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deux frères, par sa mère dans des idées religieuses; mais, au collège de ■ Dijon, il se fit remarquer par une ardeur voltairienne peu commune, qu'il conserva durant son cours de droit. Il se signalait à tout instant dans les réunions de la société de l'étude, par des attaques contre le catholicisme. Ayant débuté à Paris comme avocat stagiaire en manifestant des tendances républicaines qu'il n'abandonna jamais depuis, il changea tout à coup de sentiments et entra au séminaire de Saint-Sulpice en 1824, le premier jour de sa vingt-troisième année. Trois ans après, il était ordonné prêtre. D'abord aumônier du collège de Juilly, 1827, puis aumônier adjoint du collège Henri IV en 1828, il forma, au printemps de 1830, leprojet d'aller vivre en Amérique en qualité de missionnaire, et noua, dans ce but, des relations avec i'évêque de New-York.
Mais, avant de quitter la France, il voulut voir l'abbé de Lamennais et alla lui rendre visite à La Chesnaie au mois de mai de 1830. Il reçut de cette visite une impression profonde, et fut subjugué. Trois mois après éclatait le révolution de juillet et le voyage en Amérique était ajourné.
Encore inconnu, l'abbé Lacordaire entra bientôt, sous le patronage de l'auteur de l'Essai et de M. de Montalembert, dans la rédaction de l'Avenir qui parut le 18 octobre avec cette double devise : « Dieu et la liberté, »
o le pape et le peuple. » (1). En 1831, traduit en cour d'assises", l'abbé Lacordaire plaida lui-même sa cause et se fit acquitter aux applaudissements de la foule. Il avait tenté quelques mois auparavant d'associer les fonctions d'avocat à celles de prêtre, mais le conseil de l'ordre avait refusé de l'inscrire au barreau.
Bientôt, traduit avec M. de Montalembert, devenu pair de France par la mort de son père, et M. de Coux devant la cour des pairs pour avoir fondé avec eux une école libre en vertu de la liberté d'enseignement que pro-
(I) La rédaction de VAvenir comptait aussi MM. Gerbet, Robrbacber, de Coin, Baitela, d Aultj Dumesnil, d'Ortigne, de Salinis, Daguerre, Harel du Tancrel et Wailie.
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mettait la charte mais qu'on n'avait pas encore, il présenta une défense qui fut pour lui un triomphe, et qui eut pour résultat, devant la haute cour, de ne faire condamner les célèbres maîtres d'école qu'à 100 francs d'amende, minimum de la peine.
Ce fut en 1832, le 18 septembre, , que parut la fameuse encyclique de GrégoireXVI mirarivos, qui condamnait les doctrines libérales des rédacteurs de l' Avenir qu'il avait appelés « ses terribles amis. » L'idée d'une régénération de l'Église y était qualifiée « d' absurde » ; la liberté de conscience « d' un délire » ; la liberté de la presse de « funeste » ; la soumission au prince « une maxime de ' foi » ; etc. Lamennais, Lacordaire et Montalembert étaient allés eux-mêmes à Rome pour essayer de prévenir la condamnation. On sait la suite : Lamennais répondit par les Affaires de Rome et par les Paroles d'un Croyant :
Lacordaire se soumit. Les deux amis ne se revirent plus.
En 1834, de retour à Paris, l'abbé Lacordaire lit au collège Stanislas des conférences fortement empreintes encore des idées lamennaisiennes et qui lui attirèrent des critiques archiépiscopales, qui, pourtant n'empêchèrent pas l'ouverture du fameux cours de 1833 et 1836 à
- Notre-Dame (1). La nouveauté romantique delamanière captiva toute la société lettrée et l'enthousiasme fut d'autant plus vif que l'autorité supérieure inquiète et alarmée de tels succès, se faisait remettre inutilement d'avance, les plans du puissant improvisateur. Après le carême de 1836, Lacordaire, sentant le besoin d'un point d'appui indépendant
• de la hiérarchie ecclésiastique française, fitun secondvoyage à Home, et y écrivit la lettre de soumission au Saint-Siège qui ne fut publiée qu'en 1838 ;danscettepièce, restant attaché au système philosophique de Lamennais, quant à sa partie anticartésienne, il traitait la raison de « fille du néant » de puissance « qui vient
(I) Plusieurs jeunes sens, parmi lesquels était M. Frédéric Ozanam ( Voir ce mot), avaient demandé a l'archevêque de confier a Lacordaire la •chaire de Notre-Dame.
du démon » et l'acusait d'être « incompatible avec la foi, qui vient de Dieu. » On voit que Lacordaire jusqu'à cette époque, tout en se soumettant, restait radicalement fidèle au maitre..Plus tard, son esprit, en suivant les développements des matières qu'il traitera, se rapprochera beaucoup du rationalisme cartésien, quoique sans le reconnaître jamais d'une manière explicite. En tout cas, son bon goût, qui était de la finesse la plus exquise, le préservera, pendant toute sa carrière d'orateur, de la moindre parole capable de déplaire à des oreilles cartésiennes. Mais, en remontant plus haut dans sa vie, il eût été, par le côté de son génie que nous venons de signaler, de ceux-là mêmes contre lesquels auraient éclaté les anathèmes du Concile du Vatican.
Lacordaire revint prêcher on France, (1838) et obtint un succès toujours croissant, mais aussi toujours quelque peu suspect à l'autorité. C'est pourquoi, il retourna une troisième fois à Rome et prit en 1840 à la Quercia, l'habit de Dominicain ; il ajouta même à ses prénoms celui de Dominique, et écrivit la Vie de saint Dominique, trop poétique peut-être.
Ce fut en 18il (14 février) . que nous l'entendîmes pour la première fois, dans la grande cathédrale, eii compagnie dtt P. Combalot, auquel nous pûmes réserver un siège à côté du nôtre, faire ce discours célèbre, eu froc blanc, sur nos gloires nationales, (1) dont il nous lit « boire le calice jusqu'à la lie. » Dès lors ce ne furent plus que des expansions d'éloquence qui, à Bordeaux, à Nancy, à Paris surtout à partir de 1843, promenèrent la jeunesse lettrée, pendant dix ans c'est-à-dire jusqu'au coup d'État du 2 décembre 1851, de surprises en surprises et d'admirations en admirations.
En 1848, nommé représentant, par le déparlement des Bouches-du- Rliône, il alla se placer au plus haut de la montagne, deux sièges audessus de celui de Lamennais, en
(Ole sujet était : la vocation de la nation française.