Lib. de Grat. et Lib. arb., c. 1, n
i , etc.
« Qui de nous, dit-il, prétend que » le genre humain a perdu sa liberté » par le péché du premier homme?
» Ce péché a détruit une liberté, sa- » voir, celle que l'homme avait dans » le paradis de conserver une par- » faite justice avec l'immortalité....
y> Mais le libre arbitre est si bien de- » meure dans les pécheurs, que c'est » par là même qu'ils pèchent, puis- » qu'en péchant ils font ce qui leur » plait. » L. 1 contra duas Ep. Pélag., cap. 2, n. 5. « Comment Dieu nous » donne-t-il des lois, s'il n'y a plus » de libre arbitre? » L. de Grat. et Lib. arb., c. S., n. 4. » Sans libre ar- » bitre, l'obéissance serait nulle. »
Epist. 214 ad Valent., n. 7, etc.
Il est donc constant, selon la doctrine de saint Augustin, que quand l'homme se porte au mal, il n'y est point entraîné invinciblement par la concupiscence ; que quand il fait le bien, il n'y est point déterminé irrésistiblement par la grâce; que, dans l'un et l'autre cas, il a un vrai pouvoir de choisir, et qu'il agit avec une pleine liberté. Jamais on n'a nommé choix ce qui se fait par nécessité.
Lorsque l'évèque d'Ypres, en suivant Calvin, a posé pour maxime que, dans l'état de nature tombée, il n'est pas nécessaire, pour mériter ou démériter, d'être exempt de nécessité, qu'il suffit de n'être pas contraint ou forcé, il a contredit tout à la fois l'Ecriture sainte, le sentiment de saint Augustin, le témoignage de la conscience, et le sens commun de tous les hommes.
1" L'écriture sainte dit et suppose que l'homme est maître de choisir le bien ou le mal ; s'avisa-t-on jamais de regarder comme un choix ce que l'homme fait ou éprouve par nécessité, comme la faim, la soif, la lassi-
tude, le sommeil, la douleur; et de lui faire un mérite ou un crime de ces différents états? L'Ecriture nous assure que l'homme est maître de ses actions : que la loi de Dieu n'est point au-dessus de nous; que Dieu ne permettra point que nous soyons tentés au-dessus de nos forces ; elle ne veut point que, pour excuser ses fautes, le pécheur allègue son impuissance, etc. Tout cela serait faux si l'homme , invinciblement entraîné tantôt par la concupiscence, et tantôt par la grâce, cédait nécessairement à l'une ou à l'autre, n'avait pas un vrai pouvoir de résister à l'une et à l'autre.
2° Si saint Augustin avait pensé que ce pouvoir n'était pas nécessaire, il ne se serait pas donné la peine de réfuter ni les pékigiens, qui disaient que la grâce détruirait le libre arbitre ; ni les manichéens, qui supposaient l'homme invinciblement entraîné au mal. 11 avait dit à ces derniers, L. 3. de Lib. arb., cap. 18, n. 50, et c. 19, n. 53 : « Si l'on ne » peut pas résister à la mauvaise vo-
» lonté, on lui cède sans péché
» Car qui pèche en ce qu'il ne peut » pas éviter? L'ignorance, ni l'im- » puissance, ne vous sont pas impu- » tées à péché, mais la négligence de » vous instruire et la résistance à » celui qui veut vous guérir. » Il répète et confirme la même chose dans ses ouvrages contre les pélagiens, L.
de Nat. et Grat., cap. 67, n. 80; L. 1, Retract., cap. 9. Il a retenu constamment la définition qu'il avait donnée du péché, en disant que c'est la volonté de faire ce que la justice défend, et ce dont il nous est libre de nous abstenir, L. 1, Retract., cap. 9, 15, 26. Il avoue cependant que cette définition ne convient point au péché originel, qui est la suite et la peine du péché de notre premier père; mais il ne s'ensuit rien. Ce serait une absurdité de comparer le péché originel de la nature humaine tout entière, avec les péchés personnels et libres que commet chaque particulier.
3° Le sentiment intérieur, ou le témoignage de la conscience, est pour nous le souverain degré de l'évidence ; saint Augustin lui-même y
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rappelait les manichéens pour les forcer de reconnaître le libre arbitre :
et selon saint Paul, c'est par ce témoignage que Dieu jugera tous les hommes, Rom., cap. 2, y 15. Aussi saint Augustin dit que, pour justifier le jugement de Dieu, il faut afiranchir le libre arbitre de tout lien de nécessité. Contra Faust., 1. 2, c. S.
Or, quand nous suivons le mouvement de la grâce qui nous porte à une bonne œuvre, ou quand nous nous laissons dominer par la concupiscence qui uous entraîne au mal, la conscience nous atteste que nous sommes maîtres de résister; c'est pour cela que, dans le premier cas, nous nous savons bon gré de notre action, et que, dans le second, nous avons des remords, et nous nous repentons. Il n'en est pas de même lorsque nous sentons que nous avons agi par nécessité. Donc la conscience nous convainc que, pour mériter ou démériter, il est nécessaire d'être exempt non-seulement de violence et de coaction, mais encore de nécessité. Dieu prend-il plaisir à tromper en nous le sentiment intérieur, pendant qu'il renvoie continuellement les pécheurs au jugement de leur propre cœur, et qu'il en appelle à ce jugement pour justifier sa conduite à leur égard?
4° Ainsi jugent tous les hommes, non-seulement de leurs propres actions, mais encore des actions de leurs semblables. Chez aucune nation policée l'on n'a établi des peines poulies délits que l'homme n'a pas été le maître d'éviter; on ne punit point les enfants, les insensés ni les imbéciles, parce que l'on pense qu'ils agissent par nécessité comme les brutes : on ne prétend pas pour cela qu'ils sont violentés ou forcés. Quelque préjudice que la société reçoive d'une action qui n'a pas été libre, on la regarde comme un malheur, et non comme un crime. Croirons-nous la justice de Dieu moins équitable ou moins compatissante que celle des hommes, ou nommerons-nous justice en Dieu ce que nous appellerions tyrannie de la part des hommes? Dieu lui-même ne dédaigne pas d'en appeler à leur tribunal : « Jugez, dit-il,
» en parlant du peuple juif, jugez » entre moi et ma vigne, etc. » Isai..
Nous savons que saint Paul a nommé la concupiscence péché et loi dépêché, quoique les mouvements de la concupiscenee ne soient pas libres; mais dans le style de l'Ecriture sainte, péché signifie souvent défaut, imperfection, vice involontaire, et non faute imputable et punissable. « La concu- » piscence, dit saint Augustin, est » appelée péché, parce qu'elle vient » du péché, et qu'elle nous porte au » péché malgré nous. » L. de Perfec.
justitise, c. 21, n. 44; L. de Continentia, c. 3, n. 8 ; L. 1, contra duas Epist. Pelag. c. 13, n. 27; L. 1, Retract., c. 15, n. 2; L. 2, Op. imperf., n. 71; Epist. 196, ad Asell., c. 2, n. 6. Il n'est donc pas ici question de démérite ni d'action punissable.
A ce même sujet, saint Augustin dit qu'il y a des choses faites par nécessité que l'on doit désapprouver , Sunt etiam necessitate facta improbanda, L. 3, de Lib. arb.,c. 18, n. 51 ; mais autre chose est de les désapprouver comme un défaut, et autre chose de les punir; on n'approuve point les mauvaises actions des insensés ni des imbéciles ; il ne s'ensuit pas qu'il faille les punir, et que ce sont des péchés imputables.
A la vérité, le saint docteur ne s'est pas toujours exprimé avec la même exactitude que les théologiens observent aujourd'hui; souvent il a confondu le terme de volonté avec celui de liberté, et il l'oppose à celui de nécessité ; il dit que ce qui se fait par nécessité se fait par nature, et non par volonté ; il appelle volontaire ce qui est en notre pouvoir, et par conséquent libre : « Nous devenons • vieux, dit-il, etnous mourons, non » par volonté, mais par nécessité, » etc. » L. 3, de Lib. arb., c. 1, n. 1 et 2; c. 3, n. 7 et 8 ; L. deDuab. animab., c. 12, n. 17; L. 1, Rctract., c. 15. n. 6; Epist. 166, n. 5, etc.
Dans le premier livre de ses Rétractations, c. 14, n. 27, il dit que le péché originel des enfants peut, sans absurdité , être appelé volontaire , parce qu'il vient de la volonté du premier homme ; mais si ce n'est pas là
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une absurdité, c'est du moins un abus de terme absolument contraire aux passages que nous venons de citer, et qui détruit les réponses que saint Augustin avait données aux manichéens.
Peut-on dire du péché originel des enfants qu'il leur est libre, qu'il est en leur pouvoir, qu'ils sont souillés du péché par volonté, et non par nature et par nécessité?
On a fait grand bruit de la maxime établie par ce saint docteur, que nous agissons nécessairement selon ce qui nous plait davantage; comment n'y a-t-on pas vu une nouvelle équivoque? L'homme qui, aidé de la grâce, résiste à l'attrait d'un plaisir défendu, ne fait certainement pas ce qui lui plaît le plus, puisqu'il se fait violence ; il agit par raison, et non par délectation ou par plaisir; la prétendue nécessité à laquelle il obéit, vient de son choix et de l'exercice de sa liberté : la grâce ne peut être appelée délectation que parce qu'elle agit sur notre volonté même, qu'elle ne nous fait point violence, et ne nous impose aucune nécessité. Ce n'est pas sur des expressions captieuses qu'il faut fonder des systèmes théologiques, ou juger de la doctrine de saint Augustin.
Personne n'a mieux réussi à embrouiller cette question que Beausobre, Hist. du Manich., 1. 7, c. 2, § 4.
Il s'agissait de savoir si les manichéens admettaient ou niaient la liberté de l'homme. On peut, dit-il, entendre par liberté 1° la spontanéité; celle-ci n'exclut que la violence ou la contrainte, et non la nécessité ; 2° le pouvoir de faire le bien, et de s'abstenir du mal ; 3° l'indifférence ou le parfait équilibre de la volonté entre l'un et l'autre.
Selon lui, avant la naissance du pélagianisme, les Pères de l'Église et saint Augustin lui-même ont attribué à l'homme la liberté dans ce troisième sens; ils l'ont ainsi soutenue contre les marcionites et les manichéens; mais en combattant contre les pélagiens, saint Augustin changea de système, et nia ce libre arbitre qu'il avait autrefois défendu. Depuis cette époque, l'on a disputé pour savoir si l'homme a perdu par le péché le pouvoir de faire le bien, et n'a conservé
que celui de faire le mal ; le pour et le contre ont été soutenus, du moins dans l'Eglise latine. Ibid., § 7 et 14.
De là Beausobre conclut que les manichéens n'ont pas plus nié le libre arbitre que saint Augustin, et tous ceux qui l'ont suivi.
Tout cela est faux et captieux. 1° Il est faux qu'avant la naissance du pélagianisme les Pères aient attribué aux enfants d'Adam la liberté pélagienne, l'équilibre de la volonté entre le bien et le mal, le pouvoir égal de faire l'un ou l'autre. Ils l'ont attribué à Adam innocent, mais non à l'homme souillé du péché ; ils ont cru, comme l'Eglise le croit encore, que par le péché d'Adam le libre arbitre a été non détruit, mais affaibli ; que la volonté humaine a été dès lors plus inclinée au mal qu'au bien, qu'ainsi l'équilibre a cessé d'avoir lieu. Mais le libre arbitre ne consiste point dans cet équilibre, comme le voulaient les pélagiens; il consisLe dans le pouvoir de choisir entre le bien et le mal :
or, malgré l'inclination au mal, que nous appelons la concupiscence , l'homme a conservé le pouvoir du choix, puisque cette inclination n'est pas invincible. Tous les jours nous nous déterminons par raison à choisir le parti pour lequel nous nous sentons le moins d'inclination, pour lequel même nous avons de la répugnance. C'est alors que nous sentons le mieux que nous sommes libres, c'est-à-dire maîtres de nous-mêmes, maîtres de nos inclinations et de nos actions. Ce pouvoir a été nommé par les théologiens liberté d'indifférence; mais ils n'ont jamais entendu par là l'équilibre prétendu de Beausobre et des pélagiens.
2° Il n'y a que des hérétiques qui aient osé soutenir que, par le péché d'Adam, l'homme a perdu absolument le pouvoir de faire le bien, et qu'il n'a plus que celui de faire le mal ; jamais l'Eglise n'a autorisé cette erreur des manichéens; jamais saint Augustin, ni aucun autre Père, ne l'a soutenue. On a seulement enseigné que l'homme n'est plus capable de faire une bonne œuvre surnaturelle et méritoire pour le salut, qu'il lui faut pour cela le secours de la grâce.
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Mais l'on peut soutenir sans erreur qu'il a le pouvoir de faire, par un motif naturel et par ses forces naturelles, une action moralement bonne qui n'est point un péché, quoiqu'elle ne soit d'aucune valeur pour le salut.
3° Il est faux que les manichéens aient accordé à l'homme la même liberté que les Pères de l'Eglise; qu'ils n'aient point imposé à sa volonté d'autre nécessité que celle dont parle saint Paul, Les preuves que Beausobre apporte du contraire témoignent seulement ou que ces hérétiques ont affirmé faussement qu'ils admettaient le libre arbitre, pendant qu'ils posaient des principes contraires, ou que souvent, dans la dispute, ils y ont été réduits par leurs adversaires.
C'est le cas dans lequel se trouvent la plupart des sectaires, parce qu'ils sont ordinairement aussi peu sincères que mauvais raisonneurs. Mais Beausobre a trouvé bon de justifier les manicbéens, pour rejeter tout le blâme sur les Pères de l'Eglise.
Il faut donc distinguer soigneusement l'action volontaire d'avec un acte libre, et ne point les confondre, comme l'on fait souvent, dans les discours ordinaires.
Un acte volontaire est celui qui se fait avec connaissance, mais souvent sans réflexion, en vertu d'un penchant qui nous y porte, et non d'un motif qui nous y détermine. Si ce penchant est tellement violent que nous ne soyons pas maîtres d'y résister, l'acte n'est ni contraint ni forcé, puisqu'il ne vient point d'une violence extérieure : il est volontaire, mais il n'est pas libre; il vient de la nature et de la nécessité. Ainsi, un homme pressé par la faim désire nécessairement de manger; un homme accahlé par le sommeil s'endort nécessairement; un homme effrayé par un danger subit tremble et fuit par nécessité : la cause de ces actes n est point un motif réfléchi et délibéré, mais une disposition mécanique des organes qui vient de la nature ou de l'habitude; dans ces différents cas l'homme n'agit point par choix ni avec liberté; aucun de ces actes n'est punissable ni imputable à péché en toi-même, mais seulement dans sa
cause, lorsqu'elle vient de quelques actes libres.
Un acte libre est celui qui se fait avec attention et réflexion, par choix et par un motif, avec un vrai pouvoir de résister à ce motif et de faire le contraire; l'homme pressé par la faim ne dira point : Je suis libre de désirer ou de ne pas désirer de manger, ce désir est de mon choix ; mais il dira : Quoique j'aie un désir violent de manger, je suis encore libre de résister et de m'en abstenir, ou de différer. Si le besoin et le désir étaient parvenus à un degré de violence qui ne laissât plus à l'homme le pouvoir de résister, alors la volonté efficace de manger et l'action qui s'ensuivrait, ne seraient plus libres.
Dans un sens, plus la volonté est entraînée vers un objet, plus l'acte est volontaire, moins il est libre : c'est le cas des pécheurs d'habitude; mais comme cette habitude a été contractée librement, elle ne diminue point la grièvetê des crimes qu'elle fait commettre; au contraire, une action est parfaitement libre, lorsque, par un motif réfléchi et par un mouvement de la grâce, nous résistons à une inclination violente ou à une habitude invétérée : jamais l'homme n'est plus évidemment maitre de lui-même et de ses actions, que quand il commande à une passion et réussit à la dompter; alors il fait, non ce qui lui plaît davantage, mais ce qu'il doit; il suit sa conscience et non son penchant : c'est en cela même que consiste la vertu, qui est la force de l'âme.
Telles sont les notions que le bon sens dicte à tous les hommes : vouloir les combattre par les abstractions métaphysiques, par des passages de l'Ecriture sainte ou des Pères, mal entendus et mal expliqués, c'est autoriser, non-seulement les sophismes des fatalistes, mais encore l'entêtement des pyrrhoniens.
On a toujours remarqué que les sectes de philosophes ou de théologiens qui attaquaient le libre arbitre, affectaient d'enseigner la morale la plus rigide ; ainsi les stoïciens, partisans de la fatalité, se distinguaient par le rigorisme de leurs maximes.
N'en soyons pas surpris. Si au dogme
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de la nécessité, qui ne tend à rien moins qu'à justifier tous les crimes, ils avaient encore ajouté une morale relâchée, ils se seraient rendus trop odieux; il fallut donc, pour en imposer an vulgaire, se parer d'une morale austère. Mais les anciens n'ont pas été dupes de cet artifice ; Aulu- Gelle et d'autres regardèrent les stoïciens comme une secte de fourbes et d'hypocrites : il est difficile d'avoir meilleure opinion de leurs imitateurs.
Dans le système de la fatalité ou de la nécessité de nos actions, ce n'est plus l'homme, mais c'est Dieu qui est l'auteur du péché; Calvin, qui l'a senti, n'a pas hésité de proférer ce blasphème : vainement ceux qui suivent la même opinion veulent-ils esquiver cette horrible conséquence ; elle saute aux yeux de tous les hommes non prévenus. Voyez. Grâce, Péché, Volonté de Dieu, etc.
Bergier.
LIBERTÉ CHRÉTIENNE. Luther, Calvin et quelques-uns de leurs disciples, ont prétendu que, par le baptême, un chrétien ns contracte point d'autre obligation que d'avoir la foi; qu'en vertu de latibertè qu'il acquiert par ce sacrement, son salut ne dépend plus de l'obéissance à la loi de Dieu, mais seulement de la foi; qu'il est affranchi de toute loi ecclésiastique, de tous les vœux qu'il a faits ou qu'il peut faire dans la suite. Pour étayer ces erreurs, ils ont abusé de quelques passages dans lesquels saint Paul déclare qu'un baptisé n'est plus assujetti à la loi de Moïse; mais jouit de la liberté des enfants de Dieu. Il est étonnant que les sectaires n'en aient pas encore conclu qu'un chrétien est affranchi de toute loi civile, qu'aucune puissance humaine n'a droit d'imposer des lois à un homme baptisé.
Le concile de Trente a proscrit cette morale absurde et séditieuse, sess. 7, de Bapt., can. 7, 8 et 9. Il dit anathème à ceux qui soutiennent que par le baptême un fidèle n'est obligé qu'à croire, et non à observer toute la loi de Jésus-Christ ; à ceux qui disent qu'il est affranchi de tonte loi ecclésiastique, écrite ou insinuée par la
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tradition, qu'il n'y est assujetti qu'autant qu'il veut bien s'y soumettre; à ceux qui enseignent que tous les vœux faits après le baptême sont absolument nuls, dérogent à la dignité de ce sacrement et à la foi que l'on y a promise à Dieu.
Comment de prétendus réformateurs, qui faisaient profession de s'en tenir à la lettre de l'Ecriture sainte, ont-ils osé la contredire aussi ouvertement? Lorsqu'un homme demande à Jésus-Christ ce qu'il faut faire pour avoir la vie éternelle, ce divin Maître ne lui répond pas, croyez, mais gardez les commandements. Matth.,c. 19, y 17.
Il dit qu'au jour du jugement les méchants seront condamnés au feu éternel, non pour avoir manqué de foi, mais pour n'avoir pas exercé la charité et fait de bonnes oeuvres, c. 25, y 41. Saint Paul répète, d'après le Sauveur, que Dieu rendra à chacun, non selon la mesure de sa foi, mais selon' ses œuvres. Matth., c. 16, y 27 ; Rom.,c. 2, y 6; IL Cor., c. 9, y 10.
Saint Jacques enseigne que l'homme est justifié par ses œuvres, c. 2, y 14.
L'apôtre ne cesse d'exhorter les fidèles à faire du bien : il dit que l'homme ne moissonnera que ce qu'il aura semé, etc. G'dat., c. 0, y 7. Il ordonne aux fidèles d'obéir à leurs pasteurs, et à ceux-ci de reprendre et de corriger ceux qui se conduisent mal.
IJebr., cap. 13, y 17; IL Tim., c. 4, y 2. Ce n'est encore qu'une répétition des leçons de Jésus-Christ, qui veut que l'on regarde comme un païen et un publicain celui qui n'écoute pas l'Eglise. Matth., c. 18, y 17. Nous chercherions vainement dans FEçriture la dispense accordée aux fidèles d'observer les commandements de l'Eglise.
La loi qui ordonne à tout homme d'accomplir les vœux qu'il a faits, ne peut pas être plus formelle : « Si » quelqu'un a fait un vœu au Sei- » gneur, ou s'est obligé, par serment, » il ne manquera point à sa parole, » mais il accomplira exactement ce » qu'il a promis. » ISum., c. 30, $ 3.
Nous ne voyons nulle part dans le nouveau Testament une défense de faire des vœux, ni une permission de violer ceux que l'on a faits : un point
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■de morale aussi essentiel aurait bien mérité d'être couché par écrit. Le commandement d'accomplir les vœux n'était point une loi cérémonielle, puisque les patriarches ont fait des vœux longtemps avant la publication de la loi de Moïse. Gen., cap. 28, y 20.
Plus de douze ans après la décision du concile de Jérusalem, qui exemptait les fidèles d'observer la loi cérémonielle, nous voyons encore saint Paul accomplir un vœu dans le temple.
Ad., c. 24, f 17. Si la liberté, telle que la veulent les hérétiques et les incrédules, était un fruit du Christianisme, cette religion sainte aurait porté un coup mortel au repos et au bon ordre de la société. Yoy. Œuvres, Lois ecclésiastiques, Vœu, etc.
Bergier.
LIBERTÉ DE CONSCIENCE; c'est le terme duquel se sont servis les calvinistes, lorsqu'ils ont demandé en France le privilège d'exercer publiquement leur religion, d'avoir des temples, des ministres, des assemblées. On voit d'abord l'équivoque de cette expression, et l'abus que les sectaires en ont fait.
Il y a bien de la différence entre la liberté que se donnent quelques citoyens de servir Dieu en particulier comme ils l'entendent, et la libellé que demande un parti nombreux d'établir dans le royaume une religion nouvelle, de l'exercer publiquement, d'élever ainsi autel eontre autel. La première ne gêne point la religion dominante, et ne lui porte aucun préjudice; la seconde est une rivalité qu'on lui oppose, une apostasie publique que l'on autorise, un piège que l'on tend à la curiosité des ignorants, un appât pour l'indépendance des libertins. La religion catholique exige non-seulement des temples et des assemblées, mais un cérémonial pompeux et éclatant, des fêtes, des processions, l'administrationpublique Ses son rmonts, des jeûnes, des abstinences, un clergé qui soit respecté ; le calvinisme ne veut rien de tout cela, condamne et rejette ces pratiques comme des abus, des superstitions, des restes de paganisme : c'est ainsi que ses partisans se sont expli-
qués dès l'origine. S'il y eut jamais deux religions incompatibles, ce sont ces deux-là; il n'était pas possible de présumer que les sectateurs de l'une et de l'autre pussent vivre en paix :
l'antipathie mutuelle n'est que trop prouvée par plus de deux cents ans d'expérience.
La question est de savoir si la demande des calvinistes était légitime, si le gouvernement était obligé, de droit naturel, à l'accorder ; s'il le pouvait en bonne politique : nous prions qu'on pèse sans partialité les réflexions suivantes.
1° L'on sait quels furent les premiers prédicants du calvinisme, et quelle était leur doctrine ; ils enseignaient que le catholicisme est une religion abominable, dans laquelle il n'est pas possible de faire son salut ; que le sacrifice de la messe, l'adoration de l'eucharistie, le culte des saints, des reliques, des images, sont une idolâtrie; que les fêtes, les jeûnes, les abstinences, les cérémonies, sont des superstitions, la confession une tyrannie, que l'Eglise romaine est la prostituée de Babylone, et le pape l'antechrist ; qu'il fallait abjurer, proscrire, exterminer celte religion par toutes les voies possibles. Ces excès sont encore aujourd'hui enseignés dans leurs livres, et jamais les calvinistes n'ont eu assez de bon sens pour les désavouer.
David Hume convient qu'en Ecosse, l'an 1542, la tolérance des nouveaux prédicants, et le dessein formé de détruire la religion nationale, auraient eu à peu près le même effet; il le prouve par la conduite fanatique de ces sectaires, Histoire de la Maison de Tudor, tom. 3, pag. 9 ; tom 4, pag. 59 et 104; tom. 5, pag. 213, etc. 11 en était de même en France. Partout où les calvinistes ont pu se rendre les maîtres, ils n'ont souffert aucun exercice de la religion catholique : de quel droit voulaient-ils que l'on permit la leur? Un principe qui leur est commun avec tous les incrédules, est qu'il ne faut pas souffrir une religion intolérante ; en fut-il jamais de plus intolérante que le calvinisme?
2° Il y avait douze cents ans que le catholicisme était en France la reli-
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gion dominante, et même la seule religion; la législation, les mœurs, la constitution du gouvernement , y étaient analogues et fondées sur cette base : qui avait donné mission aux calvinistes pour venir l'attaquer?
C'étaient des séditieux; leur conduite annonçait la révolte. Dans tout gouvernement la sédition est punissable. Une expérience constante prouve que les apostats ne respectent plus aucun engagement; qu'iniidèles à Dieu, ils sont incapables de fidélité envers le souverain : nos rois devaient donc se croire intéressés personnellement à réprimer les attentats des sectaires. Lorsque ceux-ci parurent en France, Luther avait déjà mis l'Allemagne en feu, une partie de la Suisse était en proie au même incendie.
François I er voyait très-bien que le calvinisme ne pouvait s'établir sans causer une révolution qui mettrait sa couronne en danger; que les principes républicains des calvinistes étaient une peste dans un état monarchique.
Lui-même fomentait les troubles d'Allemagne, afin de susciter des affaires et des embarras à Charles-Quint : il ne pouvait, sans contradiction, se croire obligé à permettre la propagation de l'hérésie.
3° L'événement ne tarda pas de vérifier l'idée que ce prince avait conçue des calvinistes. A peine eurent-ils entraîné dans leur parti quelques-uns des grands du royaume, qu'ils cabalèrent contre l'Etat, et voulurent se rendre maîtres du gouvernement. Dès qu'ils se sentirent assez forts, ils prirent les armes, et ils obtinrent enfin liberté de conscience l'épée à la main. Nous n'avons aucun dessein de retracer les scènes sanglantes auxquelles ces guerres civiles ont donné lieu pendant près d'un siècle. Il en résulte qu'en 1598, lorsque Henri 1Y accorda aux calvinistes l'édit de Nantes, il y fut forcé pour pacifier son royaume, et qu'en cela il ne pécha ni contre la religion, ni contre la saine politique, parce que la nécessité est au-dessus de toutes les lois. Autant François I er et Charles IX auraient élé imprudents en toiérantle calvinisme, autant HenrilV fut sage en cédant aux circonstances.
C'est la raison qu'il donna lui-mêmp de sa conduite à l'égard des hugue nots, en répondant aux députés de la ville de Beauvais, l'an 1394. Mais en 1685, lorsque Louis XIV se sentit assez puissant pour n'avoir plus rien à redouter des calvinistes, sur quoi s'appuiera-t-on pour soutenir qu'il n'a pas été en droit de révoquer un édit accordé à regret par ses prédécesseurs, et que les calvinistes n'ont jamais observé? Nous le prouverons dans d'autres articles, et nous ferons voir que cette révocation fut pour le moins aussi sage que l'avait été la concession.
4° On ne s'est pas donné la peine de comparer la conduite des calvinistes avec celle des premiers chrétiens ; on y aurait vu une énorme différence.
Jamais les fidèles persécutés n'ont déclamé contre le paganisme avec autant de fureur que les protestants contre le papisme ; jamais ils n'ont dit qu'il fallait exterminei l'idolâtrie par tous les moyens possibles ; qu'il fallait courir sus à tous ceux qui l'exerçaient et la protégeaient : jamais ils n'ont pris les armes contre les empereurs, ils n'ont point élevé de clameurs contre leur despotisme, ils ne sont entrés dans aucune des conjurations qui ont éclaté pendant les trois premiers siècles. L'édit de tolérance, ou de liberté de conscience, leur fut accordé par Constantin, sans qu'ils eussent osé le demander, sans que ce prince y fût forcé par aucun motif de crainte : nos apologistes s'étaient bornés à représenter que c'était une injustice de vouloir contraindre par les supplices, des sujets innocents et paisibles, à offrir de l'encens aux idoles.
Lorsque, malgré la teneur des édits, l'empereur Julien entreprit de rétablir le paganisme, et autorisa les païens à vexer les chrétiens, ceux-ci n'excitèrent ni tumulte, ni sédition ; les soldats chrétiens lui furent aussi fidèles que les autres. Ils ne tentèrent ni de s'assurer de sa personne, ni de changer le gouvernement, ni d'obtenir des villes de sûreté, ni de repousser la violence, ni de se liguer avec des souverains étrangers, comme ont fait les calvinistes ; ils se laissé-
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rent égorger avec autant de patience que sous Néron. Ils suivaient en cela les leçons de Jésus-Christ, la morale des apôtres, les iuslructions des pasteurs; mais ces leçons divines ont été étrangement oubliées par des prédicants qui avaient toujours la Bible à la main.
Puisqu'un gouvernement ne peut subsister sans religion, lorsqu'un peuple est assez heureux pour avoir reçu du ciel une religion pure et vraie, il doit la chérir comme le plus précieux de tous les biens, punir et réprimer les fanatiques qui veulent la lui ôter et la changer. Depuis douze cents ans, la monarchie française subsiste sous les lois du catholicisme; aucun gouvernement connu n'a duré aussi longtemps, et n'a subi moins de révolutions : cette expérience est assez longue pour nous faire désirer de demeurer comme nous sommes.
Personne n'a fait autant de sophlsmes que Bayle sur la liberté de conscience; ils ont été fidèlement copiés par Barbeyrac et par la plupart des incrédules. Bayle part du principe que la conscience erronée a les mêmes droits que la conscience droite, que nous sommes aussi obligés d'obéir à l'une qu'à l'autre, que cette obligation est naturelle, essentielle et absolue. C'est une fausseté; nous l'avons réfutée au mot Conscience. Une fausse conscience ne peut nous disculper d'une mauvaise action que quand l'erreur est invincible, qu'elle ne vient ni de négligence de s'instruire, ni d'aucune passion, ni d'opiniâtreté; dans tout autre cas, elle ne diminue point la grièveté du péché.
Or a-t-on jamais pu penser que l'erreur des premiers sectateurs du calvinisme était invincible, et que la passion n'y avait aucune part? La légèreté avec laquelle ils avaient prêté l'oreille aux prédicants, la mauvaise foi avec laquelle ils travestissaient les dogmes catholiques, les fureurs auxquelles ils se livraient contre le clergé, le pillage et les violences qu'ils exerçaient, étaient des signes trop évidents d'une passion aveugle. Les déclamations et tes
sophismes, qui tournèrent les tètes dans ce temps de vertige, n'ameuteraient peut-être pas aujourd'hui vingt personnes. Si les sectaires étaient absolument obligés de suivre une conscience si mal formée, tout séditieux est dans la même obligation, dès qu'il s'est persuadé que le gouvernement contre lequel il se révolte est injuste, oppresseur, tyraunique, qu'il est de la justice et du bien public de le détruire. Le principe de Bayle ne tend à rien moins qu'à justifier tous les insensés et tous les scélérats de l'univers. C'est tout au plus aux descendants des premiers calvinistes, élevés dès l'enfance dans l'hérésie, écartés de tous les moyens d'instruction, que l'on peut opposer une erreur moralement invincible.
Bayle, pour prouver que toute contrainte est injuste à l'égard des errants, dit que tous les partis en jugent ainsi lorsqu'ils s'y trouvent exposés, et qu'ils changent de principes selon les circonstances. Cela peut être; mais cela ne prouve ni que tous ont également raison, ni que tous se trompent. Il est naturel que tout homme croie injuste une loi, un arrêt, une conduite qui le condamne et le fait souffrir; mais souvent c'est lui qui est injuste et aveuglé par son intérêt. En fait de religion, comme en matière de politique, il y a des circonstances dans lesquelles la contr.iinte serait inique et absurde ; il en est d'autres où elle est juste et sage. En général, une secte paisible, dont la conduite est innocente aussi bien que la doctrine, mérite la tolérance : un parti fanatique et turbulent s'en rend indigne, et la sage politique défend de la lui accorder. C'est le cas dans lequel ont été les calvinistes ; Bayle lui-même leur a reproché leur fureur dans la Lettre aux Réfugiés et dans d'autres écrits.
Il se trompe encore quand il ne veut pas que l'on mette une différence entre les juifs, les mahométans, les infidèles en général, et les hérétiques : les premiers n'ont été ni élevés, ni instruits dans le sein do l'Eglise, leur ignorance peut donc
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être plus excusable que celle des hérétiques. Il est d'ailleurs prouvé par l'expérience que les apostats sont beaucoup plus furieux contre la religion qu'ils ont quittée, que les infidèles qui ne l'ont jamais connue ; comme ils ont déserté par passion ou par libertinage, ils cherchent a couvrir la honte de leur apostasie par une haine déclarée contre l'Eglise; ils font comme les rebelles, qui disent que quand l'on a une fois tiré l'épée contre le gouvernement, il faut jeter le fourreau dans la rivière.
Les catholiques ont use de contrainte à l'égard des protestants ; ceux-ci, à leur tour, l'ont employée contre les catholiques : la question est toujours de savoir lequel des deux partis avait le meilleur droit, les possesseurs légitimes enfants de la maison, ou les usurpateurs. Voyez Tolérance, INTOLÉRANCE, VIOLENCE, etc. (1).
LIBERTÉ DE PENSER, expression aussi captieuse que la précédente.
Qu'un homme pense intérieurement ce qu'il voudra, aucune puissance sur la terre n'a intérêt de s'en informer, et n'a aucun moyen de le connaître ; les pensées d'un homme, renfermées en lui-même, ne peuvent faire ni bien ni mal à personne. Mais par liberté de penser, les incrédules entendent nou-seulement la liberté de ne rien croire et de n'avoir aucune religion, mais encore le droit de prêcher l'incrédulité, de parler, d'écrire, d'invectiver contre la religion ; quelques-uns y ajoutent le privilège de déclamer contre les lois et contre le gouvernement : ils prétendent que cette liberté est de droit naturel, qu'on ne peut la leur ôter sans absurdité et sans injustice ; par conséquent ils ont trouvé bon de s'en mettre en possession.
(i) Les questions de liberté de conscience que Jïergier vient de traiter dans cet article d'une manière assez décousue et asBez mélangée, et qu'il -traite encore de la même manière dans l'article suivant, au point de vue de la polémique protestante sont traitées, d'une manière précise et approfondie, au point de vue des principes puis, dans l'article que nous devions donner après ceux-ci et que nous supprimons, aiosi que nous l'avons déjà dit et que nous allons le dire encore, pour en /aire un des chapitres d'un ouvrage à part.
Comme les prêtres et les magistrats s'opposent à cette licence, les incrédules disent qu'il y a entre les magistrats et les prêtres une conspiration et un dessein formé de mettre les peuples à la chaîne, d'étouffer toutes les lumières et tous les talents, afin de dominer plus despotiquement.
Mais des philosophes, qui croient avoir toutes les lumières possibles et tous les talents, devraient commencer par s'accorder avec eux-mêmes, et ne pas fournir des armes contre eux.
Déjà nous avons réfuté leurs prétentions au mot Incrédules ; mais on ne peut trop insister sur l'absurdité de leurs raisonnements.
i° Tous ne pensent pas de même ; plusieurs sont convenus que les magistrats ont droit de réprimer ceux qui osent professer l'athéisme, et de les faire périr même, si l'on ne peut pas autrement en délivrer la société, parce que l'athéisme renverse tous les fondements sur lesquels la conservation et la félicité des hommes sont principalement établies. D'autres ont dit qu'il faut punir les libertins, qui n'attaquent la religion que parce qu'ils sont révoltés contre toute espèce de joug, et qu'ils ne respectent ni les lois, ni les mœurs ; parce qu'ils déshonorent et la religion dans laquelle ils sont nés, et la philosophie de laquelle ils font profession.
Un déiste célèbre a écrit que les ridicules outrageants, les impiétés grossières, les blasphèmes contre la religion, sont punissables, parce qu'ils n'attaquent pas seulement la religion, mais ceux qui la professent ; que c'est une insulte qu'on leur fait, et qu ils ont droit de s'en ressentir. Un autre a soutenu que quand on annonce au peuple un dogme qui contredit la religion dominante, et qui peut troubler la tranquillité publique, le gouvernement a droit de sévir, et le peuple de crier, crucifige.
Un philosophe anglais condamne les esprits forts, qui se persuadent que, parce qu'un homme a droit de penser et de juger par lui-même, il a aussi droit de parler comme il pense.
La liberté, dit-il, lui appartient en tattt qu'il est raisonnable ; mais il est gêné par les lois, comme membre de