c'est la première qui ait existé dans le monde.
Dira-t-on sérieusement, comme les incrédules, que le christianisme autorise le despotisme, parce qu'il commande aux peuples l'obéissance passive? Rom., c. 13. S'il avait conseillé la révolte, ce serait le cas de déclamer. Mais ses dogmes, son culte, ses lois tendent à inspirer l'esprit de charité, de fraternité, de justice, d'égalité morale entre tous les hommes :
comment tirera-t-on de là des leçons de despotisme pour les princes, et d'esclavage pour les peuples ? Le despotisme pur n'est établi chez aucune nation chrétienne, et il n'y a aucun peuple de l'univers qui ait un gouvernement aussi modéré que celui des peuples soumis à l'Evangile:
contre un fait aussi éclatant, les spéculations et les raisonnements sont absurdes. Constantin, premier empereur chrétien, est aussi le premier qui, par ses propres lois, ait mis des bornes au despotisme établi par ses prédécesseurs.
Suivant nos politiques sans religion, le droit divin que les rois chrétiens prétendent leur appartenir, et
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l'obéissance passive illimitée que le clergé assure leur être due, tendent au même but, qui est de les rendre despotes et de légitimer la tyrannie ; mais y eut-il jamais un roi chrétien assez insensé pour entendre par droit divin le droit de violer les règles de la justice et d'enfreindre la loi naturelle? Il n'est point de droit plus divin que le droit naturel, et jamais on ne pourra citer une loi divine positive, qui autorise les rois à le violer. Nous soutenons que le droit divin des rois n'est autre que le droit naturel, fondé sur l'intérêt général de la société, ou sur le bien commun qui est la loi suprême, et que les lois divines positives n'ont rien fait autre chose que le confirmer. Voyez Autorité, Roi,
etc.
Quant à l'obéissance passive, il est faux que le clergé enseigne qu'elle doit être illimitée, puisqu'il décide qu'un sujet ne devrait pas obéir si le souverain commandait quelque chose de contraire à la loi de Dieu. Si on veut la limiter d'une autre manière, qui posera la borne où elle doit s'arrêter?
Ce n'est pas le clergé qui a dicté à Hobbes les principes de despotisme qu'il a établis, qui lui a enseigné que la souveraineté, de quelque manière qu'elle soit acquise, est inamovible ; qu'elle n'est pas fondée sur un contrat; que le souverain ne peut faire à ses sujets aucune injure pour laquelle il doive en être privé ; qu'il ne peut commettre une injustice ; que c'est à lui seul de juger de ce qu'il doit ou ne doit pas faire, de la doctrine et des opinions qu'il doit bannir ou permettre, de l'extension ou des limites qu'il doit donner au droit de propriété, ou aux tributs qu'il peut exiger ; que sans lui ou contre lui la société n'a aucun droit, etc. Leviathan, 2» part., c. 18 et 20 ; s'il a voulu fonder cette doctrine sur l'Ecriture sainte, le clergé n'est pas responsable de cet abus.
On peut accuser, à plus juste titre, les incrédules de travailler à inspirer le despotisme aux princes, soit en les affranchissant de toute crainte de Dieu et de tout respect pour le droit divin, soit en déclamant mal à propos contre l'autorité souveraine. Les
principes séditieux qu'ils répandent dans leurs ouvrages sont un avertissement pour les rois de renforcer leur autorité, et de subjuguer par la crainte ceux qui ne sont plus soumis parla religion.
Comment peut-on tenir aucun compte de la doctrine de nos politiques incrédules, quand on en considère les contradictions? D'un côté, ils accusent le clergé d'attribuer aux rois un droit divin illimité ; de l'autre, ils lui reprochent de mettre une barrière à l'autorité des rois, en disant qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Lorsqu'ils veulent prouver qu'il faut tolérer de fausses religions dans le royaume, ils décident que le souverain n'a rien à voir à la croyance de ses sujets, ni aucun droit de gêner leur conscience; que quand une fois la tolérance a été accordée à des mécréants, c'est un titre sacré auquel il ne peut plus toucher.
S'agit-il de détruire ou de restreindre l'autorité et les droits du clergé ? Autres principes : alors le souverain est le maître d'admettre dans ses états ou d'en exclure telle religion qu'il lui plaît, les ministres d'une religion ne peuvent exercer aucun pouvoir quelconque sur les sujets que sous le bon plaisir du prince; après quinze siècles de possession, ils peuvent encore être légitimement dépouillés de tous leurs privilèges, et gênés dans l'exercice des pouvoirs qu'ils ont reçus de Dieu. En un mot, à l'égard des fausses religions, le souverain a les mains liées; à l'égard delà vraie, il est tout-puissant et despote absolu.
Il y a du moins un fait incontestable, c'est que jamais un prince n'a visé au despotisme sans commencer par avilir et par écraser le clergé.
Bergier.
DESPRETZ(César-Mansuète), (tkéol.
hist. biog. et bibliogr.) — Ce savant physicien, né à Lassines dans le Hainaut, en 1789, est mort à Paris en 1863. Il avait travaillé pendant tout8 sa vie, sur les grands phénomènes de la physique, le son, le calorique, l'électricité, la densité des liquides, etc. Ses principaux ouvrages sont un
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Traité élémentaire de physique, et un Traité de chimie. Tout savant spécialiste qu'il fût, il avait senti l'abîme du positivisme dans lequel l'excès de l'enseignement scientitique, aux dépens de celui des lettres, devait conduire la'jeunesse contemporaine, car il avait publié une brochure intitulée Des collèges, De l'instruction professionnelle, des facultés, dans laquelleil défendait les lettres contre les sciences positives.
Ce savant était austère, simple, bon et honnête ; il menait, à Paris, une vie solitaire et presque claustrale ; « il s'était toujours signalé, dit l'abbé Moigno, par tant de bienveillance dans les examens pour le baccalauréat que, dans chaque ville, à son grand désespoir, il se voyait reconnu et arrêté dans la rue ; c'était assez pour le faire fuir aussitôt. »
Quelque temps avant sa mort, il soutint, à l'Académie des sciences, contre M. Dumas, une thèse qui ne prouvait pas chez lui une philosophie très-profonde; cette thèse consistait à prétendre que la science était arrivée à sou terme dans la découverte des éléments chimiques qu'on appelle les corps simples, et que, un corps simple, tel que le fer, l'oxygène, etc., étant trouvé, on n'arrivera jamais à le décomposer encore, c'est-à-dire à lui trouver des atomes constituants de diverse nature. M. Dumas soutenait, au contraire, qu'il était impossible de poser une telle limite au progrès, qu'il était possible qu'un jour la chimie décomposât encore les éléments qu'elle croit simples aujourd'hui , comme Davy, par exemple, en 1807, décomposa la soude qu'on croyait corps simple auparavant et découvrit dans ce corps, deux éléments, le sodium et l'oxygène. Il est évident
Îiour quiconque est tant soit peu phiosophe, que M. Dumas avait raison.
DESSEIN. Voyez Intention.
DESTIN, DESTINÉE. Ce n'est point à nous de réfuter les visions des stoïciens, des mahométans, des matérialistes, sur le destin ; l'on comprend assez que cette doctrine ne peut sub-
sister avec la notion d'une Providence divine qui gouverne le genre humain par un pouvoir absolu, mais avec douceur, bonté et sagesse, en laissant aux hommes toute la liberté dont ils ont besoin, pour que leurs actions soient imputables, dignes de récompense ou de châtiment. Par le destin, un chrétien ne peut entendre autre chose que les décrets de cette Providence paternelle; loin d'en avoir de l'inquiétude, il trouve sa consolation à se reposer sur elle, à lui abandonner le soin de son sort pour ce monde et pour l'autre : c'est à quoi Jésus- Christ nous exhorte dans l'Evangile.
Matth., c. 6, y 23. Cette leçon est d'un meilleur usage que toutes les maximes de la philosophie. Voyez Fatalisme.
Mais à quoi servirait de combattre le destin, si l'on s'obstinait à le ramener sur la scène sous le nom de prédestination absolue ? Que notre sort éternel soit iixé par une nécessité à laquelle Dieu lui-même soit soumis, ou par des arrêts irrévocables de Dieu auxquels nous n'avons pas le pouvoir de résister, cela est fort égal pour nous. Il vaudrait encore mieux, dit Epicure, vivre sous l'empire de la divinité laplus capricieuse, que dans les chaînes d'un destin inexorable ; mais Dieu n'est ni capricieux, ni inexorable ; il est bon, et il aime ses créatures. Lorsque Jésus-Christ nous recommande la tranquillité de l'esprit, il ne donne pas pour raison la puissance absolue du Dieu que nous servons, et l'impossibilité de résister à ses décrets, mais sa bonté paternelle : « Votre Père céleste, dit-il, sait ce » dont vous avez besoin. » Or, nous présumons que Dieu ne sait pas moins ce qu'il nous faut pour l'autre vie que pour celle-ci, et qu'il n'est pas moins disposé à nous donner des secours pour l'une que pour l'autre.
Behgier.
DÉTERMINISME, ou PRÉDÉTER- MINISME, et LIBERTISME. (Théol.
mixt. philos, ontol. et mor. — La philosophie scientifique de notre époque n'est occupée qu'à imaginer des mots nouveaux et à leur trouver, dans la phrase, des combinaisons nouvelles
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pour paraître creuser profondément des questions qui, sous les mots anciens, l'avaient été bien davantage, en sorte qu'elle n'aboutit qu'à ramener toujours les mêmes problèmes, en les rendant de plus en plus obscurs. C'est en général l'Allemagne qui enfante ces nouveaux-nés, et la France se fait leur nourrice ; l'Allemagne est toujours la Germania mater, et quoiqu'elle soit venue dernièrement fouetter, sur la place des nations, sa fille coupable, au delà du quod justum, c'est-à-dire de Sedan et des cinq milliards, il est bien à craindre que celle-ci, tout en lui reprenant sa frontière, ne soit longtemps encore sous sa maternelle influence et ne se conduise à son égard, quant au sentiment et à l'esprit, comme l'enfant qui caresse la main qui le châtie.
Le mot déterminisme est un de ceux qui nous viennent d'au delà duRhin, C'est le grand Leibnitz qui fut le père sinon de l'expression, au moins des idées qu'elle cache, et ce sont des allemands modernes qui nous ont donné le mot lui-même.
Quiconque s'est tant soit peu occupé de philosophie connaît l'optimisme et l'harmonie préétablie, c'est à dire le système brillant autant que solide, quoique erroné à plusieurs pointsde vue, que ce grandphilosophe tira du raisonnement suivant : Dieu, étant la sagesse parfaite, ne peut se déterminer dans tous ses actes, soit qu'il s'agisse de créer, soit qu'il s'agisse de développer ses créatures, sans raison suffisante; or, la seule raison suffisante qui puisse le déterminer, dans sa liberté, c'est la perfection la plus élevée possible de ce qu'il fait ; on ne saurait concevoir qu'entre deux productions il ne choisît pas toujours la meilleure.
C'est de là que l'Allemagne philosophique a créé, dans ces derniers temps, les mots, déterminisme, prédéterminisme et libertisme. L'être raisonnable ne se détermine pas sans raison, sans motif; or, dans une pareille détermination, y a-t-il liberté morale? Les déterministes proprement dits répondent non. Mais avant de faire comprendre que tout se réduit à un mot nouveau, assez bien
inventé du reste , il convient de remonter plus haut :
Si, d'abord, nous considérons l'homme, le moi sous le rapport de la liberté morale, nous trouvons qu'il peut être dans deux positions différentes par rapport à une action: il peut se trouver dans l'impossibilité physique de l'accomplir, ou dans cette possibilité; dans le premier cas, il manque de la liberté matérielle qu'on appelait autrefois dans les écoles liberté de coaction ; dans le seeond cas, il possède cette liberté.
Or, il ne s'agit pas, dans le déterminisme, ni dans le libertisme qu'on lui oppose, de la liberté de coaction ; on suppose qu'elle existe. Mais, ce cas, facile à constater comme tout ce qui est matériel et positif, étant mis de côté, reste à savoir si, lorsque nous nous croyons libres, il n'y aurait pas une nécessité intérieure fondée sur les motifs qui nous déterminent, à laquelle nous obéirions sans nous en apercevoir et sans pouvoir lui résister. C'est ce que prétendent les déterministes.
On voit déjà que le déterminisme, dans l'homme, n'est autre que la théorie de la grâce nécessitante et de la cupidité vicieuse avec la grâce suffisante, qui ne suffit pas, des jansénistes.
On se perd dans l'analyse des actes humains ; on cherche un point où le libre arbitre se détermine sans autre raison que sa volonté, pure et nue, abstraite de toute considération ; on ne le trouve pas, et l'on dit : Il n'y a point liberté véritable, puisqu'il y a motif déterminant, et par suite point de moralité dans l'acte. Il y a bien longtemps qu'on a élevé cette discussion dans les écoles; tout traité classique de psychologie présente làdessus une thèse banale, et fort inutile, à notre avis, aussi bien que tous les livres qu'on pourra faire sur toute question que le sens intime résout directement, comme nous allons le dire.
Mais on peut aussi considérer le déterminisme, par rapport à Dieu, et par rapport à l'ensemble des enchaînements des choses.
Le déterministe soutiendra tout naturellement, s'il n'est pas athée, qu'en
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Dieu est la prédétermination de tout ce que fera sa créature, que c'est cette prédôtermination même qui lui en donne la prescience, et il ne sera, dans ce cas, qu'un prédestinatien ou un thomiste des plus éloignés du molinisme, tandis que le libertiste théiste sera ou un moliniste ou un pélagicn, selon qu'il ira plus ou moins loin dans sa thèse de l'autonomie de la créature. Le déterminisme n'est donc encore, sous ce rapport, une nouveauté que par l'expression. Si le déterministe est athée, sa négation de Dieu ne le mènera pas loin ; car il sera obligé de dire qu'il y a, dans l'ensemble du devoir être des choses, un enchaînement tel de motifs déterminants que tout doit arriver nécessairement, puis qu'un seul acte de liberté véritable, s'il pouvait se produire, suffirait pour introduire une anarchie universelle qui n'existe pas.
Remontons encore plus haut : Si le déterminisme s'élève à l'intelligence absolue, et pose, par rapport à elle, la question de liberté, il sera obligé de soutenir que cette intelligence se détermine nécessairement sur le motif le plus sage, veut, par conséquent, nécessairement le meilleur ; et le voilà retombé tout simplement dans l'optimisme de Leibnitz, en sorte que le mot déterminisme redevient encore un simple synonyme d'optimisme; ici nous conseillons à tous les déterministes de nos jours de jeter là leur plume et de passer leur vie à lire et méditer le philosophe allemand.
Il n'y a donc dans le déterminisme absolument rien de nouveau : c'est le jansénisme, ou le prédestinatianisme, ouïe fatalisme, ou le thomisme, ou le leibnitzianisme, ou quelqu'une des vieilles doctrines plus ou moins compromettantes pour le libre arbitre dans l'homme et pour la liberté en Dieu, qui se réveille sous une nouvelle enseigne, mais qui n'a plus pour soutien les hommes de génie qu'elle eut dans le passé.
Or,nous ne pouvons pas faire cetarticle sans dire au déterminisme, — Usons du mot puisqu'il est à la mode; on fait aujourd'hui des livres sur ce mot, et des livres qui se disent scientifiques
mais auxquels on ne comprend rien — sans dire au déterminissme ce que nous pensons de la liberté morale, du motif déterminant et des rapports de l'unet de l'autre avec la cause absolue.
Il y a en nous un fait de conscience que nul ne peut nier , c'est le sentitiment de la liberté ; du moins ce fait est en moi ; je le sens ; et Dieu luimême m'apparaitraitetme dirait: Tu te trompes, que je lui répondrais avec assurance : Je ne me trompe pas, et je ne puis pas me tromper.
Tout être, en effet, est subjectivement,' en réalité, ce qu'il se sent être, et est cela dans la mesure exacte selon laquelle il se sent être ce qu'il est. Dieu ne peut pas faire qu'il en soit autrement, parce que ce serait faire, à la fois, les contradictoires dans le même sujet. Je me rappelle un seul vers d'une vieille chanson que j'entendais chanter dans ma jeunesse; voici ce vers :
On est heureux quand on croit l'être.
Or jamais plus évidente vérité ne fut émise. La puissance absolue pourrait-elle faire qu'une conscience fût malheureuse, en se sentant heureuse ?
Non; entassez, si vous voulez, sur cet individu tous les malheurs imaginables ; si elle les sent, vous sortez de l'hypothèse, puisque, dès lors, elle se sent malheureuse ; et si elle ne les sent pas, si elle continue de se sentir heureuse, elle l'est en réalité; tous les maux sont pour elle comme s'ils n'existaient pas.
Il en est de même de la liberté. La liberté, comme le bonheur, n'est que subjective ; il n'y a pas lieu de faire, par rapport à elle et au sentiment qu'on a d'elle, la distinction kantienne du subjectif et de l'objectif; elle est tout entière subjective; et tous les raisonnements que l'on fera sur l'influx de causes externes seront en pure perte, dès là que le sentiment d'elle est perçu. Aussi de ce sentiment lui-même nait aussitôt celui de la moralité ou de l'immoralité de l'acte selon qu'on lejuge, en le faisant librement, bon ou mauvais.
On peut se sentir plus ou moins libre, selon que les motifs pour ou contre seront plus ou moins lourds
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comparés à leurs contraires. Oh peut aussi se sentir complètement nécessité et privé de liberté. On peut se sentir, par contre, tout à fait libre ; c'est ce qui arrive quand on est tellement en balance que l'on est obligé pour se déterminer de se dire à soi-même : Je prends ce parti pour montrer que je suis libre. Tous ces phénomènes se passent dans l'ordre moral de mon individu, et ils sont nécessairement en eux-mêmes ce que je les sens en moi, parce qu'ils n'ont aucune autre réalité que celle qui est constituée en moi par le sentiment même que j'éprouve.
Celui qui arguerait d'une réalité objective autre que ce sentiment serait à côté de la question ; cette réalité peut exister sans doute, ou ne pas exister en un certain sens ; mais elle n'a aucun rapport à mon libre arbitre intérieur. Je vais essayer de me faire comprendre par un exemple :
Je suppose un illuminé sur un point seulement et gardant son bon sens sur tout le reste ; il est dans un désert par le fait, mais il se croit au milieu d'une grande ville, dans une chambre qui donne sur la place publique où l'on fait la fête ; voilà la réalité extérieure, l'objectif sur lequel il se trompe, sur lequel il est halluciné . L'idée vient à ce fou de sortir sur la place et de se promener tout nu au milieu du public ; mais nous supposons qu'il a tout son bon sens sur tout ce qui n'est pas son hallucination, qu'il a le sentiment droit de la pudeur, des bienséances et le reste ; en présence de ces motifs, il rejettera nécessairement au loin son idée, et ne sera pas libre moralement de la mettre à exécution; mais il le sentira daus la mesure même de son absence de liberté, puisque ce sera ce sentiment qui constituera cette absence.
Ya-t-il quelque rapport entre l'objet réel extérieur, qui n'existe pas véritablement, et la question pour lui de liberté morale?
Au contraire, l'idée lui vient d'aller se promener en belle tenue dans ce qu'il croit être une fête publique ; oh ! alors, il n'a plus de motifs qui le retiennent ; il en a, au contraire,
qui l'engagent plus ou moins, mais qu'il sent très-bien aussi ne lui imposer aucune nécessité, et il vase promener coquettement vêtu dans son désert qui lui parait être la place publique encombrée de promeneurs.
Cette fois il a été libre, et libre dans la mesure exacte selon laquelle il a senti sa liberté.
Mettez à la place de notre fou un homme sensé sur tous les points et habitant réellement sur la place publique d'une grande ville en fête ; et posez sur cet homme les mêmes hypothèses. Dès lors, l'hallucination devient une réalité existante hors de notre individu ; mais la question de sa liberté ou non-liberté morale y at-elle perdu ou gagné quelque chose?
absolument rien. Il n'est pas libre dans un cas ; il est libre dans l'autre; et dans les deux, il est ce que sa conscience le fait, il est ce qu'il se sent être.
Assurément nous ne sommes pas libres, dans la vie, sur une foule de choses ; il y a souvent du déterminisme ; mais nous le sentons quand il existe, et dans la mesure où il existe, puisque c'est notre sentiment qui l'établit en présentant les motifs déterminants à notre volonté. Nous sommes des êtres doués de raison, et par conséquent les motifs jouent le grand rôle dans nos déterminations ; si nous sommes bons et droits par volonté, nous préférerons toujours le parti en faveur duquel militeront les bons motifs; et cela même n'est-il pas la vertu? Mais nous pouvons aussi appeler de notre mieux les motifs qui militent en sens contraire, afin de leur céder et d'aller au mal, en le gazant autant que possible ; et alors c'est le vice, dans lequel nous aurons plus ou moins de culpabilité, selon que nous aurons été plus ou moins libres.
Mais le point capital, sur lequel nous ne saurions trop appuyer, c est que d'être libre personnellement est une seule et même chose avec se sentir libre, comme d'être heureux personnellement, est une seule et même chose avec se sentir heureux.
La distinction de Kant entre la vérité objective et la vérité subjective n'a,
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pour la liberté, aucune application, comme elle n'en a aucune pour le bonheur et le malheur et tous les sentiments qu'on peut éprouver; elle n'en a que relativement à la connaissance des êtres extérieurs à notre être. On peut se demander, sur ces choses extrinsèques, si elles ont un objet réel distinct du sentiment ou de l'idée que nous en avons. La coaction, dont nous avons parlé en commençant, peut être l'objet d'une pareille question ; une conscience qui a le sentiment de sa liberté de volition, peut être, par son corps ou ce qu'elle sent comme étant son corps, entourée de chaînes, enfermée dans un cachot, et le reste ; et elle peut se demander si tout cela, qui lui paraît extérieur à elle, l'est en réalité ; mais que lui importent ces questions pour sa liberté personnelle ? Elle se sent libre en beaucoup de cas, non libre en beaucoup d'autres, et elle est ce qu'elle se sent être ; Dieu ne pourrait pas l'empêcher d'être libre, tout en lui laissant le sentiment de sa liberté, comme il ne pourrait pas l'empêcher d'être heureuse en lui laissant la propriété de se sentir heureuse.
Toutes les argumentations du déterminisme sur les précédents déterminants sont en pure perte devant le fait intime directement senti de la liberté morale, parce que cette liberté, comme le bonheur et comme le malheur moral, qui sont aussi de tous les degrés, n'est que relative au'sujet; ce qui est relatif à l'objet, c'est la vérité ou la fausseté de l'idée, et ce n'est que sur ce point, parfaitement étranger au libre ou non libre intérieur et à la moralité des actes, que la distinction de Kant entre le moi et Vautre à son application.
Mais ce n'est pas tout : nous venons de voir ce que nous dit le sens intime; la raison ontoologique nous dit de son côté quelque chose qui va plus loin que le moi, qui va jusqu'à Vautre : elle nous dit que la liberté morale est une force, une activité, et que toute force a nécessairement une cause absolue ; d'où elle conclut immédiatement à la nécessité d'une activité éternelle qui a produit cette force et qui
est autre que moi-même, parcequeje ne suis, dans mon tout, qu'un effet; je sais, encore que je ne suis qu'un effet par mon sens intime, parce que ce sens intime, qui ne peut pas plus me tromper là dessus que sur ma liberté morale et mon bonheur moral, me. dit que je ne suis pas éternel; et, par une déduction logique immédiate, ma raison conclut à l'existence externe d'une éternité active; c'est Dieu : voilà comment je franchis le fameux pont kantien; Descartes l'avait vu et franchi bien avant Kant de la même manière ; et, dès lors, renaissent toutes les difficultés de conciliation entre mon fait intérieur d'activité libre et la coordination, préexistante dans la cause absolue, du développement des relatifs. Reviennent Zenon et Aristote, Augustin et Pelage, S. Thomas et Molina, Jansénius et Suarez, Leibnitzet Fénelon, la prédestination avec la prescience et le libre arbitre, le déterminisme et le liberthme modernes.
Tous les mystères renaissent.
Mais les deux vérités inéluctables sont posées ; que peuvent contre elles les difficultés d'accord? Le génie de l'homme s'évertuera toujours sur cette énigme : noble étude qui prouve à la fois sa grandeur et sa petitesse. Il est dans le relatif; Dieu est dans l'absolu ; comment exigerait-il de réussir pleinement une telle escalade? Il ne la réussira jamais : aucune intelligence relative ue la réussira parfaitement non plus ; Dieu seul, dans l'éternité, comprend et peut comprendre véritablement son mystère de la création et de la créature, parce que lui seul embrasse tout ce qui est. Cependant, on approchera du point inaccessible ; on en approchera de plus en plus sans jamais l'atteindre ; et les élucubrations des génies, de Platon à Spinosa, d'Augustin à Malebranche, des anciens à ceux de l'avenir, serviront toutes à élargir la sphère de pénétration de la pensée humaine dans le mystère du relatif et de l'absolu.
Pour nous qui voyons si souvent l'harmonie où les autres ne voient que la contradiction, et qui trouvons toujours le vrai système dans un point qui rayonne, comme centre, des excès contraires formant la circonfé-