‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le NoirChapitre 23 sur 114 · LUNAIRE, SOLAIRE ET PASCAL · texte numérisé non relu

LUNAIRE, SOLAIRE ET PASCAL

LETTRES (belles). Plusieurs ennemis du christianisme' ont osé soutenir que l'établissement de cette religion a nui à la culture et au progrès des lettres : la plus légère teinture de l'histoire suffit pour démontrer l'injustice et la fausseté de ce reproche. Nous soutenons, au contraire, que, sans le christianisme, l'Europe entière serait aujourd'hui plongée dans la môme barbarie que l'Asie et l'Afrique.

Avant d'exposer les faits qui le prouvent, il est bon de voir l'idée que les livres saints nous donnent de l'étude et des connaissances humaines.

Les auteurs sacrés, aussi bien que les profanes, ont compris, sous le nom de sagesse, toutes les connaissances utiles et agréables. « Heureux l'homme, » dit Salomon, qui s'est procuré la » sagesse et qui a multiplié ses con- » naissances; il a fait une acquisition » plus précieuse que toutes les riches- » ses de l'univers; aucun des objets » qui excitent la cupidité des homme»

» ne mérite de lui être comparé. Ce » trésor prolongela vie, rend l'homme » véritablement riche et le couvre de » gloire, lui fait couler ses jours dans » l'innocence et dans la paix. C'est » l'arbre de vie pour ceux qui le pos- » sèdent, et la source du vrai bon- » heur. » Prov., c. 3, t 13 Nous doutons qu'aucun auteur profane ait fuit de la philosophie un éloge plus pompeux. Il est répété cent fois dans le livre de la Sagesse et dans l'Ecclésiastique; c'est une exhortation continuelle à l'étude.

Mais ces écrivains sacrés ont grand soin de nous avertir que la sagesse est aussi un don du ciel. Si l'Ecclésiaste, c. 1 et 2, semble faire peu de cas de l'étude et des connaissances hu maines, c'est qu'il ne considérait que l'abus

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qu'en font la plupart de ceux qui les ont acquises.

« Les savants qui enseignent la vertu S> aux hommes, ditle prophète Daniel, » brilleront comme la lumière du ciel ; » leur gloire sera éternelle, comme » l'éclat des astres. » Cap. 12, f 3.

Lui-même, par ses connaissances, mérita la faveur et la confiance des rois de Babylone, et servit utilement sa nation,

Jésus-Christ ditque, dans leroyaume des cieux ou dans son Eglise, un docteur savant ressemble à un père de famille qui distribue à ses enfants les trésors qu'il a eu soin d'amasser.

Matth., c. 13, f 52. Lorsqu'il a choisi des ignorants pour prêcher sa doctrine, il a voulu démontrer qu'il n'avait pas besoin d'aucun secours humain; il leur a promis une lumière surnaturelle et les dons du Saint-Esprit. Lui-même étonnait les Juifs par la sagesse de ses leçons, quoiqu'il n'eût fait aucune étude. Joan., cap. 7, f 15.

Lorsque saint Paul a déprimé la philosophie et les sciences des Grecs, il a montré l'abus qu'en avaient fait leurs philosophes; il a révélé le dessein qu'avait la Providence en se servant de quelques hommes sans lettres pour confondre les faux juges : mais lorsque quelques-uns voulurent déprimer le mérite de ses discours, il leur fit observer que, "s'il dédaignait les agréments du langage, il n'était pas pour cela un ignorant. IL Cor., c. 11, y 6. Il exige qu'un évêque ait le talent d'enseigner, et il exhorte Timothée, son disciple, à lire et à étudier, aussi bien qu'à instruire. I. Tim., c. 5, t2, 13, 16.

Ainsi, le christianisme, loin de détourner ses sectateurs de la culture des lettres et des sciences, leur fournissait un nouveau motif de s'y appliquer, savoir, la nécessité de réfuter les philosophes, et le désir de les convertir. Dès le second siècle, saint Justin, Tatien, Athéuagore, Hermias, et d'autres écrivains chrétiens dont plusieurs ouvrages sont perdus; au troisième, saint Clément d'Alexandrie, Origène et ses disciples, montrèrent dans leurs écrits les connaissances les plus étendues en fait de philoso-

phie et d'histoire ; ils remplacèrent dans l'école d'Alexandrie. Pantœnus et Ammonius Saccas, et la rendirent célèbre par l'éclat de leurs leçons. Au quatrième, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nvsse, Arnobe et Lactance, furent regardés comme les plus grands orateurs et les meilleurs écrivains de leur temps ; le cinquième fut encore plus fertile en grands hommes : aucun auteur profane de ce temps-là ne les a égalés. L'empereur Julien, jaloux de la gloire que répan-, daient sur le christianisme les talents de ses docteurs, défendit aux chrétiens de fréquenter les écoles et d'enseigner les lettres. « Ces gens-là, disait-il, » nous égorgent par nos propres ar- » -mes; ils se servent de nos auteurs » pour nous faire la guerre. » Mais la mort de cet empereur rendit bientôt inutile cet acte de tyrannie. Saint Clément d'Alexandrie, Strom., 1. 1, c. 2, p. 327 ; saint Basile, Epist. 175, ad Magnen. ; saint Jérôme, Epist. ad Nepotianum, recommandent l'étude des lettres, aussi bien que celle de l'Ecriture sainte.

Les lumières répandues en Europe au cinquième siècle seraient allées, sans doute, en croissant toujours, si une révolution subite n'en avait changé la face. Des essaims de Barbares, sortis des forêts du Nord, dévastèrent successivement l'Europe et l'Asie, détruisirent les monuments des sciences et des arts, répandirent partout la désolation; leurs ravages ont continué pendant plusieurs siècles, et n'ont cessé que quand le christianisme a été établi dans le Nord. Cette religion sainte aurait certainement succombé sous des coups aussi terribles, si Dieu ne l'avait soutenue. C'est dans son sein que se sont formées les ressources par lesquelles la Providence voulait réparer le mal dans la suite des temps. Voyez Barbares.

Pour échapper au brigandage, un grand nombre d'hommes embrassèrent la vie monastique, ils partagèrent leur temps entre le travail des mains, l'étude et la prière : ils gardèrent et transcrivirent les livres qui subsistaient encore. D'autre côté, les ecclésiastiques, obligés à l'étude par

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leur état, conservèrent une faible teinture des sciences ; le nom de clerc devint synonyme de celui de lettré.

La langue latine, quoique bien déchue de sa pureté, se conserva dans l'office divin et dans les livres ecclésiastiques; il y eut toujours des écoles dans l'enceinte des églises et des monastères.

Que penserons-nous de certains critiques modernes qui ont écrit que le latin avait été abâtardi par la religion, comme si c'était elle qui fitvenir les Barbares, et leur conseilla de mêler leur jargon avec le langage des Romains ? D'autres se sont plaints de ce que nos études et la plupart de nos institutions, dans les bas siècles, ont pris un air monastique. C'estla preuve du fait que nous soutenons, savoir, que les clercs et les moines ont véritablement sauvé du naufrage les lettres et les sciences. Les clercs furent obligés d'étudier le droit romain et la médecine ; ils se trouvèrent seuls capables de les enseigner, parce que les nobles, livrés à la profession des armes, poussaient la stupidité jusqu'à regarder l'étude comme une marque de roture, et que les esclaves n'avaient pas la liberté de s'y appliquer. Telle est, parmi nous, la première source des privilèges, de la juridiction temporelle et des prérogatives accordées au clergé : il était devenu la seule ressource des peuples dans les temps malheureux; doit-il en rougir?

A la fondation des universités, toutes les places furent remplies par des clercs ; ces établissements furent envisagés comme des actes de religion qui devaient se faire sous l'autorité du chef de l'Eglise. Quand on voit un Gerson, chancelier de l'église de Paris, prendre, par charité, le soin des petites écoles, on comprend que la religion seule peut inspirer ce zèle pour l'instruction des ignorants. Les anciens Pères en avaient donné l'exemple, mais il n'a pas de modèle parmi les philosophes, et il n'aura point d'imitateurs parmi nos adversaires modernes.

La poésie, dans son origine, avait été consacrée à célébrer la Divinité ; dans les siècles barbares, elle revint àsa première destination ; les hymnes

et le chant firent toujours partie du service divin. Dans les assemblées de notre nation, en présence du souverain et des vassaux, les évêques et les abbés étaient les seuls hommes capables de porter la parole, parce qu'ils étaient obligés par état de faire au peuple des discours de religion.

Les sermons de Fulbert et d'Yves de Chartres, ceux de saint Anselme et de saint Bernard, ne sont pas aussi éloquents que ceux de saint Basile et de saint Jean Chrysostorne ; mais on y voit encore des traits de génie et un grand usage de l'Ecriture sainte, source divine qui fournit toujours l'élévation des pensées, la vivacité des sentiments, la noblesse des expressions.

A Rome surtout, les études se soutinrent et se ranimèrent par le soin des souverains pontifes. C'est de Rome queCharlemagne fitvenir des maîtres pour rétablir la culture des lettres dans son empire ; Alcnin, dont il prit des leçons, avait étudié à Rome. Or, la religion entretenait une liaison nécessaire entre le siège apostolique et toutes les églises de la chrétienté. Les jalousies, l'ambition, le génie oppresseur despetits souverains qui tenaient l'Europe en esclavage, auraient rompu tout commerce entre ses habitants, si la religion n'avait conservé parmi eux la communication et les rapports de société.

Aujourd'hui l'ignorance présomptueuse, décorée du nom de philosophie, déclame contre la domination des Papes : elle ne voit pas que c'a été non-seulement un effet nécessaire des circonstances, maïs undes moyens qui nous ont sauvés de la barbarie.

On se récrie sur la multitude des fondations pieuses, et l'on oublie que pendant longtemps ce fut le seul moyen possible de soulager les malheureux. On est scandalisé de la richesse des monastères, parce que l'on ignore qu'ils ont été, pendant plusieurs siècles, le seul asile des pauvres. On exagère les suites funestes des croisades ; c'est néanmoins de cette époque qu'il faut dater le commencement de la liberté civile, du commerce et de la police de nos contrées, et dès lors la puissance des

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mahométans a cessé d'être redoutable. On tourne en ridicule les disputes qui ont régné entre l'empire 'et le sacerdoce, mais elles nous ont forcés de consulter l'antiquité, et de reprendre un goût d'érudition. L'on a même cherché à décrier le zèle des missionnaires qui vont prêcher l'Evangile aux infidèles ; cependant ils ont contribué plus que personne à nous faire connaître les nations éloignées de nous. Ainsi, par un entêtement stupide, les incrédules reprochent au christianisme les "secours qu'il leur a fournis pour étendre leurs connaissances.

Ils disent qu'au lieu de porter les hommes à l'étude de la nature, de la morale, de la législation, de la politique, le christianisme ne les occupe que de disputes frivoles de religion.

Nous leur répondons que, sans ces disputes, les hommes seraient incapables de se portera aucune espèce d'étude, et entièrement abrutis. La philosophie, dans son berceau, a commencé par des recherches sur la cause première, sur la conduite de la Providence, sur la nature et la destinée de l'homme : qu'ils nous citent ,un seul peuple sans religion qui ait fait des études. Les nations qui ne sont pas chrétiennes ont-elles fait de plus grands progrès que nous dans les connaissances que nous vantent nos adversaires; depuis qu'ils ont cessé eux-mêmes d'être chrétiens, ont-ils perfectionné beaucoup la morale et la législation? Voici des faits contre lesquels échoueront toujours leurs conjectures et leurs raisonnements frivoles. Les peuples qui n'ont jamais été chrétiens sont encore à peu près barbares ; ils sont tous devenus policés dès qu'il ont embrassé le christianisme, et tous ceux quil'ont abandonné sont retombés dans leur première ignorance. Nous nous en tenons à cette expérience. Voyez Abt, Science, Philosophie, etc,

Bebgieb.

LETTRES. I! est parlé, dans l'histoire ecclésiastique, de dilTérentes espèces de lettres, comme lettres formées ou canoniques; lettres de communion, de paix, de recomman-

dation; lettres d'ordre, lettres apostoliques, etc. Au mot Formées, (1) nous avons parlé des premières, et à l'article Indulgence, nous avons fait mention des lettres que les martyrs et les confesseurs donnaient à ceux qui étaient réduits à la pénitence canonique, et par lesquelles ils demandaient que le temps de cette pénitence fût abrégé.

Nous ajoutons que l'on appelait lettres formées on canoniques, les attestations que l'on donnait aux évêques, aux prêtres et aux clercs, lorsqu'ils étaient obligés de voyager, au lieu que l'on appelait lettres de communion, de paix ou de recommandation, celles que Ton donnait aux laïques lorsqu'ils étaient dans le même cas. Le concile de Laodicén de l'an 366, celui de Milève de l'an 402, celui de Meaux de l'an 845, ordonnent aux prêtres et aux clercs obligés de voyager, de demander à leur évêque des lettres canoniques, et défendent d'admettre à la communion et aux fonctions ecclésiastiques ceux qui n'ont pas pris cette précaution.

Un concile de Cartilage de l'an 397 défend aussi aux évèques de passer la mer sans avoir reçu du primat ou du métropolitain des lettres semblables.

Cette précaution était nécessaire, surtout dans les premiers siècles, soit pendant le temps des persécutions, lorsqu'il était dangereux de se fier à des étrangers qui auraient pu se donner pour chrétiens, sans l'être en effet, soit pour ne pas communiquer avec des hérétiques, soit enfin pour ne pas être trompé par des hommes qui se seraient attribué faussement les privilèges de la cléricature. Aujourd'hui encore il est d'usage dans les divers diocèses, de ne laisser exercer aucune fonction à un prêtre étranger, s'il n'est pas muni d'un exeat ou d'une attestation de son évêque, à moins qu'il ne soit suffisamment connu d'ailleurs.

On appelle lettre d'ordre, l'attestation d'un évêque par laquelle ileouste

(1) Bergier oublie ici qu'au mol Formées, il n'a lis q plus I

mis qu'un simple reuvoi ; tuais l'explicutiuo su trouve s bas.

La Noir.

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que tel clerc a reçu tel ordre, soit mineur, soit sacré, et qu'il lui est permis d'en exercer les fonctions.

L'on nomme lettres apostoliques les rescriptions du souverain pontife, soit pour la condamnation de quelque erreur, soit pour la collation d'un Bénéfice, soit pour accorder une dispense, soit pour absoudre d'une censure. Voyez Bref. Bergier.

LEUWENHOEK .(Antoinede).(rftéoZ.

hist. biog. et Mbliog.) — Ce célèbre micrographe hollandais, dont nous parlons parfois dans nos articles sur les merveilles du monde microscopique, naquit à Delft en 1682 et mourut en 1723. Il était médecin. Ses curieuses lettres à la société royale dont il était membre ont été imprimées à Leyde en 1722.

LEVELLERS ou NIVELEURS.( Thêol.

hist. sect.) — Cette secte politique et religieuse, dont le fameux Cromwell fut le chef, était formée des indépendants qui étaient les plus actifs et qui se donnaient le nom de rationalistes ; le titre de Levellers ou Niveleurs, leur fut attribué par leurs adversaires, « parce qu'ils prêchaient, dit M. Schrôdl, l'abolition de tout gouvernement spirituel et temporel, l'égalité des droits religieux et civils, la souveraineté populaire et une distribution plus équitable des biens. « Le Seigneur, disaient-ils, la Bible à la main, hait le pouvoir des rois; Dieu lui-même, le Dieu des batailles, a décidé du sort du monarque. Charles I er a perdu tous ses droits au trône du jour où il a violé le serment prêté, lors de son couronnement, de protéger la liberté de ses sujets, du jour où il a versé le sang de son peuple dans d'injustes batailles. Il faut qu'il en rende compte, d'après la parole de Dieu même (1), et qu'il soit puni. »

Ces opinions régicides tirent de rapides progrès ; une grande partie du peuple et la majorité de l'armée de Cromwell les embrassèrent avec une fureur enthousiaste. Les chefs des Nivel'.urs s'assirent bientôt au parlc-

(I) Deutti-onomc.

ment, et se firent saluer par le prédicateur Hugh Peters comme les instruments préparés par Dieu pour arracher son peuple à la servitude de l'Egypte, o Comment, s'écria un jour le prédicateur fanatique, cet affranchissement aura-t-il lieu? C'est ce qui ne m'a pas encore été révélé. » A ces mots il cacha sa tête dans ses mains, s'inclina sur un coussin placé devant lui ; puis, au bout dejquelques instants, il releva la tête et s'écria : « Je le sais ! la révélation m'en est faite, je vais vous en faire part. Cette armée extirpera la monarchie, non-seulement dans ce pays, mais en France et dans les autres royaumes qui nous entourent.

C'est elle qui vous tirera de l'Egypte.

Mais, dit-on, nous entrons dans une voie inouïe. Que dites-vous de la Vierge Marie? Y avait-il eu jamais avant elle une femme qui eût enfanté sans le concours d'un homme ? Notre temps servira d'exemple aux temps futurs. »

« Les Levellers atteignirent leur but en décapitant Charles I er , en constituant l'Angleterre en république, et bientôt Cromwell, le chef des niveleurs, se trouva à titre de protecteur, en possession d'un pouvoir tel que jamais roi avant lui n'en avait eu un semblable. »

Le Noir.

LÉVIATHAN, mot hébreu qui signifie le monstre des eaux : il parait que c'est le nom de la baleine dans le livre de Job, c. 41. Les rabbinsont forgé des fables au sujet de cet animal ; ils disent qu'il fut créé dès le commencement du monde, au cinquième jour ; que Dieu le tua et le sala pour le conserver jusqu'à la venue du Messie, qui en sera régalé avec les juifs dans un festin qui leur sera donné. Les plus sages d'entre eux, qui sentaient le ridicule de cette fiction, tâchent de la tourner en allégorie, et disent que leurs anciens docteurs ont voulu désigner le démon sous le nom de Léviathan. Samuel Bochart, dans son Hierocoicon, a montré que c'est le nom hébreu du crocodile ; et celui-ci peut très-bien être appelé le monstre des eaux.

Voyez la dissertation de dom Calmct

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sur ce sujet, Bible d'Avignon, tom. 6, p. 505. Behgier,

LÉVITE. Juif de la tribu de Lévi, à laquelle Dieu avait attribué le sacerdoce et les fonctions du culte divin. Le nom de Lévi fut donné par Lia, femme de Jacob, à un de ses fils, par allusion au verbe hébreu îavah, être lié, être uni, parce qu'elle espéra que la naissance de ce fils lui attacherait plus étroitement son époux.

Les simples lévites étaientinférieurs aux prêtres : ils répondaient à peu près à nos diacres. Ils n'avaient point de terres en propre ; ils vivaient de la dime et des offrandes que l'on faisait à Dieu dansle temple. Ils étaient répandus dans toutes les tribus, qui, chacune, avaient donné quelquesunes de leurs villes aux lévites, avec quelques campagnes aux environs, pour faire paître leurs troupeaux.

Par le dénombrement que Salomon fit des lévites depuis l'âge de vingt ans, il en trouva trente -huit mille capables de servir. Il en destina vingt-quatre mille au ministère journalier sous les prêtres ; six mille pour être juges inférieurs dans les villes, et pour décider les choses qui touchaient à la religion, mais qui n'étaient pas de grande conséquence , quatre mille pour être portiers, et avoir soin des ornements du temple; et le reste pour faire l'office de chantres. Mais tous ne servaient pas ensemble ; ils étaient distribués en différentes classes, qui se relayaient et servaient tour à tour.

Comme Moïse était de la tribu de Lévi, les incrédules l'ont accusé d'avoir eu pour elle une prédilection marquée, de lui avoir attribué le sacerdoce et l'autorité, au préjudice des autres tribus. C'est un injuste soupçon; il est aisé de le dissiper.

1° Si Moïse avait agi par intérêt ou par prédilection, il aurait assuré le souverain sacerdoce à ses propes enfants, et non à ceux de son frère Aaron. Il atteste que Dieu lui-même est l'auteur de ce choix ; c'est ce qui fut confirmé par le miracle de la verge d'Aaron, qui fleurit dans le tabernacle, et par la punitiou miraculeuse

de Coré et de ses partisans qui voulaient s'arroger le sacerdoce. Si tous ces faits n'étaient pas vrais, les onze tribus intéressées à la chose ne les auraient pas laissé subsister dans les livres de Moïse ; sous Josué ou sous les juges, ils auraient demandé que cet arrangement lut changé.

2° Moïse, dans son histoire, ne ménage en aucune manière sa tribu ni sa propre famille. Il rapporte, nonseulement ses propres fautes, celles d'Aaron son frère, celles de Nadab et dAbiu ses neveux, et leur punition,, mais l'ancienne faute de Lévi son aïeul et de Siméon ; il rapporte le reproche que Jacob leur père leur en fit au lit de la mort, la prédiction qu'il leur adressa, en disant qu'ils seraient dispersés dans Israël; et les lévites le furent en effet. Gen., c. 49, f.1. Moïse pouvait très-bien se dispenser de rappeler ce fait désavantageux à sa tribu; et si les lévites avaient été de mauvaise foi, comme les incrédules affectent de le supposer, ils n'auraient pas laissé subsister dans les livres de Moïse, dont ils étaient dépositaires, cette circonstance fâcheuse.

3» L'on se trompe quand on imagine que le sort des lévites était meilleur que celui des autres Israélites.

Cette tribu fut toujours la moins nombreuse ; on le voit par les dénombrements qui se firent dans le désert.

Num., c. 3, f. 13 et 39. La subsistance des lévites était précaire, puisqu'ils vivaient des dîmes et des oblations; elle était donc très-mal assurée , lorsque le peuple se livrait à l'idolâtrie. Ils n'avaient aucune autorité civile dans la république; elle était dévolue aux anciens de chaque tribu ; dans la liste des juges qui le gouvernèrent avant qu'il y eût des rois, le seul Héli était de la tribu de Lévi.

Quand Moïse n'aurait pas été guidé par les ordres de Dieu, il aurait évidemment compris que la nature du sacerdoce lévitique exigeait des hommes qui en fussent uniquement occupés, et qui formassent un ordre particulier de citoyens : il en a été ainsi chez tous les peuples policés. En Egypte, le sort des prêtres était plus avantageux que celui des

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