LEONARD DE PORT-MAURICE
(Paul-Jérôme Casanova). (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce missionnaire et prédicateur célèbre de l'Italie, béatifié par Pie VI, naquit sur les frontières de la Ligurie en 1676, et mourut à Rome en 1751. Il a laissé de nombreux écrits qui ont été réunis dans une grande édition publiée à Rome par le postulator causse sous ce titre : Collezione compléta délie opère dcl B. Leonardo da P. M. t tratte fedelmente dagli originali, Roma, 1853- 1854, 13 vol. in-8°. « Dans une nouvelle édition, dit M. Hergenrother, le premier volume renferme la vie du bienheureux; le second, ses maximes et ses règlements pour les missions, et une courte description des exercices de sa maison de Toscane ; enfin les lettres du bienheureux, des lettres du pape Benoît XIV , de Jacques Stuart d'Angleterre, du roi Charles- Emmanuel III de Sardaigne et d'autres personnages importants. Le troisième volume contient de petits traités ascétiques (le Trésor caché, le Jardin de la Dévotion, la Voie de la Sainteté aplanie) et les règles de la congrégation degli Amanti di Gesu e di Maria et délia coroncina; le quatrième, son célèbre Chemin du Paradis ; le cinquième, son Manuale sacro ; le sixième, son Discorso mistico et morale, la direction pour une confession générale, des sermons pour les derniers jours du carnaval et la clôture du jubilé, des pensées salutaires sur la mort, diverses pièces. Du septième au neuvième volume se trouvent ses sermons de carême; le dixième renferme des exordés, des plans de sermons populaires, des
trières, des discours en l'honneur n très-saint Sacrement et de la sainte Vierge. Le onzième volume renferme, entre autres, une excellente instruction pour les missionnaires. En général ces écrits ollïent
un riche trésor de vérités ascétiques, d'enseignements homiléliques et de matériaux pour la pastorale. »
Le Noir.
LEPIDOSIREN (le). (ThéoL mixt.
scien. nat. zool.) Le lepidosiren est un animal très-curieux, nouvellement découvert, qui parait former la transition entre le poisson et le reptile amphibie, comme l'ornithorhynque entre le mammifère et l'oiseau (V. Ornithoriiynque). Cette sorte de poisson reptile est pourvue, en même temps, de branchies et de poumons, et n'a que des nageoires cylindriques à la place de pattes. On n'en connaît qu'une espèce, qu'on a nommée, comme l'ornithorhynque, le lepidosiren paradoxa.
L'animal ressemble à un squale ; il a une assez grosse tête; ses nageoires ne sont guère plus propres à la natation qu'à la locomotion : il est de couleur noire et long d'environ 33 centimètres. On l'a trouvé dans les flaques d'eau des environs de Bahia.
Le Noir.
LÈPRE (la) ET L'ÉLÉPHANTIASIS.
(Théol. mixt. scien. physiol. med. exeg.) Il est tellement question de la lèpre dans nos livres sacrés, notamment dans le Lévitique, et cette maladie a été l'objet de tant de confusions dans l'antiquité et dans le moyen âge, qu'il importe d'en donner, dans ce dictionnaire, une étude biblico-scientilique et médicinale qui soit au niveau des connaissances les plus modernes. C'est ce que nous allons faire en considérant, à côté de la lèpre, Véléph(tntiasis r maladie constitutionnelle qui se manifeste comme la vraie lèpre sur la peau, mais qui est infiniment plus grave, et qu'on a, pendant si longtemps, confondue avec elle. Nous suivrons, dans notre court sommaire, la série des temps, à partir des livres de iMoïse, de celui de Job et du IV e livre des rois; nous descendrons jusqu'aux travaux des cinquante dernières années, et nous verrons qu'après un chaos scientilique qui s'est prolongé depuis Moïse jusqu'à ces derniers temps, la lumière qui s'est faite entin n'a été qu'un retour pur et simple à la science de Moïse lui-même.
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Prenons d'abord le chapitre xln du Lévitique.
Les versets 4, 5 et 6 sont ainsi conçus: « S'il parait une blancheur luisante sur la peau, sans que cet endroit soit plus enfoncé que le reste de la chair, et si le poil est de la couleur qu'il a toujours été, le prêtre le renfermera (le malade) pendant sept jours; et il le considérera le septième jour : et si la Zepre n'a pas crû davantage, et n'a pas point pénétré dans la peau plus qu'auparavant, il le renfermera encore sept autres jours. Au septième jour, il le considérera : et si la lèpre paraît plus obscure, et ne s'est point plus répandue sur la peau, il le déclarera pur, parce que c'est la gale, et non la lèpre : cet homme lavera ses vêtements et il sera pur. » (Traduction de Saci sur la Vulgate.)
Voilà une première espèce de lèpre qui n'est que très-bénigne, qui n'est pas la lèpre véritable, que le traducteur latin a désignée par le mot scabies et le traducteur français par le mot gale, ce qui n'oblige en rien à entendre par ce mot quelque chose de semblable à ce qu'on nomme la gale aujourd'hui ; c'était une lèpre bénigne qui ne s'invélérait pas et se guérissait promptement; c'était unefausse lèpre.
Les versets 3, 7, 8, 12, 13 portent ce qui suit : « S'il (le prêtre) voit que la lèpre paraisse sur la peau, que le poil ait changé de couleur et soit devenu blanc, que les endroits où la lèpre paraît soient plus enfoncés que la peau et que le reste de la cbair, il déclarera que c'est la plaie de la lèpre et le fera séparer de la compagnie des autres (v. 3)... « Si (à la suite du cas précédent) après qu'il (le malade) aura été vu par le prêtre et déclaré pur, la lèpre croît de nouveau, on le lui ramènera, et il sera condamné comme impur (v. 7 et 8)... Si la lèpre paraît comme en fleurs (efflorescente) en sorte qu'elle courre sur la peau et qu'elle la couvre depuis la tête jusqu'aux pieds, dans tout ce qui peut en paraître à la vue, le prêtre le considérera, et il jugera que la lèpre qu'il a est la plus pure de toutes, parce qu'elle est devenue toute blanche :
c'est pourquoi cet homme sera dé- «larépur. (v. 12 et 13) (Trad. de Saci.).
Voilà une lèpre parfaitemen caractérisée par ses squames, son étendue, ses scories qui mordent sur la peau, sa récidive après une première atteinte qu'on pouvait croire être une fausse atteinte, et spécialement par sa couleur tout à fait blanche sans aucunes plaies vives. C'est la lèpre proprement dite, qui est désagréable au dernier point, mais qui n'est pas dangereuse pour la vie et qui se guérit rarement.
Aussi ce malade, tout séparé qu'il soit des autres par motif d'hygiène générale, est-il accepté par le prêtre comme un homme atteint d'une' infirmité, peut-être incurable, mais qui reste et est déclaré pur, au moins dans le cas oùsâlêpre, toute blanche et l'ayant envahi des pieds à la tête, est devenue .un mal organique avec lequel il passera probablement le reste de sa vie.
Enfin, les versets 10, 11, 14, 1S disent ce qui suit : « Lorsqu'il paraîtra sur la peau une couleur blanche, que les cheveux auront changé de couleur, et qu'on verra même paraître la chair vive, on jugera que c'est une lèpre très-invétérée et enracinée dans la peau; c'est pourquoi le prêtre le déclarera impur, et il ne le renfermera pas parce que son impureté est toute visible (v. 10 et 11)... Quand la chair vive paraîtra en lui, alors il sera déclaré impur par le jugement du prêtre, et il sera mis au rang des impurs, (v. 14 et 15.) (Traduct. de Saci.) Suivent d'autres prescriptions qui entrent dans plus de détails mais qui sont d'accord avec les distinctions qui précèdent.
Voilà une troisième espèce de lèpre non moins clairement caractérisée que la seconde ; elle se distingue par un mélange de plaies vives, et rend définitivement impur, du moins jusqu'à ce qu'elle se guérisse si c'est possible. C'est Yéléphantiasis vaguement désignée par le mot hébreu tsarâth.
N'oublions pas cette triple distinction de Moïse, laquelle va nous démontrer que ce grand législateur n'était pas seulement un profond philosophe monothéiste, un profond organisateur de culte, mais qu'il était aussi un savant médecin.
Après Moïse, prenons le livre de
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Job. On lit au chapitre h, v. 6, 7 et 8, de ce poëme sublime : « Et le Seigneur dit à Satan : « Va, il est en ta main ; mais ne touche point à sa vie. »
Satan étant donc sorti de devant le Seigneur, frappa Job d'une effroyable plaie depuis la plante des pieds jusqu'à la tète, et Job, s'étant assis sur un fumier, ôtait avec un morceau d'un pot de terre la pourriture (la sanie) qui sortait de ses ulcères, testa saniem radebat. » (Trad. de Saci.)
N'est-il pas évident que cette maladie de Job ne ressemble en rien à la lèpre proprement dite, que nous venons de reconnaître dans le Lévitique , laquelle était squameuse blanche et sèche, mais qu'elle ressemble à la troisième qui était à plaies ulcéreuses, purulentes et vives, à sanies. — Le mot ulcère est même employé plus loin dans le même chapitre — tout en pouvant se trouver mélangée d'eiilorescences lépreuses proprement dites. Cette maladie de Job est encore Vélèphantiasis , fléau terrible de l'humanité en Egypte, en Arabie et dans les pays voisins, parmi lesquels on peut classer celui de Theman.
Quant au livre IV des Rois, il y est raconté au chap. vi avec le naturel attachant qui distingue toutes les narrations bibliques, que Naaman, général des armées du roi de Syrie, homme vaillant et riche, mais lépreux, ayant été envoyé par son souverain au roi d'Israël pour se faire guérir de sa lèpre, reçut du prophète Elisée, au moment où le roi ne savait comment se tirer de l'embarras dans lequel l'avait mis la lettre du roi de Syrie, l'ordre d'aller se baigner sept fois dans l'eau du Jourdain, fit ce que le prophète lui conseillait, fut guéri, et se convertit au Dieu d'Israël, en demandant seulement au prophète l'autorisation d'accompagner son maître au temple de Remmon et d'y faire avec lui le signe d'adoration, autorisation que le prophète toléra en lui disant : « Allez en paix. » Cette lèpre de Naaman était évidemment, non plus Vélèphantiasis, mais la lèpre blanche ordinaire, non compromettante pour la vie, dont Moïse a donné la description. Or, il n'y a pas besoin
de recourir au miracle pour expliquer la guérison de Naaman ; les eaux du Jourdain, surtout à son embouchure dans la mer Morte, sont bitumineuses et sulfureuses, et maintenant encore une lèpre qui n'est ni trop invétérée, ni trop méchante, mais bénigne, quoique véritable lèpre comme celle de la seconde espèce, peut être guérie par les eaux sulfureuses.
Tels sont les renseignements bibliques sur la lèpre. Passons aux renseignements profanes.
On ne trouve chez Hippocrate et chez les médecins grecs l'emploi du mot lèpre que comme une désignation générique des affections squameuses de la peau, et il en est de même des auteurs arabes au moins en les considérant dans leurs traducteurs. Point de distinction entre lèpre et lèpre; c'est une confusion telle qu'on attribue à la véritable lèpre des Hébreux ce qui ne convient qu'à Vélèphantiasis et réciproquement.
Or, Vélèphantiasis, qui tire son nom de l'éléphant parce que la peau de celui qui en est affecté ressemble quelque peu à celle de l'éléphant, se trouve décrite de deux manières qui ne sont pas absolument identiques par les médecins grecs et par les médecins arabes. D'après les premiers, c'est une lèpre à tubercules proéminents et durs, avec chute des poils et perte de la sensibilité. D'après les seconds, c'est encore une lèpre à gonflements de la peau, inflammation des vaisseaux et des tissus, avec douleur, rougeur, et ulcères vives. De là on a distingué Vélèphantiasis des Grecs et Vélèphantiasis des Arabes.
Le premier éléphantiasis, appelé aussi maintenant lèpre tuberculeuse, léontiasis, satyriasis, mal rouge de Cayenne, est signalé par Lucrèce, dans un tableau effrayant de cette terrible maladie, comme propre à l'Egypte seulement : Proptcr /lumina Nili....
neque prseterea usquam. Il le nomme elephas morbus. Aretée de Cappadoce le signale aussi sous son nom d'éléphantiasis. Lactance parle également des leprosi et des elephantiaci en les confondant à peu près. Aristote avait déjà lui-même désigné uue ma-
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ladie de la peau (De gêner, lib. IV, chap. m) dans laquelle le faciès prend de la ressemblance avec celui d'un satyre, d'où le nom de satyriasis. Galien désigne le même mal sous le nom de satyriasmos.
Cet éléphantiasis s'ëlendit au moyen âge, dans nos régions occidentales, gagna l'Ecosse, la Norwége, le pays d'Astrakan et reçut dans le Nord le nom de lèpre arctique. C'est elle que les croisés rapportèrent de leur séjour en Egypte et dans tout l'Orient, sous le nom de cette lèpre qu'on a appelée la lèpre du moyen âge, et pour laquelle furent établis tant de léproseries, maladreries, lazarets, misellaria, etc. (1). « Elle commençait, dit M. Eberl, par des démangeaisons insupportables dans les mains, d'excessives douleurs d'entrailles ; la peau devenait écailleuse et cortiqueuse, se couvrait de taches blanches, rougeâtres, noires, devenait insensible et dure comme l'écorce des arbres. Le mal s'emparait ensuite des muqueuses, des vaisseaux lymphatiques, des glandes, des muscles, des cartillages, des os ; le corps se couvrait de tumeurs et de bubons gangreneux. Les doigts, les mains, les pieds se tuméfiaient d'une manière extraordinaire ; la chair finissait par tomber en lambeaux, et on reconnaissait à leurs traces sanglantes la voie qu'avaient suivie les lépreux. Le visage prenait un aspect terrible et repoussant. Les cheveux et la barbe tombaient, le front devenait rugueux ; une sombre mélancolie s'emparait des malades, gui se voyaient périr par lambeaux et sentaient pas à pas s'approcher la mort, terme de leurs indicibles douleurs. »
Ce mal horrible présente encore aujourd'hui quelques cas aux Antilles et à Cayenne où on l'appelle le
(1) Tons ces établissements tiraient leur source première des ordonnances légales de Moïse relatives aux diverses lèpres ; c'étaient des sortes d'hospices, dans lesquels les lépreux, tout en ayant la liberté, vivaient séparés du reste du peuple ; c'était une mesure d'hygiène publique, dont on ne saurait contester l'extrême sagesse, et qui est devenue à peu près inutile, en Europe, dans les temps modernes par suite de l'assainissement général des populations. Il y a encore à Jérusalem, le quartier des lépreux le long des murs de la ville.
mal rouge de Cayenne. Il en existe aussi des cas au Brésil où il prend le nom de Morphée. Il commence à présent par des taches rouges ou fauves, se développe par des tubercules et finit par des ulcérations, des gangrènes, des nécroses, des destructions de parties, la séparation des doigts et des orteils, etc. Il se produit sous l'influence des températures extrêmes et partout de la malpropreté,de la mauvaise nourriture et des habitations malsaines. Sa durée estindéterminée.
Un des remèdes qu'on a préconisés dans ces derniers temps contre cet éléphantiasis est précisément celui de Naaman, à savoir les bains dans l'eau du Jourdain et les bains mercuriaux.
Dans l'antiquité on avait recommandé les bains de sang et surtout de sang humain.
V éléphantiasis des Arabes a été aussi nomme maladie glandulaire des barbades, jambe des barbades, éléphantiasis tubèreux, maladie de l'éléphant (dal fit). Razès, au x e siècle signala ce mal de la peau, en cherchant à le distinguer à&Y éléphantiasis des Grecs.
Mais depuis ces observations de Razès, on n'a fait que le confondre partout soit avec la lèpre des Hébreux, soit avec V éléphantiasis des Grecs, jusqu'au siècle dernier. Alors Hillary et Hendy l'étudièrent mieux en le nommant la maladie glandulaire des barbades ; vint ensuite Alard qui l'étudia mieux encore, d'abord en 1806 et plus tard en 1824 ; enfin sont venues les obsertions de Valentin dans le midi de la France ; il y a constaté des cas de ce mal affreux, qui sévit encore aujourd'hui en Egypte, à Malabar, à Ceylan, au Japon, aille Bourbon, etc. L'affection débute souvent par une sorte d'érysipèle fugace avec frissons, et envies de vomir ; le tout disparaît, puis reparaît au bout de quelques mois avec plus de force ; le membre devient empâté ; il est comme tendu par une corde ; après quelques années, les symptômes deviennent plus fréquents et plus graves ; le gonflement s'établit en permanence, et alors se produisent les phénomènes les plus bizarres : gerçures, crevasses, et tout ce qui peut affecter la peau. On ne croit cet éléphantiasis ni héréditaire,
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ni contagieux ; c'est aussi ce que l'on pense de la plupart des lèpres, quoique on cite pourtant des faits qui donnent là-dessus des doutes. On l'attribue, comme le précédent, à la malpropreté, aux habitations basses et humides, aux froids subits et intenses, etc. Grisolle croit « qu'il ne consiste que dans une perversion de la nutrition dont la cause est encore inconnue. » Il n'entraine pas ordinairement la mort, mais c'est un mal aussi incommode et douloureux que rebutant et dont la guérison est presque sans exemple. Ou a vu des malades tellement fatigués de leur mal qu'ils demandaient avec instances l'amputation du membre ; on la leur accordait; ils étaient délivrés pour un peu de temps ; mais bientôt la maladie reparaissait sur une autre partie du corps.
Revenons à la véritable lèpre.
Le d r . Willan et Batemann dans son Tableau pratique des maladies cutanées d'après la classification du d. Willan, Londres, 1814, sont les premiers qui aient bien caractérisé et distingué cette véritable lèpre, puisque Alibert faisait encore les anciennes confusions ; puis sont venus le professeur Grisolle, M. Cazenave, M. Royer et tous nos contemporains.
Or, voici comment ils caractérisent la lèpre proprement dite :
C'est, dit Grisolle, une éruption squameuse à plaques arrondies élevées sur les bords et déprimées au centre , recouvertes de squames minces, d'un blanc argentin, chatoyant, nacré.
Willan l'avait décrite à peu près de même en l'appelant la lepra vulgaris, et Batemann l'avait répété.
Casenave signale, sous le nom de vitiligo, une sorte de lèpre, qui n'est pas dangereuse, mais qui dure trèslongtemps, et qui, quand elle s'établit sur une surface garnie de poils, les fait se décolorer et devenir blancs ; et, sous le nom de dartre furfuracée, ou de psoriasis invétéré, une autre nuance de lèpre dans laquelle les squames se détachent par efflorescences lamelleuscs en telle quantité que les draps du malade en sont ÏMndés.
Enfin, tous nos savants contemporains se sont accordés à reconnaître que la lèpre proprement dite, la lèpre vulgaris de Willan, est une affection chronique de la peau, qui jette des écailles (en grec lepis, d'où lepra) qui sont blanches, et circulaires, sana sérosité, ni bulles ni vésicules, mais dont le centre est déprimé avec des bords saillants, et qui, après s'être montrées -sur un membre, peuvent gagner le ventre, les épaules et tout le tronc. Dans cette lèpre, point de prurit, ùi de douleur, elle peut disparaître spontanément, mais elle reparait le plus souvent et devient alors plus rebelle, souvent même incurable. Elle ne parait pas contagieuse, mais elle peut se transmettre par hérédité. Il y en a deux variétés, l'une blanche, que Willan a appelée Valphoide l'autre noire, que Willan a nommée lepra nigricana. Ces deux lèpres sont également rebelles au traitement, et, quand elles se passent, ont une forte teudance à la récidive. Mais elles ne sont, ni l'une ni l'autre, des maladies dangereuses.
Tel est le sommaire de toute la science contemporaine sur la lèpre, après plusieurs mille ans de confusions avec les éléphantiasis, dont les terribles effets lui étaient attribués.
Maintenant retournons à Moïse.
IN avait-il pas tout dit et même plus clairement et plus parfaitement que nos derniers observateurs eux-mêmes, près de quatre mille ans auparavant ? et tous les auteurs qui sont venus dans l'intervalle, n'auraient-ils pas rendu plus de services a la médecine s'ils s'en étaient simplement tenus à le répéter, puisque toutes leurs recherches n'avaient réussi qu'à produire un chaos qui ne devait être débrouillé que trois mille ans plus tard par un simple retour à sa distinction?
Sa première lèpre n'est qu'une fausse lèpre, qui mérite même un autre nom; mais comme on peut craindre qu'elle ne devienne une véritable lèpre, puisque cette affection est sujette à des récidives, elle mérite qu'on prenne contre elle les précautions indiquées.
C'est le cas; généralisé par Moïse, qui renferme tous les cas de lèpres man quèes, dont ne s'occupent pasnosme
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decins-auteurs, mais qui pourtant en vaudraient bien la peine et mériteraient bien une reprise de la distinction mosaïque.
Quant à sa troisième, quiest la plus grave, et dans laquelle la chair se montre au vif, par conséquent avec ulcération, gangrène, et sanie purulente, c'est évidemment Yéléphantiasis, qui est une des plus affreuses misères de l'humanité et qu'il faut combattre avec soin par une hygiène pnblique fondée sur une impureté légale déclarée par les prêtres.
Enfin sa deuxième /épreestla lèpre véritable qui présente diverses nuances, qui exige des séparations d'avec les autres hommes, mais qui, quand elle est bien constatée, bien sèche, bien établie sur tout le corps et bien blanche, ne constitue pas une impureté légale, quoiqu'elle soit généralement incurable.
Or, voyez ses caractères; ils sont exactement les mêmes que ceux auxquels nous ramène la science moderne : poils qui deviennent blancs, point central des squames plus déprimé que le reste ; retour après gué- Tison apparente; efflorescence ; couleurblanche, luisante etnacrée extension progressive à toutes les parties; fixation même sur tout le corps; mais point de danger véritable, ni de malpropreté qui mérite une déclaration d'impureté légale, quoique la séparation d'avec les autres reste une mesure de prudence publique.
Est-il possible d'être plus clair, plus scientifique et plus pratique tout ensemble, en un mot précurseur plus compétent de la science de l'avenir ?
Yoilà ce Moïse, pour lequel Voltaire n'avait que d'indécentes moqueries.
Et toute cette analyse établit, en mêmetemps, l'authenticité de son Lévitique; les maladies qu'il décrit de la sorte, fausse lèpre, lèpre squameuse, efflorescente, parfaitement blanche, et lèpre à ulcères, plaies vives et sanie, oui' éléphantiasis, étaient surtout propres à l'Egypte où il avait passé quarante ans à la cour des Pharaons au sein de la science égyptienne la plus avancée ; or, ce sont précisément ces maladies, à lui bien connues, dont il cherche à préserver son peuple pour
le temps où il sera établi dans la terr" de Chanaan, ainsi qu'il le répète à tout instant. Ni lui, ni le peuple n'é taient encore dans ce pays, quand le Lévitique était rédigé, mais ils sortaient de l'Egypte; or, tout le Penta teuque et principalement ces sortes de lois, sont empreintes d'un caractère qui correspond encore davantage aux mœurs égyptiennes qu'il ne correspondra, plus tard, aux mœurs hébraïques, ainsi que l'indiqueront tous les livres postérieurs, qui quoique se rattachant à l'histoire et au code de Moïse, et tirant de cette source toute leur vitalité, porteront pourtant une autre nuance, qui serabeaucoup moins égyptienne.
Cette dernière observation trouve partout dans le Pentateuque des confirmations ; et dans les chapitres mêmes du Lévitique qui viennent de nous occuper, elle n'en manque pas.
Nous voulons parler de ces lèpres des vêtements et des maisons, pour lesquelles la loi mosaïque renferme encore des dispositions. (1) Ces lèpres étaient et sont encore beaucoup plus fréquentes dans la vallée du Nil que partout ailleurs, et même qu'en Palestine. Elles sont produites, l'une et l'autre, par des larves d'insectes microscopiques qui se développent surtout dans les vallées des pays chauds, et principalement dans celle de l'Egypte qui reçoit les inondations du Nil et dont la terre n'est qu'une alluvion sans cesse entretenue dans une grande activité productrice par les débordements annuels et par la température chaude de la contrée. Les insectes et les petites bêtes de toute espèce y pullulent comme au temps des dix plaies d'Egypte ; mais alors on n'avait pas le microscope, et l'on ne s'occupait que des animaux visibles comme les grenouilles. Aujourd'hui on y peut étudier et l'on y étudiera comme on ne l'a pas fait encore ces caries des murailles qui s'y font souvent remarquer sur certaines pierres tendres et sur certains mortiers, et qui ne sont que des nids d'animaux miscroscopiques comme les madrépores de l'Océan ; ces lèpres *
(1) Lerit. XIII, 47-58. XIV, 3-S3.
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