AJ«LU. 683, B
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polées, parce qu'elles viennent à l'appui de l'anathèmeprononcéausixième concile œcuménique contre le pape Honorius; mais il ne donne aucune preuve de son assertion, comme l'a démontré Pagi. Les seules choses qui puissent surprendre en ceci de la part dcLéonlI, c'est d'abord qu'il demande aux évèques d'Espagne leur adhésion écrite au sixième concile, tandis qu'il ue s'adresse à aucune autre Eglise latino-germanique; c'est ensuite qu'il envoie la lettre mentionnée au métropolitain Quiricus, qui était déjà mort en 679, et on devait le savoir à Home en 682. Gfrorer, à l'aide de l'Art de vérifier les dates, et par cela que les données des anciens sont rares ace sujet, établit qu'il est assez vraisemblable que Léon ne voulait pas faire l'honneur à Julien de le reconnaître, même par une lettre, archevêque de Tolède.
« Léon obtint de l'empereur que les archevêques de Ravenne, qui s'étaient rendus assez indépendants, fussent tenus de se rendre à Rome, après leur élection, pour s'y faire sacrer, comme c'était l'antique usage, et en retour le Pape dispensa le siège de Ravenne de la taxe qu'on payait, à cette occasion, à la cour romaine.
« Léon savait aussi bien lu grec que le latin; il avait des connaissances musicales assez étendues, qui lui permirent d'améliorer le chant grégorien et de composer plusieurs hymnes. Il introduisit aussi, d'après d'anciennes données, le Baiser de paix à la messe et YAspersion du peuple avec l'eau bénite. II se montra surtout le père des pauvres. Il mourut au milieu de l'année 683 ; la date est incertaine. L'Eglise célèbre sa mémoire le 28 juin. »
LÉON III. Ce fut ce Pape qui, en l'an 800, couronna, spontanément d'après Eginhard et d'autres, Charlemagne empereur des Romains pendant l'office le jour de Noël, à Rome.
Romain de naissanee, et d'abord chanoine régulier de Saint-Jean de Latran, il devint si populaire dans le clergé et dans le peuple qu'ayant été élevé au cardinalat par Adrien I, il fut élu immédiatement après la
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mort de celui-ci le 26 décembre 79u, et consacré le lendemain. « Léon, dit M. Frick, donna aussitôt avis de son élection à Charlemagne (1), et lui adressa les clefs du tombeau de S. Pierre, avec l'étendard de la ville de Rome et d'autres cadeaux, en le priant de lui envoyer un grand de sa cour pour recevoir le serment de fidélité et d'obéissance des Romains.
Ce serment devait-il se rapporter au Pape, ou au roi comme patrice, c'est ce qui n'est pas plus clair que ce que les auteurs entendent par les clefs du tombeau de S. Pierre. Étaient-ce, comme Bellarmin et Baronius le prétendent, de petits coffrets sous forme de clefs, renfermant des reliques, que les Papes avaient fait faire en or et avec la poussière ferrugineuse des chaînes des Apôtres, ou étaient-ce de véritables clefs, avec lesquelles on fermait et ouvrait les portes du Vatican? Charlemagne envoya son archichapelain, Angilbert, à Rome, avec une grande partie du trésor qu'il avait enlevé cette année-là aux Huns (Avares); Angilbert était en même temps, comme il ressort de la lettre à Léon, chargé de régler avec le Pape tout ce qui pouvait contribuer à l'exaltation de l'Église, à la consolidation du Saint-Siège et à la sûreté du patriciat. Quoique Charlemagne ajoute aux instructions qu'il donne à Angilbert l'ordre « d'exhorter assidûment le Pape à mener une vie pure et à se conformer aux saints canons, à détruire la simonie qui souille en beaucoup de lieux le corps sacré de l'Eglise », la conclusion que tire de ces paroles un auteur moderne, que Léon avait acheté, même aux yeux de Charlemagne, le siège de S. Pierre à prix d'argent, et que ses mœurs n'étaient pas intactes, nous paraît singulièrement hasardée , d'autant plus que toutes les données des auteurs anciens sont contraires à cette opinion.
« Vers la fin de 798 ou au commencement du siècle suivant, Léon présida un concile à Rome . Alcuin avait cherché, non-seulement verbalement, mais en écrivant à Félix
(1) Voy. Caim.EM4G.iE dans le Kirchen lexicon.
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d'Urgèle, aie ramener de son erreur.
Félix avait répondu par un livre qui fut condamné par le synode, en même temps que l'auteur était excommunié s'il ne se rétractait pas.
« Bientôt de tragiques événements troublèrent le pontilicat de Léon III.
Deux fonctionnaires élevés du palais, parents du pape Adrien I er , le primicier Paschal et le trésorier Campulus, qui avaient eu des vues sur le Saint-Siège et qui haïssaient dans Léon un rival plus heureux, résolurent sa mort. Le 2b avril 799, le Pape se rendait à cheval à l'église Saint- Laurent pour y célébrer ia messe et suivre la grande procession, lorsque les conjurés, à la tète d'une troupe armée, se jetèrent sur le Pape, le précipitèrent à terre, déchirèrent ses habits et cherchèrent à lui crever les yeux et à lui arracher la langue. Le peuple, qui l'entourait, se dispersa; les meurtriers, en voyant le Pape sans "mouvement et sons parole, croyaient avoir atteint leur but et se retirèrent; mais Paschal et Campulus reparurent bientôt, traînèrent Léon dans l'église voisine de Saint-Silvestrè in Capite, le frappèrent cruellement au pied même de l'autel, et, craignant qu'il ne les reconnût et ne les trahit, ils s'acharnèrent dans leur .
fureur à le rendre aveugle et muet.
Le soir on rapporta l'infortuné Pape dans le couvent de Saint-Érasme, sur le mont Cœlius ; il était encore en vie; Dieu lui avait même conservé la vue et la parole, ou, disent les anciens, les lui avait rendues par un miracle. Quelques fidèles, etle chambellan Albinus était de ce nombre, étaient cependant parvenus à suivre le mouvement des conjurés et à s'emparer du Pape. Ils l'emportèrent à Saint-Pierre. Là Léon se vit entouré des hommages les plus respectueux.
Le duc de Spolète, Widigis, l'emmena dans son palais. Léon put fuir et prendre la route de Paderborn, où résidait alors Charlemagne ; il y fut reçu avec magnificence. Cette démarche du Pape porta l'épouvante parmi les conjurés; ils cherchèrent à rendre autant que possible le Pape impuissant en le perdant dans l'esprit de l'empereur, et lui adressèrent à
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cette fin une plainte effroyable. Ils l'accusèrent de parjure et d'adultère, demandèrent que Léon descendit volontairementdu siège de Pierre, qu'il avait souillé par ses crimes, et cachât sa honte dans l'obscurité d'un cloître.
« Léon n'hésitapasà revenirà Rome ; partout, dans les villes et les villages, il fut accueilli comme un martyr.
Toute la population de Rome, hommes, femmes, c'.ergé, étrangers de toutes nations, allèrent au-devant de lui jusqu'au Ponté-Mollé et le ramenèrent entriompheà Saint Pierre, où il célébra la sainte messe. Les archevêques, évèques et comtes qui avaient accompagné le Pape à Rome commencèrent, au nom de l'empereur qui les en avait chargés, une sévère enquête sur l'attentat dont le Pape avait été la victime ; les coupables furent arrêtés et conduits en France. Celte peine légère s'explique par Tintenvention de Léon en faveur de ses adversaires.
« Bientôt après, le 4 novembre, Charlemagne vint lui-même à Rome pour y prendre le titre de patrice et de protecteur suprême de l'Église romaine. Une immense réunion d'archevêques, d"évèques, d'abbés et de nobles laïques, eut lieu dans la basilique de Saint-Pierre. Déjà le Pape et l'empereur" s'étaient assis l'un à côté de l'autre, le peuple remplissait la nef, et l'on avait demandé aux dignitaires de l'Église, réunis dans l'enceinte, d'écouter les accusateurs de Léon, d'examiner les griefs articulés contre lui, lor-quetout à coup les évèques et les abbés se levèrent, déclarant tout d'une voix qu'ils ne pouvaient être juges compétents dans une cause de cette nature. « Personne ne peut accuser le Pape, s'écrièrentils unanimement ; le siège apostolique est l'arbitre souverain et ne peut être jugé par personne. » Le lendemain une seconde assemblée eut lieu.
Léon monta sur l'ambon, et, l'Évangile à la main, jura à haute voix qu'il était absolument innocent de tous les crimes dont on l'accusait.
€es paroles du Pape émurent le peuple, et toute l'assemblée entonna le Te Deum.
« Lvùii demeura convaincu que
l'ordre et la paix qui étaient rétablis dans Rome ne seraient assurés, que les scènes de violence qui trop souvent accompagnaient l'élection des Papes ne cesseraient qu'autant qu'on rendrait à l'orgueilleuse Rome un empereur et qu'elle verrait l'empire d'Occident rétabli. Aussi, le jour de Noël de l'année 800, pendant l'office divin, auquel Charlemagne assistait dans le magnifique costume de patrice de Rome, le Pape prit une couronne d'or déposée sur l'autel et la mit sur la tète de Charlemagne. A cette vue la foule entassée dans la basilique s'écria d'une voix: a Vive Charles! vive Auguste, couronné de Dieu! Victoire au grand et pacifique empereur !» Puis le Pape versa l'huile sainte sur la tète de Charlemagne et de son fils Pépin, et pria pour l'empereur suivant une ancienne formule...
« Charlemagne, voulant donner plus d'autorité au testament par lequel, en 806, il réglait le partage de l'empire, après sa mort, l'envoya à Rome pour y être signé par le Pape, et Léon déclara qu'il en approuvait toutes les dispositions.
« Léon eut aussi à se prononcer dans des questions dogmatiques. On avait ajouté d'abord en Espagne, puis peu à peu en France, au symbole de Nicée et de Constantinople, les mots hlioque. Des moines franks, établis sur le mont des Olives, près de Jérusalem, furent, à cette occasion, accusés d'hérésie par des confrères grecs de leur couvent. Ces moines, dans leur perplexité, s'adressèrent à Léon; celui-ci fit connaître l'affaire à Charlemagne, et l'empereur convoqua, à la suite de cette communication, un synode, en 809, à Aix-la-Chapelle.
Quoique Théodulphe, évêque d'Orléans, eût démontré dans un livre ex professo, Liber de Spitïtu Sancto (1), rien que par des textes de l'Ecriture sainte et des Pères, que le Saint-Esprit procède aussi du Fils, le concile ne voulut pas prononcer de jugement avant que le Pape eût parlé. En conséquence, le concile envoya d'Aix à Rome Bernard, évêque de Worms,
(i) D»u Sirmond, Opp., t. III, p. 695-730.
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Jessé, évèque d'Amiens, et Adelhard, évêque de Corbie. Léon, naturellement, approuva la doctrine franke de la procession du Saint-Esprit; il prononça l'anathème contre tous ceux qui ne pensaient pas de même, et, un peu plus tard, il envoya aux églises d'Occident et aux moines du mont des Olives une profession de foi qui exposait très-explicitement la doctrine de la Trinité, et revenait sur l'expression propre à l'Eglise d'Occident, Spiritum Sanctum, a Pâtre et Filio œqualiter procedentem. En revanche il se prononça contre l'addition dans le Symbole, par égard pour le concile œcuménique d'Ephôse, qui avait prononcé, l'anatîième contre quiconque oserait modifier la foi universelle de l'Eglise et ses Symboles officiels (1).
« Il désirait, en conséquence, qu'on laissât insensiblement tomber l'habitude prise de chanter, dans la chapelle de la cour de France, les mots Klioque avec le Symbole, vu que bientôt on imiterait ailleurs l'exemple de la cour. Toutefois, comme l'addition était de fait exacte, elle se maintint dans les contrées où elle s'était une fois introduite, jusqu'à ce qu'enfin un concile universel la sanctionnât. Léon lui-même fit dresser dans l'église Saint-Pierre deux tables d'argent, sur l'une desquelles était inscrit en grec, sur l'autre en latin, le Symbole de Constantinople, sans l'addition de Tolède.
« Après la mort de Charles, vers la fin de 814, on découvrit une conjuration de hauts personnages de Rome contre le Pape ; Léon fit faire immédiatement une instruction, et l'on exécuta les coupables. Louis le Débonnaire, qui crut voir dans ce fait un cas réservé à sa juridiction, comme protecteur de l'Eglise, envoya son neveu, Bernard, roi d'Italie, à Rome, pour y faire une minutieuse enquête ; mais avant sou arrivée Léon avait envoyé une ambassade à Aix pour expliquer l'affaire en détail à l'empereur, et Louis se déclara satisfait.
« Vers la fin du règne de Léon, les Romains, irrités contre le Pape, envahirent ses maisons de campagne et
(i) Hardouin, I, 1S2S.
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les incendièrent. Léon, dans la triste situation où il se trouvait, avait coutume, pour se fortifier et se consoler, de dire la messe plusieurs fois par jour. Cet usage, imité assez souvent plus tard (1), fut aboli par le pape Alexandre IL...
« Léon mourut le H juin 816, et la congrégation des Rits fit, au dix-septième siècle, insérer son nom au Martyrologe romain. Sa fête est célébrée le 12 juin. »
LÉON IV. Issu d'une famille distinguée de Rome, il fut unanimement élu à la mort du pape Sergius, arrivée le 27 janvier 847. « Toutefois, dit M. Frick, les cardinaux n'osèrent pas le consacrer avant d'en avoir obtenu l'autorisation de l'empereur, parce qu'ils étaient liés par un traité conclu trois ans auparavant, et que tout le monde se souvenait des dernières catastrophes. En effet, Sergius II étant monté sur le Saint-Siège sans avoir fait approuver son élection par l'empereur, Lothaire avait envoyé à Rome son fils Louis et son oncle Drogon, en, les chargeant de signifier aux Romains qu'à l'avenir aucun Pape ne pourrait être consacré qu'après le consentement de l'empereur et en présence de ses fondés de pouvoirs (2).
a II y eut donc une sorte d'interrègne (interpontifitium) de deux mois et demi. Enfin, Lothaire ne donnant pas signe de vie, et une imminente invasion des Sarrasins imposant la nécessité de prendre des mesures décisives, les Romains se mirent à l'œuvre, et le II avril 847 consacrèrent le nouveau Pape, en réservant en même temps le droit de confirmation de l'empereur.
a Le premier soin de Léon fut de réparer les dévastations commises par les Sarrasins ; il rendit au culte de l'église Saint-Pierre tout son éclat et fit don à d'autres églises de Rome de riches ornements, etc. Ensuite il prit des mesures de défense contre les Sarrasins ; il fit rétablir les anciens murs de Rome, fortifier les portes,
(11 Cf. Card. Bona, 1. I, de Beb. lilurg. c. 18. (2) Annal. Berlin., ann. 844.
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élever quinze tours, plus deux tours sur les bords du Tibre, qu'il relia par de fortes chaînes de 1er qui empêchaient tout navire de passer. Pour garantir l'église Saint-Pierre de toute nouvelle attaque, il résolut d'entourer d'une muraille le quartier du Vatican, au milieu duquel se trouvait Saint-Pierre. On se mit avec ardeur à celte oeuvre, que déjà Léon III avait projetée. L'empereur Lothaire et son frère envoyèrent de l'argent, les grands et les couvents des ouvriers, que constamment le Pape, à pied ou à cheval, surveillait et encourageait.
En 852 les évoques et le peuple se réunirent, et nu-pieds, couverts de cendres, ils firent une procession, en chantant des litanies et des psaumes, autour de la nouvelle muraille. Léon bénit les murailles, les portes, les maisons de cette ville nouvelle, qui depuis lors fut nommée Civitas Leonina.
« Les habitants de Centumcellœ, aujourd'hui Civita-Vecchia, erraient depuis longtemps, par crainte des Sarrasins, dans les montagnes et tes bois de la campagne de Rome ; Léon fortifia solidement leur ville, qui fut appelée Léopolis. Léon savait communiquer aux autres son courage et son activité
En 840, une flotte alliée dont ses vaisseaux faisaient partie remporta une victoire éclatante sur les Sarrazins, dont beaucoup périrent et les autres, faits prisonniers, furent forcés de travailler à fortifier Rome.
En851,« le Pape, poursuit M. Frick, présida dans Saint-Pierre de Rome un concile auquel assistèrent 67 évoques, et qui promulgua 42 canons relatifs à la discipline ecclésiastique.
Le cardinal-prêtre Anastase, qui s'était rendu à la cour de l'empereur et remuait ciel et terre pour parvenir au trône pontilical, fut déposé, après que deux conciles, eiLéon lui-même, l'eurent en vain rappelé à son devoir
« Le style de la chancellerie romain fut "modifié sous Léon. Tandis qu'auparavant les Papes, en écrivant à l'empereur ou à d'autres princes puissants, mettaient le nom uu lieatinataire en tète de ses lettres, Léon
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fit précéder de son nom tout ce qu'il écrivit, et ne donna plus aux princes le titre habituel de Dominus
« Léon mourut, le 17 juillet 855, jour auquel on célèbre sa mémoire.
On a conservé de ce Pape une homélie que, d'après son intention, les évèques devaient lire au clergé dans leurs synodes diocésains, pour leur rappeler lems devoirs.
« Léon IV eut pour successeur immédiat Benoît III, et non la prétendue papesse Jeanne. » V. Ce mot.
« LÉON V. Ce Pape, dit M. Frick, monta sur le trône pontifical le 28 octobre 903. Il était né à Priapi, près d'Ardée, dans la campagne de Rome, et non à Arezzo. Il fut d'abord simple moine bénédictin et devint plus tard cardinal. Il montra, dit- on, peu d'habileté à gouverner, une fois qu'il fut à la tête de l'Église. Le cardinalprêtre Christophore se servit de ce prétexte pour le faire arrêter et emprisonner, le contraindre à renoncer à la dignité pontificale et à promettre de rentrer dans son couvent. D'après Sigonius, Lcon mourut de chagrin quarante jours après avoir été emprisonné, et la même année Christophore parvint au trône pontifical. »
« LÉON VI. Romain, dit M. Frick, fut élu Pape en juin 928 et ne régna que sept mois et cinq jours. La fameuse Marozzia fut soupçonnée d'avoir empoisonné ce Pape, mais il n'y a pas de preuves historiques de ce fait. Baronius dit que le Pape fut jeté en prison et y mourut. Flodoard.
digne de foi, ne parle pas de cette captivité. D'après Platina, Jean Stella, etc., Léon était bon et aimable ; il chercha à ramener l'union parmi les Romains, à rétablir l'ordre et la paix en Italie et à en éloigner les ennemis habituels. »
LÉON VII. Romain de naissance et moine bénédictin. Il fut élu contre son gré après la mort de Jean XI, et fut consacré avant le 9 janvier 936.
Son pontificat ne dura que trois ans six mois et dix jours. Il fut plein de bonnes intentions pour améliorer la situation malheureuse de l'Église ; il
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appela à Rome saint Odon, deuxième abbé de Cluny, pour tacher de réconcilier les partis et pour la réforme des ordres monastiques de Rome.
Dans sa lettre aux rois, princes, évêques, abbés, etc., et à tous les chefs des Eglises des Gaules, « Léon, dit M. Frick, parle en détail de quelques modifications apportées aux cérémonies et au droit matrimonial, déclare notamment que le mariage des prêtres est un abominable scandale, et leur annonce qu'il nomme Gérard son représentant apostolique dans leurs diocèses, demandant désormais pour lui l'obéissance la plus ponctuelle. En terminant, Iwmcharge Éberhard, duc de Bavière, de mettre ces dispositions à exécution (1).
« La mesure prise par Léon d'enlever à Salzbourg ses anciens privilèges et de les transporter à Passau engendra une déplorable lutte, qui ne s'apaisa que lorsque le pape Benoît VI rétablit l'autorité métropolitaine de Salzbourg.
« Léon mourut le 18 juillet 939 et fut enseveli au Vatican. »
LÉON VIII, antipape. « Le pape Jean XII, dit M. Frick, qui avait fui de Rome à l'approche de l'empereur, ne parut pas, malgré une double invitation, au synode que l'empereur Othon le Grand tint à Rome en novembre 963. Ce pseudosynode déposa le Pape, qu'on avait accusé des plus grands crimes, et élut à sa place Léon VITI. Baronius (2), Pierre de Marca (iij, Pagi (4), Muratori (b) et d'autres ont clairement démontré que l'empereur et le synode commirent un acte illégal en s'arrogeant un droit qui ne leur appartenait pas, et qu'ainsi Léon ne peut être considéré comme un Pape légitime. Au moment de son élection il était encore laïque et secrétaire de l'Église romaine.
Aussi les Romains furent si peu satisfaits de l'élection de cette créature
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(1) Hardouin, Acta Concil Tint., VI, p. I, p. 575 sq.
(2) Annal, eecles., ad aon. 963. n. 31 sq.
(3) De Concordia sacerd. et imper., 1. I, c. 11.
(4) Crit. in Annal. Baron., ad onn. 963.
(5) But. d'Italie, t. V.
d'Olhon qu'un grand nombre d'entre eux, soutenus par Jean XII, formèrent une conjuration qui fut découverte et réprimée par l'empereur de la manière la plus rigoureuse. Huit jours après ce soulèvement avorté, Othon vint à Rome, et rendit, à la demande de Léon VIII, les otages qu'il avait entre les mains. Mais à peine Othon eut-il quitté les États de l'Église que les Romains rappelèrent Jean XII, et Léon se vit obligé de prendre la fuite.
Il ne parvint qu'à grand'peine, et dénué de tout, au camp de l'empereur, à Camérino. Jean XII étant mort peu après être remonté sur le trône, les Romains élurent sans retard son successeur, Benoit V.
• Othon crut devoir soutenir les droits de Léon, et non-seulement refusa d'approuver la nouvelle élection des Romains, mais rassemLla une armée, s'avança en mai 964, suivi du Pape, sa créature, et assiégea Rome.
Les Romains, encouragés par le pape Benoît, firent une énergique résistance ; mais la famine s'étant jointe à toutes les autres souffrances du siège, les Romains se rendirent, et Léon fut de nouveau placé sur le trône de S. Pierre. Léon présida alors un concile dans la basilique de Saint-Jean de Latran, concile auquel assistèrent des évêques d'Italie, de Lorraine, de Saxe, le clergé, les notables de la ville et le peuple. On enleva à Benoît V le pallium, l'étole et les ornements sacerdotaux. Léon brisa la crosse que portait Benoit et dit :
« Nous enlevons à Benoît, qui a usurpé le siège apostolique, tout honneur épiscopal et sacerdotal. Toutefois, à la demande de l'empereur, dont les efforts nous ont replacé sur le siège apostolique, nous laissons à Benoît la dignité de diacre ; mais il ne pourra demeurer dans Rome et il sera conduit en exil. »
« Ce fut dans ce concile, en 963, que Léon porta atteinte à sa propre autorité et aux droits des Romains par un acte que Pertz a imprimé (1), et qui porte en substance : « Othon aura le droit de choisir à son gré un successeur au titre de roi d'Italie ; il
(1) leges II, Suppl, p. 167.
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aura droit d'investir les Papes et les évèques. Lorsque le clergé et le peuple éliront un évêque sans que celui-ci soit approuvé et investi par le roi, personne ne devra, sous peine d'excommunication et de mort, ordonner l'élu. »
« Baronius et d'autres historiens catholiques ont cherché à démontrer la fausseté de ce document, et des écrivains protestants ont également élevé des doutes sur son authenticité; mais l'opinion de ceux qui en soutiennent l'authenticité a beaucoup de vraisemblance il n'a d'ailleurs rien d'incroyable de la part
d'une créature de l'empereur
Si la race d'Othon avait réussi à faire prévaloir, d'une manière durable, les principes de ce document de Léon, les nations de l'Occident, loin d'honorer dans le Pape le vicaire du Christ et le chef de toute l'Église, n'auraient plus vu en lui que l'instrument de l'ambition germanique. »
Léon mourut en mars 9tlS.
LÉON IX Bruno, né le21 juin 1002, d'une famille parente de l'empereur et alliée à la famille de Habsbourg, élu par le clergé et le peuple de Toul évêque de ce diocèse en 1026, fut élevé au pontificat suprême, après vingt-deux ans d'épiscopat, à la mort inopinée de Damase II, comme le raconte M. Frick dans ce qui suit :
« Les Romains envoyèrent des députés à l'empereur Henri 111 (103-9- 1056), le priant de leur donner un Pape. L'empereur convoqua en couséquence à Worms, le 10 décembre 1018, une diète dans laquelle la volonté d'Henri et la voix des princes temporels et spirituels désignèrent Bruno comme chef de la Chrétienté.
Bruno se donna toutes les peines du monde pour faire revenir sur cette élection; mais, l'empereur et les grands persévérant dans leur désir, Bruno demanda trois jours de réflexion, et, après les avoir passés dans le jeune et la prière, il ùt une confession publique de ses fautes, afin qu'à la vue de son indignité on choisît un pontife plus digne que lui de diriger l'Église; mais le peuple
répondit à cet humble aveu par ses larmes et en persévérant dans sa demande. Alors Bruno se déclara prêt à entrer en fonctions, sous la condition que le clergé et le peuple de Rome seraient unanimes à confirmer sa nomination. Bruno célébra encore la tête de Noël à Toul; puis, ayant pris toutes les précautions pour que son diocèse fût convenablement administré pendant son absence, il partit pour Home en habit de pèlerin, accompagné par Éberhard, archevêque de Trêves, Hildebrand et d'autres (1). Son voyage fut un véritable triomphe de l'humilité et de la simplicité, et tant qu'il dura il ne sortit d'autres paroles de ses lèvres que des prières. Non loin de la ville d'Augusta (Augsbourg, ou Turin, ou (Voste, c'est une question), il entendit une voix qui lui répétales paroles dites autrefois à Jérémie (I), et il en fut singulièrement consolé et encouragé. Toute la population de Rome vint au-devant de lui en habits de fête, chantant des hymnes; quant à Bruno il s'avançait nu-pieds à travers la foule, suppliant les Romains de faire franchement connaître leur opinion sur sa personne.
« A Rome comme à Worms il n'y eut qu'un sentiment. L'archidiacre de l'Église romaine proclama Bruno Pape sous le nom de Léon IX, et le peuple donna trois fois à haute voix son assentiment. Le 2 février 10*9 Bruno fut consacré, et le 12 février intronisé.
« Un de ses premiers actes fut d'ordonner Hildehraud sous-diacre et administrateur des biens du Saintr Siège. Le principal souci qu'eut ensuite Léon fut de supprimer la simonie, le conci'binagedes prè très, les exactions des nobles et les vices infâmes du peuple . Il convoqua, dans ce but, pour la seconde semaine après Pâques, un synode auquel les évèques de France devaient prendre part... Le synode de Home confirma les décrets des quatre plus anciens conciles œcuméniques et ceux des Papes antérieurs, renouvela les décisions prises sons Clément II contre
(I) M, il, iî, 14.
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la simonie, en y ajoutant cette disposition, spéciale pour Rome, que toutes les femmes qui, dans son ressort, auraient des rapports criminels avec des ecclésiastiques, seraient enregistrées parmi les vassales du palais de Latran. D'autres dispositions concernaient surtout le domicile commun des prêtres et des femmes, le maintien des lois de l'Église sur le mariage, la rentrée régulière de la dîme, et le châtiment des clercs coupables de certaines hérésies (i)
« Le 3 octobre J 049 il ouvrit le concile de Reims, que beaucoup de prélats français, se sentant coupables, avaient essayé d'empêcher par leurs intrigues auprès du roi. Pendant les trois jours que dura ce concile, un des plus importants pour le développement de l'Église gallicane, Léon éuuméra les griefs qu'on avait contre cette Église, et exhorta les é\ èques et les abbés qui se sentaient coupables à le reconnaître publiquement. En effet quelques évèques le firent et résignèrent leurs charges ; les évèques de Langres et de Nantes furent déposés ; ceux qui, se sentant coupables, n'avaient pas paru, furent excommuniés. Le concile rappela une série de lois de l'Église concernant la simonie, la possession illégale de bénéfices par des laïques, les mariages prohibés , la profanation des églises, les divorces illégaux, les seconds mariages, la violation des vœux monastiques, le service militaire embrassé par des ecclésiastiques, le pillage et l'emprisonnement des pauvres, la sodomie et certaines hérésies
«Quelques jours après Pâques 1050, étant de retour à Rome de son grand voyage, il ouvrit dans cette ville un concile qu'il avait habilement préparé à Reims. Lanfranc s'y justifia de l'accusation d'hérésie ; Bérenger de Tours y fut condamné à l'unanimité, eu même temps que le Pape lui fit proposer de se rendre à un concile qui devait se réunir en automne à Terceil et d'y présenter sa défense.
Le concile prit des mesures sévères contre la simonie et le concubinage
{i) Mansi, XIX, p. 722 eq.
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des prêtres, tellement prédominant dans le diocèse de Milan que Gui, archevêque de Milan, et Onfroy, son collègue de Ravenne , ne crurent pouvoir établir autrement leur innocence qu'en venant à Rome à la tête d'une troupe d'hommes d'armes, qui devaient avoir raison des accusations dont ces prélats pourraient être l'objet
« Ce fut au commencement de septembre, que s'ouvrit le concile de Verceil. Bérenger n'y parut point.
Deux prêtres cependant prirent sa défense, mais avec si peu de succès que sa doctrine y fut condamnée comme celle de Scot Érigène. On y traita également de simonie et de concubinage , questions tristement connexes ; Onfroy de Ravenne fut excommunié »
« En 1053, à la suite d'un nouveau voyage de Léon IX, une grande bataille fut livrée près de Civitella, non loin dû mont Cassin, d'où le Pape avait excommunié les Normands.
« Au premier choc des Normands, dit M. Frick, les Italiens se dispersèrent ; les Allemands se battirent comme des lions; toutefois la disproportion des forces ne leur permit pas de remporter la victoire. Léon lui-même fut fait prisonnier, et demeura pendant près de neuf mois à Bônévent entre les mains, d'ailleurs assez douces, des Normands. Cette défaite, et la mort de taut d'amis et de parents qui avaient succombé pour lui et pour l'Église, émurent profondément le Pape. Tant qu'il demeura à Bénévent il ne se mit pas au lit; il dormait couché sur une pierre; il jeûnait outre mesure, priait des nuits entières, se dépouillait de tout ce qui lui restait en faveur des pauvres, et, au milieu de ces pratiques extraordinaires de pénitence et de piété, ne négligeait pas un instant les affaires générales de l'Église.
« Les forces du Pape s'étaient affaiblies pendant son séjour à Bénévent, qu'il quitta le 12 mars 10S4 pour retourner à Rome. Le Normand Onfroy l'accompagna jusqu'à Capoue, d'où le Pape continua son voyage dans la société de l'abbé du
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mont Cassin. Il descendit au palais de Latran, puis bientôt après se fit porter dans l'église Saint-Pierre, où il passa les derniers jours de sa vie dans le recueillement et les prières les plus ferventes. Il s'endormit saintement dans le Seigneur le 19 avril
« La postérité a confirmé tous les éloges que lui donnèrent ses contemporains. L'Église l'honore comme un saint le 19 avril. »
LÉON X (Jean de medicis). Ce grand pape, au point de vue, du moins, des lettres et des arts, qui ne régna que huit ans, et qui éveilla tant de génies, que tout le siècle de la renaissance en a pris le nom du siècle de Léon X, naquit à Florence le 11 décembre 1475, et, n'étant encore que diacre, quoique cardinal, fut élu par le collège des cardinaux, à la mort de Jules II, fut ordonné prêtre le 15 mars 1513, fut sacré évèque le 17 et le 19 fut couronné.
« Son élévation, dit M. Frick, réveilla aussitôt l'émulation de tous les artistes et de tous les lettrés. Chacun se rappela l'accueil gracieux que les hommes de mérite trouvaient auprès du cardinal de Médicis, dont le palais de la place Navone était devenu le rendez-vous de tous les savants et de tous les artistes. A peine intronisé Léon appela le savant Lascaris à Rome pour y restaurer l'étude de la langue et de la littérature grecques. En même temps la grande université romaine, la Sapience, reprit un nouvel essor; le Pape ne recula devant aucune défense pour former un corps d'enseignement aussi solide que nombreux ; aux cours de théologie, de droit civil et de droit canon, se joignirent des cours de médecine, de morale, de logique, d'éloquence, de mathématiques, etc. ; car Léon X étendait ses libéralités sur les branches les plus sérieuses de la science, et non pas seulement sur les belleslettres et la littérature légère, comme on l'en a faussement accusé. Il fit aussi recueillir avec un soin extrême les manuscrits des anciens auteurs grecs et romains, et paya 500 sequins (1), par exemple, les cinq per-
miers livres des Annales de Tacite qu'on avait trouvés dans l'abbaye de Corvey, en Westphalie, et qui n'avaient pas encore été imprimés. En un mot Léon voulut que Rome devînt la première ville du monde au point de vue de la science, comme elle l'était sous beaucoup d'autres rapports. Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci furent les témoins immortels et irrécusables de l'amour de Léon X pour les beaux-arts, la peinture, l'architecture et la sculpture. Il est difficile de nommer tous les hommes d'esprit, de savoir et de génie, que la libéralité du Pape sut attirer autour de lui. (I).
« On aurait pu croire, en voyant cet élan général de l'esprit humain, que le Christianisme jouirait d'une paix profonde sous le règne de Léon X, et que rien ne viendrait troubler cette ère de calme et de prospérité. Cependant les provinces occidentales de l'Italie s'appauvrissaient de plus en.
plus sous les charges d'une guerre sanglante, Belgrade tombait sous les coups des Turcs, et la voix de Luther allumait la discorde dans toute l'Allemagne
« Le 6 avril 1513 Léon ouvrit la sixième session du concile de Latran, qui avait été inauguré par Jules II; les cardinaux schismaliques revinrent en majeure partie à l'obéissance, le conciliabule de Pise fut dispersé, la légalité du concile de Latran procla-
(1) Od peut citer: Machiavel, Bbhbo (cardinal), Sadolet (secrétaire du Pape - , Marc Muscrus (archevêque de Malvoisie], Albr Mamuce ^imprimeur), Zacharib Callbrgi (éditeur de Pindare et de Tuéocrite), Favoriros (bibliothécaire de Léon X), Foatbgubrri (philologue), Balzaki, Beroald lb Jeurb (éditeur de Tacite), Thbsbb Aubrosio (orientaliste), Agacio Guioacerio (lit-bnus.int), Sartbs Pagri( traducteur des Livres suints), Accolti (poète), Alemanm (philologue), Ahiostb, Arsilli, Augcrello, Baraballo de Gaëte, Bbrri (p< ète), Brardoliri, Brazzaro, Flamirio, Folrrgi (poète), Fracastobs (médecin poète), Gorizio, Marori, Moltza (poète),
MOZZARBLLO, NaVAOERO, GCEHKO, UtCELLAI (pOÔt0,
parent et nonce de Léon X en France), Sarrazai (poète), Silvsstri, Tristiho( poète et ambassadeur), Vida (poète, évèque d'Allié), Célio Calcagri.ii (astronome), Freda, Ircbiraru (poète, orateur et conservateur de la bibliothèque du Vatican), Philippe Beroald, Zbkobio Acciduoli et Jérôme Albardrb (bibliothécaires du Vatican), Gabriel, Mbriro et François Paoloso (professeurs de musique sacrée, devenus l'un archevêque de Bari, l'autre archidiacre).
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mée. Louis XII lui-même crut utile de se réconcilier avec le Pape. Au milieu de son infatigable activité, Léon ne perdait pas de vue le double but politique auquelil voulait arriver paridessus tout, c'est-à-dire d'une part la délivrance de l'Italie du j oug des étrangers, et d'autre part la consolidation de la puissance temporelle du Saint- Siège, fondée suréquilibre européen.
Aussi ce fut avec un vif chagrin qu'à la mort de Louis XII (1 er janvier 1315) il vit François I er reprendre le dessein de conquérir le Milanais. Léon se bâta de signer un traité d'alliance défensive et offensive avec l'empereur et le roi d'Espagne ; la guerre éclata, et la solution de la campagnenouvelle allait dépendre du succès avec lequel les Suisses confédérés résisteraient aux Français. Ils perdirent la bataille de Marignan (septembre IBIS), et depuis cette défaite les Suisses n'ontplusjamais pu acquérir aucune influence «n Italie. Si les Français avait promptement mis à profit leur victoire, ni 3a Toscane, ni les Etats de l'Eglise n'auraientpuleur opposerune grande résistance, et les Espagnols se seraient difficilement maintenus à Naples.
Léon, craignant ces résultats probables, s'empressa de sortir de cette situation critique en entamant des négociations avec François I er .
« 11 se rendit personnellement auprès du roi de France, à Bologne, contre le gré des cardinaux. Là les deux' souverains conclurent le concordat qui abolit la Pragmatique Sanction. Léon fut obligé [de renoncer à Parme et à Plaisance: cependant il parvint à déterminer le roi de France à revenir sur ses pas, et le Pape se maintint lui-même dans la possession intégrale de ses Etats. On a reproché au Pape de n'avoir pas tenu la parole qu'il avait donnée à François I er , lorsqu'au printemps 1316 Maximilien s'avança en Italie pour chasser les Français de Milan. Ce reproche est loin d'être fondé, et l'histoire a établi la parfaite innocence de Léon X à cet ■égard .
« Si, d'un côté, Léon cherchait à maintenir et augmenter les Etats de l'Eglise, ce qui l'obligea à faire la guerre aux seigneurs qui avaient établi
leur domination personnelle dans certaines villes des Etats de l'Eglise, ou qui, comme le duc d'Urbain, manquaient, au moment décisif, à la fidélité qu'ils devaient au Pape en qualité de vassaux, d'un autre côté Léon mettait de l'orgueil à agrandir la puissance de la maison de Médicis. Il nomma son plus jeune frère Jules de Médicis, archevêque de Florence; son neveu, Laurent de Médicis, duc d'Urbin, fut mis à la place de Piovère, neveu de Jules II, et la puissance des Médicis surla Toscane fut fortifiée par .
des lois et des alliances. Cet orgueil de famille suscita de nombreux ennemis au Pape. La maison du cardi- ' nal Pétrucci devint le foyer des haines les plusvives contre le souverain Pontife. Ce cardinal avait résolu, pour venger son frère chassé de Sienne, d'assassiner ouvertementlePape dans un consistoire. Lecourageluimanqua, mais sa volonté criminelle demeura la même. Il gagna un chirurgien du Pape et en obtint la promesse qu'il tuerait le souverain Pontife, soit en le traitant d'une fistule dont Léon souffrait, soit en l'empoisonnant à table:
mais la conjuration fut découverte.
Pétrucci et Vercelli, le chirurgien, furent mis à mort, plusieurs cardinaux furent dépouillés de leur dignité, parce qu'ils avaient connu le complot sans le dénoncer. Quelques jours plus tard, le 26 juin 1517, Léon, sentant la nécessité de fortifier son parti et voulant en même temps rehausser la dignité de l'Eglise, nomma trente et un cardinaux, tous remarquables par leur intelligence, leur naissance, leur rang, leur expérience et leur savoir, et cette mesure fut une des causes principales du repos et du bonheur du reste de sa vie, comme de la gloire et de l'éclat de son règne.
« A la même époque le Pape résolut de réaliser deux grandes entreprises qui, depuis le commencement de son pontificat, planaient devant ses yeux : c'était, d'une part, d'armer les princes chrétiens contre les Turcs, qui se montraient, sous Sélim II, plus formidables que jamais: d'autre part, d'embellir Rome et de terminer avant tout la construction de l'église Saint- Pierre. LéonX fit à cet effet proclamer
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dans toute l'Europe un armistice de cinq années, cherchant, par sa correspondance et l'influence de ses habiles ambassadeurs, à convaincre les princes, à conquérir l'opinion des grands du monde, et ses efforts parurent pendant un certain temps devoir être couronnés de succès. Cependant, comme son trésor était épuisé, que ses domaines privés étaient chargés de dettes, et qu'il fallait des ressources pour réaliser son double projet, il lit publier en 1516 une indulgence dont le produit, c'est-à-dire les aumônes qui en résulteraient, devait être consacré à l'achèvement de l'église Saint-Pierre. La prédication de cette indulgence par Albert et par Tetzel provoqua l'opposition de Luther, dont les thèses mirent le feu à des matières inflammables depuis longtemps entassées.
« Nous n'avons pas à nous inquiéter de savoir si, comme on l'a dit, Luther, dans le cas où il eût été Pape à la place de Léon X, aurait victorieusement défendu l'Eglise contre un ennemi bien autrement dangereux que ne l'était alors le moine de Wittenberg. Dans tous les cas, il est faux de prétendre, comme on l'a fait souvent, que, dans l'origine, on n'attacha à Rome aucune importance à ce qui se passait alors en Saxe. Les thèses de Luther étaient à peine connues à Rome que Léon écrivit (13 février 1518) à Gabriel, promagister des moines augustins de Venise, pour le charger d'éteindre l'incendie fomenté par Luther ; « car, disait- il, rien ne me parait aussi dangereux que le retard. » Gabriel devait, en sa qualité de supérieur de l'ordre auquel appartenait Luther, lui prescrire le silence. Cependant le Pape ne lui donnait pas encore d'instructions précises à cet égard.
Après avoir voulu d'abord que Luther \iut en personne se défendre à Rome, Léon, déterminé par diverses considérations, renonça à cette pensée et permit qu'on entendit la défense de Luther en Allemagne, ce dont il chargea le cardinal Caïetan. La réconciliation n'ayant pu se faire à jLUgsbonrg, la Pap" trnnsféra la mis- •ioii de Caïetan à Miltilz, qui obtint
en effet des deux principaux adversaires, Luther et Tetzel, la promessp qu'ils garderaient désormais le si lence. Mais cette paix apparente s'évanouit à la suite de la dispute de Leipzig , et Luther, n'écoutant ni Staupitz, ni Spalatin, ni personne au monde , ne s'arrêta plus dans la guerre .qu'il avait déclarée au Pape et à l'Église. Ce fut alors (15 juin 1520) que Léon lança contre Luther une bulle d'excommunication. Luther, après avoir révoqué en doute l'authenticité de la bulle pendant quelque temps, finit par la brûler publiquement (10 octobre 1320).
Léon, se tournant du côté de l'empereur Charles-Quint , mit le Saint- Siège de l'Eglise sous sa sauvegarde, et envoya Jérôme Aléander en qualité de nonce en Allemagne, pour y combattre l'hérésie de Luther et de ses partisans. Mais ni l'excommunication fulminée contre Luther, ni le recès de la diète de Worms du 26 mai 1521, ne purent rétablir l'ordre et l'union pour longtemps brisés par l'hérésiarque »
D'un autre côté, les luttes se préparaient entre les princes chrétiens, à la mort de Maximilien (janvier 1319). Charles V et François I or briguèrent l'un et l'autre la dignité impériale. Charles-Quint l'emporta et fut élu empereur d'Allemagne le 5 juillet de la même année. Bientôt après la guerre éclatait, à l'occasion de la malheureuse invasion de Reggio, entre Rome et la France.
« Les armes impériales et papales, reprend M. Frick, furent heureuses en Italie. Un des plus proches parents du Pape, son cousin, le cardinal Jules de Médicis, entra personnellement en campagne et parut à Milan en vainqueur ; Parme et Plaisance furent reconquis, les Français repoussés ; le Pape allait nécessairement exercer une immense influence sur le nouveau souverain de Milan.
Le moment était des plus critiques :
une nouvelle politique était inaugurée, un grand mouvement se préparait dans l'Eglise. Léon pouvait se llatter de diriger l'une , d'arrêter l'autre ; il était encore assez jeune poux espérer profiter complètement
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de la situation . Destinée trompeuse des hommes! espérances vaines ! Léon se trouvait dans sa villa Malliana lorsqu'on lui apporta la nouvelle de la prise de Milan. Il s'abandonna à l'a joie qu'inspire le succès; il vit avec plaisir les réjouissances que préparaient ses gens pour célébrer la vicloire obtenue ; il demeura au milieu d'eux longtemps dans la nuit, allant d'un ardent feu de cheminée (on était en novembre) à la fenêtre entrouverte du salon. Fatigué déjà, mais transporté de joie, il revint à Rome, où, pendant trois jours, il y eut des réjouissances publiques. Un catarrhe que le Pape avait gagné à la campagne prit rapidement un caractère dangereux. Le dimanche 1 er décembre 1521, au matin, Léon X dirigea les yeux vers le ciel, croisa les mains, murmura quelques pieuses paroles, retomba sur son coussin et mourut: le catarrhe l'avait étouffé.
II avait achevé sa quarante-sixième année, et régné huit ans, huit mois et dix-neuf jours.
« Jamais mort d'un Pape n'excita une désolation aussi universelle. Le peuple, dans la première explosion de sa douleur , s'empara de son ëchanson et l'accusa d'avoir empoisonné son maitre ; mais aucune preuve ne vint confirmer l'accusation.
« Si l'on considère tout ce qui se fit sous ce pontificat, on est tenté de croire qu'il dura un demi-siècle. Les jugements portés sur Léon ont été divers, comme tous ceux dont les grands hommes sont l'objet. Au tribunal impartial de l'histoire, Léon apparaîtra toujours comme un prince animé des meilleures intentions, instruit, éclairé, malheureusement trop superficiel au point de vue chrétien et trop passionné pour les lettres et la science purement humaines. Du reste, son caractère demeure hors de toute atteinte , et sa vie privée fut aussi pure que digne d'un chef de l'Église. »
LÉON XI. Ce pape, de la famille des Médicis né à Florence, fut le successeur de Clément VIII. Ce dernier l'avait chargé' de la mission délicate
de médiateur entre les rois de France et d'Espagne, et il avait réussi. Le roi d'Espagne protesta contre son élévation au trÔDe pontifical, mais il n'en fut pas moins élu le 1 er avril 1603, par les cardinaux sous l'influence française.
« Les lettres, dit M. Frick, parlésquelles le cardinal du Perron apprit à Henri IV ce succès inespéré marquent la joie la plus vive. Elle fut courte. Léon ne survécut que vingtsix jours à son élection. D'après Piatina, il serait mort à la suite d'un refroidissement ; d'après d'autres, et suivant Ranke, la pensée de sa dignité et le sentiment de la difficulté de sa charge auraient complètement écrasé la vie languissante et épuisée du vieillard, w
Frick.
LÉON XII (Annibal-François-Clément-Melchior-Nicolas della Genga).
Il naquit le 22 août 1760 au château della Genga, dans le diocèse de Spolète et fut ordonné prêtre le 14 juin 1783. Pie VI le nomma un de ses camériers secrets.
« En 1790, dit M. Frick, il prononça dans la chapelle Sixtine, devant le Pape et le sacré collège, l'oraison funèbre de l'empereur Joseph II, et excita l'admiration générale par son éloquence et l'habileté avec laquelle il avait su dire la vérité sans blesser le cabinet autrichien. En 1793 le Pape nomma della Genta archevêque de Tyr, et, l'année suivante, nonce à Cologne, en remplacement de Pacca ; mais il fut obligé de s'arrêter à Augsbourg, attendu que Cologne et les provinces du Rhin étaient occupées par les troupes françaises.
Bienveillant envers chacun et toujours digne, sérieux sans orgueil', ami et protecteur éclairé des arts, d'une sé 1 rénité parfaite, et plein d'esprit et de repartie en société, sans toutefois se permettre jamais une plaisanterie blessante ou déplacée, sévère observateur des devoirs que lui imposaient sa vocation et sa situation ; se retirant de toute occasion de distraction publique dès que sa dignité semblait pouvotrêtrecompromise, mais assidu partout où sa présence pouvait servir