LEN
LENORMANT (Charles). {Thiol.
hist. biog. et bibliog.) — Cet archéologue ethistorienfrançais, né en 1 802, d'une famillede bourgeois descendant d'un ancêtre qui s'était trouvé au siège d'Orléans avec Jeanne d'Arc, acquit le goût des arts et de l'archéologie dans un voyage en Italie et en Sicile, avec Durand, en 1824 et 182S.Il épousa en 1826 mademoiselle Cyvoct, nièce de madame Récamier et se trouva ainsi porté dans la société des Chateaubriand, des Ballanche,desAmpère. Il voyagea encore en Italie, en Belgique et en Hollande, puis, en 1 828, suivit Champollion en Egypte pour y vérifier et appliquer une des plus belles découvertes denotre siècle, celle de l'écriture et de la langue des Pharaons. Plus tard il remplacera Champollion au collège de France. En 1829, il débarquait à Navarin plein d'enthousiasme pour la cause des Grecs.
En 1830 il fut nommé par M. Guizot, alors ministre, chef de la division des Beaux-Arts. En 1835, il futchoisipar le même pour le suppléer à la Sorbonne, mais, ayant échangé avec Lacretelle, il fit le cours d'histoire ancienne des Chaldéens, des Egyptiens etc. En 1840, il devint le conservateur du cabinet des médailles a la Bibliothèque nationale, et en 1 84 1 , abordant l'histoire moderne, il embrassa, par un changement d'idées resté célèbre, les principes de la plus sévère orthodoxie catholique, et consacra son talent à la défense de la foi. Voici ce qu'il a écrit lui-même sur cette transformation de son âme :
« Jusque-là, je n'avais jeté sur les faits du Christianisme que le regard paresseux et distrait de l'homme du monde; désormais il me fallait remonter aux sources et discuter les preuves avec l'attention que m'imposait un devoirpublic. L'effet de ce travail fut progressif, mais sûr ; à mesure que j'avançais dans ma tâche, je sentais s'affaiblir, s'ellacerles préventions irréligieuses que je devais à mon éducation, à mon siècle. De la froideur je passai bientôt au respect ; le respect me conduisit à la foi. J'étais Chrétien et je voulais faire des Chrétiens. •
C'est alors que MM. Michelet et Quinctenthousiasmaient la jeunesse dans
un sens différent. On crut, tout à fait à tort, que M. Lenormant avait été pour quelque chose dans des mesures prises par l'autorité contre ses rivaux, et on lui rendit, par des vociférations persistantes, son cours impossible. Il se démit et fonda le Correspondant •qu'ilrédigeapendantneufans.Enl849 il fut élupourla chaire d'archéologie, que la mort de M. Letronne laissait vacante, au collège de France. Il reprit alors l'étude des hiéroglyphes, qui, depuis Champollion, languissait, et mettait sa découverte en péril. Dix ans après, il faisait un nouveau voyage en Grèce, avec son fils; on lui donnait, le 6 novembre 1859, un banquet sur les jardins d'Académus, à Athènes; le lendemain il partait pour le Péloponèse, était surpris, à Epidaure, par un orage violent, contractait durant l'orage, une lièvre des marais, était ramené à Athènes et expirait le 22 du même mois, dans la force de l'âge.
Une députation ramena son corps à Paris, tandis que l'édilité d'Athènes lui élevait, en face du Parthénon, un monument funèbre où son cœur était déposé auprès de son émule et ami M. Ottfried Mùller.
On a de M. Lenormant beaucoup d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons :
Introduction à l'histoire de l'Asie occidentale, in-8, 1837;
Musée des antiquités égyptiennes, in-fol. 1841.
Trésor de Numismatique et de Glyptique, ou recueil général de médailles, monnaies, pierres gravées, bas-reliefs, tant anciens que modernes, Paris, 1834 à 1850, 20 vol. in-fol. ;
Élite des Monuments céramographiques, matériaux pour l'histoire des religions et des mœurs de l'antiquité, Paris, 1837 à 1839, 4 vol. in-4°;
En collaboration avec le baron de Witte, des articles d'art et de littérature dans le journal le Temps, dans le Globe, la Revue française, le Bulletin de Correspondance archéologique, le Journal des Débats, la Revue de Numismatique ; de nombreux Mémoires dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres;
Cours d'Histoire ancienne, professé à la faculté des lettres; première
partie : Introduction à l'histoire de l'Asie occidentale, Paris, 1837, 1 vol.
in-8°;
Qusestio cur Plato Aristophanem induxerit, Paris, 1838, 1 vol. in-4°;
Des Associations religieuses dans la société chrétienne, Paris, 1844, I vol.
in-8°;
De l'enseignement des Langues anciennes comme base de l'éducation classique, Paris, 1845, 1 vol. in-8°;
Questions historiques du cinquième au neuvième siècle ; Cours d'histoire moderne, professé à la Faculté des lettres de Paris, l re édition, Paris, 1845, 3 vol. in-8°; 2° édition, 1854, 3 vol. in-18.
Parmi les nombreux articles insérés dans le Correspondant : Exposé des Négociations par lesquelles la France a obtenu le rétablissement du libre exercice de la religion catholique dans l'empire de la Chine, 2 articles, t. XIII ; les Jésuites en Italie, examen du livre de G-ioberii, 4 articles, t. XIX et XX; M. de Chateaubriand, et les Mémoires (V outre-tombe, t. XXVII ; Série d'articles sur la question des classiques, t. XXX et XXXI; la Question d'Orient et les Chrétiens d'Orient, 2 art. t. XXXIII; les Catacombes de Borne en 1858, t. XLIV.
Depuis sa mort sa famille a publié à Athènes un Commentaire du Cratyle de Platon IV, in-8, et à Paris Beaux- Arts, 2 in-8.
M. François Lenormant , fils de Charles, s'occupe comme son père d'archéologie et de philologie. Il a publié, dans ces dernières années, un traité très-développé et très-intéressant sur l'Introduction de l'alphabet phénicien dans l'ancien monde; les travaux qui lui ont le plus servi pour réaliser son étude sont ceux de M. Emmanuel de Rougé, que cet egyptologue a laissés, non pas imprimés, mais autographiés sous le nom de Chrestomathie égyptienne.
Le Nom.
LÉON. (Thêol. hist. pap). — Douze papes ont porté le nom de Léon.
LÉON (saint) (I), pape et docteur
(1) Oa Léon I",ouLéon le GrcnJ.
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de l'Eglise, mort l'an 461, a mérité le surnom de grand, par ses talents et par ses vertus. II nous reste de lui quatre-vingt-seize sermons et cent quarante et une lettres ; on ne doute plus qu'il ne soit aussi l'auteur des deux livres de la vocation des gentils.
La meilleure édition de ses ouvrages est celle qu'adonnée le père Quesnel, en 2 vol. m-4°, imprimée d'abord à' Paris en 1675, ensuite à Lyon, in-fol., en 1700, enfin à Rome, en 3 vol. infol. Celle-ci est la plus complète.
Comme ce saint pape a vécu précisément dans le temps auquel la dureté des expressions, desquelles l'Église d'Afrique s'était servie en condamnant les pélagiens, faisait de la peine à plusieurs personnes, il s'est appliqué principalement à relever le prix, l'étendue, l'efficacité de la grâce de la rédemption; aucun des Pères n'en a parlé avec plus de force et de dignité , et n'a mieux réussi à nous inspirer une tendre reconnaissance envers Jôsus-Clirist, Sauveur du genre humain.
Barbeyrac, Traité de la morale des Pères, c. 17, § 2, dit que saint Léon n'est pas fertile en leçons de morale, qu'il l'a traitée assez sèchement et d'une manière qui divertit plutôt qu'elle ne touche. Il lui reproche d'avoir approuvé la violence envers les hérétiques et môme l'effusion de leur sang; il cite pour preuve la lettre quinzième de ce Père à Turibius, èvèque d'Espagne, au sujet des priscillianistes.
Il est cependant certain que la trèsgrande partie des sermons de saint Léon, et de ses lettres, roule sur des points de morale, et qu'il en donne des leçons très-judicieuses. Quant à la manière dont il les traite, nous disons aussi bien que les censeurs de ce Père : Qu'on lise ses ouvrages, et que l'on juge. Si quelqu'un n'est pas touché de l'éloquence de ce grand pape, que l'on a souvent nommé le Cicéron chrétien, il est d'un goût bien dépravé. Mais Barbeyrac avait trèspeu lu les ouvrages des Pères qu'il ose censurer; il copie Daillé, Scultet, Bayle, le Clerc, sans s'embarrasser si leur critique est juste ou absurde. A l'article Pères de l'Eglise, nous fe-
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rons voir l'ineptie des reproches que l'on fait en général à ces grands hommes.
Avant de savoir si saint Léon est blâmable d'avoir approuvé le supplice des priscillianisles (1), il faudrait commencer par examiner leur doctrine et les effets qu'elle pouvait produire. Ils soutenaient que l'homme n'est pas libre, mais dominé par l'influence des astres; que le mariage et la conception de l'homme sont l'ouvrage du démon : ils pratiquaient la magie et des turpitudes infâmes dans leurs assemblées ; ils prétendaient que le mensonge et le parjure leur étaient permis. C'était la môme doctrine que celle des manichéens»
Saint Léon en était instruit et convaincu par l'aveu des coupables ; on le voit par la lettre même à Turibius.
Y eut-il jamais une hérésie plus propre à dépeupler les États, à justifier tous les crimes, à troubler l'ordre et la paix de la société? Un souverain sage ne pouvait se dispenser de sévir contre ses partisans, et un moraliste ne pouvait blâmer cette rigueur sans se couvrir de ridicule.
Nous savons très-bien que saint Martin et d'autres saints personnages désapprouvèrent hautement les deux évèques Idace et Itbace, qui se rendaient accusateurs et persécuteurs des priscillianistes : ce personnage ne convenait pas à des évèques , c'était l'affaire des magistrats et des officiers de l'empereur. Il ne s'ensuit pas de là que ces derniers aient été injustes, lorsqu'ils poursuivaient et punissaient ces hérétiques, ni que saint Léon ait dû blâmer cette rigueur : le bien public exigeait que cette secte abominable fût exlermi-
(i) « C*est à tort, dit M. Fritz, qu'on a reproche a Léoo I*r d'avoir d'abord, et «nrtout dans la lottre précitée, excité les chèques à eu veoir à de6 mesures de sévérité contr.' les hérétiques, et d'avoir réclamé du pouvoir l< mporel de les frapper de la peine de mort ; car il dit au contrai: e expressément que l'Eglise se contente du jugement mural et évita tonte vengeance sani-Linte. Que si ou veut le b'amer de ne s'être pas élevé contre la conduite rigoureuse de l'Ktat, il ne faut [as millier que chacun est de son temps, les chefs de l'Eglise comme les chefs des États, et qu'il faut les juger non d'après les idées du siècle où l'on vit, mais d'après celles de la période où ils véc rent. »
Ls Xoia.
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née. C'est pour cela même que l'on poursuivit en France, au douzième siècle, les albigeois qui enseignaient à peu près la même doctrine. On peut tolérer des erreurs qui n'ont aucun rapport à l'ordre public ni à la pureté des mœurs ; mais prêcher la ' tolérance générale et absolue pour toute doctrine quelconque, c'est une morale absurde et détestable. Voyez Priscillianistes.
Beausobre, dans son Hist. du Munich., 1. 9, c. 9, t. 2, p. 786, a forgé contre saint Léon une calomnie plus atroce ; il l'accuse d'avoir imputé faussement aux manichéens et aux priscillianistes des turpitudes dont ils n'étaient pas coupables; d'avoir suborné des témoins pour attester ces faits, afin de décrier ces hérétiques à .
Rome. Pour toute preuve, il dit que de tout temps les Pères ont usé sans scrupule de fraudes pieuses pour le salut des hommes; par exemple, de livres faux et supposés : que, si l'on en croit saint Grégoire, pape, L. 3, Epist. 30, saint Léon joua une comédie en faisant sortir du sang des linges qui avaient touché les corps des saints, afin de prouver que ces linges faisaient autant de miracles que les corps mêmes.
Nous pourrions nous borner à répondre que ceux qui ne croient pas à la vertu des Pères sont incapables d'en avoir; personne n'est aussi soupçonneux que les malhonnêtes gens.
La première preuve de Beousobre est une nouvelle imposture. Nous prouverons ailleurs que quand les Pères ont cité des ouvrages supposés , ils les croyaient authentiques; c'était, de leur pari, une erreur et non une fraude. La seconde preuve est détruite par Beausobre lui-même : il juge que la lettre trentième de saint Grégoire, 1. 3, est un tissu de fables ; donc, selon lui, la prétendue comédie attribuée à saint Léon est fabuleuse; donc elle n'a pas été jouée par saint Léon. L'on ne peut pas prouver que c'est saint Grégoire qui l'a forgée ; un ne peut l'accuser, tout au plus, que d'avoir été trop crédule. Voyez Saint Grégoire, pape.
Bekgier.
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LÉON I (les ouvrages de). (Théoï.
hist. bibliog.) — M. Fritz énumère analyse et juge comme il suit les œuvres de saint Léon ou attribuées à saint Léon.
« 1 . Les Sermons (96) qu'il prononça durant les vingt années de son pontiiicat et dans diverses circonstances devant le peuple romain. Tous ces sermons, dont le mérite homilétique est incontestable, ont un caractère commun qui, plus que l'uniformité du style, prouve l'identité de leur auteur. Le style de Léon I er est mesuré et parfaitement adapté aux sujets qu'il traite. Ses comparaisons sont justes, ses définitions nettes et tranchées; l'ensemble porte les caractères du temps, l'antithèse, b j s allusions, les jeux de mots, une certaine pompe qui captive et éblouit l'auditeur, mais qui nuit à la simplicité et à la véritable dignité de la parole. Les doutes qu'on a voulu élever contre l'authenticité de ces sermons n'ont aucun fondement.
« 2. Les Lettres (41), très-importantespoui'1'histoiredu temps et pour la connaissance du caractère, de l'activité et des vues du Pape. Malgré le travail critique, solide et savant des Ballerini, il reste encore beaucoup à faire pour rétablir la pureté du texte et placer ces lettres dans leur véritable ordre chronologique.
« 3. Plusieurs autres écrits, vulgairement admis parmi les œuvres de Léon, ne présentent pas le même degré d'authenticité et doivent peutcire même être complètement rejetés. Tel est : de Vocatione omnium grntium, libri duo. Ce livre, qui a toujours joui d'une grande autorité, a été attribué tantôt à saint Léon, tanièl à saint Amhroise, tantôt à saint Prospère d'Aquitaine. Les anciens témoignages à ce sujet manquent totalement, et l'analogie du style a sciais fait conclure que saint Léon devait en être l'auteur. L'Epistola ad S. Demetriadem , seu de luimilitate trnetatus, a aussi été attribuée à saint Léon par Quesnel, s'appuyant également sur la ressemblance du style; mais les Ballerini l'ont victorieusement réfuté. Un très-ancien Codex Sacramentorum, ritus Romanis Ecclesix,.
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attribué à saint Léon, a été l'objet de nombreuses et savantes recherches, surtout de la part de Muratori (1) et des Ballerini. Ces recherches établissent que ce Sacramentaire est le plus ancien recueil de ce genre de l'Eglise romaine. Quelques passages et certaines parties sont tout à fait dans l'esprit et le style de saint Léon et peuvent provenir de lui ; mais le tout n'a été réuni que sous Félix III ou sous Gélase (483-493) , edit. pr. , Rom., 1479; edit. Quesnel, Paris, 1675, 2 vol. in-4°; edit. Rom., 1753- 55, per Petr.-Thom. Cacciari, 3 tom.
in-fol. ; edit. Venet., 1757, des frères Ballerini, 3 tom. in-fol. »
LÉON II (saint). Né en Sicile, d'abord chanoine régulier, puis cardinalprêtre, il succéda à Agathon en 682.
On ne s'accorde pas sur le jour de son élection, de son ordination et de sa mort. L'empereur Constantin IV Pogonat lui ayant demandé d'envoyer à Byzance un chargé de pouvoirs illimités pour traiter les questions dogmatiques et canoniques, il crut à une embûche, et n'envoya qu'un sousdiacre qui devait en référer à Rome sur toutes les questions et qu'il chargea d'une lettre par laquelle étaient confirmés les décrets du vi e concile œcuménique.
« Léon, dit M. Frick, traduisit du grec en latin les actes du sixième concile, et en envoya une copie, par son fondé de pouvoir Pierre, aux évèques d'Espagne; il lui remit en même temps quatre lettres assez semblables entre elles [1], l'une pour les évèques du royaume des Yisigoths, l'autre pour le comte Simplicius, la troisième pour le roi Erwig, la dernière pourQuiricus, métropolitain de Tolède. Dans ces quatre lettres le Pape rend un compte plus ou moins long des faits du sixième concile et exprime le désir de voir tous les évoques d'Espagne souscrire la profession de foi de cette assemblée, qu'il leur adresse. Baronius (3) dit que ces quatre lettres de Léon II sont inter-
(1) Ditsert. de Reb. lilurg., c. 4.
(S) Mansi, XI. p. 1050-1058.