‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 22 sur 114 · LER · texte numérisé non relu

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des murailles sont des grouillements de vermine qui rendent les pierres et les mortiers friables, infectent l'air et peuvent aller jusqu'à exposer les maisons à des écroulements quand on n'y met pas ordre.

Il en est de même, et il en était surtout de même au temps de Moïse, des lèpres des habits, des cuirs, et de toutes les étoffes de laine et de lin ; ces taches verdâtres et rougeâtres comme les caries des murs, étaient des nids de petits insectes dont la malpropreté et le défaut de soins favorisaient le développement, et contre lesquels l'attention d'un législateur tel que Moïse ne pouvait manquer de prémunir un peuple qu'il lui importait tant de civiliser pour en faire un grand peuple. Moïse eut soin, dans ce but, d'attacher à toutes ces choses l'importance de mesures légales et même religieuses, dont l'exécution constante était confiée aux prêtres qui devaient être d'après sa loi, si on l'avait toujours suivie, dans la république qu'il fondait, la seule force nationale dirigeante et gouvernante selon ses prescriptions.

Mais comprenons bien, dans l'intérêt de l'authenticité du Pentateuque, qu'en tout cela, Moïse sortant de l'Egypte et n'étant pas encore avec son peuple dans la Palestine, continuait d'être plus égyptien qu'hébreu ; et que ce caractère, se montrant dans la rédaction, en prouve l'authenticité.

Le Nom.

LEPSIUS (Karl-Richard). {Théol. hist. biog. et bibliog.) — Ce célèbre orientaliste allemand, né à Naumbourg en 1813, est l'auteur de beaucoup de travaux de philologie comparée: on peut citer : La Paléographie appliquée aux recherches de linguistique, Berlin, 1834, et Leipsig, 1842; Rapport des alphabets sémitique, indien, vicuxpersan, vieux égyptien, éthiopien, Berlin, 183b ; Sur l'origine et les rapports des noms de nombre, dans les langues indo-germaniques, sémitiques et cophtes ; La célèbre lettre à M. Rosellini sur l'alphabet hiéroglyphique, Home, 1837; Inscrtptioncs umbricx et osese, 18il ; Monuments de l'Egypte et de l'E-

thiopie, in-fol. 1853-57; ChronologU des Egyptiens, 1849, 1. 1 ; Les premiers dieux des Egyptiens, 1851 ; Lettres sut l'Egypte et l'Ethiopie et la presqu'ih du Sinaï, 1852 ; Importance de quelques monuments égyptiens pour la coiinaissance de l'histoire des Ptolomées, 1853 ; Alphabet de linguistique universelle, 1855; etc.

Le Noir.

LE QUIEN (Michel). [Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce dominicain de Saint-Germain , né à Boulogne en 1 66 1 , et mort bibliothécaire du couvent de Saint-Honoré en 1733, a laissé beaucoup d'écrits dont les plus importants sont :

Panoplia contra schisma Grxcorum, contra Nectarium, patiianliam Uieros., sous le nom d'Etienne d'Altimure; Joannis Damasceni Opéra omnia Gr. et Lat. Par., 1712, 2 v. in-fol., avec des observations et des dissertations ; — Un troisième volume, qui devaiteontenir les écrits attribués à Jean Damascène, n'a pas paru. — Histoire abrégée des comtes de Boulogne ; Oriens Christianus, insuper et Africa. LcQuien en lit paraître le prospectus en 1713.

Le premier volume de ce grand ouvrage parut du vivant de l'auteur ; le second, peu après sa mort. En 1840 l'ouvrage entier était imprimé en 38 vol. in-fol. Il se servit des matériaux préparés par les bénédictins de Saint- Maur. Le Quien est encore l'auteur d'écrits polémitiques ; principalement sur les ordinations anglicanes.

Le Noir.

LEROUX (Pierre). (Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce philosophe et économiste français, né à Paris en 1798, et mort en 1 870, après avoir fait ses études à Paris et à Rennes, devint correcteur d'épreuves typographiques, puis collaborateur du Globe avec MM. de Broglie, Guizot, Cousin, Jouff roy ,etc. Il lit partie de la communauté saint-simonienne, mais s'en sépara avecBazard quand le P. Enfantin proposa l'émancipation de la femme et le couple prêtre. Il fonda en 1838, avec Jean Reynaud, l'Encyclopédie nouvelle, qui est restée inachevée. Il collabora vers 1840 à la Revue des

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Bsuss-Mondes, puis fonda en 1841 la Revue indépendante avec madame Sand. Il attaquait alors les éclectiques et même jusqu'à leur bonne foi relativement aux écrits posthumes de M. Jouffroy. Son œuvre capitale est :

de l'Humanité, de son principe, de son avenir, 2 vol. in-8, 1839 et 1845 ; c'est là que, mêlant la théologie à la philosophie, il imagine une perfection consistant dans la triade mystérieuse sensation-sentiment-connaissance, et qu'il rêve une immortalité consistant dans une renaissance des âmes sur la terre avecl'innéité, sans la persistance du sentiment du moi et de la mémoire, ce qui n'est point une immortalité véritable. A partir de 1845, Pierre Leroux fonda la Revue sociale qu'attaqua Proudhon implacablement dans sa Voix du peuple et dans laquelle il se défendit. Il fut élu à l'Assemblée nationale et à l'Assemblée législative où il fit passer parmi les causes faisant perdre les droits politiques, la condamnation pour adultère; et le coup d'Etat du 2 décembre le rendit à la solitude et à ses études philosophiques. On a encore de lui :

Sept Discou7-s sur la situation actuelle de la société et de V esprit humain, 2 vol. i 847 ; de l'Humanité, solution pacifique du problème du prolétariat, 1848 ; Du Christianisme et de ses origines démocratiques, 1848; De l'égalité, 1848; Malthus et les économistes, ou y aurat-il toujours des pauvres, 1849; etc.

P. Leroux est aussi l'auteur avec un anonyme d'une traduction du Werther de Goethe, avec préface de George Sand. Le Nom.

LESS (Godefroi). {Théol. hist. biog.

et bibliog.) — Ce théologien protestant, né à Conitz (Prusse), en 1736 et mort en 1797, « après une vie Irèsactive et très-estimable, dit M. Haas, passée au milieu de perpétuelles infirmités, » a laissé les ouvrages suivants :

L'Honneur des livres de confession de l'Eglise évangélico-luthérienne , Leipzig, 1758 ; Considération sur quelques défauts de la prédication moderne, qui entravent la partie pathétique du débit oratoire, 1765 ; Esquisse de morale chrétienne, 1767 (rigorisme exagéré) ;

Plan d'un cours de philosophie de la religion chrétienne, 1790 ; une théorie de la religion chrétienne pour la vie ordinaire, ou Essai d'une dogmatique pratique, 1779 (3 e édit, 1789, sous ce titre : Manuel de la théorie de la religion chrétienne pour les esprits éclairés) ; Traduction des Epitres de saint Paul aux Romains et aux Corinthiens, 1778 ; De l'Enseignement chrétien, de la manière de s'en acquitter dignement etdes'y préparer convenablement, 1790; De la situation des écoles de garçons et de filles, 1796.

LESSEPS (Ferdinand de) ou le canal de soez. (Théol. mixt . et hist.

scien. geog. et indust.) — Parmi les .grands problèmes géographiques à résoudre figurait le passage au centre du monde ancien par un canal percé sur l'isthme de Suez, joignant la mer Méditerranée au grand Océan, et abrégeant de trois mille lieues pour les vaisseauxleur longue navigation pour les Indes asiatiques et américaines par le Cap de Bonne Espérance. Ce problème a été résolu pratiquement de la manière la plus heureuse, par M. .Ferdinand de Lesseps durant le troisième quart du xix° siècle qui vient de s'écouler. Il résulte de ce percement que la mer Rouge et la Méditerranée n'ont pas, comme on l'avait dit, des niveaux différents; le canal est maintenant en pleine activité, et il ne reste plus à résoudre que des difficultés de tarif pour le passage au moyen de tribunaux internationaux. Ce travail grandiose et si utile, qui va refaire de l'Egypte le jardin central du vieux monde, restera le chef-d'œuvre de notre siècle, dont l'industrie est le caractère dominant, et ce sera M. de Lesseps tout seul qui enauratoutle mérite et toute la gloire.

Les difficultés que lui a suscitées, depuis 1859, la diplomatie anglaise surtout ont été pour lui beaucoup plus considérables que toutes celles qui lui étaient présentées par le terrain, par les sables, par les vents, par les lacs et par les deux mers ; il en a triomphé à force de constance et d'habileté d'esprit, en trouvant moyen de mettre constamment de son côté l'opi-

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nion publique. Telle est la puissance d'un homme entreprenant, qui veut rendre service à l'humanité. Si ce canal n'était pas ti ni, nous ferions dans ce dictionnaire ce que nous avons fait dans toutes nos publications, durant l'exécution, pour l'aider de notre mieux par notre concours ; nous en exposerions les plans et les obstacles à vaincre; mais devant les résultats nous n'avons plus qu'à, laisser de M. de Lesseps une petite biographie destinée à conserver le souvenir de ce bienfaiteur cosmopolite, qui aura si bien travaillé pour la réunion des nations les plus séparées.

M. Ferdinand de Lesseps naquit à Versailles en 1805, entra dans la diplomatie dès 1825, rendit des services à nos coreligionnaires d'Orient en 1 836 et 1837, au temps où Ibrahim-Pacha occupa la Syrie, en rendit de non moins importants aux habitants de Barcelone, lorsqu'elle fut bombardée en 1842, fut un ministre habile de France à Madrid, sous la République de 1848, céda sa place à un Napoléon en 1849, fut envoyé à Rome pour essayer une intervention conciliatrice, vit les choses de la République romaine sous unjourplus favorable que ne le désirait le gouvernement, eut la franchise de le dire, fut rappelé par le même ordre qui faisait reprendre les hostilités, prit alors sa retraite, et partit pour l'Egypte en 1854.

De ce moment il ne s'occupa plus que du percement de l'isthme de Suez. Il n'eut pas de peine à rendre favorable à son projet le kédive ou vice-roi d'Egypte qui entrevit aussitôt les conséquences d'une telle entreprise pour l'avenir de son pays ; puis il s'y prit avec tant d'adresse devant tous les gouvernements et surtout devant le public, durant les années qui suivirent, que quinze années aprèstous lesobstacles étaient vaincus et le canal exécuté au nom de la compagnie composée surtout de petits capitalistes français, tels que curés, notaires, avocats, médecins, etc., qui lui avait souscrit deux cents millions en 1859.

Aujourd'hui M. de Lesseps, malgré ses années, rêve d'exécuter un chemin de fer cosmopolite à travers toute

l'Asie, de la Russie à la Chine; il est en pourparlers à ce sujet avec le gouvernement russe et ceux d'Asie. Puisset-il réussir et ajouter encore, dans ses vieilles années, cette gloire à sa gloire, près de laquelle devraient rougir de honte toutes les gloires des batailles.

Il s'occupe aussi du projet d'une mer intérieure en Algérie ; il donne, sur cette vaste entreprise, des conseils et s'y montre favorable.

Dans le creusement du canal de Suez, on aurait pu croire qu'il se fût révélé quelques restes du passage des Hébreux par la mer Rouge, qui, à cette époque, s'avançait beaucoup plus loin qu'aujourd'hui sur l'isthme ; mais on n'a rien trouvé.

Le Noir.

LESSING CGotthold-Ephraïm).

(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet écrivain allemand, plutôt critique que philosophe et plus catholique que protestant, quoiqu'il ait vécu dans la communion luthérienne, naquit à Kamensen 1729, et mourut bibliothécaire à Wolfenbiittel , en 1781. Ses ouvrages les plus célèbres sont :

Ses Lettres littéraires, Berlin, vers 1855; sa fameuse Dramaturgie, Hambourg, vers 1767; ses Fragments de Wolfenbùttel (v. ce mot) ; Nathan ; une édition complète de ses œuvres fut donnée en 1825, par J.J. Schinck en 32 vol. et une autre en 13 vol. à Berlin, en 1837-41, par M. Lachmann.

Lessing est jusqu'à un certain point panthéiste, et le but métaphysique de sa doctrine est « l'éducation providentielle de l'humanité. » Voici comment il conçoit le monde : « Ou Dieu, ditil, pense toutes ses perfections en une fois et se voit dans la totalité de toutes ses perfections, ou il les pense séparément isolées les unes des autres, et suivantleur hiérarchie. Si la première conception est le fondement de la Trinité, la seconde est celle du monde. »

A propos de ses discussions avec le pasteur Gotze, M. Brischar cite de Lessing les passages suivants dans lesquels il s'éleva contre le fanatisme protestant au snjet des Catholiques.

« Les Catholiques ne seraient paB des Chrétiens ! Ne serais-je plus Chré-

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tien si je penchais du côté des Catholiques en soutenant avec eux que l'Ecriture sainte n'est pas l'unique base de la religion chrétienne? N'est-ce pas déjà trop que beaucoup de protestants établissent les preuves de la véritéde la religion chrétienne comme si les Catholiques n'y avaient absolument aucune part ? »

« Je voudrais bien savoir de quel droit un pasteur luthérien et un mauvais avocat peuvent menacer du procureur fiscal un pauvre homme qui est assez sincère pour recourir, quoique Luthérien, à un dogme de l'Eglise romaine, plutôt que de laisser s'écrouler toute la religion chrétienne souslesobjections des librespenseurs, objections qui, en définitive, atteignent, non la religion, mais la Bible, c'est-à-dire le Livre, lequel seul, d'après le dogme tout à fait nouveau, et Don démontré jusqu'à ce jour, des stricts Luthériens, renferme toute la religion. Que ces Messieurs se mettent eux-mêmes en garde contre le pouvoir fiscal; car il serait facile de démontrer qu'eux seuls et leurs semblables sont de mauvais coucheurs, qui entretiennent et maintiennent les haines que les partis religieux, tolérés dans l'empire germanique, devraient, une bonne fois, déposer les uns à l'égard des autres ; eux qui condamnent comme antichrétien tout ce qui est Catholique, et ne veulent pas même tolérer un pauvre écrivain qui n'a jamais eu la pensée de se faire un parti, et voudrait demeurer sagement sur les confins des deux Eglises ennemies. »

« Si l'on pousse les choses jusqu'à faire de nos pasteurs luthériens des papes , pouvant nous prescrire le terme où nous devons cesser de scruter les Ecritures, pouvant mettre des bornes aux communications que nous voulons faire du résultat de nos recherches, je serai le premier à demander, en place de ces petits papes en miniature, le grand et véritable Pape. »

Leasing était surtout, dit M. Brischar, un esprit critique . Il en résulta que, ne voulant pas rompre avec le Christianisme, et ne pouvant se décider à professer aucune des confes-

sions reconnues, il passa toute sa vie à la recherche de la vérité. Il considérait tellement cette recherche comme la tâche essentielle et l'unique but de l'esprit humain qu'il écrivit, dans un de ses ouvrages de. polémique religieuse, cette fameuse proposition :

« Si Dieu tenait renfermée dans sa main droite toute vérité, et dans sa main gauche le désir toujours vivace du vrai, toujours et éternellement trompé, et me disait : Choisis! je m'inclinerais avec humilité vers sa gauche et lui dirais : Père, donnez:

la vérité pure n'est faite que pour vous seul ! »

« Diverses religions, dit-il dans son Nathan, peuvent conduire à la béatitude. Il peut aussi y avoir de trèsbraves gens qui se sont isolés de toute espèce de religion positive. Que si toutes les religions positives sont égales par rapport à la vérité, il faut cependaut établir entre elles une certaine hiérarchie ; celle-là est la meilleure religion révélée qui renferme le moins de suppléments conventionnels à la religion naturelle. C'est cette différence qui fait l'avantage du christianisme sur toutes les autres religions révélées. »

« D'après Lessing, dit encore M. Brischar, il doit y avoir dans l'éducation de l'humanité un développement toujours progressif, qui comprend nonseulement les Juifs, mais les païens et en général tous les peuples de la terre. Le christianisme est un des puissants leviers de ce mouvement, précisément parce qu'il pousse toujours à la perfection. Le christianisme porte incessammentvers l'intelligence de sa propre révélation. Cette intelligence, qui est une condition et un élément de béatitude, est le but de la Révélation, qui sera certainement atteint. Quoique Lessing nomme ce but le nouvel Evangile éternel, il ne faut pas s'imaginer que Lessing admette un degré de développement danslequelle christianisme s'effacera devant une religion plus parfaite, car il exprime en divers endroits la conviction qu'il a que la religion chrétienne durera toujours. Il ne voitdans le nouvel Evangile que l'accomplissement des promesses du christianisme I

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La spéculation sur les doctrines du christianisme doit amener l'humanité au plus haut degré de lumières et de pureté possible, à un degré tel que l'homme, convaincu de la possibilité d'un avenir toujours meilleur, n'aura plus besoin d'emprunter des motifs d'action à cet avenir même ; alors il fera le bien pour le bien, parce que ce sera le bien, et non parce que des récompenses arbitraires y seront attachées; il ne doutera plus que ces récompenses devaient servir précisément à fixer et à fortifier son regard inconstant et léger, et à lui faire reconnaître la supériorité des récompenses intérieures , qu'il trouvera dans le témoignage de sa conscience satisfaite.

« Comme Lessing n'admettait pas que dans l'économie du salut une seule âme pût se perdre, l'éducation par la Révélation lui semblait la voie ordinaire, la voie la plus sûre du salut, sans qu'elle fût pour cela la seule nécessaire. Du reste Lessing n'admettait pas qu'aucune âme pût arriver au salut gratuitement, et sans avoir passé par les degrés de l'éducation divine, par conséquent sans avoir traversé le christianisme ; car il reconnaissait que, la voie par laquelle le genre humain arrive à sa perfection, il faut que chaque homme en particulier la parcoure, un peu plus tôt, un peu plus tard, avant d'arriver à la perfection intellectuelle et morale. Mais, comme il ne pouvait méconnaître qu'une multitude d'hommes meurent sans être de vrais et de sincères Chrétiens, Lessing avait recours à l'hypothèse de la transmigration des âmes. Il allait au-devant de l'objection que nous n'avons pas conscience d'une vie antérieure, en admettant que ce qui ne nous est pas actuellement présent à la mémoire n'est pas pour cela à jamais perdu pour nous. L'éternité nous appartient, et il se peut qu'il nous soit utile de ne pas nous ressouvenir de notre vie antérieure.

« Lessing pensait prouver, d'une manière toute singulière, que son opinion sur le salut de tous les hommes pouvait parfaitement s'accorder avec le dogme de l'éternité des peines

de l'enfer. Il prétendait que nécessairement toutes les suites, et par conséquent toutes les suites naturelles du mal, tous les pas rétrogrades que nous faisons dans notre développement, sont éternels. Toutefois, comme ce ne sont pas seulement les suites naturelles et la punition du mal, mais aussi les suites du bien qui doivent être éternelles, et comme le bien que le plus méchant des hommes ne peut pas absolument s'empêcher de faire doit avoir ses suites éternelles, Lessing n'admettait pas de séparation absolue entre le ciel et l'enfer. Nous comprendrons comment il arrivait à ce mélange de bien et de mal, de ciel et d'enfer, en nous rappelant que Lessing, en posant la pureté parfaite comme but de notre éducation, soutenait que l'homme n'est pas capable d'une connaissance pure, d'une contemplation parfaite de la vérité; qu'il n'est susceptible que d'un progrès incessant

« De là le souffle de naturalisme qui respire dans toute la doctrine de Lessing et auquel ne put échapper Herder, qui, dans son célèbre ouvrage : Idées sur la philosophie de l'his.

toire de l'humanité, continua à développer les vues de Lessing sur l'éducation providentielle du genre humain.

« Quoi qu'il en soit, il y a dans les vues philosophiques et religieuses de Lessing des germes excellents, qui n'ont pas été sans influence sur le développement des idées modernes relatives à la philosophie de la religion et de l'histoire et à l'apologétique chrétienne. » Le Nom.

LESSIUS (Léonard). (Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Ce célèbre jésuite, grand théologien, dans le même esprit que Molina son contemporain, et dont Estius avec les universités augustiniennes-thomisles de Louvain et de Douai, fortement imprégnées des idées de Baïus, ne purent faire condamner les doctrines, ni par la Sorbonne, ni par Rome, naquit en 1554 à Brechten dans le Brabant, fut surnommé, dès son enfance, par ses camarades le Prophète, étudia la théologie à Rome, sous le célèbre

Suarez, devint en 1585 professeur à Louvain avec son confrère le P. Hamelius, et après avoir beaucoup brillé dans le professorat, et dans les polémiques qu'il eut à soutenir, mourut à Louvain en 1623. Les plus importants de ses ouvrages sont les suivants :

De justifia et jure, ceterisque virtutibus cardinalibus, libri IV, ad dec.

sec. Thomx a quxst. XLVII, usque ad CDXXI. « Plusieurs propositions de cet écrit, souvent réimprimé dit M. Rlotz, entre autres des propositions sur le vol, le meurtre, etc., ont été censurées par des évèques et des facultés de théologie. — Appendix : De licito usu sequivicationum et mentalium restrictionum ; Dissertatio de montibus pietatis ; Qux fides et religio sit capessenda, consultatif) ; De gratia efficaci, decretis divinis, libertate arbitrii et prxscientia Dei conditionali, disputatio apologetica, 1620 ; De prxdestinatione et reprobatione angelorum et hominurn ; item deprœdestinationeChristi; Hygiasticon seu de vera ratione valetudinis bonx et vitx, una cum sensuum, judicii et memorix integritate, ad extremam senectutem conservandx. Subjungitur tractatus Ludovici Cornari, Veneti.

Voici comment M. Klotz rend comptedes trente-quatre propositions dàLessius et d'Hamélius, qu'on essaya sans succès de faire censurerpar la cour de Rome, après qu'elles l'avaient été par les universités que nous avons nommées.

« Les trois premières se rapportent à l'inspiration de l'Ecriture Sainte, et étaient ainsi conçues :

1. Pour qu'un écrit fasse partie de l'Ecriture sainte, il n'est pas nécessaire que toutes les paroles,

2. Ni que toutes les pensées et toutes les vérités qui y sont contenues aient été inspirées directement à l'auteur par l'Esprit-Saint.

3. Un livre, tel par exemple que le second livre des Machabées, peut appartenir à l'Ecriture sainte quand il aurait été écrit simplement par l'intelligence humaine sans assistance du Saint-Esprit, si d'ailleurs l'Esprit- Saint a déclaré plus tard qu'il ne renferme rien qui ne soit vrai. — Cette dernière proposition surtout parut scandaleuse.

« L'objet capital de la discussion fut la doctrine de Lessius sur la grâce et la prédestination. Cette doctrine, telle qu'elle ressort des trente et unepropositions censurées, etplus explicitement de ses écrits : De prxdestin. et reprobat.

et De graiia efficaci, etc., est, au fond, analogue à celle de Molina, ce qui résulte déjà de ce que Lessius composa expressément le dernier de ces écrits pour défendre la doctrine de Molina contre les attaques des Thomistes. Sa doctrine est celle-ci :

« Dieu accorde à tous les hommes, sans mérite de leur part et d'une manière prévenante, mais non en égale mesure, la grâce suffisante, c'est-à-dire une grâce telle que le pécbeur puisse se convertir et puisse faire le bien, s'il Je veut; car, si elle ne suffisait pas au pécheurpourse convertir, si, en outre, une autre grâce lui était nécessaire, cette grâce première ne serait pas suffisante. De lui-même, ou in actu primo, Dieu veut que toute grâce ait un résultat; mais elle est tantôt efficace, tantôt elle ne l'est pas in actu secundo, et cela dépend, non de l'efficacité ou des qualités particulières de la grâce, mais du consentement ou du non-consentement delà volonté libre. La grâce est semblable à un instrument dont la volonté de l'homme peut se servir ou non, tout comme il peut profiter de ses talents naturels ou les négliger. Mais il ne faut pas croire, dit plus loin Lessius, que la volonté communique une vertu à la grâce, en larendant efficace, ou qu'elle en est la cause directe : Efficacia gratix in actu secundo non pendet per se primo et secundum suam rationem supernaturalem directe a libero arbitrio, sed secundum circumstantiam temporis, modi, etc. Hinc fit utratio cur gratia hic et nunc influât in opus veferenda sit in liberum orbitrium, gratia sic utens, sicut vicissim ratio, cur liberi arbitrii opus sit supernaturale et meritorium, referenda sit per se primo in graliam. Sunt enim hxc duo principia partialia, ac proinde agunt cum mutua dependentia, et in ipso opère effectus sibi correspondentes habent. De même que Lessius, en opposition avec saint Augustin et saint Thomas, comprenait en général la grâce comme une

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grâce qui fait que nous pouvons faire ei nous voulons, ut possirmis facere si celimus, de même, selon lui, la grâce de la persévérance ne consiste que dans un secours de la grâce, en vertu duquel nous pouvons persévérer si nous voulons : In statu innocentix sufpciebat homini ad salutem gratia qux poterat perseverare si vellet; ergo et rame. Ass. 22.

<> Lorsque saint Augustin dit que nous avons be.-oin non-seulement d'une grâce par laquelle nous puissions qua possimus, mais par laquelle nous fassions, qua faciamus, il faut, d'après Lessius, entendre ces paroles ainsi :

que nous ne pouvons faire le bien sans le concours ou le secours de la grâce concomitante, sine concursu vel auxilio gratix co>xomitantis, qui (concursus) peccatori ita prxparatus est ut generalis et naturalis concursus prxparatur naturali potentiœ, v. gr. potentix videndi. Dieu est prêt à nous communiquer la grâce concomitante in actu secundo, si nous voulons.

« Pour vouloir réellement il n'est pas nécessaire qu'une grâce efficace détermine infailliblement la volonté, comme le fit, par exemple, celle qui convertit saint Paul et sainte Madeleine, etc.; il suffit d'une grâce beaucoup moindre, qui laisse laplusentière latitude à la liberté. Ass. 8, 9, 10.

— La censure de Douai remarque, par rapport à ces dernières paroles : Si, comme l'auteur de l'assertion parait le faire, on reeonnait dans la conversion de saint Paul et d'autres une excitation de la grâce efficace, déterminant infailliblement la volonté, sans préjudice de la liberté, pourquoi repousserions-nous une excitation semblable dans la conversion d'autres âmes, et pourquoi détourner violemment le sens des paroles de saint Augustin ?

« La doctrine de Lessius sur la prédestination est en rapport intime avec sesopinionssurl'eflicacité delà grâce.

Si, d'après lui, Dieu accorde, en cette vie, à tous les hommes, quand ce ne serait pas en égale mesure, la grâce suffisante, en les prévenant -et sans mérite de leur part, il a préparé cette grâce de toute éternité, par sa simple bonne volonté, saus mérite de

l'homme, — prxdestinatio ad gratiam {jtrimam) mère gratuita — ; mais la prédestination, comme préparaLion, comme prédétermination à la grâce, est encore incomplète. Son complément résulte de sa piédétermination aux autres moyens de la grâce et surtout de la vie éternelle. Cette dernière prédétermination résulte, suivant Lessius, de la prévision des mérites préparés par la grâce, exprxvisis mentis gratia comparatis. Nam justi possunt, dit-il, nova auxilia mereri et bénéficia, quibus crescant, et istis rursus atia, et sic deinceps usque ad mortem. Ergo in potestate justorum est complere suum prxdestinationem, i. e. per gratiam efficere ut conditionata bei voluntas illa bénéficia conferendi, quibus ad salutan perducantur, transeat in absolutam.

« D'après cela, suivant lui, laproposition : Si non es prxdestinatus, fac ut prxdestineris, est vraie, non pas que personne puisse mériter la prédestination à la première grâce, mais parce que la prédestination aux grâces postérieures, et enfin à la vie éternelle, dépend de la prévision et de la fidèle coopération à la première grâce ou à toute grâce prévenante.

a Lessius, pour faire comprendre cette prédestination, en appelait à tous les Pères grecs. Il pensait aussi trouver sa doctrine dans saint Augustin.

Quod si tamen, ajoute-t-il, contraria sententia est D. Augustini, non admodum referret. Ass. 20. Ce qui le faisait en cela passer si facilement par-dessus l'autorité de saint Augustin, c'était l'opinion que sa manière de comprendre la grâce et la prédestination, à lui Lessius, laissait seule subsister la liberté et donnait un sens aux efforts de l'homme dans le temps pour arriver à l'éternité, tandis que la doctrine stricte de saint Augustin et de saint Thomas, sur l'efficacité absolument infaillible de la grâce et une prédestination absolue à la gloire, restreignait la liberté et l'effort moral de l'homme, et le conduisait, par rapport à l'acquisition do salut, soit au désespoir, soit à une impie contiarii e :

7/a?e sententia de prxdestiwdhnc maxime consentanta est diviiixbonilnii, Scrifduramm tmctoritnli, i'ntrum testimoniis et nuluialis\rativius w f uit a tt t

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in nulla re omnino Pelagio f avens, et quam longissime a sententia Lutheri et Calvini, et rcliquorumhœreticornmnostree tempestatis, recedens , a quorum sententia et argumentis difficile est alteram sententiam (celle de saint Augustin et de saint Thomas) vindicare.

Ass. 31. »

Le Nom.

LESUEUR (Eustache). (Thêol. Mit.

biog. et bibliog.) — Ce grand peintre français, né à Paris en 1612 et mort en 1 655, disciple de Pierre Vouet, éleva la peinture religieuse à une rare perfection. Il n'avait point étudié enlialie, et n'en fut pas moins grand. Son Histoire de saint Bruno en vingt-deux tableaux, respire au dernier point la Vie extatique et le sentiment religieux du couvent. Lesueur est- plus fort que le Poussin; il est surtout plus coloriste ; on sent, devant ses tableaux, que leur auteur avait la foi.

Le Nom.

LÉTHARGIE (la) ET LA MORT.

(Théol. mixt. scien. physiol.) — Nous ne saurions passer devant le mot lêthargie sans résumer brièvement, pour les membres du clergé qui sont constamment entre les mourants et les morts, les connaissances auxquelles la science moderne est parvenue sur les signes auxquels on peut reconnaître la mort réelle et la distinguer de l'état léthargique qui lui ressemble quelquefois à s'y méprendre.

Il convient de ne pas ajouter foi à toutes ces anecdotes dramatiques, que publient sans cesse les journaux sur des inhumations précipitées; car les précautions qui doivent être prises, du moins en France, en vertu des lois civiles, pour la constatation de la mort avant l'enterrement, sont assez minutieuses pour qu'il soit très-difficile que de pareils cas leur échappent.

Cependant, au nombre des faits dont on fait ce bruit dans la presse, il peut y en avoir de vrais, et il y en a. Tout le monde connaît, par exemple, l'histoire avérée de François de Civille qui, sous Charles IX, au siège de Rouen, fut plusieursfoisenterré comme mort, et retiré vivant de son tombeau, en souvenir de quoi il signait tous ses

actes avec les qualifications suivantes :

« trois fois mort, trois fois enterré et trois fois ressuscité par la grâce de Dieu. »

Il résulte, en effet, de certains cas d'apoplexie, de catalepsie, d'épilepsie, d'hystérie, d'asphyxie, de syncope, de congélation, de tétanos, de peste même, que le malade peut lomber dans un état de WMaroj'e qui ressemble absolument à celui de la mort réelle.

Dans la léthargie ordinaire, les signes de vie restent comme pendant le sommeil, eteetteléthargie, qui n'est qu'un sommeil prolongé, peut durer quelquefois très-longtemps; on en cite non-seulement de trois ou quatre jours, mais de plusieurs mois. On lit dans les Mémoires de V Académie des sciences, en 1713, l'histoire d'un homme âgé de quarante-cinq ans, qui dormit quatre mois durant à l'hôpital de Rouen et qui, au bout de ce temps, se réveilla peu à peu, dans un état de maigreur extrême ; et on en a cité, dans ces derniers temps, d'autres exemples qui sont beaucoup plus extraordinaires, mais qui auraient eu peut-être besoin d'être constatés par une observation scientifique plus rigoureuse. Ce qui parait le mieux réussir comme traitement pour réveiller dans ces cas, ce sont les frictions sèches ou un peu excitantes, quelques lotions froides sur la tête, et quelquefois la saignée. On ignore la cause de ces faits étranges, mais ce ne sont pas là les léthargies qui peuvent se confondre avec la mort et qui peuvent exposer à des inhumations précipitées. Celles-ci mettent l'individu dans un état d'immobilité complète, de suspension de la respiration et du pouls, de refroidissement analogue à celui de la mort. Il ne manque à ce dernier état, po urètre tout à fait le même, que la décomposition qui, quand elle se manifeste, est le signe certain do la mort. De tout temps la science s'est occupée de cette question et a cherché d'autres indices, mais, il faut bien le dire, à peu près en vain jusqu'à présent.

En 1854, M. le docteur Bouclait donna comme signe de la mort réelle, .la cessation des battements du cœur; mais vinrent à sa suite plusieurs mé.

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decins qui, par des observations irréfutables, eu démontrèrent l'insuffisance.

En 1887, M. le D r Collonges signala dans le corps de celui qui vit encore, un bourdonnement qui se continue après qu'il est mort, et qui ne cesse que dix, quinze ou vingt heures après qu'il a cessé de vivre. La disparition de ce bruit particulier aurait été, d'après ce médecin, le signe certain de la mort véritable. On ne l'apas réfuté; mais la constatation par ce moyen est difficile, et ne saurait remplacer celle rpii repose sur le signe incontestable de la putréfaction manifestée par l'odeur cadavérique si particulière qui se développe un temps plus ou moins long après qu'on a cessé de vivre.

Les essais de réveil par la pile électrique ne sont pas sans valeur en ce sens que, si au moyen de ces décharges, on obtient dans un muscle locomoteur des contractions, il y a des présomptions assez fortes encore en faveur de la vie ; on doit alors employer tous les moyens qui sont au pouvoir de l'art pour essayer de la rappeler. Ces moyens varient selon les causes qui ont amené l'état léthargique au sens populaire de ce mot ; un asphyxié par séjour dans l'eau, un noyé ne sera pas traité de la même manière qu'un cataleptique. C'est au médecin à juger du cas ; mais, en général, le traitement consistera dans le réchauffement et les frictions.

Le résumé final, c'est que le signe positif de la mort, c'estlaputréfaction, à laquelle il faut joindre la rigidité cadavérique, que sait apprécier l'homme de l'art. Le Noir.

LÉTI (Grégoire). (Théol. hist. hog.

et bibliog.) — Cet historien italien, né à Milan en fC30, embrassa la réforme, à Lausanne où il se maria, habita Genève, la France, l'Angleterre, et mourut à Amsterdam, occupant une place d'historiographe, en 1701. Ses écrits faits légèrement n'ont point d'autorité historique. Parmi ceux en italien sont les suivants : Vie de Dona Olympia; Vie de Sixte V; le Cardinalat; Entrelien sur l'histoire; Entretien sur la politique ; Voyage à la cour romaine ; l'Italie;' Vie de Philippe 11; Théâtre

britannique; Monarchie de Louis XIV; Histoire de Genève; Théâtre allemand;.

Histoire de Brandebourg ; Histoire de Saxe ; Théâtre de Belgique ; Vie de Cromwel; Vie dé la reine Elisabeth; Vie de Charles-Quint.

Le Noir.

LETTRE DOMINICALE. (Théol.

mixi. scien. comp. eccles.) — V. Cycle

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