MEMBRES DE L'ÉGLISE. V
Église, § 3.
MENACES. Selon la remarque de plusieurs Pères de l'Eglise, les menaces que Dieu fait aux pécheurs sont un effet de sa bonté ; s'il avait dessein de les punir, il ne chercherait pas à les effrayer ; il les laisserait dans une entière sécurité. La justice de Dieu exige, sans doute, qu'il accomplisse toutes ses promesses, à moins que les hommes ne s'en rendent indignes pas leur désobéissance, mais elle n'exige point qu'il exécute de même toutes ses menaces; il peut
pardonner et faire miséricorde à qui il lui plaît, sans déroger à aucune de ses perfections. Nous voyons dans l'Ecriture sainte que Dieu s'est souvent laissé toucher en faveur des pécheurs par les prières des justes.
Combien de fois l'intercession de Moïse n'a-t-elle pas détourné les coups dont Dieu voulait frapper les Israélites?
C'est la remarque de saint Jérôme, Bial. 1, contra Pelag., c. 9;inlsaïam, c. ult.; in Epist. ad Ephes., c. 2; de saint Augustin, L. de Gestis Pelagii, c. 3, n. 9 et 11 ; contra Julian., 1. 3, c. 18, n. 35; contra duas Epist. Vclag., 1. 4, c. 6, n. 16; de saint Fulgence, L. 1, ad Monim., c. 7, etc. Voyez Miséricorde.
Il ne s'ensuit pas de là que nous sommes en droit de ne pas craindre l'effet des menaces de Dieu, puisque souvent il les exécute d'une manière terrible, témoins les hommes antédiluviens, les Sodomites, les Egyptiens, les Israélites idolâtres et rebelles, etc.
Mais.il n'a point accompli celles qu'il avait faites à David, au roi Achab, •aux Ninivites, etc., parce qu'ils en ont été touchés, et ont fait pénitence.
Dans ces occasions, l'Ecriture dit que Dieu s'est repenti du mal qu'il voulait faire aux pécheurs, Ps. 105, f 45; Jerem., c. 26, j> 19, etc.; parce que sa conduite ressemble à celle d'un homme qui se repent d'avoir menacé.
Dieu lui-même déclare ailleurs qu'il est incapable de se repentir et de changer de volonté. Voyez Axïtmopopathie.
iîergier.
MÉNANDRIENS, nom d'une des plus anciennes sectes de gnostiques.
Ménandre, leur chef, était disciple de Simon le Magicien; né comme lui dans la Samarie, il ht aussi bien que lui profession de magie, et suivit les mêmes sentiments. Simon se faisait nommer la grande vertu; Ménandre publia que cette grande vertu était inconnue à tous les hommes; que pour lui il était envoyé sur la terre par les puissances invisibles pour opérer le salut des hommes. Ainsi Ménandre, et Simon son maître, doivent être mis au nombre des faux messies qui parurent immédiatement
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après l'ascension de Jésus-Christ, plutôt qu'au rang des hérétiques
Lun et l'autre enseignaient que Dieu ou la suprême intelligence qu ils nommaient Ennoîa, avait donné letre a un grand nombre de génies qui avaient formé le monde et la race des hommes; c'était le système des platoniciens. Valentin, quiparut après Menandre fit la généalogie de P ces génies, qu il nomma des éons. Voyez VALENra.E.vs. Il parait que ces imposteurs supposaient que, dansle nombre des génies, les uns étaient bons et bienfaisants, et les autres mauvais et que ces derniers avaient plus de part que les premiers au gouvernement du monde, puisque Menandre se prétendait envoyé par les génies bienlaisants, pour apprendre aux hommes les moyens de se délivrer des maux auxquels 1 homme avait été assujetti par les mauvais génies.
Ces moyens, selon lui, étaient d'abord une espèce de baptême qu'il conférait a ses disciples, en son propre nom, et qu'il appelait une vraie résurrection, par le moyen duquel il leur promettait l'immortalité et une jeunesse perpétuelle; mais, comme 1 observe le savant éditeur de saint Irenee, sous le nom de résurrection, Menandre entendait la connaissance de la vente, et l'avantage d'être sorti des ténèbres de l'erreur. Il n'est guère possible qu'il ait persuadé à ses partisans qu'ils seraient immortels et délivrés des maux de cette vie, dès quils auraient reçu son baptême. Il est donc probable que, par l'immortalité, Menandre promettait à ses disciples qu'après leur mort, leur corps, dégage de toutes ses parties grossières, reprendrait une vie nouvelle Plus heureuse que celle dont il jouit £ • a 5' Q u , el( ï ue violent que soit le désir dont les hommes sont possédés de vivre toujours, il ne paraît pas possible de persuader à ceux qui sont dans leur bon sens qu'ils peuvent jouir de ce privilège. Le premier ménandnen que l'on aurait vu mourir aurait détrompé les autres. On connaît 1 entêtement des Chinois à chercher le breuvage d'immortalité, mais aucun na encore o,ô se vanter de lavoir trouvé; et quand un Chinois
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serait assez insensé pour l'affirmer, I n est pas vraisemblable qu'aucun voulut l'en croire sur sa parole
L autre moyen de triompher des génies créateurs et malfaisants était la pratique de la théurgie et de la magie, secret auquel les philosophes platoniciens du iv« siècle, nommés éclectiques eurent aussi recours dans le même dessein. Voyez la première Dissertation de dom Massuet, fur7aZ Irénée, art 3, § 2; Moshei'm, bSS.
Eistonae chnstianœ, sœc. 1 nart 2 cap. o, § IS. .l'an. ^,
Menandre eut des disciples à An-
Wn 6 ' a 1 Û - J en ayait encor e du temps de saint Justin; mais il ya beaucoup d'apparence qu'ils se confondirent bientôt avec les autres sectes de gnostiques.
Quelque absurde qu'ait été sa doctrine, on peut en tirer des conséquences importantes, i ° Dans le temps que Jésus-Christ a paru sur la terre on attendait dans l'Orient un Messie!
un Rédempteur, un Libérateur du genre humain, puisque plusieurs imposteurs promurent de cette opinion pour s annoncer comme envoyés du ciel et trouvèrent des partisans.
l Les prétendus envoyés, qui ne voulaient tenir leur mission ni de Jesus-Christ ni des apôtres, ne se sont cependant pas inscrits en faux contre les miracles publiés à la prédication de 1 Evangile ; les anciens Pères ne les en accusent point, ils leur reprochent seulement d'avoir voulu contrefaire les nuracles de Jésus-Christ et des apôtres, par 1 » moyen de la magie, bimon et Menandre étaient cependant très à portée de savoir si les faits publies par les évangélistes étaient vrais ou faux, puisqu'ils étaient nés dans la Samane et dans le voisinage de Jérusalem. 3° Nous ne voyons pas non plus que ces premiers ennemis des apôtres aient forgé de faux évangiles ; cette audace ne commença que dans le second siècle, longtemps après la mort des apôtres. Tant que ces témoins oculaires vécurent, personne nosa contester l'authenticité ni la vérité de la narration des évangélistes.
I4ÇS hérétiques se bornèrent d'abord a 1 altérer dans quelques passages qui les incommodaient; bientôt, devenu»
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plus hardis, ils osèrent composer des histoires et des expositions de leur croyance, qu'ils nommèrent des évangiles. 4° Ces anciens chefs de parti étaient des philosophes, puisqu'ils cherchaient, par le moyen du système dePlaton, à résoudre la difficulté tirée de l'origine du mal II n'est doue pas vrai, comme le prétendent les incrédules, que la prédication de l'Evangile n'ait fait impression que sur les ignorants et sur le bas peuple. Ceux qui ont cru et se sont faits chrétiens, avaient à choisir entre la doctrine des apôtres et celle des imposteurs qui s'attribuaient une mission semblable.
Il n'est pas vrai non plus que le christianisme ait fait ses premiers progrès dans les ténèbres, et sans que l'on ait
Ï>ris la peine d'examiner les faits sur esquels il se fondait, puisqu'il y a eu de vives disputes entre les disciples des apôtres et ceux des faux docteurs ; et puisque la doctrine apostolique a triomphé de ces premières sectes, c'est évidemment parce que l'on a été convaincu de la mission des premiers et de l'imposture des seconds. Voyez .
Sxmokieks.
Bergieh.
MENDIANTS, nomde religieux qui, pour pratiquer la pauvreté évangélique, vivent d'aumônes, et vont quêter leur subsistance. Les quatre ordres mendiants les plus anciens sont les carmes, les jacobins ou dominicains, les cordeliers et les augustins; les plus modernes sont les capucins, les récollets, les minimes, et d'autres dont on peut voir l'institut et le régime dans l'Histoire des ordres monastiques, par le père Héliot. Nous parlons des principaux sous leurs noms particuliers.
L'inutilité et l'abus des ordres mendiants sont un des lieux communs sur lesquels nos philosophes politiques se sont exercés avec le plus de zèle.
Suivant leur avis, ces religieux sont non-seulement des hommes fort inutiles, mais une charge très-onéreuse pour les peuples. Les privilèges qu'ils ont obtenus des souverains pontifes e.tft contribué à énerver la discipline caylésiaslique ; les quêtes sont pour eux u 11 c occasion p toehaine de dérègle-
ment, de bassesse, de fraudes pieuses, etc. Toutes ces plaintes ont été copiées d'après les protestants. On voudra bien nous permettre quelques observations sur ce sujet.
1° C'est dans le xn° siècle que les ordres mendiants ont commencé.
Dans ce temps-là, l'Europe était infectée de différentes sectes d'hérétiques qui, par les dehors de la pauvreté, de la mortification, de l'humilité, du détachement de toutes choses, séduisaient les peuples et introduisaient leurs erreurs. Tels étaient les cathares, les vaudois ou pauvres de Lyon, les poplicains, les frérots, elc.
Plusieurs saints personnages qui voulaient préserver de ce piège les iidèles, sentirent la nécessité d'opposer des vertus réelles à l'hypocrisie des sectaires, et de faire par religion ce que ces derniers faisaient par le désir de tromper les ignorants. Tout prédicateur qui ne paraissait pas aussi mortifié que les hérétiques, n'aurait pas été écouté ; il fallut donc des' hommes qui joignissent à un véritable zèle la pauvreté que Jésus- Christ avait commandée à ses apôtres. Matth.,c. 10, } 9; Luc, c. 14, f 33, etc. Plusieurs s'y engagèrent par vœu, et trouvèrent des imitateurs. Mosheim, quoique protestant, très-prévenu contre les moines et surtout contre les mendiants, convient cependant de cette origine, Ilist. ecctésiast., seec. 13, 2° part., c. 2, § 2t. Ce dessein était certainement très-louable ; on doit en savoir gré à ceux qui ont eu le courage de l'exécuter; et quand le succès n'aurait pas répondu parfaitement aux vues des instituteurs et des papes qui les ont approuvés, on n'aurait pas droit de les en rendre responsables ni de les blâmer.
Les critiques qui ont dit que l'institution des ordres mendiants estait l'ouvrage de l'ignorance des siècles barbares, d'une piété mal entendue, d'une fausse idée de perfection, etc., ont très-mal rencontré ; c'était un etfet de la nécessité des circonstances et de la disposition des peuples.
Ceux qui ont écrit que c'était un projet de politique de la part des papes; que ceux-ci voulaient avoir,
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dans les mendiants, une espèce de milice toujours prête à exécuter leurs ordres et à seconder leurs vues ambitieuses, ont été encore moins neureux dans leur conjecture. Quelle ressource les papes pouvaient-ils esperer de trouver, pour étendre leur puissance, dans l'humilité timide de saint François, ou de ceux qui ont réforme des ordres religieux? S'ils avaient fondé là-dessus leurs vues ambitieuses, ils auraient été cruellement trompés, et l'esprit prophétique qu on leur prête aurait bien mal vu i avenir; cela sera prouvé dans un moment.
2o Loin d'avoir eu l'intention de se rendre inutiles au monde, les fondateurs des ordres mendiants ont eu
Z\ %J?, Se 4 c ° n , sacrer à l'instruction des fidèles et à la conversion de ceux qui étaient tombés dans l'erreur • ils y ont travaillé aussi bien que leurs disciples, avec le zèle le plus sincère, et avec beaucoup de fruit. Alors le cierge secu lier était fort dégradé ; il fallut remplir le vide de ses travaux par ceux des religieux mendiants ; de la vint le crédit et la considération qu ils acquirent. Mosheim en convient encore. Aujourd'hui même depuis que le clergé est rétabli, il y a encore une infinité de paroisses pauvres et d'une desserte difficile, dans esquelles on a besoin du secours des religieux. Il n'est d'ailleurs aucun des ordres mendiants dans lequel il n y ait eu des savants qui ont honoré 1 liglise par leurs travaux littéraires autant que par leurs vertus.
^ J° Les p , apes ' en approuvant ces
£ôi 5 , n ? J - S ont P° int ^ustraits d abord à la juridiction des évêques • les exemptions ne sont venues qu après, et c'a été encore l'effet des circonstances et de la dégradation dans laquelle le clergé séculier était tombe. Nous convenons que les religieux en abusèrent quelquefois ; que
Wr* d T' tes \ le V rs Patentions, leur révolte contre les évêques, leur ambition dans les universités, ont été "L ^ désordres q«i ont donné le "i d occupation et d'inquiétude aux papes, Mosheim, saec. 1*. 2» part.,
S9ft J- ?; , S8 ? c - ,5 > 2 8 part., c. 2 S 20. Mais il n'est pas vrai que les
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ES» IV ■ 16nt ordina »'ement sou." tenus, plusieurs ont donné des bulles pour les réprimer. Depuis que le concile de Trente a remis les choses dans l'ordre, qne les anciens abus ne subsistent plus et ne sont plus à craindre, il est de mauvaisegrâce d en rappeler le souvenir, et de ren!
dre les religieux d'aujourd'hui responsables des fautes commises il y a deux cents ans. y
4° Nous voyons dans la règle de' saint Augustin, et dans celle de saint François, que suivent la plupart des
E&J* PiU i7 eS ' qUe le de »S de nstituteurs était d'en placer dans les couvents, dans les campagnes Plutôt que dans les villes, afin que'
r e uire S er^ fUSSe ^ ap P liquésà ^ truire et à consoler la partie du
peuple qui en a le plus besoin, e" partageassent leur temps entre la E!' LTS?*? , et !• travail des
mains. Si leur intention n'a pas été mieux suivie, à qui en est la faute?
Aux laïques principalement. Ceux-ci.
plus occupes de leur commodité que du besoin des peuples, ont multiplié les couvents dans les villes, parce qu'ils voulaient des églises plus à leur portée que les paroisses, des ouvriers plus souples et plus 'complaisants que les pasteurs, des chapelles, des sépultures, des fondations pour eux seuls, une piété qui satisfit tout à la fois leur mollesse et leur vanité. Mosheim, sœc. 13, 2 part., chap. 2, § 26. Il était bien difficile que les religieux ne s'y prêtassent pas par intérêt. A qui doit-on
S„ e i?^ re . Ddre d * s abus <ï ui en ont résulté? Ceux qui ont été la principale
c ™?° dl J mal ont-ils droit de s'en
plaindre? On a tendu des pièges au
désintéressement des religieux, et
tombés! 6 ^ " qU ' ilS y S0Dt 5° Il est faux que la mendicité soit la source du relâchement des religieux, puisqu'un désordre égal s'est glissé dans les maisons des moines rentes, dont la richesse est aujourd -« X n sujet de Jalousie et de cupidité. On ne pardonne pas plus l'opulence aux uns que la pauvreté aux autres; on n'approuve pas plus la vie solitaire, mortifiée, laborieuse, édi-
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fiante des religieux de la Trappe et de Sept-Fonds, qui ne sont à charge à personne, que l'oisiveté, la dissipation et le relâchement des religieux mendiants. Si les séculiers n'avaient pas eu de tout temps l'empressement de s'introduire chez les religieux, de se mêler de leurs affaires, de juger de leur régime, le mal serait moins grand. Mais un moine dyscole, dégoûté de son état, révolté contre ses supérieurs, ne manque jamais de trouver des soutiens et des protecteurs. Les pères de famille, embarrassés de leurs enfants, ont souvent fait entrer dans le cloître ceux qui étaient le moins propres à prendre l'esprit et à remplir les devoirs de cet état; ceux-ci ont été forcés de se donner à Dieu, parce qu'ils étaient le rebut du monde. Ainsi l'on déclame contre l'état religieux, parce que les séculiers sont toujours prêts à le pervertir. La vertu la plus courageuse peut-elle tenir contre l'air empesté d'irréligion et de corruption qui règne aujourd'hui dans le monde? Il faut que ce poison soit bien subtil, puisqu'il a pénétré dans les asiles mêmes qui étaient destinés à en préserver les hommes.
Nous avons infecté de nos vices l'état religieux, tout saint qu'il était par lui-même ; donc il faut le détruire. Tel est le cri qui retentit à présent dans une grande partie de l'Europe, et tel est le triomphe préparé au vice sur la vertu. Celle-ci, honteuse et proscrite, ne saura plus où se cacher. Heureusement il est encore des déserls; lorsque les moines auront le courage de s'y retirer comme leurs prédécesseurs, alors leurs ennemis confondus seront forcés de leur rendre hommage.
Un protestant plus judicieux que les autres, qui a beaucoup réfléchi sur la nature et sur la société, après avoir reconnu l'utilité des communautés religieuses dans lesquelles on travaille, n'a pas excepté celles des mendiants. « Dans cette classe d'hom- » mes, dit-il, il y en a, sans doute, » que l'on peut regarder comme des » paresseux, et que l'on nomme or-
» dinairement fainéants, pour exciter » contre eux la haine publique. Mais » que de fainéants pareils ne ren- » ferme pas le monde! Fainéants « dorés, armés, portant les couleurs » de celui-ci ou de celui-là, ou des hail- <) Ions, ou le pistolet, pour le pré- » senter à la gorge des passants. Il » y a des paresseux parmi les hom- » mes; il faut y pourvoir de quelque » manière, et celle-là est une des » plus douces. Ce n'est point encou- » rager la paresse, c'est l'empêcher » d'être nuisible au monde, et il me » semble que l'on n'y pense pas » assez, non plus qu'à ceux que l'état » de la société rend oisifs. » Lettres sur l'hist. de la terre et de l'homme, t. 4, page 78.
D'ailleurs c'est une erreur de croire que, dans les maisons de religieux mendiants, personne ne travaille que les frères lais et les domestiques. Une communauté ne peut subsister sans un travail intérieur et des occupations- continuelles; et les couvents dont nous parlons ne sont pas assez riches pour payer des mercenaires.
Ils ont ordinairement un vaste enclos, dont la culture est très-soignée, et il n'est point de religieux robuste qui n'y travaille de temps en temps, qui ne s'occupe de quelque travail manuel et des soins domestiques; c'est un des préceptes de leur règle.
Lorsqu'on aura trouvé le moyen de rendre utiles tant d'honnêtes fainéants qui vivent dans le monde, et qui l'infectent par leurs vices; lorsqu'on aura supprimé tant de professions dont la subsistance n'est fondée que sur la corruption des mœurs ; lorsqu'on aura persuadé aux nobles que le travail n'est point un apanage de la roture, ni un reste d'esclavage, qui ne dégrade point la noblesse, et qu'il y a plus d'honneur à travailler qu'à mendier, il sera permis de penser à la suppression des ordres mendiants. Mais tant que l'on verra ues armées de nobles fainéants assiéger les cours et les palais des grands, y exercer une mendicité plus honteuse que celle des moines, puisqu'elle vient ordinairement d'une mauvaise conduite et d'un faste insensé, il sera
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difficile de prouver que la mendicité religieuse est un opprobre (1)
Ceux qui mènent une vie oisive dans le cloître, ne seraient pas plus laborieux s'ils étaient au milieu de Ja soc ' e te; ils y augmenteraient la corruption de laquelle l'état religieux les met a couvert, du moins jusqu'à un certain point. H
H ne faut cependant pas oublier que saint Augustin, dans son livre de Opère monachorum, prend la défense des moines qui vivaient du travail de leurs mains, contre ceux qui prétendaient qu'il était mieux de vivre des oblations ou des aumônes des fidèles Voyez Moine.
Bergier.
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MENG-TSEU ou MENCIUS (Théol.
hist biog. et bibHog.) - C e nhiln
TsÏÏ e o? in r° iS > diS ^ le * Ko»?
iseu ou Confucius, vécut environ
çmqcents a nsavantJesus-Chris"c'es^ lui Qui dit que sous Yao, fondateur
s'étaient ^"^ « ics e «" ™ s étaient pas encore retirées. »
Le Nom.
MENEE, MENOLOGE ou MÉNOLOtxUE. Ce sont des livres à l'usage des Grecs; leur nom vient de u$vk mois Les menées contiennent l'office de l'année, divisée par mois, avec le nom et la légende des saints dont on doit faire ou 1 office ou la mémoire ; c'est Ja partie de nos bréviaires que nous nommons le propre des saints.
Le ménologe est le calendrier ou le martyrologe des Grecs ; c'est le recueil des vies des saints, distribuées pour chaque jour des mois de l'année ; les Grecs en ont de plusieurs sortes, et qui ont été faits par différents auteurs. Depuis leur schisme, us y ont inséré les noms et les vies de plusieurs hérétiques qu'ils honorent comme des saints. Les écrivains nagiograpb.es citent souvent les menées et le ménologe des Grecs, mais on convient que ces deux ouvrages ont ete faits sans aucune critique, et sent remplis de fables. Qailtet, Disc.
sur les Vies des Suints. '
Gergier.
(1) Celle tTade est excellente; mais il n'en est pas mo.ns vrat q „e l'oisiveté des uns ne justifie pas celle des autres, et qu'aujourd'hui -urtout ouX l.ndustne maténelle et i.,t.ll.ct,,«lla ,„, es. deve «ne a grande force motrice des société,, il De c „„. «ont pins que la mendicité soit consacrée par des âut,n,at,o„s et privilèges ec,-lés,as„q„e,. Le bon
la Lou , P t" q " B J ". n ' ai " [ ' OD " no N le d ' Mit 4f» P»" foi dé citer HT- iT*""' *"" *•»«* » '» «»»n°
Il Nom.
et bibliog. — Ce théologien de P.
confession d'Augsbour"- V é \ p.?.,J?
piqué dans les discussions avec Osiander, avec Amsdorf.su rie majorisme etc., a laissé les écrits suivants •«£-'
TmrZ C n! mnieS et ain thèmes vital l T J**"™»' JSS7 ; Exposé vé.
Facv\ ** croyables prétentions de *JMius lllyncus et de M. Nicolas
vaut devant Dieu, contre le nouvel écrit
int lm i der : i 552 = Comment, in libr.
ùarnuelis et Acta Apostolorum, 1531 de Exorcismo in Baptismo, tm-, Es- ££ des ( a . naba P^tcs, 1534, etc. ; delà Préparation a la bonne mort; Sermons sur le Salut 1356. « Amsdorf, dit M. Bnschar, tira de ce dernier ouvrage les propositions suivantes, et les i donna comme preuve de l'hétérodoxie de l'auteur : « Ceux qui veulent être sauvés doivent faire pénitence et l'Esprit-Saint commence dans les fidèles la justice et la vie.
lant que nous marchons dans la chair pécheresse l'esprit est faible et impartait, mais nécessaire au salutil ne sera parfait que dans l'avenir' après la résurrection. Ceux qui!
sans la loi ni les œuvres, par la foi seule du Christ, ont été sauvés, ont cependant besoin de se tenir en garde, de peur de perdre, par le péché contre Dieu et leur conscience, le salut qui leur a été accordé sans aucun mérite, par pure grâce, et doivent conserver un cœur pur, une bonne conscience et une foi sincère. » Ces propositions ayant pu devenir la cause et l'objet d'une persécution prouvent combien la grande portion des théologiens luthériens (le parti fanatique de PlaciuS ) qui maintenaient et . appliquaient dans toute leur rigueur les propositions
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extrêmes de Luther, s'étaient écartés de l'esprit de la morale chrétienne. »
Le Nom.
MENNONITES. Voyez Anabaptistes.
MÉNOCHIDS(Jean-Étienne). (Théol.
hist. biog. et bibliog.) — Cet exégète célèbre, de la compagnie de Jésus, né à Pavie en 1576 et mort à Rome en 1655, alaise : Brevis Explicatio sensus litteralis totius Scripturse,le plus connu de ses ouvrages.
« il voulut, dit M. Reusch, rendre par ce travail le sens littéral de l'Écriture accessible à ceux qui n'ont ni le temps ni l'occasion de lire de longs commentaires. D'autres théologiens de son ordre, notamment Jean Mariana, Guillaume Estius et Emmanuel Sa, avaient déjà fait la même tentative; mais. Ménochius les surpassa ; lui-même fut ensuite laissé en arrière par un autre Jésuite, le Père Tirinus. Son Explication est précédée de prolégomènes en vingthuit chapitres, qui traitent brièvement des questions relatives à l'introduction à l'étude de la Bible et à l'herméneutique L'ouvrage fut souvent imprimé (Cologne, 1630, 2 vol.
in-fol.)...
» lia été, en 1843, imprimé, avec la paraphrase française de la Bible de Carrière, à Lille, en 8 vol. in-8°, Hieropolitica,s. institutiones politicœ ex S. Scrifturis depromptse, lib. 3,Lugd., 1625 ; Institutioncs œconomicseex S. Litteris depromptse, lib. 2, Lugd., 1627 ; de Republica Hebrxorum, iib. 8, Paris, 1648; Historia vitœ Chri&i ; Historia sacra ex libro Act. Apost.; Diatribse, quibus plura Scripturx loca diserte exponuntur, Rome, 1647. On trouva encore, après sa mort, et on publia une OEconomia Christiana, Venet., 1656, et une Historia sacra rniscella ex variis auctoribus, Venet., 1057.
Le Noie.
MENSE {Théol. hist. génér.) — Il y avait la mcnse capitulaire, la mense épiscopale et la mense des pauvres.
Voici comment M. Permaneder explique les deux premières :
« Tant que dura la vie commune
dans les chapitres des cathédrales [vita eommunis seu canonica) on prit l'entretien de l'évèque et des chanoines sur les revenus communs de l'église cathédrale ; mais la vie commune des chanoines ayant été abolie dans le x° et le xi° siècle, et les chanoines s'étant logés séparément, ayant renoncé plus tard à la table commune pour tenh' chacun leur maison, on procéda à un partage des revenus antérieurement destinés à la table commune, et l'évèque reçut sa part, mensa episcopalis, le chapitre la sienne, mensa capitulons.
» La part destinée aux chanoines de la cathédrale fut à son tour divisée d'après le nombre des chanoines, en ayant égard à la hiérarchie des dignités, des personats et dessimples canonicats, en autant de portions de qualités diverses, prœbendse.
» Le prévôt ou prieur était habituellement chargé de l'administration des biens du chapitre ; la mense épiscopale était régie par un fonctionnaire particulier, par un économe épiscopal (vice-dominus) , nommé par l'évèque (1). L'aliénation des biens du chapitre n'était valable qu'avec le consentement, non-seulement de l'évèque, mais de tous les chanoines (2). Les menses épiscopales ne pouvaient être aliénées qu'avec l'autorisation, du Pape (3), prescription qui est encore en vigueur là où la dotation d'un siège épiscopal est constituée en biens immeubles; car cette obligation est comprise dans le serment de sujétion que les archevêques et les évoques prêtent au Saint- Siège. »
Ou appelait dans l'origine mense des pauvres, mensa pauperum, la table commune des pauvres que l'ordre des clercs, ordo clericorum, c'est-à-dire, des diacres, était chargé d'entretenir. « Lorsque cette table commune, dit le même, tomba en désuétude et que les revenus de l'Église se diversifièrent et se multiplièrent, on en
(1) Carol. M., Cap. 1, ann. 802, o. 13. Lotliar. 1 Cap., ann. 824, c. 9. ,
(2) C. 1, 2, 3 8, X, De liis quts fiunt a Prslat., 111, 10. ,Sext., c. 2, de Iteb. eccles. non alien., 111, 9.
(3) C. 8, X, de Reb. eccl. non alien.
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destina une part déterminée, ordinairement le quart des revenus, à l'entretien des pauvres. Mais pour avoir, dans la distribution de ces aumônes, une mesure qui permit d'apprécier les nécessités et' le mérite des familles et des individus secourus, les principales églises tinrent des matricules des pauvres, dans lesquelles on consignait l'état, la situation, la moralité de ceux qui avaient besoin de secours...
» La constitution des chapitres des cathédrales et des collégiales confiait la charge des pauvres au chapitre, et 1 on mettait régulièrement en réserve, sur les menses épiscopales et les fonds des chapitres, une part déterminée pour les institutions de bienfaisance, en général très-généreusement dotées, et cette portion était nommée la mense des pauvres. Dans les églises cathédrales c'était ordinairement le prévôt qui administrait ces revenus ; dans les églises paroissiales c étaient un ou plusieurs membres de la paroisse, sous l'autorité et le contrôle du curé, qui étaient nommés administrateurs du bien des pauvres, et qui, chaque année, rendaient compte à l'évêque, lors de ses visites. On continuait à immatriculer les pauvres.
» Dans les temps modernes les institutions de bienfaisance ont été généralement mises dans les attributions de l'État et des communes, et la part que les curés ont encore comme membres permanents ou présidents des comités de bienfaisance locaux ne leur est régulièrement attribuée qu'en vertu de la loi civile qui constitue ces comités. »
Le Noir.
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MENSONGE, discours tenu à quelqu'un dans l'intention de le tromper.
L'Ecriture sainte condamne toute espèce de mensonge; l'auteur de l'Ecclésiastique, c. 7, f 14, défend d'en proférer aucun, de quelque espèce qu'il soit ; le juste, selon le psalmiste, est celui qui dit la vérité telle qu'elle est dans son cœur, et dont la langue ne trompe jamais. Ps. 14, y 3. Jésus- Chnst, dans l'Evangile, dit que le mensonge est l'ouvrage du démon;
que cet esprit de ténèbres est menteurdesl origine, etpèredu mensonge.
iTtiî; *>> ?*.- Saint p aul exhorté les fidèles à éviter tout mensonge, à dire la venté sans aucun dêeuisement Ephes.,c. 4, J2S. Saint Jacques leur fait la même leçon. Jac, c. 3, T 14. Saint Paul va plus loin, il décide qu'il n'est pas permis de mentir pour procurer la gloire de Dieu, ni de taire du mal pour qu'il en arrive du bien. Rom., c. 3, y 7 et 8.
Quelques incrédules ont osé accuser Jésus-Christ d'avoir fait un mensonge.
A la veille de la fête des Tabernacles, les parents de Jésus l'exhortèrent à
Sy /ïî 0ntrer et à se faire connaître, « Allez-y vous-même, répondit le » Sauveur ; pour moi, je n'y vaispoint, » parce que mon temps n'est pas en- » core venu. Il demeura donc encore » quelques jours dans la Galilée, en- » suite il alla à la fête en secret, et » sansêtre accompagné. » Joan., c. 7, y 3. Jésus, comme on le voit, ne répondit pas, je n'irai point, mais je n'y vais point, parce que mon temps n'est pas encore arrivé; nous ne sommes pas encore au moment auquel je veux y aller. Il n'y a là ni équivoque, ni restriction mentale, ni ombre de fausseté.
Il n'y en a pas davantage dans la conduite de Jésus-Christ à l'égard des deux disciples qui allaient à Emmaûs.
le lendemain de sa résurrection ; ii est dit que sur le soir, le Sauveur, après avoir marché avec eux, fit semblant de vouloir aller plus loin. Luc cap. 24, y 18. Il voulait les engager à le presser de demeurer avec eux comme ils firent en effet; ce n'est point là un mensonge, mais un procédé très-innocent.
On ne prouvera jamais que Dieu ait approuvé aucun des mensonges dont il est fait mention dans l'histoire sainte; il ne les a pas toujours punis en privant de ses bienfaits les coupables ; mais où est-il décidé que Dieu doit aussitôt punir toutes les fautes des hommes, et qu'en les pardonnant il les autorise et les approuve?
Il faut faire attention que comme l'on peut mentir par un simple geste, un geste suffit pour dissiper toute l'équivoque ou la duplicité qui parait
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dans les paroles; qu'ainsi l'on doit être très-réservé à soutenir que tel personnage a commis un mensonge dans telle circonstance.
Saint Augustin a fait en deux livres un traité exprès sur le mensonge, dans lequel il le condamne sans exception, et décide qu'il n'est jamais permis de mentir, pour quelque raison que ce soit; que si le mensonge officieux est une moindre faute que le mensonge pernicieux, il n'est cependant ni louable, ni absolument innocent.
Après l'avoir prouvé par les passages de l'Ecriture que nous avons cités, le saint docteur observe que, sous prétexte de rendre service au prochain, l'on se permet aisément toute espèce de mensonge; que quiconque prétend qu'il lui est permis de mentir pour l'utilité d'autrui, se persuade aussi fort aisément qu'il peut le faire légitimement pour son propre intérêt. A la vérité, dit-il, il parait dur de décider qu'on ne doit pas mentir, même pour sauver la vie à un innocent; mais si l'on soutient le contraire, il faudra dire aussi qu'il est permis, par le même motif, de commettre un autre crime, un parjure, un blasphème, un homicide, etc. En ce genre, les fausses inductions et les argumentations par analogie iraient à l'infini. De là il conclut que l'on ne doit mentir ni pour l'intérêt de la religion, dont la première base doit être la vérité, ni sous prétexte de procurer la gloire de Dieu, de délourner un pécheur du crime, de sauver une âme, etc., puisque aucun autre péché n'est justifié ni permis par ces mêmes motifs (1).
Ajoutons qu'en suivantle sentiment contraire, nous serions tentés de douter de la véracité même de Dieu, de croire que quand il nous parle, il nous trompe peut-être pour notre bien; nous sentons cependant que ce soupçon serait un blasphème. Voy.
Véracité de Died.
Dans son second livre, saint Augustin réfute les priscillianistes, qui alléguaient les mensonges rapportés dans l'ancien Testament, pour prou-
(l) Lisez notre article qui suit celui-ci sur lo xneasouge oflicieux.
Le Noir.
ver qu'il leur était permis d'employer ce moyen, et même le parjure, pour dissimuler leur croyance. Il observe très-bien, ch. 10, n. 22, et ch. 14, n. 1 9, que tout ce qu'ont fait les saints et les justes, n'est pas un exemple à suivre; qu'ainsi rien ne nous oblige de justifier toutes les actions des pa- .
tri arches.
Il soutient cependant qu'Abraham et Isaac n'ont pas menti, en disant que leurs femmes étaient leurs sœurs, c'est-à-dire leurs parentes, puisque cela était vrai. Barbeyrac, plus sévère, prétend que c'était un vrai mensonge, parce que l'intention d'Abraham était de tromper les Egyptiens, en priant Sara de dire qu'elle était sa sojur. La question est de savoir, si taire la vérité, dans une circonstance où rien ne nous oblige à la dire, lorsque d'ailleurs on ne dit rien de faux, c'est encore commettre un mensonge. Voilà ce que Barbeyrac, Bayle, et les autres censeurs des Pères ne prouveront jamais. Voyez Traitéde la Monde des Pères, c. 14, § 7.
Saint Augustin cherche à excuser le mensonge par lequel Jacob trompa son père Isaac, en lui disant qu'il était Esaù, son aîné ; il dit que cette action était un type ou une figure des événements qui devaient arriver dans la suite ; mais cette raison ne suffit pas pour la justifier ; il vaut mieux s'en tenir à la maxime posée par ce saint docteur, que toutes les actions des anciens justes ne sont pas des exemples à suivre. Voyez Jacob.
Il dit que Dieu a récompensé dans les sages-femmes d'Egypte 1 et dans Raab, non leme)!so?!S , equ'elles avaient commis, mais la charité qui en était la cause ; il pense même que ces femmes auraient été récompensées par le bonheur éternel , si elles avaient mieux aimé souffrir la mort que de mentir. De Mend., 1. 2, c. 15, n. 32, c. 17, n. 34. Mais il nous paraît que les sages-femmes d'Egypte ne mentirent point, en disant au roi que les femmes des Hébreux s'accouchaient elles-mêmes; celles-ci, averties de l'ordre donné de faire péuir leurs enfants mâles, évitèrent, sans doute, de faire venir des sages-femmes égyptiennes.
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Nos philosophes moralistes n'ont pas manqué de trouver trop sé«ère la doctrine de saint Augustin sur le mensonge, qui est celle du commun des Pères et des théologiens. Ils ont décide que mentir pour sauver la vie a des innocents, ou pour délourner un homme de commettre un crime est une action très- louable, et qui né peut être condamnée qu'au tribunal des insensés. C'est l'opinion de Barbeyrac, censeur déclaré de la Momie des Pères, c. 14, § 7.
Mais ces grands critiques ont-ils repondu aux raisons par lesquelles saint Augustin a prouvé ce qu'il enseigne? Ils n'ont pas seulement daigne en faire mention ; elles demeurent donc dans leur entier. Par une contradiction grossière, quelquesuns ont blâmé Origène, Cassien, et un petit nombre d'autres, qui semblent ne pas condamner absolument le mensonge officieux ; et en censurant ceux qui réprouvent absolument toute espèce de mensonge et de fausseté, ils se sont obslinésà prétendre que les Pères en général se sont permis dos fraudes pieuses ou des mensonges par motif de religion. De deux choses l'une, ou il ne fallait pas soutenir l'innocence du mensoiwe officieux, ou il ne fallait pas accuser les Pères d'en avoir commis ; c'est cependant ce qu'a fait Le Clerc à 1 égard de saint Augustin en particulier. Voi/ez ses Notes sur les Ouvrages de ce Père, tom. 5, inSerm. 3^ ■ tom. 6, in Lib. de Mmd.; tom 7,' m L. 22, de Civit. Dd, rap. 3, S 1.
Toules ces inconséquences démontrent qu'en se bornant aux lumières delà raison, il n'est pas aisé d'établir sur le mensonge une règle générale et infaillible; qu'ainsi lu loi naturelle n est pas aussi claire que le prétendent les déistes, même sur nos devoirs les plus communs, et qu'il est beaucoup plus sur de nous lier aux leçons de la révélation.
Beiigier.
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giens, et dans le peuple, qu'il n'est jamais permis de mentir ; et certes nous n'allons pas établir une thèse* contraire à cette maxime ; Dieu nous en préserve. Mais quand on a dit cela on n a pas dit grand'chose relativement au point de morale ou cas de conscience que nous avons dans 1 esprit et qu'a fort bien traité, à notre avis un théologien contemporain, M. Martinet, dans sa Théologie morale, (hb. iv, arl. 15) ; il s'agit, en effet, dé savoir ce que c'est que de mentir.
Si notre lecteur a lu le roman des Misérables de V. Hugo, il y a vu un exemple admirablement amené de ce que nous voulons dire : c'est la jolie fiction de la sœur Simplice qui « n'avait jamais menti, » était la sincérité même la plus naïve et la plus absolue, avait horreur du plus petit mal en soi,nes'etait,d'ailleurs, jamais trouvée en pareil cas, et qui, obéissant spontanément à sa conscience si bonne et si pure par un instinct de haute raison et de parfaite charité envers Dieu et envers les hommes, fit carrément et sans la moindre hésitation un mensonge matériel à l'inflexible agent de police Javert, mensonge qui sauva le bon père Madeleine, lorsque le silence seul ou le plus petit manque d'assurance à mentir matériellement aurait suffi pour perdre cet innocent.
Citons donc les principaux passage»
qui se rapportent à cette fiction délicieuse ; ils en valent la peine :
« Vincent de Paul a divinement fait la ligure de la sœur de charité dans
MENSONGE (le) OFFJCIEUX.(2'ÀM.
mtxt. et pur. pkilos. mor. et mor.
ecclés). —Il y a bien longtemps qu'on dit, et parmi les moralistes philosophes, et parmi les moralistes ttiéolo-
ces admirables paroles où il mêle tant de liberté à tant de servitude : « Elles n'auront pour monastère que la maison des malades, pour cellule qu'une chambre de louage, pour chapelle que l'église de leur paroisse,, pour cloître que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux, pour clôture que l'obéissance, pour grille que la crainte de Dieu, pour voile que la modestie. «Cet idéal était vivant dans la sœur Simplice.... C'était une personne — nous n'osons dire une femme — douce, austère, de bonne compagnie, froide, et qui n'avait jamais menti....
» N'avoir jamais mpnfi ( n'iroir jamais dit pour un intérêt quelcon-
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que, même indifféremment, une chose qui ne fût la vérité, la sainte vérité, c'était le trait distmctif de la sœur Simplice ; c'était l'accent de la vertu. Elle était presque célèbre dans la congrégation pour cette véracité imperturbable. L'abbé Sicard parle de la sœur Simplice dans une lettre au sourd-muet Massieu. Si sincères et si purs que nous soyons, nous avons tous sur notre candeur la fêlure du petit mensonge innocent.
Elle point. Petit mensonge, mensonge innocent, est-ce que cela existe ?
Mentir, c'est l'absolu du mal. Peu mentir n'est pas possible; celui qui ment, ment tout le mensonge ; mentir, c'est le fait même du démon ; Satan a deux noms, il s'appelle Satan et il s'appelle Mensonge. Voilà ce qu'elle pensait, et, comme elle pensait, elle pratiquait. Il en résultait cette blancheur dont nous avons parlé, blancheur qui couvrait de son rayonnement même ses lèvres et ses yeux..
Son sourire était blanc, son regard était blanc. Il n'y avait pas une toile d'araignée, pas un grain de poussière à la vitre de cette conscience. En entrant dans l'obédience de saint Vincent de Paul, elle avait pris le nom de Simplice par choix spécial.
Simplice de Sicile, on le sait, est cette sainte qui aima mieux se laisser arracher les deux seins que de répondre, étant née à Syracuse, qu'elle était née à Ségeste, mensonge qui la sauvait.
Cette patronne convenait à cette âme.... »
Suivent de longs développements et de nombreux chapitres dont l'un s'appelle une tempête sous un crâne, dans lesquels le poète nous inspire tout l'intérêt possible pour son héros, élève au-dessus de la terre ses vertus, fait de lwi la providence du malheur, le rend digne à tout point de vue de tous les services, le t'ait si bon enfin que quiconque pourrait concevoir la pensée de lui faire le plus petit mal ne serait qu'un monstre. Cependant, le père Madeleine n'est que Jean Valjean, l'échappé du bagne, sincèrement converti, devenu très- riche et maire de la ville qu'il habite ; et Javert, le policier inexorable porte contre lui un. mandat d'arrèt, depuis que le
bon maire, honoré de tous, s'est dénoncé lui-même pour sauver un innocent devant une cour d'assises.
Le poète reprend : « Jean Valjean venait d'écrire quelques lignes sur un papier qu'il tendit à la religieuse en disant : « Ma sœur, vous remettrez ceci à M. le curé. » Le papier était déplié. Elle y jeta les yeux. — Vous pouvez lire, dit-il. Elle lut : — Je prie monsieur le curé de veiller sur tout ce que je laisse ici, il voudra bien payer là-dessus les frais de mon procès et l'enterrement de la femme qui est morte aujourd'hui. Le reste sera aux pauvres. » La sœur voulut parler, mais elle put à peine balbutier quelques sons inarticulés. Elle parvint cependant à dire : « Est-ce que monsieur le maire ne désire pas revoir une dernière fois cette pauvre malbeureuse? — Non, dit-il, ouest à ma poursuite ; on n'aurait qu'à m'arrèter dans la chambre, cela la troublerait. »
« IL achevait à peine qu'un grand bruit se fit dans l'escalier. Ils entendirent un tumulte de pas qui montaient, et la vieille portière qui disait de sa voix la plus haute et la plus perçante : a Mon bon monsieur, je vous jure le bon Dieu qu'il n'est entré personne ici de toute la journée, de toute la soirée, que même je n'ai pas quitté ma porte !
» Un homme répondit : « Cependant il y a de la lumière dans cette chambre. — Ils reconnurent la voix de Javert.
» La chambre était disposée de façon que la porte, en s'ouvrant masquait l'angle du mur à droite. Jean Valjean souffla sa bougie et se mit dans cet angle. La sœur Simplice tomba à genoux près de la table.
La porte s'ouvrit. Javert entra. On entendait le chuchotement de plusieurs hommes et les protestations de la portière dans le corridor. La religieuse ne leva pas les yeux. Elle priait. La chandelle était sur la cheminée et ne dormait que peu de clarté. Javert aperçut la sœur et s'arrêta interdit...
C était cette sœur Simplice qui n'avait menti de sa vie. Javert le savait, et la vénérait particulièrement à cause de cela.
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» — Ma sœur, dit-il, êtes-vons seule dans cette chambre ?
» Il y eut un moment affreux pendant lequel la pauvre portière se sentit défaillir. La sœur leva les yeux et répondit :
• » — Oui.
» — Ainsi, reprit Javert, excusezmoisij'insiste,c'estmon devoir; vous n'avez pas vu ce soir une personne un homme; il s'est évadé, nous le cherchons ce nommé Jean Valjean vous n-s l'avez pas vu?
» La sœur répondit : — Non.
» Elle mentit. Elle mentit deux fois de suite, coup sur coup, sans hésiter, comme on se dévoue.
» — Pardon, dit Javert; et il se retira en saluant profondément.
» sainte tille ! Vous n'êtes plus de ce monde depuis beaucoup d'années; vous avez rejoint dans la lumière vos sœurs, les vierges, et vos frères les anges; que ce mensonge vous soit compté dans le paradis! »
La sœur Simplice fit-elle réellement un mensonge?... Si l'on répond, oui, en se fondant sur cette raison qu'elle dit à Javert, qui avait toute confiance en sa parole, ce qui était contraire à la venté, connue d'elle, lorsqu'ellerépondit non à sa question: N'est-il entré personne? tandis que le P. Madeleine (Jean Valjean) venait précisément d entrer et se tenait caché derrière la porte ; alors il n'est pas un homme intelligent qui n'ajoutera : « Dans ce cas elle fit bien de menjir, » et le principe, que le mensonge n'est jamais permis, sera démoli. Mais on peut aussi répondre non, et soutenir que la sœur Simplice ne mentit pas; on sauvera ainsi à la fois le principe et 1 action évidemment bonne et louable de la sœur. La question sera seulement de faire voir qu'on peut quelquefois ne pas mentir tout en parlant contre ce qu'on sait être la vérité. C'est ainsi que nous sommes conduit par lanalyse d'une multitude d'actions dans la vie du genre de celle-là, à la nécessité de préciser ce que c'est que le mensonge, dont parlent tous les moralist s quand ils disent que le mensonge n'est jamais permis.
Saint Augustin dans son traité Confia mendacium, c. xu, a défini le mciu
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songe « une affirmation fausse faite avec la volonté de tromper, » falsa significatif) cum vohintate fallendi Pourquoi saint Augustin, dont l'esprit était d unefmesseexquise, a-t-il ajouté cette condition : « avec la volonté de tromper? » Et pourquoi, d'un autre' côte, lui qui pensait si bien aux subtilités, a-t-il évité, comme avec soin, de poser les cas embarrassants, de 1 espèce de celui de la sœur Simplice danslesquels.sans pouvoir mer la présence delà première condition: «Affirmation contraire à ce qu'on sait être la vente, Significatio falsa, » on peut élever tant de difficultés sur la pré-
f?? e £î i a seconde . cum vohintate taWndi ? Nous croyons que saint Augustin avait vu, d'une part, le point difficile, que, d'autre part, il craignit de lâcher la bride au relâchement s'il disait la vérité tout entière, et qu'en somme il prit le parti de ne point approfondir la question, se contentant de poser le principe qui suffirait pour les esprits tins comme était le sien.
En effet, dès qu'on introduit dans la question de l'essence du mensonge celle du motif déterminant, on ouvre un nouveau champ aux investigations du moraliste. Toute action morale est déterminée par la considération d'un motif principal, prédominant, qui influe primario et qui constitue la moralité de l'acte, envers et contre tous les autres motifs secondaires, qui peuvent se trouver en concurrence. Ces motifs secondaires s'annulent devant le premier, de telle sorte que c'estlepremier qui constitue l'essence morale de l'acte. Soit un meurtre d'autorité privée, chose qui, de l'aveu de tous, n'est jamais permise; s'il est commis dans le cas de légitime défense et qu'il soit le seul moyeu par lequel on puisse éviter d'être tué soi-même, ou sauver la vie à un frère, le meurtre n'est plus commis avec l'animo occidendi, qui constitue l'homicide, en tant que motif déterminant, mais avec la volonté de sauver sa vie ou de la sauver à son prochain; c'est le pourquoi premier et tout entier de l'acte ; son pourquoi secondaire et matériel, qui est le meurtre luimême s'efface devant celui-là, et n'est plus, selon le langage théologique,
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que le factum operis, et non le faclum operantis. L'être moral n'est plus responsable de cette conséquence; et par suite, il n'a accompli qu'un meurtre matériel, nullement un meurtre moral; il a, au contraire, accompli une action bonne, qui a été celle de sauver sa vie ou la vie de son frère.
Il en est de même du mensonge de la sœur Simplice que nous avons pris en exemple ; ce n'a pas été un mensonge moral, parce que le motif déterminant qui a moralisé l'acte, celui qui a agi primario dans la détermination qu'a prise la raison libre, a été le salut d'un innocent, et que l'autre motif, celui de tromper Javert, n'est venu que secondario et comme conséquence matérielle. Simplice n'a pas trompé pour tromper, elle a trompé pour sauver, et cette dernière raison qui a été la raison déterminante, a seule informé l'acte à son image, qui était belle et bonne ; l'induction en erreur de Javert n'a été qu'une conséquence inséparable de l'acte moral du salut d'un innocent, mais conséquence toute matérielle, factum operis non operantis.
Si l'on supposait des cas où Vanimus benefaciendi qui détermine au mensonge matériel, pouvait être satisfait sans ce mensonge matériel, oh! alors la thèse changerait de face ; Vanimus fallen di renaîtrait comme motif moral et il ramènerait le mensonge proprement dit, le mensonge-mal, qui n'est jamais permis : mais on suppose toujours les cas où l'un est inséparable de l'autre, c'est-à-dire où l'on ne peut pas rendre le service à soi-même ou à d'autres, sans mentir matériellement, et où il s'agit d'un service assez considérable pour déterminer une conscience droite. Il faut enfin que les deux motifs contraires, celui qui dit :
tu ne dois pas mentir, et celui qui dit :
tu dois rendre ce service, soient en une disproportion si grande en faveur du dernier, que le choix, pour un cœur bon et éclairé, ne puisse être douteux, et qu'il n'y ait point d'autre porte pour sortir de l'impasse. Alors, nous disons sans balancer que nonseulement le mensonge matériel est permis, mais qu'il est un devoir.
Il en serait de même d'un témoin
en justice pour lequel il serait évident, par suite de l'ensemble des circonstances, que s'il répond selon la vérité matérielle sur un fait allégué contre l'accusé, il déterminera la condamnation à mort d'un homme qu'il sait avec certitude être innocent ; ce témoin, dans ce cas, doit répondre contrairement à cette vérité' matérielle pour empêcher l'injuste condamnation; et c'est ce qu'il fera sans scrupule si sa conscience est droite et bien éclairée. Il va sans dire qu'on suppose un cas tel que l'information de la cause se soit si bien concentrée sur le point en question que répondre oui, selon la vérité matérielle, sera pour le témoin faire condamner à mort un juste, et que répondre non, contrairement à cette vérité, sera d'une part sauver la tète de ce juste, d'autre part épargner aux juges une erreur abominable, et que l'impasse soit absolue. Des choses de ce genre arrivent très-sou vent dans la vie, en des importances diverses; et combien de malheurs seraient évités si toutes les consciences étaient éclairées comme elles devraient l'être!
Nous n'ignorons pas que beaucoup de théologiens moralistes cherchant, pour sortir de l'embarras, d'autres biais, qui se résolvent tous dans la restriction mentale. On peut lire 11-dessus saint Alphonse de Ligori ; ces moralistes arrivent à peu près au même résultat, comme solution justificative du mensonge qui n'est plus pour eux qu'un mensonge apparent, à cause du sens restrictif ou tout différent que celui qui semble mentir attribue à sa réponse dans sa conscience particulière; mais nous ne concevons guère ces sortes de tricheries avec soi-même ; vous ne ferez jamais qu'une réponse qui est un mensonge pour celui à qui vous la faites n'en soit pas un pour vous, quelque sens que vous lui attachiez dans votre a parte. C'est pour les autres que vous parlez, et ce que vous leur dites a nécessairement le sens qu'ils doivent naturellement lui attribuer. Votre restriction mentale ne sera jamais qu'une supercherie puérile comme raison justificative:. La sœur Simplice, par exemple, .eu répondant non à Javert aurait sous- en-
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tendu dans son esprit : Non, en tant que je sois obligée de te le dire, «£?
nustenearilludfateri; et elle au rait de a sorte évité le mensonge. De nareilles fuites ne sont pas admissibles, lorsque Javert, de son côté, sans concevoir le moindre soupçon sur la sincérité de la bonne sœur qui n'a jamais menti, s'éloigne aussitôt sur sa parole et va chercher ailleurs celui cm il poursuit et qu'il est de son devoir d arrêter. Aussi rejetons-nous toutes ces échappatoires des restrictions mentales, et disons-nous, tout simplement pour atteindre le môme but en solution du cas de conscience, que d ans toutes ces circonst
assez communes dans la fréquentation des hommes le mensonge matériel non-seulement rW on+ T ,„„™: . -
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non 7 ,'""'"> l «= mensonge matériel non-seulement devient permis mais S'' d ' 0bl M^™> bien qu'il ™ 17 } °T - Vrai ? fl jl!™ 1 ue le mensonge ne cesse jamais d'être un mal, parce qu il s agit dans cette maxime du vrai mensonge formel fait avec l'intention détromper comme motif détermi-
*J£?-?« à , peu P rès ainsi que M. Mar-
sus n2 T Ç f I e Sa Théolo( J i£ mor ^ sus indiqué; il s'appuie,dans son in-
terpreationdeladélinitiondesaint Augustin au sens que nous venons d exposer sur les scotistes, qui làdessus, n'étaient pas d'accord avec
Les thomistes et réfute très-bien saint rtiomas sur ce point, en appliquant au mensonge ses propres arguments concernant l'homicide. Nou! adhérons dans cette question de morale, ala manière de juger de M. Martinet.
Le Noir.
MER. Le psalmiste dit à Dieu • !L e f lt flots de la mer s'élèvent plus » haut que les montagnes, et sem- » Ment prêts à fondre sur les rivais
«mais ,1s tremblent au son de voué » voix, ils reculent à la vue dés » bornes que vous leur avez mar- » quees; jamais ils n'oseront les » franchir ni couvrir la face de la «terre. «Ps., 03j * 6. Dans le livre
» Qui a renfermé la mer dans ses . bornes ? C'est moi qui lui a i mis des * barnuies . et qui la tiens cajuve?
"je lui ai dit: Tu viendras jusque-là » et ici se brisera l'orgueil de tes' » flots » DmsJérémie,c s t 22 • « J ai donné po.ir bornes à' la mer
^'oX U t Sable ' etjeh,iaii »««é "îoictie de ne jamais les m-»»,. .
«ses flots ont bei s'en! ft »nacer H s ne pourront " m £
» franchir » H n 'est point de f phénomène plus capable de nous donner une grande idée de la puissance de Dieu qui oppose à la mer agitée un grain de sable, et la force, pai ceUe
faible barrière, à rentrer dans son lï Mais la mer a- -elle un mouvement lent et progressif, qui lui f a jt con t nullement abandonner de 2 pour s emparer d'autres terrains qui étaient à sec, de manière que "a constitution intérieure et extérieure du globe ait déjà changé par ces révolutions? Quoique cette discusion .enne particulièrement à la physique et a 1 histoire naturelle, elle n'est cependant pas étrangère' à la théologie, puisque plusieurs philosophes de nos jours ont prétendu qu'il va sur ce point des observations certaines qui, si elles étaient vraies ne pom-raient s'allier avec le récit de
La mer, disent nos dissecteurs perd cont.nuellement du terrain dans les différentes parties du monde et probablement elle regagne S
Tsec 1 en S r^ 63 ' Ce ««'â'e'laS a sec en d autres. On se convainc
Baltique diminue ; on voit encore les vestiges d'un canal par lejuel cette mer communiquait à laS Glac.ale, mais qui s 'est comblé par la succession des temps. La nature
H W T" Sépare Ie S° lfu Persique davec la mer Caspienne, fait ju-'er que ces deux ««/formaient autrelois un même bassin. Il y a aussi beaucoup d'apparence que la mer Kouge communiquait autrefois à la Méditerranée, dont elle est actuellement séparée par l'isthme de Suez.
tes changements arrivés sur le globe sont plus anciens que nos connaissances historiques. La mer s'est retirée et a laissé à découvert beaucoup de errain sur les côtes de l'Egypte, de 1 Italie, delà Provence; les la-
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gunes de Venise seraient bientôt remplies, si on n'avait soin de les curer souvent. Il parait que l'Amérique était encore couverte des eaux, il n'y a pas un grand nombre de siècles, et qu'elle n'est pas habitée depuis fort longtemps. Enfin, la multitude des corps marins dont notre hémisphère est rempli, prouve invinciblement qu'il a été autrefois couvert des eaux de l'Océan.
La mer a certainement, selon ces mêmes philosophes, un mouvement d'orient en occident, qui lui est imprimé par celui qui fait tourner la terre d'occident en orient ; ce mouvement est plus violent sous l'équateur, où le globe, plus élevé, roule un cercle plus grand et une zone plus agitée ; il est évident que ce mouvement des eaux doit insensiblement déplacer la mer dans la succession des siècles.
Malheureusement toutes ces observations, qui ne soDt que des conjectures, sont démontrées fausses par M. de Luc, dans ses Lettres sur l'Histoire de la terre et de l'homme, imprimées en 1779, en S vol. in-8°. 11 fait voir que, si elles étaient vraies, il en résulterait seulement que la quantité des eaux de la mer diminue, comme Telliamed le soutient, et comme M. de Buffon le suppose dans ses Epoques de la nature ; mais aucun des faits allégués parnos philosophes ne prouve que la mer a changé de lit, ni qu'elle a regagné, dans quelques parties du globe, le terrain qu'elle a perdu dans les autres. Or, M. de Luc réfute également, et avec le même succès, le système de Telliamed, tom. 2, lettr. 41 et suiv., et celui de Buffon, dans tout son ouvrage. Quelques-uns des faits cités par le premier prouveraient que la mer augmente plutôt qu'elle ne diminue ; mais dans le fond ils ne prouvent rien, et la plupart sont faux (1).
Pour nous convaincre que la mer a réellement changé de lit, par un
(1) Cet article de Bergier qui aborde le terrain de la géologie, science qui n'était pas encore née quand il écrivait, trouve ses correctifs dans tous cens ijue nons donnons dans ce dictionnaire but cette matière. Il convient de n'en pas tenir '■ ! -
Lb Noib.
mouvement progressif et insensible, il faudrait montrer, par des faits certains, que l'Océan s'éloigne constamment des côtes occidentales de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne, de l'Afrique, des Indes cl de l'Amérique ; qu'au contraire il raine et envahit peu à peu les côtes orientales de la Tartarie, de la Chine, des Indes, de l'Afrique, de l'Amérique :
il faudrait prouver que les effets de ce déplacement sont encore plus visibles sous Féquater.r que vers les pôles. Une cause universelle, qui agit uniformément surtout le globe, doit produire le même effet dans toutes ses parties. Voilà ce qu'on ne fait pas.
On nous cite des attérissements qui se font à l'embouchure des grands fleuves, du Nil, du Pô, du Rhône, sur la Méditerranée plutôt que sur l'Océan, sur des côtes exposées aux quatre points cardinaux du monde, sous l'équateur comme ailleurs. Où sont donc les conquêtes de l'Océan dans ces divers parages? Les ports de Cadix et de Brest, situés à l'occident, n'ontpas diminué de profondeur depuis deux mille ans. Si quelques ports moins profonds ont été comblés, c'a été par les sables que charrient les rivières, et non par la retraite, de l'Océan. Au lieu de se retirer des côtes de France, il les mine le long de la Manche, et pousse les sables vers l'Angleterre, et sans cesse il menace d'engloutir la Hollande.
Cela ne s'accorde pas avec la théorie de nos adversaires.
M. de Luc observe que, si la mer avait changé de lit, il aurait fallu que l'axe de la terre changeât : or, toutes les observations astronomiques prouvent qu'il est dans la même position depuis plus de vingt siècles. Tome 2, Lettre 35, p. 162elsuiv.
Ce savant physicien admet, à la vérité, un mouvement de la mer d'orient en occident, causé par le mouvement de la lune, et par celui de la chaleur du soleil; mais il soutient que ce mouvement ne se fait sentir que dans la pleine mer, et qu'il est insensible en approchant des côtes.
Il doit donc produire beaucoup moins d'effet sur les continents que celui des marées. Or, dans les marées
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même les plus hautes, la mer ne fait que déposer sur les côtes basse une légère quantité de vase ou de gravier; fe ne produit aucun eKur
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Il « tM d,ure UD P arei ' effet. ter atU ™ î llears très -Permis de douter de ce mouvement; plusieurs rai
EST blent en dém °ffnmpot
terr e L l at = m0Sphère 1 ui environne la ,iv •/ 1°° m °uvement comme elle d Occident en orient, et suit la mémo direction; cela est démontré paï a chute perpendiculaire d'un P c 0rD s grave qui tomberait de l'atmosphère Or, de deux fluides dont le globe est environné, savoir, l'eau et l'ah il es impossible que le fluide inférieÏÏ soit emporté par un mouvement eon traire à celui des deux couches ente lesquelles il est renfermé. Jamais on n assignera une cause générale can?
fc e d'imprimer à la nlr S; ment contraire à celui de la terre et à celui de l'atmosphère. Si la différence de densité et de pesante,',.
doner 13 ^ * ^ ^ Paonner à la mer un mouvement
S\^S1 deIa . toe »^f-
wrn êr li • f ° rte J - raison ' P° ur im- ?i™ \\ , meme érection au mou-
l^reet m ofn m H SphèrG ' ^ est " ?us % ? moins deilse que l'eau.
2 Lorsque l'on donne un mouvement valent de rotation à un Se solide légèrement plongé dans feau
oue P le Hnv anS . la mâmG érection que le globe, et non dans un sens opposé En vertu de la force centW ftge, les gouttes d'eau s'échappent
Fa d,W geDte ' mais 'o»Jo»rs l £ la direcLion que leur imprime le
ZT n 6Dt dU - gl0be et no P nTutre!
ment. Donc, si l'eau qui couvre la terre n'était pas comprimée et ™tï nue par l'atmosphère, elle A,'hlt
vem, nt ,W°? * dlrection du » 10 "-
S£ op P d o S é! a terre - et non daus le
3« Si l'on met une liqueur quel-
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conque dans un globe de verre creux et que l'on donne à celui-ci un m™ vement circulaire violent en vertu
enc re,e Ce m CentrifuSe ' la «^3 encore le mouvement du globe Or
le mouvement de la terre et de Pat'
"bf Dansl d '" ne vit — ^intnet vame. Dans ce mouvement l'eau no
s écarte point du centre de gravit" Parce que le mouvement se ? a ft « ,<î 1? Centre; mais elle s'en écarterai?
si elle avait un mouvement opposé' Donc le prétendu mouvementé la
««'d'orient en occident est contraire ;• la force centripète, aussi bien nu'à
I tonfp c , enl r fuge : done il répugne àtootj ^ les lois générales du P mou!
4° D'autres philosophes coniectu- SrÀ^ a "2 mou ^nient vio- K°ï au Qor , d > Parce que tous les grands caps s'avancent vers le
go d fes et sont e , ,a P ' Upart des 8^,* »Z, t0Uraei vers Ie °ord.
voilà donc le mouvement de la mer d orient en occident, croisé par Z mouvement du sud au nord Cela fem P P r îtp ^ UVer< ï uecet éléme e n a se meut vers tous les points de la
naturel du flux et du reflux- mais nous avons vu que ce mouvement n i jamais tendu à déplacer \t m Z Si le mouvement des eaux du sud
^n ^ l dé ^-^ r6el ' ]eg0,feP ^lue d loin de s'éloigner de la mer Caspienne, aurait continué de s'en ap-
efforts'^nt- " ! T R0U ° e fe '' ait des enorts continuels pour se joindre à
la Méditerranée, et, au contra re
«rand?d11 aUJ0Urd > iaune P^ grande distance qu'autrefois. Voyez
P- J-tS et 3o3. La profondeur de I»
mer Baltique, au lieu de diminuer devrait augmenter. Nos phTsophM ont une sagacité singulière pourfor
^ r es d n S a M nJeC î ,n,eS t0U J° Urs «»£ânes par les phénomènes.
HA ,i 1?t0H ' e , sainte n °us donne lieu « croire qu'immédiatement après le déluge le golfe Pexsique et la mer taspjenne, la mer Rouge et Ja Méditerranée, étaient séparées comme elles le sont aujourd'hui; leur prétendue jonction dans des temps plus reculés choque toute vraisemblance.
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Les montagnes placées entre les deux premières n'ont jamais pu être naturellement couvertes par les eaux de la mer. S'il avait été possible de percer l'isthme de Suez, pour joindre les deux secondes, cet ouvrage, tenlé plusieurs fois, aurait été exécuté ; mais par la retraite des eaux du golfe de Suez vers le sud, il est devenu plus difficile qu'il ne l'était dans les siècles passés (1).
Le seul fait qui puisse prouver que la mer a couvert autrefois notre hémisphère, ce sont les corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre et quelquefois à sa surface, soit dans les vallons, soit dans les montagnes. Mais M. de Luc prouve, par la position, par la variété, par les mélanges de ces corps avec des productions terrestres, que leur dépôt ne s'est pas fait par un changement lent et progressif du lit de la mer, mais par une révolution subite et violente, telle que l'Ecriture sainte la peint dans l'histoire du déluge universel. T. 5, Lettre 120, p. 103; Lettre 136, p. 380, etc. Voyez Déluge, Mo.n'de.
Bergier.
MER (la). (Thêol. mixt. scien. nat.) — Quand un théologien écrit, prêche ou converse, et que la chaîne des idées le conduit sur les miracles permanents de la puissance de Dieu, il importe beaucoup pour le succès de sa cause, qu'il soit au courant de la science la plus moderne. Voilà pourquoi nous voulons que nos lecteurs trouvent dans le dictionnaire que nous leur présentons un choix tout l'ait des découvertes les plus intéressantes de celte science moderne sur toutes les matières. Nous venons de prononcer le mot de miracles •permanents; quelles merveilles de la nature mériteraient mieux cette qualification que les grandeurs de la merl Nous avons exposé au mol Marées la théorie moderne du mouvement périodique de ses eaux ; nous compléterons ici ce qui la concerne, en fait de découvertes les plus récentes, et nous considérerons, sous ce rapport, la
(I) On sait que M. de Lesseps sans peine et sans inconvénient.
\ient de le percer Ls Noir.
mer quant à ses profondeurs, la mer quant à ses températures , la mer quant à ses courants, la mer quant à la composition de ses eaux, la mer quant au uiveau de sa surface, et la mer quant à ses phosphorescences.
i°La mer quant à ses profondeurs. — Ces profondeurs sont très-diverses.
Il semble naturel de penser que le lit de l'océan, dans ses régions les plus basses, corresponde à peu près aux plus hautes montagnes des continents ; la raison qu'on en donne parfois et qui consiste à s'appuyer sur ce que la mer a dû couvrir durant les âges géologiques toute la surface du globe, puisqu'elle a laissé partout de ses traces et de ses coquillages, n'est pas bonne attendu que les soulèvements qui ont formé nos montagnes ne supposent pas nécessairement des abaissements proportionnels. Dans les contrées qui forment aujourd'hui le fond des mers, que savons-nous s'il n'y eût pas, dès l'origine, dans la croûte terrestre, des . trous beaucoup plus profonds, dont les soulèvements subséquents seraient parfaitement indépendants? Mais l'observation commence à nous révéler quelque chose sur cette question de la profondeur des mers. On a réussi enfin, après une multitude de sondages infructueux, à faire tomber un boulet attaché au boutd'une corde et accompagné d'un filet muni de grappins destinés à draguer le fond et à en rapporter des objets, jusqu'à huit kilomètres, ou deux lieues, et même un peu davantage ; il a fallu beaucoup de patience pour en arriver là, carie boulet avec son filet mettait chaque fois douze heures à tomber au fond et à revenir ; mais il parait qu'on a fini par atteindre les plus grandes profondeurs. On faisait sur les difficultés de sondage des raisonnements qui n'étaient pas fondés ; on a compris enfin qu'il suffisait de donner le temps à la sonde de tomber, et elle a prouvé elle même qu'elle était allée jusqu'au fond puisqu'elle en rapportait, dans son lilet, des objets. C'est dans l'océan Pacifique que la profondeur est la plus considérable. La moyenne y est de 4,000 mètres, et les dépressions du
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sol les plus grandes y dépassent 8,000 rnutres, ainsi qu'on l'avait supposé.
Le filet a ramené de ces profondeurs des êtres organiques, végétaux et animaux, qui sont absolument semblables à ceux dont on trouve les fossiles dans les lieux que couvrait 1 océan, il y a des millions de siècles et que des soulèvements ont mis a" sec, lieux qui se font remarquer presque partout. Lesforaminifères qui se développaient alors au fond des eaux s'y développent encore aujourd nui, et n'y ont point modifié leur nature ni leur forme, fait bien contraire aux théories de la transformation des espèces de Darwin. On a ramené aussi, sinon des lieux les plus profonds, au moins d'un nombre d endroits qui l'étaient assez pour que l'on crût qu'il ne s'y trouvait rien de vivant, par exemple de profondeurs de 5 a 6 kilomètres, des homards transparents dont on ignorait 1 espèce, des crustacés dont les yeux ont pris un si grand développement qu ils ont envahi tout l'animal , a autres, qui, au contraire, ont perdu tout organe de la vue et qui sont tout a tait aveugles, mais auxquels la nature a donné, en revanche, des pinces pour le toucher qui sont d'une délicatesse extrême. La vie est donc partout; elle se modifie selon les besoins et les obstacles qui naissent des milieux. On a trouvé aussi dans ces régions océaniques des coraux et des éponges. La manière dont le raclage du fond se fait et ce que le filet en rapporte prouvent que l'eau nest point immobile et calme à ces profondeurs ainsi qu'on le pensait mais qu'il s'y produit de grands mouvements ; il en résulte aussi que le tond est accidenté, n'est pas mou partout comme on l'avait cru, et qu'il s y trouve, comme ailleurs, des rochers.
2°Id mer quant à la température de ses eaux. — La température de l'air est ordinairement pendant le jour un peu supérieure à celle de l'eau, mais es moyennes des températures de lair a la surface des mers, sont nn peu inférieures aux moyennes des températures des eaux à la mémo
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surface. La nuit l'eau est plus chaude que lair parce qu'elle se refroidit plus lentement, de même que dans le jour elle s'échauffe plus lentemeut.
lin ce qui est delà température considérée relativement à la profondeur des eaux, on a constaté que sous les tropiques, cette température décroit très-rapidement à mesure qu'on s'enfonce dans l'océan; à 1500 mètres de prolondeur, elle peut descendre iusqu a 2 ou 3 degrés au-dessus de zéro, tout élevée qu'elle soit à la surface dans les régions polaires, c'est l'inverse, la température s'élève un peu àrnesure qu'on descend ; et dans les régions tempérées, c'est à peu près le phénomène mitoyen: 's'il y a décroissance, elle est moins rapide que sons les tropiques, et s'il y a croissance, elle est aussi moins sensible qu'au delà des cercles polaires. Cela se conçoit : il en est du fond de l'eau comme de nos caves, qui pendant 1 hiver sont chaudes relativement à
I air extérieur, et pendant 1 été sont Iroides par rapport à ce même air extérieur. Au reste, à 3 ou 400 mètres de profondeur, les variations atmosphériques ne se font plus sentir du tout, et dès 20 mètres, elles sont à peu près insensibles.
3° La mer quant à ses courants —
II seproduitdanslamerdes courants qui correspondent aux vents dans 1 atmosphère; les courants de la mer comme ceux de l'air proviennent des diftérences de température; si une région est plus chaude, elle est plus dilatée, remonte et coule vers les régions plus froides ; il résulte de là des déplacements continuels tendant vers un équilibre qui ne se réalise jamais, et qui serait l'immobilité. Il se fait dans toute l'étendue des eaui ce qu'on remarque dans une chaudière pleine d'eau qui est sur le feu; 1 agitation provient de ce que des couches du liquide, plus vite échauffées, montent et font descendre à leur place des couches restées plus froides; la différence est seulement du petit à l'immense. De là des courants. Mais de même qu'il existe dans l'atmosphère des courants réguliers tels que les vents alises, il existe dans l'océan des courants de même nature et plus
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réguliers encore. Il y a deux grands courants d'eau chaude qui vont continuellement de l'équateur vers les pôles, l'un vers le pôle nord et l'autre vers le pôle sud, et par contre deux grands courants d'eau froide qui vont des pôles à l'équateur, où ils réchauffent leurs eaux . Le fameux gulf stream est un phénomène particulier parfaitement constaté, qui se rattache à ce mouvement général. C'est un immense fleuve d'eau plus chaude qui a pour rives et pour lit de l'eau plus froide et qui diffère de l'étendue dans laquelle il coule non-seulement parla température, mais encore par la salure de ses eaux et par leur couleur. Voici comment le décrit le capitaine Maury dans sa Géographie 'physique de la mer:
« Le gulf stream est une rivière au milieu de l'océan, dont le niveau ne change ni dans les plus fortes sécheresses ni dans les plus fortes pluies. Il est limité par des eaux froides, tandis que son courant est chnud. Il prend sa source dans le golfe du Mexique et se jette dans l'océan Arctique. Il n'existe pas sur la terre de cours d'eau plus majestueux; sa vitesse est plus grande que celle du Mississipi, ou des Amazones, et son débit mille fois plus considérable. Ses eaux, depuis le golfe jusqu'aux côtes de la Caroline sont couleur d'indigo foncé, et sa ligne de séparation avec les eaux de l'océan est parfaitement appréciable aux yeux. Souvent on peutvoir un navire dont une moitié se trouve immergée dans les eaux du gulf stream, tandis que l'autre flotte dans les eaux de l'océan; toute la ligne de séparation est nette et distincte. »
Ce gulf stream sort du golfe du Mexique par le détroit du Bahama, va au nord-est et se divise en deux branches, dont l'une s'infléchit et redescend dans l'Atlantique du nord au sud pour aller se perdre dans les régions de l'équateur d'où il était parti, it dont l'autre coule le long des côtes l'Irlande et de Norwége dont il adoucit la température. La douceur constante du climat de Cherbourg et des ives de la Manche est due à l'in-
fluence de ce courant chaud. Il se relie au courant équatorial qui pénètre dans le golfe du Mexique, tandis qu'il en sort;ce golfe du Mexique est comme une immense chaudière dont les eaux s'échauffent les unes par les autres avant d'en sortir.
Il y a aussi des courants d'eau froide; on en connaît trois qui partent du pôle austral et plusieurs qui partent du pôle boréal.
Ce sont des observations faites sur des objets flottants à la surface des mers qui ont révélé ces courants, soit que ces objets s'y trouvassent naturellement, soit qu'on les y eût mis à dessein; les bouteilles scellées portant des billets dans leur intérieur appartiennent à cette dernière classe.
On a constaté que les courants froids venant des pôles rapportent vers l'équateur de ces objets après que le gulf stream les avait portés de l'équateur dans les mers polaire».
Nous n'avons pas besoin de faire observer que les courants marins, provenant des différences de température des eaux comme cause principale, sont considérablement modifiés par d'autres causes, telles que les marées, les vents, les salures diverses, les variantes des niveaux, etc.
4°. La mer quant à la composition de ses eaux. — L'eau de mer ne renferme pas seulement le chlorure de sodium ou sel marin. Il y a de tout dans cette eau par là même qu'elle est le grand réceptacle où vont se jeter tous les égouts du globe; il n'est pas un élément de la nature soit minérale, soit végétale, soit animale, qui ne s'y retrouve; mais tout cela y est en si petite quantité relativement à l'immensité de ses eaux, qu'an ne peut pas toujours en constater la présence par les réactifs. Les principales matières salines contenues dans l'eau de mer sont le chlorure de sodium qui s'y trouve pour plus des deux tiers à lui seul, le chlorure de magnésium, le chlorure du calcium et le sulfate de soude. La salure de la mer est généralement un peu plus faible vers les pôles que vers l'équateur, et paraît aussi plus faible dans l'océan Boréal que dans l'océan Aus-
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tral ; mais elle ne change pas, comme on l'a dit souvent, avec la profondeur.
5°. La mer quant au niveau de ses eaux. — Tout le monde sait que les nivellements exécutés jusqu'à ces derniers temps ont donné pour résultats des différences de niveau entre les diverses mers. Le nivellement exécuté par l'expédition d'Egypte entre la mer Méditerranée et la mer Rouge donna une élévation de 8 à 9 mètres à cette dernière sur la Méditerranée; et on a cru constater, de même, entre l'océan Atlantique et l'océan Pacifique, de chaque côté de l'isthme de Panama, une différence de 1 mètre.
Mais l'exécution du canal de Suez par M. de Lesseps a splendidement réfuté l'expédition d'Egypte : la moyenne de hauteur des eaux delà mer Rouge, et partant de l'océan avec lequel elle communique, est sensiblement la même que celle des eaux de la Méditerranée ; on prétend pourtant encore qu'il y a une petite différence ; est-ce vrai? Nous le croyons à peine, et nous pensons de même relativement aux deux océans qui baignent l'isthme.
de Panama. La masse générale des eaux a dû se mettre en équilibre entre toutes les mers qui se communiquent librement, sauf des différences sans aucune importance, pouvant tenir à des configurations locales.
Mais il n'en est pas de même des mers intérieures complètement séparées de la grande masse des eaux. C'est ainsi que le mer Caspienne a son niveau à 18 mètres au-dessous de celui de la mer d'Azoff, et que la mer Morte, par une exception si remarquable, a le sien à 427 mètres au-dessous de celui de la Méditerranée. V. Mer morte.
On parle souvent, dans les livres de science, de la surface des eaux tranquilles : on entend par là la surface de l'ensemble des mers supposées tranquilles ; prolongée directement sur tout le globe.
fi° La mer quant à ses iihosphorescences. — Les magnifiquus phosphorescences dont s'éclairent, pendant la . nuit, les vagues de la mer en certains moments et dans certains parages n'ont été bien expliquées que dans notre siècle par Ehrenberg. Ce sont
des milliards de milliards d'irrfnsoires ou d'annélides qui, après leur éclosion, montent àla surface etqui excitées par l'agitation des eaux, jettent des étincelles électriques comme la torpille ses commotions, et comme le lampyre ou ver luisant sa lueur après qu'il l'a comme allumée au soleil, car il lui est nécessaire pour qu il puisse la donner qu'il ait été exposé à la lumière du ciel. On explique aussi ces phosphorescences par des mélanges avec l'eau de merde certains liquides provenant de poissons électriques ; mais on peut révoquer en doute cette explication, tandis que celle des petits animaux microscopiques est démontrée. M. de Quatrefages, éclairé par les révélations d'Ehrenberg, a parfaitement constaté à Boulogne et au Havre la présence, dans les vagues, de ces petites bêtes, qui ont reçu le nom bien mérité de noctiluques; elles n'ont point, comme le lampyre, un petit phare permanent; mais elles font jaillir de leur corps, dans l'agitation de la vague, des multitudes d étincelles.
MER D'AIRAIN, grande cuve que Salomon fit faire dans le temple de Jérusalem, pour servir aux prêtres à se purifier avant et après les sacrilices. Ce vase était de forme ronde ; il avait cinq coudées de profondeur, dix de diamètre d'un bord à l'autre, et trente de circonférence. Le bord était orné d'un cordon embelli de pommes, de boulettes et de tètes de bœufs en demi-relief. Il était porté sur un pied semblable à une grosse colonne creuse, appuyée sur douze bœufs disposés en quatre groupes, trois à trois, et qui laissaient quatre passages pour tirer l'eau par des robinets attachés au pied du vase.
III Reg.,c. l,f 23 ;ll Parai., ci, n.
Bergier.
MER MORTE, ou LAC ASPHAL- TITE. Nous lisons dans l'histoire sainte que, pour punir les crimes des habitants de Sodome et des villes voisines, Dieu y fit pleuvoir du soufre enflammé, que la terre vomit du bi-
raEâSH'.«£m
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turae, et augmenta l'incendie, qu'elle s'affaissa, que les eaux du Jourdain y formèrent un lac dont les eatix imprégnées de soufre, de bitume et d'un sel amer, étouffent les plantes sur ses bords. Gen., c. 19. C'est aux géographes de décrire ce lac tel qu'il est aujourd'hui (1).
(1) « Cette vaste campagne qu'occupa aujourd'hui » la mer Morte, dit Mariaou, était avant l'embrase- » ment de Sodome et de Gouiorrhe une vallée si v belle, si agréable et si fertile, que l'Ecriture dit n qu'elle pouvait être comparée au paradis dtt « Seigneur, et qu'elle renfermait tons les avanta- » ges et tous les agréments de l'Egypte; les forêts, m les bocages et les vergers d'arbres de toutes esi> pèces, lui firent donner le nom de vallée des » bois, vallissylvestris. Les cinq villes de Sodome, » Gomorrhe, Adama, Seboîm, et Bala ou Ségor, y » trouvaient tout ce qui pouvait amollir le cœur et « embraser la convoitise de leurs habitants, déjà s trop sensibles aux attraits de la volupté la plus » déréglée et la plus criminelle. Rien en effet ne x fut pins funeste à ces villes infâmes que cette » abondance flatteuse, dont le cœur Immain se » défend rarement ; car après avoir changé des » hommes en bêtes, par cette vie corrompue qui x les abrutit, elle cbangea ce paradis en un enfer, « par cette pluie de feu et de soufre qui le réduisit » en cendre?. Dieu voulant éterniser sa juste colère » et le malheur de ces villes abominables, ne se x contenta pas de consumer par ses flammes venb geresses toute la surface d'une terre souillée par » tant de crimes, il voulut qu'elles fouillassent x (pour ainsi dire,) justpe dans son centre, afin x d'en dessécher les entrailles, et de lui ôtcrle prin- » cipe d'une fertilité si pernicieuse. Cette vallée » ainsi dégraissée s'enfonça et non-seulement elle » perdit tous ses ornements, mais elle ne fut plus x aussi couverte que d'une cendre sèche, sulfurée « et salée : le Jourdain qui l'arrosait auparavant, » et qui en y serpentant contribuait également à la x fécondité et aux charmes de ce délicieux séjour, » s'arrêta dans ce gouffre affreux et dans cet infâme x cloaque où ses eaux perdirent toute leurdouceur, » et composèrent ce lac dont les eaux salées et B croupissantes publient encore le débordement de n toutes sorte» de vices dont cette terre fut autrefois » inondée.
> Cette mer est appelée en plusieurs endroits de » l'Ecriture, mer très-salée, mare saisis simum : elle » l'est en effet plus que toute autre mer du monde, » et les eaux du Jourdain, qui y entrent sans cesse, » ne lui font rien perdre de cette salure, qui ne lui « vient pas seulement de la pluie de soufre que le ■ ciel y versa, mais aussi des puits ide bitume que » l'Ecriture lui donne, et c'est pour cette même n raison queJosèphela nomme mer Asphaltite. Le a nom de mer de Sodome qu'elle porte aussi, n'a » pas besoin d'explication, non plus que celui de h mer du désert ; maÎ3 celui de mer Morte, qui est « le plus commun, rend témoignage à la nature de » ses eaux ewpeBtées qui ne souffrent rien qui ait « vie, et qui donno le coup de la mort aux poissons u du Jourdain, qui ne sont pas plus tôt entrés dans n ce lac, qu'ils y trouvent leur tombeau; ce qni >, est rare à ce qu'on dit, soit que la nature les ait » pourvus d'un instinct qui les en éloigne, soit que „ la transpiration des mauvaises qualités de ces eaux 8 les rebute. La malédiction dont Dieu frappa cette n contrée ne subsiste pas seulement dans les eaux j, de cette mer; elle n'est pas moins visible sur les